‹ Allan, le jeune déporté `a Botany BayChapitre 20 sur 36 · ALL.Y.N · texte numérisé non relu

ALL.Y.N

instant. C'est pour le coup qu'il dut se dire : Où est mon berceau de Lanberis ? et mon père et ma mère ? Où est le travail que je repoussais? Où est mon frère qui prenait toujours ma défense ? Ou sont-ils ?

Si , dans ce moment , il était en état de penser , ne doutons pas qu'il ne regrettât même le travail forcé de la colonie. Les sauvages, comme nous l'avons vu , l'avaient déjà lié avec des cordes d'écorce ; puis , tandis que , dans l'impossibilité de se mouvoir , il était là sur ce sol , près du bûcber , les uns agrandissaient le foyer , les autres coupaient dans les taillis une longue brandie droite et l'aiguisaient aux deux bouts , puis ils ficbaient à chaque extrémité du foyer une branche fourchue. On voit qu'ils apprêtaient la broche en adressant à Allan , avec les gestes les moins équivoques , les plus menaçantes paroles auxquelles il ne comprenait rien, et dont il avait d'autant plus peur ; car nous craignons d'autant plus une chose, que nous ne la comprenons pas. li n'y avait du reste pas moyen d'ignorer le terrible langage muet de la broche.

C'en était véritablemenl une : ii eut beau faire,

beau se débattre, beau briser deux fois ses lieus, 011 le rattacha toujours plus fort , au point de l'ctouiïcr, et mieux eût valu ce sort que celui de rôtir devant le feu qui flambait à merveille. Enfin tout étant prêt, les sauvages se mirent à danser en rond autour du malheureux Allan ; c'étaient dos gambades , des gestes , des chants , des rires, tout cela capable d'effrayer le plus intrépide. Ils s'abandonnaient à leur sinistre réjouissance , quand l'un d'eux , l'air épouvanté , tomba l'oreille contre terre et se releva en disant un mot à peine articulé. Les autres l'imitèrent et Allan voulait profiter de ce qu'il croyait un instant de leur cérémonie pour se sauver : il avait réussi à détacher un des liens quand ils se relevèrent tous ensemble.

Tout à coup une flamme bien autrement imposante vint à briller d'autant mieux que le jour allait finir. Tous les bois d'alentour étaient en feu : nous savons que c'est là chez ces peuples un moyen de se déclarer la guerre : une tribu ennemie arrivait en effet. Nos sauvages se jetèrent donc sur leurs lances et leurs boucliers , laissant Allan à son malheureux sort.

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Bien malheureux, à coup sûr, s'il n'avait pu se délivrer ; mais le péril imminent , et les premières atteintes d'un feu si ardent qu'il sentait déjà un peu trop , donnent de la force , et Allan ayant rompu tous ses liens , en fut quitte pour avoir eu une peur salutaire.

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