‹ Allan, le jeune déporté `a Botany BayChapitre 14 sur 36 · AÎ.I.A.X · texte numérisé non relu

AÎ.I.A.X

et il s'aperçut bientôt que plus il redosceiidait , plus lui revenait la chaleur.

Les bois étaient admirables de fraîcheur après cet orage, et, au milieu des fleurs de toutes sortes qui grimpaient le long des arbres et se mêlaient à leurs feuillages , sautillaient et voletaient des perroquets de tontes les nuances du plus bel arc-en-ciel, ou des cockatoas rouges à tête noire. Oh î qu'il eût été bon de pouvoir parcourir ces forêts avec un cœur content, un esprit en repos, un estomac bien apaisé, n'est-ce pas, AUan !

Il n^en était point ainsi, pai" malheur. Le cœur content , on ne l'a jamais quand on fait tant de mal. L'esprit en repos , comment Alian l'auraitil eu, quand, au miheu de ces forêts déUcieuses, il se voyait cependant entouré d'ennemis ? Le serpent blanc , le serpent noir , le serpent diamant qui a souvent quatre pieds de long , rampaient autour de lui , le couia , l'ours de ces montagnes , le menaçait quelquefois , et le chien sauvage qui, dans nos pays, aboie en fêtant l'approche de l'homme, dressait en hurlant ses oreilles pointues et montrait ses dents aiguës sous

son nez affilé, quand il passait : alors il fallait qu'il se sauvât bien vite dans quelque arbre.

Quant à son estomac, il était vide et bien vide. Le gibier ne lui eût pas manqué , certainement ; mais vous savez qu'il craignait qu'un coup de fusil n'attirât les sauvages. Il fallait donc qu'il se contentât des fruits ou des racines qu'il trouvait, et ne mangeait qu'avec la continuelle peur de prendre en même temps du poison. Il avait été malade pendant deux jom's pour avoir goûté de la noix d'une certaine espèce de palmier.

La faim pousse le loup hors du bois , comme dit le proverbe , et la faim fit qu'Allan , bravant l'effet de la détonation de son arme à feu , tira un jour sur un objet qu'il avait vu remuer dans le fourré. A peine le coup parti , Allan se hâta de monter jusqu'au haut d'un arbre, au moyen des degrés que les naturels avaient pratiqués dans le tronc : c'était leur trace menaçante encore. Du haut de cet observatoire il examinait le taillis sous lequel il avait tiré , quand il en vit sortir un kangourou de la grosseur d'un mouton. 11 s'avançait , bondissant sur ses longues pattes

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(îe derrière, mais d'une façon plus gauche encore cjne ne l'eût été sa marche naturelle , car le coup de feu d'Allan l'avait blessé à la cuisse. Il sautait donc en se faisant de sa queue touffue un balancier, puis il s'accroupit sous l'arbre dans lequel Allan se tenait immobile.

Ce kangourou était une femelle. Après avoir bien regardé de tous les côtés d'où était venu le bruit qui l'avait épouvantée, et ne voyant ni n'entendant rien , elle entra avec précaution ses deux courtes pattes de devant dans la poche que la nature lui a placé au ventre , et elle retira de cette espèce de berceau , son petit , tout nouvellement né. Alors elle le regarda tendrement pour voir s'il ne s'était pas blessé ; ne lui découvrant aucun mal , son visage velu prit comme un sourire de contentement ; elle le baisa avec tendresse, le posa contre ses mamelles et le petit but son lait où se mêlait le sang de sa mère , pendant qu'elle le caressait avec sa langue et une de ses pattes.

Allan avait rechargé son fusil ; mais à ce tableau', il n'eut pas le courage de s'en servir. Il pleura , nu contraire , et pensa à sa mère si

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tendre, au mal qu'il lui avait fait comme à celleci; au bien qu'il voulait faire désormais par sa conduite, s'il rentrait au pays, et il descendit meilleur de l'arbre du haut duquel il avait pu voir une scène si touchante.

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