‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 56 sur 58 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Le même à la même.

Lochiel, 20 juin 1660.

Quelle nouvelle, ma chère dame! J'en suis tout étourdi. Quoi! cela est bien vrai? Charles Stuart est à Londres! Le pétit- fils de Jacques est remonté sur le trône de ses pères ! N'est-ce point un songe? Est- il vrai que l'armée, le peuple et le parlement laient reçu à bras ouverts, comme un nouveau Joas , ou plutôt comme un fils de famille qui, rentrant dans ses domaines après avoir fait un trop long voyage, trouve à la porte de son château ses vassaux en habits de fête, et recoit les compliments du maitre d’école avec les bouquets des villageoises ?

Quand le bruit du débarquement est parvenu en Ecosse, j'étais à Glascow, où je faisais imprimer mes ouvrages: J'ai vivement regretté de ne m'être point trouvé à Douvres sur le passage du roi; j’aurais offert à Sa Majesté le premier exemplaire” de mon Traité du gouvernement établi. Ce livre que j'ai,

comme vous le savez, commencé sous Île roi Jacques, est aujourd'hui tout à fait de circonstance.

Vous me donnerez, ma digne amie, des détails sur lheureux retour du roi dans sa capitale. Ce n’est pas seulement parce que j’ai eu l'honneur de monter dans les carrosses de Sa Majesté, que je me réjouis de cet événement, c’est surtout par fidélité à mes principes, comme je l’ai démontré ce matin à M. Mac-Connuill qui, dans sa simplicité montagnarde, n'avait pas encore compris mon système.

C'est un mauvais garnement, appelé Coledock, qui est venu apprendre au clan des Camérons que le Roi avait enfin vu sa bonne ville de Londres. Depuis ce moment, je crois que tout le monde ici a perdu la tête. On rit, on pleure, on s'embrasse; on arrête les passants sur les chemins, on les conduit dans sa maison, et Ià, qu'ils soient pressés ou non de partir, il faut qu'ils boivent et qu’ils chantent, en l'honneur de Sa Majesté Charles IL. Mac-Connuill a fait venir dans son château tous les joueurs de cornemuse du pays. Ceux-ci enflent leurs outres et leurs joues de toute la force de leurs poumons. et ils font le même vacarme que des valets de ferme à la poursuite d’un essaim d’abeilles. Mais les highlanders trouvent ce bruit charmant; ils se prennent tous par la main, et, tartans rouges, tartans verts, tartans noirs, les voilà qui dansent en rond dans la vallée de Lochiel. Nal ne se douterait, à les voir, que ces gens si gais et si satisfaits les uns des autres font d'ordinaire ensemble aussi mauvais ménage que le vieux Hawking avec sa femme, et qu’ils sont toujours à couteaux

Page 1