‹ Allemagne T. 2Chapitre 12 sur 56 · FRANCS · texte numérisé non relu

FRANCS

Ceux des Barbares sortis de la Germanie, à oui furent réservées les plus brillantes destinées, furent les Francs, n est curieux de voir l'ignorant continuateur de Grégoire de Tours, Frédégaire, s^efTorcer, pour illustrer la dynastie nouvelle des Mérovingiens, de faire descendre les Francs des Troyens. «Selon un certain poète, appâé Yireile, dit le chroniqueur, Pnam fut le premier roi des n*ancs, et Friga fut le successeur de Priam. ApHte la prise de Troie, les Francs se séparèrent en deux bandes ; Tune, commandée par le roi Francio, s'avança en Europe et s^étendit sur les bords du Rhin.» Un autre chroniqueur donne vingt-deux rois aux Gaulois avant la guerre de Troie. « Cette ville , dit-il , ayant été prise sous Rémus, le dernier de ses rois, Francus, fils d'Hector, vint épouser dans les Gaules la fille de Rémus. Le peuple dont il devint le chef, ainsi que les Troyens qui l'avaient suivi, portèrent dès lors le nom de Francs. » Ainsi tous ceux des souvenirs de la Grèce et de Rome qui avaient pu traverser les téncères du moyen âge , étaient confusément évo-

3ués pour donner à la race parvenue es Francs une illustre origine.

CBLODIOV. HILOBAn.

Nous savons déjà demiis lons-temos ce que c'était que les fTdncs. NoQs les avons vus s'avancer sous. Ghlodion jusqu'à repboilchure' de la Somme.

Ce chef, mort vers 449, eut^gur successeur Mérowiff (éminjpni, guerrier) ^ qui combattit à la hataiUe de GhâlQna, et éteqdit dans la Gaule septentrionale la domination des Francs Saliens.

«Hildérik {brave aucomh(U)y suoo^ seur de Mérowig, ^abandpnna, dit Gr^oire de Tours, à une honteuse luxure, déslionorant les femmes de se»

sujets. Ceux-ci, s'indignent <k Cet outrage, le détrônèrent. Ayant oécopvert qu'on en voulait même à sd vie , il se réfugia dans la ThuriiTge, laissant dans son pays un homme oui lui était attaché, pour qu'il apaisât par de douces paroles les esprits fîurieux. Il lui donna aussi un signe pour qu'il lui fit connaître quand ii serait temés de retourner dans sa patrie, c*est-adire qu'ils divisèrent en deux une pièce d'or, que Hildérik en emporta une moitié, et que son ami garda l'autre, disant : « Quand je vous enverrai « cette moitié, et que les deux parties « réunies formeront la pièce entière, « vous pourrez revenir en toute sûreté « dans votre patrie. » Étant donc pasçé danslaThunnçe, Hildérik se r^gla d^ez le roi Bizm et sa femme Basine« Les Francs, après l'avoir détrôné, élurent pour roi d'une voix unanime,

iCgidius (*) Cehii-ci était déia dans

la huitième année de son règne, lorsque le fidèle ami de Hildérik, ayant secrètement apaisé les Francs, envoya à son prince des messagers pour lui remettre la moitié de la pièce qu'il avait gardée. Celui-ci, voyant par cet indice certain que les Francs aésiraient son

(*) Les Francs en prenant pour chef iEgidius , ne firent sans doute que suivre l'ancien usage de se mettre au service des généraux romains. Le vrai de tout cela, dit M. de Chateaubriand en racontant Texil de Hildérik, c'est qu'il alla à Conitautinople, d'oii fempereur le dépêcha en Gaule pour contre-balancer Tautorité suspecte d'iEgidius«

ALLËMAGISE.

retour, et ^uMls 1^ priaient eiumémes de revenir, quîlta la Thuringa et fut rétabK sur sonTrôoe. Tandis qu'il régnait, Ba^e -abandonna son mÉti pour v^û^unrèsdeHildérik: Comme U lui deAndïiiMiivéc empressément Diâsr quel motif elU Menait aun pays si eioi^é, on dit qu'elle répondit : « J'ai « recomitf ton mécite et ton grand « coorage ; je suis venue pour rester « parçe que si j'avais connu,

« dans dès régions au-delà des mers, smNÊbmàoA nlus méritant que toi, AB|ni6^4Siré d'habiter avec lui. »

Câfiîft, encnanté , l'épousa. Il en eut un fils qu'on appela du nom de Hlog^jg^^iOun grand prince et un

nlumOWIO. — iTAT M LA OAULI.

ÀJvantde parier des conquêtes deHlodo^àg, il nous faut voir quel était alors l^t politique de la Gaule. Au sud, Jes'^igotbs venaient de s'emparer de rAçv^i^e. Leur rovaume avait pour frontons dans la uaule le cours du Rbdfîle et celui dç la Loire. Au sud^st, les Bourguignons, sous quatre rois, nmédaient depuis Bâie jusqu'à la MédilBirranée, et de^is devers jusqu'aux A%es ; tout à fait a l'ouest, la presqu'île afnidricaSne s^tait formée en coiifédératioaAecftésJIbres ; enfm restaient entre la Soînifte et la Loire , plusieurs pro- Tihces^ régies par des gouverneurs gui, bien qde portent des tift-es romains, avaient complètement oublié l'empereur 0t Ferapire. La situation du comte ^agrius à Soissons différait peu de celle de Hlodowig à Toumay. Il gouvernait pour son propre compte ces contrées qui, n'obéissant encore à aucun chef oarbare, restaient soumises aux ordres du général qui les occupait. Grégoire de Tours appelle Syagrius roi des Romains, comme Hlodowig roi des Fnmcs.

aiwAxn ni gxAamm n ois oallo-eomaiks.

A la mort de Hildérik , Hlodowig se trouva à la téte de la peuplade franque établie à Toumay. D'autres chefs

franco étaient d^li (ilabtti à Cologne,

a Saint-Omer, à Cambray et 'au Mans.

Hlodowig îiltaqua d'abord les plus faibles de ses voisins, les Gallo-Romains. Avec le secours de Kagnacaire, dief des Francs de Cainbraj, il attaqua Syagrius *^ le vaiilic|uit près de Soissons. Sjyagrius^ réfugié près d'Alaric It, roi des Vliggtfas, fut ré< clamé par Hlodowig, qui le fît tuer.' Hlodowig se trouva alors assez piiissant pour obtenir la main de Chrotë»

child , fille d'un prince des Bourguignons.

MARIAGE DE HLODOWIG ATIG CB&OTECBILD (CLOTILOl).

Les chroniqueurs des âges suivants, qui ont compris toute l'importance de cette union, en ont singulièrement embelli toutes les circonstances. Grégoire de Tours se contente de dire que Hlodowig envoyant souvent des députés en Bourgogne, ceux-ci virent lajeune Chrotechild. Témoins de sa beauté et de sa sagesse, et ajrant appris qu'elle était du sang royal, ils dirent ces choses à Hlodowis. Celui-ci envoya aussitôt des députés à Gondebald pour la lui demander en mariage. Gonaebald , craignant de la refuser, la remit entre les mains des députés qui , recevant la jeune fille, se hâtèrent de la mener au roi. Hlodowiff, transporté de joie à sa vue, en fit sa femme. Mais l'abréviateur et le continuateur de Grégoire de Tours, Frédé^aire, en sait bien davantage.

« Le Gaulois Aurélien, déguisé en mendiant, portant sur son dos une besace au bout d'un bâton, est chargé du message : il devait remettre à Chrotechild un anneau que lui envoyait Hlodowie, afin qu'elle eût foi dans les paroles dii messager. Aurélien, arrivé à la porte de la ville (Genève), y trouva Chrotechild assise avec sa sœur Sœdehleuba : les deux sœurs exerçaient l'hospitalité envers les voyageurs, car elles étaient chrétiennes. Chrotechild s'empresse de laver les pieds d'Aurélien. Celui-ci se penche vers elle, et lui dit : « Maîtresse, « j'ai une grande nouvelle à t'annon- « cer, si tu me veux conduire dans

106 i^'U^îI

« un>lieu (A^jc te puisse parler "fen , fc gecret.y- ?Yarlli, «lifirépbndX^hroTb techild. Auréliendit: «Hlodowig^i « des ftaiîcs, m'oïvoic vers toi; si « clsat b volonté de Dieu, il d^ire « vivemint f épouseï^, et, pour que tu <i me croies i voilà son ^nevi . | Chroftchfld raccepte, et u«e grande joie*eluit sur sdki visage ; «lie dit au voj^geur : « Prends ces' cent sous d'or pour ré- « jcompense de ta peine, avec mon «anneau. Retourne vers ton maître ; ^ dit^lui que s'il Veut m'épouser, il « «nvoie promptement des ambassa- « deurs à mon oncle Gondebald. »

C'est une scène de VOdussée,

« Aurélien part; il s endort sur le chemin; un mendiant lui vole sa besace, dans laquelle était l'anneau de Chf otechild ; le mendiant est pris, battu de verges , et l'anneau retrouvé. Hlodo-

37\g dépêche des ambassadeurs à Gonebald, qui n*ose refuser Chrotechild.

Les anibassadeurs présentent un sou et un denier, selon l'usage, fiancent Chrotechild au nom de Hlodowig, et l'emmènent dans une basteme. Chrotechild trouve qu'on ne va pas assez vite; elle craint d'être poursuivie par Aridius, son ennemi, qui peut faire changer Gondebald de resolution. Elle saute sur un cheval, et la troupe franchit les collines et les vallées.

« Aridius, sur ces entrefaites, étant revenu de Marseille àGenève, remontre à Gondebald qu'il a égorgé son frère Hilpérik,pèrede Chrotechild; qu'il a fait attacher une pierre au oou de la mère de sa nièce , et Ta précipitée dans un puits ; qu'il a fait jeter aans le mène puits les têtes des deux frères de Chrotechild ; que Chrotechild ne manquera pas d'accourir se venger, secondée de toute lapuissance des Francs. Gondebald^ feffrayé , envoie à la poursuite de Chrotechild ; mais celle-ci , prévoyant ce qui devait arriver, avait ordonné d'incendier et de ravager douze lieues de pavs derrière elle. Chrotechild sauvée S'ân*ie : « Je te rends grâce, Dieu tout- « puissant, de voir le commencement « de la vengeance que je devais à mes « parents et à mes n-ères ! »

«Véritables mœurs barbares, qui n'ex-

cluent pas la mansuétude dés mœurs chrétieMes mêlées* dans Cbrotedilld aux passions de sa natfre sauvage O* »

iiiwATTE DES A&sMiirs. co^viasioir DB

BLOPOWIO.

HlodoTvig avait étefidu sa donrinatkm jusqu'à la I^ire. Les Aleman», alléc^ ^ par cette bonne fortuse, vinrent pour prendre leur part du butin. Hiodowig n'entendait pomtpartager. Il s^^tourna contre eux; il les reneontrfl jiTolt^iftc, à ouatre lieues de Cologne. La bataille fut sanglante, iacwise; jSbtdowig désespéra même un.fhoment du succès. Depuis long-temps Çhrcftecbild, sa femme, s'efforçait ae-fe convertir au catholicisme. Elle avait, noême obtenu de faire baptiser ses deux enfants; mais Hlooowig résistait pour lui-même. Il avait peine à comprendre un Dieu mort sur la croix; il lui semblait qu'il n'était pas d'assez noble origine. « Votre Dieu, disait -u, R ne peut rien , et qui plus est, il n'ebi « pas même de la race des dieux.

Deus vester nihil posse tnardfesteUur^ et, quod magis est, nec de deorum génère esse probatur. ^Cepetiddut dans'le péril on n'exomine pas toujours les titres de celui qlii vous tend la mm.- A tout hasard , Hlodowig invoqua le Dieu des chrétiens pour le tirer de peine, et mettant en guelgue sorte son baptême en enjeu , promit sa bonversion pour la victoire. La rortupe 1i Tintant changea. Les Alem^ns |brent vaincus , et Hlodowig tint parole ; il se fit baptiser. La moitié de ses Barbares , au nombre de trois mille, si^ivirent son exçmple , et changèrent Odin pour le Christ, sans attacher sans doute une bien grande importance à la cérémonie les initiait à l'Église.

BISULTATS POLXTIQUXS DE LA. COIfVXaSIOV DB HLODOWIO.

Cette conversion des Francs eut cependant de sérieux et immenses ré-

(*) Cette réflexion est de M. de Ghateenbriand dans ses Études historiques, auxquelles nous avons emprunté ce dernier extrait de Frédéj^aire

soltats. Par an singulier hasard , Hlodowig se trotkya seul roi orthodoxe entre tous les rtinces conlemporains.

L'hérésie d«àrius avait les BariMÉes à leur entrée daq^ reropire. Les ?anc|ales, les^sigsths, les Bourguinions étaient afiens. L'empéifur de Conitantinople lui - mdtne persécutait eeux mû croyaientà la divinité de JéSus- Christ. Ainsi le cftrgé de toutes les églises eut les yeux sur ce nouveau royaunté , consacré à sa naissance par un baptême orthodoxe. Le pape Anas* tase écrivait à Hlpdowig : « Votre foi, c'est notre victoire; » et l'évêque de Tienne, sujet des Bourguignons, lui dî^t : « (Test nous qui triomphons quand tu combats. Quwn puanatis vincimu8,iÊ Cétait beaucoup dravoir nour soi tous les évéques de la Gaule, l'assistance de l'Eglise ne manqua pas à Hlodowijg. I^ous le verrons tout à rBeure miraculeusement conduit à la conquête du royaume des Visigoths.

DiFÂiTf OIS Bonitonioifons.

Hlodovt'i^, mattre des provinces centrales , aillé des cités armoricaines , yainqueur des Alemans qui , sur ses traces , voulaient pénétrer dans la Gaule, voyait chaque jour augmenter son renom et sa puissance. Les guerriers dés autres rois francs venaient en foule se' raneer sous les drapeaux d'un chef si habite. Aussi fht-il bientôt en état d'agrandir ses possessions aux dépens des Bourguignons et des Visigoths. Les Bourguignons furent attaqués les premiers. Chrotechild poussait son époux à cette guerre pour venger la mort de son père assassiné par Gondebald. Les évôques l'appelaient secrètement. Pour les rattacher à son parti , Gondebald leur nromit de se faire catholique, leur aonna ses enfants à élever. Il n'en fut pas moins attaqué, battu par Hlodowig, qui le soumit à un tribut annuel. Puis ce fut k tour des Visigoths.

DEFAITE DES VtSIGOTnS.

«Alaric, roi des Goths , voyant les conquêtes continuelles que faisait Hlo-

^owig^ lui envoya des dépitas pour .

lai dire : « Sf WiO% frhn y Ansent , « j'ai dessein qvm nous ayt)ns ibe en- « tAvue sous les aaspic«s de Dieu, n HlodowiAv-^if sentant, aHtf vers lui. ' S'étantjmts daffis unoila^la I^re, située auprès du b^rg d*Anik)iSe, sur le territoire de la at0 d» mirs , ils conversèrent, mangèrent et Burent ensemble ; après s'être promis amitié t ils se retirèrent en paijc. • .

mmEssioN DBS iviQvxs wâm. ut vuiooips. ^

« Beaucoup de gens , dans toutes les Gaules , désiraient alors extrêmement être soumis à la domination des Francs. Il arriva ^ue Quintiai, évêque de Rodez , haï pour ce sujet, fut chassé de la ville. On hii disait : « C'est parce « que ton vœu est mie la domination « des Francs s'étende sur ce pays. »

Peu de jours après, une querelle s'étant élevée entre lui et les citoyens « les Goths qui habitaient cette ville ressentirent de violents soupçons ; car ces citoyens reprochaient a Quintien de vouloir les soumettre aux Francs ; et ayant tenu conseil , ils résolurent de le tuer. L'homme de Dieu en ayant été instruit , se leva pendant la nuit, avec ses plus Gdèles ministres, et sortant de la vule de Rodez, il se retira en Auvergne, où l'évêque saint Eupbrasius le reçut avec bonté et le garda avec hii (*). »

ViKi&ATlOir DB HI^DOWIO poua SAnVT

itA&Tnr.

Nous ignorons qudies instances furent faites à Hlodowig par les év6-

res du midi ; mais up jour « le roi dit ses soldats : « Je supporte avee n grand chagrin que ces ariens poste sèdent une partie des Gaules. Mar- « chons , avec l'aide de Dieu , et après « les avoir vaincus , réunissons le a pays en notre pouvoir. » Ce discours plut à tous ses guerriers. L'armée se mit en marche et se dirigea vers Poitiers. Là se trouvait alors Alaric ;

(*) Grégoire de Tours.

mais comme ûn& partie de Tarmée Dassaif' sur le terntoirc de Tours , par respect pour, saint Martin, Hlodowtg ' * donna Tordie que personne ne prtt dans ce ws autre mose que des Kgumes et deri^u. Uj) soldat de l'armée s*étant emparé iu foin d'un pauvre bonlme, dit: «Xe roi ne nous a-t-il pas recom- « mandé de ne prendre que de l'herbe 4 « et rien autre .chose ; âi bien ! c'est a de l'herbe. IVous n'avons pas trans-^ . « gressé ses ordres , si nous la pre- * k nons; » et ayant fait violence au pauvre, il lui arracha son lein par Xorce. Ce fait i>arvint aux oreilles du roi. Ayant aussitôt frappé le soldat de son épée , il dit : « Où sefa l'espoir « de la victoire , si nous offensons « saint Martin. » Ce fut assez pour empêcher Farmée de rien prendre dans ce pays.

LB moi OOVSULTB LIS80B;TS a. SàZST-MARTUr.

« Le roi envoya des députés à la basilique du saint, leur disant : « Al- « lez, et vous trouverez peut -être « dans le saint temple quelque présage « de la victoire. » Après leur avoir donné des présents pour orner le lieu saint, il ajouta : « Seigneur, si vous « êtes mon aide, et si vous avez ré- « solu de livrer en mes mains cette « nation incrédule et toujours enne- « mie de votre nom, daignez me faire « voir votre faveur à l'entrée de la ba- « silique de Saint-Martin, afin que « je sache si vous daignez être &vo- « rable à votre serviteur. » Les envoyés s'étant hâtés 9 arrivèrent à la samte basilique ,^selon Tordre du roi; au moment où Ils entraient, le premier chantre entonna tout à coup cette antienne : « Seigneur, vous m'a- « vez revêtu de force pour la guerre , « et vous avez fait tourner le dos à « mes ennemis devant moi, et vous « avez exterminé ceux qui me haïs- « saient. » Ayant entendu ce psaume et rendu grâce à Dieu, ils présentèr^t les dons au saint confesseur, et allèrent pleins de joie annoncer au roi ce présage.

MniACLE SA FàTEVR DBS rAAlTCS.

«L*armée étant arrivée nir les bcfi^s de la Vienne, on ignorait entièrement dans quel enidi^it ^il filait passer ce fleuve^ car il était enflé par une finondatioq de pluie. Pendant la nuit, \ê roi ayant prie le Seigneur de vouloir oien lui montrer ùn ^é par où l'on pût passer, le lendémam matin, par l'ordre de Dieu, une biche d'une grandeur extraordinaire entra dans le ffeuve aux yeux de l'armée, et passant à gué, montra par où on ^uvait traverser.

Arrivé sur le territoire de Poitiers, le roi se tenait dans sa tente sur une élévation; il vit de loin un feu qui sortait de la basilique de Saint-Uilaire, et semblait voler vers lui, conune pour indiquer qu'aidé de la lumière du saint confesseur Hilaire, le roi triom* nherait plus facilement de ces bandes nérétiques, contre lesquelles ie pontife lui-même avait souvent soutenu La foi.

Hlodowiç défendit à toute l'armée de dépouiller personne ou de piller le bien ne oui que ce fût dans cet endroit ou dans la route....

BATAXLLS DB VOUGlI.

« Cependant Hlodowi^ en vint aux mains avec Alaric, roi des Goths, dans le champ de Vougié, à trois lieues de la ville de Poitiers. Les Goths ayant pris la fuite selon leur coutume, le roi Hlodowig , aidé de Dieu , rem-

Sorta la victoire. Il avait pour allié le Is deSigebert-Claude^ nommé Ghlodéric. Ce Sigebert boitait d'un coup

âu'il avait reçu au genou à la bataille e Tolbiac contre les Alemans. Le roi, après avoir mis les Goths en fuite et tué leur roi Alaric, fut tout à coup surpris par derrière par deux soldaâ qui lui portèrent des coups de lance sur les deux côtés. Mais la nonté de sa cuirasse et la légèreté de son cheval le préservèrent de la mort. Il périt dans cette bataille un grand nomtne d'Auver^ats qui étaient venus avec Apollinaire , ainsi aue les premiers des sénateurs. Après le combat, Amalaric, fils d'Alaric, s'enfuit en Espagne

AtlEMAONE.

Rodez.

le royaum^ renvoya sqmIs luvergne oar Albi et

CMui-pi flipumit a son pèrt

AwiUJlil deppis la frootière des Goâs Josqa à ce(le des BoiirguigDons. ^ Alaoc avait r^ié vingk^deux ans.' Hkwo^K^ après avoir passé lt|îver dans la ville oe Bordeaux et emporté jde TopHkise tous les trésors fl*Ala«ic, nUrcha sur AngouKme. lie Seigneur hii focorda qSè si grande grâce qu*à sa vue les murs s'eeroulèrent d'euxmtees. Anrès woif chassé les Goths, il soumit M ville à son pouvoir. Ayant

Sksi oilenli la victoire, il rentra dans urs^et offrit un grand nombre de i à la sainte basilique du bien- : Martin.

OONSUL.

yl^BJ^dÊfwig ayant reçu de Tempereur AMftase des lettres de consul , fut imtu, dans la basilique de Saint- Martin, de la tunique de pourpre et de li dilamyde , et posa la couronne sur sa téte. Ensaite , étant monté à ch#tol ^ il Jeta de sa propre main , «vec ifhe extrême bienveillance, de l'oi^t de l'argent au peuple assemblé sur le chemin qui est entre la porte du vestibule de la basilique de Saint- Martin et l'église de la ville, et, depuis ce jour, il fut appelé consul ou auguste. Ayant quitte Tours, il vint • à Paris, et y fixa le siège tie son em- ' pire. Théoderick vint Fy trouver....

MBUATamS DIS DtTBES «0X8 WKkUCS PAE ELODOWIO.

« Le roi Hlodowig, pendant son sâoor à Paris, envoya en secret au fls de Sigebert, lui faisant dire : « Voilà « que ton père est âgé , il boite de son « pied malade : s'il venait à mourir , « son royaumefappartiendrait de droit « ainsi oue ndcre amitié. » Séduit par cette amoition, Chlodéric forma le projet de tuer son père. Sigebert étant sorti de ja ville de Cologne , et ayant passé le Rhin, pour se promener dans a fonÉ^ de jraconia, s'endormit à

Oya

son

midi dans «a ttftte ; sonffils ^ eentre luf des assasilns et le fit danS Tespeir qu'il posséderait i'9yaume> Mais, par le jugement de vDieu, fil tomba dans la fosse cpi'il mK^it mécnamment creusée pour son père. II envo]» au roi Blo<toarig des messagers goor.lui foncer la mort de son père, et lui <]it: • Môn père est « mort, ^fai en mfn poùiroir ses « trés<frs et son royaume ^ envoie- moF « quelques-uns des tiens, et je leur « remêltrai volontiers ceux des trésors' « qui te plairont.» Hlodowig répondit : - « Je rends srace à ta bonne volonté , et ^ je te prie de montrer tes trésors à « mes envoyés, après qooi tu les pos- « séderas tous. »Cnlodéric montra Qonc aux envoyés les trésors de son père.

Pendant qu'ils les examinaient , le prince dit : « C'est dans ce coffre « que mon père avait coutume d'amas- « ser ses pièces d'or. » Us lui dirent : « Plongez votre main jusqu'au fond « pour trouver tout. » Lui , l'ayant fait et s'étant tout à fait baissé, un des envoyés leva sa francisque et lui brisa le crâne. Ainsi cet indigne fils subit la mort dont il avait frappé son père. Hlèdowig, apprenant que Sigebert et son fils étaient morts , vint dans cette même ville , et ayant convoqué tout le peuple , il lui dit : « Écoutez ce qui « est arrivé. Pendant que je naviguais sur le fleuve de l'Escaut , Chlodéric , « fils de mon parent , tourmentait son « père en lui disant que je voulais le « tuer. Comme Sigebert fuyait à tra- « vers la forêt de Buconia, Chlodéric a « envoyé des meurtriers qui l'ont rois « à mort; lui-même a été assassiné , je « ne sais par qui , au moment où il <c ouvrait tes trésors de son père. Je « ne suis nullement complice de ces « choses. Je ne puis r j it drr !e sang « de mes parents , car * i i fe ndu .

« Mais puisque ces clioses sont arri- « vées, je vous donne un conseil; s'il « vous est agréable , acceptfiz-le. Ayez « recours à moi , mettez-voas sous ma « protection. >• Le peuple répondit à ces paroles par des applaudissements de mains et de bouche , et l'ayant élevé sur un bouclier, ils le créèrent leur

roi. Hlodowig ireijtil donc le royaiinie contre \fR avec éoh Canote, .^agnaet les trésors de SigeB^rt , êt les ajouta ' ^ire avâit 4es espions Dour rer à sa dominaitfoD. Ghatiiie j6arU)ieu naître ce qui pi Passait. iT l^r

liisait tomber ses eunefns sous sa jmin et augmentait soê ro^ume^ narce (fïiMl marçhail te cœur droit flevant le Seigneur, et faisait les choses qui sont 9gréât)les à ses veux.

« Il marcha ensuite Contre le roi CSiararic. DéBis la guerre contre Sya- .grius, Hlodowig Pavait appelé à son fiecours^ mais Chararic se tint loin *de lui; il ne secourut aucun parti, attendant Tissus du combat pour faire alliance avec celui qui reviporterait la victoire, hidîgné de cette action , BUo- Sowig s'avança contre lui , et Payant entouré de pièges^ le fit prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous deux , enjoignant que Chararic fût ordonné prêtre et son fils diacre. Gomme Chararic s'afQigeait de son abaissement et pleurait , on rapporte aue son fils lui dit : « Ces branches ont été cou- « pées d*un arbre vert et vivant , il ne « séchera point , et en poussera rapi- « dément ae nouvelles. Plaise à Dieu a que celui qui a fait ces choses ne tarde « pas davantage à mourir! » Ces paroles parvinrent aux oreilles de Hlodowig , qui crut qu'ils le menaçaient de laisser croître leur chevehu'e et de le tuer; il ordonna alors qu'on leur tranchât la téte àtousdeux. Après leur mort, il s'empara de leur royaume, de leurs trésors et de leurs sujets.

« U y avait alors à Cambrai un roi, nommé Raenachaire, si effréné dans ses débaucnes qu'à peine épargnait-il ses proches parents eux-mêmes.

Il avait un conseiller , nommé Farron , qui se souillait de semblables déréglepients. On assure que lorsqu'on apportait au roi quelque mets, quelque don, ou quelque objet que ce soit , il avait coutume de dire que c'était pour lui et son Farron , ce qui excitait chez les Francs une indignation extrême. Il arriva que Hlodowig ayant fait faire des bracelets et des biaudriers de faux or ( car c'était seulement du cuivre doré), les donna aux leudes de Ragnachaire potfr les exciter contre lui. li marcha ensuite

recon-

- ^ ^ ..demanda, quand ira furent de retour r .'quelle pouvait être la force de cette arm^ Ils lui ré|ft>ndirent : « &esi a uft renfort très - consldélrabte pour* « toi et {on Farron. * Mais Hlodowig était arrivé, Itii £t la guerre. Ragnachaire voyant son «ranée défaite, se nréparait à orendre k fiiite, lorsqu'il tut arrêté par ses soldats, et amené , avec son Irère Bjohaire , le« mains liées derï'ière le àqf jM présence de Hlodowia, Celuî-ci lui dit:

« Pourquoi as4u fait honte notre « famille en te laissant enchaÎM ? n « te valait mieux mourir; » et ayant levé la hache, il la lui sab^ttit sur la tête. S'étant ensuite tourné vers son frère , il lui dit : « Si ^ttr avais « porté secours à ton frère, irn'au»

« rait pas été enchaîné; » et îl^ frappa de même de sa bâche. Après leur mort, ceux qui les avdent trahis reconnurent que l'or qu'ils avaient reçu du roi était faux, il'ayant 4it au roi , on rapporte qu'il leur réjjjbndit :^ «Celui qui, de sa propre volottté, « traîne son maître à la mort, mente « de recevoir un pareil or; » ajoutant qu'ils devaient se contenter de ce qu^on leur laissait la vie , s'ils n^ voulaient pas expier leur trahison dans les tourments. A ces paroles, eux vou- , lant obtenir sa faveur, lui assurèrent ' qu'il leur suffisait qu'il les laissât vivre. Les rois (}ont nou3 venons de parler étaient les parents de Hlodowig. Renomer fut tué par son ordre dans la ville du Mans. Apcès leiu: noort. Hlodowig recueillit leurs royaumes et tous leurs trésors. Ayant tué de même beaucoup d'autres rois , et ses prodbes parents , dans la crainte qu'ils ne hii enlevassent l'empire, il étendit son pouvoir dans toute la Gaule. On rapporte qu'ayant un Jour assemblé ses sujets /il parla ainsi de ses parents qu'il avait fait périr. « MdX- « heur è moi qui suis re&té comme « un voyageur parmi des étrangers .

« n'ayant pas de parents qui puissent « me secourir si radversité venait ! »

ALLE^Aaitt:.

Mais ce n'était'pa$ quil s'afiUfigeât de ksajÇ moii; il parlai^ aîn$î seutement par jruse ^ et ^ur aecounîr sll^ avait eopore qutlqiie i^eqt, afin de le^re tacc

* MORT QJ^B^ObOW)^.

« iWes ces ohoses s^étéit passées ainsi , Hlodowig mourut à Parif, où il fut enterré daas la ^sîfîque des Saints- Apôtres, qu'il avait lui-même fait construira avec la reine Glotikie. Il mourut dm arfs^aprè^ la bataille de Vouglé. son règne avait duré trente ans , et sa ^e quarante-cinq (*). »

▼moH tua. \k BACS dis itéftovnroiEHS.

Loe imit que Hîldérik, père de iaowig, r€|K>sait près de sa femme Basin^ qu*ll avait enlevée du pays thurmgien, et qui , comme plusieurs femibes du Nord, se croyait douée du don de seconde vue, «Basine lui dit :

«Abstenons-nous; lève-toi, et ce que « tu Terras dans la cour du logis , tu « le Tiendras dire à ta sentante. » Hildârifc se leTa, et vit passer des bétes qui ressemblaient i des lions, à des uoorriës et à des léopards. Il revint vers sa femme, et lui dit ce qu'il aTait TU , et sa femme lui dit : « Mat- « tre. Ta derechef, et ce que tu Ter- « ras, tu le raconteras à ta senrante. » Hildérik sortit de nouveau, et vit passer des bétes semblables à des ours et à des loups. Ayant raconté cela à sa femme, elle le fit sortir une troisième fbîs; il vit alors des chiens et d'autres animaux inférieurs qui se roulaient et se déchiraient les uns les autres. Lorsqu'il eut raconté tout cela à sa femme, ils s'abstinrent chastement jusqu*au matin. Alors , lorsqu'ils se furent levés du. lit, Basioe dit à Hildérik : « Ce « que tu at vu de tes yeux arrivera « eo vérité; il nous naîtra un fils qui « sera un lioapar son courage. Les < fils de notre ms ressembleront aussi « par leur courage aux léqiards et

Gfécoire de Tours, traduit par M.

Guizot , &DB la CollecUon des mémoires relalils à 1 histoire de France.

« aux tfoomei; mais ils engendnnM^ « à leur .tour des enfartte «emMate « aur our^^et au^^ kmps par laur to« « ramé. Ceux que tu as tus la^troi- « sième fois viendront pour la filn et . « la fliine du- royaume; car. comtne « des chiens et des bétt» infeMIures, « ils régneront et se déchireront leSL « uns les autres en niihant les peu- « pies (*). » •

C'est là en effet l'htetoire de la raca. des Mérovingiens. On ne peut que s'étonner qu'un chroniqueur du commencement du huitième siècle ait su trouver cette explication symbolique dea destinées de la postériiê de ulodowig.

rARTAM DU ROTAUm Dl BLODOWIG UTTEK SIS QUATEB FILS.

Hlodowig avait quatre fils : Vafné^ Théoderickf était fils d'une concubine; les trois autres, Clodomir, Hild«bert et Clother, étaient filsdaaotikie.Théoderick n'en eut pas moins part à l'héritage paternel. Il eut l'ancien pays des Francs sur le BaS-Rhin, et ce que Hlodowi< aTait enlcTé aux Alemam sur le Hau£ Rhin, aTec les contrées traTersées par la Moselle et la Meuse. Il fixa à Metz sa résidence. 1.' Auvergne entra aussi dans son partuse. Ce royaume prit bientôt le nom d'Ostrasie, parce qu'il était situé à l'ouest des autres provinces conquises par les Francs.

Depuis Théoderid(, ce royaume eut prè^e toujours des rois particuliers.

11 s'étendit peu à peu sur une grande partie de l'AHemagne : aussi son hii* toire est-elle, intimement liée à celle de ce pays. Nous passerons rapidement sur les faits qui appartiennent am autres royaume! francs. Clother résida à Soissons, Hildebert à Paris, Clodomir à Orléans. Les trois frères se partagèrent en outre les cités de l'Aquitaine. Ainsi aucun d'eux ne s'établit au-delà de la Loire. Tous les guerrière francs étaiyt restés en effet au nor4

(*) Frédégaire, Epitome Gregorti, dans dom Bouquet, Recueil des mstoriens dt France.

Les Fraflcs eontinuèrent leurs conquête aousoles quatre fils de Hlodowig. théoderick repjoussa d*abord les incursions des pirates du Nord. « Les Danois vinrent par mer dans les Gaules avec leur roi Ctochilaîc; étant descendus à terre, ils ravagèrent un des pays du royaume de Tné3derick, réduisirent les habitants en captivité, et ayant chargé sur leurs vaisseaux les captifs et le reste dejeur butin,. ils se préparaient à s'en retourner dans leur patrie ; mais CQmme leur roi demeurait sur le rivage pour s'embarquer le dernier, lorsque ses vaisseaux prendraient la haute mer, Théodenck, ui avait été averti que des étrangers évastaient son royaume , envoya en ce lieu son fils Theodebert avec une vaillante troupe de gens de guerre , et puissamment armés.. Le roi fut tué, et Théodebert, après avqîr vaincu les ennemis dans un combat naval^ fit remettre à terre tout le butin (*). »

Tocrr l'ouist db l'allemaovb soumis aux

FRAHŒ.

La rapidité des conauétes de Hlodomg avait porté au loin le renom des Francs. C'était assez l'habitude des peuplades germaniques de s'unir à celles dfe leurs tribus que la fortune favorisait. On espérait prendre part à leurs conquêtes et partager leur butin.

Aussi voyons-nous it» Germains du midi^t ceux du nord, les Suèves et les Saxons , se fédérer à cette époque avec les Francs. Les Bavarois suivirent cet exemple. Les Thuringiens seuls résistèrent; ils furent écrasés par le roi d'Ostrasie, qui domina sur 'tout l'ouést de l'Allemagne. ^

(*) Grégoire de Tours.

VasMilMi vrcTonss di^ nAVCs sut tss

^ Troîs frères f'Baderic, fierman-* fri^ et Berthair(|, tenaient Je royaume des Tliuringiené. Hermaniried se rendit, par la force, maître de son frère Berthaire et le tua. Celui-ci laissa orpheline en mourant sa fiUe Radegonae; il laissa aussi des fils dont nous parlerons dans la suite.

Hermanfried avait* une femme méchante, npmmée Amalaberge, qui semait la gmsrre civile.entre les frères.

Un Jour, son m^i se rendant au banquet, trouva seulement la moitié de la table couverte, et comme il demandait ce que cela voulait dire : « Il convient, « dit-elle, que celui qui se' contente de « la moitié d'un royaume, ait la moi- « tié de sa table vidé. » Excifê paribes paroles et d'autres semblables, Hermanfried s'éleva contre son frèit , et envoya secrètement des messagers aur roi Inéoderick pour l'engager a l'attaquèr, disant : « Si tu le mets à morlç* « nous partagerons par moitié ce pays.» Celui-ci, réjoui de ce qu'il entendait, marcha vers Hermantried avec son armée; ils s'allièrent en se donnant mutuellement leur foi, et partûrent pour la guerre. En étant venus aux mains avec Baderic, ils écrasèrent son armée, le firent tomber sous le glaive, et après la victoire, Théoderick retourna dans ses possessions. Mais en?

suite Hermanfried, oubliant sa foi, négligea d'accomplir ce qu'il avait promis au roi Théoderick, de sorte çu'il s'éleva entre eux une grande inimitié (**). »

TICTOiaU SUE LU BOUmOUIGHOlTS.

Hlodowig n'avait que soumis au tri-

(*) Noos n'avons cru pouvoir mieux faire dans ce qui suit , comme dans caqui précède, que d'emprunter à un écrivain presque contemporain , Grégoire de Tours, le récit dés faits importants de rkistoire des Francs. Il va sans dire que nous nous réservons d'éclaîrer par les résultats de la critique moderne le tableau dressé par le vieux chroniqueur.

(**) Grégoire de Tours.

but la peuplade gennanique établie dans te Jura; mais sous ses fils, les Bourguignons furent vaincus, et leur pays agrandit le territoire des Francs.

« Gondebald étant mort , son fils Sigismond fut mis en possession de son royaume , et édifia , avec une soigneuse industrie, le monastère de Saint -Maurice, où il construisit des bâtiments d'habitation et une basilique. Après avoir perdu sa première femme, fille de Théodoric, roi d'Italie, dont il avait eu un fils nommé Siceric, il en épousa une autre qui, selon l'ordinaire des belles-mères, commença à prendre son fils très-fort en haine, et à élever des querelles avec hii. 11 arriva qu*un jour de cérémonie, le jeune homme , reconnaissant sur elle des vêtements de sa mère, lui dit, irrité de colère : « Tu n'étais pas digne de por- « ter sur tes épaules ces habits que « l'on sait avoir appartenu à ma mère, « ta maîtresse. » Elle , alors transportée de fureur, excita son mari par des paroles trompeuses , en lui disant : « Ce méchant aspire à posséder ton o royaume , et quand il f aura tué , « il compte l'étendre jusqu'.à l'Italie, « afin de posséder à la fois le royaune « de son aïeul Théodoric en Italie et « celui-ci. Il sait bien que tant que tu « vivras , il ne peut accomplir ce dcs- « sein, et que si tu ne tombes , il ne « saurait s élever. » Poussé par ce discours, et d'autres du même genre, et prenant conseil de sa cruelle épouse, Sigismond devint un cruel parricide; car voyant l'après-midi son tils appesanti par le vin , il l'engagea à dormir ; et p^idant son sommeil, on lui passa derrière le cou un mouchoir, cm'on lia audessous du menton, deux domestioues te tirèrent à eux, chacun de son coté, et ils rétranglèrent. Aussitôt que cela fat fârit , le père , déjà touché de repentir, se jeta sur le cadavre inanimé de son fils, et commença à pleurer amèrement. Sur quoi , à ce qu'on a rapporté, un vieillard lui dit: « Pleure dé- « sormais sur toi qui , par de méchants « conseils , es devenu un très-barbare « parricide; car pour celui-ci que tu as « fait périr innocent, il n'a pas besoin

S* ddvraison. (Allemagne.)

« qu'on le pleure. » Cei>endant Sigismond s'étant rendu à Saint-Maurice, y demeura un grand nombre de jours dans le jeûne et les larmes, à prier pour obtenir son pardon ; il y fonaa un chant perpétuel, et retourna à Sion, la vengeance divine le poursuivant pas à pas. Le roi Théoderick épousa sa fille.

« La reine Chlotilde parla cependant à Chlodomir et à ses aubes fils, et leur dit : « Que ie n'aie pas à me repentir, « mes très-chers enfants, de vous avoir « nourris avec tendresse ; soyez , je « vous prie, indignés de mon1n|ure, « et mettez l'habileté de vos soins a « venger la mort de mon père et de ma « mère. » Eux, avant entendu ces pa-.

rôles , marchèrent vers la Bourgogne , et se dirigèrent vers Sigismond et son frère Gondemar. Vaincu par leur armée , Gondemar tourna le dos ; mais Sigismond, cherchant à se réfugier au monastère de Saint-Maurice , mt pris avec sa femme et ses fils par Chlodomir,

2ui, les ayant conduits dans la ville 'Orléans, les y retint prisonniers. Les rois s'étant éloignés • Gondemar reprit courage, rassembla les Bourguignons, et recouvra son royaume. Chlodomir, se disposant à marcher de nouveau contre lui , résolut de faire mourir Si-

§ismond. Le bienheureux Avitus, abbé e Saint-Mesmin , prêtre renommé de ce temps , lui dit : « Si , dans la crainte « de Dieu , tu te ranges à de meilleurs « conseils , et ne souffres pas qu'on « tue ces gens-là , Dieu sera avec toi , « et là où tu vas tu obtiendras la vic- « toire; mais si tu les fais mourir, « tu périras de même, livré entre les « mains de tes ennemis , et il en sera « fait de ta femme et de tes fils comme « tu feras de la femme et des enfants « de Sigismond. »

a Mais le roi, méprisant son avis, lui dit : « Je regarde comme la conduite « d'un insensé , quand on marche cona tre un ennemi , d'en laisser d'autres « chez soi. Car ainsi , ayant l'un à dos, « les autres en tête , je me précipite- « rais entre deux armées. La victoire « sera plus complète et plus aisée à « obtenir , si je sépare l'un de l'autre. « Le premier mort, je pourrai plus

UUMVERS.

« aîsémoit me défaire du second. »

Et au8sit(St il fit mourir Sîgismond, avec sa femme et ses fils, en ordonnant qu'on les jetât dans an puits près de Coulmiers , bourg du territoire d*Orléans, et marcha en Bourgogne,

riant h son secours le roi Th^o- CeluîHsi , ne sMnouiétant pas de ▼enger rinjure de son beau-père, proibit d'y alfer , et s'étant irèjoints près de Véseronie* lieu situé dans le territoire de la cité de Vienne , ils livrérent combat à Gondemar. Oondemar dvant pris la fùite avec son armée , Qilodomir le poursuivit \ et comme il se trouvait déjà assez éloigné tles siens, les Bourguignons, imitant le signal

3ul lui était donné, rai>pelèrent en lui isant : « Viens, viens ici , nous som- « mes les tiens. » Il les crut, alla à eux, et tomba ainsi au milieu de ses ennemis qui lui coupant la téte , et Télevèrent en Tafr ; ce que voyant les Francs, et reconnaissant qu'ail avait été tué , ilâ Mcueillirent leurs forces, mirent en fuite Gondemar, écrasèrent les Bourguignons , et s'emparèrent de leur pays. Cnlother, sans aucun délai , 8'unit en mariage à la femme de son frère, nommée uontheumie, et la reine Chrotechild, les jours ne deuil finis, ;)rit et garda avec elle ses fils, dont ^un s'appelait Théobald , l'autre Gontliaire , et le troisième Clodoald.

Gondemar recouvra de nouveau son Foyaume (*)-•

Le royaume de Chlodomir revenait k ses enrants; mais ils n'avaient pour se défendre contre l'avidité de leurs ondes que leur aïeule Chrotechild . «Tandis

Sè la reine Chrotechild habitait Paris , Jldebert, voyant que sa mère avait porté toute son affection sur les fils àt Chlodomir, eonçut de l'envie; et craignant que, par la faveur de la reine, ils n^eussent part au royaume, il envoya secrètement vers son frère le roi Cnlother, et lui fit dire : * Notre « mère garde avec elle les fils de notre « flrère,etveutleurdonnerleroyaurae; « Il faut que tu viennes promptement « à Paris I et que, réunis tous deux

O Grégoire de Tours.

« en conseil, nous déterminions ce « que nous devons faire d'eux , sàvolf « si on leur . coupera les cheveux , « comme au reste du peuple, ou si^ « les ayant tués, nous nartagerom « également entre nous le royaume « de notre frère. » Fort répui de ces

Enrôles , Chlother vint k Paris. Ghild6ert avait déjà répandu dans le peuple due les deux rois étaient d*accord d'élever ces enfants au trdne. Ils envoyèrent doncf au nom de tous deux« à la reine qui demeurait dans la mène tille, et lui dirent : « Epvoie-nous les « enfants, que nous les élevions au « trône. • Elle, remplie de joie, et ne sacliant pas leur artifice, après avoir hit boire et manger les enfants , les env<nra, en disant : « Je croirai n'a- « voir pas perdu mon fils, si je vous « rois succéder à son royaume. » Les enfants étant allés, furent pris aussitôt, et séparés de leurs serviteurs et de leurs gouverneurs; et on les enferma à part, d'un côté les serviteurs , et de l'autre les enfants. Alors Childebert et Chlother envoyèrent à la reine Aroadius, portant des ciseaux et une épée nue. Quand il fut arrivé près de la reine, il les lui montra, disant :

« Tes fils nos seigneurs, ô très-glo- « rieuse reine ^ attendent que tu leur • fasses savoir ta volonté sur .la ma- « nière dont il faut traiter ces enfants ;

< ordonne qu'ils vivent les cheveux « coupés, ou qu'ils soient égorgés. »

Consternée à ce message, et en mémo tempo émue d'une grande colère, en Toyant cette épée nue et ees ciseaux, elle se laissa transporter par àaa indignation, et ne sachant, dans m douleur, ee qu'elle disait, elle iép(ttMltt imprudemment c « Si on ne les élève

< pas sur le trône, j'aime mieux lee % voir jnerti que toodua. • Mais Aixhh dius, s'inquimnt peu de sa denleur, et ne chôtshant pas à pénétrer ee qu'elle penserait ensuite plus réellement, revint en diligence près de oeux qui l'avaient envoyé, et leur dit : « Vous pouvez continuer avec l'approbation de la reine ce que vous avez commencé , car elle veut que vous aecoovlisiies votre projet. » Aussitôt

ALlËïtÂëifL

fi ftmki^ïê bM rbtnédes enfants, le jeta à terre, et lui enfoti-' {ant son couteau sou^ Taisselle, lë tua entellenient. A ses cris, son frère se prosterna aux pieds de Childebert, et mi saisissant m genoux, lui disait avee larmes : « Secours-moi, mon « très4M>n père^ afin que je ne meure « pas comme mod frère. » Alors Childebwt, le Tisage ootiveH de larmes ^ dit ! « le te ptiti ràon très^cher « frère « aie la Générosité de m'àccor- « dtf sa iïé\ et si tii veux ne pas le « tuer^ Je te doiinerai pout le i^chetèr « ce que tu voudras. » Mais Chlother, après l'avoir accablé d*iniures, lui dit : « Repousse-le loin de toi , ou tu « mourras certainement à sa place; « c'est toi qui m'as excité à cette af- « faire , et tu es si prompt ft repren- «L dre ta foi ! Y Childebisrt, à ces paroles, repoussa Tenfont et le jeta à Glotber^ qui, le recevant, lui enfonça son cou« teau dans le côté^ et le tua, comme il avait fidt à son frère. Us tuèrent ensuite les serviteurs et les gouverneurs ; et après quilft furent morts , Chlother montant à cheval ^ ^en allâ , sans se troubler aucunemènt du meurtre de ses neveux , et se rendit avec Childeba*t dans les Êiubpurgs. La reine, àvant fait poser les petits corps sur un Drancard , les conauisit , avec beaucoup de chants pieux et une immense douleur I à réglise de Saiut- Pierre, où on tel enterra tous deux de la ménae mai^e« L'un des deux avait dli ans et fautre $epk*

« Us ne purent prendre letfoisièmè, CSIodoald i qui fut sauvé pi^ le secours de braves guerriers ; dédâi|piant un rejeume tenraetre, il se Ceosaora à Dieii « et s'étant coupé ies oieveux de sa propre main, il fut fait clerc. Il permta f^am les bonnes ceuvteé, et olourut prêtre. »

•otnuitios SIS TmiaoïkRà.

< Cependant Théoderiek , qui n'avait potet aoblié le parjuar d'Hermanfried , roi de Thurin^, appela à son secours son frère Chlother, et se prépara à marcher contre Heffthaftfned , pro-

mettant âu roi bbfo^ei^ &a paM èï butin, Éi la bonté de Dieù leur aceor-i dait la victoire. Apnt donc rasséMblé les Francs , il leur dit : « Ressentes , le vous prie, avec colère, et moA Injure et la mort de vos parents:

rappelez-vous que les Thurinaiena sont venus attacpief violeounent noft parents, et leur ont fait beaucoup oe mauxi q|^ue ceux-ci, leuf â^t donné des obges, voulurent entrer en paix avec eux; mais eux firent périr les otages par différents jgehres de mort, et, revenant se jeter sur nos parents, leur enlevèrent tout ce qu'ils possédaient , suspendirent les enfants aux arbres par lé nerf de la cuisse, firent périr d'une inort cruelle plus de deux cents jeunes'filles, les liant par les bras au cou des chevaux, qu'on forçait à coups d'aiguillons acérés ^ à s^écarter chacun de son cdté , en sorte qu'elles furent déchirées en pièces ; d'autres furent étendues sur les ornières des chemins, et douées eu terre avec des pieux : puis on foisait passer sur elles des chariots diargés; et leurs os , ainsi brisés , ils les laissaient pour servir de pfiture aux chiens et aux oiseaux. Maintenant Hermanfried manque à ce qu'il m'a promis . et semble tout à fait l'oublier. Nôus avons le droit de notre côté; marchons contre eux avec l'aide de Dieu. » Eux. avant entendu ces paroles , indignés de tant de crimes, demandèrent, d'une voix et d'une volonté unanimes, à marcher contre les Thuringiens. Théoderick, prenant avec lui, pour le seconder^ seA frère Chlother et son fils Théodebert, partit avec une armée. Cepen* dant les Thuringiens avaient préparé des embûches aux francs : ils avaient creusé dans le champ où devait se livrer le combat , des fosses dont ils avaient caché l'ouverture au moyen d'un gazon épais, en sorte que la plaine paraissait unie. Lorsqu'on commença donc à combattre, plusieurs des chevaux des Francs tombèrent dans ces fosses, ce qui leur causa beaucoup d'embarras; mais lorsqu'ila

116 L'UNIVERS

$e fiirent aperj^ de la fraude, ils Tbéod^ck était très-habile en de td-

commencèrent à y prendre garde. En- les ruses.

fin , les Thuringiens, voyant qu*on fai- « Lorsqu'il fut revenu diez lui, il

sait parmi eux un grand carnage , et engagea He'rmanfried à venir le trou-

que leur roi Hermanfried avait pris la ver , en lui donnant sa foi qu'il ne

fuite , tournèrent le dos , et arrivèrent courrait aucun danger ; et il Fenrichit

au bord du fleuve de TUnstrut; et là, de présents très-honorables. Mais un

il y eut un tel massacre des Thurin- jour qu'ils causaient sur les murs de

giens, que le lit de la rivière fut rem- la ville de Tolbiac, Hermanfried,

Êi par les cadavres amoncelés , et que poussé par je ne sais qui , tomba du

s Francs s'en servirent comme de haut du mur, et rendit l'esprit. Noos

pont pour passer sur l'autre bord, ignorons par qui il fut jeté en bas;

Après cette victoire, ils prirent le mais plusieurs assurent quk)n recon-

pays, et le réduisirent sous leur puis- nut clairement que cette trahison ve»

sance. Chlother , en revenant, emmena naît de Théoderick (*). » captive avec lui Radegonde, fille du

roiBerther, et la prit en mariage. Il ioumissio» dm BouEouxoiron.

fit depuis tuer injustement son frère 532—534. par des scélérats. Elle , se tournant

vers Dieu , prit l'habit, et se bâtit un Cependant les Francs n'abandonroonastère aans la ville de Poitiers, naient pas le projet de soumettre les Elle s'y rendit tellement excellente Bourguignons. La mort de Chlodomir dans l'oraison , les veilles^ les aumô- ne découragea point Chlother ni Chilnes, qu'elle acquit un grand crédit debert. Us préparèrent une nouvelle parmi les peuples. expédition , et invitèrent leur frère a Tandis que les rois francs étaient Théoderick à marcher avec eux contre en Thuringe, Théoderick voulut tuer Gondemar. Mais le roi d'Ostrasie re- Chlother , son frère ; et ayant disposé fusa de prendre part à cette entreen secret des hommes armés , il le prise. « Si tu ne veux pas aller en manda vers lui, comme pour conférer « Bourgogne avec tes frères, lui dide quelque chose en particulier ; et « rent ses leudes , nous te quitterons, ayant fait étendre dans sa maison une « et nous les suivrons à ta place. » toile d'un mur à l'autre, il ordonna Mais Théoderick avait en vue une au à ses hommes armés de se tenir der- . tre jguerre. Les gens de l'Auvergne rière : mais , comme la toile était trop , avaient essayé de se soustraire à sa courte , les pieds des hommes arm& . domination.' Théoderick voulait se parurent au-dessous à découvert; ce venger. « Suivez-moi en Auvergne, qu'ayant vu Chlother, il entra dans la « dit-il à ses fidèles, et je vous conmaison, armé , et avec les siens. Théo- « duirai dans un pays ou vous prenderick comprit alors que son projet « drez de l'or et de l'argent autant était connu : il inventa une fable, et « que vous en pourrez désirer, d'où l'on parla de choses et d'autres. Mais, « vous enlèverez des troupeaux , des ne sachant de quoi s'aviser pour faire « esclaves et des vêtements en abonpasser sa trahison , il donna à Chlo- « dance : seulement ne suivez pas ther, dans cette vue, un grand plat « ceux-ci. » Séduits par ces promesd'arf^ent. Chlother lui ayant dit adieu, ses, ils s'engagèrent à faire ce qu'il et l'ayant remercié de ce présent , re- voudrait. Il se prépara donc au détourna dans son \of(is» Mais Théode- part , et promit à plusieurs reprises rick se plaignit aux siens d*avoir perdu a ses hommes, qu'il leur permettrait son plat sans aucun motif, et dit à de ramener dans leur pays tout le son fils Théodebert : a Va trouver ton butin et tous les prisonniers qu'ils féconde, et prie-le de vouloir te céder raient dans l'Auvergne. Cependant a le présent que je lui ai fait. » Il y alla, et obtint ce qu'il demandait. (*) Gréfoira de Tours.

CUotti«r et OiUdebert marchèrent en Bourgogne, assiégèrent Autun, et, ayant mis en fuite Gondemar, occupèrent toute la Bourgogne. Quant à rAayergne, elle fut impitoyablement ravagée.

AVMTTUHM d'aTTAM (*).

Cette guerre avait brouillé les deux frères ; toutefois ils se réconcilièrent bientôtaprès, et « s*étant prêté serment de ne pomt marcher l'un contre l'auto, ils se donnèrent mutuellement des otages pour confirmer leurs promesses. Parmi ces otages il se trouva beaucoup de fils de sénateurs; mais de nouvelles discordes s'étant élevées entre les rois , ils furent dévoués aux travaux publics, et tous ceux qui les avaient en garde en firent leurs serviteurs. Un bon nombre cependant s'échappèrent par la fuite et retournèrent dans leur pays; quelques-uns demeurèrent en esclavage. Parmi ceux-ci, Attale, neveudu bienheureux Grégoire, évéque de Langres , avait été employé au service public et destiné à garder les chevaux ; il servait un Barbare qui habitait le territoire de Trêves. Le bienheureux Grégoire envoya des serviteurs à sa recherche, et lorsqu'on feut trouvé, on apporta à cet homme des présents ; mais il les refusa en disant : « De la race dont il est, il me « faut dix livres d'or pour sa rançon. » Lorsque les serviteurs furent revenus, Léon, attaché à la cuisine de l'évéque^ lui dit : a Si tu veux le ^rmettre , « peut-être pourrai -je le tirer de sa « captivité. « Son maître fiit joyeux de ces paroles, et Léon se rendit au lieu

Îju'on lui avait indiqué. Il voulut enever secrètement le jeune homme; maïs il ne put y parvenir. Alors , menant avec lui un autre homme, il lui

(*) Nous arons inséré ce récit prciCDtantan curieux lablean des mœurs de ce tempa et de U manière dont étaient sou- ▼eot inutcalet Gallo-Romains, échangés entre les princes comme otages et rédaiis en csdarâge , qoaad Vwk ou Tautre manquait à •es promesses.

dit : « Viens avec moi , vends-mot à « ce Barbare, et le prix de ma vente « sera pour toi ; tout ce que je veux , « c'est d'être plus en liberté de faire ce « que j'ai résolu. » Le marché fait, l'homme alla avec lui , et s'en retourna après ravoir vendu douze pièces d'or.

Le nouveau maître de Léon, ayant demandé à son serviteur ce qu'il savait faire, celui-ci rendit : « Je suis très- « habile à faire tout ce qui doit se man- « ger à la table de mes maîtres , et je ne « crains pas ou'on en puisse trouver « un autre égal à moi dans cette « science. Je te le dis en vérité; quand « tu voudrais donner un festin au roi, «je suis en état de composer des « mets royaux , et personne ne les « saurait mieux £aiire que moi. » Et le maître lui dit : « Voilà le jour du « soleil qui approche » (car c'est ainsi que les Barbares ont coutume d'appeler le jour du Seigneur ); « ce jour-là , « mes voisins et mes parents sont « invités à ma maison ; je te prie « de me faire un repas qui excite leur « admiration et duquel ils disent: Nous <c n'aurions pas attendu mieux de la « maison du roi. » Le serviteur dit : ft Que mon maître ordonne qu'on me « rassemble une grande quantité de « volailles, et je ferai ce que tu me « commandes.» On prépara ce qu'avait demandé Léon. Le jour du Seigneur vint à luire , et il fit un grand repas plein de choses délicieuses. Tous mangèrent, tous louèrent le festin; les parents ensuite s'en allèrent ; le maîire remercia son serviteur , et celui-ci eut autorité sur tout ce que possédait son maître. Il avait çrand soin de lui plaire , et distribuait à tous ceux qui étaient avec lui leur nourriture et les viandes préparées. Après l'espace d'un an , son maître ayant en lui une entière confiance, il se rendit dans la prairiè située proche de la maison , où Attale était à garder les chevaux , et, se couchant à terre loin de lui et le dos tourné de son coté, afin qu'on ne s'aperçût pas qu'ils parlaient ensemble, il dit au jeune homme : « Il est temps que nous sonjgions « à retourner dans notre patrie; je t'a-

iM vvm

« Wtli doné, iortque oette nuit tu n «um ramené les dieYam dans 1*en- «clos, de ne pas te laisser aller au « sommeil, mais dès que jef appelterai, k de venir, et nous nous mettrons en • marche. » Le Barbare avait invité ce 9Qir-là à un festin |)eaucoup da ses parents , au noiiibre desquels était son gendre qui avajt épousé sa fille. Au milieu de la nuit, comime Ils eurékit jfttitté la table et se forent livrés au repos, Léon porta un breuvase au

rndre de son maître , et lui présenta boire ce qu'il avait versé; l'autre lui parla ainsi : « Disnnoi donc , toi , « riiomme de confiance de mon beau- ^ père, quand te prendra Tenvie de 4 prendre ses chevaux et de t'en re- 4( tourna dans ton pays? » Ce qu'il lui disait pur jeu et en s'amusant; et lui de même en riant, lui dit avec vérité : « Cest mon projet ponr « cette nuit , s'il plaît à Dieu. » £t l'autre lui dit : « Il faut que mes serfi viteurs aient soin de me bien garder « pour que tu ne m'emportes rien. » Et ils se quittèrent en riant. 1*out le inonde étant endormi, Léon appela Attale, ét, les chevaux sellés, îriui demanda s'il avait des armes. Attale répondit : « Non, ie n'en ai pas , si ce n'est une petite lance. » Léon entra dans la demeure de son maître , et prit son bouclier et sa firamée. Celui-ci demanda qui c'était et ce qu'on lui voulait. Léon répondit : « C'est Léon ton « serviteur, et je presse Attale de se « lever en diligence et de conduire les « chevaux au pâturage , car il est là « endormi comme un ivrogne. » L'autre lui dit : « Fais ce qui te plaira. » £t, en disant cela, il s'endormit.

« Léon étant ressorti, munit d'armes le jeune homme, et, par la grâce de Dieu , trouva ouverte la porte d'entrée qu'il avait fermée au commencement de la nuit avec des clous enfoncés k coups de marteau pour la sûreté des chevaux; et, rendant grâces au Seigneur, ils prirent d'autres chevaux et ren allèrent déguisant aussi leurs vé^ tements. Mais lorsqu'ils furent arrivés I fa Moselle, en la traversant ils trou-* fereut des hommes qui les arrêtèrent;

et avant laissé leurs dievauï et leurs vétdmehts. Ils passèrent Peau siir qes planches et arrivèrent à l'autre rive, et, dans robscurité de la nuit ^ )ls entrèrent dans la forêt, oà ils Se cachèrent. La troisième nuit était arrivée depuis qu'ils voyageaient sans avoir goûté fa moindre nourriture; alors, par la permission de Dieu, ils trouvèrent un arbre couvert du m^it vulgairement appelé prunes, et ilè les mangèrent. S'élânt un peu soutenus par ce moyen, ils oontmuèrent leur route et entrèrent én Champagne.

Comme ils y voyageaient, ils iBntendirent le trépignement de chevaux qui arrivaient en courant^ et dirent : « Cou- « cfaons-nous à terre, afin que les gens « qui viennént ne nous aperçoivent « pM.vEtvoilàquetofitàcodp ils virent un grand buisson de ronces, et passant auprès ils se Jetèrent à terre, leurs épées nues, afin que, sl^ils étalent attaqués. Ils pussent se défendre avec leurfiramée, comme contre des voleurs.

Lorsque ceux qu^ avaient entendus arrivèrent près oe ce buisson d^pînes, ils s'arrêtèrent, et l'un des deux, pendant que leurs dievàux lâchaient leur urine, dit : « Malheur à mol de ce ft que ces misérables se sont enfuis « sans que je puisse les retrouver !

« mais je le dis, par mon salut, si « nous les trouvons, l'un sera con- « damné au ^bet , et je ferai hacher « l'autre en pièces h coups d'épée. »

C'était leur niattre le Barbare qui parlait ainsi ; il venait de la ville de Reims , où il avait été à leur recherche , et ils les aurait trouvés en route si la nuit ne l'en eût empêché. Les chevaux se mirent en route et repartirent. Cette même nuit les deux autres arrivèrent à la ville, et y étant entrés , trouvèrent un homme auquel ils demandèrent la maison du prêtre Paulelle. Il la leur indiqua ; et comme ils traversaient la place, on sonna matines, car c'était le jour du Seigneur. Ils frappèrent à la pàrte du pr^ et entrèrent. Léon lui dit le nom de Sou maître. Alors^ le prêtre dit : k Ma vî- « sion s'est Vérifiée, car j'ai vu cette « nuit deux colombes qui sont venue!

UO

m en Tofant se poser sur ma main :

« rope des deux était blanche et Tautre « noire. > Ils dirent au prêtre : « II « faïut que Dieu nous pardonne ; mal-

« gré la solennité du jour, nous vous « prions de nous donner quelque » nourriture, car voilà la quatrième « (ois qfie le soleil se lève depuis que « noiJHf ^^iivoQS goûté ni pain ni rien « de m%. > A^nt caché les deux jeunes eéos , Il leur donna du pain trempé dans du vin, et nlla à matines. U y fut suivi par le Barbare qui revenait cherchant ses esclaves; mais, trompé parle prêtre, il s'en retourna, car le prêtre était depuis long-temps lié d'amitié avec le bienlimireux Grégoire. Les jeunes gens ayant repris leurs forces en mangeant, demeurèrent deux jours dans [a maison du prêtre, puis s'en allèrent; ils arrivèrent ainsi chez saint Grégoire. Le pontife, réjoui en voyant ces jeunes gens , pleura sur le cou de son neveu Attale. Il délivra Léon et toute sa race du joug de la servitude, lui donna des terres en propre, dans lesquelles il vécut libre, le reste de se§ jours, avec sa femme et ées enfants »

oovQvini tuK iM vxnMtaf.

Cependant Théodoric, le grand roi des Qstroeoths, était mort. Les OStrasiens profitèrent de cet événement qui laissait sans défense ce qui restait encore aux Visigoths dans le midi de \at France , pour leur enlever Rodez , Lodève et une partie du diocèse de péziers.

TBiODlBKRT, HOI D*08T11ASIB.

Pendant que la domination des Francs ostrasiens s'étendait ainsi jus-

Su'au pied des Pyrénées , le roi Théoerick mourait, à Tâge de 50 ans f534). Son fils Théodebert, le plus bravç de tous les princes francs, fut

Sroclamé roi , malgré ses oncles Chilebert et Chlother. « Théodebert , dit Qfé^o'm dé Tours , se fendit grand et

remarquable en toutes sortes de ver* tus; car n gouvernait ses états avec justice, résultait les prêtres, enridiissait les églises, secourait les pauvres, et, plein de compassion «t de bonté, mii brâucoupde gens à leur aise par un grand nombre debienfeits. Il remit généreusement aux églises d'Auvergne tous les tributs dont elles étaient redevables aq fisc. »

Il avait cependant plusieurs femmes.

Une d'elles, Deuténe, qui avait eit une fille d'un autre mari, « voyant cette fille devenue adulte , et craignant qu'elle n'exdtât Us désirs du roi, et qu'il ne la prtt pour lui , la mit dans un chariot attelé de bœufs indomptés , qui la précipitèrent du haut d'un pont, en sorte qu'elle périt dans un fleuve.

Gela se passa ores de la vil|e de Verdun. » G ast à la suite du brillant pottraft que le bon évéque vient de retire de Théodebert 2 qu'il raconte avec son sang*fMd habituel,- et aani faire aucune réflexion 4 ce trait oà se peignent d'une manière si terrible les moeurs cruelles de l'époque.

Théodebert, dit Mézeraî, était un homme horriblement ffounmind , qui prenait de l'aloés pour digérer 1^ viaa« des dont il se gorgeait.

Briomon iir mus.

Sous ce prince , les Francs continuèrent leurs expéditions désastreuses.

Les Grecs et les Goths se disputaient alors l'Italie. Les deux peuples s'efforcèrent d'attirer les Francs dans leur alliance. Théodebert, à qui ils s'étaient adressés, promit tout, et reçut de l'argent des deux mains. A sa descente en Italie , il battit les Goths qui le croyaient pour eux; les Grecs s'avançunt alors à leur rencontre comme amis et alliés, il en fiit ua horrible carnage; pqis il ravagea impitoyablement toute laLonibardie. Il ût si bien qu'il se trouva Quelque temps affamé lui-même dans les plaines si ferfUes des bords du Pô. un grand nombre de Francs y périrent ; mais ceux qui re« p&ietomt tel mgpto i i4RPWt«wi|te^

L'UNIVERS

eux tant d'or et d'argent, que sans compter combien il en manquait au retour , on ne songea plus qu*à faire une expédition nouvelle. Buccelin , duc des Alemans , placé sous la domination nouvelle des rois d'Ostrasie, {>assa les monts à la téte d'une multitude de Barbares. Il alla bataillant , pillant, ravageant toutes choses sur son chemin , jusqu'en fiace de la Sicile. Mais le climat nt justice de ces Barbares. Pour Théodebert, il était mort quelque temps auparavant, au moment où il songeait à descendre la vallée du Danube pour aller attaquer Justinien jusque dans Gonstantinople. Déjà il s'était associé les Gépides , les Lombards, et plusieurs autres peuples germains , lorsqu'il fut tué a la chasse , en 548, par une branche d'arbre qui le renversa de cheval ; d'autres disent qu'il fut blessé par un taureau sauvage.

Win SE LA PSRXOOE DBS OOlTQUiTBS.

aÂTOLTl DBS SAXONS.

La mort de Théodd)ert termine la période de la domination croissante des Francs. L'Italie, envahie quelque temps après par les Lombards, allait être fermée aux Francs pour plus de deux siècles. Leurs entreprises contre TEspagne échouaient les unes après les autres. Enûn les plus puissantes tribus germaniques, les Thuringiens et les Saxons, refusèrent de rester soumis aux Francs. Après la mort de Théobald, fils de Théodebert, les Saxons ne voulurent plus payer le tribut de cinq cents vaches qui leur avait été imposé. Une première guerre contre eux fut heureuse. Chlother , le nouveau roi d'Ostrasie, en extermina un grand nombre , et ravagea toute la Thuringe, parce qu'elle avait prêté secours aux Saxons. Ceux-ci ne perdirent pas courage. Pendant mie Chlother parcourait ses états, il apprit « que les Saxons, enflammés de leur ancienne fureur, s'étaient révoltés et refusaient de payer le tribut qu'ils avaient coutume de donner tous les ans. Irrité de cette nouvelle, il marcha contre eux , et lorsqu'il fut arrivé

près de leurs frontières, les Saxons envoyèrent vers lui pour lui dire : « rïous « ne te refusons pas de te payer ce que R nous avions coutume de payer à tes « frères et à tes neveux ; nous te don- « nerons même davantage, si ta le « demandes ; mais nous te prionii de « demeurer en paix avec nous , et n'en « viens pas aux mains avec notre peu- « pie. » Chlother ayant entendu ces paroles dit aux siens : « Ces hommes « parlent bien, ne marchons pas contre « eux de peur de pécher contre Dieu. » Mais les Francs lui dirent : « Nous sa- « vous bien que ce sont des menteurs , « et qu'ils n^nt jamais accompli leur « promesse : marchons sur eux ! v

« Alors les Saxons revinrent de nouveau, offrant la moitié de ce qu'ils possédaient, et demandant la paix, et le roi Chlother dit aux siens : « Dé- « sistez-vous , je vous prie, de l'envie « d'attaquer ces hommes, afin que « nous n'attirions pas sur nous la co- « 1ère de Dieu. » Mais ils n'y voulurent pas consentir. Les Saxons revinrent encore, offrant leurs vêtements , et leurs troupeaux et tout ce qu'ils possédaient, et disant : « Prenez tout « cela et la moitié de nos terres, « pourvu seulement que nos femmes « et nos petits enfants demeurent li- « bres, et qu'il n'y ait pas de guerre « entre nous. » Mais les Francs ne voulurent point encore consentir à cela. Le roi Chlother dit : a Renoncez, « ^e vous prie, renoncez à votre pro- R jet , car le droit n'est pas de notre R côté; ne vous obstinez pas à un « combat où vous serez vaincus; mais a si vous voulez y aller de votre pfo- « pre volonté , je ne vous suivrai pas.» Alors , irrités de colère contre le roi Chlother, ils se jetèrent sur lui, déchirèrent sa tente , l'accablèrent d'injures furieuses, et l'entraînant par force, voulurent le tuer, s'il ne consentait pas à aller avec eux. Chlother, voyant cela, marcha avec eux malgré lui. Ils livrèrent donc le combat, et leurs ennemis firent parmi eux un grand carnage, et il périt tant de gens dans l'une ou l'autre armée qu'on ne peut ni l'estimer, m le compter

avec exactitude. Chlother, très-consterné, demanda la paix, disant aux Saxons que ce n'était pas par sa volonté qu'il avait marché contre eux : Tayant obtenue, il retourna chez lui »

Si nous avions à faire l'histoire complètedes Mérovingiens, nous pourrions placer ici des récits pleins d'intérêt, ^ue Grégoire de Tours nous fournirait en abondance. M. Augustin ITiierry , dans ses Nouvelles Lettres sur rhistoire de France , montre , en ce moment , quel parti l'on pourrait tirer du vieux chroniqueur. Mais nous ne devions parler ici que de l'invasion des Francs , des conquêtes successives

Sii ont placé sous leur domination la aule entière et les Barbares qui l'avaient envahie avant eux. Maintenant que les Visigoths ont été repoussés au-delà des Pyrénées , que les Bourguignons se trouvent peitlus au milieu de la nation conquérante , que l'œuvre enfin de la conquête de la Gaule est achevée , il nous faut nous renfermer dans rhistoire du royaume d'Ostrasie. Cette histoire appartient réellement à celle de l'Allemagne; car les Ostrasiens dominent sur presque toute la Germanie qui n'est pas envahie par les Slaves ou les Avares. Le reste de PAIIemagné est d'ailleurs à cette époque sans histoire.

Cependant les destinées du royaume d Ostrasie seront pour long-temps encore mêlées à celles des autres royaumes francs. Les princes de la race de Mérovée vont, selon la prédiction de Basine , se déchirer les uns les autres.

GvnEXS cmuu zxmiB lu pkircss niàircs.

« H me pèse , dit le pieux évéque de Tours , d'avoir à raconter les vicissitudes des guerres civiles oui écrasent la nation et le rovaume aes Francs , et^ui , chosecruelfe! nous ont déjà fait voir ces temps marqués par le Seigneur comme le commencement des calamités : Le frère livrera le frère

(*) Grégoire de Tours.

AGNE. 121

à la mort y et le père le fils; les enfanis se soulèveront contre leur pèrê et leur mère , et les feront mou* rir {*). Ils auraient dû cependant se laisser effrayer par les exemples des t6\s anciens qui, une fois aivi« ses , succombaient aussitôt sous leurs ennemis. Combien de fois la ville des villes elle-même, la capitale du monde entier, n'a-t-elle pas été vue , en s'engageant dans la guerre civile^ tomber du coup , et , la guerre cessée , se relever comme de terre ? Plût à Dieu et à vous , 6 rois ! que vous voulussiez exercer vos forces dans des combats semblables à ceux que livrèrent vos pères à la sueur de leurs fronts , afin que les nations, frappées de terreur à la vue de votre union , fussent subjuguées par votre valeur ! Rappelez-vous ce qu'a fait Hlodowig, celui qui marche en tête de toutes vos victoires , ce qu'il a mis à mort de rois ennemis, anéanti de nations contraires, subjugué de pays et de peuples; par quoi il vous a laissé le royaume dans toute sa force et son intégrité ; et lorsqu'il fît ces choses il ne possédait ni or ni ar-

fent, conmievous en avez maintenant ans vos trésors. Que faites-vous?

que demandez -vous? quelles choses n'avez-vous pas en abondance? Dans vos maisons les délices surpasseat vos désirs ; vos celliers regorgent de vin, de blé, d'huile; For et rargent s'accumulent dans vos trésors. Mais une seule chose vous manque , la grâce de Dieu , parce que vous ne conservez pas entre vous la paix. Pourquoi l'un prcnd-il le bien de l'autre? pourquoi cliacun convoite-t-il ce qui n*est pas à lui? Prenez garde, je vous en prie, à ce qu'a dit l'apôtre: 5< vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres ^prenez garde que vous ne vous consumiez les uns les autres (*). »

MORT Dft CHLOTHER. StGSBSRT, ROI D^OSTRASIB.

Chlother, qui le premier, depuis

(*) Év. sel. S. Math. chap. lo, v. ai. (**) Épit. desainl Pau! aux Calâtes, ch. 5, V. i5.

m wm

Hlodowig, avait réuni toute la monarchie des Frnnos , était mort Tan 561 . Ses quatre fils, comme les quatre fi|s de Hlodowig, se partagèrent la mo- • narcliie. Sigebert eut les campements de l'est ; il résida à Metz. Ainsi rapproché des bords du Rhin, pouvant itP^ à son aise les tribus germani- MStées au-4elà du Qeuve, il de- ^m tik tard l'emporter sur ses frères. Sous ce prince commença la longue lutte de rOstrasie et de la Neustrie, représentée par la rivalité de dhBUx femmes, Fréaégonde et Brunehaut, Cette longue rivalité ne prit pas seulement sa source dans les haines de ces deux reines , mais dans le caractère et les intérêts différents des deux pays. La Neustrie, en effet , était plus romaiiie, tendait davantage h reconstruire Fadministrationimpériale; TOstrasie, au contraire, conserva plus long-temps la sève barbare , elle resta plus germanique. Aussi verrons-nous qu'elle remportera sur la I^eustrie.

comme les rrancs l'avaient emporte déjà fiur les Visigotbs» sur |es Ge^ mains romanisé^.

SIOlBtET ipOUSl BEViriHAUT.

« lA TOI Sigebert , qui voyait ses Frères s'allier a des épouses indignes d'eux, et prendre pôur femmes, à leur grand déshonneur, jusqu'à leurs servantes, envoya des ambassadeurs en Espagne, chargés de beaucoup de

Présents, pour demander en mariage irunehaut, fille du roi Athanagiid (566). C'était une jeune fille de manières élégantes, belle de figure, honnête et décente dans ses mœurs , de bon conseil et d'agréable conversation. Son père consentit à l'accorder, et l'envoya au roi avec de grands trésors; et celui-ci ayant rassemblé les seigneurs et fait préparer des fauteuils, la prît pour femme avec une joie et des réjouissances infinies. Elle était soumise à la loi arienne; mais les prédications des prêtres et les exhortations du roi lui-même la convertirent; elle crut et confessa la Trinité une 0 bienheureuiei reçut Tonctlon du

saint cliréme, et, paf la yertu du Christ, persévéra dans la loi catholique.

D« ■RmttMAirr.

« Le roi Chilpéric, qui «vait déjà

Slusieurs femmes , voyant ce mariage, emanda Galsuinthe, sopur de Bru* ni^ut , promettant , par ses envoyés ,

?ue s'il |K>uvait obtenir une fenrnie gale à lui et de race royale, il délais^ aérait toutes les autres. Le père reçut ses promesses , et lui envoya sa fille, comme il avait envoyé l'autre, avec de grandes richesses. Galsuinthe était plus âgée que Brunehaut : lors-

Su'elle arriva vers le roi Chilpéric , Il I reçut avec erand honneur , et la prit en mariage. Il l'aimait d'un très-grand amour, et avait rcN^ d'elle de trèsgrands trésors; mais il s'éleva entre eux beaucoup de bruit pour l'amour de Frédégonde qui| avait eue auparavant eomme maîtresse. Galsuinthe avait été convertie à la foi catholique, et avait reçu |0 saint c|iréu^e. Elle se plaignait de recevoir du roi des outrais continuels , et disait qu'elle vivait près de lui sans honneur. Çlle demanda donc qu'il lui permît de retourner dans sop pays, lui laissant tous les trésors qu'elle fui avait apportés. Celui-ci, dissimulant aveQ adresse, l'apaisa par des paroles de douceur; mais enfin il ordonna à un domestique de l'étrangler , et on la trouva morte dans son |i^.

Après sa mort. Dieu produisit par elle un srand piiracle , car une lampe qui brûlait devant son sépulcre , suspendue à une corde, tomba sur le pavé, la corde s'étant rompue sans que personne y touchât; en même temps la dureté du pavé disparaissant à ce contact , la lampe s'enfonça tellement dans cette matière amollie, qu'elle y fut à moitié ensevelie sans se briser aucunement: ce qu'on ne put voir sans y reconnaître un grand miracle. Le roi pleura sa mort, puis épousa Frédégonde quelques Jours après (*). »

(♦) Grégoire ilf Toun.

étrt&|t oosTit lté avami.

La période de conquêtes est ma|nte* hm( ferminée poui* les princes imo^ Tî&giens. Il ne s'a([it plus pour eux d^érendre leur domination sur des terres nouTeDes. Ce sera beaucoup s'ils peuvent conserver eelles qu'ils ont acquises. Derrière tax viennent de nooveaux peuples qui les menacent jusque dans leurs possessions. Déjà nous avons vu >k)us Chlother les Saxoiis et les TburinglenSf'Soumis par les rois francs, sé soulever contre eux. Sous Sîgebert, ce ne sont plus des péuplades germaniques , c'est une invasion nou- Yelle qui s'avance vers le Rhin. Un peuple tartare, venu du plateau du Tbioet , les Avares , dans lesquels les Francs croyaient reconnaître les Huns d* Attila, avaient pénétré dans la Germanie orientale , et avaient fondé un royaume, dont la Hongrie était le centre. Bientôt iht s'avancèrent du côté des Francs, jusque dans la llinringe. « Les puns, ait Grégoit^ de Tours, s'eCforéaient de rentrer de nouveau dans les Gaufesi Sîgebert marcha contre eux à la Ute d'une ai^mée et accompagné d'une grande multitude d'hommes vaillants; mais, au moment du combat , les Huns, habiles dans l'art de la magie, firent paraître h leurs yeux divers fantômes et les vainquirent entièrement. L'armée de Sigebert ayant été mise en f\iite, luimême fut retenu prisonnier par les Huns ; mais , comme il était agréable d*esprit et plein d'adresse, il vainquit par les présents ceux mi*il n'avait pu vaincre par la force aes çombats , et ses libéralités engagèrent le roi des Huns à convenir avec lui que, durant le reste de leur vie , ils ne se feraient plus la guerre ; ce qu'on a pensé avec nistc raison devoir tourner à la louange de Sîgebert plutôt qu'à sa honte. Le roi des Huns fit aussi beaucoup de présents au roi Sigebert; on l'appelait le Chagan^ ce qui est le nom de tous les Uns de cette nation. (*) »

nmm as ttotmftt.

En même temps ^ Contran 4 mi da Bourgogne, arrêtait, grâce à rhafeileté cfe son général Muramolas , Tinvësion des Lombards , qui descendaient des Alpes pbur envahh* la Gaule.

Fendant que la Bouraogne et l'Oitra*sie défena^ient la Gaule contre Isa Invasions, le petit roi de Soissons, ChilpériCf ê'eflbrçait d'agrandir son royaume en enlevant des villes tantôt à Ton , tentôt à l'autre de ses frères. H ne fit mie let réunir tous les deux contre iui ; c'était phis qu'il n'en fallait pour sa ruine. Swebert, roi d'Os^asie, ne fit pas attoidre longtemps sa vengeance. Appelant à lui les nations qui babitent au-delà du Biiin, Il entra dans le poyauma de son frère sans rencontrer nulle part de résistance. « Ayant bocupé tes villes situées au-delà de Paris , il alla jutqu*à la^ille de Kotieri , vaulant oâler cette ville aux étranm^; ce ^ les siens l'empédièrent de faire. L'ayant donc quittée, il retourna à Paris , où Branefiaut le vint trouver avec aes fils; alors, ceux deë Freines ^ui avaient Buivf jadis Oiilddiert Taneien , envoyèrent ven Sigebert pour qu*il vfnt vers eux, afin ^'abandonnant CUilIpérie, fli le reoonmissent ^ut roi. Celui^i entendant cette nouvalle, envoya des gens pour assiéger son frèra I Tournât, formant la projet d'y BMrcber lui-même en personne. L'évéque i^fnt Germain lui drt : « Si tu y vas dans * IMntention de ne pas tuer ton fr^re, tt tu reviendras vivant et vainqueur ; « mais si tu n'as pas d'autres pensées, « tu mourras. » C'est ainsi que Dieu « dit par la bouche de Salomon ; Tu « lùmberas dam la fosse que tu auras « ertusée pour ton frère. » Celui-ci, à son grand péché, méprisa les paroles du saint , et arrivant à un villafie du nom de Vitry, il rassembla toute l'armée, qui, le plaçant sur un bouclier, le proclama roi. Alors deux seifviteurs de la reine Frédégonde, qu'elle avait ensorcelés par des maléfices, s*approchèrent de lui sous quelque pet«(te, arméi d« Mi ooiftMW|

L'UNIVÉRS.

vulgairement ap|)elés scramasax, et dont la lame était empoisonnée , et le frappèrent chacun dans un des flancs, li poussa un cri et tomba , et peu de temps après rendit Tesprit (575). Charégisile, son chambellan, périt aussi dans cette occasion , et Sigila , venu du pays des Goths, y fut aussi extrêmement blessé ; le roi Cbilpéric Payant pris ensuite, lui flt brûler toutes les jointures en lui appliquant des fers rougis , et tou^ ses membres ayant été séparés les uns des autres, il finit sa vie dans les tourments (*). »

De victorieuse qu'elle était, Brunehaut se trouva captive dans Paris, et à la merci de son ennemie Frédégonde.

Celle-ci l'épargna pourtant, se contentant de lui enlever ses terres. Quant au fils qu'elle avait eu de Sigebort, un chef ostrasien l'enleva secrètement et le ramena à Metz. Ce qui suit n'est plus qu'une longue séHe de meurtres et de guerres intestinés qui désolent la Gaule. D'abord Frédégonde ùit tuer le fils de son mari qui avait eu l'imprudente audace d'épouser Brunehaut réfugiée à Rouen; elle fait tuer aussi saint Prétejitat, l'évéque qui avait ^ fait ce mariage ; puis c'est une guerre entre 'la Neustrie et l'Ostrasie, qui n'est arrêtée que par l'intervention du bon Gontran. On ne lui en montra

S ère de reconnaissance, car Bruneut. rentrée en Ostrasie auprès de son nls Childebert II, s'unit un moment avec Cbilpéric pour attaquer la Boureosne. L'habileté du patrice MummoTe la sauva, comme il l'avait déjà sauvée des Lombards. Les troupes de Brunehaut et de Chilpéric furent vaincues. Lui-même périt bientôt.

« Après le synode qui s'était tenu à Paris , raconte Grégoire de Tours , J'avaisdéja dit adieu au roi , et me préparais à m'en retourner chez moi ; mais ne voulant pas m'en aller sans avoir dit adieu à Sauve (évêque d'Alby), et l'avoir embrassé, j'allai le chercher, et le trouvai dans la cour de la maison de Braine; je lui dis que j'allais retourner chez moi, et nous étant éloignés

(*) Grégoire de Tours.

un peu pour causer, il me dit : « Ne « vois-tu pas au-dessus de ce toit oe « aue j'y aperçois? — J'y vois, lui « dis-je, un second petit bâtiment que « le roi a dernièrement fait élever au- « dessus ; » et lui dit : « N'y vois-tu a pas autre chose? — Je n'y vois, lui « dis-je , rien autre chose. » Supposant qu'il parlait ainsi par manière ae jeu , j ajoutai : a Si tu vois quelque chose « de plus , dis-le-moi. » Et lui poussant un profond soupir, me dit : « Je « vois le glaive de. la colère divine A tiré et suspendu sur cette maison. » Et véritablement les paroles de l'évéque ne furent pas menteuses (*). »

MORT PK CBII.PftRIC.

En effet, au retour d'une expédition , « tandis que ses soldats continuaient leur route avec leur butin , Chilpéric s'était rendu à sa maison de Chelles, éloignée de la ville de Paris d'environ soixante stades. Là, il se livrait à l'exercice de la chasse ; mais un jour qu'il revenait de chasser, et qu'il faisait déjà nuit, comme il descendait de cheval, s'appuyant d'une main sur l'épaule d'un ae ses serviteurs, un homme s'approcha, le frap(>a d'un couteau dans Faisselle, et réitérant son coup, lui perça le ventre:

aussitôt, rendant le sang en abondance, tant par la bouche que par ses blessures, il rendit son ame inique

On ne sait trop aui fit le coup. Les uns accusent Frédégonde et l'un de ses amants ; d'autres , des émissaires de Brunebaut. Brunehaut redevenait puissante; elle régnait en Ostrasie sous son fils Childebert II; elle avait bien , des injures à venger. Frédégonde, res- ' tée sans défense par la mort de Chilpéric, fut obligée de recourir au roi de Bourgogne. Elle se plaça, elle et son fils, le jeune Clotaire II, sous la protection du bon roi Gontran, qui

(*) Grégoire de Toon.

(••) Idem.

•onbte, comme on Ta dit, diargé de la partie comi<]|ue dans le drame terrible de l'histoire mérovingienne. La rusée reine de Neustrie prenait même de peine pour se jouer de sa sim-

Slicité. Contran u Tinvitait souvent à es repas , lui promettant qu'il serait pour elle on solide appui. Un certain jour qu'ils étaient ensemble, la reine se leva, et dit adieu au roi, qui la retint , en lui disant : « Prenez encore « quelque cbose. » Elle lui dit : « Per- « mettez-moi., je vous en prie, sei- « gneur, car il m'arrive, selon la cou* « nime des femmes, qu'il faut que je « me lève pour enfanter. » Ces paroles le rendirent stupéfait, car il savait qu'il n'y avait que quatre mois qu'elle avait mis un fils au monde : il lui permit cependant de se retirer »

PRlàamt SB OONTAAV AU nUFLB.

Tous les meurtres dont Contran avait été témoin l'avaient fort effrayé. Pour faire cesser «* cette mauvaise coutume de tuer les rois » , il cher(^ à apitoyer le peuple sur son sort, et fit avec les meurtiers une sorte de compromis. « Il arriva qu'un certain « dimanche, après que le diacre eut « fait faire silence au peuple, pour « qu'on entendu la messe, le roi s'é- « tant tourné vers le peuple, dit : Je

• vous conjure, hommes et femmes

• qui êtes ici présents, gardez-moi « une fidélité inviolable, et ne me « tuez pas comme vous avez tué der- « nièrement mes frères ; que je puisse « au moins pendant trois ans élever « mes neveux que j'ai faits mes fils» « adoptifs, de peur qu'il n'arrive, ce « que veuille détourner le Dieu éter- « net ! qu'après ma mort vous ne pé- « rissiez avec ces petits enfants, puis- « qu'il ne resterait de notre famille

• aucun honune fort pour vous dé-

• fendre. » A ces mots tout le peuple adressa pour le roi des prières au Seigneur (**). »

{•) Grégoire de Tours.

Idem.

nmnmxvr ciusski D'omAïa.

La mort de Contran, arrivée eh 693 , parut laisser la Bourgogne et la Neustrie sans défense. Les Ostrasiens voulurent en profiter; mais, trompés par un piège grossier, ils se firent battre à Leucofao par Landric, Tamant de Frédégonde. Les Neustriens ne purent poursuivre leurs succès , et la mort de Frédégonde (597) empêcha son fils Clotaire II de songer à faire de nouvelles conquêtes. Il se trouva dans une position assez critique. La Bourgogne et l'Ostrasie étaient alors aux mains de ses deux cousins , Théodebert II et Théoderick II , petits-fils de Brunehaut. S'ils s'étaient réunis contre lui , il était perdu. Brunehaut y songeait peut-être ; mais des injures plus récentes firent bientôt oublier a la vieille reine celles qu'elle avait a venger sur les fils de Frédégonde, Pour mieux régner, sous son petit-fils Théodebert, elle l'avait abâtardi en le livrant à des plaisirs prématurés. Elle en fut bientôt punie. Une jeune esclave qu'elle avait elle-même donnée au prince la chassa d'Ostrasie. Elle se réfugia près de son autre petit -fils qui régnait en Bourgogne , et obtint sur lui, malgré les grands de cette contrée, l'ascendant qu'elle avait eu jadis eu Ostrasie. Elle parvint à soulever la guerre entre les deux frères.

Les commencement^ n'en furent pas heureux pour les Bourguignons , qui perdirent le Sundgau^ le Turgau et l'Alsace. Les Ostrasiens étendirent même leurs ravaees ^ans la Chanipacne , et jusqu'au lac de Cenève et de INeuchâtel. Mais les Bourguignons eu<»

rent bientôt leur tour.

MSURTAl DU EOI d'oSTEASU.

« La dix -septième année de son règne, et au mois de mai, l'armée de Théoderick , venant de toutes les provinces du royaume , se rendit à Langres. Marchant par Andelot, après avoir pris Naz , elle s'avança vers la ville de Toul. Théodebert s'étant mis en marcheavec une arméed'Ostrasiens,

ils en tintent aux mains dans la campa^e de Toul. Théoderick vainquit Théodebert , et tailla en pièces son armée; un Rrand nombre de braves guerriers turent massacrés. Théode* bert ayant pris la fuite , traversa le territoire de Metz « les montagnei des Vosees, et parvint h Cologne.

Gomme Tiiéoderick le poursuivait dved ion armée, le saint apôtre Léonise, évéque de Mavenee, ç(ui aimait ta vaillance de Théoderlck,et détestait rimbé^ cillité de Théodebert, vint vers Théoderick et lui dit : « Achève ce tfie tu

* as commencé ; il faut c|ue tu en « considères bien la nécessité. Xîne « fable rustique dit qu^un loup étant « monté sur une montagne , et ses « dis ayant commericé à chasser , il « les appela vers lui siir la monta- « gne , leur disant : Aussi loin que

* votre vue peut s*étend^e de chaque «côté, vous n'avez point d'amis, si « ce n*est quelques-uns de votre race.

« Achevez donc ce que vous avez com- « mencé. » Théoderick ayant traversé avec son armée la forêt des Ardennes , arriva à Tolbiac. Là , Théodebert s'avança contre Théoderick avec des Saxons , des Thuringiens ou d'autreâ peuples des pays au-delà du Khin, et tout ce qu^il* avait pu rassembler, et le combat s'engagea une seconde

fois. Qn rapporte gue Jamais une pa-* reille bataille ne nit livrée par m Francs et les antres nations. 11 se fit

un si grand carnage des deut armées , que là où les phalanges combattaient, les cadavres des hommes tués n'avaient ptiÉ de place pour tomber , et

S'ils demeuraient debout et serrés , t cadavi^ soutenant les cadavres comme s'ils eussent été vivants. Par le secours du Seisneur , Théoderick vainquit encore Théodebert, dont Tar- Qiée rut taillée en pièces depuis Tolbiac Jusqu^ Cologne. Théoderick couvrit le

à lapoursuite de Théodebert, au-delà du Rnin, son camérier Berthaire, qui, TaVant vivement poursuivi penaant quii ftgraft avec on petit nombre de

ies feold&ts , ramena cUptif à CologffI auprès de Théoderick, qui le fit dépcSi^ 1er de ses vêtements royaux, et donna ft Berthaire son dieval avec la houssè du roi. Théodebert fut ooiiduit enchâtné fi Chûlorïs: son Jeune fils, noiftmé Mé^ rovée , M sailli par Tordre de Tbéo^flerick ; un soldat le prit par lespleds* le frappa contre une |nerre,et ayant en la cervelle brisée , il rendit Tame. Chlolher, selon son trtiité avec Théoderick ,^Ht en son pouvohr tout le duché de Deutelin. A câuse de cela,Thé<>dérick , enflammé d'une trop grasde colère, car il était maître de toute rOstrasie, fit marcher son armée contre Chlother.... Mais il mourut à Met2 ft'un flux de ventre. Ses troupes s'en retournèrent dans leur pays. Brune* haut, demeurant à Metz, avec les quatre fils de Théoderick , Sigebert, Childebert^ Corbus et Mérovée, s'efforça d'établir Sigebert dans le royaume de son père.

« Chbther , à rinsti^iation de la faotion d'Amoul, de Pepm i et des autres grands, entra ea Ostrasie. Lorsqu'il rat près d'Andemaobi Brunehaut, qui demeurait à Worms avec les fils de Théoderick, envoya en leur oom à Chlother les députés Cbadoin et Herpon^ lui demandant dea'éloigner du royaume que Théoderick avait laissé à les fils* Chlother répondit à Bruliehaut qii'il promettait de se eonformer à ce qus Miraient entre eux. et avec l'aide de Oieu t lea prtiicipaox d'entre les Francs, f ruoehaut envoya «lors dans la Tbo* Siffebert , l'ainé des fils de Théoderick « «veo Warnaohaire , maire du palais , Alboin et d'autres grands i pour qu'ils engageassent dans son parti les peuples d'outre^Rhio , afin qu'on pût résister à Chlother. Elle envoya ensuite à Alboin une lettre pour l'avertir, ainsi que les autres grands, de tuer Warnachaire , parce qu'il voulait passer dans le parti de Chiotlier.

Alboin , après avoir lu cette lettre « la déchira et la jeta à terre. tJn serviteur de Warnachaire l'ayant iroa-

fil, èn rassembla les moreéailx sur use tablette enduite de cire. Warnachaire ayant lu la lettre , vit qu'il cou* nit risque de la vie, et commença à rechercher comment il pourrait se déMre des fils de Théodenck et faire ttre Ghlother à leur royaume. 11 détacha, par des avis secrets, du parti de Bmnehaut et des fils de liiéoderick, les peuples qui s'y étaient en- Mjés. Kevenufl ensuite auprès de Bronehaut et des fils de Thraderlck, ils rentrèrent tous en Bourgogne, s'efforçant , par des messages , de lever une armée dans toute l'Ostrasie.

«Les seigneurs de la Bourgogne, tant les évolues que les autres leudes (*) , craienant et haïssant Brunebaut , tinrent conseil , avec Wamadiaire, pour ou'aucun des fils de Hiéoderick n'échappât, qu'on les tuât toos avec Brunenaut , et qu'on doni^t leur TOjmme à Chlotber; ce qui en effet arriva. Par l'ordre de Brunehaut et de Siffebert , fils de Théoderick , DM armée de Bourguignons et d'Ostrasiens marcha contre Chlotber. Sigebort 8'étant avancé dans la Champagne, nr le territoire de Châions-sur-Mame, et vers les bords de l'Aisne, Chlotber vint à sa rencontre avec une armée, déjà avec lui un grand nombre (rOstrasiens du parti de Wamachaire, najre du palais, avec qui il avait déjà traité, ainsi qu'avec le patrice et les ducs Aléthée, Roccon , Sigoald et Eodelan. Au moment où on allait en Tttir aux mains , et à un certain signal, rarmée de Sigebert prit la fuite pour retourner dans son pays. Chlo-

' 0 C0 <|ui aroent la ohate de Brunehaul, <9miioiii0 06 qo*on appela ses crimes, ses aiBrtrss de rois qu'elle prépara ou ordouna, qne iM efforts pour réubhr la fiscalité imjôiak, la faveur que trouvaient près d'elle b GaUo-Romaiiis , dont elle préférait la Maplesse et rhabileié k la rudesse et à Tesl^t dlndépendance des guerriers francs ; ttftit surtout la manière dout elle traita et les évèc^ues. Le peuple ne pouvait ^wbe celle qui atait injurié et konteu- J^t chassé de la Bourgogne saint Co-

ther, comme il en Itéit odnveiiu, li

rursuivit avec peud*ardeur, et arrivé la Saéne. Il prit trois fils de Théoderick, Sigebert, Corbus et MérovéOf qu'il avait tenus sur les fonts de bap* téme; Chikiebert échappknarla fuite et ne r^)arut jamais. L armée dei Ostrasiens retourna tout eotièré dans son pays. Trahie par Wamacbahrei maure au palais , et par la plupart des grands du royaume de Bourgogne, Bnibebaut fut arrêtée par le eimoélable Herpoa, à Orbe, bourg au-delà du Jura, et conduite à Chlother ave# Tbéedelane, sœur de Théoderick, à Ryouoe , village situé sur la Vigenne.

Chlother fit tuer Sigebert et Corbus i fils de Théoderick. Touché de compassion pour Mérovée, qu'il avait tenu sur les fonts de baptême, il ie fit emmener secrètement en Neustrie, et le reoonunanda au comte IngobadU Mérovée vécut plusieurs années dans ce pays.

« Bnmehaut amenée eu la présence de Chk)ther, celui-ci, enflammé de haine contre elle, lui imputa la mort de dix rois francs, c'est^a-dire, Sigebert, Mérovée, son père Chilpéric, Théodebert et son fils Chk>ther , Théoderick et ses trois fils qui venaient de périr. L'ayant ensuite tourmentée pendant trois jours par divers supplices, il la fit conduire à travers toute Tarmée, assise sur un ohameau, et atta?

cher ensuite par les cheveux t por un pied et par un bras, à la queue d'ua cheval extrêmement fougueux; et se§ membres furent disloqués par les coups de pied et la promptitude de la course du cheval (*). »

ouE&ax oi cBLonuE u aamm ua aaioirt.

Après oai événemeatai nous savons

peu de chose sur le règqe de Chlother, bien que les chroniqueurs s'efiforcent de nous le représenter comme un terrible guerrier. Dans une guerre contre les Saxons, il tua de sa main, dit l'auteur des Gestes de Dagoberl, le chef des rebelles; puis ravageant la

(•) cairoaique de Mdégaire,

m L'un:

terre des Saxons, il tua tout le peuple, sans y laisser vivant aucun homme dont la taille surpassât la tondeur de son glaive. Il voulait que parla , ajoute le chroniqueur, la postérité apnrît combien avait été grande la perfidie des Saxons , ce que pouvait la nation des Francs , et à quel point était re* doutable la colère des rois«

DAOOBEET.

Son fils Dagobert, qui , pour la dernière fois , reunit toute la monardiie de Hlodowig, fut le Salomon des Francs. Il fut sage , juste et justicier; comme le roi des Juifs , il aima la magnificence des palais, mais plus encore les belles femmes. Autour de lui étaient toujours de nombreuses concubines.

Mais rÉglise, qu'il enrichit par de fréquentes donations, a fait long-temps le panéjgyrique de Dagobert. Il est juste de dire pourtant que sous ce prince la monarchie des Francs mérovingiens jeta un dernier éclat. Dagobert est rallié des empereurs de Constantinople. Comme le roi des Ostrogoths, Théodoric, il semble le grand chef des Barbares ; il intervient dans les affaires des Lombards et des Visigoths.

« Il gouverna si heureusement, dit son biographe , qu*il s'attira les louanges de toutes les nations. Ses jugements avaient inspiré un si profond respect, que tous s'empressaient de se soumettre à son pouvoir. Les peuples qui habitent sur la frontière des Avares et des Esclavons , invoquèrent son appui , et les Avares et les Esclavons eux-mêmes , ainsi que les autres nations de païens jusqu'aux confins de la république romame, promettaient de se donner à lui. »

LB FBAira SAMOir, moi dbs wsirioss.

Cependant, dans la Germanie, plusieurs peuplades se détachent des Francs. Les Saxons refusent de payer le tribut de cinq cents vaches auquel ils avaient été autrefois soumis; et pendant que cette défection a lieu au nord , nu midi, sur les bords du Danube , un état nouveau se formait.

« La quarantième année du règne

deChlother, un certain homme, nommé Samon, de la nation des Francs, s'associa plusieurs hommes du Sundgau qui faisaient le négoce avec lui , et se rendit chez les Esclavons, surnommés les Wenèdes , pour y commercer. Les Esclavons avaient déjà commencé à se soulever contre les Avares, surnommés les Huns , et contre leur roi Ga* gan. Les Wenèdes, surnommés Bi' fulci, étaient depuis long-temps alliés des Huns : lorsque les Huns attaquaient quelque nation, ils se tenaient rangés en Jbalaille devant leur camp , et les Wenèdes combattaient : s'ils remportaient la victoire, alors les Huns s'avançaient pour piller; si les Wenèdes étaient vaincus , les Huns venaient à leur secours. Ils appelaient les AVenèdes Bifulces, parce qu'ils combattaient deux fois, attaquant toujours avant les Huns. Les Huns venaient tous les ans passer l'hiver chez les Esclavons.

Ils prenaient pour leur lit les femmes et les filles des Esclavons , qui leur payaient des tributs , outre bien d'autres oppressions. Les fils des, Huns ou' ils avaient eus des femmes et des ulles esclavonnes , ne pouvant à la fin supporter cette honte et ce joug , refusèrent d'obéir aux Huns, et commencèrent a se soulever. Les Wenèdes s'étant avancés contre les Huns , le marchand Samon alla avec eux , et sa bravoure tut si grande qu'elle excita l'admiration; aussi les Wenèdes taillèrent en pièces un nombre étonnant de Huns. Les Wenèdes voyant la bravoure de Samon , le créèrent leur roi , et il les gouverna pendant trentecinq ans avec bonheur. Sous son rèene, les Wenèdes soutinrent contre les Huns plusieurs combats, et, par sa prudence et son courage, ils turent toujoin*s vainqueurs. Samon avait douze femmes de la nation des Wenèdes, et il en eut vingt- deux fils et quinze filles (*). »

GUKBBE COITTEB SAMOV.

Sous Dagobert, une guerre éclata (*) Frédégaire.

ALLEl

entre les Fwncs et le nouveau roi.

« Cette année (631). les Esclavons, surnommés les Wénèdes , sous le roi Samon , tuèrent un grand nombre de né-

§odants francs, et les dépouillèrent e leurs biens. Ce fut le commencement de la querelle entre Dagobert et Samon. Dacobert ayant envoyé Sichaire en députatîon auprès de Samon , lui demandait de faire justice de la mort des commerçants que ses gens avauent tués, et du pillage de leurs biens; Samon ne voulut point voir Sichaire, et ne lai permit pas de venir vers lui. Sichaire ayant revêtu des habits d'Esclavon, parvint ainsi en présence de Samon , et lui dit tout ce qu'il avait reçu Tordre de déclarer ; mais , comme il arrive parmi les païens et les méchants orgueilleux, Samon ne répara rien du mal qui avait été commis, disant seulement qu'il avait intention de tenir un plaid pour que la justice fùi réciproquement rendue sur ces contestations et d'autres qui s'étaient éJevées en m^me temps. Sichaire , envoyé insensé , adressa alors h Samon des paroles et des nienaces qu'on ne lui avait point ordonné de faire, disant que lui et son peuple devaient soumission h Dagobert. Samon, offensé, lui répondit:

« La terre que nous habitons est h

• Dagobert , et nous sommes ses hom- « mes , mais à condition qu'il voudra « conserver amitié avec nous. » Sichaire dit : n II n'est pas possible que « des chrétiens, serviteurs de Dieu, « fassent amitié avec des chiens. »

Samon lui répliqua alors : « Si vous « êtes les serviteurs de Dieu , nous « sommes les chiens de Dieu; et « puisque vous agissez continuelle- « nent contre lui , nous avons reçu

• la pcnnissîon de vous déchirer à « coups de dents. » Et Sichaire fut diassè hors de la présence de Samon.

« Lorsqu'il vint annoncer ces paroles à Dagobert , celui-ci ordonna avec orcudl de lever, dans tout le royaume d*08trasie, une armée contre Samon et les Wénèdes. Trois troupes marchèrent alors contre eux. Lès Lombards, il Tappui de Dagobert , s'avan-

9* UvroUam. (Allshaone.)

AGNE. ^ m

oèrent de leur odté. Les Esdarons dt tous les pays se préparèrent à résister. Une arm^ d'Alemans, commandée par le duc Chlodobert , remporta une victoire dans les lieux où elle entra.

Les Lombards remportèrent aussi une victoire, et emmenèrent, ainsi que les Alemans , un grand nombre de cap* tifs esclavons. Mais les Ostrasiens ayant entouré Wogastîbourg , où s'étaient renfermés la plupart des plu braves Wénèdçs , après avoir combatta pendant trois jours, furent taillés en pièces, et abandonnant, pour fbir , leurs tentes et tous leurs équipages « s'en retournèrent dans leur pays. A la suite de cela , les Wénèdes , rava* géant à plusieurs reprises la Thuringa et les lieux voisins, se jetèrent sur M royaume des Francs. Dervan . duc des Sorabes, peuple d'origine esclavonne« et qui , autrefois, avait été soumis aux Francs, se rendit, avec ses sn|et8| sous le pouvoir de Samon. Ce ne fut pas tant le courage des Wénèdes qui leur lit remporter cette victoire sur les Ostrasiens, que rabattement de ceux-ci qui se voyaient haïs de Dagobert et continuellement dépouillés par lui(*), »

us 8A.X0jrS KXmMPTÉl DU TRIBUT. MAS-

S.VOafi DlbS BUfX^ARmS.

Dagobert ne vengea point cette défaite; il se contenta de la promessa que lui firent les Saxons de s'opposer avec zèle et couraçe aux Wénèdes , et de garder de ce coté la frontière des Francs, à la condition qu'ils seraient exemptés du tribut.

L'empire était si faible , qu'il âdlut la même année recourir à une insigna perfidie pour se débarrasser d'un certain nombre de Bulgares qui étaient vanas chercher un asile sur les terres des Francs. « Il s'était élevé une vio* lente querelle en Pannonie, dans la royaume des Avares , surnommés las Huns : il s'agissait de savoir qui sue^ céderait au trône , et si ce serait m des Avares ou un des Bulgares; et

(*) Chronique de Frédcsgaire.

êês dent firts ayant tttôeiâblé dm troupes, ils en vinrent aux mains. Les Avares vainçpiirent les Bulgares. Les Bulgares, vaincus et chassés de la Paut jionte , au nombre de neuf mille, avec leurs femmes et leurs enfants , sç réftigièrent auprès de Dagobert, le priant de les recevoir pour qu'ils habitassent éass la terre des Francs. Dagobert ordoaaa qu'on les reçât pour passer rbSverchez les Bavarois, en attendant ijo'il pdt délibérer avec les Francs sue qu^l ferait ensuite. Lorsqu'ils, fu-:

Snt dispersés dans les maisons des ivarois pour y passer l'hiver , par I0 ionseil des Francs, Dagobert ordonna aux Bavarois de tuer de nuit, et dans leurs maisons, les Bulgares avec leurs ftromes et leurs enfants; œ qui fut bientôt exécuté. Il ne resta des Bulga* fos qu'Altiseus, aveo sept cents hommes, leurs femmes et leurs enflants « ffiii 86 sauvèrent sur la frontière des Wénèdes. Alti^us vécqt plusieurs antiéss avec les siens chez vValluc, duo 4bs Wénèdes n.»

Le règne de Dagobert est pour la ÏRonarchie des Francs comme un moment d'arrêt entre la période de conquête et celle de décadence ; ce règne est à près tout un règne pacifique.

Dagobert faisant le tour de ses royaumes sur un char attelé de bœufs cheminant à pas graves et lents, ne ressemble feoint a un conquérant ni même à un foi barbare des temps gui suivirent l'invasion. C'est un justicier, un législateur; il cherche à organiser son empire , il voudrait en être le Justinîen , et comme l'empereur grec il fait réfilger toutes les lois des nations barbais qu'il gouverne.

• Nous nous arrêterons donc à ce rè* gne , pour étudier ces lois , pour voit eette organisation déGnitive des Barbares. Après avoir exposé dans la prehii^ période l'état social des uerinains aans la Germanie , nous devons -Vt^ir quelle société ils ont fondée hors jde la Germanie.

{*) Chron^ue de Firédégtire.

L'invasion des peuplades germanii

âues ne fut pas toujours une guerr<^ 'extermination. Nous avons vu ce que les Bourguignons, les Visigoths, les Ostrogoths, devinrent sur le territoire de l'empire. Nous avons vu par quels ménagements ils s'efforcèreqt de faire oublier leurs conquêtes^ La loi des Bourguignons alla mêm^ jusqu'à déclarer que le Romain ^ et le Bourguignon seraient égaux. Les Francs, les Saxons, les Lombards se présentèrent sous un aspect plus saut vage. I.eur conquête fut accompagnée de cruautés souvent gratuites. Les Lombards affectaient ta férocité des bêtes sauvages : pour eftrayer leurs ennemis, ils se vantaient d'avoir parmi eux des hommes à tête de chien , qui ne vivaient qu'au miUeu des combats, se nourrissaient de sans humain, et quand ils manquaient œennemis buvaient leur propre sang. Lorsqu'ils^ eurent passé les Alpes, leur route fut marquée par le pillage des églises, le meurtre oes prêtres, la ruine des villes, Textermination de la population.

Les Saxons, les hommes aux longs couteaux , justiûèrent la terreur attachée à leur nom. Leur invasion fut la ruine de la Bretagne. Le titre de l'historien Gildas est celui-ci : De exddio BrifanfUœ. Pour les Franc8(*), comme

Dans tout ce qui ira suivre, nous nous occuperons presque uniquement des Francs , car jusau'aprës Cbarlemagne This- (oire de ce peuple appartient à rAllemagne. Les Francs sont la plus illustre des peuplades germaniques. Les rois d'Ostràsie régnent sur la plus grande partie de rAllemagne) Gharles-Manel , Pepin» Chariemagne sont des princes germaiM ; le centreieleordooiU nation n*est pas i Paris, ipi*îls comiaisseiit à peine, mais sur le Rbin , a Aix-)ihCbapeUe^ Aujourd'hui la France a gagné jusqu*«i| Rbin, mais au moyen âge, comme nous Tavons dit en commençant, le Kbin était \q

Srand fleuve de rAllemagne, le vrai centre e la race germanique. La langue altemandé se parle maintenant encore oulns nos provinces de Lorraine et d*Alsace« Les Francs ne commencent à avoir une faii|toire isoléç

fk m reneoptrèrentnulte part d'ç^ position bien forte, de résistance bien orpnîsée, les cruautés qu'ils com* mirent furent plutôt partielles que générales. Il n'jr eut pas de grand massacre qui laissât un long et sanglant souvenir dans la mémoire des nommes. Ce mi'il y avait de plus à craindre , c'était le pillage, et souvent nussi rincendie. qui n'épargna pas toujours les églises ^ans les expéditions entrepHses vers la Saône et au midi de la Loire. Le manque de cafantie, l'absence de toute sécurité devaient mettre aussi beaucoup d'inquiétudes dans la vie; car les Barbares s'embarrassaient peu de violer parfois la liberté qu'ils avaient laissée aux vaincus. Lorsque Chilpéric voulut envoyer sa fille en Espgne pour la marier au roi des Goths, il fît enlever à Paris grand nombre de familles romaines oui durent bon gré mal çrt quitter leur patrie pour aller faire cortéjje à sa uile. Lorsque Théoderick et Childebert firent alliance, ils se donnèrent, comme nous l'avons vu, mutuellement des otages , qui à la preililère rupture furent réduits des deux côtés en esclavage.

Ainsi ce ne fut pas l'oppression systématique du fisc impénal, mais plutôt une force brutale, frappant parfois dans la colère sans s'inquiéter des droits de la victime.

La condition des Gaulois fut même

Scut-étre améliorée par la conquête; s se rappelaient toutes les vexations a fisc et des agents impériaux ; ils ëe rappelaient qu'il leur fallait paver en or une énorme capitation ; les Barbares, leurs nouveaux mattres. au contraire, ne percevaient pas d'impôts proprement dits, ils voulaient tout en nature , du blé , de la viande et du vin, c'est-à-dire ce qu'il y

de la Germanie que sous Charles-Ie-Cbauve, urès le dém^brenoent de l*einpire de Charlona^e. Cet détails étaient i>eut-étre néces> iairei pourquelques-uns de nos lecteurs fran-

êqoi auraient pu s'étonner de nous voir BT si long-temps des Francs dans une

a de ^f4ntof(4eilil)iifiamiimit

a payer pour le pa^n. De plus, te vamcu se elissa aussi quelqueioUaadi les rangs du vainqueur, car iln'y avait pas entre eox une séparation telle què k Gaulois ne pût la franchir. Malâet> d'un vaste territoire, les rois oentirest^ le besom de réorganiser cette 9daAr.

nistration romaine dont tous les Barr.

bares furent si vivequent frappés : pouf • cela, il fallut bien s'adresser aux vaî»r. eus, plus habiles, plus souples auptèt.

des rois que ne Tauraienl jamais éteset anciens compagnons* Ce sont ces Gaur lois que la loi salique appelle leseoBvit» ves du roi : oq les voit s'immjsçant dans! toutes les affaires» usant de leur supériorité d'adresse etd'intelligeQoe pour intriguer auprès des Barbares, et faire fortune sous le patronage de ces n0tt<** veaux m^itres, qui leur accordent des titres de ducs, de comtes, ou s'en servent comme d'ambassadeurs.

L'invasion des Francs ne fut pas

Son plus, comme on l'a trop souvent itj un torrent qui inonda la Gaute' entière. Entraînés par l'amour du butja et de la guerre, ils se jetaieiU au milieu du pays ennemi , pillaient les vjiles, les trésors des rois vaincus t comme celui d'Alaric que Ulodowig • alla chercher à Toulouse, puis ils ren* • traient dans leurs cantonnements » ^ gardant seulement dans le pays vaincu quelques domaines où s'établissait un petit nombre de guerriers barlarasà fatigués de la vie aventureuse* Ainsi les habitants du midi de la France ne virent jamais s'établir au milieu d*eux beaucoup de Barbares. Ceci expliqua la manière dont la Gaule fut partagée entre les fils de Hlodowig.

BisUMTATS DS L'iIfTASlDll BU rSAHOU :

csAireKMBirTS svkvksi» davs hHeràit nt

tJL QàXJUU

Les^ranca ne détruisirent pas la sa ciété romaine, car ils s'arrêtèrent la Loire, et depuis long -temps les pays situés au nord de ce fleuve i .

constaimnent dévastés par les incur*' sions des Francs, avaient perdu le ca^ , ractère que Rome leur avait jadis ip»* 9*

[ÏM L'UN'

primé. Dans le V* siècle, les empereors « araient rappelé leurs troupes. L*administratlon romaine s*était retirée, abandonnant à elles-mêmes les provinces du nord. La préfecturedes Gaules avait été transportée de Trêves à Arles, du nord au midi. L'église elle-même était faible, les évéqae^ peu nombreux dans les provinces voisines du Rhin. Sur <]aarante conciles tenus dans la Gaule aux V* et vr siècles, sept seulement se réunirent dans les contrées au nord de la Loire, cinq en Neustrie, deux en Ostrasie. Or les évéques avaient partout, dans la Gaule, remplacé peu à peu les magistrats impériaux. Si donc deux conciles seulement se tinrent en Ostrasiô, c'est que là il n'y avait que trèspeu d'évéques, et par conséquent une société bien mal organisée. N'attribuons donc pas aux Francs de Hlodowig et de ses fils la ruine de la société romaine. Ce que l'on est plus justement en droit de leur reprocher, comme l'a si bien montré M. Guizot, c'est d'avoir arrêté le mouvement intellectuel oue le christianisme comihençait d^a à imprimer à la Gaule. Au IV" siècle, cette contrée avait vu. un grand nombre de conciles , de ces assemblées où s'agitaient les plus hautes questions, où l'on voyait des hommes se réunir pour discuter gravement de leur croyance, pour se demander comment ils comprenaient Dieu, les devoirs de l'homme et la vie à venir. Au IV* siècle, on avait vu Pélage et saint Augustin, prenant chacun une des deux faces du grand problème que l'humanité est ap[)elée a discuter sans cesse , sans pouvoir jamais le résoudre, chercher quelle est la partdeDieu,quelleest celle de l'homme dans les affaires de ce monde.Ces grandes questions s'effacent et disparaissent aux V* et VP siècles ; toutes les voix se taisent. Qu'était-il besoin , en effet , de parler aux Barbares de la liberté humaine : Hs en faisaient un trop terrible usage. S'il y avait une doctrine à leur prêcher, c'était à coup sûr celle de la soumission de l'homme à la volonté divine. Il fallait les soumettre à l'Église pour que l'Eglises'emparâtd'eux,

les régénérât, les fît entrer dans la civilisation, dentelle seule conservait encore les éléments.

Jl^TAT DBS GkVU>lM A|>R£S LÀ COVQtnnV,

Les Francs s'établirent rarement dans les villes gauloises : une vie passée entre les murailles d'une ville, aans les rues étroites et boueuses d'une cité» convenait peu à leurS habitudes. Les campagnes, où ils pouvaient courir et chasser, leur plaisaient davantage : aussi les vieux municipes gaulois ne furent point troublés par les conquérants dans leur orçanisation intérieure. Ils conservèrent leur administration, leurs curiales ; ils eurent même des milices , mais non pas , commç l'ont prétendu quelques publicistes français, une complète indépendance, et le droit de faire la paix et la guerre. Si l'on voit quelquefois leurs milices sortir des murailles pour combattre , c'est par ordre du roi franc , et sous des cnefs francs.

OAixo-ao^LàiH usas.

Bien loin de rester indépendants , les habitants des villes , les Gallo-Roniains , se trouvèrent , vis - à - vis des vainqueurs, dans une position inférieure. La loi saliçiue, en évaluant le rix du sang , estime toujours la vie 'un Gallo-Romain à moitié prix de celle d'un Franc.

Si quelque homme libre a tué un Franc ou un Barbare , ou un homme vivant sous la loi salique, il sera jugé conpable au taux de deux cents sous.

Si un Romain possesseur a été tué, celui gui sera convaincu de l'avoir tué, sera jugé coupable à cent sous.

Celui qui aura tué un Franc ou un Barbare dans la truste du roi , sera jugé coupable à six cents sous.

Si un Romain , convive du roi , a été tué, la composition (*) sera de trois cents sous.

Ainsi le wergheld était dans tous les

(*) La composition claît la satisfaction pécuniaire donnée à la narlie lé^ée ou à ae^ ayant-cause , le prix de la paix pour le coupable.

CBSj pour le Barbare, double de ce qu'il était pour le Romain.

Pour un iite ou un Romain , même composition : c'est-à-dire que le Romain libre et propriétaire était assimilé au Iite {germain de la dernière condition , cultivateur forcé de la classe guerrière. De plus les Romains payaient un impôt annuel et foncier, tandis que les Francs satisfaisaient à Tétatpar leur service personne], et au roi par des dons volontaires.

OALI^BOMAIH TaiBUTAIRB.

Au-dessous des Romains , des cives ou possessoresy il y avait ceux que la loi saliqne appelle Romains tributaires, non parce c|u'ils étaient assujettis a rîmpot foncier , pubUcis tributiSy car la phtfNurt n'avaient pas de biens en propre , mais parce qu'ils rendaient , en qualité de colons , un cens au propriétaire franc ou romain, ouaunscdont ils tenaient une terre , et sous la puissance desquels ils se trouvaient. Ce tributaire n avait qu'une composition de quarant&cinq sous, et une autre charge, particulière à lui seul, empirait encore son état : c'était la capitation. Cet usage , reste des institutions de Tem-

Sire, fut aboli par sainte Batilde, penant sa récence. Cet usage était funeste à la population, car beaucoup d'hommes étaient réduits à désirer la mort de leurs enfants , au lieu d'être encouragés à les élever, parce qu'ils multipliaient ainsi, avec leur famille, leurs charges publiques. La reine défendit au fisc et aux maîtres de lever cet impôt, ut hoc nuUm facere prœsumeret.

ktIquu.

Il y eut une classe de Gallo-Romaîns gui gagna beaucoup à la conquête , ce furent les évêqties. Il est \Tai qu'ils ne fbrent pkis la seule autorité dans les \illcs, car les rois y envoyèrent des comt^ pour les gouverner, înais ils n'y perdirent rien : ils devinrent naturellement les conseillers des rois convertis; lis les conseillèrent sur la conduite qu'ils avaient à tenir avec les peuples

AGME. 113

vaincus, sur ce qu'ils devaient faiiçe pour devenir les héritiers des empereurs romains.Ils eurent alors undouble rôle : ils restèrent, d'une part, patrons et protecteurs du peuple ; de l'autre ils s'établirent auprès des rois qu'ils avaient appelés, et dont ils avaient si puissamment aidé la conquête. Ce n'est pas tout : une troisième situation commença bientôt pour eux; ils devinrent de grands propriétaires., et entrèrent dans cette organisation hiérarchique de la propriété foncière qui tendait à se former, en sorte que l'Église tenant ainsi à tout , au roi , au peuple et aux grands propriétaires, fut partout accréditée et puissante, symptôme assuré qu'elle atteindrait la première à la domination.

Quant à l'état des Gaulois entre eux , il subit peu de changements.

Lès élections épiscopales continuèrent , les délibérations municipales ne furent pas suspendues, les écoles ne furent pas fermées ; on laissa aux Romains leur législation, leurs juges, car les Barbares ne s'avisaient pas de vouloir rendre la justice.

E8€IAVI8.

Le changement le plus important porta sur les esclaves. Si l'invasion en effet a soulagé quelques misères , ce sont celles des esclaves. Les Barbares ne relevèrent pas la condition de l'esclave par humanité; mais ils abaissèrent le maître , et Pesclave fut soulagé. Avant eux , le curial d'une petite ville était un personnage important à qui il ne fallait -pas désobéir. Mais le Barbare, arrivant dans une maison , s'établissait à la table du maître et se faisait au besoin servir par lui; car il ne distinguait pas la toge de la tunique. Les esclaves virent ces maîtres si fiers descendus à leur niveau , et ce fut pour eux une immense consolation. De plus, ce Barbare ne respectait pas neaucoup les lois de l'empire, qu il ignorait. Dans mille circonstances où le maître avait à réclamer leur appui, le Barbare se mettait peu en peine de les faire exécuter. Si le curial venait lui dire : Mes

iâ4 LUNÏ

esdaves se révoltent ou s'enfuient . le Barbare ne Técoutaît pas. Le maître n'étant pas protégé, le lien de l'esclavage dut nécessairement se détendre ; car il . faut une ^ande force d'oppression pour maintenir ainsi un état contre nature.

Nos colonies en font foi. Si cette force disparaît tout à coup, il en résulte une explosion terrible; si elle diminue peu à peu , il s'ensuit une amélioration progressive dans le sort de l'esclave. C'est ce qui eut lieu par suite de rinvasion des Barbares dans l'empire.

Comme ils désorganisèrent tout en arrivant , fls désorganisèrent aussi Tesclavage. Ainsi se fit la transition de Tesclavage au servage.

DISSOLUTIOS OK Lk BAVDK GERHAlflQUE.

Mais le plus grand résultat de rinvasion ce fut la dissolution de la bande Germanique ; dissolution qui a fburni les éléments nécessaires à la formation d'une société nouvelle.

Ainsi que nous l'avons vu , deux sociétés existaient en Germanie : T la société de la peuplade ou tribu , tendant h l'état sédentaire sur un territoire

S eu étendu qu'elle faisait cultiver par es colons et des esclaves ; 2" la société de la bande guerrière, accidentellement groupée autour d'un chef et menant la vie errante. Ce sont ces bandes qui , par leurs continuelles incursions au-delà du Rhin , ont peu à peu fait reculer la domination romaine ; qui enfin , sous Hlodowig , ont conduis la Gaule. Le principe de l'organisation de la bande guerrière , c'étaît le patronage du chef et la subordination militaire du compagnon. Du reste, liberté entière; nul homme n'y était engagé que de son gré, et entre tous ceux qui composaient la Ijande il n'v avait guère d'autre inégalité que celle des forces, des talents, de la bravoure ; seulement le chef , à aui l'on accordait une obéissance volontaire, avait part plus large au butin. Or, le grand résultat de l'invasioa

Joiur les Germains, ce fut leur passage l'état de propriétaires , la cessation e la vie errante, et l'établissement dé-

finitif de la vie agricole. Cela ne se Ai pas le lendemain de la conquête , mais peu à peu. Se trouvant enfin au milieu d'un pays riche , en comparaison des marais qu'ils avaient si long-temps habités, ils songèrent naturellement à s'asseoir sur le sol de leurs conquêtes, où aucune résistance de la part des vaincus ou d'un ennemi étranger ne les forçait a demeurer fortement unis et les armes à la main. Après la victoire , les guerriers réunis autour du roi , que ses exploits avaient grandi à leurs yeux, demandèrent les récompenses accoutumées ; il n'y avait plus a leur donner un, javelot, une ^ancisque, cruentatam et victricem Jr<h meam y ou même un cheval de guerre :

de pareils présents étaient bons dans la pauvre Germanie ; mais ici il îdS\à\t tirer au sort les terres, l&s longs domaines, les maisons, qui devinrent bientôt des manoirs, où résida un chef germain au milieu de sa famille et de sa petite bande particulière, cultivant ou plutôt faisant cultiver sef terres par les paysans. Ainsi , la bande se trouva dissoute par le seul fait de son établissement. La bande rq)osait sur deux faits, l'association volontaire des guerriers pour mener une vie er« rante, et leur égalité. Ces deux faits périrent dans les résultats de l'invasion.* D'une part, la vie errante cessa } de l'autre, Tinégalité s'introduisit et grandit de jour en jour ^tre les guep^ riers sédentaires.

PARTAGE DES TEREES.

Lorsque l'invasion eut été consommée, et que les conquérants voulurent former des établissements permanents, ils partagèrent lec terres avecles vaincus dans des proportions inégales- Les Bourguignons et les Visi^otEs prirent les deux tiers des propriétés; les es* claves furent aussi partagés conune les animaux domestiques et les instruments de labourage. En Afri<{ue , les Vandales se mirent en possession des meilleures terres , laissant seulement aux vaincus celles qu'ils dédaignaient.

En Italie, les Uéruies d'Odoacre, les

allemaonî:.

Ostrogote de Theodoric enlevèrent aux Romains irtiers de leurs possessions. On ne sait ce que prirent les Lombards, seulement on voit qu^ils prélevaient le tiers des produits. Dans la Grande-Bretagne, la spoliation fUt complète; les Angio- Saxons prirent tout. Quant aux Francs, ils s'emparèrent sans doute des terres qui vaquaient en si grand nofanbre dans la Gaule do fford , ainsi que les prq)riétés qui ap^ Dartenaient au fisc impérial ou aur aignitaires de Tempire. Ce qui parait certain , c'est qd*un céHain nomère de domaines fiirent d*abord tirés au sort; œ sont les alleux (soriiêê barbarie»).

TSRJLBS AE*LOQULU.

Le carâctdre narticolier de cette propriété fût réntfère fndépetidanee des propriétaires d'àlleux, obligés seule^ ment, comme hommes libres, au service militaire; point d'impôts , mais seulement quelques cbaraes publiques, telles que les dons qu'ils taisaient au nn dans le Champ-de-ftlars « dons d'abord volontaires comme en Germanie , puis ensuite déterminés et ordonnés par des lois; et enfin, Tobligation de fournir des denrées , des mojms de transport , etc. , aux envoyés royaux ou aux ambassadeurs étrangers qui traversaient le pays en se rendant vers le roi. Par cela même que le proprié^ taire d'alleux ne devait à peu près autre chose que le service militaire, la loi déclara que la tenre sallque ne passerait point aux Ûlles. C'est oe^te loi qui, mal Interprétée, a fieiît exclure, an XIV* siècle, les femmes de la couronne de Ffaoee. Du reste, cette exclusion des fenHnes pour rhérédité des propriétés territoriales, est un immense avantage : les terres que les conquérants avaient acquises ne pouvant phis sortir de leurs mains par mariage, la grande propriété terfHoriale se reforma , et Timportanoe politique, uniquement attachée aux filles sous l'adminlstraitioa impériale, passi aux campagnes.

Nous avons dit plus haut que ce

passage du guerrier gmUaiQ', dnili vie errante à la vie sédentait^e,; eilt pour résultat de détruire Végaiite qltî réffuait entre les divers ftiembres de la nande. En effet, les Barbares étaient essentiellement oisifs; ils avaient donc besoin de vivre ensemble, et bea^^ coup de compagnons restèrent auprès de leur chef, menant sur ses domaines à peu près la même vie qu'ils satnaient auparavant à sa suite. Klais d^ là il advint que leur situation reiU^ tive cliangea oociB^tement ; le chef 4111 devint grand uiy)priétaire, tandis çue les autres resiaieiTt toi^oufs de sun;ples guerriers, se trouva de beauh coup élevé au-dessus de ses anciens compagnons. Autrefois ils vivaient tous au jour le Jour de ce qu'ils avaient gagné en commun à la pointe de l'épée: mais après l'étabiissemeni , le chest retira de ses terres des provi^ sions qu'il distribua aux siens sans recourir à leur courage pour , se les procurer. La nécessité de reeevoir toujours ainsi sans rien rendre « plaqa peu à peu le compagnon dans une condition subordonnée, qui le rapiprocha de plus en plus de l'état colon. Plus les idées de la propriété s'affermirent, plus Tinégalité se dévo* loppa. Aussi voit-on un erand nomh bre d'hommes libres tomber par de^ grés dans, une condition très-inférieure, et il fallut fixer, pr de notn» breuses lois , leur sort et leurs droits.

Ainsi la vie errante cessa aussi bien que l'égalité maintenue jadis cotre les guerriers de la bande : c est donc une société qui se dissout; mais, commç l'a dit M. Guizot, une société ne se dissout que parce qu'une société nouvelle fermente et se forme dans son sein ; c'est un travail caché qui tenfl ^ s^rer les éléments pour les faire entrer dans des combmaisons nou^ velles. Le point autour duquel la sCh ciété vint pour ainsi dire se réorgSr niser, fut la terre i)énéficiaire.

TB&RU &iirÉFICUIRES.

Ii)rs^ue les conquérants nrirenjt possession du |^ys, le roi se nt une

large part dans la première distributiOQ des propriétés. Son domaine «'accmtpar les conquêtes subséquentes, les déshérences, les conflscations légales ou violentes. De ce vaste domaine il fit ce qu^il faisait en Germanie de ses richesses mobilières. Les terres devinrent des présents, avec lesquels les rois et les honmies puistatits s'appliquèrent à retenir dans leur dépendance leurs compagnons, tm à en acquérir de nouveaux. Ces piésents reçurent le nom de bénéfices : mais ces dons , ces bénéficia, il les accorda seulement pour un certain temps , souvent fixé, plus souvent indéterminé ( precaria ) : quelquefois même le donataire les reçut en viager; mais c'était toujours à des conditions i le retenaient dans la dépendance donateur. Ainsi , outre Tooligation du service militaire qui lui était commune avec le propriétaire d'alleux , il était encore astreint à de certains services, civils ou même domestiques, dans la maison du roi. Ce que le donataire était à l'égard du donateur, d'autres, à qui il fit de semblables cessions de terre, le devinrent à son éçurd. En un mot , le grand bénéficier eut de petits bénéfices au-dessous de lui , et ainsi s'établit cette hiérarchie des terres , d'où sortit plus tard le système féodal, lorsque toutes les terres furent devenues bénéficiaires. Le nombre des bénéfices alla, en effet, toujours croissant ; l'or et l'argent étant rares dans ces premiers temps du moyen âge, tous les services se payaient avec de la terre. Puis , quand rautorftédu roi faiblit, il lui fallut, bon gré mal gré , céder en bénéfices tous ses domaines ; enfin , les alleux eux-mêmes se changèrent en terres bénéficiaires. Les terres allodiales n'avaient jamais été bien nombreuses; de plus, beaucoup de causes contribuaient à en diminuer de jour en jour le nombre primitif. Un alleu, une terre libre sans seigneur, avait trop à craindre de l'ambition des hommes puissants , dans cette société où la force décidait de toutes choses. Isolée par son indépendance même, sans appui, sans

Srotection , parce qu'dle ne relevait e personne, elle ne pouvait longtemps se dérendre , à moins que celui qui la possédait ne la mit, par la recommandation , sous la protection du roi ou d'un chef puissant. Il se présentait devant ce chef, lui remettait une motte de terre gazonnée , symbole de la propriété allodiale , lui en £adsait une cession simulée, puis la recevait de ses mains en bénéuce. Dès lors le propriétaire d'alleux n'était plus isolé dans la grande société barbare. Il perdait de son indépendance , mais il avait un protecteur, un seigneur. Dans cette transformation de toute terre en bénéfice est le germe du système féodal, germe qui va toujours se développant, car les bénéfices tendent à devenir héréditaires ; de plus, les fonctions judiciaires et administratives , confiées aux comtes, qui ne sont souvent que les grands propriétaires du canton , tendent aussi, dans l'affaiblissement et la ruine du

Souvoir ln*utal , à s'assimiler au droit e propriété, lequel donne déjà aux propriétaires de ces biens certains droits de justice sur les habitants.

TIREIS TRIBOTAimU.

11 y avait encore une troisième espèce de terres , les terres tributaires ou censivesy qui existaient même avant l'invasion. Quand les Lombards envahirent l'Italie, ils se contentèrent d'abord, comme nous l'avons dit, d'exiger en denrées. le tiers des revenus du pays , c'est-à-dire qu'ils firent passer toutes les propriétés territoriales à la condition de terres tributaires. Dans la Gaulle, les Francs conservèrent cette tenure, consacrée par les lois romaines. La plupart des anciens cultivateurs qui ne furent pas exterminés, ou chassés, ou réduits à la servitude, devinrent tribujtaires. Les Barbares d'ailleurs étaient fort peu disposés à cultiver eux-mêmes leurs nouvelles propriétés. Ils préféraient laisser la terre au vaincu, a condition que celui-ci leur fournirait les denrées nécessaires.

ETAT DES PEaSOIINIS.

Cet exposé de Tétat des terres nous en dit tiéja beaucoup sur Fétat des personnes. Tous les Barbares jouissaient d*une égale liberté civile , maïs on distinguait pariVii eux trois conditions différentes; du moins les lois barbares parlent des majores ^ des mecËocres et des minores. Dans la première classe se trouvaient ceux qu*on appelait chez les Francs leudes et antrustwns; chez le^ Lombards masnadieri; et thanes chez les Saxons, etc., etc.

UOBBS.

(Tétait eux que le roi cliar^eait des emplois publics, qu'il envoyait comme herzogsiM ducs, ou comme comtes, sur les dînérents points du territoire cou* quts. C'était encore les leudes qui remplissaient les charges de cour qu'on établit peu à peu. En récompense ils recevaient non plus des alleux , mais des bénéfices , et tant qu'ils restaient con- Tives du roi , la composition pour eux était double de celle qui était payée pour un autre Barbare. Parmi les leudes il n'y eut pas que des Germains; des Gallo- Romains devinrent aussi convives du roi ; mais plus d'une fois ils excitèrent la jalousie et la colère des autres leudes qui les voyaient mieux accueillis. Du reste, ces leudes ne furent long-temps que les hommes d'un autre homme , et n'acquirent de droits qu'auprès de lui ; droits encore précaires et qui ne donnaient au dehors aucune supériorité sur les autres Barbares. Cette classe d'hommes formait dans les premiers tmps comme une sorte de noblesse personnelle.

■omisf usau.

Lea médiocres étaient les autres hommes libres , les propriétaires d'alleux, ceux qui formaient la nation quand elle |)araissait au Champ-de- Mars ; c'étaient les cUirimans ou nommes de guerre, les rachimbourgs^ chez les Lombards; les thanes inférieurs chez les Anglo-Saxons, ceux que les

iGNE. 137

chroniqueurs appellent aussi quelquefois les boni homines,

■laiSTKKlAOX.

Au-dessous d'eux étaient les cotons tributaires , gentes potestaiis, qui se distinguaient des serfs* ou colons atta* cbés à la glèbe , par la liberté person-» ndle {hwnndtas). On les désigne par le nom de colonier minUteriaies pa^ genses; ce sont dans les lois angle* saxonnes les céorky et lëi aidkm$ chez les Lombards.

oouTBumnrT rr ASKnntnuTtov.

En Germanie , la royauté était élective et sacrée, c'est-à-dire, que l'élection n'avait lieu ou'entre les membres d'une seule famille investie du privilège de donner ses rois à la nation.

Câ rois jouissaient alors d'une trèsfaible autorité. S'ils étaient braves, s'ils s'étaient illustrés par de nombreux exploits, ils étaient forts, car ils comutaient autour d'eux un grand nomurc de leudes; sinon, ils restaient seuls avec leur titre, comme Théoderick et Chlother, que leurs menacèrent d'abandonner s'ils ne les menaient à la guerre. Après la conquête , ce caractère de la royauté barbare changea.

De chefs de l)ande errante, ils devinrent chefs d'un peuple, et de plus, par la dispersion des hommes libres, ils restèrent seuls chargés de maintenir l'unité du territoire, de veiller sur les intérêts généraux de la nation.

Pour cela, il leur fallut créer une administration Qu'ils essayèrent de copier sur l'administration romaine.

Guidés par leurs conseillers gallo-romains,'par les évéques surtout, ils s'efforcèrent de marcher sur les traces des empereurs romains. Les Francs, retirés dans leurs alleux , ne s'opposèrent qu'assez tard à Taocroissement de l'autorité royale ; mais réveillés enfin par leur propre danger , ils combattirent hautement les prétentions nouvelles de leurs anciens chefs. Ce fut dans l'Ostrasie surtout qu'éclata cette vidente opposition.

L'UNIVERS

Cependant la souveraineté de la nation , comme on le dirait aujourd'hui, ne fut jamais complètement méconnue. Pour toutes les questions importantes, le roi était oblieede réunir rassemblée de la nation, désignée par le nom de vuUhpn placUum^ ou de wittenagemot ehez les Anglo-âaxons. C*est là qu'on décidait de la paix, de la guerre, et des grandes affaires qui intéressaient tout le royaume. Tous les hommes libres étaient contraints d'y assister sous peine d'amende. C'est là aussi, qu'en souvenir de l'ancienne association qui avait existé en Germanie, les Francs Venaient offrir au roi leurs dons annuels.

Le territoire conquis avait été divisé en comtés; chaque comté en centuries(*). Les habitants ae chaque canton étaient solidairement responsables des délits commis sur leur territoire. Chaque comte et centenier tenait des assises, appelées placita minora. « Selon l'ancienne coutume, dit la loi des Aiemans, il y aura dans toute centurie une assemblée sous la présidence du comté , ou de son délégué, ou du centenier. » Là se rendait la justice : les juges étaient tous les hommes libres du canton. Dans la suite, le comte n'appela plus à son tribunal que cinq, sept ou douze ahrimancs qui portaient le jugement. Le comte prononçait la sentence et la faisait exécuter. Plus tard , quand les hommes libres refusèrent de se déplacer j^our assister aux plaids, on créa de véntables magistrats qui prirent leurs places sous le nom de scamni ou échevins. A ces plaids se faisaient encore les convocations militaires, les publications d'ordonnances royales et Tes décisions de rassemblée générale delà nation, enfin, les affranchissements,etc.,etc. A cdtédes assemblées d'hommes libres, des placita mià&ra et de leurs juridictions, paraît la juridiction du propriétaire sur les haW-

(*) DécreUde Chlother et deChildcberf.

tants de ses biens. Il leur rendait la justice en qualité de chef de cette petite société.

Quant à la province, elle avait pour chefs des ducs ou des comtes, ou un corps de magistrats si c'était une province frontière. Les cités avaient aussi leurs comtes ou vicaires. Le comte, officier royal, réunissait toutes les attributions ; c'est lui <|ui présidait le plaid où se rendait la justice , hii qui était chargé de percevoir les revenus publics, lui , enfin, qui convoquait le ban des hommes libres et les conduisait à l'armée. Nous avons déjà dit que tout homme libre devait le service militaire.

un» aAftBAtm.

Les lois barbares se distinguent par trots caractères particuliers : d'aboni elles forment une l^slation purement pénale; en second heu elles accordent, par la composition ou whergeid, le droit de racheter toute peine à prix d'an;ent ; enfin elles donnent pouvoir h l'oftensé et à l'offenseur de prouver ou de repousser l'accusation par les témoignages 4*un certain nombre de \em parents ou amis qui venaient attester simplement, sans- discussion, ni examen, la v^ité ou la fausseté de l'a»sertion. On reconnaît dans ces habitudes l'importance que les Barbares attachaient à la dignité de l'homme, l'autorité qu'ils aocordaient à sa parole. On peut même trouver, dans cette lé^slation qui entraîne l'aveu du cnme par l'offenseur, plus de mon^ lité que dans nos kris nxxlemes, qai frappent sans s'inquiéter si le coupih ble accepte ou non sa peine, s'il rdconnait son tort. Dans la loi barbara, le coupable peut refuser le whergeld et nej>oint vouloir de paix entre lui et l'onensé ; mais s'il consent à payer la composition, s'il offre réparation du crime, il use pleinement de sa liberté, il fait abandon de ses sentimenis hostiles ,. il reconnaît qu'il a fait mal et se punit lui-même.

Le préambule de oKte loi est eu-

rieux par sa forme ; il semble, comme Ta remarqué M. Augustin Thierry, être la traduction littérale d'une ancienne chanson.

«La nation des Francs, illustre, ayant Dieu pour germanioue' fondateur, forte sous les armes, terme dans \iBM traités de paix , profonde en conseil, noble et saine de corps, d'une blancheur et d*une beauté singulière, hardie, agile et rude au combat , depuis peu convertie à la foi catholique, Ufare d'hérésie ; lorsqu'elle était encore sous une croyance barbare , avec l'inspiration de Dieu, recherchant la clef de la science ; selon la nature de ses qualités, désirant la justice, gardant la piété ; la loi saUgtee jfîit dictée par. les chefs de cette nation , qui en ce temps commandaient chez elle.

« On choisit, entre plusieurs, ^atre hommes, savoir : le Gast de Wise, le Gastde Bode, le Gast de Sale et le Gast de Winde, dans les lieux appelés can^toa de Wise, canton de Sate, canton de Bode et canton de Winde (*). Ces hommes se réunirent «dans trois roâls discutant avec soin toutes les causes du procès, traitèrent de chacune en particulier, et décrétèrent leur jugement en la manière qui suit.

Puis, lonaue, avec l'aide de Dieu»

Hlodowig le chevelu , le beau, l'illustre roi des Francs, eul reçu, le pre?

mier, le baptême catholique, tout ce qui , daoa ce pacte , était jugé peu convenable fut amendé avec clarté par

(*) Gast, dans les dialectes acturU de In langue germanique , signifie ftôte. Il paraît que dans ranciennc laiigtie il servait à exprimer la dignité patriarrale des chefs de tribu on de canton. On trouve encore daus la province d'Ovcr-Tsscl , anrique demeure des Satiens, un canton nommé Salhrut^ ot va antre appelé Twente, pent-è(re pItM coireetcment TwenU, ce qui répond aH W%nde de la loi saliqiie. Le canioa de Wiat lirait pr«ibableni«il son nom de sa siluatîoa «Mndôftifo, et cdaî de Bode ra|>pelle Wtvtien «en de lUe ]latav«s.

(•*) Ht per très maUos convententes . . , Udl, dans 1 ancienne langue teuloniqiie, voulait dire tigne^ jHiMiie, et pu* extension conseii, assembUe,

lAGNE. 139

les illustres rois Hlodowîg, Hildebert et Ghlother, et ainsi fut dressé le décret suivant :

« Vive le Clirist qui aime les Francs! « qu'il garde leur royaume et remplisse «leurs chefs de la lumière oe sa «grâce; qu'il protège l'armée; qu'il « leur accorde des signes qui attesteat « leur foi , les ioies de la paix et la a félicité ; que le Seigneur Christ Jé- « sus dirige dans les voies de la piété « les règnes de ceux qui gouvernent, « car cette nation est celle qui, petite « en nombre, mais brave et forte, se- « coua de sa tête le dur joug des Ro- « mains^ et qui, après avoir récomm « la sainteté du baptême, orna somp- « tueusement d'or et de pierres pre- « cieuses les corps des saints oiartyrs;, * que les Romains avaient brûlés par « le feu, massacrés, mutilés par le ter, « ou fait déolûrer par les bêtes {*). »

Le texte que nous avons de la loi salique ne semble pas être le texte primitif. Les résultats des savants travaux de M. TViarda sur la loi saUque conduisent à ceci : « l** que la Id salique a été rédigée pour la première fois sur la rive gauche du Rhin, e^ Belgique, dans le territoire situé entre la foret des Ardennes, la Meuse, la Lys et l'Escaut; pays où s'établit et qu'opcupa long-temps la tribu des Çraocs- Saliens, que cette loi régissait spécialement et de qui elle a reçu son nom ; 2"* que dans aucun des textes actuellement existants, elle ne paraît remonter au-delà du. Vn* siècle ; 3* enfin, qu'elle n'a jamais été rédigée qu'en latin. Ceci est reconnu de toutes les autres lois barbares, des lois des Ripuaires, des Bavarois, des Alemans , et rien n'indiqueque la loi salique ait fait exioeiition. Les dialectes germains d'aiileui»

ne furent point écrits avant le règpe de Charleniagne; et Otfried de Weifr senobourg, traducteur de l'Évangile, appelle encore au siècle la langue fir^ que Unguam itidiscipUnabUem

(*) Leg-b sùlicœ prohgug, apuâ ierinL rtrum frannic, 1. 1 V , p. taa. ^ TTndooMi de M. A. Thierry.

(*') M.G«ii0(, IIiiloitedek«ifîlîfa^ française , t. I , p. 333.

UO ru NI

Von se tromperait étrangement si l'on croyait trouver dans la loi salique un code complet et régulier : c'est une simple énumération de coutumes; tout y est confondu , droit politique , droit civil, police rurale, etc. Mais c'est surtout, comme nous Tavons dit, une loi pénale: sur 408 articles , il y en a 343 de pénalité et 65 seulement sur tous .

les autres sujets. La société que la législation révèle, est une société grossière et brutale; on sent que la vie et la propriété de diacun devaient être constamment menacées. « Les délits , dit M. Guizot (*) , prévus dans la loi salique, se classent presque tous sous deux chefis , le vol et la violence contre les personnes. Sur 348 articles de droit pénal, 150 se rapportent à des «as de vol; et dans ce nombre, 74 articles prévoient et punissent les vols d'animaux, savoir : 20, les vols de cochons; 16, les vols deehevaux; 13, les vols de taureaux , bœufs ou vaches ; 7, les vols de brebis et de chèvres; 4, Ifs vols d'abeilles. La loi entre à ce sujet dans les plus minutieux détails; le délit et la peme varient selon Tâge, le sexe, le nombre d'animaux voles, le lieu et Tépoque du vol, etc.

« Les cas de violence contre les personnes fournissent 113 articles, (font 80 pour le seul fait de mutilation, également prévu dans toutes ses variétés; 24 pour violences envers les femmes , etc.

« Cette législation qui , en matière de délits , révèle des mœurs si violente» , si brutales , ne contient point de peines cruelles ; et non seulement elle n'est pas cruelle, mais elle semble porter, à la personne et à la liberté des nommes, un singulier respect : des hommes libres s'entend ; car dès qu'il s'agit d'esclaves, et même de colons, la cruauté brutale reparait, la loi abonde en tortures et en supplices; mais pour les hommes libres , Francs et même Romains , elle est d'une extrême modération. Quelques cas seulement de peine de mort ; encore peut-on toujours s'en racheter : point de peines

(*) Oavragedté, p. 34 c tt saiv.

corporelles, point d'emprisonnement.

L'unique peme écrite, à vrai dire, dans la loi saliaue, est la composition, wehrgefd, wiarigeldy c'est-à-dire une certaine somme que le coupable est tenu de payer à rofTensé ou à sa famille. Àu wekrgeld se jointe dans un assez grand nombre de cas , ce que les lois germaines appellent le/r^d, somme payée au roi ou au magistrat , en réparation de la violation de la paix puolique. A cela se réduit le système • pénal de la loi

« Quant à la procédure criminelle , an mode de poursuites et de jugement des délits , la loi salique est très-incomplète et pres<]ue silencieuse ; elle prend les institutions judiciaires comme un fait, et ne parle ni des tribunaux, ni des Juges, ni des formes de l'instruction. On rencontre çà et là, sur les assignations, la comparution en justice , les obligations des témoins et des juges, l'épreuve par l'eau bouillante , etc. , quelques dispositions S])éciales. Mais pour les compléter, pour reconstruire le système d institutions et de mœurs auquel elles se rattachent, il faudrait porter ses regards fort audelà du texte et même de Tobjet de la loi. Parmi les renseignements (fu'elle contient sur la procâure criminelle , nous arrêterons notre attention sur deux points seulement , la distinction du fait et du droit , et les conjurants ou conjuratores.

a Quand l'offenseur , sur l'assignation de Toffensé, paraissait dans le mâl ou assemblée des hommes libres, devant les iuges , n'importe lesquels , comtes, racnimbourgs , ahrimans, etc., appelés à prononcer, la question qui leur était soumise était celle de savoir ce qu'ordonnait la loi sur le fait allégué : on ne venait point débattre devant eux la vérité ou la fausseté du fait ; on accomplissait devant eux les conditions par lesauelles ce premier point devait être aécidé; puis, selon la loi sous laquelle vivaient les parties, ils étaient requis de déterminer It

(•} Ouvrage dlé, p. 34».

taux âe la composition et toutes les circonstances de la peine.

« Quant à la réalité du foit même, elle s'établissait devant les juges de diverses manières , par le recours au iugement de Dieu , Tépreuve de Teau bouillante, le combat, etc., quelquefois par des dépositions de témoins , le plus souvent par le serment des conjvraiores. L'accusé arrivait suivi d'un certain ijombre d'hommes, ses parents, ses voisins, ses amis, six, huit, neuf, douze, cinquante, soixante -douze, cent même dans certains cas , et qui venaient jurer qu'il n'avait pas fait ce

?u'0Q lui im|)utait. Dans certains cas, offensé avait aussi les siens. Il n'y avait là ni interrogatoire, ni discussion de témoignages , ni examen proprement dit du fait ; les conjuratares attestaient simplement, sous serment, la vérité de l'assertion de l'offensé ou de la dénégation de l'offenseur. C'est là, quant à la découverte des faits, le

fjrand moyen , le système général des ois barbares : les conjuratores sont mentionnés bien moins souvent dans la loi des Francs-Saliens que dans les autres lois barbares, dans celle des Francs-Ripuaires , par exemple : nul doute cependant qu'ils n'y fussent également en usage, et le fond de la procédure crimjndle (*). »

LOI Btf IXrOAItBS.

La loi des Ripuaires, c'est-à-dire des Francs du Rhin , parait avoir été rédigée dans sa forme actuelle sous Dagobert , entre 628 et 688. Elle contât 89 ou 91 titres et (selon des . distributions diverses ) 224 ou 277 articles, savoir : 164 de droit pénal, et 1 (3 de droit politique ou civil , de procédure civile ou criminelle. Sur les 164 articles de droit pénal, on en compte 94 pour violences contre les personnes, 16 pour cas de vol, et 64 pour délits divers.

Dans cette loi, les conjuratores tiennent une plus grande place que dans la loi salique.

(*) Ouvrage cité , p. 35o-35a.

AGNE. 141

« Un autre- usage est aussi plus souvent mentionné dans la loi ripuaîre que dans la loi salique ; ie veux parlèr du combat judiciaire. ïl y en a bien quelque trace dans la loi salique ; mais la loi ripuaîre l'institue formellement dans six articles distincts. Cette institution , si un tel fait mérite le nom d'institution, a joué dans le moyen âge un trop grand rôle pour que nous ne cherchions pas à la bien comprendre au moment où elle paraît pour la première fois dans les lois.

. « S'il est prouvé que la composition, la seule peine, à vrai dire ; de la loi salique, fut un premier essai pour substituer un régime légal au droit de guerre, à la vengeance , à la lutte des forces , on peut dire aussi que le combat judiciaire est une tentative du même genre ; il a eu pour but de soumettre la guerre même, la vengeance individuelle, à certaines formes, à certaines règles. La composition et le combat jjLiuiciaire sont dans une relation intime , et se sont développés simultanément. Un crime avait été commis ; un homme était offensé ; c'était la croyance générale qu'il avait droit de se venger, de poursuivre par la force la réparation du tort qu'il avait subi. Cependant un commencement de loi , une ombre de puissance publique intervenait, et autorisait roffenseur à offrir une certaine somme pour réparer son délit. Mais, dans l'origine, l'offensé avait droit de reftiser la composition , et de dire : « Je veux « exercer mon droit de vengeance , je « veux la guerre. » Le législateur alors, ou plutôt les coutumes , car nous personniûons , sous le nom de législateur, de pures coutumes qui n'eurent longtemps aucune autorité léeale ; les coutumes donc intervenaient, disant :

Si vous voulez vous venger, et faire « la guerre à votre ennemi, vous b « lui ferez selon certaines formes, ep « présence de certains témoins. »

« Ainsi s'est introduit dans la Mgislation le combat judiciaire , comme une régularisation du droit de eu^e, une arène liim'tée ouverte à la ven* geance. Telle est sa premièce , sa véri-

table source; le recours au jugement çlc Dieu , la vérité proclamée par Dieu même dans IMssue du combat, ce sont là des idées qui s*y sont associées plus tard, quand les croyances religieuses et le clergé chrétien ont joué un grand rôle dans la pensée et la vie des Barbares : originairement le combat judiciaire n'a été que la forme légale du droit du plus fort, forme bien plus explicitement reconnue dans la loi des Kipuaires que dans la loi saliqueC). »

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