‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 44 sur 58 · À 156 ALLAN CAMÉRON · texte numérisé non relu

À 156 ALLAN CAMÉRON

dire, Ce ne sera pas trop payer le service qu'il va me

1e rendre. Mais que pensera-t-il en se retrouvant.en face re 2 de son redoutable gardien de Lochiel? — Gela ne

doit pas nous inquiéter, dit Donal; on ne demande | | pas son avis au ramier qui porte un message. M. Ram- 144. say se résignera comme il s’esl résigné à Lochiel.

\L | L'important, pour Votre Majesté, c'est d’avoir avec

{| l elle une escorte qui puisse éloigner tous les soup- } çons. Le juge aurait peut-être suffi, mais on ne se

ll, repent jamais d’avoir eu trop de précautions. Lorss que la cornemuse est pleine, on en joue mieux. —

| Nous défendrons le Roi en cas de surprise, dit Mac-

EE Connuill, —— Ce n’est pas ce que nous attendons de | vous, M. Evan, reprit le braconnier; tant que l'alerte n'aura pas été donnée sur la route, votre uniforme vous servira de passe-port; mais pour que illusion soit entière, il vous faudra prendre un air insolent, prêcher sur Le grand chemin tous ceux qui voudront vous entendre, et distribuer des coups de plat de sabre aux gens trop curieux. — Êtes-vous sûr au moins, dit Charles Stuart en versant à boire à madame Jeanne, que nous ne ferons pas un trop long

séjour à Shoredham, en attendant le bon plaisir du | | vent ou celui du pilote? — Il n’y a rien à craindre de Bill ce côté, répondit Donal; nous sommes an second Al quartier de la lune, le temps ne changera pas. D'ail-

ni leurs, le capitaine Tattershall est un vieux loup de | mer qui aborderait à la côte, eùt-il tous les vents À} déchainés contre lui. — Le capitaine Tattershall! S'écria le Roi. Bonté divine! n’est-ce pas lui qui à mené M. Ramsay à Chester? — En passant par Dum-

barton, dit le braconnier. Précisément. — Alors, si je connais bien l’auteur du plan de pacification universelle, dit Charles Stuart, nous assisterons à une entrevue orageuse. Mais vous ne nous dites pas, Donal, ce qui nous intéresse le plus, ajouta le prince cn jetant les yeux sur Allan; miss Ramsay sera-t-elle du voyage? — Je l’ignore, Sire, répondit le braconnier, je l'ai aperçue tout à l'heure, et elle m’a paru bien triste. Il faut qu’il soit arrivé malheur à quelqu'un. — Elle est si bonne, dit madame Jeanne en se levant pour débarrasser la table, car dejà le repas était fini. Te rappelles-tu, Donal, comme elle était inquiète quand notre Margery a eu la rougeole? elle venait ici tous les jours, amenait avec elle le médecin, payait lapothicaire, et veillait elle-même au chevet de la malade, quoiqu’on dit qu'il y eût bien du danger. — Allons! allons! interrompit Donal; la nuitapproche,etilest temps de nous mettre en route.

Les convives se levèrent, et le Roi, après avoir dit en souriant quelques mots à l’oreille du jeune Camérun, S’avança vers madame Jeanne pour prendre congé d'elle. Ce n’était plus officier de marine qui, un moment auparavant, montrait tant de familiarité et d'abandon; c’était véritablement le Roi d’Angleterre. Il avait un air aussi fier et aussi chevaleresque que s’il se füt trouvé en présence de la plus noble dame de sa cour.

— Quel que soit le sort que la Providence me ré-

serve, dit-il en se découvrant devant la jeune pay-

sanne qui, à cet hommage de son souverain, devint pourpre jusqu'aux oreilles et demeura interdite, en 2 10

| 4 roulant dans ses doigts la pointe de-son tablier; que je doive mourir dans l'exil ou remonter un jour sur fe 2 le trône de mes pères, je n’oublierai jamais, Madame, le temps que j'ai passé à l'ombre de ces bois ou dans

| votre maison. Les gentilshommes étaient proscrits 1h | et ne pouvaient me donner asile. J'ai retrouvé sous

A le chaume les vertus, le courage, le dévouement que LT je serais allé chercher dans leurs demeures. Vous sa- | viez quelles récompenses étaient promises à ceux qui ll 4 me livreraient à mes ennemis, et quels dangers je vous appc ortais en échange de votre hospitalité. | pendant j'ai dormi tranquille au milieu de vous. |

Pendant Kit jours je me suis nourri de votre pain; |! vous avez peut-être épuisé pour moi les ressources de l'avenir. Cela vous semble peu de chose, mais mon cœur en est touché. J'aurais voulu vous laisser, en partant, quelque marque de ma reconnaissance ; hélas! le Roi dé trois royaumes est plus pauvre à cette heure que le braconnier de Boscobel. — Sire, s’écria la paysanne, Votre Majesté ne nous"doit rien. | — Je vous comprends, madame Jeanne, interrompit

' Charles Stuart en regardant tour à tour Donal et les | deux enfants. Il ne vous manque rien ici pour être {|| heureuse. Je me réjouis de n'avoir pas trouble ce all bonheur, en attirant sur votre tête les désastres qui | on suivent mes pas. Le voisinage d’un proscrit est souvent fatal: mais enfin je pars. Bientôt je vous | rendrai votre mari, et alors, ajouta le prince en sou- |: Ds riant, les choses iront comme elles allaient autre- | (l fois : 11 vous demandera au retour de la chasse des nouvelles de Gipsy, des pois que vous avez semés, et

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de la laine embrouillée par Margery. Aïors, il reviendra toujours à six heures, quand il vous en aura fait la promesse. Adieu donc, madame Jeanne; je pense que vous ne m’oublierez pas. De mon côte, je parlerai de vous à ma mère et à ma sœur, aussitôt que je me retrouverai près d’elles. Maïs je vois que Donal s’impaliente, permettez-moi de vous donner un baïser d'adieu.

En parlant ainsi, le jeune prince saisit la main tremblante de la paysanne. Jeanne tendit modestement la joue et Charles Stuart y colla à peine le bout de ses lèvres. Le braconnier, debout près de la porte, essuyait quelques larmes qui s'étaient échappées de ses YEUX.

— Partons, dit-il, le juge doit nous attendre et Île temps nous presse.— Je vous suis, répondit le prince en posant sur la terre lespiègle Nump qu’il venait d’embrasser.

A ce moment, la porte s’ouvrit avec fracas, et Humphrey entra dans la cabane, les traits bouleversés, les habits en désordre.

— Où est Jeanne? s’écria-t-il en jetant autour de lui des yeux effarés; ah! te voilà, Donal, encore ici? mais le Roi est parti, n'est-ce pas?

Toutes les personnes qui se trouvaient dans la chambre se regardèrent avec inquiétude en voyant le trouble du meunier.

— Le Roi est là, dit Charles Stuart, qui seul avait gardé son sang-froid à l'approche d’un danger dont on ne connaissait pas la nature, mais que déjà tout ie monde pressentait. — Ah ! Sire, dit Humphrey avec

| désespoir, le mauvais ange l'emporte. — Que veux-

| 4 tu dire? Nous allons partir, s’écria le jeune prince. |

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ts | — N'en faites rien! la vallec est pleine de troupes.

14. 0 = . ne | Vous ne pourriez faire un pas sans tomber dans un

piége. — N'est-ce que cela? dit Charles Stuart, selon

JR son habitude en face du péril. Sortons! — Mais | } Cromwell s’avance, reprit le meunier; dans quelques IT F4 instants il sera dans cette cabane. Patrickson connait

le chemin, et ils sont partis en même temps que moi | du village, Ah! je me doutais bien que la journée ne se passerait pas sans malheur. J'ai vu notre père en rêve cette nuit. — Adieu, mes amis, dit le Roi, restez ici. Ma présence vous serait fatale et vous ne pou- | vez rien pour moi.

En parlant ainsi, Charles Stuart s’elança vers la porte, mais Donal lui barra le passage.

— Vous ne sortirez pas, Sire, dit-il, lecharbonnier est maitre chez soi. II faut que vous m’écoutiez. Je vous en conjure, Messieurs, ajouta-t-1l en s’adressant aux montagnards, remetlez vos épces dans le fourreau. Rien n’est désespéré, Sire; le tigre n’a pas encore mis la dent sur sa proie. Retirez-vous dans la

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Î ur 5 .

| chambre voisine, et si vous avez encore quelque con- | | fiance dans un serviteur éprouvé, laissez-moi faire les fl honneurs de ma maison au général Cromwell.

Charles Stuart céda à regret, et seulement après avoir fait d'inutiles efforts pour vaincre la résistance du braconnier. Les deux Camérons le suivirent en | silence, mais bien déterminés à changer de rôle aus- | | sitôt que les circonstances l’exigeraient, et à se faire

tuer au Lesoin sur le seuil du dernier asile de leur roi.

Cependant madame Jeanne, tenant ses deux enfants par la main, était restée avec Humpbhrey auprès du braconnier.

— Qu'est-ce que cela va devenir, frère? dit Penderell avec abattement; nous sommes perdus. On va mettre le feu à ta maison comme on Pa mis à la mienne ct à celle de Richard, — C’est bon ! dit Donal avec vivacité; va trouver le prince et ne le quitte pas. Souviens-toi seulement que les chevaux sont au bord de la rivière, auprès des saules. Tu as l'argent des bijoux? Très bien!

Hamphrey allait entrer dans la chambre.

— Encore un mot, reprit le braconnier. Tu diras au jeune montagnard de prêter l'oreille à ce qui va se passer ici. Vous ferez tout ce qu’il vous dira... Tu peux Le retirer maintenant,

Les deux époux restèrent en présence Pun de lPautre. Jeanne, en proie à de funestes pressentiments, cherchait à lire dans les yeux de son mari et n'osail pas l'interroger.

— Jeanne, ma pauvre Jeanne, lui dit Donal avec tristesse, allez-vous-en! — Mais pourquoi ne veuxtu pas que je reste ici? demanda la braconnière avec inquiétude, — Emmenez vos enfants, Jenny, reprit Donal en détournant la tête; et pendant que je serai seul dans cette chambre, chantez Ie Dyring-Swan (1), comme si vous endormiez Margery. — Je ferai ce que vous demandez, mon ami, balbutia la jeune pay-

(1) Le cygne mourant, vieille baïilade.

(Note du Traducteur.)

sanne d’une voix faible, je chanterai. — A présent, avant de L'éloigner, Jenny, embrasse-moi, dit Donal.

Jeanne se jeta dans les bras de son mari en fondant en larmes, mais sans savoir pourquoi elle pleurait. Tout à coup on entendit un bruit de pas à quelque distance de la cabane. Le braconnier poussa sa femme dans la chambte voisine, eut à peine le temps d’embrasser Margery, et referma brusquement la porte sur la mère et la fille, sans s'apercevoir que Nump etait resté auprès de lui.

— Et moi, père, tu ne m’embrasses pas? dit le jeune pâtre. — Malheureux enfant! murmura Donal, pourquoi n'as-lu pas suivi La mère?

Nump, au lieu de répondre, regardait avec curiosité le gencral Cromwell, qui arrivait en ce moment sur le seuil de fa cabane.

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