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peu qu'il fût malade , était mis dans le Ht le plus doux, bercé, choyé nuit et jour. A présent, au contraire , qui le plaignait , qui lui donnait des soins, qui lui pardonnait, qui pouvait prier pour lui? Les pauvres? Au contraire, ils l'avaient maudit, car il leur avait pris une bouchée de pain , et c'est une puissante malédiction que la parole du pauvre que l'on repousse ou que l'on dépouille.
Le souvenir de ce premier crime lui serra enfin le cœur comme un remords sincère. Alors, pendant ses heures de souffrances qu'aggravaient les attaques continuelles des moustiques et des fourmis dont il était assailli du matin au soir dans son immobilité, il sentit de plus en plus le désir , le besoin de rendre aux malheureux ce qu'il leur avait pris ; mais comment , pour cela , gagner de l'argent ? La boussole dont l'aiguille se dirigeait vers les montagnes bleues , moins éloignées à présent, semblait lui répondre. Il s'était pourtant dit plus d'une fois, pendant sa maladie, qu'il était impossible qu'après le long voyage qu'ils avaient fait par mer pour s'éloigner de l'Angleterre , ils en fussent si près par terre ; mais la
réflexion n'était pas son fort , et le désir avide se contente de tous les raisonnemens , quelque faux qu'ils soient.
— Oui , oui , dit Allan ; derrière la montagne je retrouverai le pays, je travaillerai , je demanderai pardon à mon père , à ma mère et aux pauvres , en leur remettant dix fois ce que je leur ai pris.
C'est sans doute cette bonne intention qui fit qu' Allan recouvra rapidement ses forces , et enfin il sortit du taillis où il avait été gisant bien des jours. Il eût mieux fait de retourner à la colonie , mais il fallait encore , on doit le croire , (pi'il passât par d'autres épreuves. Avant de quitter ce bois pour entrer dans une immense plaine qui s'étendait devant lui a perte de vue , sans qu'un arbre fût visible sur l'horizon , il fit sa provisions de choux palmistes , de figues , de prunes et de pommes sauvages, puis il se mit en route pour traverser cette mer de verdure. Il était faible encore ; il marchait lentement, et de fréquentes haltes lui étaient nécessaires.
Enfin , après avoir passé deux nuits derrière ces espèces de paravens que construisent les
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naturels avec des bandes d'écorce pour se protéger pendant leur sommeil, misérables abris abandonnés par eux , mais qui attestaient leur présence toute récente, il arriva sur les bords d'une large ri\ière. Cet obstacle naturel qui l'arrêtait, le fit réfléchir et il se demanda s'il ne ferait pas mieux de retourner sur ses pas : la boussole, qui l'avait guidé pour aller , lui montrerait tout aussi bien par où il fallait revenir, xVinsi , pensant et délibérant, il errait sur le bord de l'eau : il s'en fût éloigné peut-être , s'il n'eût aperçu un tronc d'arbre qui traversait un point où la rivière était plus étroite. Ce pont , quelque frêle et chancelant qu'il fût , était une tentation , et il y céda comme autrefois il avait obéi à une autre plus fatale encore. Le tronc de l'arbre flottait et rebondissait sous lui, et quand il fut au milieu , il fit une pause pour réfléchir encore : il regarda au sud-est , point d'où il venait , puis au nordouest ; et là ses chères montagnes , plus proches encore, lui firent perdre la tête. Il était sur l'autre bord. Dire qu'il ne s'en repentit point presque aussitôt , ce serait fausseté, et il éprouva un certain serrement de cœur en voyant sur le gazon
des cendres fumantes ('Dore, des débris de poisson et les traces des noirs qui avaient été assis en cercle autour du feu qui mourait. Il y avait eu là un repas tout récent. Cet argument fut le plus fort , et Allan l'avait bien compris , car il remettait le pied sur le tronc d'arbre pour reprendre le chemin de la colonie, quand une partie de la terre du bord, qui soutenait le point fragile, s'éboula et l'arbre s'éloignant de la rive, le pont coula bientôt en long au fd de l'eau.
— Bah ! dit alors le fugitif, je vais continuer; je n'ai plus peur : c'est honteux ! Allan avait en ce moment un pauvre courage , le courage inutile qui est la folie la plus vaine , sinon la plus dangereuse. Le vrai courage , comme la générosité , honore l'homme et le rend respectable ; mais le courage faux ou fou , et la prodigalité, le mettent en péril et le ruinent
D'un pas déhbéré , il reconmiença donc à traverser une plaine que bornaient de petites collines... puis des montagnes qui s'élevaient en amphithéâtre. Il recueiUit encore dans cette plaine , et près de l'eau , beaucoup de ces chapelets de gomme suspendus aux branches de l'acacia.
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Entre les collines et la rivière , il remarquait avec curiosité de longues bandes sineuses sur l'herbe ; on eût dit des sentiers battus et où le gazon a disparu à force d'être foulé par les pas ; il semblait plutôt que ce fussent les traces de quelque incendie dont la flamme , allant çà et là au cours du vent , aurait dépouillé ainsi la terre. Non point; et Allan découvrit bientôt que c'étaient les ravages d'innombrables essaims de chenilles. Combien de chenilles , parmi les hommes, passent comme ces fléaux et ne savent que détruire !
Quand Allan après deux jours de marche par la plaine , entra dans les taillis qui couvraient les collines; ce fut avec une grande précaution : les sauvages, dont il avait vu les vestiges, pouvaient s'y trouver. Chaque bruissement de feuilles , chaque cri d'oiseau , le faisaient tressaiUir , et alors il regardait d'un œil effaré dans les massifs et dans les clairières. Un soir, il était couché sur le bord d'un petit lac, bien entouré de hauts arbres , et il s'apprêtait à y passer une nuit sans inquiétude, quand il fut tiré de son premier assoupissement par uu éclat de rire derrière lui.
11 se leva en sursaut précipitamment et avec un tel trouble, qu'il fallit se jeter clans l'eau du lac. — Il y avait bien , en effet , de quoi rire de lui ! Cependant le rieur ne recommença point , et si Allan eût été plus calme , il aurait entendu dans le feuillage des batlemens d'ailes , il eût compris que Voîseauri'eiir s'enfuyait épouvanté par ses mouvemens soudains ; mais Allan n'avait jamais entendu cet oiseau imitateur, et il quitta tout épouvanté le bord du lac , d'autant qu'il y avait aperçu un sentier tracé et battu par des pas tout récens encore.
Allan se dit alors, en cherchant un autre gîte, qu'il eût bien mieux fait de rester h Lanberis pour y vivre heureux en cultivant la terre de son père.
Le lendemain il se vit au pied de ces montagnes bleues derrière lesquelles il était convaincu que se trouvait sou pays ; et plus il les gravissait, plus l'atmosphère lui semblait rafraîchie et même froide. Enfin , c'était tout à fait la température du Snowdon, et il redoublait le pas avec une ardeur incroyable pour atteindre le sommet dans
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l'espérance de ^oit■ , — qui sait ? — le lac d<j iiala ou la vallée de Festiniog , près de Laiiberis. Quand , après beaucoup d'efforts pour s'ouvrir un chemin à travers les hautes fougères , les cèch'es, les fleurs enlacées aux arbres, et tout un chaos de végétation , il arriva à la plus haute Cl aie , une épaisse brume couvrait tout au-dessous de lui. Il se rappela les brumes éternelles cjui entourent ses montagnes natales. Enfin les nues éclatèrent ; des grêlons énormes tombaient avec la pluie pareille à un torrent, et le ciel s'éclaircit. Alore , Allan vit ou crut voir , aux premiers rayons sortis péniblement des nuages , deux lacs dans le lointain , au bas des montagnes ,
Du courage î s'écria-t-il avec joie , j'arriverai bientôt.
Si, comme son père et Meredith, Allan s'était occupé de l'étude des plantes, il eût bien vu, par leur nature et leur espèce , qu'il élait dans un cUmat tout différent du pays de Galles. Le changcmcni de température (jui l'avait réjoui n'était que l'effet de l'élévation où il se trouvait ,