‹ Allan, le jeune déporté `a Botany BayChapitre 30 sur 36 · ALL · texte numérisé non relu

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la permission de le prendre chez lui en qualité de serviteur ; il voulait le ramener au bien , le corriger par son exemple : mais on le lui refusa comme trop endurci dans le mal.

Les jours chassaient les jours sans qu'aucune lettre d'Angleterre vînt rassurer notre pauvre Allan. Il était donc de plus en plus triste , et se demandait si sou frère avait péri dans un naufrage , ou si sa mère n'était pas morte de chagrin ; il contemplait alors la succession de malheurs que peut amener dans une famille le crime d'un enfant. Sa mère! Aurait-il donc tué aussi sa mère ! un double parricide.

Il était un [soir livré^;^sous son verandah h de mornes méditations , quand Bali-Bali , qui était attristé de le voir si triste et qui , néanmoins , pour le distraire gambadait et grimpait aux arbres dont était bordée l'habitation , s'élança tout à coup vers la porte en flairant comme eût fait un singe ou un chien , et revint à Allan.

— Maître ! maître ! homme blanc là !

— Est-ce que ce serait mon frère ? telle fut la première pensée d'Allan, et, en l'exprimant à voix haute , il courut ouvrir la porte.

CY'tait bien un blanc en effet , mais non point Mereclith. Vn homme de quarante ans environ , entra en remerciant Allan de son hospitalité ; ii lui apprit qu'il était tout récemment arrivé d'Angleterre pour chercher l'emplacement d'une habitation , et que ce district lui paraissant convenable sous tous les rapports , il s'était attardé en examinant certains points du bord de la rivière. Il demandait donc à Allan la permission de se reposer une heure chez lui eu lui demandant tous les renseignemens nécessaires.

Allan , lui voyant la figure altérée comme par une fatigue extrême , lui répondit qu'il ne le laisserait pas partir avant le lendemain matin , et qu'alors seulement il lui donnerait les indicacations qu'il désirait ; que , quant à ce soir , il l'engageait à aller sur-le-champ se mettre au ht. L'étranger ne se fit pas prier, car il tombait de lassitude, et Allan lui souhaita une bonne nuit après l'avoir conduit à une chambre destinée aux hôtes, et lui avoir montré où était la sienne pour qu'en cas de besoin il eût recours à lui,

Allan lui-même se coucha bientôt , satisfait de la bonne action qu'il venait d'accomplir, car

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l'hospitalité est une belle chose , et , comme disent les Orientaux : Vhôte vient de Dieu. H s'endormit donc avec cette douce impression ; mais qui saurait dire quelle est la capricieuse marche des rêves ? Lui , dont la veille avait été entièrement pure et occupée du bien , il eut un sommeil troublé et plein d'images sombres ; l'idée de l'Angleterre , d'où arrivait cet émigrant , s'était assombrie dans ses songes, et, à travers un crêpe de deuil , il voyait sa mère expirante , son père au dernier soupir , et il était haletant sous le poids d'un violent cauchemar.

— Au voleur ?

Il tressaille à ce cri qu'il avait bien réellement entendu et que rendait on ne peut plus sensible une main crispée serrant violemment sou bras.

— Au voleur !

AUan se dressa tout épouvanté sur son lit à cette exclamation poussée une seconde fois , et qui l'avait jeté , on ne sait pourquoi , dans une terreur profonde.

Il ne se remit qu'au bout de quelques minutes, en reconnaissant la voix de son hôte. Il s'excusait de l'avoir trouble dans son sommeil ,

mais il était convaincu que des malfaiteurs complouient quelque attaque contre l'habitation , car il avait entendu sous le verandah au-dessus duquel s'ouvrait sa chambre , des murmures de diverses et nombreuses voix.

Allan , se trouvant heureux d'être délivre à quelque prix que ce fût , de son cauchemar et du premier sentiment d'effroi qui l'avait suivi, accompagna l'étranger dans sa chambre. Il écouta pendant quelques instans d'une oreille attentive , et entendit bien en effet des rumeurs de voix sourdes ; mais à certains clappemens de la langue , il reconnut des indigènes. Que venaient-ils faire ? Avaient-ils réellement l'intention d'attaquer l'habitation ? A eu juger par les différens accens que l'on pouvait distinguer , les noirs étaient nombreux. Bali-Bali avait appris quelques mots de leur langage à Allan, et il se rassura bientôt en découvrant qu'ils n'avaient pas d'autre intention que celle de se faire du verandah une chambre à coucher. Ce voisinage était toujours dangereux ; car qui savait quelle idée pouvait s'emparer tout-à-coup de ces sauvages ? En admettant même qu'il n'y eîit aucun péril , il y

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avait incommodité à les avoir si près de soi , car ils sont babillards à l'excès, comme les Lomis qui caquettent tout le jour dans leurs forêts épaisses.

Il fallait donc s'en débarrasser, et, au lieu d'une scène terrible que l'étranger avait crainte tout à l'beure , Allan lui promit une scène plaisante. Au moment même où la conversation était le plus animée pai'mi les noirs, il fit sortir de ses lèvres un long sifflement , pas plus. Ce fut comme un enchantement. Tout-à-coup le silence le plus morne succéda sous le verandah aux retentissans clappemens de langue , ou , si l'on parlait , ce n'était qu'à voix basse et en chuchotemens pareils à ceux que l'on fait entendre la nuit dans une église ou tout autre lieu imposant.

— Ils ne partent pas encore ! dit Allan à son hôte ; ils se sauveront cette fois : vous allez le voir.

Alors il alluma un peu de papier qu'il lança par la fenêtre , et , pendant que le vent le faisait tournoyer en l'air , Allan répétait sou sifflement plus long et plus aiguë cette fois.

Pour le coup, on eut dit une volée d'oiseaux

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qui se levaient do dessous le verandali , car les sauvages fuyaient à toutes jambes, de part et d'autre , en ne poussant qu'un cri d'effroi ;

— Potoyan I Potoyan !

— Est-ce donc de la magie ? demanda l'étranger, voyant cela, à AUan.

— Nullement , je vous assure ; c'est la chose du monde la plus naturelle, comme est d'ailleurs tout<î chose pour celui qui sait. Notre magie n'a été que l'art de faire peur ; et cela arrive dans d'autres pays que la Nouvelle -Galles du Sud. AUan lui raconta donc , en peu de mots , que les indigènes , quoiqu'ils n'aient aucun culte religieux , ont cependant l'idée vague d'un esprit du mal qu'ils nomment Potoyan , et auquel ils attribuent leur plus affreux penchant , le cannibaUsme. Potoyan , suivant eux, rôde donc la nuit en quête d'enfans à dévorer ; malheur à ceux qu'il rencontre et que ne protège pas Coyan, le génie du bien. Or , ils ont découvert qu'il est attiré par le feu et annonce son approche par un bruit sifflant comme un vent fort dans les feuilles. — Voilà que tout l'enchantement fut expliqué ; ce n'avait été autre chose que l'art de

tirer parti des faiblesses et de l'ignorance de ces gens. Il faut donc être en tout pays le plus exempt possil)le d'ignorance et de faiblesses , pour que de plus habiles n'en profitent pas afin de nous dominer.

Ces explications une fois données , Allan et son hôte se séparèrent pour reprendre un sommeil si brutalement interrompu. Vous qui avez lu cette histoire avec attention et connaissez bien l'état de l'âme d' Allan , figurez-vous quel tressaillement dut lui faire éprouver ce cri : Au voleur ! le saisissant dans un sommeil troublé par de mauvais souvenirs. Il eut beaucoup de peine à fermer l'œil de nouveau, et, pendant ces insomnies , il ne pensait qu'à son frère , à sa mère , à cette absence totale de lettres , et il se promit d'écrire dès le matin même.

Il venait de commencer aussitôt que le jour le lui avait permis , quand l'étranger vint pour lui annoncer son départ en le remerciant de sa bonne hospitalité.

— Vous ne me quitterez pas sans déjeûner , lui dit Allan; et, pendant que l'on apprêtait le repas , il avait le plus vif désir d'interroger son

liùte sur sou pays. 31ais s'il allait s'adresser à quelqu'uu qui connût son crime d'autrefois ? Cette pensée le retenait toujours.

— Hé bien , je déjeûnerai avec vous , d'accord ! et je pourrai ainsi m'excuser de la scène désagréable de cette nuit en vous expliquant ce qui m'est arrivé il y a dix ans h peu près ; ce qui fait que je tremble la nuit au moindre bruit, en pensant à un vol peu important par lui-même, et qui cependant a renversé mes espérances de fortune en Angleterre.

Allan , qui , d'après l'invitation de son hôte , avait continué d'écrire, posa sa plume pendant ces derniers mots. Il semblait que ses doigts ne pussent plus écrire.

— Oui , Monsieur , reprit l'émigrant : c'était à Bristol.

— A Bristol ? répéta d'une voix distraite et troublée Allan.

— Oui , à Bristol. Vous connaissez cette riche et belle ville ?

— Oui. — Ce fut la seule réponse que fit Allan avec un soupir.

— Êtes-vous donc de ce pays , ix)ur que son nom seul vous fasse 90ui)irer ?

— Je vous écoute. — C'est tout ce que lui réjK)ndit Allan.

« J'étais nouvellement établi dans le commerce , et la réputation de ma maison commençait à se fonder , grâce à ma fidélité dans l'exécution de mes engageraens. Jamais billet n'avait été présenté à ma caisse sans qu'il y fût fait surle-champ honneur, et je ne me serais point endormi tranquille un soir si je n'eusse su que j'avais là, en ma possession, près de moi, l'argent suffisant pour faii'e face à tous les payemens du lendemain. C'est ainsi que je m'étais endormi trop profondément , hélas ! pour la nuit dont je vous parle. «

Allan n'était plus à rien , il n'écrivait plus , il n'écoutait pas cependant , ou bien il baissait les yeux et n'osait regarder l'étranger pendant son récit. Un vol à Bristol ! chez mi négociant nouvellement étabh I II n'osait lui demander son nom. Dans une agitation constante , il se levait à tout moment sous prétexte de veiller à ce que le déjeûner de son hôte fût bientôt servi.

On l'apporta enfin , et Allan n'avait plus aucun moyeu de se soustraire à ce que racontait

iV'tranger. Les premiers iiistans de la faim salisfaits , il reprit :

(( Comme je vous le disais , je doruiis paisiblement jusqu'au matin. Ma première pensc'e fut , après Dieu , ce que j'avais a payer dans la journée. Je me levai donc tranquille , je m'habillai ; mon domestique m'apporta des lettres de commande : tout prospéiait bientôt chez moi.

« O .Monsieur î de quel coup affreux je fus

soudain frappé î . . .

— " Mon Dieu ! Mon Dieu ! s'écria mon domestique ; la porte du petit escalier est toute grande ouverte. Au secours ! »

Allan se représentait avec terreur cette porte

donnant sur le petit escalier où il avait glissé ; ses traits étaient agités et son visage pâle. On voyait des paroles qu'il voulait dire s'arrêter sur ses lèvres décolorées.

— Vous ne mangez pas, lui fit remarquer l'étranger : Êtes-vous souffrant ! Faut-il appeler vos domestiques ?

— Non , je n'ai rien , répondit Allan.

« — Au secours ! au secours ! répéta ma femme qui accourait avec son enfant d'un an entre ses bras ; nous sommes volés : la caisse est ouverte.

" Hélai» ! oui , la caisse était omcrte : tout avait été enlevé. Tout ! et l'on allait venir présenter des bille'iS. Je courus à Tiustant chez des gens qui pouvaient venir à mon secours : il me fallait une somme peu considérable pour me tirer d'affaire. Je ne pus cependant obtenir des uns que des prêts insignifians , et encore me perdis-je en en faisant la demande : j'ébranlai ainsi toute confiance ; d^autres allèrent même jusqu'à me refuser net , et j'eus l'horrible chagrin de les voir douter de la réalité [du vol que j'alléguais. Bref, je rentrai désespéré. On était venu réclamer une partie des billets ; j'envoyai sm'-le-champ pour les payer, en partie du moins, avec le peu d'argent que j 'avais pu réunir. Quelques-uns étaient déjà chez les huissiers , le reste des créances fut exactement présenté , mais non acquitté. Mon crédit établi à peine , ne se releva point : je fus perdu, mes affaires languirent, s'embarrassèrent , ma femme tomba malade de chagrin ; mon enfant mourut pendant la maladie de sa mère qui elle-même succomba. Voyez quel mal ces \oleurs m'ont fait ! »

Allan se leva comme s'il allait prendre la main

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de l'étranger pour lui témoigner sa compassion , et il se recula comme épouvanté. Il était dans un état d'angoisse que l'on peut concevoir.

« Enfin, reprit l'étranger, après avoir lutté dix ans à Bristol , à Londres , à Birmingham , avec la fortune qui m'a toujours été rebelle, je suis venu ici , muni du faible pécule que j'ai pu amasser. Peut-être qu'il fructifiera avec l'aide de la Providence, et que je pourrai remonter , dans la Nouvelle-Galles du Sud , la malheureuse maison Grifiith. »

— Griffith ! M. Griffith ! Vous M. Griffith ! C'est tout ce que put dire Allan en tombant à

genoux devant lui.

— O Monsieur ! vous avez dû voir combien , pendant votre récit , mon cœur battait et combien mes lèvres tremblaient : j'étais livré aux plus affreuses tortures ; je me demandais à tout instant si ce n'était pas la volonté d'en haut qui envoyait ici l'homme que j'avais dépouillé. Oui... je le sais à présent , je viens me prosterner h vos pieds. Oh ! pardon , pardon , M. Griffith ! je vous ai rendu bien malheureux;; je me suis rendu bien malheureux encore : j'ai tué mon père

de chagrin ! Oh ! pardon ! pardun ! c'est moi qui vous ai volé !

Et toutes CCS paroles d'AlIan étaient coupées par des sanglots et d'ardentes effusions de larmes dont il baignait les genoux de M. Griffith qui lui-même, surpris par un scène si inattendue, était hors de lui et comprenait à peine ce cfui se passait. C'était comme un rêve d'où il ne sortait que difficilement. Il prit enfin le dessus , et, voyant Allan prosterné et en prières devant lui , il en eût pitié et le releva en lui faisant entendre des mots de miséricorde et de pardon.

Allan osa le regarder alors et lui prendi^e les deux mains.

— Vous ne me fuirez donc pas avec horreur , 31. Griffith , vous resterez donc ici désormais , ici. . . chez vous. . . le maître ; vous me permettrez d'y travailler et d'y vivre ? Oh ! que je vous rends grâce !

Alors il raconta à 'SI. Griffith tous les tourmens de l'âme et du corps qu'il avait eus à supporter depuis ce crime , et 31. GrilTilh , touché de ce tableau d'expiation et de souffrance , et bien plus encore de ce noble et franc aveu (jui ,

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buivanl lui, avait dû tant coûter à Allan, accepta ses offres , mais non pas aussi complètement que le voulait notre déporté converti. 31. Griffith, en joignant les fonds qu'il apportait h ce que le travail d' Allan avait réalisé de bon et de profitable sur cette propriété , se borna à faire de la plantation un bien commun , et — témoignage honorable — il prit pour associé sou voleur d'autrefois. C'est qu'AUan était à présent bon et honnête autant qu'homme au monde. De là vient que son aveu , que M. Griffith avait regardé comme un grand et mâle effort fait sur luimême , n'avait réellement été pénible en aucune façon. Les fautes, énormes ou légères, ne pèsent plus sur la conscience quand on l'en a délivrée par le repentir : ou éprouve du bien et du soulagement à les avouer dès qu'on se sent au-dessus d'elles et qu'on les foule aux pieds , comme l'Archange fit du dragon. Soyons convaincus qu'AUan eût-il même reconnu l'acccomplissement d'un grand sacrifice dans cette déclaration solennelle à laquelle rien ne le contraignait, l'eût faite le front levé comme accomplissant la plus complète des expiations possibles : car l'aveu Qtt mic haute réconciliation.

Lue fois col arrangemeut convenu, Allan voqlut que M. Griffith prit possession de la chambre ia plus belle , non point cependant celle que Mereditli avait habitée : elle était consacrée cellelà , et Allan l'appelait toujours ia chambre de ■ma mère. Il recommanda aux domestiques de le servir toujours le premier, et le traita comme son supéj'ieur ; il s'était autrefois placé si bas au-dessous de lui ! 31. Griffith , de son côté , s'efforçait , de jour en jour , d'effacer cette ligne de démarcation qu'Allan ne méritait plus , et elle était touchante , cette association de deux hommes dont l'un avait eu tant à se plaindre de l'autre , se joignant et se resserrant de plus en plus dans des liens d'une intimité que la franchise du repentir et du pardon rendaient plus inébranlables de jour en jour. Il ne manquait plus dans cette petite société, pour qu'elle fût heureuse , que la présence de Meredith et de mistress Madock que M. Griffith connaissait déjà à merveille par les constans ressouvenirs d' Allan. Il n'osait aspirer au bonheur de les voir au nouveau Lanberis ; mais une lettre du moins , une lettre l

C'est ce que tous les malins il se disait avec espérance ; à la fin de chaque jour avec désespoir. Ne recevant point ces nouvelles que Meredith lui avait promises dès qu'il aurait touché la terre, il avait écrit, et, déjà il eût dû recevoir la réponse , mais rien ! Il était livré à la plus violente inquiétude , d'autant plus qu'on ne parlait d'aucune tempête qui pût lui expliquer ce silence. Tous les habitans de Port-Jackson avaient reçu, depuis deux ans que son frère était parti , leurs lettres avec autant d'exactitude que le permettaient les chances d'une traversée de cinq mille Heues. A quoi devait-il alors attribuer cette absence de nouvelles, sinon à l'absence d'une main pour les tracer ?

Au miheu de la prospérité de l'habitation , il vivait dans une angoisse incessante , et quand il revenait sans lettres de Port-Jackson où il se rendait presque tous les jours, M. Grifiîth était son consolateur. Trouver un consolateur dans l'homme qu'il avait tant affligé , c'était pour lui une preuve de la miséricorde divine qui le pénétrait profondément, mais rien ne pouvait le distraire entièrement de son chagrin , et , plus il

s'y abandonnait, plus il s'y plongeait avant, passant des tourmens réparables peut-être , aux peines irréparables : la mort de son père. Dans ces momens, 31. Griffith était souvent tout interdit en le voyant , après un long silence , éclater tout à coup en larmes , et , lui prenant la main :

— Oh ! ma mère et mon frère m'ont pardonné ; — vous m'avez pardonné aussi : mon père lui-même , en rendant le dernier soupir ,. m'a accordé mon pardon et m'a béni. La parole du mourant , c'est presque une voix du Ciel. .. le Ciel ne me pardonne donc pas cependant ; pusqu'il m'a repris mon père ! — Alors M. Griffith s'efforçait , et quelquefois avec un succès passager, de le détourner de cette pensée d'une irrésistible affliction en l'entretenant des améliorations qu'il comptait avec le temps apix)rter à l'habitation , en lui faisant contempler celles qu'ils avaient déjà réaUsées. Rien en effet ne calme l'esprit de l'homme et ne l'élève comme le spectacle de cette belle et bonne nature que le Créateur a livrée à son intelligent travail et où il a cx)ntinué l'œuvre de la création. Les deux récoltes que la terre fertile donne chaque année

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devenaient toujours plus abortflantçs , grâce aux connaissances acquises par la théorie ou la pratique que M. Griffith et AUan appliquaient sur leur plantation. On venait la visiter comme un prodige d'industrie : les moutons qu'ils avaient en immenses troupeaux produisaient aussi leur double moisson de la plus belle laine du pays , et les fruits du nouveau Lanberis avaient une réputation justement méritée sur le marché de Port -Jackson. Ce n'est point seulement , nous l'avons vu , à la culture du sol que leurs soins étaient prodigués avec succès ; l'éducation de quelques jeunes déportés était aussi l'objet de leurs heureux efforts , et Bali-Bali se perfectionnait tous ies jours par l'intelligence aussi bien que par le cœur. Toujours , quand il voyait Allan pleurer , il accourait à côté de lui , le caressait , tom'uait autour de lui comme le chien inquiet de voir l'air chagrin à son maître , et il cherchait à attirer son attention par ses jeux , par ses sourires; puis, quand il n'y réussissait point , ses deux beaux yeux brillaient dans ses orbites noires , car de grosses larmes y passaient , Allan avait eu beau lui dire qu'il devait désor- Allan. 1 3

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mais avoii' au moins autaui de soins et d'attachement pour M. Griffith que ix)m' lui , Bali-Bali était resté avec son naturel sauvage en ce point , et n'avait de profonde affection que pour son premier maître.

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