V.— L'ARMÉE DU ROI
| Que l'Écosse entière se lève
| Et de la liberté fasse luire le glaive!
| Voyez au loin flotter les bannières du roi! Enfint de la Calédonie,
L'heure a sonné; viens venger ta patrie.
Vis libre sur tes monts ou meurs libre avec mot, Cuaxr or Rosrar Buucr.
Le retour du prétendu highlander, au moment où | les deux partis allaient en venir aux mains, chan- | geait brusquement la situation. Evan ne put retenir un cri de terreur. I] arrivait, l'épée haute, sur Usque- | baugh; mais, en voyant Mac-Ferlane, 11 laissa retom- | ber son bras et, se jetant au-devant des montagnards, | s’écria d’une voix terrible : Arrêtez, Camérons, le | premier qui fait un pas de plus meurt de ma main. | Les Camérons obeirent en murmurant, et leur | Chef courut vers le capitaine. Par ce mouvement ra- | pide, il se plaça entre les habits rouges et Mac-Ferlane, | qui s'était avancé au milieu de la salle et se trouvait | ainsi exposé aux premiers coups de l’ennemi. Mac- | Ferlane n'avait plus l’air insouciant et l'allure indo- | lente d’un pâtre montagnard. Ses deux mains étaient appuyées sur la crosse de ses pistolets, et son visage
avait pris peu à peu cette expression de fierté et de mélancolie qui caractérisait les Stuarts.
Cependant, Gédéon, qui avait vu, avec une secrète joie, s’évanouir les dispositions pacifiques du chef ecossais, rangea ses mousquetaires en bataille.
— Capitaine, s’écria Evan-Dhù, ne versez pas le sang dans ma maison; je consens à tout : prenez les guinées, les hommes, les troupeaux; vous voyez bien que je ne songe plus à me défendre. Je n’ai pas été le maitre d’un mouvement de colère; mais n’y pensons plus, Monsieur, et s'il faut, pour réparer mon imprudence, doubler la somme, vider ma bergerie, dites un mot, je suis prêt à le faire. — J’eh suis fâché, répondit Gédéon avec hauteur, mais il est trop tard! Quand j'ai tiré l'épée du fourreau, elle n’y rentre pas comme elle en est sortie.
En parlant ainsi, le capitaine se tourna vers son licutenant et parut le consulter. Les Camérons observèrent que l’indomptable Mac-Connuill tremblait en ce moment pour la première fois de sa vie. Les deux ofliciers de Cromwell eurent bientôt achevé leur sinistre colloque. De Profundis sourit d’un air étrange et dit, assez haut pour qu'Evan pût l'entendre : Le vieux Nol sera content de vous, capitaine. — Je l’espère, répondit Gédéon. Vétérans, continua-t-il en s'adressant à ses mousquetaires, souvenez-vous que le mot d'ordre aujourd’hui est le même que lorsque nous sommes entrés d'assaut à Drogheda.
En entendant ces mots, Mac-Connuill jeta les yeux autour de lui avec angoisse, comme pour chercher une issue; mais les portes étaient encombrées de sol-
dats. Un sourd gémissement s’échappa de la poitrine du fidèle Caméron; il recula lentement comme un lion poursuivi par de nombreux chasseurs, et couvrit de son corps le jeune prince qui était resté immobile à la même place.
— Capitaine, dit-il en prenant son épée à deux mains, il en est temps, empêchez ce combat, ou, jen prends Dieu à témoin, le sang que vous verserez retombera sur votre tête. — Non! point de merci, dit Usquebaugh. Soldats, apprêtez vos armes! tournez.
Le capitaine n’acheva pas; une forte détonnation venait d’ebranler le manoir jusque dans ses fondements. Ce bruit formidable roula d’echos en échos, ct s’affaiblissant par degré, alla se perdre dans une gorge lointaine. Au même instant, Mac-Ferlane, prenant sa toque verte, la posa sur la table et laissa voir son noble front, sa blonde chevelure rejetceen arrière suivant la mode adoptée par les Cavaliers au milieu des gucrres civiles. Après avoir jeté un regard vers le ciel comme pour en implorer la protection, il s’avança vers la fenêtre ouverte et s’écria d’une voix forte : Il n’y à pas un nuage au ciel, capitaine; ce n’est donc pas le tonnerre que nous venons d’entendre. Que pensez-vous de cette voix? Elle a parle un langage que vous semblez connaitre, car je vous ai vu tressaillir.
Gédéon s’approcha de la croisée, jeta les Yeux au pied du château, et recula d’épouvante.
— Qu'est ce à dire? s’ecria-t-il, on a baissé la herse et dressé le pont-levis! sommes-nous prisonniers ? — Je vois que vous êtes un vicux soldat, reprit Mac-
Ferlane, vous avez le coup d'œil sùr; mais regardez encore, s'il vous plait, avec plus d'attention. Il me semble que j'aperçois des sentinelles le long des fossés, sur les tours, dans la vallée, et, si je ne me trompe, ce ne sont pas des habits rouges.—Trahison: dit Usquebaugh en faisant un pas en arrière. —Haltelà ! capitaine, s'écria Mac-Ferlane, s’armant de deux pistolets qu'il tira de sa ceinture. Pas un cri! pas un geste ! ou vous êtes un homme mort!
Le jeune prince s’approcha aussitôt de la seconde fenêtre qui était restée fermée à cause de la chaleur du jour, et poussa rudement les volets. Tous les regards se portèrent à la fois vers la scène que ce mouvement venait de découvrir,
Sur les hauteurs voisines, on apercut d’épaisses colonnes de fumée mêlces de flammes rougeûtres. Déjà un bivouac se formait au pied d’une colline, tandis que sur les flancs d’un ravin profond on voyait descendre en toute hâte, par un sentier étroit, des highlanders armés. Ils disparaissaient bientôt derrière les rochers et allaient sans doute se ranger en bataille au fond de la vallée. Mais d’autres les suivaient sans relâche, les uns brandissant des haches, d'autres des arcs, le plus grand nombre portant sur l’epaule de longs fusils dont les canons reluisaient au soleil. Ce torrent qui tomliait des montagnes coulait avec une effrayante rapidité. De Profundis essaya de compter ces ennemis inattendus ; ce calcul ne servit qu'a augmenter ses terrcurs. Il se tourna alors vers son ami el lui dit en secouant la tête : Capitaine, capitaine, nous voila pris comme le chasseur dans le
en nn A,
| ALLAN CAMÉRON. 59 | piége qu’il a tendu. — Que faire? murmura Usque- | baugh, d’une voix caverneuse, et que dira Cromwell? | — Que voulez-vous qu’on fasse contre des milliers | d'hommes? répondit le lieutenant. C’est le vieux Nol | lui-même qui a commis la faute. Ne savait-il pas que | le général Middleton campait dans les montagnes avec toute une armée? S'il se fâche, d’ailleurs, vous lui | rappellerez la captivité de Babylone. Ce sera un beau texte pour vous qui avez le talent de la parole.
Il avait à peine achevé, qu’on entendit sur plusieurs points de la vallée résonner les cornemuses, jouant | les marches guerrières des clans de l’ouest. Bientôt | une nouvelle détonnation fit trembler les vitres de la | salle. Le capitaine pälit et dit à son lieutenant : En- | core le bruit du canon; nous sommes perdus! —
Allons, Monsieur, du sang-froid! s’écria Mac-Ferlane
avec un léger sourire. Ce sont là les chances de la guerre. Entendez-vous le bruit qui se rapproche? Dans un instant notre armée enveloppera le château, et alors je ne serai plus maitre d'arrêter le carnage. Si vous voulez sauver vos gens, il n’y à pas une minute à perdre. Mac-Connuill, recevez l’épée du capitaine. — Je demande à me retirer avec les honneurs de la guerre, dit Gédéon.— Non! non! s’écrièrent les montagnards, 1l faut qu’il meure.
Evan-Dhù imposa silence aux Camérons.
— Votre demande n’est pas sérieuse, capitaine, reprit Mac-Ferlane, vous n’avez ni le droit ni le pouvoir de faire vos conditions. Après tout, ce n’est pas un déshonneur que de succomber sous ie nombre! Vous n'avez qu'un parti à prendre, c’est de faire poser les
armes à vos soldats et de vous rendre à merci! — Ce jeune montagnard, dit tout bas De Profundis, ést sans doute quelque chef influent ; Jlaissez-le agir, d’autres pourraient être moins traitables. — Préférez-vous attendre que vos soldats aient été attaqués et taillés en pièces? reprit le jeune prince. Vous avez mérité ce traitement, et puisque vous hésitez, je vous aban donne à votre sort.
Usquebaugh, cffrayé par le ton qu'avait pris le highlander, s’avanea en tremblant.
— Je suis à vos ordres, Monsieur, dit-il d’une voix entrecoupée; que dois-je faire? Je suis prêt à me soumettre... Oh! de grâce, ne détournez pas la tête! Je suis venu ici pour obéir aux ordres de mon général. Si vous ne nous laissez pas la liberté, Monsieur, prenez-nous au moins sous votre garde. —=Non, dit Mac-Ferlane, vous n’aviez point de pitié pour nous quand nous élions en votre puissance. H voussera fait comme vous vous proposiez de faire.—Oh! miséricorde! s’écria le capitaine en pliant un genou en terre, miséricorde! — Vous demandez une chose que vous ne Connaissez pas, Monsieur, répondit le high - Jander. — Vous vous trompez, balbutia Gédéon avec angoisse. Je devais épargner.…—Le cellier, peut-être, dit Mac-Ferlane. Relevez -vous, capitaine, ajouta-t-il en S’approchant de la première fenêtre, vous voyez d'ici voire petite troupe. — I] y à là quatre cents hommes, dit Usquebaugh. Cent autres fantassins sont entrés avec moi dans le château. — Envoyez votre lieutenant, et que dans cinq minutes toutes les
armes soient dans cette salle. Une seule minute de retard, et je ne réponds de rien!
De Profundis allait Sortir; Mac-Ferlane ajouta : Vous rassemblerez en même temps vos cinq cents hommes sur la pelouse, et nous les verrons défiler SOUS nos yeux.
Quelques instants après, le château était libre, les sabres et les mousquets étaient rangés en faisceaux dans la salle d'armes. Mac-Ferlane, suivi d’'Evan-Dhù, des montagnards et du Capitaine, traversa le pontlevis, gardé par des sentinelles écCossaises qui rendirent à leur Chef les honneurs militaires. La bannière des Camérons s’abaissa devant le Jeuné prince. Le pibroch retentissait toujours derrière la montagne, et par intervalle on entendait le bruit du canon.
Mac-Ferlanc fit passer devant lui la troupe prisonnière ; puis, s'adressant aux deux officiers : Vous allez partir, leur dit-il, vous allez quitter ce pays où vous n'auriez jamais dû pénétrer. Si vous aviez affaire à un ennemi aussi généreux que vous, pas un seul de ces mousquetaires ne serait sorti de ces vallées. Mais nous ne tenons pas à imiter celui qui vous a envoyés dans nos montagnes. Partez, Messieurs, ct que dans un quart d'heure on ne voie pas un seut habit rouge sur ces collines.
Les deux officiers, heureux d’en être quiltes pour une allocution, saluèrent Mac-Ferlane, et bientôt le Capitaine donna à sa troupe le signal du départ. Elie ne tarda pas à entrer dans une des gorges voisines et s’éloigna lentement. Gédéon et De Profundis firent plusieurs lieues avant d’oser se retourner pour regarder en arrière. À la première balte qu'ils firent, ils se {rouvèrent en face l’un de l'autre dans la position
lamentable et comique où le lecteur les a déjà surpris deux fois. De Profundis rompit enfin le silence : Capilaine, dit-il, ils nous ont laissé les tambours et les clairons, comme si c'était à nous de chanter victoire. Combien croyez-vous que ce jeune montagnard eût de soldats? Je parie pour vingt mille.
— Jenem’eninquièteguère, répondit Usquebaugh. Les choses auraient pu tourner beaucoup plus mal. J'ai vu le moment où, vous et moi, nous ne valions guère mieux qu’une calebasse percée. Mais me direzvous pourquoi le highlander nous a laissés partir?
De Profundis passa la gourde à son compagnon, et les deux amis reprirent leur chemin en s’entretenant de leur aventure. Nous les laisserons continuer leur route vers Stirling, pour nous occuper de personnages beaucoup plus dignes de nos sympathies.
Lorsque les habits rouges eurent disparu, Mac- Ferlane, que les montagnards regardaient avec une curiosité mêlée de respect, fit signe à Evan-Dhù de le suivre au bord du lac. Le Chef des Camérons obeit avec une émotion qu’il ne pouvait contenir.
— Sire, dit-il enfin d’une voix altérée, ma maison a reçu aujourd’hui un honneur auquel je ne m’attendais pas. Pardonnez-moi de ne vous avoir pas reçu comme un Lochiel doit recevoir son souverain. — Ne vous excusez pas, Evan; vous m'avez fait en ce jour les plus grands sacrifices qu’on puisse demander à un montagnard. Vous avez laissé pour moi votre épée dans le fourreau, vous avez souffert l’insulte dans votre maison, vous alliez livrer à la mort votre
frère et les plus nobles d’entre les vôtres. Merci! c’est un hommage qui vaut mieux que la pompe d'une fête. — Sire, reprit Mac-Connuill, nous sommes toujours prêts à mourir pour votre personne! Mon chàteau, mes terres, mes serviteurs, tout ce qui est à moi vous appartient; faites-moi la grâce d’en disposer aujourd’hui pour vous et l’armée qui vous accompagne.
Le Roi ne put s'empêcher de sourire.
— Mon armée! dit-il; en effet, elle pourra tenir à l'aise dans votre château. Tournez les yeux de ce côté, Mac-Connuill, voilà mes généraux qui s’avancent et toutes mes forces qui débouchent dans la vallée.
Evan-Dhù suivit l'indication du Roi et aperçut Allan qui s’approchait à la tête d'environ trente hommes, tandis que Donal, le braconnier, arrivait sur un autre point avec une phalange aussi imposante. Pour comble de surprise, Lochiel reconnut dans les soldats les habitants du clachan voisin et ses propres serviteurs; quatre ou cinq joueurs de cornemuse, jouant alors ensemble la marche des Camérons, précédaient les highlanders.
— Voilà mes troupes, dit le Roi ; que pensez vous de ma tactique? — Eh quoi! Sire, s’écria Evan, les sentinelles? — C'étaient vos pâtres. — Ces clans nombreux qui descendaient des montagnes? — C’etait une vingtaine de Camérons recrutes dans le village, et qui tournaient incessamment autour d’un rocher, les uns portant des fusils, les autres des cognces, d'autres sans armes. — Mais ces canons qui
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faisaient trembler les vitres du château ?... — Voyezvous ce petit diable tout noir de poudre : c'était le commandant de l'artillerie. Cela vous a coûté huit ou dix chênes de haute futaic; mais on a choisi, et pour cause, ceux que le temps avait creusés. — Sire, vous êtes un hardi général, dit Evan-Dhù avec admiration. — Voilà du moins, reprit le Roi avec un triste sourire, une victoire qui n'aura coûte de larmes à personne. Vous y avez joué un rôle auquel vous n'êtes guère accoutumé, mon brave Mac-Connuill; mais vous aurez bientôt l’occasion de servir votre prince comme il convient à un Caméron. Vous devez être las du repos qu’on vous à imposé. Ce n’est pas comme une simple parure qu'Evan de Lochiel porte une épée : cela est bon pour messieurs du parlement. Vous nous avez appris, à Dumbar et ailleurs, quel usage vous saviez faire de la vôtre. Aussi, c’est pour vous demander de la tirer encore pour notre service que j'ai quitté mon camp cette nuit : j'ai voulu vous voir, vous parler. Quand je vous cherchais autour de moi, on disait que vous m’aviez abandonne. Je n’ai pu le croire, Evan, et suis venu vous demander raison de votre absence. — Ah! Sire, dit le Chef, je n’aurais pas quitté l’armée si lon ne m’eüt abreuvé de tous les outrages; j'étais comme un ennemi au milieu de vos soldats. Lorsque je passais dans le camp, on m’insultait parfois sans que je pusse découvrir le coupable. Dans les marches et dans les combats, on me donnait toujours l’arrière-garde! Sire, j'aurais voulu me faire tuer pour vous; mais on me refusait même ce droit, que je croyais pourtant avoir assez
ALLAN CAMÉRON. 65 mérité. — Je sais, reprit le roi, que vous avez à vous plaindre des presbyteriens, de Kerr, de Strachan, de Leslie. On vous a repoussé comme un malveillant ; mais en vous condamnant à linaction, en vous retirant, comme Achille, sous votre tente, c’est moi seul que vous punissez, On vous a offensé, dites-vous? Et qui donc est à l’abri des injures de ces déclamateurs ct de ces sophistes? M'ont-ils épargné, moi qu'ils appellent leur maitre, aux jours de cérémonie? Argyle n'a-L-il pas écarté de ma personne mes plus fidèles serviteurs? N’ai-je pas été obligé d'entendre chaque jour des sermons frénétiques où j'étais gourmandé comme un enfant pauvre par son pédagogue? Ah ! si je vous disais tout ce qu’il m’a fallu souffrir! Ils m'ont blessé cruellement, et dans tout ce que J'aimais. Ils venaient m’éveiller de grand matin pour me reprocher ce qu'ils appellent les fautes de mon père! Vous croyez peut-être que Charles Ier fut un roi juste et un martyr? Détrompez-vous, Evan; à en croire les covenantaires qui l’ont vendu à ses bourrcaux, c'était un impie, un roi digne du nom d’Achab, et dont le supplice a été trop doux! Ma mère, ma noble mère, dont les malheurs seuls ont égalé la vertu, n’était pour eux qu’une idolâtre, une pécheresse, une autre Jézabel, qu'il fallait oublier ou maudire! Maudire ma mère! entendez-vous, Evan? il fallait la maudire! Oh! que de fois j'ai senti mon cœur torturé comme s’il eût été la proie d’un serpent, landis que ces fougueux inspirés insultaient hnpunément à tous ceux que j'aime et que je respecte depuis mon enfance; car il me fallait écouter
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jusqu'à la fin, garder un visage impassible, souffrir en silence, dévorer mes pleurs, et cependant. j'étais le Roi!
Ici le jeune prince, ému, essuya une larme. Mac- Connuill, troublé lui-même, semblait hésiter entre la douleur et lindignation. Enfin Charles Stuart, après un moment de silence, reprit d’une voix plus douce : A présent, Evan, dites-moi quels sont vos griefs. — Sire, répondit Evan d’une voix tremblante,
je n’en ai plus. — Vous êtes un noble cœur, dit le
Roi. Je savais que je ne viendrais pas en vain plaider ma cause auprès de vous. Maintenant, écoutez. L’armée rebelle a pris vers le nord le chemin des montagnes dans l'espoir de tourner ma position à Sürling. Par cette manœuvre imprudente, elle a laisse ouverte devant noi les plaines du sud. C’est le chemin de l'Angleterre. Dans trois jours, Evan, j'aurai passé la Twecd et marcherai sur Londres. Vous partagerez notre bonne ou notre mauvaise fortune, n’estce pas? Je vous donne rendez-vous dans deux jours à Glascow, où nous commencerons ensemble notre dernière campagne.
Après avoir parlé ainsi, le Roï tendit la main à Evan-Dhà qui la baisa respectueusement. Ils s'approchèrent ensuite des highlanders, qui s’étaient tenus à l'écart. Le jeune prince reprit son faucon. Mac- Connuill lui offrit de l'accompagner jusqu’à Stirling; mais Charles Il, redevenu Mac-Ferlane, refusa cet honneur et s’éloigna avec son premier guide Donal, par des sentiers connus seulement des montagnards.