‹ Allemagne T. 2Chapitre 14 sur 56 · CARL MARTEL · texte numérisé non relu

CARL MARTEL

Pépin mourut en 714 ; sa mort semblait devoir être funeste à sa famille.

Mais son héritage passa à son bâtard Carl,« guerrier herculéen, chef invaincu et même très-victorieux, qui, dépassant les limites où s'étaient arrêtés ses pères, et ajoutant aux victoires paternelles de plus nobles victoires, triompha honorablement des chefs et des rois, des peuples et des nations barbares , tellement que depuis les Esclavons et IcsTrisons, jusqu'aux Espagnols et aux Sarrasins, nul de ceux qui s'étaient levés contre hii ne sortit de ses mains que prosterné sous son empire , et accable de son pou voir (*). w La veuve de Pépin, Plectrude, aurait bien voulu conserver la double mairie de Neustrie et d'Ostrasie à son petit -fils Théobald , sous le nom duquel elle aurait administré les deux royaumes; mais les Neustriens , non p]us que les peuples de la Germanie vaincus par Pépin , n'entendaient point se soumettre a un enfant et à une femme. Tous se soulèvent : les Neustriens se choisissent un maire, et attaquent l'Ostrasié; les Frisons la ravagent, et les Saxons se jettent sur toutes les frontières orientales. Les Ostrasiens, ainsi pressés de toutes parts, mirent à lepr tête un vrai fils de Pépin , son bâtard Cari , alors âgé de vingt ans, et que Plectrude avait enfermé dans une prison.

Cari, surnommé Martel ou Marteau, n'a rien de clérical; c'est un vrai Barbare^ un rude guerrier qui s'inquiète assez jpeu de l'Église , et fera rendre gorge aux abbés ei aux moines pour distribuer des terres 5 ses soldats. Aussi l'Église le maudira , et les moines iront par tes campagnes, racontant comment le tombeau de Cari a été trouvé vide quelque temps après sa mort, et tout noirci au dedans par les flammes

(*) Ibid.

de l'enfer; comment un saint ermite du mont Vésuve ou de l'Etna a vu passer, emportée par Ijs diable, Tame de Cari , du spoliateur des biens ecclésiastiques (*). Cari cependant mérita bien de l'Église, car il refit et acheva ce que Pépin avait commencé ; il prépara cette unité du nouvel empire des Francs, où l'Eglise devait tenir

(*) Frodoard, rbistoiicD de l'église de Reims, raconte commeDt on découvrit la daraoation de Cari. « Quand Cliarles Martel eut défait ses ennemis , il chassa de son siège le pieux RigoberC , son parrain , qui Tavail tenu sur les sainU fonts de baptême , et donna révêcbé de Reims à un nommé Milon , simple tonsuré , qui Tavait suivi à la guerre. Ce Cliarles Martel , né du concubinage d'une esclave, comme on le lit dans le^ Annales des roi» francs , plus audacieux que tons les rois ses prédécesseurs , donne non seulement l'évèché de Reims , mais encore beaucoup d'autres du royaume de France, a des laïques et à des comtes ; on sorte qu'il éta tout ))ouvoir aux évéques 6ur les biens et les affaires de l'Église. Mais tous les maux qu'il avait faits à ce saint personnage el aux autres églises de Jésus-Christ, por un juste jugement , le Seigneur les fit retomber sur sa tcte; car on lit dans les écrits des Pères, que saint Enchère, jadis évôque d'Orléans, dont le corps est déposé au monastère de Saint-Tnidon , s'éiant mis un jour en prières, et absorbe dans la méditation des choses célestes, fut ravi dans Tanlre vie, et là, par révélation du Seigneur, vit Charles tourmenté au plus bas des cnfei-s. Comme il en demandait la cause à l'ange qui le conduisait, celui-ci répondit quepar la sentence des saints, qui , au futur jugement , tiendront la balance avec le Seigneur, il était condamné aux* peines éternelles pour avoir envahi leurs biens. De retour en ce monde', saint Enchère s'en*pressa de raconter ce qu'il avait vu à saint îiouiface, que le saint siège avait délégué eu France pour y rétablir la discipline canonique , et à Fuirai , abbé de Saint - Denis et pn;niier chapelain du roi Pepiii; leur donnant pourpmivc delà vérité de ce qu'il rap-

Jîorlaii sur Charles Martel , que s'ils allaient I son tomlMian; ils u'y trouveraient point son cor|îS. En effet ceux-ci étant allés au lieu de la sépulture de Charles et i^ant ouvert son tombeau , il en sortit un sci^cnt ; et le tombeau fut trouvé \\de el noirci comme si le feu y avait pris. »

kSd L'UNI

îa première place, et saxiFa, jpar sa

iictoîre sur Tislamisme, l'existence u clergé des Gaules.

D^abord 11 attaqua les Neustriens , et les battit h Vincy, près Cambrai. Lés Aquitains étant venus avec leur duc Eu* àes à leur secours, ùe furent pas plus heureux , et la victoire de Soissons assura la domination de Cari sur la Gaule éa nord-ouest. Puis, ce fîit le tour des peuples ë'au-deià du Rhin : par des ex|>éditlons souvent répétées , il contraignit les Alemans, les Bavarois, les Thuringiens , à reconnaître , au moins nominalement, la suprématie 4e8 Francs. La Frise entière redevint UQe province de Tempire ostrasien (734). Enfin, les Saxons lurent repoussés dans leurs forêts; et les contrées fi tuées près des ri ve6 de la D'ppe furent rendues tributaires. Mais la jurande yictoire de Cari , icelle où il justifia son surnom de Martel, et qui lui mérita la reconnaissance de la Gaule, c'est la ëéfaite des Arabes à Poitiers.

TfCTOIEB DB POXTUIIS,

Pendant que les Germains prenaient possessioii de toutes les provinces européennes de l'ancien empire romain, un peuple , jusqu'alors inconnu et méprit, sortait oes déserts de l'Arable pour partager avec eux les dépouilles du grand empire, et lui enlever ses possessions de l'Asie et de l'Afrique.

A la voix de Mahomet, les tribus nomades du désert s'étaient réunies. Ce n'était point oomme ^pour les Gernsains l'esprit d'aventure , le besoin de ? oîr et de ôosséder des terres nouvelles st les ridies provinces où les appe- 'laîcmt tant de richesses et de jouissances, qui poussaient les Arabes loin, ée leurs anciennes demeures. En courant le monde . de raiiftalaya aux Pyrénées , ils obéissaient à l'esprit de conquête, mais aussi de prosélytisme que leur avait inspiré Mahomet. Leur prophète avait dit : «Une félicité éternelle K est réservée au martyr mort dans une f £uerre sainte contré les infidèles ; car c b naradis est sous l'ombre des épiées, « et répée des croyants doit servjr sans « oessë contre les infidèles , jusqu'à

« ce qu'ils se coiSvertisseQt ou paient c tribut. » Jamais peuple ne se montra plus fidèle à la loi de son p;rophète. L'an 622 de notre ère, Mahomet fuyait de la Mecque à Médine, accompagné du seul Abubèkre, et en 687 l'Assyrie et la Perse étaient conquises. Deux'ans dus tard , les Arabes venaient planter l'étendard du prophète jusque sur les bords du Pont-Euxin , en Caoe des murs de Constantinople, et Amrou , le lieutenant d'Omar, s'emparait d'Alexandrie. La. conquête de l'Afrique coûta peu de temps et d'efforts; Akbab, parti de Pâmas h la tête de dix mille Arabes, soumit toutes les villes de la côte et, pénétrant à travers le désert, arriva jusque sur les bords de la mer Atlantique : là, poussant son cheval dans les flots de l'Océan , il s'écria : « Sois-moi témoin , dieu de Mahomet , c que la terre seule a manqué aux fidèles « croyants. »

Cependant l'Océan lui-même ne devait point borner leurs conquêtes. Dans ce temps l'Espagne était encore soumise ^x Visifioths; mais ces premiers Germains, établis dans l'empire, s'étaient promptement abâtardis r); c'était u^ monarchie sans unité nationale, où le vaincu même, deux siècles après sa conquête, était tenu par le vainqueur dans un abaissement numiliant. Les YislgotJis auraient cru dégrader leur race ea jnêJant leur s^ng à celui des Espagnols, ea permettant les mariages entre les jdeux peuples; ils refusaient de les admettre au partage des emplois civils et militaires, et ils ne voyaient pas

Îju'ils leur donnaient des intérêts dîférents, qu'ils préparaient ainsi leur défection , si jamais survenait im ennemi extérieur. Quand les Arabes se présentèrent, il y avait déjaquelaue temps, disent les chroniques, que des bruits étranges couraient toute l'Espagne et annonçaient de grands changements. A Tolède se voyait un vieil édifice où personne n'osait pénétrer , car de sinistres prédictions menaçaient celui qui entrerait le promier. Le roi Roderik voulut savoir œ

(•) Voy. d-dessuf , p. 94.

que conCtenait cette mystérieuse (kmeii- « Tt;\\ s*j rendit et trouva d'abord noe caverne fermée par une porte d'airain.

Quand il ia Gt briser , les montagnes Usines tremblèrent sur leur base et le tonnerre roula dans le ciel; il avança cependant , et bientôt rencontra une salle ou étaient placées des statues rev^ues de costumes étranges, inoonnus; on aurait dit des hommes venus des pays lointains de fOrient, Toutes avalent des sabres nus à la main, et sur la lame de Tun d'eux étaient gravés des caractères que le roi ne put comprendre. Un vieux Juif consulté V lut ceâ mots : « Le dernier jour de rEspagne est venu. » Cest ainsi que Fimagination populaire ae retraçait le grand événement de Tinvasion des Arabes. On dira ailleurs les querelles de Roderik et des fils de Yitizi, la légende de la Cabe, et la trabison du comte Julien : ces détails sont étrangers à notre histoire. Il nous suffit de dire qoe Tan 7t 1 P£spagne fut conquise par les Arabes dans une bataille de trois jouta. Ni TÈbre, ni les Pyrénées , ne purent arrêter ces hardis cavaliers; ils se lancèrent au delà des monts pour soumettre la Gaule à leur calife de Damas; Careassonne et Mmes furent prises, Toulouse assiégée, Bordeaux détruite. Sous leur chef Abdérame, Us pénétrèrent jusqu'en Poitou, Jusqu*en Bourgogne; Autunfut sac^igé niar eux, et Tan 731 ils brdlèrent relise de Saint-ffilaire de Poitiers.

Tout le midi de la Gaule, dies Pyrénées à la Loire, allait devenir leur proie. Eudes, due d'Aquitaine, pouvait à peine se défendiPe dans Toulouse : viveoient pressé par les Arabes , il se dédda enfin à recourir au maire d'Os- .trasfe. et Cari Martel, oomprenant rhnminence du danger, s'avança avec ses Francs jusqu'à Poitiers. (Test là qtte ae rencontrèrent, à Textrémité de I oecklent, les Barbares du nord et du midi, les Germains et les Arabes. La mêlée fut sanglante, ear c'était plus une* deux peuples, e'étut deux reli-

fions, desx civilisations, deux mondes , Europe at l'Asie, qui se trouvaient

làGRE. tu

enoora una fois aux prises. VÂÉm ist vaincue oomme toujours, eomme cAi l'avait été par la Grèce tt par Roms, comme elle Pest aojoard'nui par ta Russie et l'Angleterre.

Les Sarrasins, si l'on en cniit les chroniqueurs, perdirent trois eent soixante-quinze miHe hommes. Ce nombre est évidemment exagéré; mais rimagination au moyen âffe fat telles ment frappée de ce grand coot de deux races, qu'on crut toujours à un iti^ mense massacre.

La victoire de Poitiers parut «voir sauvé l'Europe du mahométisme. Rappelons-nous toutefois qu'une religion coaune une civilisation n'a chance dê vie que quand elle s'accorde avec les mœurs : or, l'esprit ds la religion de Mahomet, ses doctrines fatalistes et sensuelles sont trop contraires au g6* nie des peuples septentrionaux, pour que l'islamisme eut pu s'étenara en Europe; c'est à peine s'il a pu s'élever au-dessus du 43* degré de latitude, tandis qu'il s'est étendu du Portugal jusqu'au Gange. Cette remarque peut paraître bien matérialiste, mais soneons que nous parlons en ce moment 'une époque de barbarie, c'est-à-dire d'un temps où la nature physique a encore une puissante influeoee sur l'homme non civilisé.

Pour achever et compléter sa vie* toire, Cari, non content d'avoir arrêté l'invasion musulmane, chercha à re* jeter les Arabes aundela des Pyrénées, en leur enlevant tout ce qu'ils possédaient dans la Gaule méridionale* U marcha contre un de lispra émirs, qui cherchait à élever en Provence le siège d'un nouvel empire, s'empara d'Avignon qu'il réduisit en cendres , assiégea inutilement Narbonne, mais enleva Marseille, et entra dans Tflipes, où il essaya de brûler \eê arènes qu'on avait changées en forteresse; on aperçoit, dit-on, encore sur les murs les {races de l'incendie.

Ces succès sur les infidèles firent bientôt oublier que c'était avee les •biens de l'Eglise qu'il avait payé les services de ses guerriers, et, quelque temps avant sa mort, Cari reçut deuK

L*UlîIVERS.

nonces du pape Grégoire III (les premiers qu'on ait tus en France) ; ils kii apportèrent les clefs du sépulcre de saint Pierre avec d'autres présents , et lui demandèrent contre Luitprand. roi des Lombards, des secours qu'il leur promit, mais que la mort ne lui permit pas d'envoyer. Ainsi commençaient à se rapprocher ces deux grandes puissances , le pape et le maire a'Ostrasie, qui devaient s'aider l'un l'autre à dominer sur le monde.

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