‹ Allan, le jeune déporté `a Botany BayChapitre 29 sur 36 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

fj'Émiffraut.

Alla.n rentra bien tristement dans son habitation , réfléchissant , tout le long de sou chemin , au mal qu'il avait fait; mal que n'avaient pu empêcher ni expiation ni repentir. Il fit vœu de redoubler de charité et de bonnes actions afm de se réeoncilier avec le Ciel et d'y être en paix au sortir de cette terre où il ne pouvait plus être heureux avec le souvenir incessant de son père moi1: par sa faute. Au ciel, du moins, il le retrouverait , mais vivant d'une autre vie , délivré de ce corps qu'il avait détruit : amc pure et impé'-

rissablc , son père ne penserait plus aux peines que son corps avait éprouvées ; il regarderait donc d'un œil d'amour paternel , tendre et sans reproche , l'àme purifiée de son fils. Pour arriver à cette existence nouvelle et bienheureuse , il fallait persévérer dans le repentir et les expiations.

C'est ce qu'il fit ; et il ne se contenta point de donner ses aumônes à la terre et ses prières au Ciel : il soUicita du gouverneur la faveur de prendre à son service les plus jeunes d'entre les déportés , ceux qui avaient forcé leuH- pays à les rejeter à seize ou dix-sept ans , et il en faisait non-seulement de bons cultivateurs, mais encore des hommes calmes et repentans , leur racontait comment il était tombé , quel mal irréparable il avait produit , et cet exemple toujours présent les corrigeait mieux que toutes les exhortations de l'aumônier. Rendre le plus d'âmes possible au bien , cela lui paraissait la plus belle prière à adi-esser à Dieu, la plus magnifique charité à exercer envers la terre.

A ses leçons de morale se mêlaient constamment les cnseigncmens pratifjues de l'agriculture

L't les déoionsl rations du mode de vie que le Créateur a donué aux plantes. Riche de l'instruction que Aleredith lui avait laissée, il expliquait alors à ceux qui l'entouraient les phénomènes providentiels des pluies abondantes de l'hiver de ces pays et des fécondes rosées de la Nouvelle -Galles du Sud. Grâce à ses insti'uctions, l'habitation allait bien, au moral comme au physique ; tout prospérait , les mœurs se purifiaient, les travaux étaient constans et heureux. Les vaches donnaient un lait abondant, les bœufs traçaient de profonds sillons , les moutons livraient au commerce des toisons superbes ; les prés étaient admirables de verdm^e, et les champs toujours dorés. Quant au petit jardin, c'était à présent celui du presbytère : mistress Madock s'y serait trompée.

Allan avait besoin de ce spectacle si doux et de ces distractions que élèvent et consolent ; car la pensée de son père ne le quittait point , ou , si elle le laissait un instant , c'était pour être remplacée pai' une idée qui l'épouvantait. Il était possible que sa mère ne survécût pas à la douleur de cette perle , elle qui avait déjà été si

éprouvée par lui. Alors il redouhiail de soins pour tâcher de rendre meilleurs de plus en plus les déportés dont il avait entrepris la conversion.

Ce petit sauvage , Bali-Bali , que nous avons vu paraître un seul instant pour remettre la lettre fatale, était l'objet de ses soins les plus assidus. Il n'avait que six ans, et depuis deux années déjà il était sur l'habitation. Il aimait beaucoup Allau qui l'avait tiré d'un grand péril ; car un parti de noirs ennemis de sa famille était sur le point de le dévorer, quand il le délivra au moyen de ^quelques bagatelles d'Europe. Bali-Bali était trop jeune encore pour être imbu invinciblement des préjugés stupides de sa race, et il espérait l'élever dans la religion chrétienne de manière à ce que plus tard il pût amener les indigènes à une vie plus régulière et plus heureuse. Déjà BaU-Bali savait assez d'anglais pour pouvoir causer avec son père d'adoption qui commençait à lui apprendre à lire et à lui faire sentir combien était préférable la vie quelque peu enchaînée (le la ci\iIisation à la vie sans frein , mais misérable , des habitans de l'Australie. Quand un

vent froid du Sud , après avoir passé sur les montagnes de l'intérieur, venait saisir les plaines qui bordent la rivière où était l'habitation d'Allan , il donnait à Bali-Bali un vêtement plus chaud , en s'efforçant de lui faire admirer l'industrie sans laquelle il eût été nu , exposé h toutes les atteintes du froid, et mourant, dans le frisson , sur une seule bande d'écorce pour tout ht , au heu du bon matelas sur lequel il reposait dans le nouveau Lanberis. Que des grêlons énormes vinssent à tomber en violens orages , Allan ne manquait pas de demander alors à Bah -Bah comment il se trouverait dans les chétives huttes d'écorce que la grêle peut briser, ou le moindre souffle emporter au loin.

Cet enfant était non-seulement la distraction et le passe-temps du nouveau Lanberis , il en était encore le meiUeur gardien , car il avait conservé de sa vie sauvage cette pénétration de sens caractéristiques des peuples qui vivent toujours au grand air. Sa vue perçait la distance la plus considérable : le son le plus étouffé arrivait à son oreille , et il devinait même , au moyen de IVxlorat , si un indigène ou un européen appro-

diait de l'habitation. Bali-Bali était le singe le plus intelligent doué de facultés humaines iaconiplètes encore , mais qu'Allan cherchait à développer.

Toutes les fois qu'il allait à Port-Jackson — et il s'y rendait souvent, car il commençait à s'inquiéter de ce que son frère ne lui avait pas encore écrit, — il emmenait Bali-Bali et celui-ci revenait toujours avec une provision de divertissemens pour les habitans du nouveau Lanberis. Les sauvages de la Nouvelle-Galles du Sud, véritables singes , sont des mimes parfaits , et Bali-Bali était excellent déjà entre tous. Rien ne lui échappait , depuis le libéré qui se carrait dans les rues et faisait le petit-maître , jusqu'au commandeur qui marchait d'un air d'importance avec son énorme bâton. Quand, armé d'un rotin qu'il venait d'arracher , Bali-Bali exécutait cette caricature devant son maître , Allan , au lieu de rire , ne pouvait que soupirer à ce que lui rappelait cette imitation. Toutes les fois qu'il parcourait les rues de Port- Jackson , il cherchait du regard Évans , et , ayant appris qu'il était encore captif, il demanda un jour à l'inlcndance

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