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qu'ils commencèrent à revenir de leurs beaux rèvcs. Tant qu'ils furent sm- la grande route , ne voyant rien que de rares et pauvres villages , les ai'bres et le ciel , il leur fut facile de se faire dans l'imagination des tableaux merveilleux de la ville et un véritable conte des mille et une nuits, où tout bien-être leur affluerait ; mais quand ils se trouvèrent dans les flots de cette population affairée qui les coudoyait , eux qui erraient sans asile, ils commencèrent, non pointa se repentir, mais à se demander ce qu'ils allaient faire.
— >'ous irons aux colonies , répondit Allan à une des questions que lui adressait Evans en lui montrant un bâtiment près de mettre à la voile dans le port.
— Oh ! non , non , pas moi ! je ne veux point ra'embarquer. On peut bien trouver à terre de quoi vivre demain.
— Sais-tu, Allan ? il faut partir pour Londres.
— Mais comment ?
— A pied.
— Mais comment nous nourrir sur la route ?
— C'est vrai ! Evans devint pensif alors , el Allan réfléchit de son côté. Cette méditation étaic
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cfuelque chose de redoutable ; car , daiis a de- U'esse où ils se trouvaient, eux qui s'étaient déjS procuré de l'ai'gent avec si peu de scrupule, que n'étaient-ils point capables de projeter ? Cette délibération était une crise solennelle, le dernier pas suspendu sur le précipice. Ah ! s'ils s'étaient dit alors : — Retournons au pays , demandons pardon à notre père, à notre mère; rendons aux pauvres ce que nous leur avons pris ! ils se sauvaient; car leurs parens sur la terre et Dieu au ciel , tout lem' pardonnait.
— Hé bien ! nous irons à Londres , reprit Allan. Xous verrons, nous mendierons, nous pourrons dire que nous sommes de pauvres malheureux orphelins.
— Fi donc ! répondit Evans.
On croira peut-être que c'est l'idée de mentir qui le révoltait ainsi ; non point : c'était la pensée de mendier.
La nuit était venue, et, avec quelques pièces de cuivre qui leur restaient , ils allèrent prendi'e leur logement dans une maison-garnie de la plus vilaine rue de la vieille ville. C'était un pauvre grte de pauvres au milieu desquels se glissaient
des voleurs de profession pour les tenter et les amener à mal en leur offrant du pain. Allan et Évans y furent pris tout aussitôt : on leur promettait des places dans une entreprise qui se formail , et , en attendant , on leur faisait mener joyeuse vie ; puis , quand la bande vit les deux novices accoutumés à ce bien-être qu'on leur avait procuré , on les entretint des moyens qui leur permettaient une si abondante existence et ils ne reculèrent pas d'effroi. Il s'agissait de se glisser dans les foules et de voler les bijoux , les diamans , les tabatières d'or,
Allan , qui n'avait pourtant pas craint de dérober l'argent des pauvres , hésita lorsque , pour la première fois , Évans lui poussa la main dans une poche entr'ouverte où brillait une guinée. Le premier pas était fait et la troupe félicita le jeune novice quand il lui rapporta le fruit de son coup d'essai. Allan avait cependant été profondément terrifié par son action et la crainte de la justice des hommes. Il voulut le lendemain se mettre en route pour sou pays , mais Évans Fcn détourna , le retint , lui fit honte , et de petits vols se renouvelèrent. Allan y devint adroit ; il se fil h cette vie oisive et aventureuse à la fois.
Voyez comme l'on tombe vite î
Un jour, le chef de la troupe leur parla d'une expédition plus sérieuse , sinon plus coupable ; d'un vol avec effraction chez un jeune négociant nouvellement établi dans la ville. Allàn et Évans entendirent sans horreur tous les détails du crime projeté, et de la part de fraya**/ -confiée à chacun. C'est ainsi qu'ils apprirent qu'ils seraient les enfans 'perdus et tireraient, comme le chat de La Fontaine , les marrons du feu. Pour arriver à les y décider, on vanta leur force, leur adresse, leur intelligence , leur courage ; la flatterie , ce serpent invisible, qui , toujours roulant et rampant sous nos pieds , finit par nous entourer de l'abîme qu'il creuse , la flatterie les perdit : ils consentirent
La nuit convenue pour le crhiie étant arrivée, le chef conduisit sa troupe dans une taverne, puis au théâtre , en attendant l'heure fatale. Allan avait d'abord, on Ta vu, accepté sans hésiter le l'Ole que lui confiait la bande , comme une marque de diblinction dont il se sentit misérablement fier ; mais plus l'heure approchait , plus il était ému, agité, inquiet. Tour la preij)ière fois depuis
son départ de Lanberis , il pensait à son père , à sa mère. Ces images saintes et ces ressouvenirs pieux ne pouvaient apparaître sans éloigner le crime , car Dieu chasse les démons , et la vertu met en fuite le vice.
— Non, non, je ne veux plus! dit-il à Évans, quand , à minuit sonnant au clocher de Sainte- Marie-Radcliffe, il se vit à la porte que l'on allait forcer.
— Comment, tu ne veux plus ! tu es donc un poltron ! lui répondit son camarade; du courage ! du courage !
Avec la peur de paraître lâche lui revint le hideux courage du crime; comme si la main qui laisse tomber le poignard du meurtre ou se ferme devant le sac d'argent qu'elle allait prendre n'était pas saisie de la plus noble des lâchetés ! Estce donc une lâcheté que la honte , une lâcheté que le souvenir sauveur de son père et de sa mère au bord du précipice, une lâcheté que le remords ?
Allan le crut, et ce fut sa perte. Déjà la porte de l'allée avait été crochetée , et le chef de la bande , ayant placé ses hommes en observation ,
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eonduibjit Allan et Évans au bas d'uu escalier qui menait à la caisse ; puis il leur remit des fausses clefs fabriquées sur les empreintes des serrures de la porte et du cofTre-fort. Il fallait que cette opération se fit absolument sans bruit, car la chambre à coucher de ?d. Griffith était immédiatement voisine de la caisse.
Allan et Évans montèrent donc d'abord , d'un pas qui n'était guère assuré, l'escalier dont les marches cirées semblaient glisser sous leurs pas tremblans. Ils arrivèrent enfin à la porte , et là s'engagea une lutte muette, terrible, eutie Allan et Évans, pour savoir lequel des deux ouvrirait la IX)rte , car les mains de l'un et de l'autre étaient également vacillantes. Évans tendit ses doigts dans l'obscurité. Sinistre jeu de la courte-paille, en ce moment ? — Allan fut condamné par le sort.
La clef mal mise dans la serrure produisit un bruit assez fort, et les sentinelles distribuées dans l'aiiée ou sur l'escalier, Évans, Allan, tous se crurent perdus.
Par malheur pour M. Griffith, il dormait bien et était dans toute la profondeur du premier somme. Bref la ixjrte était ouverte : restait le coffre-
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fort , et , de nouveau , Allau fut condamuô à y mettre la clef.
Pendant cette odieuse action , peut-être mistress Madock rêvait de lui, car aucune de ses nuits ne se passait sans un pareil songe. Elle avait bien réussi à persuader à son mari que l'argent des pauvres avait été précédemment employé, et elle expiait ce mensonge par des charités faites secrètement ; mais elle avait la désolante conviction qu'Allan avait pris les fonds sacrés des aumônes. Cette pensée ne la quittait plus; veille ou sommeil, cette idée était toujours et partout : Un fils voleur ! Elle , femme si innocente et si pure , elle en éprouvait comme du remords. Si encore cette ignominie de son enfant pouvait n'être que pour elle seule et rester enfouie dans le secret de son âme ! mais son père la connaîtrait sans doute, un jour, et il le maudirait, lui ! ce serait presque la maudire.
— Et, quand il n'aura plus cet argent odieusement acquis , que fera-t-il ? se demandait-elle avec épouvante. Et alors revenaient les anxiétés de la mère pour la vie de son enfant. — Il sera mort de faim , mon pauvre Allan. — Bien des
fois elle traversa le détroit de Menai , pour aller dans l'île d'Anglessey, jeter quelques petites pièces d'argent dans le coffre de Saint-Éiian, et puis elle se plaçait l'oreille au trou de son confessionnal pour recevoir une réponse aux questions qu'elle avait faites sur son fils. Vénérable superstition de l'amour maternel cjui ne désespère jamais ; le confessionnal de Saint-Élian ne lui répondait rien , et elle ne se lassait point de l'interroger.
Trois mois s'étaient déjà écoulés depuis sa disparition, et M. Madock qui, dans son austérité, était néanmoins le père le plus tendre, n'avait pas encore succombé au désespoir. Cependant il se pouvait , se dit-il , qu'il eût cessé de vivre , et alors il avait besoin de prières. Un jour donc , il planta dans ce cimetière une croix de bois noir près de celle de ses deux filles , après avoir dit pour lui l'office des morts.