‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 30 sur 58 · ALLAN .CAMÉRON. D · texte numérisé non relu

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tort, Barbara ; il faut être polie envers tout le monde, même envers Ceux qui ne pensent pas comme nous. Miss Bawlett est une personne âgée et qui, pour cette raison, a droit à votre respect.— Ils sont dejà si polis, eux, ces réprouvés ! repartit Barbara. Comment nous appellent-ils tous les jours dans leurs assemblées ? des filles de Moab, des étrangères, des idolâtres.Pourquoi? Parce qu’on aime mieux avoir une bague au doigt que quelques shillings dans sa bourse, parce qu’on ne sort jamais sans avoir sur la tête une cornette blanche et des jarretières à ses bas, et qu'après tout, on ne voit pas la nécessité qu’il y a, pour plaire à Dieu , de faire peur aux jeunes gens.

En ce moment, la toilette de miss Ramsay était heureusement terminée. Judith congédia sa camériste, jeta un dernier coup d'œil au miroir, et se dirigea ensuite vers l'appartement du juge. Mais en traversant une grande salle du rez-de-chaussée, elle entendit un joyeux éclat de rire, qui lui annonça tout à la fois que M. Ramsay était dans la salle à manger et qu'un heureux changement s'était opéré dans son humeur. Elle poussa la porte, et vit avec étonnement son père assis, le verre en main, vis-à-vis d'un bücheron. L’étranger, dont elle ne pouvait apercevoir le visage à cause du chapeau .à vastes ailes qu’il avait gardé sans façon sur sa tête, était attable comme le juge, et paraissait d’ailleurs fort à son aise en cette noble compagnie.

— Venez donc, ma chère, s’écria sir John en voyant paraitre sa fille; voilà une de nos anciennes connaissances de Lochiel. Mais, grand Dieu comme

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vous êtes belle ! quelles roses sur votre visage! vous ressemblez à votre mère lorsqu'elle avait quiuze ans.

Aussitôt. qu'il eut remarqué la présences de miss Ramsay , le bücheron se leva, ôta son chapeau et salua la fille de son hôte avec une grâce qui n’appartenait alors qu'aux seigneurs de l'ancienne cour. Judith tressaillit;-elle venait de reconnaitre le roi Charles IE.

— Cest M. Mac-Ferlane, dit le juge.em montrant le bücheron, un bon vivant qui #sest souvenu que nous avions vidé ensemble quelques- bouteilles de vin de France, et qui a voulu savoir si j'en avais d'aussi bon dans mes-caveaux.

in parlant ainsi, le juge fit asseoir sa fille auprès de lui, et, sans soupconner le rang du personnage auquel 1 avait affaire, reprit d’un ton familier : Vous avez bien fait, mon.garçon, de ne pas oublier la maison de Boscobel. Ma foi! au diable la prudence! Je ne suis pas de ceux qui. dans le danger ne reconnaissent plus le visage d’un ami. Les portes sont bien closes, d’ailleurs, et nul ne peut nous entenüre. Mettons-nous à notre aise. — Je ne vous ai pas vu longtemps, sir John, répondit le bücheron; mais j'étais sûr de trouver dans votre maisonsune franche et cordiale hospitalité. — Si vous me promettiez d'être sage à l’avenir,.dit le juge en remplissant les verres, de rentrer paisiblement chez vous et de ne plus vous mêler de politiques je pourrais peut-être vous-rendre un service. — Vraiment! dit Mac-Ferlaue avec un sourire, et lequel, s’il vous plait? — Ah! reprit Le juge, j'ai fait, 11 y a quinze jours, le voyage

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de Londres , car on avait voulu me nuire auprès du conseil d'Etat; mais j'ai si bien plaidé ma cause, qu’il n’y a pas dans les trois royaume, c’est-à-dire dans toute l'étendue de la république, un juge mieux assis que moi dans sa chaise curule. En sorte que, pour peu que vous en ayez l’envie , je me charge de faire votre paix avec le gouvernement établi.

Le prétendu montagnard ne put s'empêcher de rire de l'étrange proposition du juge.

— Vous riez, dit M. Ramsay ; vous croyez donc que cela est imposible ? — Je ne doute pas de votre crédit, sir John, répondit le bücheron, mais il y a en Angleterre un grand nombre de pauvres Cavaliers que je recommande à votre générosité. Si l’occasion s’en présente, vous pourrez faire alors un essai moins périlleux de votre influence. — Voilà bien la vanité écossaise ! s’écria le juge; mais, mon jeune ami, je me ferai votre caution; elle suffira , je vous l’assure! Ah! si vous étiez un Buckingham, un Derby, un Hamilton, un de ces hommes dont le nom est connu et dont on redoute l'influence, la chose serait peut-être plus difficile. Mais voulez-vous qu’on ait peur d’un montagnard qui n’a pour tout bien qu'un tartan räpé, quelques bruyères stériles et quelques pierres mal jointes qu'il appelle son château? D'ailleurs, ajouta M. Ramsay , je vous dirai, entre nous, que le gouvernement ne peut tarder à se relâcher de sa sévérité. La cause en est toute naturelle, le roi d’Ecosse

n’est plus en Angleterre. — Ah! dit le bûcheron avec:

surprise. — Vous ne le saviez pas, reprit le juge avec l'importance d’un nouvelliste qui croit être seul dans 2 ù

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