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pour acheter un nœud de ruban. En ce temps-là, vois-tu, ma bourse n'avait pas de cordons, et ma main s’ouvrait pour donner plus souvent que pour recevoir.
En disant ces mots, lord Hildebrand s’assit dans son fauteuil, et Donal put voir sur son visage un air de satisfaction et d’orgueil qui lui sembla de bon augure. Il profita de l’occasion pour rappeler à sa seigneurie qu’il avait un long voyage à faire, et qu'il attendait une réponse à la lettre qu’il lui avait remise.
— Je l'oubliais, dit le comte en prenant le papier qu’il avait posé sur la table; je l’oubliais. Oui, cette lettre est bien pour moi; il y a bien sur l'adresse : À lord Hildebrand de Carmarthen, en son château de Rochdale. Il est étonnant que je ne connaisse pas cette écriture. Qui est-ce qui t'envoie, l'ami?
— C'est quelqu'un dont votre seigneurie reconnaitra sans doute la signature, répondit le braconnier. Mais rien n’empêche que je ne lui dise d'avance que je viens de la part de l'abbé Huddleston.—Chut! parle plus bas! s’écria le comte en brisant le cachet de l'enveloppe, et en se hâtant d'ouvrir la dépêche.
La lettre de M. Huddleston ne contenait que ces mots :
« MYLoRD,
« Sa Majesté le roi Charles n’a pu jusqu’à ce jour gagner la frontière et sortir du royaume. Elle erre depuis un mois de village en village, de comté en comté, tantôt sous un déguisement, tantôL sous un
autre. L'homme qui vous remettra la présente pourra
ess
vous donner à ce sujet tous les éclaircissements que vous lui demanderez. C'est un serviteur fidèle en qui vous pouvez avoir toute confiance. Il s'occupe, conjointement avec moi, de préparer les voies à la fuite du prince; mais {outes nos démarches seront inutiles, si nous ne pouvons nous procurer l'argent nécessaire à un voyage si périlleux et si rempli d'obstacles.
«La plupart des amis sur lesquels je pouvais compter sont en exil ou en prison. Il en est quelques-uns, plus malheureux encore, qui ont fait leur paix avec le nouveau gouvernement. Dans cette extrémité, je me suis souvenu de votre seigneurie. Sa fidélité à la cause royale m'est connue, Je sais que son âge et ses infirmités sont le seul motif qui l'ait cmpéchée de se déclarer ouvertement pour le successeur légitime de la reine Élisabeth. J'ai adoré en cela les secrets desseins de la Providence, puisque c'est à ce même motif que votre seigneurie doit la sécurité dont elle jouit dans ses biens et dans sa personne. J'aime à croire, Mylord, que vous ne fcrez aucune difficulté pour remettre à Donal, mon messager, la somme de deux mille livres d'Angleterre, qui nous est indispensable pour assurer le salut de Sa Majesté.
« Dans cette espérance, je prie Dieu de vous accorder encore de longs jours. HuDDLESToN. »
Pendant que lord Hildebrand prenait connaissance de ce message, Donal observait avec inquiétude la physionomie du vieux gentilhomme. Celui-ci parut d'abord touché des dangers qui entouraient le jeune monarque. Il poussa plusieurs éxclamations, laissa
échapper quelques mots sans suite, qui annonçaient le trouble de son cœur. Mais bientôt sa mine s’allongea; il fit une grimace effroyable, et dit en jetant Ja lettre sur la table : Deux mille livres! L'abbé à perdu la tête! Où veut-il que je les prenne, CES deux mille livres? Je suis pauvre Comme Job, etil y a longtemps que les impôts m'ont emporté mon dernier écu. La grêle a détruit mes récoltes. Les fermiers ne paient plus. Si j'étais sage, je renverrais mes gens, car je n’ai pas de quoi les nourrir. — Mylord, dit Donal, on assurait pourtant que votre seigneurie était dévouée à son Roi, el si vous saviez dans quelle position. — Taisez-vous, malheureux s’ecria le comte, je ne veux rien savoir, et ceux qui vous ont parlé de la sorte vous ont trompe. Etesvous venu ici pour me compromettre, pour me ruIner, pour me meltre sur la paille? Et quand il serait vrai, ajouta-t-il en baissant la voix, quand il serait vrai que j'aime le petit-fils de Jacques Ier, cela me (erait-il trouver deux mille livres? Quand vous me saigneriez aux quaire veines, saurais-je Où les prendre? J'admire vraiment M. Huddleston! Ilest étonnant aves sa lettre : « J'aime à croire que vous ne ferez aucune difficulté pour remettre à Donal... deux mille livres! » Eh! croit-il que cela se trouve si aisément dans la poche d'un pauvre homme? On fouillerait mon château jusque dans ses fondements, qu’on n’y trouverait pas la moitié, que dis-je? le quart de cette somme. Ainsi, j'en suis bien fâché, mais c'esi impossible. Vous pouvéz vous en aller, Donal, et
faire mes excuses à Vabbé. — Deux mille livres! dit
188 ALLAN CAMÉROX.
le braconnier, ce n’est pourtant pas la mort d’un homme. Pour appareiller une meute ou un attelage, Pour avoir un habit à la mode, ou pour perdre un pari dans un combat de coqs, il y a des gens qui dépensent tous les jours plus que cela. — Ce sont des insensés qui agissent de Ja sorte, s’écria le comte. On devrait les interdire ou les faire enfermer à Bedlam sous triple serrure. D'ailleurs, à quoi bon ces paroles? Je n’ai ni meute ni attelage. La dernière fois que j'allai à Strafford, il y a deux ans, je fus obligé d'emprunter la mule du vieaire de la paroisse. Voilà l'état où j'en suis réduit, — Le roi d'Angleterre voyage à pied, répondit Donal, un sac sur le dos, un bâton à la main. Ses souliers le blessent quelquefois, mais il faut qu’il s'en contente et qu'il marehe, car il n’en a pas deux paires; et les soldats du Parlement, qui le serrent de près, ne lui laissent guère le temps de se reposer. — Dis-tu vrai? repartil le vicillard. — Le roi d'Angleterre, continua le braconnier, porte des habits dont ne voudrait pas le dernier de vos domestiques. Il couche sur la dure, au coin d’un bois, dans le creux d’un rocher, sous le toit d’une grange isolée. — Vertudieu! cela est-il bien possible? s’écria lord Hildebrand en s’agitant sur son siège. — Il mange du pain noir, reprit Donal, il boit de l’eau claire. IL se cache le jour comme un malfaiteur, et ne sort que la nuit de sa retraite. Il ne peut faire un pas au milicu de son royaume sans rencontrer un ennemi, et il n'a autour de sa personne pour le défendre que de pauvres paysans comme moi. — Eh bien! puisqu'il est ainsi, dit le comte en se levant, je vais pren
Lg ER om
ai pere
dre un manteau et je.te suis. Tu vas me conduire auprès de Sa Majesté. Je la défendrai, s’il le faut, contre tout un régiment.—Ce n’est pas de cela qu’il s’agit, Mylord, répliqua Donal, à qui cette étrange
| proposition arracha malgré lui un léger sourire; 1l | faut que le fugitif puisse gagner la côte et s’embar- | D D
quer pour la France. Pour cela, votre escarcelle lui
| sera plus utile que votre épée. — Mon Dieu! mon | Dieu! s’écria lord Hildebrand en proie à une agita- | tion fiévreuse, que faire? que devenir? Pourquoi
l'abbé s'est-il adressé à moi? Il y a tant de gentils-
| hommes qui sont plus riches que moi en Angleterre, | et dont je serais heureux d’être seulement le major- | dome pour ramasser les miettes de leurs tables! Lord | Arrington, par exemple : il fallait aller chez lui. —
ILest mort à Worcester avec deux de ses fils, répondit le braconnier. Ses biens sont sous le séquestre. — Et sir William Grandville? — Il a été obligé d’endosser la livrée du colonel Temple, son neveu, pour échapper aux poursuites des conslables. — Et le baron de Walden, un des favoris de Charles Ler, Le plus grand chasseur de renard du comté? Il peut courir à cheval tout le jour sans sortir de ses terres. C’est à lui qu’il fallait aller demander ces deux mille livres. Qu'est-ce que cela lui eût fait de vous les donner? — Le baron de Walden a recu l’autre jour, dans son château, le général Cromwell, et l’a hébergé toute une semaine. S'il plaisait au brasseur de se faire roi, comme on dit qu'il en a l'envie, lord Walden briguerait l'honneur de tirer ses chausses; c’est, dit-on, l'ancienne prérogalive de sa famille, — Le traître!
2 ét iiertémihe
murmura lord Hildebrand. — Vous voyez, Mylord, reprit Donal, qu’il n’y a que vous qui puissiez, en ce moment, venir au secours de Sa Majesté. — Si la somme que l'abbé exige était moins forte, dit le comte, cela pourrait s'arranger. J’ai bien la une centaine de guinées que ma gouvernante m'a confiées en dépôt. C’est le pain de sa vieillesse, et je n’ai pas le droit d’y toucher. Mais enfin, ce que tu m'as dit m’a remué le cœur. Je rendrai cela à Elspeth quand je le pourrai, à la prochaine moisson. Qu'en pensestu? — Cent guinées! dit Donal. Il n’y aurait pas de quoi fermer la bouche à une commère de village, si par hasard, en tricotant devant sa porte, elle voyait passer Charles Stuart et s’avisait de le reconnaitre. — Allons! prends que je n’ai rien dit, se hâta de répondre le vieux ladre, qui se repentait déjà de son offre généreuse, et tremblait d'être pris au mot. — C'est un grand malheur, dit Donal; je vois bien que le Roi est perdu. Avant huit jours, vous entendrez le erieur public passer dans les rues de Greeufield annonçant l'arrestation, le jugement, et peut-être la mort du roi d'Écosse.
Lord Hildebrand tressailhit.
— Ils ont tué le père, dit-il, ils tueront le fils. Voyons, ajouta-t-il d’un ton qui annonçait qu'il venait de prendre tout à coup une grande résolution; si je te donnais trois cents guinées, trouverais-tu que cest assez? Trois cents guinées! On peut aller loin avec cela. Je ne les ai pas encore, mais si cela te convient, je les trouverai; je m'en charge.
Donal secoua tristement la tête.
— Cinq cents guinées! reprit lord Hildebrand, en | faisant un effort sur lui-même, comme un homme | qui dispute à un compétiteur jaloux les meubles | d'un voisin que le collecteur des taxes fait vendre | à l'enchère. — Ah! dit Donal avec impatience, la | vie d’un Roi ne se marchande pas ainsi, Mylord. | Lâchez tout de suite votre dernier mot et n’en parlons plus. — Il me vient une idée, dit le comte en se frappant le front. Écoute-moi, Donal. Tu le vois, je suis pauvre, mon château tombe en ruines, et je n’ai pas de quoi le faire réparer. Cependant je connais quelqu’un dans les environs qui consentirait à m’avancer une certaine comme si je déposais entre ses mains un gage, comme qui dirait un diamant, des bijoux, des pierreries. Je n’ai rien de tout cela, moi, par malheur. Il y a longtemps que j'ai été forcé de vendre l’argenterie de ma maison et jusqu’à l’écrin de ma mère. Mais si le Roi avait conservé quelque bague de prix, quelque collier, quelque agrafe…... alors tu irais, tu me l’apporterais..…. L'opération sera difficile, les intérêts seront énormes; mais, que veux-tu? il faudra en passer par là, et, au besoin, j'engagerai ma signature.
— Assez, Mylord ! dit le braconnier en saisissant sa carabine. Si le roi avait encore ses joyaux, je ne serais pas venu vous déranger. Il ne manque pas de juifs en Angleterre qui auraient donné leur signature comme vous, sans trop se faire tirer l'oreille. Lord Hildebrand poussa un profond soupir en voyant le braconnier gagner la porte et s'éloigner d'un pas lourd à travers l'immense corridor. Ce que
lui avait dit Donal touchant la position de Charles Stuart lui revint aussitôt à la mémoire. Il se rappela les dangers qui menacçaient le jeune prince, et, faisant un nouvel effort, il s’écria : Eh ! l’ami Donal! es-tu sourd, maudit braconnier? Reviens ici. Ne m'’as-tu pas entendu? — J'ai une longue traite à faire cette nuit, dit Donal en rentrant dans la chambre. J'ai rempli mon message, et je n’ai plus rien à faire dans cette maison. Je prie votre seigneurie de m’excuser. — Ta! ta! ta! dit le comte, tu es un peu prompt, Vami. Je ne t'avais pas dit de sortir. Peste ! tu as de bonnes jambes, et les gardes forestiers seront habiles si jamais ils mettent la main sur toi. Voyons, puisqu’il le faut absolument, puisque la vie du Roi est en danger, je ne puis pas te laisser partir ainsi. Je crois que mon père avait laissé quelque argent dans un vieux coffre... il doit y être encore. J'avais juré de n’y toucher jamais; mais enfin, puisqu'il le faut... Attends-moi ici quelques minutes.
En parlant ainsi, le vieillard prit la lampe, ouvrit une porte qu’il referma derrière lui, et s’enfonça dans un dédale d'appartements dont lui seul peut-être connaissait les détours. Donal entendit longtemps le bruit des verroux qu'il tirait sur son passage, puis bientôt tout rentra dans le silence.
— Jeunesse prodigue, vieillesse avare, dit le braconnier en se parlant à lui-même. C’est la règle. Cela : arrive presque toujours ainsi. Pauvre lord Hildebrand! IT faut qu’il aime bien le Roi, en effet, pour se résoudre à un tel sacrifice. Bien des gens sont morts à Dumbar et à Worcester qui n’ont pas donné
Sa Majesté le roi d'Angleterre. J'ai délivré à sa sei-
à Sa Majesté une plus grande preuve de dévouement. Enfin, quoi qu’il en soit, la chose est faite. Dieu soit loué! J'ai vu le moment où je m'en retournais les mains vides.
Pendant qu’il faisait ces réflexions, Donal entendit de nouveau le bruit des verroux, et bientôt les pas du comte retentirent sur le parquet de la chambre voisine.
— Voici la somme, dit lord Hildebrand en ouvrant la porte. Il n’y manque pas un shilling. Vous allez me donner un reçu, afin que tout soit en règle. Tenez, voici du papier, une plume, écrivez.
Donal s’assit sur une chaise, et, pour se conformer aux désirs du comte, fit le reçu qui lui était demande. Les deux mille livres que lord Hildebrand venait d'apporter étaient enfermées dans une petite caisse en bois de chêne. Le vieillard louvrit et se mit à compter sur la table les pièces d’or. À chaque livre, il poussait un gémissement.
— Voici votre recu, Mylord, dit Donal en posant la plume.
Le comte prit le papier et lut à haute voix ce qui suit :
« Je soussigné, Donal, braconnier, demeurant à Boscobel, dans le Shropshire, reconnais avoir reçu de lord Hildebrand de Carmarthen la somme de deux mille livres sterling, partie en valeurs partie en espèces, ladite somme étant destinée au service de
gneurie le comte de Carmarthen la présente reconnaissance, pour valoir ce que de raison.
» Rochdale, le 5 octobre 1652.
« DoNAL. »
Après avoir achevé cette lecture, le comte, craignant de s'être trompé, recommenca.
—Eh bien! s’écria Donal à qui il tardait de se mettre en route, aurais-je oublié quelque chose? Gombien de fois votre seigneurie va-t-elle relire ce certi-
|| ficat? Faut-il que j'aille chercher un procureur pour | abréger l'affaire ?
Pour toute réponse, le comte s’assit dans son fauteuil, ouvrit un portefeuille de maroquin et y serra,
pl en soupirant, le reçu du braconnier. Voyant que rien ne s’opposait plus à son départ, Donal mit son fusil en bandoulière, replaça son chapeau sur sa tête, et cacha le coffre précieux sous le filet de son havre-sac. — C'est un peu lourd, dit-il en se dirigeant vers le corridor. Mais, bah! le fardeau le plus lourd quand on voyage, c’est une bourse vide. Au revoir, monsieur le comte. — Qu'est-ce qu’il dit? qu'est-ce qu'il fait ? balbutia le vicillard qui, depuis un moment, était plongé dans une sorte de stupeur. Il s’en va. Miséricorde ! ajouta-t-il en jetant les yeux sur la table, il a emporté le coffre.
| A ces mots, lord Hildebrand s’élança à la pour- | suite du braconnier. Il le rencontra sur la première |: | marche de l'escalier, le saisit, par le cou et lui enleva | la cassette avec une force et une promptitude qui eussent fait honneur à un homme de vingt ans.
— Etes-vous fou, Mylord? s’écria le braconnier hors de lui-même. Qu'est-ce que cela signifie ?
Le comte était pâle comme un linge, et si ému qu’il pouvait à peine prononcer quelques paroles.
— Ah! coquin, disait-il en regagnant son appartement, j'irai te dénoncer au juge... Je te ferai pendre à la porte de mon château... Je te... — N'achevez pas, monsieur le comte, dit Donal, ou, foi de braconnier ! tout cela pourrait finir autrement que vous ne pensez. Tout lord que vous soyez, je ne souffrirai pas vos injures. M’entendez-vous? Vos menaces, votre épée, vos valets, ne me font pas peur. — Va-t'en, misérable ! répondit le vieillard, ou plutôt, reste ici, que je te fouille. Qui sait tout ce qui va me manquer maintenant? — Quand vous aurez bien cherché, dit le braconnier, tourné et retourné toutes mes poches, il vous manquera encore quelque chose, c’est votre bon sens. Vous l'aurez sans doute enfermé sous clef avec vos guinées dans quelque muraille du château. __ Et où allais-tu avec ce coffre? reprit le comte. Est-ce que cela V'appartient? — Ne m’aviez-vous pas autorisé à le prendre? dit Donal qui ne pouvait concevoir l'espèce d’égarement dans lequel était tombe le vieil avare. — Moi! dit lord Hildebrand. — Vousmême. Avez-vous oublié qui m'envoie? Ne savez-vous pas que le Roi attend?—Le Roi! murmura le comte. — Quelle réponse voulez-vous enfin que je lui porte? — C'est vrai, je l'avais oublié, continua lord Hildebrand qui peu à peu revenait à lui-même et semblait
“sortir d’un rêve. Eh bien! ajouta-t-il, tu lui diras.
tu lui diras ce que tu voudras. Je ne te connais point,
moi. Je ne sais pas qui tu es, d’où tu viens, où tu vas. C’est un sot que celui qui place sa confiance dans le premier venu. Ainsi, l'ami, ne te fâche pas, adieu, sans rancune. Tu n’emporteras pas ma Cassette.— Grand Dieu! dit Donal, mais relisez donc la lettre de l'abbé. — C’est bien! c’est bien! je l’ai lue, repartit le comte. L'abbé est un galant homme, mais chacun en ce monde a bien assez de répondre pour soi. — N’avez-vous pas mon reçu? — Ton reçu? dit lord Hildebrand. Belle caution, en effet! Tiens, voila le cas que je fais de ton recu.
En parlant ainsi, le comte approcha le papier de la flamme que projetait la lampe et le tint dans sa main jusqu’à ce qu’il fùt consumé.
— Hélas! Mylord, dit Donal, pensez-vous à ce que vous faites? — Oui, j'y pense, répliqua le comte, qu'y peux-tu trouver à redire? Les chemins sont mauvais, il fait une pluie affreuse; ce serait une imprudence de voyager la nuit avec une pareille somme dans sa poche. Que ferais-tu si des voleurs venaient à te rencontrer ? — Dieu ait pitié de vous, Mylord ! dit Donal en faisant un pas vers la porte. Dieu ait pitié du Roi! — Le Roi! le Roi! dit le comte tourmenté par un secret remords, eh bien ! dis-moi où il estle Roi? Je lui porterai moi-même ces deux mille livres. Là, es-tu content? — Vrai, Mylord? dit Donal avec une lueur d'espérance. — Je te jure ma foi de gentilhomme que je serai fidèle au rendez-vous. — En ce cas, répondit le braconnier, je vous attends après demain, au point du jour, à l'auberge du Paon, à Boscobel.— Jy serai, dit le comte, en prenant Ja lampe pour reconduire le voyageur.
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Le barbier attendait Donal à la porte. Les deux compagnons reprirent ensemble la route du village, et lord Hildebrand ne remonta dans sa chambre qu'après avoir lui-même tiré les verroux.