ALLAN CAMÉRON. AS
partez... répondit le jeune homme, vous allez conibattre... tous les hommes du clan vont vous suivre, etes:
Ailan s'arrêta. Il n’osait pas achever sa pensée, et il espérait que son frère lui évilerait celte peine.
— Nous partirons demain, au point du jour, mon brave, dit Mac-Connuiil. — Alors, continua le jeune homme en rougissant, je puis apprêter mes armes ?
Un nuage passa sur le front d'Evan-Dhüù. Le jeune Caméron attendait avec inquiétude la réponse du Chef. Enfin, voyant qu’elle tardait , il ajouta avec vivacilé : J'ai vingt ans, et, sans parler de vous, Evan, on à vu des Lochiel combattre avant cet âge. Frère, je partirai avec vous.
Mac-Connuill réfléchit pendant quelques minutes, la tête cachee dans ses mains. Ïl paraissait indecis. Enfin, 1l leva sur Allan un regard plus sevère que de coutume, et dit en fronçant le sourcil : Non, c’est impossible! vous resterez.
Le ton sur lequel Evan avait fait cette réponse ne souffrait pas de réplique. Le highlander allait pourtant insister, lorsque M. Ramsay, en costume de voyage et portant un sac de nuit sous le bras, entra dans la salle. Un domestique chargé de bagages Pattendait dans la chambre voisine, et miss Ramsay, vêtue simplement, mais avec grâce, s'était arrêtee timidement sur le seuil de la porte, en apercevant Allan Cameron.
— Ah! dit le juge, vous voilà enfin, monsieur Mac- Connuill. Je vous attendais pour vous faire mes
adieux. — Déja! vous êtes donc bien pressé de nous quitter? répondit le Chef. Ne pourriez-vous pas attendre à demain? Nous ferions route ensemble. — Vous en parlez fort à votre aise, monsieur Mac-Connuill, repartit le juge; mais la porte est ouverte, je m'en vais; je suis bien décidé à profiter ce soir même du congé que vous avez promis pour moi à ce jeune montagnard de bonne mine qui a diné avec nous: Il est parti, je suppose, et cela ne m'étonne pas. Quand une maison menace ruine, les hirondelles l’'abandonnent aux corbeaux, soit dit sans vous offenser, monsieur Evan-le-Noir. Je ne sais si vos chemins sont bien sûrs et si je ne suis pas exposé à y faire quelque mauvaise rencontre comme celle de ce maudit patron et de... Allons, n’en parlons plus. Je serais un ingrat si je n’avouais aujourd’hui que la vie est assez douce dans vos montagnes; mais la plus belle prison est encore une prison, monsieur Mac-Connuïill, et il n'y a pire hôte qu'un geôlier, Je suis sûr qu’arrivé à Boscobel, je regretterai vos bruyères et vos genêts. Le matin, on y entend chanter les perdrix en aussi grand nombre que les alouettes dans mes blés du Shropshire, et le soir, au clair de la lune, J'y ai vu dix lièvres ensemble brouter le thym et le serpolet ; mais VOyez-vous, monsieur Evan, une chasse royale sans la liberté, c’est un repas splendide sans vin de France.
Tandis que le juge parlait ainsi, Evan-Dhà se disposait à remplir sa promesse. Il se fit apporter du parchemin, une plume et de l'encre.
— M. Ramsay, dit-il ensuite, je désire que vous
ALLAN CAMÉRON 17 venez nous revoir quelque sn La guerre rappro- | eux qu'elle semblait devoir séparer à amais, et tels se sont quittes bons compagnons qui
dit bonjour l’epée à la main. — Vous l'avez nsieur Evan, vous l'avez dit : je suis charmé
de vous avoir conns ; mais vous n’en êtes pas moins un ennemi du gouvernement établi, et je doute que nous ayons jamais le plaisir de poursuivre ensemble le mème coq de bruyère; d'autant mieux, ajouta le
juge en lançant un regard terrible sur Allan, d’autant mieux que ji rencontre dans vos montagnes
certain renard... — Allan, dit Mac-Connuill, asseyezvous ICI et prenez 2h plume.
Le jeune montagnard obéit.
— Ecrivez, contint ja le Chef.
« Le soussigné, Evan Mac-Connuill de Lochiel, du clan ré Coins lurd de Kinnulfbright et de Levenferry, demande à ses amis, conseille à ses ennemus, et ordonne aux hommes qui portent son
ET Unef
nom, de laisser passer librement le porteur de la pré: sente lettre, sir John Ramsay, de Ramsay-Hall dans le Shropshire.
«Sr John est un homme de cinquante ans: il a la taille haute, les cheveux grisonnants, les sourcils épais, les yeux vifs et le teint fleuri.
CH est accompagné de miss Ramsay, sa fille, qui part avec lui pour l'Angleterre. »
Evan allait continuer, lorsqu'un messager entra. — Allan, dit le Chef, achevez le sauf-conduit. Il ne reste qu’à ares le signalement de mademoiselle, le lieu du départ et le but du voyage. Monsieur
Ramsay pourra s’eloigner ensuite et atteindre la prochaine étape avant la fin du jour.
En parlant ainsi, Mac-CGonnuill se leva, et s’approchant de la fenêtre, ouvrit une lettre que lui remit le montagnard. Pendant la conversation du juge avec son hôte, Judith s'était rapprochée de la table et se tenait debout à côté de son père, sur le bras duquel elle s’'appuyait doucement. Allan n'avait pas besoin de regarder la jeune fille pour obéir aux ordres d’'Evan-Dhàû. Les traits de Judith étaient gravés d'une manière ineffaçable dans le cœur du highlander. Cependant, après avoir hésité un moment, il leva les yeux sur la voyageuse, et cachant avec peine le trouble qui lagitait, demanda d’une voix tremblante: Quel âge avez-vous, Mademoiselle?
La jeune fille rougit et voulut répondre ; mais les paroles expiraient sur ses lèvres.
— Elle à seize ans, dit monsieur Ramsay avec impatience. Dépêchez-vous, jeune homme. Les ombres granGissent. Allez-vous nous faire perdre une journée de route?
Allan ne sembla pas avoir entendu le juge. Il tenait ses regards attaches sur miss Ramsay, el on pouvait lire sur le visage mâle et fier du montagnard une émotion profonde. Judith qui avait tenu d’abord ses yeux baissés vers le parquet les releva presque involontairement, et Allan crut s’apercevoir qu'ils étaient remplis de larmes.
— Plaisantez-vous, jeune homme? reprit le juge avec une humeur croissante, vous faut-il si longtemps pour voir que ma fille à les yeux bleus? Dicu me
pardonne! vous avez l'air d'un aigle qui regarde le soleil, Un clerc comme vous, mon garçon, serait trop paye à deux livres sterling par mois.
Allan, rappele à lui-même, reporta son regard sur le parchemin et n’osa plus teurner la tête vers Judith. Enfin, il acheva le sauf-conduit d’une main tremblante et le présenta à Mac-Connuill. Celui-ci, resté à l'écart pendant cette scène d'adieu, avait 0bservé son frère et miss Ramsay. Il s’avança lentement et les contempla tour à tour. Leur émotion était visible.
— Le Roi ne s'était pas trompé, pensa Evan-Dhàù. Ces jeunes gens s’aimaient et il leur en coûte de se séparer. Mais, ajouta-t-il en se frappant le front, oui... c’est bien là ce que la sorcière à voulu dire. Il y a peut-être un moyen de retenir Allan à Locniel.…
En faisant ces reflexions, Mac-Connuill s'était assis auprès de la table et avait saisi la plume dans sa main. Il s'arrêta au moment où il allaitsigner le saufconduit.
— Les chevaux sont-ils prêts? dit le juge en s’adressant à un serviteur. — Oui, Monsieur, répondit le valet. — Alors, il ne me reste plus qu'a vous remercier de votre hospitalite, monsieur Evan, dit le juge. J'oublie ce qu’elle avait d'illégal et d'attentatoire à la liberté individuelle, pour ne me souvenir que de vos bons procedes de gentilhomme. Je puis même dire à cette heure que j'ai tué Le temps ici d’une facon fort agréable. — Jen suis bien aise, dit Evan- Dhù en jetant la plume loin de lui; puisque le séjour de Lochiel ne vous déplait pas mortellement, mon-