‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 43 sur 58 · ALLAN C4MÉRON · texte numérisé non relu

ALLAN C4MÉRON

— Cela est étrange, dit le prince, Donal rit avec ses compagnons et il a encore son fusil sur lepaule. Qu'est-ce que cela signifie? Si je le connaissais moins...

Le prince avait porté la main sur la garde de son épée et tiré à demi la lame Gu fourreau. Mais aussitôt il la laissa retomber ct murmura à voix basse : Non! c’est un honnête homme! je ne l’outragerai pas par un soupçon! Arrivez donc, Donal, ajouta-t-1l en elevant Ja voix. Madame Jeanne s’impatiente et le gâteau va brüler.—hMe voila! me voilà! dit le braconnier que ses enfants retenaient par les pans de sa casaque et qui marchait lentement de peur de les faire tomber. Entrez, Messieurs, voici le prince.

L'officier et le mousquetaire qui accompagnaient Donal franchirent le seuil Ge la cabane, et découvrant leurs fronts, posèrent un genou en terre devant le Roi.

— Quoi! dit Charles Stuart qui les reconnut à l'instant, c’est vous, Mac-Convuill, c’est vous, Allan, que je retrouve sous ce costume! Relevez-vous, mes amis. Je ne suis ici, comme vous, qu'uñ simple officier de l’armée anglaise.

Les deux Ecossais se relevèrent pour obéir aux ordres du prince. Une vive émotion était peinte sur leurs figures.

— Eh bien! Evan, qu’avez-vous? dit le prince, vous tremblez, ce me semble. Vous ne trembliez pas à Worcester. — Pardonnez, Sire, répondit le Chef des Camérons; en voyant Votre Majesté dans cette pauvre cabane, jai senti malgré moi mon cœur se trou-

bler. — Ah ! dit le Roi, j'y ai trouvé de bons compagnons, des courtisans qui ne me flattent pas. Madame Jeanne me reprochait encore tout à l'heure d'être ‘indiscret. Cest un reproche auquel je finirai par m'accoutumer, ajouta Le prince en jetant un regard sur Allan. Un autre de mes meilleurs amis me Pa déjà adressé à-Lochiel, et, j'en ai peur, me ladressera bientôt une seconde fois, car j'ai une foule de questions à lui faire.

Allan rougit, et Mac-Connuill, qui n'avait point entendu raconter sur le pont-levis du château l'histoire du dernier loup d'Écosse, chercha en vain dans sa mémoire à quelle circonstance le Roi voulait faire allusion. Donal, pendant cet entretien, avait suspendu son long fusil de chasse au-dessus Ge la cheminée, s'était réconcilié avee la terrible madame Jeanne, ct, la laissant vaquer aux apprêts du repas, avait pris place à côté de ses hôtes autour d'une table grossière. Le prince l'exigeait ainsi.

— Quelles nouvelles, Donal? demanda Charles Stuart en voyant l'air satisfait du braconnier. — Excellentes, Sire; il y a bien des mouvements de troupes dans les environs, mais nos mesures sont prises, el je crois ue nous aurons le temps d’échapper à l'ennemi.

Le braconnier ne disait pas qu'il avait vu brüler au loin le moulin de Penderell et la grange d'Hobbal.

__ Donal! s’écria madame Jeanne, le malheur n'est pas si grand que je le craignais; le gâteau est cuit à point. — Eh bien! servez-le, ma Jenny, reprit Je

braconnier qui ne put s'empêcher de sourire. Nous

aurons à peine le temps d'achever ce repas. Mathias nous attend sur le bord de la rivière avec deschevaux selles et bridés ; il ne faudra plus à ces messieurs que cinq minutes pour atteindre la voiture de M. Ramsay. Je les accompagnerai jusqu’au carrefour de Rosewill, et je serai de retour, Jenny, avant que vous ayez éteint Ja lampe. — La voiture de M. Ramsay! dit le Roi en mordant avec appetit dans sa part de gâteau. Ou’est-ce que cela veut dire? — Chemin faisant, je Pexpliquerai à Votre Majesté. En attendant, je puis lui annoncer qu’elle ira à Bristol dans un beau carrosse, ayant à côte d'elle un gentilhomme de bonne race et deux gardes à cheval galopant aux portières de la voiture. Ce sera voyager en prince, et comme on vous verra un jour, Sire, aller de Londres au chàeau royal de Windsor. — Mais ne crains-tu pas, Donal, dit Charles Stuart, que ce train magnifique n'appelle lattention sur un pauvre officier de marine qui devrait voyager à petites journées en prenant les chambres les plus obscures des hôtelleries de village ? — Au contraire, Sire; le juge de Boscobel, votre compagnon de route, est connu à trente lieues à la ronde. Il a déjà couvert, sans le savoir, bien des marchandises suspectes, et se prêtera d'aussi bonne grâce à protéger votre évasion. Mais vous ne buvez pas, monsieur Mac-Connuill, ajouta le braconnier en versant à boire à Evan-Dhù. Trouvez-vous mon alc moins savoureuse que l’ale d'Ecosse? C’est un présent que miss Judith à fait à madame Jeanne.

Allan tendit aussitôt son verre et le vida religieusement jusqu’à la dernière goutte. Cependant, comme

sa main tremblait un peu, il en répandit quelques larmes sur la terre. C'était comme une libation à la nymphe bienfaisante à qui la braconnière devait cette précieuse liqueur. Mac-Connuill, de son côté, épuisa son gobelet, après avoir porté un toast au jeune prince. Il se tourna ensuite vers son hôte.

— Je croyais monsieur Ramsay et sa fille à Lochiel, dit-il, j'avais donné les ordres les plus sévères pour les retenir. — Nous trouverons à Shoredham une personne qui vous rendra compte de cette affaire, M. Evan-Dhàù.

Mac-Connuill ne sembla pas satisfait par cette réponse. Il fronça le sourcil, et reprit d’un ton impérieux : Je suis bien aise que le juge soit ici pour aider à la fuite du Roi; mais j'aimerais aussi à savoir qui à été assez hardi pour me désobéir ou pour commander dans ma maison. — Ne vous fâchez pas, M. Evan, dit Donal en souriant, le coupable est M. Huddleston.

À ce nom, Mac-Connuill porta la main à son front comme pour soulever sa toque et inclina sa tête avee respect. Il ne songea plus qu’à faire honneur à l'omelette et au pain noir qu'avait servis devant lui la braconnière.

— Ainsi, dit le Roi, nous allons voyager avec ce bon M. Ramsay. L'idée est charmante, et il me tarde de voir la mine qu'il fera en revoyant tout à coup son jeune ami Mac-Ferlane. Il va vouloir encore me réconcilier avec le gouvernement établi. Ma foi! qu’il m’expose, s’il le veut, son plan de pacification universelle, je suis bien décidé à ne pas le contre-

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