‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 29 sur 58 · XVI.—UN EXPLOIT DE PATRICKSON · texte numérisé non relu

XVI.—UN EXPLOIT DE PATRICKSON

| Soudain Hardykoute se lève :

| « Hâtez-vous, donnez-moi mon glaive ; | |

«Je veux aller punir Draffau, »

Mais Draffan fuyait sur la grève,

Et le vieillard eriait : « Rendez-moi mon enfant! » Joux Pixrkenrox.

Cependant M. Ramsay et sa fille étaient rentrés à Boscobel-House, après avoir en vain battu les bruye- | res autour du moulin de Penderell. Le juge n'avait trouvé sur son chemin que des poules indolentes | menant leurs poussins à la découverte, de graves | dindons que la présence de Tattershall avait rendus | pourpres de colère, et des pigeons domestiques bec- | quetant au soleil la graine noire du genet. Il s'était | décidé enfin à retourner au logis, non sans avoir plus d'une fois exprimé tout haut son indignalion contre | le procédé peu courtois du garde-forestier. Lorsqu'il | donna à un serviteur son fusil encore chargé et sa carnassière vide, sa mauvaise humeur m'était point encore dissipée. Il la tourna contre tous ceux qui | l'environnaient, grondant l’un pour sa négligence, | l'autre pour son empressement, et Judith elle-même | © pour l'air triste et rêveur qu’elle avait gardé pendant toute la promenade.

Miss Ramsay ne sourit point à son père comme

44 ALLAN C4MÉRON.

| | elle avait coutume de le faire chaque fois qu’elle le | voyait irrité pour une cause si peu importante. Elle Le | salua avec déférence et se retira lentement, la tête | baissée, les lèvres appuyéces sur le pommeau d'argent | de sa cravache, et sa robe d’amazone traînant à longs | plis sur les dalles de la grande cour. Elle arriva ainsi || dans une chambre meublée avec élégance, et dont | les fenêtres, garnies de rideaux blancs, s'ouvraient au Soleil levant sur le jardin. On pouvait apercevoir Ne de là le mur de clôture sur lequel Richard Penderell | avait surpris le highlander la nuit précédente. Ju- À dith, en arrivant, se jeta sur un large fauteuil et s’a- Bandonna sans contrainte à sa mélancolie. Depuis le jour fatal où Humphrey lui avait appris la mort du Caméron, elle s'était enfin avoué qu’elle avait aime ce noble jeune homme. Son image élait sans cesse devant ses yeux, et elle ne la repoussait plus comme | autrefois. Tant qu’Allan avait vécu, elle s’était fait un devoir d'oublier son hôte du Lochaber; mais 1 lui semblait maintenant qu’elle pouvait penser à lui | sans danger. Elle nourrissait donc imprudemment | sa douleur des souvenirs du passé,"et le Lemps, au | lieu de fermer la blessure, ne faisait que là raviver. Il y avait environ une heure qu'elle était renfermée dans sa chambre, et déjà le soleil était au milieu ni | de sa course, lorsque deux coups frappes à la porte f la tirèrent de sa rèverie. Elle alla ouvrir et vit avec surprise Humphrey Penderell debout sur le seuil, son chapeau gris à la main.

L Avant d'aller plus loin, nous devons raconter, en peu de mots, ce qui s'était passé dans la matinée à la

grange d'Hobbal, où Humphrey, Richard et le braconnier s'étaient donné rendez-vous. Cest là qu'ils avaient coutume de se réunir, pour tenir conseil, chaque fois que les circonstances l’exigeaient. Or, ce jour-là, il s'agissait de régler ensemble les préparatifs du départ. La chose fut bientôt faite. Richard avait réussi à se procurer çà et là, pièce à pièce, un habit complet d'officier de marine. Le meunier, de son côté, avait loué trois bons chevaux qu’un de ses garcons était chargé d'amener à la brune au moulin de Boscobel. It fut décidé que l’on souperait chez Donal, dont lamaison était située loin du village, et que l’on se mettrait en route à la nuit lose. Le gardeforestier irait en avant pour éclairer la marche, ct Donal formerait larrière-garde, Ge plan, si simple en apparence, ne devait pas tarder à rencontrer bien des obstacles. Le premier qui se présenta, ce fut le manque d'argent. Nos trois amis s'étaient rendus à l'auberge du Paon, pour y attendre le comte de Car-

aarthen; mais ayant entendu sonner midi à l’église du village, ils se regardèrent en hochant la tête, et se dire qu’ils avaient fait une grande folie de compter sur la promesse du vieux gentilhomme. [ls ignoralent encore la présence de Cromwell et de ses soldats dans la contrée, et étaient loin de se douter de tous les CVCnements qui s'étaient accomplis en quelques heures dans la forêt. Comment auraient-ils soupçonné que lord Hildebrand était mort? Si celui-ci eùt eu le temps d'exprimer ses dernières volontés, la charité nous ordonne de croire que Chinscaper les eût fidèlement remplies, et eût apporté la valise à Boscobel ;

mais la Providence permit qu’il en arrivälmautrement. Le vieillard, comme on l’a vu, ne put achever sa pensée, et Phonnête barbier n’entendit qu'une chose, c’est qu'il fallait sauver la valises Il fit donc ce que font souvent, en pareil cas,les exéeuteurs testamentaires, quand il y a quelque obscurité dans un codicille, il préleva ses honoraires sur la partie litigieuse de la succession. Quoi qu'il en soit, nos amis se trouvèrent dans un grand embarras, lorsqu'il s’agit de pourvoir, en. l'absence du comte, aux besoins du voyage. Ils se réunirentde nouveau à Hobbal-Grange, se concertèrent, etrils en étaient venus à désespérer du succès de l’entreprise, lorsque Île meunier s’avisa d'un expédient singulier. Il quitta ses frères, se rendit en toute hâte à Boscobel-House, et arriva jusqu’à l'appartement de Judith. Nous allons maintenant, avee la permission du lecteur , reprendre notre récit où nous l'avons laissé.

Humphrey, comme nous l’avons.dit, s'était arrêté sur-le seuil de la porte, et n’osait faire un pas en avant. Il regardait à droite et à gauche, afin de s'assurer que personne ne l'avait suivi, et que la femme de chambre de miss Ramsay ne se trouvait pas en ce moment dans l'appartement de sa maitresse.

— Mademoiselle, dit il enfin avec embarras, je viens vous demander un service.— Entrez, mon brave Humpbhrey, répondit Judith avec empressement, serait-il arrivé quelque malheur dans votre famille ? J'ai vu votre femme ce matin, ee ne m’en à point parlé. — Grâce à Dieu, Mademoiselle, tout le monde se porte bien au moulin; il n’y a que ma pauvre ju-

ment qui, depuis un mois, cloche d'un pied; mais ce n’est pas cela qui m’amène.—Qu'est-ce donc, mon ami? Vous n’avez donc plus de confiance en moi, que je vous vois trembler? — Ah! ne le croyez pas, Mademoiselle: si je ne connaissais pas voire bon cœur, je ne serais pas ici; et puisqu'il vous faut parler net, je viens vous faire un petit emprunt. — N'est-ce que cela? dit Judith avec un sourire, et en tirant de sa bourse quelques pièces d'or. — Merci, Mademoiselle, reprit Humphrey en repoussant Ja main de la jeune fille, c'est bien de l'argent que je viens vous demander, mais il m'en faudrait davantage. — Et combien vous faut-il? demanda miss Ramsay. — Hélas! répondit le meunier en hésitant, il en faut plus encore qu'il n’en est jamais entré dans ma maison. Je viens vous demander mille livres sterling. — Millelivres! s'écria Judith avec étonnement, je n’ai de ma vie possédé moi-même une si forte somme. Si vous en avez véritablement besoin, il faut vous adresser à mon père. — Alors, dit Humphrey tristement, c’est un grand malheur, et je nai plus qu’à m'en retourner les mains vides, comme je Suis venu; car il s’agit d’une affaire qui sonnerait mal aux oreilles d’un juge. — Vous voulez donc faire quelque chose de coupable? — Moi, Mademoiselle, répondit le meunier : Vous savez bien d'avance le contraire; mais par le temps qui court, ce sont quelquefois les bonnes actions qu'il faut cacher. — De quoi s'agit-il donc? dit miss Ramsay. — Je puis vous le dire à vous, Mademoiselle, parce que je sais que vous êtes restée fidèle à la bonne cause. I ya

dans les environs un jeune seigneur, umpauwre Cavalier fugitif, qui n’a échappé que parmiracle à&la mort qui le menace. Je ne puis pas vous direson nom ; mais si vous le saviez, les larmes vous viendraient aux yeux de penser qu’un si grand personnage n’a maintenant pour le-servir. quesd’humbles paysans comme nous. On-voudrait lui faire gagner les côtes; tout est préparé pour le voyagé; cependant 1l y a loin d'ici en France, et lonnesait-passtout ce qui peut arriver sur la route. .Nous"nous serions. bien adressés aux gentilshommes du pays: par malheur, la plupart sont dans l'exil, le5 autres*enprison, et le peut qui reste vit au jour le jour. Beurs biens sont confisqués, et il n’y a pas jusqu'aWôtre marraine, lady Arrington, qui n’ait été obligée-de prendre la

tæ)

fuite pour cacher son dernier enfant.— Elle n’est pas Join d'ici, interrompit miss Ramsay en montrant du doigt une porte voisine; mais achève,s:mon ami, — Dans notre embarras, reprit le meunier, mes frères et moi nous nous sommes côtisés ; mais à nous cinq, et après avoir retourné chacun le’fond du sac, nous n'avons pu rassembler que trois Hvrés en petite monnaie. Cest-bien peu, n’est-ce pas? El faut pourtant que notre hôte quitte le pays aujourd’hui même, car il y est déjà resté trop longtemps: — Hélas! dit miss Ramsay, s’il était découvert, on ne lui ferait pas de grâce, et 1! a peut-être unermère* une famille qui Pattend; peut-être.

Ji la jeune fille rougit ét acheva emelle-même sa pensée.

— Sa famille! s’écria Penderell, ah! ce n’est pas

elle seulement qui prendrait Je deuil, s'il venait à tomber dans les mains de ses ennemis; c'est encore tous ceux qui portent un Cœur anglais en Angleterre. — Expliquez-vous S'écria Judith en fixant les yeux sur le meunier. — J’en ai trop dit, Mademoiselle, repartit Humphrey à voix basse, et j'ai bien ait entendu. — Mais enfin, dit Juavez-vous pas d'autres res-

peur qu’on De n°

dith sur lemême ton, n sources? — Mon Dieu! non; Jeanne la braconnière à donné sa croix d’or; ma femme, sa bague de mariage; Margaret, la femme x Richard, a tiré de Parmoire les pendants d'oreilles qu’elle ne meltait que le dimanche; mais quand nous avons porté le tout au vieux Hawking, il a eu le cœur de nous en offrir une demiguinée. Je l'ai acceptée pourtant, Mademoiselle, c’est toujours cela de gagné.

Judith s'était déjà levée précipitamment ; OUVI

J un de ces coffrets d'ébène sculpté qui SON aujourpar les antiquaires, elle

d'hui si avidement recherchés en tira des-bracelets, des colliers de perles fines, des bijoux et quelques diamants qu’elledonnaau meuriier. — Tenez, Humphrey,, voilà tout ce que je possède; cela vient de ma mère et vaut plus que la somme que vous me demandez. Emportez-le, vous pourrez le vendre à la ville prochaine. Sans adieu, Humphrey.….. Ne me remerciez passe. de wai plus besoin désormais de parure. Elles ne vont bien qu'aux gens heureux... Allez, mon ami, et que Dieu accom-

pagne celui que vous voulez sauver.

Humphrey, qui avait réussi au-delà de son dans cette visite hasardeuse, prit la main de la jeune

rant

attente

| personne et y déposa un rude baisers Une grosse É larme s’échappa en même temps des yeux du meunicr et vint mouiller les doigts délicats de miss Ram- | say. Honteux de sa maladresse, il allait se retirer brusquement; mais la voix de Judith le retint au milieu de la chambre.

— Attendez, dit-elle avec hésitation, ilme semble que J'avais quelque chose à vous dire, — Je suis à vos ordres, Mademoiselle. — Lorsque je vous ai rencontré ce matin, il y avait un mois que je ne vous avais | vu, n'est-ce pas, Humphrey? Il y a bien un mois que | vous vintes annoncer à White-Ladies la mort des

comtes dArrington?

— Hélas! oui, dit le meunier, il y aura six semaines demain. Ces choses-là ne sortent jamais de la mémoire. — On n’a dit depuis, ajouta miss Ramsay, que vous êtiez alle avec vos frères rendre. les | derniers devoirs à vos anciens maitres? — C’est: encore vrai, Mademoiselle; nous sommes allés la nuit chercher leurs corps sur le champ de bataille, nous les avons chargés secrètement sur un char, et ils sont aujourd’hui dans les caveaux de leurs ancêtres. — J'ai prié auprès de leur tombe, dit Judith, et vous êtes un brave homme, Penderell, vous êtes | digne de votre frère Donal ; mais ne m’avez-vous pas raconté, ajoula-t-elle d’une voix émue, tandis que | tout son sang refluait vers son cœur; ne m’avez-vous (| pas raconté qu’un jeune Ecossais était tombé sur le. L corps de James, après lavoir défendu jusqu’au der- { | nier soupir ? — En effet, dit le meunier. — Eh bien ! il l'avez-vous donc laissé parmi-les morts pour qu’il

servit de pâture aux oiseaux de proie? — À Dieu ne plaise! s’écria Humphrey. Jai cherché son tartan noir parmi les habits rouges et les pourpoints des gentilshommes ; mais je ne l'ai point trouvé, et ce matin, la première personne que je rencontre dans les bois de Boscobel, en allant à Hobbal-Grange, c’est le même montagnard sur lequel j'avais vu passer au galop tout un escadron de.mousquetaires.

En apprenant cette nouvelle, Judith trembla de tous ses membres. Elle attacha sur le meunier un regard où se peignaient à la {fois le doute et l’espérance, ouvrit les lèvres sans pouvoir prononcer Un seul mot, et attendit dans une anxiété inexprimable la confirmation de ce qu’elle venait d’entendre.

— Cela vous surprend, Mademoiselle, continua l'honnête Penderell, qui ne se doutait guère du genre d'intérêt que la jeune miss portait au montagnard ; cela m'a bien surpris davantage, moi qui l'avais vu tomber percé de coups et qui n'aurais pas donne un penny de sa belle tête blonde. Je l'ai revu cependant, je lui ai parlé, je l'ai embrassé même, j'ai touché ses blessures. Ah! si ce n’est pas un lutin échappé au Sabbat, c'est un brave jeune homme. Le malheur est, Mademoiselle, qu’au moment où l’on croit le tenir, le

gaillard vous échappe, comme l’eau dans le creux de la main. Îl a joué sans doute le même tour aux MOUSquetaires, car il n’en fait jamais d’autres ; si bien que .moi qui vous parle et qui ne suis pas crédule ni superstitieux, je suis maintenant de l'avis de Traugh-

morton.

L'avis de Traughmorton était en ce moment la

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chose du monde qui intéressât le moins miss Ram- Say. Elle ne pouvait plus en douter, Allan vivait encore lil respirait près d'elle! Dans quelques heures peut-être elle allait revoir celui qu’elle eroyait avoir perdu à jamais. Suecombant à tant d'émotions, la jeune fille. joignit ses mains et tomba sur ses genoux en s’écriant d’une voix entrecoupée de larmes : Merci! mon Dieu, merci, c’est vous qui l'avez sauvé !

Humphrey eùt développé longuement son opinion sur la véritable nature du montagnard: mais le mouvement et lexclamation de Judith l'arrétèrent tont court au début de ses confidences. Il resta la bouche béante, un bras levé à la hauteur des yeux, dans Patlitude pénible d'un orateur qui manque tout à coup de mémoire. Cependant sa présence d’espritnel'abandonna pas dans cette fâcheuse position. Il fit une profonde révérence à la jeune fille qui Pavait presque oublié, et s’éloigna, d’un pas diseret, ce qui n’empêcha pas que la maison ne retentit du bruit formidable de ses souliers ferrés.

Lorsqu'il fut'parti, miss Ramsay se leva. Elle ne pouvait contenir sa joie. Elle riait et pleurait tout ensemble. Le nom d’Allan venait malgré elle se placer sur ses lèvres, et elle pressait sa main sur son cœur, qui semblait vouloir éclater dans sa poitrine. Oubliant les sages résolutions qu'elle avait prises à Lochiel, elle n'avait plus qu'un désir, celui de revoir le Caméron, de l'entendre raconter ses aventures, de. s'assurer par clle-même qu'il était encore vivant , qu'aucune de ses blessures n’était mortelle. Hélas! elle ignorait les nouveaux dangers qui pesaient alors

sur Ja tête de son amant; le meunier n'avait pu l'en iustruire, puisqu'il n'avait pas entendu parler du montagnard depuis sa disparition dans la forêt, au moment de l'arrivée du juge. Aucune crainte, aucune arrière-pensée ne vint donc troubler ces premiers transports d'un bonheur que Judith, à moins de folie, n'aurait pu espérer quelques instants auparavant.Elleavait caché, autant qu’elle l'avait pu,ses chagrins; elle eût voulu maintenant faire partager sa joie à tout ce qui l’environnait. Se rappelant qu’elle avait quitté son père avec moins de tendresse que d'habitude, elle résolut d'aller le trouver aussitôt, et de mettre tout en œuvre pour regagner ses bonnes gràces, ce qui, du reste, était une chose assez facile. Elle se Gisposa donc à quitter sa chambre; mais avant d'ouvrir la porte, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil sur son miroir.

— Ah! mon Dicu! dit-elle, voilà une robe bien sombre, une collerette bien chiffonnée. À quoi pense Barbara de m’ajuster ainsi ? Barbara ! où êtesvous? Elle ne n'entend pas. Barbaral ma chère Barbara |

Barbara était une jeune Irlandaise, fille dun fer= nier de lady Ramsay, la défunte épouse du juge. On l'avait fait venir à Boscobel pour remplir auprès de Judith les fonctions de camériste, dont elle s’acquittait assez bien.

__Me voici! me voici! dit-elle, en entendant la voix de sa maitresse, me voici! Juste Ciel! ne vous impa- Gentez pas, miss Judith ! J'étais la, chez votre marrain, qui m'avait priée de lui lire Vhistoire des Ma-

Il 54 ALLAN CAMÉRON.

| chabées. La chère dame! elle a tant pleuré que ses

\l pauvres yeux en sont affaiblis et qu’elle n’y voit guère

plus. Mais que désire mademoiselle?

— Donne-moi ma robe verte, dit Judith, et ma

fraise brodée à jour. — Vrai! s’écria Barbara d’un

air étonné. — Eh bien! te voilà tout interdite!

Qu’as-tu à me regarder ainsi ?—Rien, Mademoiselle,

| répondit Barbara. Cest que vous m'aviez ordonné

de mettre tout cela sous clef, et j'ai cru que vous ne

NE 4 vouliez plus le mettre. Je suis bien aise de m'être

trompée, car la toilette vous va si bien! Et puis,

; ajouta la camériste en se hâtant d'exécuter les ordres

de sa maitresse, lorsque j'ai quitté l'Irlande, j’ai pro-

| mis à ma mère de ne servir jamais qu'une bonne

catholique, afin de ne pas perdre la foi.— Tu es folle,

dit Judith. Attache cette fleur dans mes cheveux.

Qu'est-ce que la foi a de commun avec la couleur ou

la forme d’une robe? — Dame! dit Barbara, quand

je vous voyais serrer vos plus beaux atours, cela me

donnait des soupçons. Je pensais que vous alliez

écouter les mauvais sermons de ces prêcheurs puri-

| tains que l’on entend crier le soir, à Boscobel, comme

{| une troupe d’oics sauvages. Comment trouvez-vous

| ce nœud de ruban? — Très-bien, Barbara; tu as la

main aussi légère qu’une fée. — Cela est bon pour

5 | une hérétique, continua la camériste, de porter tou-

jours la même robe noire, le même visage boudeur,

kl comme cette vicille miss Bawlett, la sœur du pré-

| A tendu ministre. Je la rencontre quelquefois au vil-

|. Ë. lige, mais fais toujours semblant de ne pas la voir,

| afin de ne pas lui rendre sa révérence, — Vous avez |

at

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