‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 24 sur 58 · TT EE · texte numérisé non relu

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eût vu Usquebaugh se frapper sur le front, comme un homme qui cherche à rappeler ses souvenirs : «3° Une récompense de vingt-cinq mille livres | « sera complée à celui qui livrera mort ou vif ledit | «€ Charles Stuart, ou qui pourra donner quelques ren- « seignements précis sur le lieu de sa retraite. » | — Vingt-cinq mille livres! s’écria Patrickson en faisant un geste d’admiration, vingt-cinq mille livres!.. El pour si peu... Ah! si je le rencontrais! — — Le parlement est généreux, dit Willie, Judas a vendu son divin maitre pour trente deniers. — Oui, dit Cromwell, mais il y a des gens qui ont des scrupules; d'ailleurs on ne saurait payer trop cher l’arrestation de ce jeune homme aventureux qui peut, en frappant du pied la terre, en faire sortir une armée, et détruire l’œuvre sainte que nous avons commencée, ajouta-t-1l en se tournant vers Gédéon.—Et combien cela fait-1l, vingt-cinq mille livres? demanda l’un des Penderell. — Je n’en sais trop rien, dit Willie, mais | je pense qu’il ÿ aurait là de quoi acheter un beau moulin à Humpbhrey, des terres à froment, des prés et des vaches pour ta sœur , et, pour nous quatre, de quoi devenir d'aussi gros bonnets que le vieux

Hawking, malgré sa poule noire. — Bah! dit Jack O ? le) ’ Penderell, nous rn’aurons jamais assez de bonheur pour cela.

Gédéon tenait toujours ses yeux fauves attachés sur l’insouciant Willie.

— Allons, allons, reprit Jack en s'adressant au } jeune prince, à l'ouvrage! fainéant, bouche d’or ! Le | solcilest déjà haut, et si l’on te laissait faire, tu serais

encore ici à la nuit close. — En effet , dit Cromwell, nous ne faisons nos affaires ni les uns ni les autres. Au revoir, bonnes gens, n'oubliez pas que l'homme dont parle l’Ecriture alla trouver Josué et le condutcit à la caverne de Makhéda, où se cachait le roi d'Ecosse..…… je me trompe... où se cachaient les rois de Chanaan.

in parlant ainsi, le général tourna le dos aux bücherons et se mit en marche avec sa troupe, pendant || que Willie reprenail sa cognée et chantait d’une VOIX (A sonore la strophe de Chevy-Chase :

Douglas, Douglas, peux-tu dormir ?

| Percy médile ta ruine ; | Depuis le matin il chemine ; 1j va passer sur la colline ; — De plus près, dil Douglas, je l'ai vu sans palir.

Le général, en s'éloignant, écoutait malgré lui cette vicille ballade, et s'étonnait de l'impression singulière que produisait sur Jui la voix énergique du chanteur; mais bientôt il cessa de l'entendre et marcha d’un pas moins rapide. Usquebaugh, qui suivait à quelque distance, se retourna souvent, tant qu'il put voir le jeune bücheron. Il lui semblait qu'il l'avait déjà rencontré ailleurs et même dans une cir-

| constance importante de sawie5smais en quel lieu ? . en quel temps? c’est là ce qui échappait toujours à 1h sa mémoire. Il chercha autour de lui son lieutenant, suivant sa coutume lorsqu'il sé trouvait embarrassé. Mais l’honnête De Profundis avait éte détaché sur un autre point de la forêt, et Gédéon n’aperçut que le

clerc du juge, relisant d’un œil avide la proclamation sanguinaire du parlement.

Tout à coup Cromwell s'arrêta, et fixant les yeux sur le capitaine : Connaissez-vous le Jeune Homme? dit-il d’un ton bref. — Oui, général, je l'ai vu à Worcester, répondit Usquebaugh, et, je crois aussi, dans les highlands.— Avez-vous bien regardé ce bûcheron qui m'a parlé tout à l'heure et qui nous a lu le décret du 8 septembre? continua le général avec agitation. — Oui, Mylord, répondit le capitaine, frappé d’une subite lumière. — Avez-vous entendu le son de cette Voix ? avez-vous vu ces traits, ces gestes, ce sourire hautain?.. C’est lui! c’est lui, vous dis-je! s’écria Cromwell avec une sourde colère. — En effet, dit Usquebaugh, se rappelant le visage de l’infortuné Charles Eer, il ressemble... — Silence! dit le général en pâlissant, votre mémoire n’est pas heureuse, capitaine; elle vous sert mal à propos... et trop tard! Mais il est temps encore; il faut retourner en arrière. Nous le retrouverons sans doute, car on dit que le cerf s'endort quelquefois, lorsqu'il a dépisté le chasseur.

En même temps Cromwell ordonna aux mousquetaires de faire volte-face et reprit avec eux le chemin de la fontaine. [ls marchèrent à grands pas, mais avec précaution, eten gardant Le plus profond silence. Bientôt le général put entendre le bruissement de la source et s'assurer que la place où il avait laissé les bücherons était encore occupée. Il divisa alors ses soldats en plusieurs troupes, et les distribua sur plusieurs points de la futaie, de manière à couper toute

retraite au jeune prince et à ses compagnons. Puis il s’avança lui-même vers la fontaine, certain que sa proie ne pouvait lui échapper; mais il ne restait auprès des fagots de ramée qu'une seule personne, et ce n'était pas Charles Stuart. Ce n’était pas même un des bücherons dont la figure naïve avait trompé la clairvoyance ordinaire du général.

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