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pule : il vous fait honneur. Mais tout peut s'arranger. Confiez-moi la chose, et je me dévoue : je boirai le calice à votre place. Gela fait, nous partagerons ensemble le gâteau : vingt-cinq bonnes miile livres sterling! hein? —Retirez-vous | s’écria Donalavec un geste de colère, laissez-moi! vous êtes un misérable! C’est vous sans doute qui nous avez passé la corde autour du cou; mais, patience! je ne suis pas mort encore; etje vous en ferai repentir. — Tu te fâches ! pensa le clere, tu veux tout pour toi!
Donal, la tête penchée sur la poitrine, semblait en proie à une vive agitation. Cromwell attendait avec anxiété le résultat de la lutte qui se livrait dans l'âme du paysan. Il pouvait y avoir dans les environs des retraites si cachées qu’elles échapperaient longtemps aux recherches de ses soldats, et lindiscrétion d’un des partisans du prince pouvait seule les faire découvrir. Le général devait donc attacher la plus haute importance aux aveux que semblait promettre Donal, Debout devant la cheminée, les mains derrière le dos, il cherchait à lire dans ses traits décomposés tout ce qui se passait au-dedans de lui. Enfin, le braconnier fit un pas en avant, et se couvrant le visage comme pour cacher sa honte : Mylord, dit-il d’une voix altérée, je voudrais vous parler.
Cromwell sentit son cœur battre avec force.
— Parle, mon brave, répondit-il du ton le plus doux et le plus flatteur qu'il eùt pris de la vie. Je ne suis pas aussi méchant que j'en ai l'air. — Ah! M\lord, reprit Donal, si vous promettiez d’épargner mes
frères, d'oublier le passé, de nous laisser tranquilles
à l'avenir... — Je le promets! s’écria Olivier, je le promets!— Ne parlez pas si haut, Mylord ! murmura le chasseur. — Tu as raison, ta femme pourrait nous entendre. — Si vous me promettiez tout cela , reprit le braconnier, si vous assuriez à mes enfants la fortune dont cet homme me parlait tout à l’heure…. nous sommes si pauvres... surtout personne ne saura que c’est moi qui ai parlé, n’est-ce pas? — Ce sera un secret entre le Ciel et nous, dit Cromwell ; je doublerai la somme s’il le faut, mais réponds-moi, où est le bûcheron? — Le bücheron, répliqua Donal, il est maintenant... Non! non! jamais! Cela est impossible! Je ne saurais plus où me cacher! Non! non! cela est un crime! — Ah! dit le général qui voyait fuir devant lui le but auquel il croyait toucher, ce sont ceux qui étaient intéressés à te perdre qui t'ont dit cela. — Non! s’écria Donal , tuez-moi! Vous ne m'arracherez pas une parole. — Insensé! dit Cromwell, et tes enfants? — Mon Dieu! ayez pitié de moi! Je ne sais quelle voix écouter dans mon cœur, la tête me tourne, mes genoux faiblissent.—Pensez-y bien, reprit le chef parlementaire; à ta place, un autre n’hésiterait pas. Avant le jour, peut-être, quelque honnête paysan plus sage que toi aura gagné la somme que tu refuses. Alors, à quoi l’aura serviton silence ?
Le braconnier ne répondit pas.
— Patrickson, dit Cromwell, faites venir le capitaine.
De Profundis ne tarda pas à entrer dans la chambre.
— Qu'y a-t-il de nouveau? demanda Olivier. — Rien, général, je viens de changer les sentinelles autour de la maison. La nuit commence à tomber. — Qu'on redouble de vigilance, et qu'on prenne les armes à la moindre alerte. — J'oubliais de vous dire, Mylord, qu'une ronde a rencontré le juge de Boscobel se promenant en Carrosse près du carrefour de Rasewill. On a voulu d'abord l'arrêter, mais il tempêtait de si belle facon qu'il a fallu lâcher prise. — Et l'on a bien fait, capitaine, dit Cromwell, vous pouvez retourner vers votre compagnie. — Quant à toi, ajoutat-il en se tournant vers le braconnier, as-tu réfléchi ?
Donal garda le silence.
__ Je l'aurais cru mieux avisé, reprit le général, mais enfin, tu es le maitre. Pour moi, je ne veux que ton bien. Je te sauverai malgré toi-même. Il me semble que j'ai entendu du bruit dans la chambre voisine. Ta femme n’est pas couchée. Je vais voir si elle ne sera pas plus raisonnable que le père de ses enfants.
En parlant ainsi, le chef parlementaire s’approcha de la porte qui jusqu’à ce moment l'avait séparé de Charles Stuart. Il posa la main sur le loquet, et, tout en regardant le braconnier, mit un pied dans la chambre de madame Jeanne. Un pas de plus, et la trahison devenait inutile : c'en était fait du Roi d’’ngleterre.
— Vingt-cinq mille livres! s’écria Donal d’une voix étouffée, vingt-cinq mille livres!
Cromwell, à ces mots, laissa retomber le loquet ct s'arrêta.
— Je les ai à, dans un portefeuille, dit-il en montrant son pourpoint, les veux-tu? — Ont, Mylord, répondit Donal, et que Le sang du juste retombe sur ma tête!
Cromwell ferma la porte.
— Maintenant, dit Donal avec la fermeté d'un homme qui a pris une résolution inébranlable, mais en baissant la voix de manière à n’être pas entendu derrière la cloison, maintenant je vais vous livrer celui que vous cherchez.
Olivier eut peine à retenir un cri de joie.
— Tu vas me le livrer? dit-il. — Oui, Mylord. — En quel lieu? — Ici même. — Mais j’attendrai longtemps? — Non, Mylord ; avant que l'horloge ait marqué sept heures, il sera entre vos mains. — Tu sais donc où il se cache? — Non, Mylord, répondit le braconnier, maisil doit venir ce soir dans ma maison.
Donal, comme on le voit, n’avait pas eu un instant la pensée de livrer Charles Stuart.
— Je lattends, poursuivit-il d’une voix émue; mais je suis convenu avec lui d’un signal qui doit lui annoncer qu’il peut venir jusqu'ici sans courir de danger. Malheureusement on aperçoit de loin:les uniformes de vos mousquetaires, et quand l'oiseau a vu le filet, il n’écoute plus lappeau du chasseur. — Mais enfin, tu sais le lieu de sa retraite? Dis-le-moi ! —Je l’ignore, répliqua Donal ; j'ai seulement entendu dire à mon frère qu’ils passeraient la journée dans les taillis de Rosewill. C'est un endroit bien connu des réfractaires du pays. Avec un guide sûr, on pourrait y échapper aux poursuites de tout un régiment.
— Rosewill! dit le général, n'est-ce pas sur Fautre bord de la rivière, à lorient de Boscobell Les avenues sont gardées, le Jeune Homme rencontrera des sentinelles et des bivouacs à chaque pas. — Sans doute, dit le bracounier, son gite est sùr, il y restera. Si vous le voulez pourtant, ajouta-t-il en tirant de son havresac la flûte de roseau qu’il avait taillée à Lochiel, je vais faire entendre mon signal, — Non, pas encore, reprit Cromwell en se promenant de long en large; que résoutre ? J'ai fait battre la forêt tout le jour sans le découvrir ! IT peut s'échapper à la faveur des ténèbres... C'est bien! il ny à qu'un moyen... Hola, quelqu'un! — Ce que je vais faire est uue chose affreuse, s’écria Donal, qui semblait se
AU
contenir avec peine depuis un moment; je vais trahir
op
non maitre comme Judas, par un baiser... Vous vous souviendrez de vos promesses, Mylord, il ne tombera pas un cheveu de ma tête, ni de celle des miens? — Je te chargerai d’or, dil Cromwell. — Le drôle a plus d'esprit que je ne croyais, murmura le clerc. — Enfin, dit Olivier en lui-même, je tiens le Stuarti.— Dieu soit béni, pensa Donal, le Roi est sauve!
En ce moment De Profundis s’avançait vers le chef parlementaire.
Nous n'avons pas besoin de dire ce qui s’est passé dans la chambre de madame Jeanne depuis l'arrivée de Cromwell dans la cabane. On comprend les émolions que durent éprouver Îles divers personnages qu’elle renfermait. Le roi seul demeura constamment maitre de lui-même. S'il éprouvait quelque peine ;
c'était de se voir condamné à défendre sa vie, non comme le lion qui se jette au-devant du chasseur, mais comme le renard qui se blottit dans un terrier et n'ose faire un mouvement, de peur de réveler sa
| présence, Evan-Dhü, la tête découverte, l’épée nue, (l ) se tenait debout près du jeune prince. Madame Jeanne, HN plus morte que vive, n'avait pas eu la force d’achever FH sa chanson et s'était accroupie sur le carreau, tenant
Margery sur ses genoux. Quant au meunier, il s'était | emparé de Nump et avait toutes les peines du monde à l'empêcher de parler.
\ 1e Le jeunehighlander, selon l'avis quelui avait donné Humphrey, se tenait près de la porte, l’oreille collée | à la cloison, et ne perdait pas un mot de l'entretien |! de Donal avec le chef parlementaire. Il ne put d'a- | bord se rendre compte des intentions du braconnier, mais habituéaux ruses de guerre des montagnards de l'Ecosse, il resta sur le qui vive, prêt à régler sa conduite sur les moindres incidents qui pourraient l’eclairer. Bientôt des sons doux et mélancoliques réveillèrent les échos de la vallée; Donal jouait sur la flûte de roseau un air écossais qui fit tressaillir le Caméron. Il écouta un moment avec inquiétude, et se tournant tout à coup vers Charles Stuart : Il faut | partir, dit-il à voix basse.
Ë — Etes-vous fou, Allan? répondit le prince, la | cabane est entourée de soldats. — Oui, mais Donal | joue la retraite des Camérons; il faut partir! Mac-Gonnuill, qui croyait que pour quitter un appartement il n’y a pas d'autre chemin que la porte, s'avança bravement vers la cloison ct chercha le lo-
quet dans l'ombre, bien décidé à se frayer un passage de gré ou de force à travers les ennemis. Son frère l’arrêta au moment où il allait ouvrir.
— Qu'allez-vous faire, Evan? s'écria-t-il ; il ne s’agit pas de combattre, mais de fuir : cela est quelquefois aussi glorieux! — Mais par où voulez-vous donc sortir ?
Allan, depuis sa visite au château de White-Ladies, savait par expérience que les fenêtres peuvent servir à plus d’un usage. Il écarta le rideau de toile qu'on avait baissé par précaution sur la croisée de la chambre, et jeta un regard rapide sur la campagne.
— Par Notre-Dame! dit-il, les mousquetaires ne sont plus là. — Il me semble, ajouta Charles Stuart, qu'une partie de la vallée est libre. Les troupes se replient dans le bois, et on a retiré les sentinelles avancées. — Bonté divine! s’écria Humphrey, le chemin est ouvert à cette heure jusqu’au bord de l'eau. — Vous voyez bien qu’il faut partir, dit Allan.
En parlant ainsi, le Caméron s’efforça de tirer à lui la fenêtre, mais elle était si étroitement fermée, qu’elle opposa une longue résistance.
— Prenez garde, dit Humphrey, le verrou va crier comme un chat qui miaule.
L'honnête meunier avait parlé trop tard; le verrou céda, mais en gémissant, et ce bruit fatal glaça d’épouvante le malheureux montagnard, qui crut que tout était perdu. Cependant le prince le saisit par le bras et lui fit signe d’escalader la fenêtre.
— Je ne sortirai qu'après Votre Majesté, dit le Caméron. — Regardez mon uniforme, Allan, repart
Charles Stuart avec unsourire : c’est celui d’un marin. Or, dans un naufrage , le capitaine sort toujours le dernier du navire.
Le geste dont le Roi accompagna ces paroles ne permettait pas de réplique. Allan sauta légèrement ) sur l'herbe. Mac-Connuill et Humphrey le suivirent, (END mais Charles ne voulut sortir qu'après avoir serré || une dernière fois la main de madame Jeanne. | Cependant le bruit de la fenêtre avait êté entendu
par Cromwell.
: AE — Qu'est cela? dit-il au braconnier.
\ 1er Celui-ci était debout sur un escabeau, et accoudeé Li sur la lucarne qu'il avait ouverte pour le signal du Ë départ.
IN — Ce n’est rien, Mylord, répondit-il, les femmes | n’en ont jamais fini; Jeanne ouvre sans doute son armoire, le coffre est vieux et les gonds sont rouillés. — Le Jeune Homme tarde bien à venir, reprit Cromwell, sans s'occuper davantage de ce qui pouvait se passer dans la chambre voisine. J'ai fait ce que tu as voulu, et rien ne peut l'arrêter à présent.— Patience : Mylord, dit le braconnier, 1l y a loin d'ici à Rosewill, et le plus agile coureur ne voyage pas aussi vite que bi! le bruit d’une chanson.
Li Cromwell, réduit à attendre, se promena à grands ji pas dans l'appartement, sans pouvoir dominer son 1 émotion. Il regardait l’horloge, gourmandait les sol- HN! dats qu’il avait gardés dans la cabane pour saisir le prince, s’asseyait et se levait tour à tour, mais il ne reussit pas à tromper son impatience.
__Ne vois-tu rien encore ? dit-il d'une voix sourde.