‹ Allan, le jeune déporté `a Botany BayChapitre 22 sur 36 · ALLAN. I/4I · texte numérisé non relu

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à leurs pieds en leur disant : — Je suis meilleur , je suis corrigé. Pardonnez-moi. x\lors son père et sa mère lui rouvraient leurs bras, et, le pressant tendrement, répondaient : Je te pardonne ! Un vœu de repentir , une bonne pensée donnent de la sérénité à l'âme troublée , comme un rayon de soleil fait sourire un ciel sombre.

Après avoir fait un déjeûner abondant, attend 1 qu'il jeûnait un peu depuis quelques jours , déjeûner frugal toutefois, puisqu'il ne se composnit que de fruits sauvages et de ces chapelets de gomme suspendus aux nombreuses espèces d'acacias de ces contrées ; il examina tous les sites qui bordaient la rivière, et crut y reconnaître celle qu'il avait traversée il y avait long-temps déjà, en s'éloignant de la colonie. S'il ne se trompait pas, il en était très-près désormais; d'un autre côté, les rivières se ressemblent tellement, qu'il ne put rien conclure de positif encore. Cependant l'aspect des montagnes à l'horizon était presque le même que quand il les contemplait en passant cette rivière pour la première fois.

Il marcha toujours devant lui , et , aj^rès deux journées de route , deux nuits de repos dans les

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fourrés ou sous des casuarinas aux rameaux tombant comme des rideaux, il aperçut un malin un bois à l'horizon , et il lui sembla y entrevoir quelque chose de blanc. Il regarda attentivement , on peut le croire, — Ce point était immobile : que pouvait-ce être ?

Il avança , et , en prêtant bien l'oreille , il entendit une rumeur sourde , comme celle de l'Océan à quelque distance, comme ce murmure de flots qui le berçait dans son presbytère de Lanberis, comme le bruit d'une ville, entendu de la campagne. Cela le tourmenta encore : étaitce un autre incendie qui bruissait dans le lointain ? était-ce le tuknulte confus d'une grande réunion de sauvages ? Il ne savait que penser et que faire , quand un son bien articulé le tira de peine.

Un aboiement de chien.

Oh ! non ! il n'était donc plus dans le pays des sauvages où le chien n'a point ce langage si varié, si expressif pour témoigner à l'homme sa tendresse ou sa joie. Peut-être Allan rêva-t-il encore à Lanberis !

Et, plus il approchait, plus la rumeur devc-

liait distincte , plus les voix qui la composaient s'isolaient ; il reconnut des cris d'allégresse, des liourak et des vivat. Il était au comble de l'étonnement. Que voulait dire tout cela ?

Le point blanc qu'il avait avait aperçu de si loin se dessinait et<prenait enûn une forme à ses yeux. C'était une petite maison. Je ne jurerais pas que , dans l'obstination do son idée fixe , il n'eut encore espéré y voir le presbytère, d'autant plus que , peu dinstans auparavant , du haut d'un point élève , il avait entrevu la mer. N'importe , il marchait vers cette maison quand il vit un homme.

Non pas un homme noir, poudré à blanc, fardé de blanc , barriolé de rouge , grinçant des dents , menaçant par ses gestes, mais un homme presque aussi effrayant , une espèce de géant , portant un énorme bâton , qui courait vers lui , accompagné de deux soldats. Allan avait reconnu le commandeur. Il cherche à s'esquiver, mais il n'était plus temps. On le prit donc et on le ramena les mains liées au milieu de la chaîne qui se réjouissait si bruyamment, parce qu'on v»'uail de lui faire un.? distribution de vivres

arrivés tout récemment. C'était donc à qui se moquerait d'Allan en lui demanclant des nouvelles de sou pays. Il était accablé d'une honte qui fut portée à son comble par l'aspect d'un homme qui venait à lui en l'appelant :

— Mou frère !

Il reconnut cette voix, la voix de Meredith... il h reconnut bien , et cependant il ne pouvait en croire son oreille, .^leredith était-il donc venu au-devant lui ? Dans cette confusion d'idées et cette stupéfaction que l'on doit bien concevoir , il ne sut que faire ni que dire , et il recula devant ce qui lui semblait une illusion , ce que l'on appelle une apparition , ou , en d'autres termes , un remords visible : fuir devant son frère î quelle extrémité honteuse ! Il Teùt fait cependant , sans les rudes mains qui le retenaient.

Meredith , après avoir éloigné d'un mot le commandeur et ses gardes , fit en avant les pas qu'Allau avait faits en arrière. C'est ainsi qu'il faut rendre le bien pour le mal ; mais il le voyait si troublé , qu'il éprouvait pour lui de la compassion.— Mon frère î viens , je te plains , je t'aime toujours ; car j'ai prié jxjur toi, lui dit-il ;

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— Al!aii tomba alors dans'ses bras , incapable de dire un mot , rouge comme le feu , tant il était transporté de joie et en même temps rempli de honte. Il faut avoir pitié de la honte, comme il faut tendre la main à celui qui est tombé et s'efforce vainement de se relever : c'est ce que fit Meredith , et Allan finit par prendre assez de courage pour lui parler et lui témoigner le bonheur qu'il avait à le revoir. Son frère ne lui fit aucun reproche ; il voyait bien que sa présence seule avait eu plus d'effet que tout ce qu'il pouvait dire.

— ïu me pardonnes donc ! s'écria Allan après un long silence et de muets serremens de mains ; tu me pardonnes donc , Meredith ?

— Allan ! je viens vers toi au nom de celui qui a toute miséricorde pour le repentir !

— Oh ! je me repens ! Oh ! j'ai été bien malheureux !

Il n'avait pas besoin de le dire ; il suffisait que Meredith l'examinât un peu pour en être convaincu. Ses longues fatigues , ses continuelles abstinences, ses inquiétudes de chaque instant, l'avaient réduit l\ un effrayant état de maigreur , AU(t?2. 9

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que Mcredith eût attribué eiitièremout à ses souffrances morales, si , en se dirigeant vers sa maison , Allan ne lui eût raconté l'extravagance qui lui avait coûté si cher. Il accumulait ainsi détails sur détails, de peur que Meredith ne lui parlât de son père et de sa mère. Ce n'est pas qu'il n'eût une envie extrême de savoir de leurs nouvelles ; mais quand on a si mal fait , le nom même d'un père est une punition , un châtiment que l'on redoute. Il faut être bien tranquille sur soimême et bien pur pour le prononcer et pour l'entendre avec une innocente joie.

Aussi Allan ne i)ouvait-il laisser échapper ce mot sacré qui brûlait ses lèvres : il en trouva cependant le courage dans le sentiment de son repentir ; et , tombant à genoux devant Meredith :

— Dieu soit loué î Mon père et ma mère me croient mort , n'est-ce pas ?

— Oh ! tu leur as fait bien du mal !

C'est le premier mot de reproche que lui fit entendre MerecUth ; mais en pouvait-il être de plus poignant et de plus amer ? xillan n'y résista point ; il fondit en larmes qu'il comprimait depuis

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long-lemps, cl les deux frèrcç entrèienl dans b maison qui avait apparu de si loiu aux yeux du fugitif.

Là , Mereditii lui raconta leur inquiétude pendant la nuit qui suivit sa disparition , leurs recherches , leurs angoisses des jours suivans , et , après la messe des morts, la croix noire que l'on planta pour lui, comme s'il n'était plus.

—Ainsi mon père et ma mère me croient mort ? Grâces soient rendues au Ciel !

— Hélas ! non , ils ne le croient plus !

Et Meredith continua en lui faisant un terrible tableau du moment où M. Davids avait révélé à la famille du presbytère l'affreuse vérité. Allan pâhssait , frissonnait , semblait défaillir à chacun des détails de cette scène cruelle dont il était la criminelle cause , mais ce qui le rempht surtout de terreur , c'est la manière dont Meredith lui répéta ces mots de 31. 31adock :

— Le misérable ! et cet argent des pauvres !

— O Allan ! si tu avais alors entendu la voix de mon père ! si tu l'avais vu en même temps porter sa main à son cœur comme s'il eût été tout h coup blessé mortellement!... Il l'est... Aiiau !

Il y avait mi Christ dans la chambre de Meredith ; x\llan tomba prosterné au-dessous en promettant repentir et austère pénitence au Ciel pour qu'il sauvât la vie de son père. Pendant ce temps , Meredith avait ouvert une de ses cassettes de voyage , et il en tira un petit livre usé , mais dont la couverture avait été jolie : on y voyait quelques restes de dorures.

Il le présenta à Allan qui était toujours agenouillé.

— Tiens, je te rapporte ce que tu avais oublié en partant.

Oh ! oui, je l'ai trop oublié, répondit Allan.

C'était son livre de prières. Il l'ouvrit avec un sentiment de bonheur tel que celui que l'on éprouve en entendant raconter ses jours d'enfance ; mais ses larmes revinrent et tombèrent plus abondantes encore sur le premier feuillet où il lisait en sanglotant ces mots écrits de la main de sa mère :

(( A mon bien-aimè Allan. Donné le jour de sa première communion : qu'il en soit toujours digne ! »

Il couvrit de baisers ces deux lignes si tendres

et dont il avait fait par sa conduite un reproche si cuisant ; il leur prodiguait des caresses mêlées de pleurs, quand on frappa violemnient à la porte.

Meredith ouvrit.

— Je demande pardon à Votre Honneur , dit une voix bien connue d'Allan et qui le fit tressaillir ; mais ce jeune homme s'est enfui, il a encouru la peine que le gouvernement a prescrite.

C'était le commandeur qui parlait ainsi , et l'on se rappelle peut-être que tout fugitif devait être fusillé.

Allan fut donc séparé de son frère qui courut sur-le-champ chez le gouverneur.

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