‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 18 sur 58 · XII,—UN PAGE DE LA REINE ELISABETEH · texte numérisé non relu

XII,—UN PAGE DE LA REINE ELISABETEH

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HERMAX, IT est dans ce manoir un licu... Je donnerais

Mes gages de trois ans pour en voir les secrets. MANURL,

de M ours

Le comte est déjà vieux; mais j'ai connu son pére, À qui, je peuxie dire, il ne ressemble guère, HRKMAN.

Un grand nombre d'enfants sont dans le même £En quoi différaient-ils ? Réponds.

MANIEL,

Cas,

Je ne dis pas De visage ou de corps, mais d'âme et d’habitudes, Loun Brnox,

Au moment où le voyageur et son guide sortaient } du village de Greenfield, la vieille gouvernante de lord ! Hildebrand, voyant le soleil disparaitre à l'horizon, ! fermait, suivant l’usage, toutes les portes du manoir. à Après avoir reporté au comte de Carmarthen le trous- À seau de clefs qu’il lui confiait chaque soir pour quel- { ques minutes, Elspeth s’assit dans sa vaste cuisine ) auprès de la fenêtre et se disposa à tricoter une paire . de bas de laine pour sa seigneurie. L'hiver appro- À chait, et l'on prenait déjà à Rochdale des précautions | contre les frimas. Les portes étaient calfeutrées avec du chanvre, et l’on avait tiré du grenier de vieux | tapis pour recouvrir les dalles et les carreaux de l’é- | troit appartement qu’occupait le châtelain au milieu

de sa vaste demeure. Par une précaution singulière, qui étonnera le lecteur habitué à une vie confortable (nous aimons à croire que tous ceux qui nous lisent se trouvent dans cette catégorie), on avait bouché avec soin les cheminées, de peur que la bise et le brouillard ne pénétrassent à travers les longs tuyaux. Le comte avait pour principe que la chaleur vitale est la plus naturelle, et par conséquent la meilleure de toutes les chaleurs. Il suffisait, disait-il, de sayoir ntretenir une douce moiteur dans toutes les parties du corps à l'aide d’épais vêtements pour braver la rigueur de la mauvaise saison. Ce système avait plusieurs avantages. D'abord il dispensait d'empiéter de quelques toises sur la coupe de la forêt; c'était toujours cela de gagné. Ensuite, x rares époques des emplettes, il obligeait à choisir des étoffes grossières qui sont à la fois les plus solides et les moins coùteuses. C’est, sans doute, par une semblable raison d’economie que lord Hildebrand faisait tisser ses chausses par sa gouvernante.

Quoi qu’il en soit, Elspeth ne semblait pas pressée d'arriverau bout de sa tâche. Elle mit un temps infini à faire ses préparatifs, à s'installer sur sa chaise, à nettoyer ses lunettes et à appareiller ses aiguilles. Enfin celle allait se mettre à l’œuvre lorsque le bruit du marteau vint lui annoncer qu’un étranger se présentait à la porte du manoir.

— Qui peut venir ici à pareille heure ? dit-elle sans quitter sa place; il commence à faire noir.et 1l pleut

par torrents comme si nous allions avoir un nouveau déluge. Ma foi! frappera qui voudra, je ne me dé-

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range plus. Je n'aurai pas fini à Noël le talon de la jambe gauche. D'ailleurs, il faudrait traverser la cour

. ct passer sous les gouttières qui jasent comme les

commères de Greenfield.

Plusieurs coups frappés précipitamment ébranlèrent les murailles de Rochdale. Ils annoncçaient l’impatience du visiteur.

— Frappe, frappe, continua Elspeth, tu finiras bien par te lasser. C’est sans doute quelque aventurier qui vient chercher un abri contre l’orage. Si Perkins n’était pas à la ville, je l'enverrais ouvrir le guichet pour savoir qui se présente là-bas, mais du diable si je m’expose à me trouver nez à nez avec un mendiant ou un soldat à"moitié ivre. Ce n’est pas à la brune qu’un honnêté homme...

À ces mots, la vieille gouvernante tressaillit. Le marteau venait de se faire entendre une troisième fois. Elspeth prêta loreille et dit en posant son ouvrage Sur ses genoux :

— Je ne me trompe pas, c’est ainsi que Roboam a coutume de frapper. Qu'a-t-il à faire au château? Mylord n’a pas besoin de lui. Croit-il que sa seigneurie veuille faire poudrer sa perruque pour aller ce soir à la danse? Depuis le temps où le cher homme est sorti des pages de la reine Elisabeth, il n’a pas figure une seule fois dans un menuet ; je suppose qu’il ne Va pas commencer à son âge.

Après avoir parlé ainsi, Elspeth quitta sa chaise et se dirigea vers l'appartement de son maître. I fallut

sans doute de longues explications pour obtenir le

trousseau de clefs, car ce fut seulement au bout de

quelques minutes que la tourière descendit l'escalier et arriva à la grande porte.

— Qui est là? dit-elle, est-ce vous, Chinscaper? — C'est moi, miss Elspeth, répondit le barbier; hâtez-vous de nous ouvrir, car l’auvent du portail est troué comme le manteau d’un pauvre homme, et nous sommes exposés à une pluie battante. — Patience! reprit la gouvernante en poussant le guichet, montrez-moi d’abord votre vilaine figure et dites-moi ce qui vous amène. — Je vous le dirai tout à l'heure, s’écria Roboam qui grelottait de froid ; voulez-vous me laisser mourir sur le seuil comme un vagabond ? — La grande perte que ferait la paroisse ! dit Elspeth; vous avez beau faire claquer vos dents, je n’ouvriral pas avant de savoir pourquoi VOUS venez à Rochdale. Allons, dépèchez-vous, ou je ferme le guichet. — Eh bien! répondit le barbier, j'amène un messager qui apporte une lettre à sa seigneurie. C’est pour une affaire pressée, à ce que je vois, quoique je ne sache trop ce dont il s’agit; ainsi, ne vous faites pas lirer l'oreille. — Une lettre! dit la vieille avec surprise, il y a longtemps que nous n’en avons reçu; glissez-la sous la porte, Roboam, et allez-vous-en bien vite, car les pluies d'automne sont mauvaises. — Grand merci du conseil, repartit le barbier; vous m'en voulez donc toujours, Elspeth, parce que j'ai dit à sa seigneurie que vous étiez allée entendre le sermon du nouveau ministre? Allons, n’y pensons plus el ouvrez-moi, j'ai de fameuses nouvelles à vous apprendre. D'ailleurs, le messager ne doit rendre sa lettre qu’à lord Hildebrand lui-même.

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11 faut croire que ces dernières raisons produisirent un effet favorable sur Pesprit de la gouvernante, car bientôt on entendit la clef tourner dans la serrure, les verroux crier et les chaines tomber avec bruit sur la terre. Chinscaper et son compagnon en- (rèrent dans la cour ct suivirent Elspeth sous le vesübule.

— Îl faut que je reparte ce soir, la mère, dit l'élranger, ainsi conduisez-moi au plus vite vers votre maitre. — Donnez-moi votre lampe, Elspeth, s’écria Roboam, je guiderai moi-même ce brave jeune homme.

La gouvernante hocha la tête.

— Vous voilà bien, Chinscaper; vous ne seriez pas fâché de savoir d’où vient ce message, afin d'aller le redire à Zacharie ct à ce coquin de Prudence. Entrez dans la cuisine et prenez une chaise en attendant que je revienne. Vous disiez tout à l'heure que vous aviez des nouvelles à m’apprendre; sait-on ce qu'est devenu le colporteur qui est entré jeudi au soir chez mistress Dawson et qui y est resté caché pendant deux

jours? Vous trouverez une bouteille dansle coin du buffet, Roboam.

Le barbier fit un signe d'intelligence à la ménagère ct courut vers l'office pendant qu’Elspeth guidait le messager à travers les nombreux détours des corridors.

— Je ne sais trop si je dois vous introduire, disait li gouvernante eu éclairant les marches; sa seigneu- | tie n’est pas de bonne humeur aujourd'hui, et les | visages nouveaux lui aéplaisent toujours. Vous venez

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de loin, à ce que je vois, car vous avez l'air fatigue.

— Je voyagerai pourtant toute la nuit, répondit l’€-

tranger. — J'aime les gens qui ont du courage, re-

prit Elspeth: vous avez un air discret qui me cen-

vient; je vous donnerai donc quelques conseils sur

Ja manière dont il faut vous y prendre pour aborder M. le comte. D'abord vous tiendrez votre chapeau à la main: vous attendrez que Sa seigneurie VOUS adresse la parole, et quand vous lui répondrez, SO) CZ bref, car mylord veut qu'on économise le temps comme une chose qui s’use el qui doit finir. Ensuite vous vous tiendrez à une distance respectueuse de sa personne et ne toucherez à rien de ce qui se Lrouve dans la chambre. Enfin, si vous tenez a lui plaire, vous lui demanderez quel est le heau jeune homme dont ic portrait est suspendu au-dessus de son fauteuil; c’est là d'ailleurs Ja seule question que je vous engage à lui faire.

L’étranger allait demander sans doute quelques explications sur ces singuliers avis, mais il n'en eut pas le temps, Car sun guide ouvrit une porte et sans plus de cérémonie entra dans l'appartement de lord Carmarthen. C'était une salle assez haute, garnie dc longues et étroites fenêtres. Des meubles d'un goût antique, et soigneusement recouverts de housses, étaient rangés le long du mur. Une lampe en forme de trépied bràlait sur une table chargée de livres ct de registres. À sa clarté vacillante on pouvait apercevoir quelques vicilles peintures dans des cadres de bois sculpté, et de lourdes tapisseries fanées par les ans, sur lesquelles étaient représentés les exploits «te

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Guillaume de Normandie. Tout parlait encore dans cet ameublement de la splendeur passée des seigneurs de Rochdale. On comprenail que le vieux gentilhomme, malgré ses penchants parcimonieux, aimait à s’entourer des marques d’une opulence héréditaire, oubliant qu’il ne laisserait pas lui-même à ses descendants de pareils témoignages de grandeur.

Lord Hildebrand était assis sur un fauteuil de cuir, auprès de la table. Il tenait à la main un livre de prières noirci et déformé par l'usage; mais il devait avoir quelque peine à le lire, car son bras était agité par ce tremblement nerveux qui accompagne si souvent la vicillesse. Du reste, c'était un homme encore vert. Son visage, sillonné de rides, gardait néanmoins la trace d’une ancienne beauté, et révélait un caractère énergique, quoique Soupconneux. Son costume ne répondait guère au rang qu'avait toujours tenu dans le comté la famille de Carmarthen. Au lieu de riches habits de satin ou de velours, il portait un pourpoint de drap grossier, dont la coupe remontait pour le moins au temps du beau Leicester. Sa tête chauve était couverte d’une calotte de laine grise, car Sa seigneurie ne mettait sa perruque que les dimanches et dans les occasions solennelles.

À l’approche de la gouvernante, le comte posa son livre avec précaution et jeta un regard inquiet vers la porte. La vue d’un étranger l'étonna. Il porta machinalement la main sur la garde de son épée et dit d'une voix aigre, en se tournant vers la vieille : Qui m'amenez-vous là, Elspeth? Que me veut cet homme?

Vous m'aviez dit que c’était Roboam qui frappait à

a porte. — Oui, Mylord, répondit la ménagère. Cest bien Chinscaper qui a soulevé le marteau: Mais il servait de guide à ce jeune homme qui apporte un message à votre seigneurie. — C'est singulier, répondit le vieillard. Qui peut m'écrire? Sans doute quelque voisin. Je ne leur écris pas, moi; ils pourraient bien me laisser tranquille. — Allons, aHons, dit Elspeth ; il n’en coûte rien d'ouvrir une lettre. On ne sait pas ce qu’elle peut contenir. Hier au soir, j'avais beau couper la mèche de ma lampe, elle avait toujours un chaperon. C’est signe de bonnes nouvelles. — Vous aviez donc allumé la lampe hier au soir? dit lord Hildebrand avec vivacité. Il faisait pourtant un assez beau clair de lune.

Elspeth se mordit la langue et ne répondit pas.

__Donnez-moi cette lettre, jeune homme, reprit le comte. Merci! Tenez-vous à l'écart, vous n'avez pas besoin de rester si près de moi.

Pendant que le vieillard tournait et retournait la lettre dans ses mains sans l'ouvrir, la gouvernante, au lieu de se retirer, Comme cela eût été convenable, rangeait les meubles de la chambre, soufflait sur là poussière qui les couvrait, et semblait absorbée dans cette utile occupation. Lord Hildebrand n’était pas d'humeur à fermer les yeux sur ce manége. Que faites-vous là, Elspeth ? s’écria-t-1l d'un ton sec. Voilà six mois que vous n'avez touché à ces meubles, vous choisissez mal votre temps pour mettre de l’ordre dans le ménage. Quelle fièvre vous saisit donc tout à coup? Si je vous connais bien, vous songez moins à

employer vos doigts que vos oreilles. C'est bon! c’est

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bon! je n'ai pas besoin de vos commentaires. Retournez à l'office, et quand ce jeune homme sortira, vous fermerez les portes et irez vous coucher.

Elspeth ne crut pas devoir se faire répéter cet ordre. Elle sortit en grommelant et alla rejoindre le barbier qui attendait son retour sans trop d’impatience, car il avait trouvé dans le buffet le précieux compagnon que lui avait laissé la gouvernante.

Cependant lord Hildebrand n'avait pas encore rompu le cachet de la missive. Il ne reconnaissait ni l'écriture de l'enveloppe, ni le messager. Obéissant donc à cette minutieuse défiance qui est le propre des gens économes, il garda la lettre dans sa main et examina avec attention l’homme qui l'avait apportée. Il s’apercut alors, pour la première fois, que celui-ci portait une longue carabine.

— Ah! dit-il tout bas en fronçant les sourcils, Elspeth ne m'avait pas dit que cet homme fût armé. Qu'est-ce que cela signifie? N'auriez-vous pu laisser votre fusil à la porte, jeune homme? ajouta-t-il d’un ton plus haut. — Pardon, Mylord, répondit l’étranger; ce fusil et moi nous ne nous quittons jamais.

Le comte se leva et, s’avançant vers son interlocuteur, saisit d’une main ferme la carabine qu’il posa derrière son fauteuil. Il reprit ensuite sa place et dit en croisant les jambes l’une sur l’autre : Nous voila plus à l’aise pour causer. Maintenant, mon garçon, dis-moi qui lu es.

L'étranger n’avait pu s'empêcher de sourire de la frayeur qu'il avait inspirée au vieux châtelain, et de la promptitude avec laquelle celui-ci venait de Île

désarmer. fl répondit donc assez gaiement : Puisqu'il faut vous le dire, Mylord, je gagne ma vie avec ce fusil que vous m'avez enlevé. — Vraiment! dit le comte en tressaillant sur son siége, tu es donc ce qu’on appelle un gentilhomme de grand chemin (1)? C’est une profession qu’on avoue rarement et qui mène à Fyburn ceux qui l’exercent.—Il y a méprise, Mylord; il y a méprise, répliqua le messager. Je suis un honnête braconnier du Shropshire et n’ai jamais eu de querelle avec la justice. — Un honnête braconnier! s’écria lord Hildebrand, voila deux mots qui ne vont guère ensemble. Autant vaudrait dire un honnête coquin. Ah! tu es donc un de ces pillards qui ne respectent ni le jeune blé ni le blé mür, qui font des trous dans les haies pour y faire passer leurs chiens, et qui causent plus de dégâts dans les champs que la grêle ou une troupe de sangliers. Quand on en trouvait autrefois sur mes terres, je les faisais pendre; mais aujourd'hui, le gouvernement est occupé ailleurs, et celte maudite engeance pullule comme la mauvaise herbe.

La colère du comtecroissait visiblement. Donal,que nos lecteurs ont sans doute reconnu, se repentit bientôt de l’aveu imprudent qui lui était échappé. Il venait de compromettre en un moment le succès de sa mission. Ce fut en vain qu’il chercha à calmer Pirritation du vieillard. Tous ses efforts furent inutiles. Heu-

(1) Highway man. Nom qu’on donne aux voleurs, sans aoute par cuphémisme.

(Note du Traducteur.)

reusement il se souvint des instructions que lui avait données la gouvernante, et, levant les yeux, il chercha autour de lui le portrait dont elle lui avait parlé. Il ne tarda pas à le reconnaitre. C'était celui d’un jeune seigneur de bonne mine, portant le poing sur la hanche, le front haut, et le sourire sur les lèvres. Le costume de cet aimable personnage se composait d’un manteau de velours bleu, d’un pourpoint tailladé de satin blanc, et de riches dentelles jetées à profusion autour du cou, sur les manches, et même sur le haut-de-chausses. Le braconnier attacha ses regards sur ce tableau el parut bientôt oublier tout ce qui l’entourait. Cette muette admiration produisit plus d’effet que Donal n’osait en attendre. Lord Hildebrand cessa de gronder, garda un moment le silence comme pour ne pas troubler l'extase de son hôte, et

dit enfin d’un ton amical : Eh bien! l'ami, que vous

en semble? Comment trouvez-vous ce Jeune gentilhomme? — Sur ma foi, répondit Donal, je n’en ai jamais vu de mieux tournés el qui me plussent davantage. La jolietêtel el qu’ila bon airavecses moustaches retroussées! Je suis sûr que plus d’une noble demoiselle, en le voyant passer, a détourné la tête et poussé du coude sa compagne. — Vertudieu! s'écria lord Hildebrand en se frottant les mains, c'était de son temps un hardi coureur d'aventures. Il était de toutes les fêtes, passait la journée à la cour, et la nuit. Dieu sait où! D'ailleurs ne reculant devant aucune rencontre, allant sur le pré aussi gaiement qu'à un rendez-vous, et, par-dessus le marché, ne faisant pas de dettes dans toutes les tavernes, comme la jeuncsse

d'aujourd'hui. — On ne porte plus à présent d'aussi beaux habits, dit le braconnier. — Je le crois bien, repartit le comte en se levant et en éclairant le portrait avec la lampe. Vois-tu cette fraise? elle est en point de Venise et n’a pas coûté moins de cinquante livres. Cette agrafe de diamants a été montée par un joaillier de Paris, et celui qui l’aurait maintenant ne serait pas embarrassé pour en trouver cinq cents guinées, Je ne te parle pas de tout le velours qui est entré dans ce manteau, de toutes les perles semées sur ces broderies. C'était de l'argent bien mal placé, qui ne rapportait guère que des compliments. Mais, que veux-tu? à vingt ans, on se paie volontiers de ceile monnaie. En somme, j'estime que le cavalier que tu vois là ne porte pas sur lui, en dentelles et en chiffons, moins de trois ou quatre mille livres. — Juste Ciel! s’écria Donal, trois ou quatre mille livres! Mais oserai-je demander à votre seigneurie quel était l’étourdi qui jetait ainsi l'argent par les fenêtres ? — Hélas! oui, murmura le vieux gentilhomme, c'était un étourdi, un fou, un extravagant, un prodigue. Tu as trouvé son véritable nom. Hildebrand de Carmarthen n’en méritait pas d'autre. Mais, ajouta le comie en jetant de nouveau sur son portrait des regards de complaisance, allez donc chercher un grain de bon sens dans la cervelle d’un page ! courez après cette paille légère que le vent emporte! Certes, j'étais plus sage que Raleigh et n’eusse pas, comme lui, jeté mon manteau sous les pieds de la reine Elisabeth ; mais j'aurais crevé dix chevaux plutôt que d'arriver trop tard à un rendez-vous, j'aurais engagé une terre

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