‹ Allan, le jeune déporté `a Botany BayChapitre 19 sur 36 · AI.LA.>I · texte numérisé non relu

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la flamme. li y aiu\iit eu de quoi rire pour quelqu'un qui eût été disposé. La lueur du bûcher faisait parfaitement ressortir la blancheur de leurs dents, c{ui se montraient entre deux maigres joues noires et sous un nez traversé d'un os de cinq ou six pouces de long ; deux os semblables leur passaient dans le bas des oreilles que comTaient à demi de longs cheveux plats et raides; mais ce qu'il.y avait de plus singulier, c'était leur costume , oui , leur costume. Il en avaient un de toutes les couleurs. Le blanc et le rouge surtout brillaient sur leurs corps , en bandes horizontales plus ou moins étroites. Quant au visage , le blanc y était répandu par petites taches, et l'œil était entouré d'un cercle de la même couleur, comme on voit à certains oiseaux. Ils étaient huit ou dix ; et , après avoir mis de côté les armes qu'ils portent toujours , la longue lance de dix pieds et le bouclier , ils se mirent à fah'eleur cuisine en causant, et xUian n'entendait de toute leur conversation d'autre son que celui qui est très-fréquent dans leur parler et ressemble au clappement que la langue produit pour exciter les chevaux. Ils s'entretenaient certainement de

quelque affaire d'importance, car leur conversatiou était rapide , interrompue sans cesse , et , de temps à autre, accompagnée de gestes effrayans comme des menaces.

On peut juger de l'inquiétude , que , pendant ce temps , Allan éprouvait dans sou arbre creux et bien creux à coup sûr , car dès qu'un des sauvages venait à courir ou à 'sauter au-dessous, ce mouvement suffisait pour lui donner un ébranlement épouvantable. Notre fugitif, dans sa position critique , avait pensé tout d'abord \x ses deux derniers coups de fusil et il s'apprêtait à les lâcher à la première menace qui lui semblerait s'adresser à lui ; mais ce qui lui paraissait actuellement plus puissant encore , car il se rappelait les premières leçons de son père, c'étaient le repentir et la prière à Dieu. Il demandait donc le pardon de ses fautes au Ciel et aux pauvres aussi qu'il avait laissés mourir de faim peut-être, en les privant , par une action infâme , de l'aumône qui devait les faire vivre , et il se peut qu'alors il entrevit le résultat d'un effroyable arrêt de talion dans la menaçante présence de ces cannibales, tout disjwsés à se nourrir de lui. 8

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13^ ALLAJX.

Il avait jusqu'alors réussi i)arfaitcnicut h se tenir dans l'immobilité la plus complète , et les sauvages ne l'avaient pas entendu ; le bruit des préparatifs de leur cuisine mêlé à celui de leur conversation qui ressemblait à un accompagnement de castagnettes, etit d'ailleurs empêché un son quelconque de parvenir jusqu'à leurs oreilles rendues parfaitement fines par la constante exposition au grand air ; mais le repas fut enfin apprêté , et le silence ne fut plus troublé que par le claquement des dents contre les dents qui broyaient à faire frémir Allan dans son vacillant observatoire.

Le malheur voulut qu'en ce moment même il eût le bras appuyé contre une branche, rongée comme tout le reste et qui , cédant à la pression et au poids , se rompit avec un craquement.

Tout à coup les sauvages se levèrent en poussant un grand cri et en se montrant l'arbre d'où le bruit était venu , et bientôt ils eurent arraché des touffes d'herbes séchées par le soleil ; ils en firent de gros tampons , et après en avoir bourré les crevasses et les creux qui se trouvaient au bas du tronc do l'arbre d' Allan , ils y mirent le feu.

lis croyaient que la branche avait été rompue par un opossum , un petit animal gris de la forme d'un kangourou, et ils s'apprêtaient à le chasser à la mode de leurs forêts , en le fumant et en le grillant dans son repaire. C'est ce qui allait bientôt arriver à Allan , tout aussi bien qu'à un ,'opossum , et la fumée montait à flots vers lui , dans ce tronc d'arbre qui était alors comme une cheminée où le feu a pris.

Il vit bien qu'il était perdu s'il n'éloignait cette bande d'anthropophages , et il tira ses deux coups de fusil.

La détonation les 0t tomber à terre, mais elle eut pour lui le même effet en quelque sorte, car l'air déplacé par cette terrible commotion renversa également l'arbre.

Allan se trouva donc, plus vite qu'il ne l'eût voulu, la face appliquée sur l'herbe. Il^'se relevait étourdi de la chute pour se sauver, se dépêtrait à grand'peine des branches C{ui l'enlaçaient , quand les noirs bariolés de blanc et de rouge , revenus de leur effroi , se redressèrent et Allan se vit au milieu d'eux. Être pris irrémissiblement et garrotté à un arbre, ce fut l'affaire d'un

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