‹ Allemagne T. 2Chapitre 2 sur 56 · GEOGRAPHIE PHYSIQUE DE L'ALLE- MAGNE · texte numérisé non relu

GEOGRAPHIE PHYSIQUE DE L'ALLE- MAGNE

La Haute-Allemagne est bornée à Pouest par le Jura, les Vosges et les Ardennes; au sud par les Alpes; a l'est par les monts Crnpaks. Le Tyrol, une partie de la Bavière, les provinces allemandes de l'Autriche au sud du ^Danube, appartiemicnt encore au système des Aipes.

En quittant les Alpe^, on descend vers le nord sur un grand plateau qui «'étend du Jura au Boehmerwald (Forêt de Bohême), dans une largeur qui varie d'une journée de marche jusqu'à qua- , tre, et dont l'élévation moyenne est de 1,200 pieds au-dessus du liive^iu de la mer. plateau est traversé par le Danube et s'abaisse par conséquent vers l'est; la vallée du Danube le lie à la Hongrie, qui forme comme un golfe entre les nMHitagnes. Ce plateau est bordé au nord, et séparé des plaines qui avoisinent la mer, par une zone irrégulière* chargée de montagnes, de forêts et de plateaux secondaires , quelquefois entièreinejit interrompus, plus«Quveat traversés par des défilés.

,La partie septentrionale des Vesjges dans la Bavière rhénane, le* H undsruok dans le duché du BastRlim,et les A rden* nés dans le Luxembourg , se trouvent eu deçà du Rhin, et ^ndant tout la moyen âge ont procure aux peuples qui 1 ks haMtaient une indépenoanoe près* ] que entière • vi»-^is de leurs piii^tsants i voisins de ITast et de: l'onest. IvOraquft après la inortdeCharles^e Téméraire en se. partagea ses dépouilles,«ucun intermédiaire n'exista plusentrelaFrsneenI L'Ailemagne; deux gDMds.enpÎMSîdt

ALLEMAGf^E.

àtan graides nattons furent «d préseaee. La iutle ^'mfsafeù iMentdt sur les bords du Rfaio ; mais cttte querelle de quatre sièdes semble touèher à sa fin : la cWilisatioUy qui passe incessamlaeot de iruo a l'autre de ces ^ux grands ptupèes , efface chaque jour les baÎBes nationales et tend la guerre de plus en plusdifificile.

Orct^ons-Mous d*abord de Pest, de la partie immédiatement en oontaet avec le syslènie général des montagnes de TEurepe. Le groupe qui, sous ie mm deSudéte&y de monts des Géants, de liTzgebirge^ occupe. la Moratie, la fiohéuieorientaletlaâilésiesupéneure, la Lusace etie royaume deSaxe , verse roder dans la . Baltique et TRIbe dans la mer du ^ord ; de l'autre odité , la llarcb se jetle.dans le >Danube et la mer Notre. Ainsi, le commerce n*a MseudegraadesdifiQcuttés physiques a vaincre pour pénétrer dons ces pays , ai riches 4'oilleurs en métaux ; et Ton conçoit le prof^ de Tempereu r* Charles Iv qui voulait par un canal réunir la Moédatt au Danube.

Depuis Unrlemagiie, la frontière aUeutande a toujours avancé de ce cdié. Les rais ée Boliéme ont reconnu Tautorité de Tempire, les ardwducs d*Autnche «ont devenus rois de Bohême et somieraiiis de |»lusieurs au- Ires parties de ce territoire, enfin la kitte entre la Prusse et TAutriche a BU pMur eauae et pour*théétre la p: rlie jwrd-est de ces montagnes. Cependant la popuialion<slave qui les occupe a toujoum oanservé son caraotère primitif ; elie est là comme Tavant-garde de sa race, placée sur une- haute tour. Bien que -de trois côtés des populalioos germaniques Teiivironnent, et oue même, par suite des conquêtes M chevaliers Teutoniques, les Allenands se trouvent aussi sur ses 4lernèNS« il scRiMe qu'eHe devient plus ienace de jour «en jour; et pourtant en général aucune race ne parait aussi mabile qiie celle des Blaves. Cest id le caractère puissant du sol qui a mocu rhomme et qui le retient par me fofce 'constamment la même.

D» chatae moins élorée (Zdavskf

nory)^ qoî forme la fimitière de la Moravie et de la Bohême, se détache vers le sud de cette masse centrale. A Vwe$t , le Hiesengebir^ et TETzgebirf e la lientau Fichtelgebirge, montagnes centrales de TAUemagne, qui forment les frontières de ia Bavière, de la Soxeetde la Bohême, et qui donnent naissance à quatre fleuves, TÉger, la Saaée, la Naab et le Mein, dont les deux premiers se jettent dansPEtbe, le troisième dans le Danube, et le quatrième dans le Rhin. Le Fichtelgebirge, riche en minerai de fer, est comme le noeud des trois bassins germaniques ; c'est le centre de rAlIcinagne. Il rayonne dans trois directions ditférentes : tandis qu'au sud e au sud-est il touche, lui, aux plaines de la Bavière et de la Frïmconie^ au nordouest il lanoe, pour ainsi dire, le Thurin^erwald et le Frankenwald , à Test rErzgebirge, et au sud-est le fioehmerwald.

Cette dernière chatne lorme la frontière de la Bohême et de la Bavière , et de ce côté termine T Allemagne et le bassin de la mer du Nord. Dca masses de granit primitif avec leurs pentes rapides, leurs cimes dépourvues d'arbres , leurs flancs escarpés et couverts de noirs sapins, tel est Taapect sauvage de le Forêt de Bohême.

De toutieinpsies croy ances populaires ont peuplé ces lieux de monstres et d'êtres surnaturels. Schiller y a placé le théâtre de ses brigands , et tout récemment on y a cherohé la prison de Gaspard Hauser.

La Forêt de Bohême ilesc^nd ven le Danube : c'est à Lintz que le fleuve s'ouvre un chemin en^re ces montagnea et le rameau précurseur des Alpea.

Lint* est la clef de l'Autriohe; et ce-

rîHdant on n'a songé que de nos jours fortiMer cette ville , bien eue te pHnee 'Eugène de Savoie eût déjà reconnu que l'Autriche ne serait en sâreté que forsqu'on aurait lait de Lintz une pm farte.

A rouest dtt'Fiditelçebin^e«e trou>pe 4e plateau de Franoonie avec^tiombreuses forêts, tjes montagnes ée f Allemagne eentrale ^ifrent beaiioouiK

L'UNIVERS

de ces plateaux secondaires. Vers le nord-ouest se détache du Fichtelgebirge le Thuringerwald entre Loben- «tein, Schmalkalden, Eisenach et Saalfeld. Sous les rois des deux premières jraces , ce pays fut le théâtre des guerres entre les Francs et les Saxons:

aujourd'hui il se trouve partagé entre une dizaine de petits princes et la Prusse , qui vient de leur imposer son système de douanes et d'impôts : victoire paisible qui peut lui faire oublier réchec qu'elle y a reçu en 1806.

La plaine delà Thuringe et les montagnes du Hartz s'adossent vers le Dord au Thurineerwald et pénètrent fort avant dans Ta grande plaine septentrionale. C'est toujours dans ces montagnes, dont le Brunswik forme Ja partie la plus septentrionale, que la souveraineté des petits princes a trouvé un dernier asile : dans les plaines, au contraire, l'unité de domination est parvenue plus facilement à s'établir.

Le Hartz a été le dernier refuge du paganisme et de la nationalité saxonne reculant devant les armes et les missionnaires des Francs : mais Je Broken , point culminant de cette chaîne, a été bien puni de l'asile qu'il a donné aux sacrifices impies des taxons; carse^ ennemis lui ont fait en Allemagne la plus mauvaise réputation.

C'est la , disent-ils , que s'assemblent, dans la nuit du premier mai, les sorcières , arrivant de tous les points sur Jeurs manches à balai ; c'est la que Méphistophélès préside au sabbat. Tout le monde a lu le Faust de Goethe ; mais un autre poème du même auteur , qui explique l'origine de ces croyances , mériterait bien aussi les honneurs de Ja popularité.

. line chatne de collines, de plateaux et de montagnes peu considérables, se détache du Thuringerwald vers le nord-ouest : elle n'a pas même de nom collectif. Elle suit le courant du Weser, qui la quitte définitivement audessus de Minden pour parcourir les (gaines de la Basse -Saxe jusqu'à la Frise. Ces montagnes, au point où le ileuve les abandonne, n'ont plus que quelques centaines de pieds de hauteur,

puis elles tournent vers Touest et se perdent entièrement près d'Ibbenbùhren.

Au sud de ces collines jusqu'à la Hesse - Électorale s'étend le Teutoburgerwald , pays couvert de collines et de forêts, où Arminius anéantit les légions de Varus. C'est la barrière de l'Allemagne contre toute incursion faite du côt^ du nord-ouest. Le Spesshard, le Vogeisberg et le Rliôn occupent les contrées situées entre le FranKenwald et le Nassau : ils suivent le cours du Mein, et séparent l'Allemagne du nord de celle du midi. Le duché de Nassau , le pays le plus fertile en vin de toute rAllemagne, est traversé par le Taunus et le Westerwald , qui forcent le Rhin, quand il arrive à Mavence, à se détourner vers l'ouest jusqu^à Bingen. Le Westerwald projette au nordest les monts Rothhaar et Egge , qui forment la frontière méridionale du Teutoburgerwald ; d'autres chaînes aussi peu considérables s'avancent jusqu'aux sources du Wipper et jusqu'à Bonn sur le Rhin.

Il nous re^te à jeter un coup d'oeil sur les montagnes situées entre le Mein , le Rhin et le plateau bavarois.

A l'endroit où laRegnitz se iette dans le Mein, s'élève une chaîne de montagnes, d'abord peu considérable, oui suit une direction méridionale sous le nom d'Albuch, et vers le sud-ouest prend le nom d' A Ipes de Souabe,qu'eile conserve jusqu'aux sources du Danube. Au sud du Danube, elle descend jusqu'au Rhin, ou plutôt s'étend au-dela de ce fleuve; car ces montagnes ne sont qu'une continuation du Jura à travers lequel le Rhin s'ouvre un passage.

Vo€ autre chaîne, qui a des embranchements nombreux avec la première, accompagne le Rhin depuis Fribourg jus(|u'au Mein , et sépare la vallée du Rliin supérieur du plateau montagneux de la Souabe. La partie méridionale decette chaîne, le Sch warzwald, est séparée de la partie septentrionale , l'Odenwald , qui occupe l'espace compris entre le Mein et le Rhin , par le défilé de la Bergstrasse , remarquable par une grande quantité de châteaux gothiques en ruine, et par la

beauté des arbres fruitim qui bordent cette route. Elle a sept lieues d'Allemagne de longueur, et va de Heidelber^ à Mannheim. Le Schwarzwald et rOdenwald sont surtout riches en forêts d'arbres fruitiers et en vignes : les Alpes de Souabe sont moins favorisé^. De cette chaîne découle la Rezatde Souabe, qui se jette dans la Regnitz , celle-ci à son tour dans le Mein, qui luimême se perd dans le Rhin : c'était la Eezat que Charlema^e songeait à lier par un canal à rAltmiihl,afin de niettre ainsi le Rhin en communication avec le Danube, projet que de nos jours le roi de Bavière a, dit-on, repris.

Entre cette zone montagneuse de TAUemagne centrale et la Baltique à Test, la mer du Nord à Fouest, se trouvent dfô plaines sablonneuses., qui s'abaissent insensiblement vers l'ouest jusqu'aux marais de la Frise et de la floUande. L'Oder, l'Elbe, le Weser et TEms les arrosent ; la mer d'Allemaene les lie aux côtes de la Flandre, de ia France , des îles Britanniques , la Baltique aux royaumes Scandinaves et à la Russie. C'est une contrée d'une industrie active , d'un commerce étendu ; c'est le pays de la ligue hanséatique , de cette compagnie de négociants qui domina long-temps les mers et les contrées environnantes. Cela tient, sans doute, à ce que nulle part les communications des côtes avec l'intérieur ne sont plus faciles. Les canaux les mieux construits ne sauraient offi-ir plus d'avantages à la navigation que ne le font le Weser et l'Elbe : une lois qu'ils ont quitté les montagnes , ils coulent vers la mer sans rencontrer aucun obstacle, ils sont navigables pendant près des deux tiers de l'année, et le halage s'y fait très-facilement.

Le continent du Danemark touche immédiatement à cette partie de l'AIlema^e ; mais les îles danoises et la grande presqu'île Scandinave sont d'une bien plus grande importance maritime : toute la côte, depuis Lubek jusqu'à Straisund, est sillonnée de petits ports ; quelques heures de traversée et vous êtes en Séelande, en Scaoie. Remarquons pourtant qu'à l'ex-

'ception de l'île de Rugen , toutes les îles de la Baltique sont étrangères à l'Allemasne : la famille Scandinave > rameau de la race germanique, a su s'y maintenir.

Plus tard nous aurons lieu de remarquer combien l'histoire de la Basse- Allemagne diffère de celle de la Haute- Allemagne; mais ce que nous venons de dire fera déjà apercevoir combien la différence du sol a dû rendre différents les caractères des peuples. C'est surtout pour n'avoir point fait attention à cette différence , que l'on s'est si souvent mépris sur les événements et sur leurs suites.

Un trait caractéristique de la Basse- Allemagne , c'est (^e jamais elle n'a pu fixer ses frontières. A l'ouest , la JBollande, Jusqu'à la révolution où elle secoua le joug de l'Espagne, était dans un état douteux par rapport à l'empire germanique; de nos jours encore, au congrès de Vienne , on est revenu sur cette question, qui, après avoir été longuement débattue, n a pu se résoudre que par un compromis. A l'est, la frontière n'est pas encore fixée aujourd'hui ; la partie la plus orientale de la monarchie prussienne ne fait pas par tie de la Confédération germanique , mais en est la limite.

Il parait qu'au temps de Tacite, les Germains s'étendaient au moins jusqu'à la Vistule. Plus tard , quand ils s avancèrent vers l'ouest, le pays qu'ils abandonnèrent fut occupé par des Slaves, qui se répandirent dans toute la partie située au nord de l'Elbe. La

fjuerre systématique entreprise en Alemagne contre les Slaves , commence dès le temps de Charlemagne; elle fut continuée par les margraves ( comtes des frontières) de Saxe et de Brandebourg. On n'est pas, il est vrai, parvenu à chasser ces Slaves ou ces \Vendes , mais on les a germanisés par des colonies nombreuses envoyées de la Basse- Saxe et de la Hollande, par le christianisme, par le commerce et par les arts de la paix. Les princes slaves qui se sont convertis et germanisés les premiers, les ducs de Mecklenbourg, sont les seuls qui occupent encore des trônes

rUlSIVERS.

affjoQrdlrai ; œr les empereurs actuels ée Russie sont , non pas des Slaves , ■ni» des princes du Hi>lstetn.

La Prusse fut conquise f)ar les dt»

valiers de Tordre Teutoniqoe aTant laêmer réeuque où rAlleinagne s^élendît j»suu*â ses frontières. La Courtaude et la Livonie fîireiit soumises (lar les chevaliers Porte ^Glaives; nais ce»

moines guerriers ne se contenlèrenC pas de convertir les tribus païeunes, ils les détruisirent pre6<|ue entièrement, et les remplaeèrejit par des colons allemnds* Il y a déjà loug- temps que la langue prussienne est comptée pernv les langues mortes.

BAR QOBLS PEOPLBS LA GVUMAHIB ÉTATÎV KLLB HABITK£?

Une description des diverses na* tions qui ont peuplé primitivement rMlemagne devrait suivre le tableau que nous avons dressé de la géoftrapbie physique de cette contrée. Mais nous savons peu de chose sur Tintérieur de Tancrenne Germanie. Romains eux-mêmes n'ont connu que tard cette contrée , et jamais ils n'y ont pénétré bien avant, d'une manière paciuque.. Le Rhin et le Danube formaient , de ce côté , les limites du erand empire ; et c'est à conserver ces frontières que se borna toute Tambition romaine. Quant aux Germains , aucun d'eux n'a pris soin de conserver îe souvenir des temps passés. Quelques traditions orales, reçu iilies plus tard, quelques chants populaires lormaient toute leur histoire primitive. Tout ce aue sait Tacite des anciennes peuplaaes germaniques , e^t dû, comme il le dit lui-même, à « d'anciennes poésies qui célèbrent le dieu Tui8tt)n, né de la terre, et son fils Mannus, comme les pères et les fondateurs de la nation.

Les Germains , ajoute- t-il , donnent à Mannus trois fils, dont les noms firent appeler Ingévones les plus voisins de TOtéan, Hermiones ceux de Tinténeur, et les autres Istévones. Plu-

sieurs, uB»t àu pfTvHégfi que àoaam' Téloigoement des temps,. mulitiplietiÉ*. les enfants du dieu^ et Itts peuplesi diMit la nation se compose^ et qu*rbi appeHeiit Rf^rscs, GaniAN'iyiensi, Soè^* ve», Vaodales. Ce sont même Ion eux, les ancien» et véritablesr, noms; celui; de Germanie^ est m»^ deme et ajoutédepuis ptiu Les jm^ miers<mi passèrent le RhîOvet cfia»* sèrent' les Gaulois^ et qui maintenante se nomment Tongres*, se nommèrent i alors Germains. Ce nom, borné d'abord à use simple tribu, s'étendît pea h> peu, et, créé parla victoire pMir inspirer pius de crainte (*) , il fut bientôt . a«epté par la nation tout entière. »

Pline partage tous les peooles de la Germame en cinq classes : 1* les Ven* dtH, auxquels se ratfacfaent les Bnr^Dm' diones , les Varrni , les Carmi , l«s Guttones ( au N.-E. ); T les Ingévones avec les Cimbres, les Teutons, les Cauques et ceux qui habitent les ties voisines (au N.-O.); 3' les Istévones avec les peuples voisins du Rhin, dont font partie les Cimbres méditerranéens (à TO. ) ; 4*» les Hermiones avec les Suèves, les Hermundores, les Cattes et les Chérusques ( au S.-O. ) ;

enfin, les Peuciniens et les Bastarnes.

Il n'est point de notre sujet d'entrer dans les qi»estions d'origine; it doit nous suffire pour le moment d'avoir indiqué en peu de mots ce que les Romains savaient sur les premiers liabitants de la Germanie. D'ailleurs, bien que ces peuplades aient été plus sédentaires qu'on ne Ta cru souvent , de nombreuses révolutions ont néanmoins changé fréquemment la distribution des peuples sur le sol de l'Allemagne. Raconter celles de ces révolutions qui nous sent connues, ce serL exposer en même temps les principaux changements survenus dans la demeure des tribus germaniques.

(*) De heer, armée , et mo/t, homme, c'està-dire /tomme de combat.

HISTOIR E DE L'A LLEATAtilVE.

VhlsUstrt if .Ufemegne peut separfagèr en sept périodes.

fo Depuis les temps les plus aneiemi jusqu'à rinvasion de Tempire romain par les Barbares. (Test Tbistoire inté^ Heure de Taridenne Germanie.

2* Depuis nnvasion iusqu*à Téta- Mîssement du rovaume de uermanie.

3<> Depuis rétablissement dû royaume de Germanie jusqu'au commencement de la querelle des inv^itures.

4* Depuis Henri TV jusqu'à la mort de Frédéric IL (Rivalité de Tempereur et du pape; guerres de TAlletûâçne et de lltal e.)

6^ Depuis Télection de Rodolpbe de Habsbourg jusqu'à Luther.

Depuis Luther jusqu'au traité de Westphan'e.

T Depuis le traité de Westphalie jusqu'à nos jours.

FREMIÈRE^ PÉRIODE, avnm iutemm ti» mn âHcriirs joss^tr'^

ihWTLiWB DB L*EimtB PAI 1.BS BARBA BBS.

Nous Terrons dans cette période la Gemaanie se révéler d'abord au monde par une formidable invasion ; puis, attaqoée elle-même par Rome, rapprocher aespeupUdes dispersées, les unir par des fens étroit», et les précipiter presque chaque année sur les retranchements iemain€, jusqu'à ce que le flot soit asses fort pour franchir ses digues et inonder l'empife jusqu'au cœur.

S I. Lm Cimbrbs Bt LU Teutons.

IIb siècle environ avant J.-C, Rome ignorait encore ce que c'était ^ia Germaoie. Elle éprouvait bien wie^ secrète terrenr lottqu'elle jetait les yeux veva le Nord, au-delà des Alpes; elle sentait qu'il y avait là, dan» i'obsetirilé de ces forêts impénétwtoles, un danger menaçant pour elle.

Les Gauk>i», ces enfants perdus du moiide barbare, ces hommes à l'épée TafiA», qui couruient le monde pour

TOir , tuer et piHer, bn avaient denrig lan^-temM révélé ce* danger; if est vrai qu^elle en avait exterminé bon mmibre, et que les victoires de* Sen*tinun», chi lac Vadimon^ du cap de Télamone, l'avaient qvelqiie peu rassurée. Kt d'ailleurs, que craindre depuis la chute de- Carthage, de Hiiiippe et d'Antiochus? Le bruit dr tous ces triomphes n'empéchait^^^ pas le peuple^ roi d'entendre les sourds mur* mures qui s'élevaient do Nord?

Mais voici qu'arrive un jour la nouvelle que trois cent mille Barbares, reculant devant un débordement de la Baltique , descendent vers le sud ; que déjà ils ont battu, au pied des Alpes, un préteur romain oui voûtait arrêter le torrent; que rillyrie, le Norique sont inondés de Barbares; qu'enfin l'Italie n'est plus défendue que par ses montagnes : c'étaient les Cimbres et les Teutons, peuples du nord de la Germanie, qm venaient chercher an midi des terres et un climat plus doux.

La terreur fut grande dans Rome :

« on ne savait ô*oii était partie cette nvée orageuse. Ils habitent, disaiton , auîc extrémités de la terr* nrèl de l'océan hyperboréen , dans' un pays couvert partout de bois et d'ombres épaisses presque inacces* sibles à la lumière; car les ravons dn soleil ne peuvent pénétrer Sans ces forêts si vastes et si profondes

Si'elles vont se joindre à la forêt ercyniemie. *» — «Aux bords de l'Océan, dit Tacite, habitent les timbres , peuple maintenant peu nom* breux, mais dont la gloire est immense. Il reste de leur ancienne renommée des traces largement empreintes : ce sont, en-dieçà comme au-delà du Rhin, des camps dont le vaste contour permet encore aujourd'hui de mesurer la masRC et les forces de la nation, et rend croyable la multitude inflnie de ses guerriers. »

Cependant la hantenr des Alpes lit^ réta ces Barbares. Ilstounrèrenrvertt'

L'UNIVERS

la Gaule , entraînant avec eux les nopulations des montagnes , et répandirent une efi&oyable désolation sur cette contrée. Arrivés sur les bords du Rhône, ils virent encore devant eux ces Romains qu'ils avaient déjà rencontrés dans leurs courses vers Forient, en lUyrie, en Macédoine, en Thrace. L'immensité de ce grand em-

gire, dont ils trouvaient partout les routières, les frappa d'étonnement, et, reculant pour la première fois devant une bataille, ils demandèrent au proconsul Silanus de leur donner des terres , offrant en retour de faire pour Rome toutes les guerres qu'elle leur conunanderait. «Rome, leur répon- « dit Silanus, n'a point de terres à « vous donner, et n'a aucun besoin « de vos services. » Puis il passa le Rhône et se fit battre. ( 107 av. J.-C.)

L'année suivante^ les Teutons tuèrent, près de Genève, le consul Cassius , et firent passer sous le joug les débris de ses troupes, tandis que les Cimbres détruisaient au midi l'armée de Scaurus. La Province restait sans défense , les Alpes n'étaient plus gardées, et le prestige du nom romain commençait à s'affaiblir chez ces Barbares, tant de fois vainqueurs des légions. Un conseil fui tenu par eux pour dhoisir la route à suivre ; Scaurus, prisonnier, assista, chargé de chaînes, à cette délibération. Interrogé par les Barbares, il les intimida de ses réponses courageuses : « Je « vous le conseille, dit-il, passez les « Alpes, mettez le pied en Italie, et « vous saurez quelle est la force de « Rome.» Ces paroles hardies irritèrent un Jeune chef qui , comme les sauvages américains que provoquent les sarcasmes du prisonnier attaché au poteau de guerre, se jeta sur Scaurus, et le perça de son épéc. Toutefois les Baroares hésitèrent encore.

L'an 105, profitant de la mésintelligence des deux généraux envoyés contre eux, ils exterminèrent deux armées romaines. Quatre-vingt mille légionnaires, quarante mille esclaves ou valets d'armée tombèrent sous le glaive, tout le reste fiit pris : dix

hommes seulement échappèrent. (Tétait la sixième armée romaine détruite par les Barbares.

Avant la bataille, les Barbares, pour venger un outrage fait à leurs députés, avaient juré de sacrifier aux dieux tout ce que leur donnerait la victoire; ils accomplirent religieusement leur serment. Les hommes furent tués, les chevaux précipités dans le Rhône , et les cuirasses, les armes, les chariots, brisés et brûlés; enfin, l'or et l'aiigent même jetés dans le fleuve. Puis ce ne fut plus, des Alpes aux Pyrénées, qu'une immense dévastation.

Arrivés aux portes de l'Espagne, les Barbares , oubliant l'Italie , furent curieux de voir cette contrée nouvelle ; ils passèrent les Pyrénées et allèrent émousser leurs épées contre cette race de Celtibériens, si dure et si opiniâtre dans ses montagnes. Ce fîit le salut de Rome. Elle eut le temps d'appeler d'Afrique Marins, et de l'envoyer garder les Alpes.

Durant trois années, sans égard ur les lois , Marius fut prorogé dans le consulat. Il employa ce temps à exercer ses soldats par de prodigieux travaux, et les soumit à la plus sévère discipline. Enfin les Barbares revinrent avec l'intention , cette fois , de pénétrer en Italie. Les Cimbres prirent à gauche par l'Helvétie et le Norique, pour descendre par le Tyrol et la vallée de l'Adige. Les Teutons marchèrent à Marius, qui, pour habituer ses soldats à voir de près les Barbares, leur refusa long-temps de combattre. Les Teutons se décidèrent à passer outre.

Six jours entiers, sans que leur marche fût interrompue, ils défilèrent en vue du camp romain; et comme ils passaient sous le rempart , on les entendait crier : « Nous allons voir vos « fenunes,. n'avez -vous rien à leur « mander? » Marius les suivit à petites journées, ^iant une occasion favorable.

Arrivée près d'Aix, la horde s'arrêta,^ et Marius , résolu de combattre , vînt camper près d'elle, sur une colline où l'eau manguait. Les soldats se plaignireut bientôt b soif; Marius,

leur montrant de la main une nVière qui baiguaît le camp des Barbares :

c Cest là , leur dit-ii , qu'il faut aller acheter Peau au prix de votre sang. »

Cependant les valets de Farmée, qui n'avaient d'eau ni pour eux , ni jpour leurs bétes, descendirent bientôt en foule vers la rivière ; les Barbares, se croyant attaqués, coururent précipitamment prendre leurs armes , et s a- Tancèrent bientôt, frappant leurs boucliers en mesure , et marchant tous en cadence au son de cette musique sauvase. Mais, en passant la rivière , les Barbares rompirent leur ordonnance , et ils n'avaient pas eu le temps de la rétablir, lorsque les Romains fondirent sur eux de leurs postes élevés, et les heurtèrent avec tant de force , qu'ils les obligèrent, après un grand camase, à prendre la fuite. Parvenus près de leurs chariots, ils trouvèrent un nouvel ennemi auquel ils ne s'attendaient pas : c'étaient leurs femmes , oui , grinçant les dents de rage et de douleur, frappaient également et les fuyards et ceux qui les poursuivaient ; elfes se jetaient au milieu des combattants , et, de leurs mains nues , s'efforçaient d'arracher aux Romains leurs épées et leurs boucliers.

Les Romains, après ce premier succès , regagnèrent leur poste a la nuit tombante; mais l'armée ne Gt pas entendre, comme il était naturel après un si grand avantage, des chants de.

ret de victoire. Ils passèrent toute nuit dans le trouble et dans la frayeur, car leur camp n'avait ni clôture, ni retranchement.

n restait encore un grand nombre de Barbares qui n'avaient pas combattu ; toute la nuit ils poussèrent des cris horribles, qui ressemblaient à des hurlements, à des gémissements de bétes féroces , mêlés de menaces et de lamentations. Les cris de cette multitude immense faisaient retentir les nontacnes voisines et jetaient la terrenr dans k camp romain; Marins hû-méme, frappé d^étonnement , s'atteadait à un combat de nuit, dont il cndgiiait le ùbtQtir^, JAm il3 m sor-

tirent de leur camp, ni cette nuit,- ni le jour du lendemain : ils les employèrent à se préparer pour la bataille.

Cette seconde bataille, livrée deux jours après la première, ne fîit pas plus heureuse pour les Barbares : attaqués en face par les légions, surpns par derrière par un lieutenant de Marius, ils ne purent résister. Le massacre fut horrible, comme dans toutes ces batailles de l'antiquité , où l'on se battait à l'arme blanche , homme à homme. Quelques historiens cités par Plutaroue prétendent que depuis»

cette bataille les Marseillais Grent enclore leurs vignes avec les ossements de ceux qui avaient été tués et que les corps, consommés dans les champs par les pluies qui tombèrent pendant 1 hiver, engraissèrent tellement la terre , et la pénétrèrent à une si gramle profondeur , que l'été suivant elle rapporta une quantité prodigieuse de fruits.

Cependant (a guerre n'était point finie, les Teutons seuls avaient été exterminés ; restaient encore les Cimbres.

Catulus, qu'on avait envoyé pour défendre, contre eux, le passage des Alpes, désespérant de garde^ ces défilés , était redescendu en Italie , et s'était réfugié derrière l'Adige. Il éleva des deux côtés du fleuve de bons retranchements, afin d'en empêcher le passage. Mais les Barbares méprisaient tellement leurs ennemis, et les insultaient si ouvertement, que, pour faire parade de leur audace et de leur force,, ils s'exposaient tout nus à la rigueur des frimas, grimpaient sur les montagnes, à travers des monceaux de neige et de glace; et, parvenus au sommet , s'asseyaient sur leurs boucliers, et, glissant le long des rochers,, s'abandonnaient à la rapidité de la pente sur le bord de précipices d'une profondeur effrayante.

Quand enfin ils eurent transporté leur camp près de celui des Romains, et qu'ils eurent examiné comment ils pourraient passer la rivière, ils réso-. lurent de la combler. Coupant donc les tertres des environs, déracinant les arbres, détadiant d'énormes rochers et de grandes masses de terre, ils les

L'UNIVERS

itmlaîent dans le fleoTê, pour eu m* serrer le cours. Ils jetaieût eo même tem|>s , au-dessuft du ponl ooe les Roniains afafent construit, oes masses d"ira grand poids , qoi, entraînées par letx>urant , venaient battre le poot , et en ébranlaiait les fondements.

La plttpart dés soldats romains, effrayés, forcèrent leur général deqtih'ter la position qn^l arait prise. Les Barbares s'emparèrent 4» fort que Catalus avait construit a«-del» du flenve^ Rem[)lis d'admiration pour les soldats ronmiris oui l'avaient défendu avec la plus çrai^e valeur, et s'étaient expo* fiés SI courageusement pour leur pa«* trie , ils les laissèrent alfer à des conditions honorables, dont ils convinrent en jurant sur leur taureau d'airain. On dit oue ce tanreau fut pris aiprès la bataiHe, et porté dans la maison de Catuhis, comme les prémices de sa victoire. Les Barbares, trouvant le pays sans défense, Grent partout un horrible dégât.

Heureusement on venait d'apprendre à Rome la victoire de Marins. Il fbt rappelé en toute hâte, et envoyé au secours de son collègue.

Cependant les Gimbres attendaient toujours l'arrivée des Teutons. Ils ne voulaient pas croire à leur défaite, et envoyèrent même à Marins des ambassadeurs chargés de lui demander pour eux et pour leurs frères des terres et des villes où ils pussent s ét^ Hfr. « Ne vous inquiétez plus de vos « frères, leur dit Marins, ils ont la « terre (fne nous leur avons donnée, « et qu'ils conserveront à' jamais. »

Les Barbares s'emportèrent en injures * et en menaces, et lui déclarèrent qu'il allait être puni de ses railteries , dV bord par les Cimbres et ensuite pur le» Teutons, lorsqu'ils seraient arrivés, a Ils le sont, répliqua Marius, et il se- « rait peu honnête de vom ei> aHer «c sans avoir salné vos frères. » En même temps il ordonna qu^on amenât, chargés de chaînes , les roîs des Teutons , que les Séquanes avaient faits

Sisonmers, comme ils s'enfuyaient ns les Alpes.

Les €iml)res n'eurent pas plutôt en-

tendu le rapport de leurs atnbàsM^* deurs , qu'ils iiiarchèrenl«uri4e^ani|»î contre Marius, qui so tenait tranquiHe dans son camp, et se oontanitait de le garder. BoTorix , roi des Cimbres, à t» tête d'un détachement peu nomfbrevRc^ decavakrrie, s'étdBt'apfHt>ché du^amp de Marius , provooua ce général o (her le ionr'ot le lieu<ni commit) pour ité« cider qui resterait maître au pnys.

Marius lui répondit que les Romams ne prenaient jamais conseil de leurs ennemis pour combattre, que cependant it voulait bien satisfaire les (Ambres sur ce qu'ils demandaienti Ils convinrent donc c|u« la bataille se donnerait dans trots jours, et dans la plaine de Ver(*eil. Les Barbares furent exacts au rendez-vous. Le jour venu, leur infanterie se rangea en bataille dius la p^ne; elle formait une phalanc^e carrée, qui avait antânt de front que de profondeur, et dont chaqnio côté couvrait trente stades de terrain^ Leurs cavaliers, au nombre de qisùmte mille, étaient magnifiquement parés; leurs casques se terminaient en gueules béantes et en mufles de bêtes saovages, surmontés de hauts pannches semblables à des ailes, ce qui ajoutait ^ encore à la hauteur de letnr taille. Ils étaient couverts de cuirasses de fer, et de boucliers dont la blancheur jetait le plus prand éclat; ils avaient chacun deux lavelots à lancer de loin , et dans la mêlée ils se servaient d'épée^ longues ' et pesantes.

A peine le combat était-il cotnrtt^noé s'éleva sous les pas de cette mul* titude un tel nuage* de poussière , qoe les deux armées ne purent plus se voir. Marius, qui s'étaA avancé pour tomber lepremiersur l'enneoii, lemanqua dans cette obscurité ; et aynui poussé bien au-delà du champ de tiataille , il erra long-temps dans ta plaine, tandis que Catuhjs avait seul eu à soutenir tous les efforts des Barbares. L'ardeur du joUTi, et les rayons brMants du so^ leil qm donnaient dans le- visage de»

Cimbres, secondèrent' les Romanis.- Ces Barbares, nourris dans des lieuK froids et couverts, et endsircis anc:

plus fortes gslées, ». povrssMt sup«>

fi

pmi^'^k cMèvr^'îmnâiÂ^e'tmvtr et tmit* hslèlftBts^, il» se oovtraient le vi- <^ IcKfrs tiosefiers*, et exposaient lenr corps s»is détfbim aux coups <te IVniieiBi*

Les plB* braves <f entfre' les Ombres furenttaiRés^ nièces ; car, pour empâeber que ceux des premiers ranf^ ne rompissent leur ordomianee , ils s'étaient I9é« ensemble par de longues ebaîneB attachées à leurs baudners.

£68 vaîo^ueurs poussèrent les fuyards TOScR^n leur? retranchements', et ce nitli -qu'on tH le spectacle le plus- tragique et le çtas anmix. Les femmes , Têtues de noir , et plaeées sur les cha* rfots , tuaient clles-métnes les fuyards ? cHes étouffaient leurs enfants , les je* taient sous les roues des chariots on moi les pieds des chevaux, et se tuaient ensuite elles-mêmes. Une d'en* tte elles, après avoir attaché ses deux enfants à ses deux talons, se pendit au timon de son chariot. Les hommes, ftHite d'arbres pour se pendre, se met^ talent au cou des nœuds coulants qu'ils^ attachaient aux cornes ou aux jambes des bceufis, et les piquant ensuite, pour les faire courir, ils périssaient etrantdés on foolés aux pieds de ces animaux* Malgré le ffrano nombre de cenx qui se tuèrent ainsi de leurs pmyie» ntntns, on fit pins de soixante mrlle prisonniers, et on en tua deux f&n autant.

Les honneurs rendus h Marins après cette lietoire tc^moignèrent de la crainte des RonKYins. Il fut snrnom^ mé le troisième Ronmius; chaque citenren, à la nouvelle de sa victoire, répandit' des libations en son nom.

Lui-ioême crut avoir ép\é les exploits de Baechas dans l'Inde , et fit ciseler sur son bofxHier la téte d'un Barbare tiraiit la langue. Rome croyait en effet avoir étoirffé la barbarie drnis ses bns puissants.

S n. Aniovisn b» us Stoàvts.*

^n>me des Cimbres avait révélé à Rome un monde nouveau , mais ofDt comme une horriUe apparition qn s'évanouit sans laisser autre chose

après elfe que dé croeî* sonvenh-s; La Germanie retomba dans son obscurité pour un demi-'siède. Rome, occupa de ses guerres civiles , parut l'oubher. Gepencbnt; durant ces cinquante années, il dnt y avoir de grands mouvement^rdans Fîntérieur de TAIIemagne, car lorsque César arriva sur le Rhin , il trouva un peuple nouveau d6nt la vaste confédération dominait sur une grande partie de ces vastes contrées.

C'étaient les Suèves, nation redoutée de toute la Germanie, et qui se vantait qu*aucun autre peuple n osait habiter près d'elle. Pour faffe connaître cette grande conf)§dération suévique, nous ne saurions mieux faire que de citer ici ce qu'en disait , environ cent cinonante ans après César, le dernier grand écrivain de Rome.

« Les Suèves , dît Tacite (*) , ne sont pas, comme les Cattes ou les Tenctères, une seule et unfque peuplade. Ils occupent la plus grande par^ tic de la Germanie, et sont divisés en plusieurs nations, dont chacune a conservé son nom , quoiqu'elles reçoivent toutes le nom conmiun de Suèves.

Une coutume particulière à ces peuples, &est de retrousser leurs cheveux et de les- attacher avec un noeud : ainsi se distinguent les SÙèves des att* très Germains, et, parmi les Suèves, l'honmie libre de l'esclave. Si des liaisons de famille avec eux , et souvent' le seul esprit d'imitation , ont prof)agé cet usage dans les autres cités , il y est rare et cesse avec la jeunesse. Chet les Suèves, on continue jusqu'à la' vieillesse de ramener cette chevelure hérissée , que souvent on lie tout entière au sommet de la téte. Les chef^ y mettent quelque recherche ; c'est la seule qu'ils connaissent, et celle-là est innocente; leur pensée n'est point d'aimer et d'être ainîés; ils ne veulent ' que se donner une taHIe plus hante et un air plus terrible : avant d'aller en guerre ils se parent comme pour les yeux de l'ennemi.

(*) Nous faisons «sage ici , comme dans toQB les passages cités, de TexceUente irt«> dactioQ de M. J.-L. Buraoaf^

L'UNIVERS

« Les Semnones se disent les plus anciens et les plus nobles des Suèves.

La religion du pays fait foi de leur antiquité. Ils ont une forêt consacrée dès Jong-temps par les augures de leurs pères et une pieuse terreur ; c'est là qu'a des époques marquées, tous les peuples du même sang se réunissent par députations , et ouvrent , en immolant un homme, les horribles cérémonies d'un culte barbare. Une autre pratique atteste encore leur vénération pour ce bois. Personne n'y entre sans être attaché par un lien , symbole de sa dépendance et hommage public à la puissance du dieu. S'il arrive que l'on tombe , il n'est pas permis de se relever ; on sort en se roulant par terre. Tout, dans les superstitions dont ce lieu est l'obiet, se rapporte à l'idée gue c'est le berceau de la nation , que la réside la divinité souveraine , que hors de là tout est subordonné et tait pour obéir. La fortune des Semnones donne de l'autorité à cette prétention : ils occupent cent cantons, et cette masse de forces leur persuade qu'ils sont la tête de la nation des Suèves.

« Le titre des Langobards, c'est leur petit nombre , d'autant ou'environnes d'une multitude de cites puissantes, ils trouvent leur sûreté , non dans la soumission, mais dans les combats et l'audace. Viennent ensuite les Reudignes , les Aviones , les Angles, les Varins, les Eudoses, les Suardones et les Nuithones , tous protégés par des fleuves ou par des forêts. Ces peuples, pris séparément, n'offrent rien de remarquable. Un usage commun à tous, c'est l'adoration d'Ertha, c'est-à^ire, la Terre-Mère. Ils croient qu'elle intervient dans les affaires des hommes , et qu'elle ^e. promène quelquefois au milieu des nations. Dans une île de l'Océan est un bois consacré, et, dans ce bois, un char couvert, dédié à la déesse. Le prêtre seul a le droit d'y toucher ; il connaît le moment oi^ la déesse est présente dans ce sanctuaire ; elle part traînée par des génisses, et il la suit ayec une profonde vénération. Ce sont alors des jours d'allégrçsseî c'est une

fête pour tous les lieux qu'elle daigne visiter et honorer de sa présence. Les guerres sont suspendues , on ne prend point les armes; tout fer est soigneusement enfermé. Ce temps est le seul où ces Barbares connaissent , le seul où ils aiment la paix et le repos ; il dure jusqu'à ce que la déesse étant rassasiée du commerce des mortels, le même prêtre la rende à son temple.

Alors le char et les voiles qui le couvrent, et, si on les en croit, la divinité elle-même , sont baignés dans un lac solitaire. Des esclaves s'acquittent de cet ofGce, et aussitôt après le lac les engloutit. De là une religieuse terreur et une sainte ignorance sur cet objet mystérieux qu^on ne peut voif sans pérfa».

« Cette partie des Suèves s'étend vers le fond de la Germanie. Plus près, en suivant le Danube, se trouve la cité des Hermondures, fidèle à notre empire , et , à ce titre , admise à trafiquer, non sur la rive seule, comme les autres Germains, mais à Tintérieur, et jusque dans la colonie la plus florissante de la Rhétie. Ils passent librement et sans gardes partout où ils veulent; et tandis que nous ne montrons aux autres peuples que nos armes et nos camps, nous ouvrons à celui-ci nos maisons de ville et de campagne , qui n'excitent pas ses désirs.

Chez les Hermondures est la source de l'Elbe, fleuve célèbre et jadis connu de nos légions ; on ne fait maintenant qu'en entendre parler.

« Près des Hermondures habitent les Narisques, ensuite les Maroomans et les Quades. Les Marcomans sont les premiers pr la gloire et les forces; le pays même qu'ils occupent, enlevé iadis aux Boîens, est une conquête de leur valeur. Les Quades et les Narisques ne sont pas indignes d'eux. Cest là comme le front de la Germanie , en descendant le Danube.

Les Marcomans et les Quades ont eu jusqu'à nos jours des rois de leur nation, issus des nobles familles de Maroboduus et de Tuder : ils commencent à en souffrir d'étrangers. Du reste, ces rois doiveot à la protection

IS

de Rome leur force et leur mndeur:

nous les aidons rarement de nos armes, plus souvent de notre or, et ils ne sont pas moins puissants.

« Plus loin les Marsijtnes, lesGothins , les Oses, les Buriéns, forment par derrière la limite des Marcomans et des Quades. Par le langage et la coiffure, les Marsignes et les buriens annoncent des Suèves. Les Gothins parlent gaulois, et les Oses pannonien; c'est dire assez qu'ils ne sont pas Germains : ajoutons qu'ils se soumettent à des tributs ; une partie leur est imposée par les Sarmates, l'autre partie par ies Quades , t^i les traitent comme étrangers. Les Gothins , pour surcroît de honte, tirent le fer des mines. Tous ces peuples s'étendent peu dans la plaine; ils habitent en général dans des gorges , sur le sommet et le penchant des montagnes; car une longue chaîne partage et coupe en deux la Suévie. Au-delà de cette chaîne sont un grand nombre de nations , dont la plus considérable est celle des Ly ffiens, divisée elle-même en beaucoup de cités. Il suffira de nommer les plus puissantes, les A ries, les Helvécones, les Manimes, les ÉIvsiens, les Naliar- Taies. Chez les Nanarrales on montre un bois consacré, dès long-temp, par la religion. Le soin du culte est remis à un prêtre en habit de femme. Ce coite s'adresse à des dieux qui , dans roiyinpe romain , sont , dit-on , Castor et PoUux ; ils en possèdent les attributs : leur nom est .^Ici. Du reste, point de statue, nulle trace d'une origine étrangère; mais ce sont bien deux frères, tous deux jeunes, qu'on adore. Les A ries surpassent en forces les peuples que j'ai nommés aveceux .Ces hommes farouches, pour enchérir encore sur leur sauvage nature, empruntent le secours de l'art et du temps : Û8 noircissent leurs boucliers, se tei-

Sent la peau , choisissent pour comttre la nuit la plus obscure. L'horreur seule, et l'ombre qui enveloppe cette lugubre armée, répandent l'épNOuvante : il n'est pas d ennemi qui soutienne cet aspect nouveau et pour ainsi dire infernal; car dans tout combat

les yeux sont les premiers vaincus.

Au-àelà des Lygiens habitent les Gothons, soumis à des rois dont la main se fait déjà plus sentir que chez les autres nations germaniques, sans que la liberté cependant soit encore opprimée. Plus loin, au bord de l'Océan, sont les Rugiens et les Lémoves.

Toutes ces nations ont pour signe distinct if le bouclier rond , l'épée courte, et leur respect pour la royauté.

« On trouve ensuite dans l'Océan même les cités des Suione's, aussi

Suissantes par leurs flottes qu'ahonantes en armes et en guerriers. Leurs vaisseaux diffèrent des nôtres en ce que , les deux extrémités se terminant en proue, ils se présentent toujours dans une direction commode pour toucher le rivage. Ce ne sont pas des voiles qui donnent le mouvement, et les rames ne sont pas attachées par rangs aux deux flancs du navire; elles sont libres comme sur certains fleuves, et se transportent au besoin de l'un à l'autre bord. Les richesses sont en honneur chez ce peuple : aussi est-il soumis au pouvoir d un seul : et ici le pouvoir ne connaît plus de limites , ce n'est plus à titre précaire qu'il se fait obéir. Les armes ne sont pas, comme chez les autres Germains, à la disposition de tous : on. les garde enfermées, et le eardien est un esclave. C'est que 1 Océan garantit le pays des invasions subites, et que des mains oisives pourraient facilement abuser des armes : or, en confier le dépôt à un noble, à un homme libre, à un affranchi même, serait contraire à l'intérêt monarchique.

« Au-delà des Suiones est une autre mer, dormante et presque immobile.

On croit que c'est la ceinture et la borne du monde , parce que les dernières clartés du soleil couchant y durent jusqu'au lever de cet astre , et jettent assez de lumière pour effacer les étoiles. La crédulité ajoute qu'on entend même le bruit qu'il fait en sortant de l'onde, qu'on aperçoit la forme de ses chevaux , les rayons de sa tête. La vérité est que la nature finit en ces lieux. En revenant donc à

L'UNIVERS

la mer Suévique, on trouve sur le rivage à droite les tribus des Estyens.

ils uut ies usages et les babillemenls desSuèvt^s; leur langue ressemble davantage à celle des Bretoos. Us adorent la Mère des dieux. Pour symbole de ce culte « ils portent Timai^ d*uo sanglier : elle tient lieu d'armes et de sauvegarde; elle donne à Tadorateur de laoéesse , fût-il entouré d'enDemis, une pleine sécurité. Les Estyens eombattent peu avec le fer , souvent avec des bâtons. Us cultivent le blé et les autres fruits de la terre avec plus de patience que n*en prounet la paresse habituelle des Germains. Ils fouillent même la mer , et seuls de tous les peuples ils recueillent le succin , qu'ils aj^ pellent glesx : ils le trouvent entre les rodiers et Quelquefois sur le rivage. Quelle en est la nature et comment il se forme, c'est ce que des barbares D*ont ni cliercbé, ni découvw^rt. Ixmgtemps même il resta confondu parmi les viles matières que rdette l'Océan , et c'est notre kixe qui ra mis en réputation. Les .çens du pays Ui'en Cant aucun usage ; ils le recueillent brut, nous l'apportent dans son état infor* me,:et s étonnent du prix qu'ils en reçoivent. Le succin doit être la gomme de certains arbres : souvent, enreffet, sa transparence y laisse apercevoir des animaux terrestres et même des insectes ailés, qui s'embarrassent dans cette substance encore fluide, et Gnissent, ^uand elle durcit, par y rester emprisonnés. Jl serait donc ^rai que , s'il est au fond de l'Orient des véc[étaux qui aistillent le baume et Tencens, il existe aussi, dans, les fies et les terres de rO(.citlent , des forêts et des arbres d'une fécondité inconnue, dont le suc exprimépar ies rayons d'un soleil si rapproché de ces climats, s'écoule et tombe dans la mer voisine, et vient, apporté par les vents et les flots, se décharger sur les cétes opposées. Si l'on prouve la natuM ou succin en l'approcliant du feu,, il s'allume comme un flambeau et jetta une flamme crasse et odorante,; bienttt il s!amoUot comme la jp%\x ou la «éaina* Adirés les Suiones wemientjsi-

•médiatement les Sttooes. SemMaMes en tout ie .reste , ils diffèrent d'eux en un point;. c'est qu'ils obéissent à une femme : tant ils «ont tombés audessous, je.ne dirai pas. de la liberté, mais de la servitude elle-même. Là fiait la Suévte. »

Les tribus les plus , belliqueuses de cette vaste <x>nfedération habitaient le midi de rAllemagne, et jetaient déjà des regards d'envie sur les richef peuplades de la Gaule orientale. Bientôt elles virent arriver au milieu d'elles des Gaulois , implorant leur secours :

c'étaient des députés séauanes qui, opprimés par les Édûes, (uliéis et «mts du peuple romain, voulaient opposer à cette allianee celle des «Barbares d'au-delà du Rhin. Arioviste, chef de plusieurs des tribus des Suèvas, Jef aeeueillitavec enipressement, et passa le lUiin avec quinze miile guerriers.

Peux batailles suflirent pour ruiner la piiisseiice des Édues ; mais les Suèves oublièrent bientôt qu'ils n*étalent «ntrés -dans la Gaule qu'à tî« tre d'alliés des géquaaeo. Une (m a« milieu de oes ticlies contrées , ils ne voulurent plus les Quitter , prirent le tiers du territoire oes Séquanes, eiigèrent de nombreux otages, et form^ lent, à deux pas des frontières romaines,.une puissance défendue par deuK eent mille guesriera.

dM (UmK aUait ilewenir Cermamie.

Tous alors s'adressèrent à Kome.César, qui avait .besoin .de longues et gtorieuses entreprises, se flt cliargerdu gouvernement de la province , et méditant la conauèke de èa^Gaule entière, il. comprit quS'l €iilait, avant tout, en fermer l'entrée aux Aarbaras de la G^manie. iD'abnrd il eelbula dans leiàTs ^Mantagnes les fieivctiens ^i, fatigués des «ontuMieUas ifkcursions des fiuèves, 4e4HS voisins, voulaieiift aller «oliercher «ur les côtes du grand OAéofi m elimat 'pbis doux «it 4111e w moins rude.

Cette preaKèreteiné^itlonianbefée^ César «se trouva ^i-H^H«is tëes'fiuèM.

Il avait d'jtard «ssafé ^ëes «égsoiihtions , '«t .dainsMlé tuoe tsanteeMe â ▲novisto. « Si J'avaai besoin uk Qà^

c sar, dit le chef barbare, j'irais le « trouver; si César a besoin de moi ,

9u*il vienne lui-inéine. Quant à la emande de ne plus tourmenter les « Édues , fuse du droit de Tépée : le « vainqueurdisposeisongrédu vaincu, c Que César, comme if s'en vante ^ m essaie de venger les Édues, il ap- « prendra à oonnattre une nation « aguerrie et indomptable qui , depuis « quatorze ans , n*a pas reposé sous « un toit » « Ceci est ma Gaule, di- « sait-il plus tard à César lui-même, « en montrant de la main tout le pays « des Séquanes; vous avez la vôtre,..

« Au reste, si vous me laissez en re- « pos, je ferai toutes les guerres que « vous voudres^, sans peines ni pérys A.pour vous. »

Ces paroles, les récits que faisaient les Gaulois de la taille gigantesque dies soldats d'Arioviste, die leur bravoure prodigieuse, de leur babitude des armes , jetaient la terreur dans le camp romain. Partout on ne voyait que gens ^ui faisaient leur testament ; .ks /MUS vieux ^Idits se pronoettaiett même de ne point suivre les enseignes , quand César ordonnerait de les porter en avant. Il fallut toute Télo- .^uence du proconsul pour ranimer les •eouragrs. « Si vous m'abandonnez, m ieurdit-il, rirai toujours; il mesuf- « fira de la dixième légion I •»

iNitaiUe fat acharnée ; cependant U discipline romaine l'emporta. Tout êe oui ne fut point tué sur le champ de .batatile^ tut poursuivi jusqu'au Bhin et périt dans le fleuve.. A rioviste, avec un petit nombre, échappa dans nne banjue qu'il trouva par hasard sur la rive, klais il ne .survécut pas lonft-temos à la honte de sa défaite ou à ses.blessures. César apprit bientôt sa mort, avec la nouvelle que les SuHes effrayés s'éloi^aient des bords jdv Rhin , et regagnaient leurs foreU.

X'wvasion de la Gaule fut retardée ipour quatre •imp* f!%^ avant J.-C)

<J in. La OtKJiAJiis iiiiiiPERDAim m«* «SBUftis MEUM w Bjum,mt ml Daxhsi.

C2éiar, CDOUBie nous i^avons dit^

JkQVE. |S

voulait isoler. la Gaule delà Geimanie. Lorsau'il se trouva maître de toute la Caule .orientale , ^près s^n exnédition, contre; les Belges, il voulut assurer ses nouvelles conquêtes du nord, comme il avait fait pour celles du midi, en éloignant des bords du Rhin les peuplades germaniques.

D'ailleurs ce que les Suèves avaient tenté , deux nouvelles tribus voulaient le faire. La défaite d'Arioviste n'avait

§u ébranler la puissance de la ligne es Suèves ; elle faisait encore en Germanie tout trembler devant elle , forçant les peuplades voisines a payer tribut ou à chercher au loin de nouvell^ demeures. Les Usipiens et les Tenctères, après une vive résistance»

avaient été chassés leurs terres, et , poussés pendant trois années de canton en canton , à travers les for^ de la Germanie , ils étaient enfin arrivés, au nombre de quatre cent trente mille, à l'embouchure du Rhin. lîa tribu gauloise des Ménapes se -retira à leur approche sur la rive gauche « ,pour dérendre le passage. Trompas par un stratagème des Germains quît après s'être éloignés du fleuve pendant trois jours, tombèrent à l'impra* viste sur les Ménapes, oeux-ci perdirent une partie de leurs guerriers, et les Germains se trouvèrent eneove une, fois au^elà du Rhin, au miliea des peuplades récemment soumises par César.

La terreurs répandit sur toute la Gaule. Heureusement pour César, 1^ Gaulois ^redoutaient plus encore la ^ rocité des Germains que le joug dont César les menaçait. La plupart se réunirent à lui , et une nombreuse cavalerie vint.se joindre aux légions. Comme les Cimbres, comn»e Arioviste, les .nouveaux envahisseurs ne demandaient à César que de les kiisser s'établir paisiolement^ur ,les ter^^ qu'ils avaient conquises. « Nous ne cédons, «.disaii>nt-iis, quJaux Suèves s«uls»

41 à C|ui les dfeux mimas ne résiste- « raient (>as; qiuint à tout autre en- « nemi , il n'en est pas sur la terre « qui ne doive trembler devant nos « armes. »

César fut plus heureux encore cette fois que contre Arioviste. Les Barbares , surpris par Farmée romaine , au moment oii ils attendaient le retour de leurs envoyés, eurent à peine le temps de saisir leurs armes ; rompus par les légions, ils s'enfuirent jusqu'au confluent de la Meuse et du Rhin. Toute la horde périt entre les deux fleuves.

Profltant de cette victoire inespérée, le proconsul jeta en dix jours un pont sur le Rhin, non loin de Cologne, alla chercher lui-même les Barbares jusque dans leurs forêts, et revint sans avoir rencontré Tennemi.

Ces deux victoires de César arrêtèrent le mouvement qui poussait les peuplades germaniques sur la Gaule; «Iles avaient été reçues si rudement lorsqu'elles s'étaient aventurées audelà du fleuve, qu'elles désespérèrent de franchir cette frontière. Auguste, d'autre part , comprit qu'il n'y avait rien à gagner avec de tels hommes ; aussi lorsqu'il se trouva maître tranquille de l'empire, il posa comme une maxime politique qui devait guider à jamais ses successeurs, de ne point chercher à porter les aigles romaines au-delà du Rhiu ; ce fleuve devait ser- TÎr, du côté de la Gaule, de frontière à l'empire.

L'Italie pouvait être menacée par les peuplades de la Rhétie; Auguste les soumit , s'empara des passages des Alpes , et les légions vinrent établir leurs castra stat'wa sur la rive droite du Danube, dans le Noricum (partie de l'archiduché d'Autriche).

Ainsi , la Germanie se trouvait enfermée par deux grands fleuves, sur ies bords desquels veillaient les légions. Les tribus voisines entrèrent même parfois au service de Fempire. César en tira une excellente cavalerie; plutieurs de leurs chefs vinrent à Rome recevoir le titre de citoyens ou deche- Taliers, et bon nombre de leurs guerriers formèrent plus tard la garde per- 1K)imelle de l'empereur.

S rv. La GKRMAifiK d'entre Renr rr Dahube MEif acbe par Rome. — Coif pbdr-

RATIOIf DES PEUPLADES DU NoRD. UeR-

MAirif. — Marboo.

Cependant Auguste lui-même fut obligé d'ordonner plusieurs expéditions militaires dans l'intérieur de la Germanie. Pour rester possesseur tranguille du Rhin et du Danube, il fallait en écarter bien loin ces Barbares qui, à chaque instant, pouvaient, par une incursion rapide, porter la dévastation dans les provinces gauloises.

Les Germains , pressés à l'ouest et au sud , se virent menacés dans leur indépendance jusqu'au sein même de leurs forêts; pour résister à ces attaques redoutables, ils sentirent pour la première fois le besoin de s'unir étroitement entre eux. Ainsi , Rome révéla la Germanie à elle-même, et bientôt de vastes confédérations s'élevèrent pour résister au double danger qui les menaçait.

A la tête des peuples du midi de l'Allemagne sont toujours les Suèves et les Marcomans , la plus belliqueuse de leurs tribus. Nous avons vu précédemment quels étaient ces peuples, nous demanderons encore à Tacite de nous faire connaître ceux du nord et du nord-ouest, qui vont jouer un si grand rôle sous Hermann.

« La plus intrépide de toutf>s ces nations, les Bataves, sans tenir beaucoup de place sur la rive (gauche) du fleuve, en occupe une île. Ce fut jadis une tribu de Cattes , qui , chassée par une sédition dmitestiaue, se réfuta dans ce pays , où elfe devait un jour faire partie de notre empire. Un beau privilège atteste et honore leur ancienne alliance : ils ne sont ni flétris par des impots , ni écrasée par des pubiicains. Exempts de charges et de contributions , uniquement destinés aux combats , on les garde , comme on garde du fer et des armes, pour s'en servir à la guerre. Les IVIattiaques nous obéissent au même, titre; car la ^andeur du peuple romain a étendu jusqu'au-delà du Rhin et de ses fix)ntières anciennes le respect de ses lois.

Les demeures et le territoire des Mattiaques sont sur Tautre rive; feurs âmes et leurs cœurs sont avec nous :

du reste , ils ressenri)lent aux Bataves, si ce n'est que l'énergie du sol et du dîmat natal leur donne un esprit encore plus belliqueux. Je ne compterai pas au nombre des peuples germains , quoiqu'ils habitent au-delà du Rhin et du Danube, ceux qui exploitent les terres Décumates. Des aventuriers gauk>is , animés de Taudace qu'inspire h misère, s'établirent sur ce terrain ë*une propriété indécise ; bientôt une barrière fut élevée, nos postes furent portés en avant; et ce pays, enclos dans nos limites, fait aujourd'hui pai^ tic d*une province.

« Au-delà sont les Cattes, qui commencent aux hauteurs de la forêt Hercynieime , et habitent des campagnes moins ouvertes et moins marécageuses que les autres contrées de la uermame. Les collines se prolongent en ^et, en s'abaissant insensiblement, et la forêt elle-même suit fidèlement les Cattes , et ne les abandonne au'h leurs frontières. Ils ont, plus qued autres, le corps robuste, les membres nerveux, le visage menaçant, une grande vigueur d'ame. Leur intellieence et leur finesse étonnent dans des Germains. Ils savent se choisir des chefs, écouter ceux qu'ils ont choisis , garder leurs rangs , comprendre les occasions, différer une attaque, profiter du jour, se retrancher la nuit, se défier de ia fortune, attendre tout de la valeur , et , ce^qui est très-rare et ne peut être que le fruit de la discipline, compter sur le général plus que sur rarmée. Toute leur force est dans finfanterie, gu'ils chargent, outre ses armes, d*outils en fer et de provisions. Les autres Barbares vont au combat; les Cattes vont à la guerre. Ils font peu d'excursions, évitent les rencontrès fortuites. Ce n'est guère en effet 4|a'à des troupes à cheval qu'il appartioit de brusquer la victoire et de précipiter la retraite : trop de vitesse ressemble à de la peur ; une lenteur circonspecte est plus près au courage.

« Uo usage, adopté quelquefois chez

T Livraison. (Ajxemagne.)

les autres Germains par la bravoure individuelle, est devenu chez les Cattes une loi générale : ils se laissent croître, dès l'âge de puberté, la barbe et les cheveux , et ne dépouillent cet aspect Sauvage qu'après s'être déliés, en tuant un ennemi , du voeu qu'ils ont fait à la vertu guerrière de le garder jusque-là. .C'est sur le sang et les dépouilles au'ils se découvrent le front; alors seulement ils croient avoir acquitté le prix de leur naissance, et se présentent à la patrie, à un père, comme leurs dignes enfants. Le lâche qui fuit la guerre conserve cet extérieur hideux. Il est des braves oui prennent en outre un anneau de fer (signe d'ignominie chez cette nation) et le portent comme une chaîne , jus-

3u'à ce qu'ils se rachètent par la mort 'un ennemi. La plupart des Cattes aiment à paraître avec ce symbole. Ils blanchissent sous d'illustres fers, qui les signalent également aux ennemis et à leurs frères. Ils ont le privilège de commencer tous les combats; c'est d'eux ou'est toujours formée la première ligne , dont le coup d'oeil étonne ; car ces visages farouches ne s'adoucissent pas même dans la paix.

Aucun de ces guerriers n'a ni maison, ni terre , ni souci de chose au monde. Ils se rendent chez le premier venu et s'y font nourrir, prodigues du bien d^autrui, indifférents au leur, jusqu'à ce que la vieillesse glacée leur interdise une si rude vertu.

« Tout près des Cattes, les tJsi-

Slens et les Tenctères habitent sur le ihin, qui à cet endroit coule encore dans un lit assez fixe pour servir de limite. Aux autres mérites des guerriers, les Tenctères unissent, par excellence, l'art de combattre a cheval, et l'infanterie des Cattes n'est pas plus renommée que la cavalerie des Tenctères. Les ancêtres ont donné l'exemple, les descendants s'y conforment.

Monter à cheval est l'amusement de Tenfance; c'est toute l'émulation des jeunes gens; c'est encore l'exercice des vieillards. Les chevaux sont une propriété qui se transmet ainsi que les esclaves , les pénates , les droits de la

L*UNIVERS

suôcessiôn ; un des fils en hérite , non le plus âgé , comme des autres biens , mais le plus intrépide à lu guerre et le meilleur cavalier.

« Après les Tenctères se trouvaient les Bructères, remplacés maintenant par les Chamaves etles Angrivariens...

« Les Angrivariens et les Chamaves ont derrière eux les Dulgibins , les Chasuares et d'autres nations peu connues ; par-devant ils s'appuient sur les Frisons. On divise les Frisons en grands et petits, selon la force de Kurs cités. Leur pays est bordé par le Rhin et va jusqu à la mer , embrassant des lacs immenses , où naviguèrent aussi des flottes romaines. INous avons même tenté par cet endroit les routes de l'Océan , et la renommée a publié qu'il existait dans ces régions d'autres colonnes d'Hercule; soit qu'en effet Hercule ait visité ces lieux, ou que nous soyons convenus de rapporter à sa gloire tout ce que le monde enferme de merveilles. L'audace ne manqua pas à Drusus Germanicus; mais l'Océan protégea les secrets d'Hercule et les siens. Depuis, nul n'a tenté ces recherches : on a jugé plus discret et plus respectueux de croire aux œuvres des dieux que de les approfondir.

« Nous venons de voir la Germanie à l'occident : ici, par un grand détour elle remonte vers le nord. La première nation qu'on rencontre est celle des Cauques. Quoiqu'elle commence aux Frisons et occupe une partie du rivage, elle borde néanmoins toutes celles que j'ai nommées , et atteint , en se repliant Jusqu'aux frontières des Cattes.

Et cet espace immense , les Cauques ne le possèdent pas seulement, ils le remplissent. C'est la plus noble des nations germaniques; la seule qui fesse de la justice , le soutien de sa grandeur. Exempts de cupidité et d'ambition, tranquilles et renfermés chez eux, ils ne provoquent aucune guerre, n'exercent ni rapines, ni brigandages. La meilleure preuve de leur courage et de leurs forces, c'est que, pour jouir de la prééminence, ils n'ont pas besoin d'injustices. Chacun a ce-

pendant ses atomes toujours prêtes , et au besoin, des armées se rassemblent.

Ils abondent en hommes et en chevaux , et le repos n'ôte rien à leur renommée.

ce A côté des Cauques et des Cattes, les Chérusques nourrirent lonç-temps la molle et indolente oisiveté d'une paix aue personne ne troublait : calme plus aoux qu'il n'était silr ! car auprès de voisins ambitieux et puissants, le repos est trompeur. Vienne l'heure des combats; modération, probité, sont les vertus de qui sera le plus fort.

Aussi parlait-on jadis des bons, des équitables Chérusques ; et on les traite maintenant d'insensés et de lâches i pour les Cattes victorieux le bonheur est devenu sagesse. La ruine des Chérusc|ues a entraîné les Foses , nation limitrophe, qui partage avec égalité leur mauvaise fortune , quoiqu'elle ne fût pas leur égale dans la bonne. »

Malgré les intentions paciGques d'Auguste, l'empire , nous l'avons vu, ne pouvait pas faire halte sur le Rhin; il lui fallait , bon gré mal sré , [)oursuivre sa carrière de conquêtes , il devait périr à force de s'éteiidre. Auguste avait cru assurer la paix en traitant avec les tribus voisines. Proûtant de l'inimitié des Suèves et des Ubiens, il avait chargé ceux-ci de la garde du fleuve, en les établissant à Cologne.

Cette précaution n'empêcha pas que le général romain Loilius ne filt défait et ne laissât une aigle entre les mains des Barbares. L'empereur crut devoir venir lui-même dans la Gaule. Il se contenta , au lieu de chercher à vaincre les Germains, de réxluire en province romaine les pays voisins du Rhin , et de donner à ces contrées gauloises le nom de Germanie supérieure et Germanie inférieure. Après son départ, les mouvements des Barbares continuèrent , et Drusus résolut d'en finir avec eux par une grande expédition.

Son plan était habilement conçu. Il fit monter une partie de ses troupes sur une flotte, avec ordre de côtoyer la terre et de rentrer dans la Germanie par les embouchures du Weser et de FElbe. Pendant ce temps son armée

de terre s^avançait en chassant devant elle les peuplades qui , menacées pour la première fois, ne savaient point encore se réunir pour faire téte au danger commun. Dans Fespace de quatre campagnes, il traversa le Weser, bâtit cinquante forts , et pénétra jusqu'à TEIbe, où une maladie mortelle rarréta. Domitius yEnobardus passa ce fleuve après lui , mais il ne fit que des excursions inutiles. Auguste se borna à conserver le pays conquis par Drusus.

Les Bructères, les Sicambres, les Chérusques paraissaient soumis. Afin de prévenir toute révolte, Auguste transporta guarante mille Sicambres de l'autre coté du Rhin , et pour rendre les Barbares moins impatients du joug , il chercha à introduire parmi eux la civilisation de Rome, et surtout les formes de sa jurisprudence. Une armée de légistes vint s'abattre sur le nord de la Germanie , et ces missionnaires d'un genre nouveau , comme plus tard les prêtres chrétiens envoyés par Charlemagne, s'efforcèrent de convertir les Germains à leur religion juridique. Rien ne devait blesser davantage les Barbares. Ils auraient pu consentir à porter le joug de Rome; mais abandonner les mœurs et les usages de leurs pères, leurs vieilles coutumes , leurs formules de droit si poéticpies et si belles, pour un code dont ils ne pouvaient comprendre les formes sévères , c'était leur demander plus que l'abandon des dieux de leur patrie. Aussi, le mécontentement ne tarda pas à devenir général, surtout lorsque le proconsul Varus , traînant à sa suite une multitude de ces légistes, vint prendre le commandement des contrées d'outre Rhin.

Pour que cette fermentation éclatât, il ne lui manquait qu'un chef résolu.

On le vit bientôt paraître. Ce fut Hermann , ainsi nommé comme son peuple (homme de guerre). Il avait été âcvé à Rome , et décoré du titre de chevalier. Mais ni les faveurs d'Auguste, ni les prestiges de la civilisation romaine ne purent lui faire oublier sa patrie. L'empereur l'ayant envoyé ser-

vir sous les ordres de Varus , il conçut l'exécution d'un projet héroïque, la délivrance de son pays. L'énergie nationale secondant son activité, il parvint à associer à ses desseins les chefs de presque toutes les tribus habitant les pays entre l'Elbe et le Rhin. Des soulèvements partiels eurent d'abord lieu dans des contrées lointaines, pour obliger le proconsul à disséminer ses forces , et quand l'armée se trouva réduite à trois légions et aux troupes allemandes qui servaient comme auxiliaires, l' insurrection devint plus générale. Hermann et les chefs ses confédérés conseillèrent à Varus de marcher contre les rebelles, pour étouffer la révolte dans son berceau. Ce fut en vain que Ségeste , chef des Cattes, qui n'avait pas voulu entrer dans la confédération, dénonça au général romain la trame qui s'ourdissait. La présomption et la légèreté de Varus lui firent fermer l'oreille à ces sages avis , et tous les jours son armée s'enfonça davantage dans les contrées où l'attendait le piège le plus funeste. Arrivé non loin des sources de l'Ems et de la Lippe, après une marche pénible, les yeux de l'infortuné Varus se dessillèrent enfin, quand il vit toutes les hauteurs voisines couvertes de Germains , conduits par le perfide Hermann. Attaquée dans ces forêts marécageuses , l'armée romaine fit des prodiges. Ce fut une horrible mêlée, et elle dura trois jours. Mais la valeur que les vainqueurs du monde déployèrent dans ces jours funèbres dut céder au nombre! Les trois légions périrent, et Varus, déjà blessé, ne voulant point survivre à la honte de sa défaite, se tua. Les Germains exercèrent d'horribles cruautés sur le* légistes. Aux uns ils coupaient les pieds , les mains ; aux autres ils crevaient les yeux, ou bien leur arrachaient la langue, en leur disant : « Siffle donc « maintenant, vipère! »

C'est ainsi que fut sauvée l'indépendance de la Germanie. La consternation fut grande dans l'empire. Rome tremblait et croyait déjà voir les Barbares à ses portes. L'empereur déchira

L'UNIVERS

ses vêtements, laissa croître sa barbe et ses cheveux, et ne cessa, pendant plusieurs naois, de s^écrier, en donnant des marques du plus violent désespoir : n Varus, Varus, rends-moi mes lé- « fixions ! » Tibère, et après lui Germanieus, accourus sur le Rhin, calmèrent les esprits, rétablirent avec la discipline la conGance des soldats, et firent quelques incursions, moins pour menacer les Germains et venger Varus que pour rétablir la sûreté des provinces.

SÉGESTE. ExPKOITIOir DE GeRMAXICUS.

Cependant, après avoir délivré sa patriede l'oppression étrangère, Hermann eut à combattre ses propres concitoyens , et surtout le chef d'une tribu puissante, Ségeste, dont il avait enlevé la fille. Gennanicus, accouru -à la prière de ce dernier, le délivra d'une espèce de piéi;e , et parmi les prisonniers qui tombèrent entre ses mains , se trouva la femme de Hermann. Elle se présenta devant le général romain avec une noblesse diçne de son époux. Sa douleur, dit Tacite, était muette ; elle ne laissa écliapper ni larmes, ni prières; elle tenait ses mains serrées, et ses regards étaient fixés sur le sein qui portait le iils du libérateur de la Germanie.

La trahison de Ségeste et le sort de sa femme captive donnèrent une nouvelle énergie au patriotisnie de Hermann. Il ap|)elle contre les Romains toutes les nations aux armes, parvient à soulever les Chérusques et toutes les peuplades voisines, et entraîne dans la ligue son oncle Inguionar, guerrier d'un 'grand renom dans Farmée roraaiae Germanicus sentit la nécessité de prévenir Tattaque. Poiur diviser des forces si considérables, il envoie Cécina et d'autres lieutenants avec des troupes se porter sur divers points. Les Bructères sont dispersés et taillés enpièces. Ob pénètre jusqu'aux extrémités de leur pays.

Près de là , se trouvait la forêt de Teutberg, où Ton disait que Varus et ses liions étaient restés sans sé-

pulture. Les Romains furent émi^ profondément à l'aspect des tristes vestiges de cette célèbre défaite. Germanicus éprouva le besoin de leur rendre les derniers honneurs, selon la coutume des Romains, et toute l'armée partagea ce pieux sentiment. On pénétra dans les profondeurs de la forêt : tout fut reconnu autant qu'il pouvait l'être. £n(m , six ans après la défaite de Varus , les ossements de ses trois légions furent inhumés solennellement.

Ce pieux devoir rempli, le général romain se mit à la poursm'te de Hermann, qui s'enfonçait dans des lieux impraticables; il 1 atteignit enfin, et fit avancer sa cavalerie pour le chasser d'une plaine qu'il occupait. Le chef des Chérusques avait averti les siens de se replier et de s'approcher de la forêt : aussitôt il fit donner le signai de l'attaque à ceux qu'il y avait embusqués. La vue d'une nouvelle armée troubla la cavalerie romaine, qui se renversa sur les cohortes envoyées pour la soutenir, et les entraîna dans sa fiiite. Le désordre devint général, et ils allaient tous être poussés dans un marais, quand Germanicus fit avancer les légions en ordre de bataille. Ce mouvement intimida les Chérusques, rendit la confiance aux Romains, et l'on se retira' avec un égal avantage de part et d'autre. Germanicus ayant ramené son armée vers l'Ems, rembarqua ses légions sur sa flotte.

Il faut lire dans Tacite les détails de cette campagne. Tout en conservant un cœur entièrement romain , sa grande ame rend justice à la cause et au caractèrede Hermann ; il prend plaisir àdonner aux discours qu'il met dans sa bouche , toute l'énergie et toute la chaleur de ce Chérusque; il semble même qu'il écrive avec un pressentiment sombre, avec le présage que la barrière élevée contre les envahissements de Rome par le génie de H ennann, s'ou vrant un jour, versera la honte et la destruction sur sa patrie dégénérée. Il fait clairement entendre que, sans la fougue d'Inffuionar, qui négligea les conseils d'un héros non moins prudent que brave , Hermann aurait tait éprouver le sort

de Yanis aux légions de Germani-

GDS.

Le g^éral romain fit de nouveaux efforts. Il avait formé la résolution de tenir la mer : il y devait trouver me route fadle pour les siens ^ inoonmie à Temieini ; il embarquait ses convois avec ses légions et sa cavalerie, et, en remontant par les fleuves, ses troupes arrivaient toutes fraîches au centre de la Germanie. L'iie des Bataves fut assignée pour le rendezvous de la flotte. Quand elle &t arrivée, Germanicus y distribua ses légions et les alliés, et entra dans le canal de Drusos, d'où il ^^ia TOcéan par les lacs. Arrivé à Tembouchure de rEms , il traversa ce fleuve et prit ses cunpeiDeats. Le Weser coulait entre les Romains et les Chérusques. Les àeaj. aruiées, enflammées par les harangues de leurs chefs et onHant de combattre, descendent dans les champs d'idistavisus. Les Chérus<|U€s s'étant jetés en avant par un excès d'audace, Gennanieus donne ordre à sa metUeure cavaierie de les prendre en flanc, et à Fan de ses lieutenants de les toumor et de les attaouer à dos.

Cependant nuit aigles se font voir prêts à entrer dans la forêt ; ce brillant augure attire Tattention du générai romain; il crie de marcher, de suivre ces oiseaux de Rome, ces dieux des légions. Aussitôt Tiafanterie engaçiea Faction en même temps que la cavalerie se porta sur les flancs et les derrières de Vennemi ; ses deux ailes furent mises en déroute; les Chérusques furent délogés des hauteurs. Au milieu d'eux , on distinguait Hermann qui , du geste et de la voix, trtffot^M de soutenir le combat. Il s'était jeté sur les archars romains, et les aurait rompus, s'ils n'eussent été protégés par les cohortes des Rhètes et des Gaulois. Mals^ré ces obstacles, il se fit jour par ses efforts et ceux de soBchevaJ, s'étant couvert le visage de son sang pour n'être pas reconnu. Le carnage que les Romains firent des ennemis dura depuis neuf heures du matin jusqu'à la nuit.

Les Romains consacrèrent le sou-

venir de cette victoire, en élevant un monument avec un trophée ou fut inscrit le nom des nations vaincues.

La vue de ce monument outra les Germains de douleur et de rage. Bientôt ils ne parlent que de combats : ils courent aux armes, harcèlent les Romains par des incursions subites, et enfin choisissent un champ de bataille. C'était un lieu fermé par le fleuve et par des bois. Le général romain sentit que de près le combat serait inégal : il fit retirer un peu ses légions, et fit avancer les frondeurs et les machines qui, à force de traits , balayèrent le rempart. Germanicus se jeta le premier dans la forêt avec les cohortes prétoriennes. Là on se battit corps à corps. L'ennemi avait à dos le marais; les Romains étaient enfermés par le fleuve ou les montagnes. Il n'y avait, pour les deux partis, de salut que dans la vic-a toire; elle échut aux Romains, qui, jusqu'à la nuit, se baignèrent dans le sang.

Cependant ce n'étaient là que des succès négatifs ; quelque brillants qu'ils fussent, ils navaiiçaient point les affaires des Romains vers le but qu'ils s'étaient proposé. Germanicus embarqua son armée. La flotte fut assaillie par une horrible tempête. Une partie des vaisseaux périt; un plus grand nombre fut jeté sur des îles lointaines. Cette sanglante campagne n'amena donc aucun résultat décisif, puisqu'elle finit par la retraite des Romains et par le désastre naval le plus funeste.

Quelques jours avant ces mémorables événements, Herinann voulut avoir une entrevue avec son frère Flavus, qui , comme lui élevé en Italie, était resté dévoué aux intérêts de Rome. Cette entrevue eut lieu sur le Weser, et se fit, d'une rive à l'autre, dans la langue des Romains. Uerraann tenta inutilementde rattacher son frère à la cause nationale, en traitant les décorations militaires dont il était orné de vil salaire de sa bassesse et de gages d'une honteuse servitude. Le fleuve seul empêcha les deux frères de fondre l'un sur l'autre.

L'UNIVERS

Matidod. — Royaume des M arcomaits. —

GUERRK DE MaRBOD CONTRE HeRMANV.

— Mort de Marboo.

Pendant que Hermann formait au nord la ligue formidable des Chérusques, Marbod, élevé comme lui, comme lui citoyen et chevalier romain , fondait dans le sud le puissant royaume des Marcomans. A la téte de quatrevingt mille guerriers, qu'il essayait de soumettre à la discipime romame, il avait envahi la Bohême. Là, dans cette contrée , entourée de toutes parts de montagnes presque impraticables, il était comme renfermé dans une forteresse, d'où il pouvait étendre au loin ses ravages et sa domination. La ligne du Danube se trouvait à son tour menacée comme Tétait celle du Rhin. Si lesChérusques traversaient ce fleuve et flr jetaient sur les Gaules; si Marbod pénétrait dans les Alpes, à peine soumises, et attaquait 1 Italie septentrionale , Fempire se serait trouvé dans un danger imminent. Aussi Tibère disait-il que Marbod était plus redoutable pour Rome que ne l'avaient jamais été Philippe pour les Athéniens, Pyrrhus ou Antiochus pour la république.

Auguste comprit ce danger; il sentit qiril fallait à tout prix détruire cette puissance naissante. Douze légions furent données à Tibère. Jamais une armée aussi nombreuse n'avait été réunie sous les ordres d'un général romain. Tibère , avec une partie de ses troupes , vint sur les bords du Danube pour attaquer Marbod par la Pannonie. En même temps un autre général s'avançait vers le Hartz. Par malheur, les Pannoniens et les Dal mates, récemment soumis par Rome, crurent l'occasion favorable pour ressaisir leur indépendance. Mais Tibère eut l'adresse d'arrêter les hostilités qui allaient commencer contre les Marcomans , et tourna ses armes contre les Dalmates , qui ne purent résister. Les Dalmates s'étaient trop h.1tés; car, à peine avaient-ils déposé les armes, qu'ils apprirent la nouvelle du grand aésastre essuyé dans le nord par Varus.

C'était pour Marbod , s'il eût sincèrement voulu l'indépendance de la Germanie , l'occasion favorable de tomber sur les Romains encore effrayés ; mais le roi des Marcomans ne pouvait entendre vanter les exploits du chef des Chérusques : il était jaloux de la gloire de Hermann. D'ailleurs il n'était point animé, comme ce jeune chef, du noble sentiment de l'indépendance nationale. Ce qu'il voulait, ce n'était point l'affranchissement de la Germanie, mais un empire construit à son proGt, et qu'il pût régenter comme Auguste l'empire romam.

Après la victoire de Teutberg, Hermann, voulant réunir toute la Germanie contre Rome, avait envoyé à Marbod la tête de Varus, comme pour sceller une alliance avec lui. Marbod la rendit aux Romains, et refusa d'unir ses armes à celles au libérateur de la Germanie du nord. Cette conduite lui aliéna les esprits des deux plus puissantes tribus suéviques. Les Sénones et les Langobards abandonnèrent Marbod , pour rentrer dans la confédération des Chérusques. La guerre netarda pas à éclater. Hermann sortit victorieux de cette guerre civile, et eut la gloire de sauver ses compatriotes de l'oppression qui les menaçait dans l'intérieur, après les avoir affranchis du joug de l'étranger. L'action qui décida la guerre fut longue et sanglante.

Les Germains ne se battaient plus en corps détachés et sans s'assujettir à aucun ordre : Hermann les avait faonnés à la discipline romaine. Les ispositions des combattants furent dignes de l'école où leurs chefs s'étaient formés , et le succès long- temps indécis. Mais le roi des Marcomans ayant le premier retiré ses troupes du champ de bataille , parut avoir reconnu la supériorité de son rival. C'était un coup fatal porté à sa puissance. Beaucoup de ceux qui jusqu'alors l'avaient suivi , le quittèrent ; il lui falluw rentrer en Bohême avec les débris de ses troupes.

Il n'y fut pas long-temps tranquille.

Catwald , un jeune chef des Gothons, population demi -germanique qui habitait à l'est des Marcomans , profita

ALLE

4e leur défaite. Soutenu sans doute par For de Rome , il pénétra dans la Bohême, et en chassa Marbod , qui alla mendier un asile auprès des Romains, et mourut à Ravenne. Catwald ne fut pas plus heureux : dépouillé de la Bohême par les Uermondures , il s'enfuii sur les terres de Tempire, et Técut misérablement dans la petite colonie romaine de Forum JuHum (Fréjus).

MORT d'hERMAIVH.

Jje souvenir de la défaite de Varus , de la lutte si glorieusement soutenue contre Germanicus pour la liberté de F Allemagne, aurait dû protéger la vie d*Hermann ; et cependant il tomba sous les coups des siens, assassiné par ses proches, et flétri du nom de traître.

Il voulait, dit-on, prendre sur les Germains une autorite que ne lui donnaient pas les coutumes et les lois de son pays. Tacite Taflirme; mais , peutêtre, acîte n'a point vu que, pour soutenir cette grande lutte, Uermann avait eu besoin de prendre, sans doute, un pou voir supérieur à celui dont îl se serait contenté dans des temps plus calmes. Il est des circonstances Dieo rares , il est vrai , où la dictature est nécessaire , où celui qui est appelé à sauver son pays , ne doit, pour quelque temos du moins , compte de ses actes qu à Dieu et à lui-même.

Hermann était âgé de 36 ans lorsqu'il Alt assassiné. Il n'en avait que 26 quand il extermina les légions de Varus. « Cet homme, dit Tacite, fut sans contredit le libérateur de la Germanie; et ce n'était pas, comme tant de rois et de capitaines , à Rome naissante qu'il faisait la guerre , mais à Fempire dans sa grandeur et dans sa force. Battu quelquefois , jamais il ne fut dompté. Sa vie dura trente-six ans , sa puissance douze. Chanté encore aujourd'hui par les Barbares, il est ignoré des Grecs, qui n'admirent d'autres héros que les leurs, et trop peu célèbre chez les Romains, qui , enthousiastes du passé, dédaignent tout ce qui est moderne. »

Dans la première expédition que les

AGNE. 28

Francs de Charlemaçne firent contre les Saxons, ils pénétrèrent à travers les forêts jusqu'au principal sanctuaire de leurs ennemis ; la était FHermann-Saùl (statue de la Germanie ou d'Hermann), mystérieux symbole représentant à la fois la patrie, un dieu et un héros. Cette statue, couverte des vieilles armes des Germains, avait à la main gauche une balance, dans la droite un drapeau où se voyait une rose, sur son bouclier, qui laissait voir une poitrine large et velue, un lion commandant à d'autres animaux , à ses pieds un champ semé de fleurs. C'était bien la véritable imaçe de cette Allemagne si guerrière et SI poétiquement rêveuse au milieu des fleurs. Tous les lieux voisins étaient consacrés par le souvenir de la grande victoire d'Hermann : le Winfeld , ou champ de la victoire, traversé par le Rodenbeck , le ruisseau de sang , et le Knochenbach, le ruisseau des ossements. Tout près était le champ des Romains, le Feldrom , le mont d'Hermann , le Herminsberg , couronné du Harminsbourç, et sur les bords du "Weser , le bois de Varus , Varenholz.

Aujourd'hui encore le nom du libérateur de l'antique Germanie est cher à FAllemagne. Klopstock, l'un de ses plus grands poètes, a composé sur la mort d'Hermann un chant justement cél^re et que nous croyons devoir faire connaître a nos lecteurs (*). Nous em-

Sruntons à madame de Staël la trauction qu'elle a essayé d'en donner dans son AUem<igne.

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