‹ Allan, le jeune déporté `a Botany BayChapitre 33 sur 36 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Li'liubitatiou attaquée.

2\lla.\ était parti trop pré-cipilaminent puin avoir pu apprendre de M. Griffith quelques détails sur ce qui s'était passé pendant son absence. Une circonstance fâcheuse pour riialiilatioii existait actuellement. Les terrains environuans allaient être livrés aux éniigrans ou aux libérés; déjà les travaux de défrichement avaient commencé à une certaine tlistance , et , en se ] approchant , allaient bientôt donner au nouveau Lanberis un triste voisinage , une chaîne de travailleurs et son accessoire obligé, un détachcoicîit

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de soldais qu'il fallait nourrir et dijiU h présence, bien que très-utile pour la sûreté, eniraîuait des désordi'es inévitables , même avec la discipline la plus sévère »

Ce n'est pas sans quelque inquiétude que >1. Griffithvit partir sou associé qu'il aimait désormais autant que lors de son vol, il le maudit et le détesta sans le connaître. Il était si fatigué, qu'il craignait que cette nouvelle route parcourue au galop ne l'accablât et n'eût quelque suite funeste pom- sa santé. Ob ! sans doute , si , en arrivant au Port- Jackson, il devait trouver une lettre, ce serait un baume puissant, mais s'il allait être déçu encore , comme il y avait tout lieu de le craindre, les douleurs de son âme se joignant aux lassitudes de son corps, devaient faii'e redouter pour lui de fâcheux résultats.

Ce qui n'avait été qu'appréhension au nouveau Lauberis devint presque une certitude quand le soir approcha sans que l'on vît Allan de retour. Bientôt le soleil se coucha , et la nuit, dans ce pays sans crépuscule , laissa presque tout à coup tomber son voile sur la terre. Un accident devait cire arrivé à Allan. M. Griffilh, Bali-BaU, les.

domestiques., tout le monde était dans l'étonnément; le petit noir voulait même partir pour aller au-devant de lui : M. Griffilh le retint et chercha à les rassurer aussi en leur faisant remarquer que, plus d'une fois, Allan avait couché à la ville , et que probablement leur anxiété actuelle n'existerait pas s'ils ne l'avaient vu se mettre en route tellement brisé de fatigue et si désespéré.

Le calme revint donc, en apparence du moins, dans l'habitation. Les domestiques se retirèrent sous les hangai'ds qu'ils habitaient la nuit , et , après que 3L Griffith fut couché , BaU-BaU se mit au Ut dans sa chambre qui était voisine de celle de son maître.

Un silence imposant , complet , tel qu'on peut se le figurer en se représentant un désert animé seulement dans le jour par les travaux de l'habitation , s'était répandu avec la nuit sans lune et que parsemaient des étoiles rares. C'était une complète absence de tout bruit. M. Griffith , BaU-BaU, les domestiques, tout le monde dormait dans le nouveau Lanberis ; le détachement de soldats reposait tout entier sous ses tetîtes ,

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ainsi que les défricheurs de la chaîne, qui

avaient grand besoin de réparer les fatigues

de la journée et de se fortifier pour celle du

lendemain.

Les défricheurs dormaient donc la plupart, mais [non pas tous. Depuis deux ou trois jours, les plus hardis des condamnés complotaient une expédition contre mi heu habité dans l'espoU- |de se procurer des provisions pour fuir dans les montagnes et c'est le nouveau Lanberis qu'il s'agissait d'attaquer. Les conspirateurs avaient réussi , on ne sait comment , à se procurer quelques armes , et ils avaient choisi pom- l'exécution de leur projet la nuit de l'absence d'Allan.

Quand l'heure convenue fut arrivée , ils parvinrent après avoir rompu les hens qui les retenaient, à sortir à pas de loup, à la muette, et se dirigèrent lentement , doucement , vers l'habitation qui était environ à une demi-lieue et où l'on reposait en pleine sécurité. Ce cpi'il y a de terrible à penser, c'est qu'ils avaient des armes , des moyens de meurtre , et que , voués irrémissiblement, s'ils étaient découverts, à une 0K)rt prompte , fis ne craindraient certainement

point de luer quiconque leur résisleiail. Malgré l'extrême précaution avec laquelle ils marchaient, la nuit était si obscure, qu'à chaque pas ils heurtaient du pied les souches que l'on n'avait pas encore arrachées , donnaient de la face contre les troncs mutilés, ou tombaient dans les trous laissés par les racines.

Nous avons dit que tout le monde dormait dans l'habitation ; cependant Bali-BaU venait d'être réveillé. Il ne savait si c'était naturellement ou par l'effet de quelque bruit ; il lui sembla cependant, au moment où il rouvrait les yeux, avoir entendu un son, comme d'une chose qui serait tombée.

En effet , les voleurs étaient enfin arrivés , et , en escaladant la muraille, ils avaient ébarnlé une échelle dont la chute avait produit assez de fracas pour les tenir en suspens sur le faîte de la muraille, sans oser descendre sur l'habitation.

Bali-Bali se leva néanmoins, et, ayant regardé à la fenêtre , il fut averti d'abord , par l'odorat exquis dont il était doué , de la présence d'êtres étrangers; il écouta ensuite, et son oreille lui doîina l'assurance cjiie l'on marchait dans les géra-

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uiums qui bordaient le mur à l'intérieur. Les feuilles bruissaient à peine ; cela lui suffit. Il n'y avait pas dans l'air un souffle de vent ! Il courut précipitamment au lit de M. Grifûth :

— Monsieur! Monsieur! ou vient ici pour voler ! enfermez-vous bien , défendez-vous , et attendez-moi.

Il était déjà parti pour exécuter un plan qu'il avaittout aussitôt conçu. Ouelonsefigureceque dut éprouver M. Griffith à cet appel qui le réveilla en sursaut. Il crut d'abord que c'était la fin de quelque cauchemar où revenait la scène de son ^ol. Il fut toutefois bientôt convaincu qu'il s'agissait d'une réalité , eu entendant marcher et chuchoter sous les fenêtres , puis on s'efforçait d'ouvrir la porte du vestibule avec le moins de bruit possible. Il se mit alors en mesure de se défendre, se barricada, chargea ses pistolets , et cependant , en ce moment critique , il se demandait ce qu'était devenu BaH- Bali.

Les brigands , encouragés par le silence qui continuait de régner autour d'eux , donnèrent de \)\\}S ^^olentes secousses à la porte ffui menaçait

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de ne pouvoér leur résister iong-lemps eiicorc. Alors M. GriHlth fut au comble de l'effroi ; il était lout-à-fait seul : si les domestiques ne survenaient pas, il était perdu. Il prit donc le parti d'avertir par un coup de pistolet.

Alors les trois ou quatre domestiques sortirent de leurs cabanes et se précipitèrent dans la cour, ainsi que M. Gnffith. Il est effrayant de penser à cette lutte qui s'engageait dans l'obscurité. On entendait un cliquetis d'armes qui se mêlait aux cris étouffés et aux effroyables juremens des voleurs. De temps à autre M. Griffilh tirait un coup de pistolet , dans l'espérance que quelque détachement en surveillance Tentendrait du dehors ; mais personne ne venait , et le combat corps à corps était de plus en plus acharné.

Tout à coup une vive lueur parut à l'horizon à travers les feuillages des hauts arbres qui s'élevaient derrière l'habitation, et M. Griffith fut au comble de l'effroi. Il était tout naturel qu'il pensât que ces bandits , imitant la coutume des sauvages, avaient mis le feu pour profiter du tumulte et piller à leur aise.

Iji lumière se rapprocliait rapidement , et l'on

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