CHAPITRE VllI
liC Kauffourou.
Avant que cette scène se passât à Lanberis , AUan, on doit le supposer, avait déjà commencé ses véritables expiations par la misère et la souffrance. Ses provisions étaient depuis long-temps épuisées ; mais , dans ce pays si fertile , il trouvait sur les arbres des noix de coco, et sur l'herbe de nourrissans flocons de manne, qu'il recueillait le matin au pied de l'eucalyptus et au milieu des gouttelettes de l'abondante rosée. Il avait donc encore de quoi assouvir à peu près sa faim ; mais sa véritable terreur était causée par les noirs.
Jusqu'alors il avait eu lo bonheur de leur échapper en montant et se cachant dans les arbres : de la il les avait vus souvent faire leurs repas de poissons et lancer leurs dards aux oppossums gris qui sautaient d'arbre en arbre et de branche en branche ; il faiUit même une fois être atteint par une de ces flèches.
Sa position fut l^ien pis encore , cependant quand , au sortir d'une vaste forêt , il se trouva dans une plaine qui paraissait sans bornes et où ne croissait pas un cocotier, pas un eucalyptus : partant plus de manne, plus de cocos, plus d'ombre , et le soleil était dévorant î II avait bien son fusil au moyen duquel il s'était procuré çà et là un faisan ou un perroquet ; mais, d'abord, comment trouver un gibier sur cette plaine ; et puis, en eût-il trouvé , que sa poudre se serait bientôt épuisée comme ses provisions de bouche , et la nécessité l'avait rendu prévoyant.
Insensé qu'il était ! Tous ses malheurs et le crime qui les produisait avaient eu pour cause une passion effrénée d'indépendance , qui l'avait poussé à se révolter contre l'autorité paternelle, contre la soumission f/uil devait à sa famille.
ALÏA5. 87
tié bien, Allaa, quand tu étais sur celle herbe brûlée, .étendu,, accablé de fatigue, mourant do faim , ne pensais-lu pas qu'il est i)lus dur encore de dépendre du besoin implacable , que de la douce autorité d'un père ? Quand tu n'osais pas, pour assouvir ta faim impérieuse , tirer un coup de fusil de peur d'avertir les noirs qui t'auraient dévoré , n'étais-tu pas courbé sous le poids de la plus effi'oyable soumission et de la plus tyranmque servitude ? Tu t'y serais pourtant soustrait pour toujours en obéissant aux volontés bienvedlanles de ton père et de ta mère.
Il commençait sans doute à sentir ces vérités , quand il tomba un jour , épuisé , au fond d'un taillis , pour ne plus quitter son lit de mousse et d'écorce qu'après quelques journées d'une fièvre sérieuse. C'est pendant cette maladie , qu'il endurait seul, sans soins, dans un désert au milieu des périls, qu'il comprit le plus vivement com- ])ien de malheurs attendent celui qui fuit la maison patenielle : sa condamnation , sa captivité à Ijord , les cou})s qui le forçaient au travail , rien ne l'avait aussi violemment ému que de se voir soufflant et nbai.donné, lui qui, à Lanberis, })0ur