ALLAN CAMÉRON. TÉ
lord, dit miss Ramsay, Charles Stuart avait, je le présume, de meilleurs conseillers qu’une jeune fille. — Quoi qu'il en soit, reprit Cromwell, pour une raison ou pour l'autre, vous étiez à Lochiel, il y à un mois, et vous y avez vu le Jeune Homme, Voilà un fait que vous ne contestez pas. N’étiez-vous pas aussi le 5 septembreà White-Ladies, et n’y avez-vous pas revu Charles Stuart? — C'la est vrai, Mylord. — En ce cas, dit Olivier en regardant Patrickson, le reste s'explique de soi-même. Il est évident que miss Ramsay connait lasile du roi d'Ecosse. — Non, Mjlord, dit Judith, le hasard seul a produit ces rencontres qui vous étonnent. — Le hasard fait des choses singulières, dit Cromwell; je vois qu'il joue un grand rôle dans toutes vos aventures. Je gage que c’est cucore le hasard qui à amené ce jeune Ecossais dans le comte de Shrop et dans les bois de Boscobel, en même temps que Charles Stuart. Parlons franchement: Pourquoi êtes-vous venu dans ce pays, monsieur Je prétendu Gallois? Serait-ce, par hasard, pour rendre une visite de politesse à M. Ramsay, votre prisonnier ?
On comprendra aisément que le Caméron ne pouvait guère avouer à Cromwell le véritable motif qui lPavait attiré dans le voisinage de Boscobel-House. El crut donc devoir garder le silence.
— Vous vous taisez, jeune homme? dit Olivier. Eh bien! je vais vous le dire, moi. Le hasard seul ne saurait expliquer ces rencontres ; elles ressemblent trop à des rendez-vous. Vous êtes venu en Angleterre pour la même raison qui avait, à linsu de son père,
j'aime à le croire, appelé miss Ramsay en Ecosse.
Partout où l’on vous voit ensemble, on retrouve le Stuart, car j'ai appris que vous aussi vous aviez été à White-Ladies. Vous toürnez l’un et l'autre autour du fugitif, comme des phalènes autour d'un flambeau nocturne. Prenez gtrde! vous pourriez y brüler vos ailes. Pour la dernière fois, je vousänvite à parler, à me dire toute la vérité. À cette condition; j'oublierai le passé, et je vous renverrai dans vos familles.
Allan ne savait rien, mais toules les apparences étaient contre lui. El n'avait d'autre moyen d’expliquer sa présence à Boscobel que de parler de son amour pour Judith et du désir qu’il éprouvait de se rapprocher d'elle. Mais une telle justification aurait compromis peut-être l'honneur de miss Ramsay, et quand bien même elle eüt été de nature à persuader le général puritain, Allan ne l'eùt point entreprise. De son côte, la jeune fille était placée dans une position qui ne lui permettait pas de se defendre. Depuis qu’elle avait vu le Roi chez son père, elle ne le pouvait plus, sans être forcée de recourir à des subuilités et à des subterfuges. Elle trouva qu’il était plus digne de se taire.
__ J'en suis fâché, miss Ramsay, reprit Cromwell, cherchant quelque enüroit abordable dans la place forte où il voulait entrer, j'en suis fâché; vous m’aviez paru d'abord une fille prudente et sage; vous portez un nom qui n'avait donné d’autres esperances. Judith! un des plus beaux noms de l’Ecriture! Pour être aussi grande que cette illustre sainte, VOUS n’au-
riez cependant qu’un mot à dire, un seul mot. Ah! si
vous aimiez votre père, vous n’auriez pas hésité si longtemps. Ce pauvre John Ramsay ! il n’a que vous, et il vous aime, m’a-t-il dit, comme le vieux Tobie aimait son fils. Quels chagrins vous préparez à ses vieux jours! j'ai de l'affection pour lui, je l’estime, je voudrais le servir, mais enfin Îa loi parle, et je ne suis pas au-dessus de la loi. Il vous tient de trop près pour que votre faute ne retombe pas sur sa tête, et le moindre danger qui le menace, c’est la ruine, c’est la misère...— Assez! Monsieur, assez! s'écria le montagnard avec indignalion, je croyais que c'était le bourreau qui donnait la torture! — Paix ! jeune homme, dit Cromwell, ne nous emportons pas. J'ai épuisé avec vous les ressources.de ma patience et les trésors de ma miséricorde; vous avez rempli mon âme de colère... Ne faites pas déborder le vase, lorsqu'il est plein. Je veux pourtant, continua le général, en s’efforçant de se contenir, vous tendre encore la main dans l’abime où vous êtes tombe. Vousallez rester iciavec cette jeune fille, et je vous accorde cinq minutes pour réfléchir ensemkle. Pendant ce temps, je vais prier, comme le patriarche de Ségor, pour que le Seigneur détourne la foudre de vos têtes.
Aussitôt Cromwell se leva et, faisant signe à Patrickson, sortit avec lui de la chambre.
Allan et Judith se contemplèrent en silence. Le regard qu’ils échangèrent en ce moment eùt presque
‘suffi pour faire connaître à chacun d’eux ce que pen-
sait son compagnon. Celle réunion inattendue avait lieu sous des auspices trop funestes pour que la joie