ILIVOLTI DU VILS DB LOUIS
Une chose augmenta encore le déffoût des peuples, c'est la foveur éoot jouissait aupr^ de Louis , et surtout auprès de l'impératrice Judith , l'Aquitain Bernard , ^ qui abusait îm-
Eepdemment de son pouvoir pour ouleverser entièrement le gouverne^ ment. » Judith avait donné le jour i un fils , le prince Charles; « or, Louis^ qui avait partagé tout l'emphne entre ses autres fils, ne sj^vait^e qu'il don* perait au plus jeune. Tourmenté ëe cela, il supplia ses fils en favèor de ce dernier. Enfin, Lotbaire consentit k ce que son père donnâit au jeune prkiot la portion du royaume qu il voudrait t
(«) Midbekt, Histoire de JPnmçe, tl, p.36i.
'et jura avec serment quil serait à ravenir son soutien et son défenseur feontre ses ennemis. Mai§ , à l'instigation de Hugues, dont Lothaire avait épousé la fille, de M atfafried et d'autres, U se rmentit trop tard de ce qu'il avait nit, d chercha de quelle manière ii pouilrait Tannuter.
«Dans le même temps F Allemagne (*) fut cédée à Charles par un édit. Alors Lolhaire, comme ayanttrouvé un juste tujet de plainte, excita ses frères et tout le peuple à reler er la république en péril ; ils se rendirent ensemble STee tout le peuple auprès de leur père 1 ComDîègne.'Ils forcèrent la ^ne à prépare le Toile , firent tondre Conrad et Rodolphe, ses frères, et les envoyèrent en Aquitaine à Pepin, ^i fut eharo^ de les garder, Bernard, ayant
S ris la fuite, se sauva en Septim^nie. éribert, son frère, ayant été pris, on loi creva les yeux, et on renvoya, pour y Itre garde , en Italie. Lothaire, s'étant ainsi emparé du souvçmea^ent, retint son oère cl Charles en surveillanoe aupies de 'lui; il fit vivre avec Temperinr des moines, pour qu'ils raccoutumassent à la vie monastique et l'engageassent à l'embrasser. Comme chacon alors, livré à ses passions, ne dierchait que son propre iqtér^t* la république empirait chaque jour. C'e^ pmirquoi les moines dont nous avons parlé, et d'autres cens qui gémissaient de ce qui avait été laitt demandèrent au seigneur Louis, si, cÏq cas qu'on le ren^ à la téte du gouvernement, il • voudjrait le rétablir et le soutenir avec vigueur , et surtout remettre sur pied le culte divin^qui protège et dirigée tout le reste. Conime il j consentit facilemeoi, on s'entendit bientôt sur sa restaura- ,tîon. Ayant pris un certain moine, nom- "méG^ndebaud, Louis l'envoya pour ce dessem , et sous prétexte de râigion , vers Pepin et Louis, ses fils, leur pri^mettans que , s'ils voulaient concourir avec ses partisans à son rétablissemoftt, il agrandirait leur royaume. Us , copsentirent aisément et avidement*.
; (*) L'Aleaanie, c'Mt-à-dire la Soutbe diiteisae.
une assemblée fut convoàuée (*). »
Cette assemblée eut lieu a Nim^uei On avait discuté fort long-temps avant de s'entendre sur le lieu ou elle se réur nirait. C'est dans ces discussions qu'ont yoit se dessiner pour la oremière fois la diversité des int^éts qont les peuples commençaient à se préoccuper.
« Dès le commencement des guerres civiles entre l'empereur et ^ enfantil, dit M. Augustin Thierry, guerres où le p^ et les fils étaient poussés à leur insu pardesmouvemeuts nationaux, une grande divergenpe d'opinion politique se laisse apercevoir entre les Francs vivant au milieu <|e la population gauloise, et ceux qui sont demeuré^ sur l'ancien territoire germanique. Le| premiers, ralliés, rpaigré leur descen^ aance , à rmt^êt ^^yP^'^ vajy^^j
pai^ oonbe l'empereur, c^t4w9^i contre l'empire, qui était, pour les Gaulois inaigènes, un gouvernement de conquête. Les autres s^unirent, dans le parti contraire, avec toutes les peuplades tudesques , même anciennement ennemiesdes Francs. Ainsi tous lespeu-
ftles teutons, ligués en apparence i>our es droits d'un seul homme, défendaient leur cause nationale, en soutenant, contre les Gallo- Francs et les Welskes (**), une puissance qui était le résultat des victoires gernianiques. Selon le témoignage d'un contemporain , l'em- MTeur liodewig se défiait des Qallo- Francs, et n'avait dé cppfiâhce que dans les Germains. Lorsmi^ea Tannée S30 , les partisans de la ]^§cpnciIiâtio
(*) X7ithard,Hiiloird des dissensloiis fils de Louis-le-Débonnaire.
(**) Welikeou Welsche était le noA qtia les peuples germains donnaient à tous les Ock ddentaux, Bretons, Gaulois ou Italiens. Ils appelaient langue «celiche la langue ladne\ et population welsehe, les Ihdigènei de la Gaule, au milieu desquels vivaient les Firancà. On a tort d'emplover aujourd'hui ce mol dans le sens de barbare ; car, dans la langu^ d*où il provient , il serrait à désigner d^ peuples dont la civilisation était fort avao^ cée. (Note de M. Tl&errj.)
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UUNIVERS.
Beuglée générale, les malintentionnés travaillèrent pour que cette assemblée eât lieu dans une ville de la France romane. » «Mais l'empereur , dit le même historien, n'était pas de cet avis ; et il obtint, seloa ses désirs, que le
n)e fût convoqué à Nimègue; toute ermanie s'y rendit en grande affluence , afin de lui prêter secours. »
^Lorsque, cinq ansplus tard, Lothaire, de nouveau révolte contre son père, 8'avança avec toutes ses forces jusqu'à Orléans, ce fut encore en Germanie que l'empereur alla chercher assistance.
« L'ennpMsreur, dit Nithard . rassembla une armée considérable de Francs, appela à son secours son fils Louis et tdos ceux qui habitaient au delà du Rhin, et marcha pour venger le crime énorme que Lothaire venait de commettre contre l'empire. »
DipoaiTXON DB X.OUU-LB-DftBOirZIAIRE.
Toute la vie de ce malheureux prince ne fut ainsi qu'une guerre perpétuelle contre ses fils. Nous l'avons vu déposé en 830 ; il le fut une seconde fois en 833, lorsque ses efforts poûr accroître la part de son plus jeune fils aux dépens des atnés les eurent tous réunis contre lui. Le vieil empereur se vit abandonné tout à coup de sâ troupes et forcé de se livrer à la merci de Lothaire. Celui-ci en usa sans générosité avec son père. Il voulut le dégrader à tout jamais en le déshonorant par une pénitence publique qui devenait dégra^ dante, car elle n'était plus volontaire comme la première. Les évéques de son parti vinrent enlever à l'empereur son baudrier militaire et le contraindre de signer une liste de ses prétendus crinies : il s'y accusait d'avoir fait tuer son neveu Bernard, d'avoir exposé le peuple à des paijhres en formant des divisions nouvelles dans l'empire, d'avoir feit la.euerre en carême, d'avoir été trop sévère envers les partisans de ses fils j d'avoir exposé l'état aux meurtres, pillages et sacrilèges, en excitant la guerre civile ; enfin , d'avoir excité ces guerres civiles par des divisions arbitraires de l'empire. « Ce dernier reproche, dit M. Michelet, était le pliis
grave; il révèle la pensée des temps j c'est laréclaïAation de l'esprit local qui veut désormais suivre le mouvement matériel et fatal des races, des contrées , des langues , et qui , dans toute division purement politique, ne voit que violence et tyrannie.»
LOUIS RSTABLI.
' Lothaire était allé trop loin, on se sentit de la pitié pour le vieil empereur. En même temps Lothaire soulevait ses frères contre lui par ses prétentions, il voulait les traiter moins en rots qu'en simples goiverneurs de provinces. «Pépin et Louis voyant que Lothaire s'appropriait tout le pouvoir et voulait les abaisser, le supportaient avec peine.
De plus, Lambtft et MathfriedU aspirant tous deux à tooir le premier rang dans l'empire après Lotnaire, commencèrent a entrer en débat. Et, comme tous deux recherchaient leurs intérêts , ils négligeaient entièrement les affaires publiaues. Le peuple voyant cela en était afflige ; les fils mêmes de Louis étaient en proie à la honte et au repentit d'avoir privé deux fois leur [»ère de son rang , et tout le peuple d'avoir diassé deux fois l'empereur^Hs se liguent donc pour le rétablir^ et se rendent en foule de toutes parts à Saint-Denis, où Lothaire retenait son père et Charles. Lothaire , ne se voyant pas en état de résister à cette colère, prit les armes avant que adversaires se fussent réunis , mit son père et Charles en liberté , et partit pour Vienne. Le peuple nombreux qui se trouvait là , voulait avec ardeur attaquer Lothaire pour venger son père. Ayant recouvre le roi, ils se rendirent avec les évêqves et tout le clergé dans l'église de Sainl^ Denis, rendirent à Dieu de pieuses actions de grâces, au roi sa couronne et ses armes , et s'appliquèrent à délibérer sur \es autres adSaires. Louis ne voul(4 point poursuivre Lothaire, mais il lui envoya des députés pour lui ordonner de'se hâter de passer les Alpes u il reçut avec bienveillance Pépin , qui vint vers lui, le Remercia d'avoir coop^ ré à sa restaura((ion, et lui permit, a sa demande, de retourner en Aqui*
taine. Ensuite les fidèles qui s'étaient enftiis , et qui avaient coutume d'êtres à la téte des affaires, accoururent en foule; s*étant ipis en route avec eux, Tempereur se rendit à Aix pour y passer rhiver, accueillit avec bonté Louis qui vint le voir, et lui ordonna de rester avec lui pour le défendre.
« Sur ces entrefaites, les gens qui gardaient Judith en Italie , apprenant que Lothaire s^était enfîii , et que son père était en possession du trône, s'emparent de Judith, se sauvent, arrivent heureusement à Aix , et apportent à l'empereur leur agréable présent. Cependant Louis ne l'admit pas dons la couche royale, jusqu'à ce qu'elle eflt juré avec ses proches, en présence du peuple, qu'elle étaft innocente du crime qu'on lui imputait, car il ne se présenta point d'accusateur »
VOVTBLLB RiYOLTB DES VILS DB LOUIS.
Ce()endant Louis était plus que jamais incapable de se conduire par luimême; il céda encore une fois à l'influence de Judith, troubla de nouveau tout l'empire pour augmenter les domaines du jeune Charles. Son fils Pépin, roi d'Aquitaine, étant mort, Charles fut à l'instant investi de ce royaume au détriment des enfants que Pépin avait laissés. Pour un moment Lothaire s'accorda avec son père ; çagn^ par Judith, il lui promit de protéger son fils, et, en récompense, reçut de la libéralité aveugle du Débonnaire tout l'orient de Tempire : l'occident devait former le patrimoine de Charles. Dans ce partage, Louis de Bavière et les fils de Pépin étaient complètement sacrifiés ; ils en appelèrent aux armes, et l'empereur passa ses dernières années à combattre son fils et son petit-fils.* L'Aquitaine fut à peu près soumise , mais la guerre contre Louis était plus difficile. Ce prince possédait depuis long-temps la Bavière; il avait toujours vécu parmi les peuplades germaniques:
elles le connaissaient et lui étaient attachées. Aussi quand la guerre éclata ,
(*} I^kbtrd , ibid.
AGNE. 31S
les Saxons, les Thuringiens vinrent augmenter son armée. Cest durant cette expédition que Louis-le-Déboonaire mourut dans une île du Rhin , près Mayence (840): avec lui mourut l'unité de l'emphre.
liOTHAIBK BMPUEUm.
Son fils aîné Lothaire, qui succéda à son titre d'empereur, ne pouvait espérer d'en exercer tous les droits. La France et la Germanie voulaient sérieusement avoir des rois particuliers, n Lorsque Lodêviri^ I'' en mourant eut laissé la domination franke partagée entre ses trois fils Lother, Lodewig et Karle, quoique le premier eût le titre d'empereur, les nations teutoniques s'attachèrent davantage au second qui n'était que roi.
« Bientôt la question de la prééminence de l'emphre sur les royaumes se débattit à main armée entre les frères ; et dès le commencement de la guerre , les Francs orientaux, les Alamans, les Saxons et les Thuringiens prirent parti contre le Keisar,
« Réduit en fait au gouvernement de l'Italie , de l'Helvétie, de la Provence et d'une petite portion de la Gaule Bel-
Sique , l'empereur Lother eut aussi peu e partisans sur les bords du Rhin et de rElbe que sur ceux de la Seine et de la Loûre.
^ft Sachez,» mandait- il à ses frères qui le priaient de les laisser en paix , chacun dans son royaume, « sachez que « le titre d'empereur m'a été donné « par une autorité supérieure , et con- « sidérez quelle étendue de pouvoir et « quelle magnificence doivent accompa- « gner un pareil titre. » Cette réponse altière était, à proprement parler, un manifeste contre l'indépendance nationale dont 1^ peuples sentaient le besoin ; ils y répondirent d'une manière terrible par cette fameuse bataille de Fontanet, près d'Auxerre, où les fils des H^elskes et des TeuUkes combattirent sous les mêmes drapeaux, pour le renversement du système politique fondé par Karle-le-Grand. L'espèce de recueillement religieux avec lequel l'ar-
L'UNIVERS
ihée des confédéfés se prépara à ce eombat , comme aujuge;nent de Dieu, prouve que, dans la convfctidn des eoritertiporains, il devait s'y décider autre chose qu'une querelle dômes* tique (*). »
^ « Tout eapoir de justiee et de paix paraissant enlevé. Lodewig et Karle firent dire à Lothaire, qtie s'il ne trouvait rien de mieux, il eût à recevoir leurs propositions , sinon qu'il sôt ùne Je lendemain même, à la deuxième heûte du jour, ils en viendraient au iMgemebt de Dieu tout-puissant. Lother, selob sa coutume, traita insolemment les envoyés et répondit qu'on térfait bien ce qu'il savait faire. Au jK»int du jour , Lodewig et Rarle levèrent leur camp, et occupèrent, avec le tiers de leur armée, le sommet d'Une bauteur voisine du camfa de Lotber; ils attendirent son arrivé et la deuxième heure du jour, comme leurs envoyés ravalent juré. A cette heure 4 en effet, ub grand et rude combat «^engagea sur les bords d'une petite rivière... Lotber vaincu touriia le dot ftvee tous les siens... Après Taction, Lodewig et Karle délibérèrent sur le champ de bataille même, sur ce qu'on devaii faire des fuyards. Les ups, ipemplis de colère, conseillaient de poui^ suivre l'ennemi ; les autres , et en nar^ ticulier les deux rois, prenant pitié de leur f^ère et de son peuple, étaient d'avis de leur témoigner en cette occasion la miséricorde de Dieu. Le reste de l'armée y ayant consenti , tous cessèrent de combattre et de faire du butin^ et icntr^rent dans leur Ump vers le milieu ëu jour. Ils résolurent de passer le lendemain, qni était un dimanche, en cet endroit. £t ee joor-là, après la célébration de la messe, ils enterrèrent également amis ^ ennemis, fidèles et traîtres , et soignèrent également tous lès blessés, selon leur pouvoir. Ils en- Toyèrentaprès ceux qui s'étaient enfuis, leur dire^ue, s'ils voulaient retourner à leur foi, toute offense leur serait pardonnée. Ensuite les rois et l'arflaée,
(*) M. Àug. Tbiwry, Ltttrt» sar Thist.
de France.
affligés d'en être venus aux niains avee Un trère et avec des chrétiens, interrogèrent les évêques sur ce qu'ils devaient faire à cause de cela. Tous les évêques se réunirent en concile; et il fut déclaré dans cette assemblée qu'on avait combattu pour la seule justice , Que le jugement de Dieu l'avait prouvé manifestement , èt qu'ainsi quiconque avait prispsfft à l'affaire, soit par conseil, soit en actions, comme instrument de la volonté de Dieu, était exempt de tout reproche; mais que si quelqu'un , au témoignage de sa propre conscience, avait conseillé ou aj^i dans cette gueite, par colère, ou haine, on vaine ^ire, ou quelque autre vice, il devait avouer sa faute en confession, et faire la pénitence qui lui serait imposée (*). »
CONviaSMCE DB STEAStOU&G.
La bataille avait cependant été peu décisive. Les vainqueurs eux-mêmes se trouvèrent tellement affaiblis qu'ils ne purent poursuivre leur frère. Cfeluici eut bientôt retrouvé une nouvelle
ârmée. Alors Charles et LoUis, le roi es Français et celui des Allemands, ésalement menacés par l'empereur, se reunirent à Strasbourg, sur la frontière des deux races, pour y former une nouvelle alliance. « Ils vinrent avec leursarmées, dont l'une étaitcomposée d'hommes de toutes les tribus teutoniques, l'autre de Gaulois septentrionaux, commandés par des seigneurs francs, et de méridionaux, sous des chefs indigènes. Afin de prouver au peuple que la guerre où ils étaient engagés ne serait pas un jeu politique, les deux rois se jurèrent mutuellement de maintenir, contre l'empereur, la séparation nationale-, et de ne point faire de paix avec lui, au détriment l'un de l'autre. Louis, comme l'atné, prit le prender la parole en présence des deux armées, et pronon^ eh langue tudesque le discours suivant:
« Vl)us savez combien de fbis. de- « puis la mort de notre père , Lôtnaù^
(*) Nithard , trtd, par M. Ai^. Thierry, Lettres sur l'histoire de Fvtiice.
€ s'est efforcé de poursuivre et de « £lire périr moi et mon frère ici pré- ^ sent. Puisque ni la fraternité, ni la « chrétienté, ni aucun moyen n'ont « pu Êûre qu'il y eût paix entre nous « stfis blesser la jusUoe, contraints « enfin, nous avons remis la chose « au jugement de Dieu tout-puissant, « ain que chacun de nous se cooten- « tât de ce que sa volonté \m attri- « huerait. Dans ce combat, comme « TOUS le savez, et par la miséricorde « de Dieu , nous avons été vainqueurs* « Lui , vaincu , s'est réfugié avec les « siens où il a pu.
«Alors, émus d'amitié fraternelle « et compatissant aux maux du peuple « chrétien, nous n'avons pas voulu les « poursuivre et les détruire ; mais, de « même au'auparavant . nous avons « demande que chacun fût assuré dans « ses justes droits. Néanmoins, n'ao- « ceptimt point l'arrêt de Dieu, il ne « cesse de poursuivre à main armée « mon frère et moi; il désole notre
< peuple par des incendies, des rapines « et des meurtres. C'est pourquoi, « forcés par la nécessité, nous nous « réunissons aujourd'hui ; et parce que « nous craignons que vous ne doutiez
< de la sincérité de notre foi , et de la « solidité de notre union fraternelle, « nous avons résolu de nous prêter « serment l'un à l'autre, en votre pré* « seaoe. Ce n'est point une ambition « ii^uste qui nous fait iigir ainsi ; mais « nous voulons , si Dieu , par votre « aide, nous donne enfin le repos, que « Tavantage commun soit garanti. Si «jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, je « violais le serment €|ue j'aurais prêté « à mon frère , je délie chacun de vous
' « de tonte soumis^on enrers moi , et « de la foi que vous m'avez jurée. »
« tiOrsoue le roi des Gallo-Francs eut cessé oe parler , celui des Teutons, âevant la voix , prononça le serment d'union oontro Lothaire, non dans ridiome des i)euples qu'il gouvernait ; mais dans celui des Gaulois, qui avaient besoin de prendre oonfiance dans la imnne foi de leurs nouveaux alliés, yoid la formule de ce serment, dont le langage, pour ne pas être tout à
AGNE. 215
Élit barbare, doit être accentué à la manière des dialectes méridionaux.
« Pro Deu am&r et pro Christian poblo et noêtro commun sahament, (TistcUinavatUyinqmtUDeussmwr, et poder me donet^ si saloarai eo cisi meonfradre Kark, et in wf^uda et in caauna cosa , si <nân om per dreoi son fradre samar deit. in oqtdd il mi altresi fazet ; et ab Lodher nul plaid nunque prendrai^ oïd, meon vol^ cist meonfradre Karle^ indamno ^eit.
« Pour l'amour de Dieu et pour 1« « peuple chrétien , et notre commua « salut , de ée jour en avant, en tant « que Dieu me donnera de savoir et « de pouvoir, je soutiendrai mon frèr<| « Karle ici présent , par aide et en « toute chose, comme il est juste « au'on soutienne son frère, tant qu'il « fera de même pour moi. Et jamais « avec Lothaire je ne ferai aucun ac« « cord qui, de ma volonté, soit au dé* « triment de mon frère. »
« Ensuite Karle, parlant aux hommes d'origine teutonique, répéta la même formule, traduite littéralement dans leur langue:
« In godes minne end um tes çhriS" Oanes jfolehes end unser bMer haUfiisse^Jon thesemedageframiwer'^ des. so Jram so mit §9t aewissen ende mahd fergibet, so Aakk ih tesen minen brueder, soso man mit rekte sinen bruderseal. •
« Les deux rois s'étant ainsi engagés solennellement l'un envers l'autre, les che& dont l'idiome roman était la langue maternelle, ou l'un d'entrs d'eux en leur nom, prononcèrent les paroles suivantes :
« Si Lodewigs sagrament que son fradre Karle Jttret, eonservet^ et Karle meos senker de soa part non là tenety si io retomar non tentpoiSy ne io ne nuels que io retornar enf , ennulh adjuda contre Lodewig non U ivrai.
« Si Lodewig sarde le serment qu'il « a prêté à sonurere Karle, et si Karle, « mon sei^eur, de son cêté, ne le « tient pas, si je ne puis l'y ramener, ft ni moi ni aucun autre, je ne lui don^ « nerai nulle aide contre Lodewig. »
L'UNIVERS
« Les Teutons répétèrent la même formule, en changeant seulement Tordre des noms :
« Obe Karle then eid^ then er sineme brueder Ludetvig geswoTy geleUtet , endLwîewig^ min herre^ then en gesime wor ferorichet... (*). »
Ces serments, solennels prononcés sur le Rhin par 'les deux peuples sont en même temps la preuve et le premier monumentde leur nationalité. Des fêtes célébrèrent cette alliance. « Les deux rois, dit Nithard, fréquentaient souvent, afin de prendre de rexereice, des jeux auxquels on procédait dans Tordre suivant. Ils se reunissaient dans un lieu quelconque propre à ce spectacle. La multitude se tenait tout autour; et d'abord, en nombre égal, les Saxons, les Gascons, les Austrasiens et les Bretons de Tun et Tautrc parti , comme s'ils voulaient se faire mutuellement la guerre, se précipitaient d'une course rapide les ans sur les autres.
Les hommes de Tun des deux partis
{prenaient la fuite en se couvrant de eurs boucliers, et feignant de vouloir échapper à la poursuite de leurs compagnons; mais, par un retour subit, ris se mettaient à poursuivre ceux devant qui ils fuyaient tout à Theure, jusqu'à ce qu'enfin les deux rois, avec toute la jeunesse, jetant un érand cri, poussant leurs chevaux, et jm*andissant leur lance, vinssent charser et poursuivre dans leur fuite, tantôt les uns , tantôt les autres. Cétait un spectacle digne d'être vu , à cause de toute cette grande noblesse, et à cause de la modération qui y régnait. Dans une si grande foule , en eftet, et parmi tant de gens de diverse origine, nul n'osait en blesser ou en insulter quelque autre, comme il arrive, souvent entre les guerriers peu nombreux, et qui se connaissent »
Pendant ce temps, Lothaire était à Aix-Ià-Chapelle, essayaift la cou-
C*) Nitbard , extrait et traduit par M. Thierry, Lettres sur l*hist de France.
(*«) Nithard , trad. par M. Guizoti On a Toulu voir dans cet fêles Torigine des tournois.
ronne de Charlemagne et jouant Tempereur. Mais les troupes qô'il avait postées sur les bords de la Moselle , pour arrêter ses frèi^es, s'étant débandées à leur approche, il n'eut que le temps de dépouiller le palais impérial de ses ornements et de s'enfui^ jusqu'à Lyon. Ceux des Saxons qp'ii avait cherché à soulever (*) , pour oiviser les forces de Louis, furent écrasés. Les Italiens^ les Provençaux, auxquels il était allé lui-même demander des secours, refusèrentde se battre plus longtemps pour la cause de la prééminence impériale. Ainsi abandonne à lui-même, il résolut de faire enfin la paix avec ses frères, et leur envoya des messagers qui leur dirent :
« Que le roi Lother , reconnaissant c son offense envers Dieu et envers ses frères , ne voulait pas qu'il y eût de plus longues discordes entre les peuples chietiens; qu'il se contenterait à l'avenir du tiers du royawne, si les rois Lodewig et Karle' accordaient seulement quelque diose en sus, à cause du nom d'empereur que lui avait donné leur père, et de ia dignité impériale , que leur aïeul avaitajoutéeà la couronnedes Francs; qu'autrement, ils lui laissassent au moins le tiers du royaume , en exceptant du partage le nord de TItalie, qui devait lui rester, TAquitaine pour Rarle , et la Bavière pour Lodevirig; qu'alors, avec Taîde de Dieu , chacun d'eux gouvernerait de son mieux sa part; qu'ils se porteraient mutuellement secours et amitié, qu'ils maintiendraient leurs lois, chacun dans ses états , et. qu'une paix étemelle serait conclueenitre eux
TRAiri, DE VBRDUH. *
Ce qu'il y avait de diflBcile, c'était de faire un partage équitable de Tem- . pire. Personne ne le connaissait assez pour prononcer. Il fallut que cent dix commissaires parcourussent toutes les provinces, et en dressassent un tableau.
(*) Les Stellinges, voy. pag. 174 et 336. (••) Nithard, trad. par M. Aug. Thieny, ■Lct très sur lliiat, dç France, p. aoo,4*édit.
AlDnon put Élire un partage définitif; il. eut lieu à Verdun , en ,843. Tout ce oui se trouvait à l'oocident de la Meuse, ét la Saône et du Rhône, devint la part de Charles-le-Chauve. La Germanie tout entière jusqu'au Rhin fiit abandonnée à Louis-le-Germanique. Enfin Lotbaire eut l'Italie et toute la partie orientale de la Gaule comprise , au sud, entre le Rhône et les Alpes ; au nord, entre le Rhin et la Meuse, et entre la lieuse et l'Escaut, jusqu'à Tembouciiare de ces fleuves. Ce royaume fut appelé du nom de Lotbaire, Lotharingia, d'où nous avons fait Lorraine.
Ainsi fut accompli , a la grande joie des peuples, le démeinbrementde l'empire. Il se trouva cependant quelques liommes qui eurent des regrets pour cette unité de l'empire romain, renouvelée par Cbarlemaçne. Il nous a été conservé une complamte de Flavus, diacre de l'église de Lyon , sur ce déchirement de la grande monarchie carlovingienne.
« Un bel empire florissait sous un «brillant diadèkne; il n'y avait qu'un « princeetqu'un peuple; toutes les villes « avaient des juges et des lois. Le zèle « des |)rétres était entretenu ' par des « conciles fréquents ; les jeunes gens « relisaient sans cesse les livres saints , « et l'esprit des enfants se formait à « rétudedeslettres.L'amourd'un côté, «de Fautre la crainte, maintenaient « partout le bon accord. Aussi la nation « rranke brillait-elle aux yeux du monde « entier. Les royaumes étrangers, les « Grecs, les Barbares et le sénat du « Latium lui adressaient des ambassa- « des. La race de Romulus , Rome elie- « même, la mère des royaumes, s'était « soumise à cette nation ; c'était là gue « son chef, soutenu de l'appui du Chnst, « avait reoi le diadème par le don apos- « tolîque. Heureux , s'il eût connu son « booneur,l'empire qui avait Rome pour « citadelle et le poite-def du ciel pour « fondateur (*) ! Déchue, maintenant,
(*) O IbHttMtam , noMet ram il bona ivfnam Otjn» Borna an «t et e«U daTiger anctor.
ÇFlori diaconi lagdnnensis querela de di- TÎnooe imperii , ^apud script, rer. Fraociie ,
[AGNE. 317
« cette grande puissance a per^u à la « fois son éclat et le nom d^empire ; le « royaume Naguère si bien Uni est divisé « en trois lots ; il n'y a plus personne « qu'on puisse regarder comme empe* « reur; au lieu de roi on volt un roitelet, « et au liçu de royauo^ un morceau «de royaume. Le oien général est an- « nulé ; chacun s'occupe de ses intérêts : « on songe à tout ; Dieu seul est ou- « blié. Les pasteurs du Seigneur, habi- « tués à se réunir, ne peuvent plus tenir « leurs synodes au milieu d une telle «division. Il n'y a plus d'assemblée du «peuple, plus de loi; c'est en vain « qu'une ambassade arriverait là où il « n'y a point de cour. .
«Que vont devenir les peuples voisins « du Danube , du Rhin , du Rhône, de « la Loire et du Pô? Tous , ancienne- « ment unis par les liens de la concorde, « maintenant que l'alliance est rompue I « seront tourmentés par de tristes dis- « sensions. De quelle fin la colère de « Dieu fera-t^lle suivre tous ces maux ? «A peine est-il quelqu'un qui y songe « avec ef&oi, qui médite sur ce aqi se « passe, et s'en afflige : on se réjouit « plutôt du déchirement de l'empire, « et on appelle paix un ordre de choses « qui n'offre aucun des biens de la « paix (*). »
OrCURSXOHS DXS HOUtÂHDS KT DS8 8LAVIS.
Le traité de Verdun suspendit pour deux ans la guerre civile entre les descendants de Charlemagne. Ce n'est pas à dire que tout fût calme et tran-
auille dans les trois royaumes, penant cette période. Peut-être n'eurentils jamais plus à souffrir ; car il semblait que l'invasion allait recommencer^ mais cette fois aux dépens de ceux qui avaient fait la première. Les Slaves de toutes races, les Scandinaves, sous le nom de Normands, attaquent les royaumes francs, à l'orient, au nord et à l'ouest; tandis que les Sarrasins
(*) Gaodetor fsssl ueva inter Tolnera iCfni Et pacem Todtant nalla est obi graiia padf.
Script rer. Franci». Toni. VIT, pag. 3oa, U«di|Clion &d M. Aug. Tbien7.
218 I-'UIÏI
leur (Usputént l'Italie et la Provence.
Bientôt vont arriver les Honnis, ces hardis et Infatigables cavaliers , qui , comme les Huns, iront toujours devant edx, tuant et pillant , traversant tout» l'Allemagne i sans souci du retour, et réhcontrant enfinun jour- sur le Rhône, àcB autres cavaliers de rAfrique , les Sarrasins , arrivés jusque-là grâce à la faiblesse des petits-fils du grand empereur. Quant aux Scandinaves, ce sont d'impitoyables pirates, -des rais de la mer, qui n'y laissent rien passer.
« Que le pirate dorme sur son houdier et le glaive à la main; le ciel bleu lui sert de tente.
« Quand le vent souffle avec furie, hisse ta voile jusqu'au haut du mât; les vagues bouleversées réjouissent le pirate. Laisse aller, laisse aller; qui amène la voile est un lâche : mieux vaut mourir.
« La femme est exilée à terre, fdtélle Freya elle-même; car la fossette ëe ses joues est le gouffre le plus perfide ; la boucle de ses cheveux flottants ést un filet.
« Le vin est la boissoii d'Odin; et Pivresse t'est permise, si tu la portes sans t'oublier. Qui chancelle à terre peut se relever ; qui chancelle à bord va trouver Ran Tendormeuse.
« Si le marchand passe, protège son navire; mais qu'il ne refuse pas le tribut : tu es roi sur les vagues, il est esclave de ton gain; ton acier vaut bien son or.
« Si un pirate se montre, il est attaqué.
« Les blessures honorent le oirate, elles parent l'homme quand elles se trouvent sur sa poitrine ou sur son front: laisse-les saigner, ne les bande qu'au bout de vingt-quatre heures, si tu veux être des nôtres (*). »
' Mais la mer fournissait peu alors , rOcéan germanique ne voyait guère que les barques Scandinaves. Aussi les
(*) Extrait d'an poème en vingt -quatre diants , par Isaïe Tegncr , évéque de Wexioc. Ce sont les lois que le héros Frelhias donne aux guerriers de son bord. Ce code est du reste celui des anciens pirates du Nord.
Normands étaient obligés pour trouver du butin de ravager les côtes et de
Ënétrer dans les terres. Déjà nous ) avons vus apparaître ^ au temps de Cbarlemagne; mais l'empire était en* core trop fort, trop bien sur ses gardes ; ils s'éloignèrent: c'était pour revenir bientôt. L'an 835 , ils ravagèrent toutes les côtes de Tempire, depuis TElbe jiisqu'à ^ Garonne; en 845 , ils détruisirent Hambourg ; quel* ques années plus tard , ils débarqtilrait en Frise, dévastèrent tous las pays que le Rhin traverse,, et ruinkeot les villes dont ils purent s'emparer. Les côtes de la Saxe furent également menacées : aussi Louis-le^ermaniquefotil obligé de donner aux Saxons un due diargé de veiller sur cette frontière.
OEOAltlSATfOir VlUTAXaB DIS PftOnHClt
FROaTiiais.
' Les attaques des nouveaux Barbares vont, avec les causes qui s'opposent alors par toute l'Europe à la formation ae grandes sociétés, concourir au démembrement de l'autorité royale et à rétablissement du r^ime féodal.
I^ous venons de voir Louis-le-Germapique donner un duc aux Saxons; il Ait de même obligé de placer partout, sur les frontières, des ducs ou des comtes. Ainsi il y eut des margraves pour la Carinthie, pour les pavs entre U Drave et la Save, pour le Frioui et l'Istrie , pour les contrées entre TEus et le Leith. Un duc fut cliargé de veiller sur la marche de Bohême , où les Chrowates étaient sans cesse prêts à prendre les armes. Un autre fut duc de la frontière des Sorbes ( cUuc Sorabici UmiUs)^ et tint ses plaids à Sartava (Shartan, im peu au-dessous ee Magdebourg); enfin il y eut un margrave pour le Nordgau. La Thuringe avait aussi son duc.
OUBREES COnr&B LES SL^TBS.
Cette organisation militaire des
Ï)rovinces était nécessaire, car il fal« ait principalement, sur ieB frontiè-»
res orientales, observer constamment
les mouYements des Slaves, qui profitaient de toutes les oocasioos favorables pour se jeter sur TAUemagne.
fin 846, Louis parriiit entendant h imposer aux Moraves , après une déflrite, un prince de soii choix; mais en 8S5 , ce orince se révolta lui-même contre celui qui l'aTàit nommé, refusa le tribut et ravagea la Pannonié. Presoue en même temps les OboMtes et les Dorabes se soulevèarent; ces derniers égorièreotmêmeleur ducqui ne voulait point de cette guerre : ils ne s'en laissèrent pas moins battre par les margraves de Louis, ainsi que les Obotrites, qui furent eontraints de donner en otage le fils de leur chef. Quant aux Moravest ils étaient plus redoutables. La révolte de Garloman, que son père avait diargéde combatte les Moraves, •t qui voulait se rendre indépendant dans la Bavière, vint augmenter les «nbarras du roi de Germanie. Cependant il parvint à &ire rentrer son fils dans le devoir^ et les Moraves, privés de cet appui, furent obUgés, aprà plusieurs deuûtes, de prêter serment au Cerma$»iqt4e.
Dix ans plus tard , en 869 , tous ces
riples remuèrent une seconde fois, y eut comme un soulèvement de toute la firontière orientale : les Mornes, les Bohémiens, les Sorabes^ prirent encore les armes; il fallut que le Germanique envoyât contre eux toutes ses armées et ses trois fils, Louis M6axe, qui ravagea la Bohême, tandis ou'un margrave dévastait le pays des iorabes, Carloman et Charles-le-Gros, qui forcèrent les Moraves à livrer leur die^Rastiz. Zwentibald, un autre chef morave, avait lui-même livré Bastiz aux Francs, fit bientôt comme kii , quand il se trouva seul à la tête
S sa nation. Louis, comptant sur sa élité, lui avait confié un corps de troupes bavaroises : Zventibald les massacra. Mais sa révolte n'étant point appuyée pai^ les autres Slaves, u fut iMeaiot contraint de sb soumettre. A la diète de Forcbeim, en 874, Louis-le- Gennanique vit tous ces peuples qu'il combattait depuis vinct ans , lui apporter leurs serments de fidélité.
^ LOUIS-LS-OtAMAiri^UK PAATAOt L4 tO&-
Get>endant toutes ces guerres n'empêchaient pas Louis-le-Germaniquede donner son attention à ce qui se passait dans les autres états carlovinaiens. Après la mort de Lothaire et celle de son fils , Lothaire II, à qui était échue la Lorraine, il partagea cette provincie avec Charles-le-Cbauve. Les villes de Bâle, de Strasbourg, de Metz, de Cologne, de Trêves, d'Aix-la-Chapelle et d'Utrecht, vinrent augmenter son royaume.
Lorsmi'un autre fils de Lothaire ^ Louis II , qui avait eu l'Italie avec le titre d'empereur, mourut en 875, Louisle-Germanique, comme l'atné de tout ce qui restait de princes carlovingiens, voulut recueillir son héritage ; mais Charles-le-Chauve le gaana de vitesse, trompa Carloman, fils de Louis, qui avait passé les Alpes avec une nombreuse armée , et courut se faire proclamer à Rome, où le pape et le peuple paraissaient encore avoir seuls le droit de décerner la dignité impériale.
L'année suivante, Loufs-le-Germanique mourut. Ses trois fils se partagèrent l'Allemagne. Carloman eut la Bavière avec la Carinthie^ l'Autriche, la Moravie et la Bohême; Louisle- Jeune prit la France orientale, la Thuringe, la Saxeu la Frise et la moitié de la Lorraine; Cnarles-Ie-Gros eut la Souabci l'Alsace et la Suisse. Mais ces prtages furent bientôt dérangés , d'abord par la mort de Carloman, puis par celle de Louis de Safe. Charlesle-Gros réunit ainsi sans peine tout l'héritage du Germanique; il y joignit l'Italie et la couronne impénale.
VAXBIAIlt DK CBÂILIS-LX-OROS.
Des titres si pompeu|, des états si vastes ne servirentqu'a mettre plus au jour sa faiblesse et son incapacifé. Les Normands s'étaient établis a Gand, à Louvain, à Haslou , sur la Meuse. De là , ils dominaient dans le Brabant et le pays liégeois, ainsi que dans le pays
L'UNIVERS
situé entre Cologne, Mayence et la Meuse. Les villes de Liège, Maestricht, Tongres, furent impitoyablement dévastées. Mayence, Worms, Cologne, Bonn, Aix-la-Cha()elle, furent réduites en cendres. Pour insulter au souvenir de Charlemagne , on laissa subsister son palais, mais après Tavoir converti en écurie. L'ancienne résidence du grand empereur resta déserte pendant quatrevingts ans.
Tant de désastres firent partout éclater des plaintes qu'il fallut bien écouter. Chanes-le-Gros vint tenir une diète à Worms, pour trouver les moyens de réprimer ces brigandages. On ^rut vouloir enfin agir (Tune manière énergique ; une armée nombreuse se réunit et vint assiéger les Normands daqs leur fort d'Asclona ou de Haslou (aujourd'hui Elsloo, à deux lieues de Maestricht); mais par une inconcevable faiblesse, au moment où ils songeaient à se rendre prisonniers, Charles, au lieu de pousserle siège ave z plus de vigueur, leur offrit de l'argent pour abandonner une place où ils ne pouvaient plus te- * nir. Il leur donna deux mille Quatre cents livres pesant d'argent et céda en outre la Frise occidentale à Gotfried, l'un de leurS chefs , à la seule condition qu'il défendrait contre ses compatriotes les embouchures du Rhin , de la Meuse et de l'Escaut. Les Normands purent alors charger tranquillement sur deux cents barques tout leur butin, etse rètirer sur l'Escaut, après avoir brillé la cité de Deventer.
Pendant que Charles-le-Gros signait ce honteux traité qui indignait toute rAllemagnOides troubles éclataient sur les autres frontières: en Moravie, où Zwentibald avait repris les armes ; en Italie, où le duc de Spolète refusait obéissance et s'unissait aux Grecs et aux Sarrasins. Ce malheureux empereur, accablé de titres et de couronnes, ne savait où reposer un instant sa téte : et voici qu'apresia mort de Carloman on vint lui apporter encore la couronne de France. De toute la dynastie de France il ne restait qu'un enfant, Charles, depuis surnommé le Simple, Il fallait pourtant un chef. Les grands s'avisè-
rent de songer à Charles-le-Gros, et crurent qu'il pourrait les défendre contre les Normands (884). Charles accepta; mais les Normands n'en devinrent pas plus timides. Ce même Gotfried , à qui Charles avait cédé la Frise, repassa le Rhin et vint se fortifier à Duisbourç; mais le comte de Thuringe, Henn, le força de rentrer en Frise, et battit une autre troupe qui avait pénétré dans la Saxe. Ce Gotfried avait épousé Gizia , fille de Lothaire n , et voulait avoir comme dot une partie du royaume de Lorraine : « La Frise , disait-il , n'a point de vignes , il faut que l'empereur me cède Coblentz , Andernach et quelques autres domaines. »
Charles se débarrassa de ses prétentions en le faisant assassiner dans une entrevue. Ce meurtre délivra quelque temps l'Allemagne; mais la vengeance des Normands tomba sur la France du nord.
« Charles-le-Gros réunit alors tout l'empire de Charlemagne. Il est empereur, roi de Germanie, d'Italie, de France. Magnifique dérision ! Sous lui les Northmans ne se contentent plus de ravager l'empire; ils commencent à vouloir s'emparer des places fortes.
Ils assiègent Paris avec un prodigieux acharnement. Cette ville, plusieurs fois attaquée, n'avait jamais été prise. Elle l'eût été alors , si le comte Euéés , fils de Robert-le-Fort , l'évêque Gozlin et Tabbé de Saint-Germain-des-Prés ne se fussent jetés dedans et ne l'eussent défendue avec un erand courage. Eidles osa même en sonir pour implorer le secours de Charles-le-Gros. L'empereur vint en effet; mais il se contenta d'observer les Barbares , et les détermina à laisser Paris pour ravager la Bourgogne, qui méconnaissait encore son autorité (885-886). Cette lâche et perfide connivence déhonorait Cha^ les-le-Gros.
« C'est une chose à la fois triste «t comique, de vonr les efforts du moine de Saint-Gall pour Ranimer le courage de rera|)ereur. Les exagérations ne coûtent rien au bon moine. Il lui conte que son aïeul Pépin coupa la téte à un non d'un seul coup ; que Char-
ALLEiMAGNE.
kmagne (comme auparavant Clotaire II) tua, en Saxe, tout ce qui se trouvait plus haut que son épée; que le débonnaire filsdeCharlemagne étonnait de sa force les envoyés des Northmans , et se jouait à briser leurs épées dAis ses mains. Il faisait dire à un soldat de Charlemagne qu'il portait sept, huit, neuf Barbares embrochés à sa lance comme de petits oiseatïx (*). Il l'engage à imiter ses pères ,,à se conduire en homme, à ne pas' ménager les grands et les évéques. « Charlemagne, lui dit-il, ayant envoyé consulter un de ses fils, qui s'était fait moine, sur la manière dont II fallait traiter des grands , on le trouva arrachant des
, orties et de mauvaises herbes : Rapportez à mon père , dit-il , ce que vous
m'avez vu faire Son monastère fut
détruit. Pour quelle cause? cela n'est pas douteux. Mais je ne le dirai pas
' que je n'aie vu votre petit Bernard ceint d'une ^ée. »
« Ce petit Bernard pasfsait pour fils naturel de l'empereur. Charles luimême rendait p<Nirtant la chose douteuse, lorsque, accusant sa femme devant la diète de 887 , il semblait se proclamer impuissant; il assurait^ qu'il n'avait point connu l'impératrice, quoiqu'elle lui fût unie depuis dix ans , en légitime marias^. H ny avait que trop d'apparence : l^mpereur était impuissant comme l'empire. L'infécondité de huit reines, la mort prématurée de six rois, prouvent assez la^égénération de cette race; elle finit d'^isement cooMne celle des Mérovingiens (**). »
• DRPOSITXOH DE CHARLSS-Ll-OBOS.
. 4k L'ineptie et la lâcheté de Charles avaient révolté toutes les nations soumises à son empire. Il crut ^paiset leur ressentiment en leur livrant son premier ministre, l'évéque Luitward; mais il ne fit que s'avilir davantage par les accusations quMI porta contre ce favori, qui l'avait long-temps gon*
(•) Voyez plus bas, pa^ 194.
(**} Michelet, Histoire de France , 1.
verné. Sans ^rd pour son propre honneur, Charles poursuivit Luitward comme coupable d'un commerce criminel avec l'impératrice Richarde. Elle se justifia par répreuve du feu ardent, et se retira dans une abbaye qu'elle avait fondée. Elle a depuis été canonisée par le pape Léon IX. Luitward se réfugia près d'Arnulf , duc de Carinlhie, neveu de Charles, et sut engager ce prince à lever l'étendard de la révolte contre l'empereur son oncle. Celui-ci convoqua une assemblée des grands et des prmces de son empire; mais Arnoul s'y étant présenté avec des forces imposantes , y fit déposer l'empereur.
Charles mourut, peu après sa déposition, dans l'abbaye de Reichenau, située dans une île du lac de Constance , en Souabe, le 12 janvier 888. On prétend que ses propres domestiques l'étranglèrent. Vers les derniers jours de sa vie, il était tombé dans un tel dénûment, qu'il vivait des aumônes de l'archevêque de Mayence (•). »
On montre encore aujourd'hui dans l'église de Reichenau une dent qu'on prétend avoir appartenu au malheureux empereur, et une tombe qu'on dit être la sienne. Les moines de l'abbaye y avaient autrefois gravé cette inscription:
Universam Germaniam et Galliam Jure hereditano acquisiyit ; demum animo, mente ' et eorpore déficient, ah imperio, tune magno cum fortunée ludibrio dejeclus a suis, omntous pos^osittu humili hoc in loco sepultus jacet.
DÉmMBKtMBirr DB L*SVPXHB CAELOVlSOIEir.
La déposition de Charles-le-Gros àj$ diète de Tribur(B87) est la dernière et victorieuse protestation des diverses nations jadis soumises par Charlemagne contre l'unité de l'empire.
Bien que ce prince eût essayé d'envelopper tout rempire dans une même législation, cependant il n'avait pu enlever aux peuples leurs coutumes, leurs lois particulières : sous l'unité administrative et politique* existait toujours
(*] Benjamin Constant, Biographie universelle, t. VIII, p. 161.
la diversité 4« i^ces^ de langues, de mœurs. Clette diversité éclate à la fip du IX** siècle. La Gaule du nord se donne au roi Eudes; Gui de Spolète et Béranger, duc de Frioul, se partagent la royauté d^Ita)ie; Bospp est roi de Bourgogne, Rodolphe roi d(S Bourgogne fransjurane; la Navarre, la Bjretagne sont indépendantes sous des chefs nationaux. Quant i l'AUeinagne, eHç ^'esMéj? divisép, soiisles fils de Louis*Ie-GeriBanique , en trpis nations : les Saxons, le^ Sppahes èt les Bavarois. IVIais ces massés sont encore trop fortes; il faut que 1^ démembrement aille plus loin, que les royaumes se divisent en comtés, les comtés en seigneuries: il faut, en un mot, que le système féodal s'établisse.
On se rappelle que dans l'orjgipe, après la con<2uéte, il y eut trp|s portes de propriétés, trois états par lesquels passèrent toutes les terres du pays conquis ; je veux dire les terres a)lodiales, les terres bénéficiaires et les ,^res tributaires. Mais peu à peu il se fit d'importants changements dans les propriétés. Toutes les teires se trausrormèrent en bénéfices. Plusieurs circonstances concoururent à opérer cette révolution.
1* JUeux. — Les propriétaires d'alleux, c*est-à-diredes terres qui n'étaient chaînées ni d'impôts ni de redevai^ces, étaient peu nombreux dans l'origine; c'étaient deç chefis de bandes pariiculières qui allaient s'àablir dans un can- Ipn devenu la récompense de lei^ courage. Ceux-là entendaient tnen qe relever que de leur épée, et prétendaient vivre dans un orgueilleux isolement. Maisdansunesociétépù à chaque instant la lorce remplaçait le droit , ces hommes, qui ne tedaient à personne, qui, par leur position même, ne pouvaient point réclamer l'assistance d'un patron, lorsqu'ils se trouvaient pressés par l'ambition de quelque voisin puissant, étaient aisément dépouillés de leurs terres. Dans nuapareille société , il n'y avait de sûreté a espérer
que daps l'uniop, o^est^-dire que te faible devait abdiquer ses fières prétentions à l'indépendance et à l'isoleinent, pour vemr se metlàre sous la protection d'un chef capable de le dé^ fendre. Ainsi, ou le propriétaire d'alleux était dépouillé, ou il venait*9^ recommander k un patron, c^est-ô-dire qu'il changeait la nature de sapropriéet qu'en écban|[e de la protecttoù qui lui était promise, il rengageait a de certaines obligations envers son protecteur ; c'est-à-dire encore « que d'allodiale, sa terre devenait bénéficiaire.
r Terres tribuMres. — Il en fut de ipéme pour les te-rres tributaires; les possesseurs des unes finirent, au« milieu des Subies et des suerres continuelles, par négliger ae payer là redevance primitive, et par s'approprier les ^res qu'ijs cultivaient dp pèreenfils; d'autres fi|rentdé(>ouil|é8, • et leurs terres données en bénéfices.
Le résultat de toii; ces changements fut qu^au neuvièine siècle presque toutes les propriétés étaient devenues terres bénéficiaires • c'est-à<iirie que les propriétaires de tonies les terres avaient certaines obligations à remplir les uns à Tégard des aji^tres; les uns devant iè service militaire et certains seiviccs civils ou domestiques 9 les autres leur devant protection et garantie.
Si la féodalité n'avait pas été phis loin; surtout si la biérarcniedes tmes avait été éttblie de telle sorte que le roi se trouvât le plus puissant dis tous les propriétaires, les duca plus puissants que les comtes, tes comtes plus. que les barons, ceux-ci plus cuio les simples bénéficiers ; alors la feo' dalité aurait été uup société parfaiçment hiérarchique , s'élevant de degrés en degrés jusqu au roi, placé au haut de l'échdie , et qui , de là, dominant tous les ranss , aurait été assez fort pour se faire ooéir de tous, et les contraindre à observer leurs devoirs réciprooues.
Mais ce qui fit oue des dvnasties indé-
Rendantes s'élevèrent sur tous les points e l'empire carlovingien , ce qui fit que la soeiété se brisa , se rompit en mille sociétés inconnues les unes aux
autres, c^êst que le roi fut dépouillé de son autorité et de ses possessions territoriales, et qu'il n'y eut personne assez foi:t pour maintenir l'unité.
Toutes les terres, ou à peu près, étaient devenues bénéficiaires, comme nous venons de le voir. Dans l'origine les bénéfices n'étaient point héréditaires on les donnait pour un certain temps, quelquefois pour la vie, le plus ^uvept sans stipuler l'espace de temps IKNir lequel elles étaient cédées. Mais il n'est point de sentiment plus naturel dans ce monde que celui qui pousse un père à faire passer ce quil possède à ses enfants ( aussi 1^ bénéficiers 8'efiforoèrent-ils de rendre leurs terres héréditaires* Cette tendance se montra de bonne heure : dès l'année 614, il est dit dans le traité d'Andelot, que ce que les leudes possèdent, ils le conserveront : qwdqwd cttitefatirege$ ecciesHs atU fideUbus suis contuleritU. . . staHÀliter conservetur. Au neuvième siècle, cette révolution est consom* fDée , les bénéfices sont devenus héréditaires : le fils succède au père dans ses fieft, sauf à faire hommage à soi^ seigneur suzerain , roi ou comte.
L'hérédité des bénéfices, en immobilisant les richesses territoriales dans les mains de ceux qui les possédaient, appauvrit singulièrement le roi, et hii enleva les moyens de payer la fidélité et les services rendus a sa personne. Restaient les domaines royaux : les rois m firent des dons tant qu'ils en eurent ; inais bientôt, à la fin de la première race, ils se trouvèrent dans le plus complet dénûment. Quand les Carlovingiens prirent cette couronne ap-
SuVrie et dépouillée , que les descennts de Clovis ne pouvaient plus
Sorter, ils joignnrent au titre de roi e^aodes propriétés territoriales.
Mais les faibles successeurs de Charleoiagne ik surent point conserver ce >iche domaine: ils se le laissèrent arracher par lambeaux , et se trouvèrent bientôt aussi pauvres que les derniers Mérovingiens.
■fa<BIT< BM OVtXCM ftOTAVZ.
cipes : l"" l'hérédité de la propriété avec certaines charges et obligations ; 3* la fusion de la souveraineté avec la propriété. Nous venons de reconnaître le premier de ces deux principes. Thé** rédité des bénéfices; il nous faïut dire maintenant un mot du second.
Une des choses qui souleva le phis l'indignation des grands contareÉbroln, ce maire du palais de Neustrie , défenseur des hommes libres et de Fautorité royale contre Taristooratie, <f est qu'il he confiait jamais les offices royaux de ducs, comtes, margraves, etc., quHk des hommes qui ne possédaient aucune propriété territoriale dans la provinoe où ils étaient envoyés. Ébroii^ crai^ gnait que les jenrands propriétaites , joi-
Snant a l'influence qu'ils exerçaient ans leurs cantons, l'autorité dont ils seraientrevétuscommedéléguésduroi, ne devinssent trop puissante et redou* tables à la royauté même. Charlemagne smVit cette politique; il soumit en outre tous les officiers royaux à là surveillance active des nUsÊi dominici; mais après hii ces précautions furent négliffées, et les officiers se persuadé^ rent de plus en plus que leurs chareeS devaient être héréditaires aussi bien que leurs bénéfices. Lorsque les deuM margraves Wilhehn et Engelschalk moururent , en 884 , leurs enfints vou^ lurent succéder aux charges de leurs pères. Cependant l'empereur , n'ayanî point égard à leurs prétentions, nomma Arbon pour comte des marches de Bavière. « Ces enfants et leurs parents, prenant cela comme une granae injustice, dirent que les choses devaient se passer autrement, et qu'ils mourraient par le glaive , ou qn' Arbon quitterait le comtede leur fiaimille (*}. » La guerre eut lieu en effet; plusieurs sei^eurs prirent parti pour les fils de Wilhelm et d'EngeIschalk. Amulf , duc de Carinthie, neveu de Charles-le-Gros, leur donna Ini-méme assistance; tant l'idée de priver un fils des charges de son père semblait déjà une véritable injustice, une violation du droit! Sept ans auparavant, Charies^ le -Chauve
La féodalité, repose sur deux prin- (*) Annales de Fulde.
L*UNIVERg.
avait consacré par un capitulaire ce droit nouveau. *
« Si, après notre mort, quelqu'un de nos iidètes , saisi d'amour pour Dieu et notre personne, veut renoncer au siècle , et s'il a un nls , ou tel autre parent capablede servir la chose publique, qu'il soit libre de lui transmettre ses bénéfices et honneurs comme il lui plaira. »
£t dans un autre article ;
« Si un comte de ce royaume vient à mourir, et que son fils soit auprès de nous, nous voulons que notre lils, avec ceux de nos fidèles qui se trouveront les plus proches parents du comte défunt, ainâi qu'avec les officiers dudit comté et l'évegue dans le diocèse duquel il sera situé , pourvoient à son administration jusqu à ce que la mort du précédent comte nous ait été annoncée , et que nous ayons pu conférer à son fils, présent à notre cour, les honneurs dont il était revêtu. Si le fils du comte défunt est enfant , que ce même fits , l'évéque et les autres officiers du lieu, veillent également à l'administration du comté, jusou'à ce que nous ayons accordé au nls les mêmes honneurs. 9
Ainsi l'hérédité des bénéfices et des offices royaux estlégalement consacrée.
Le fils héritera non seulement des terres de son père , mais de la portion d'autorité royale dont il était revêtu.
Cette fois, c est la royauté elle-même qui se trouve démembrée.
Dans la France proprement dite, ce démembrement , cette dispersion de l'autorité royale alla jusqu'à créer vingtneuf , et plus tard cinquante-cinq petites souverainetés. Mais en Aliema-
§ne, ce démembrement s'arrêta penant quelque temps à un petit nombre de grandes masses, qui pouvaient presque être considérées encore comme d'importants royaumes., et qui formèrent les grands-duchés de Franconie, de Lorrame, de Saxe, de Thuringe, de Bavière , etc. , dans Tintérieur desquels devait aussi s'opérer, et par les mêmes causes, le grand mouvement du démembrement féodal. Avant d'aller plus loin , Il nous est nécessaire de
dire un mot de chacune de ces grandes portions , qui , par leur réunion , forment l'Allemagne.
BTATS DONT 8B COMPOSAIT L*ALUIMAOVl SOUS LU CAELOTiirOIEM.
Les Francs orientaux occupaient la province la plus considérable de l'Allemagne. C'est là où se trouvaient le plus grand nombre de domaines royaux ; c'^t là que les successeurs de Charlemagne ont le (dus long-temps séjourné: aussi la dignité ducale s'estelle établie dans ce pays plus tard que dans les autres. Biais aussi c'est des comtes de Rranconie^'est sorti Conrad , le premier roi des Allemands qui ne desœndit pas de Charlemagne r).
Dans ce pays encore se trouvaient les plus anciennes et les plus puissantes villes de l'Allemagne, et parmi elles Mayence, la résidence de 1 archevêque et du primat de la Germanie. Là enfin était le Rhin qui , au moyen âge, fut le grand canal de tout le commerce de l'Allemagne, et dont les bords, si riches d'ailleurs et si fertiles en vignobles, virent s'élever tant de villes florissantes. Les limites de la Franconie sont, a l'ouest , les cantons de Worms et de Spire touchant à la Lorraine ; au sud, vers l'Alemanie, les rivières de Kinzig, d'Ens et de Murr, dont les deux dernières se jettent dans le Nekkar; à Test, du côté de la Bavière »ia Rednitz ; au nord enfin, la Tliuringe et la Saxe.
La Lorraine a cela de partioulier
Su'à la différence des autres contrées e l'Allemagne elle ne tira pas son nom du peuple qui Thabitait, mais de son premier roi , Lothaire, fils de Louis-le-Débonnaire. Il en devait être ainsi pour une contrée (fiA n'avait point, à vrai dire, de nationalité, ef qui s'était toujours trouvée comme une grande marche entre les Gaules et la Germanie. Sa population était un mélange de Ripuaires et de Saliens.
(*) Cependant il appartient par la$ fenunef à la fanifSle des Carloviogielis.
IfB ducs de Lorraine prétendaient au oouble honneur de descendre à la fois de Clovis et de Charlemagne ; ils possédaient de grands biens patrimoniaux sur les mrds de la Moselle; mais ce n*est que depuis les invasions des Normands qu'on les voit porter le titre de ducs.
tOOA».
Les pays du sud-ouest de TAllemagne se trouvaient partagés par le Lech en Souabe et en Bavière. La Souabe, qui conserva lon^-temps le nom d' Aiemanie, s'étendait depuis la Franconie jusqu'à PHelvétie. A la Souabe se rattachait rAlsac&;c'est-à-dÙpe la contrée ui s'étendait le long de la rive gauche u Rhin, jusqu'aux frontières de la Bourgogne , et jusqu'aux Vosges.
L'Alemanie, après avoir formé, au temps de Giarles-leOros, un royaume séparé, fut quelque temps encore admmistrée par des ofDciers royaux. Ce fut seulement , comme nous le verrons plus tard , sous le règne de Conrad I*', que l'Alemanie eut un duc, comme les autres grandes provinces germaniques.
Les frontières méridionales de la Bavière ont varié sfous les Lombards et sous les Francs, et particulièrement depuis le cercle des confins welsches et teutoniques 0,qui formait, à proprement parler, la limite des deux langues, i jusqu'^au Vintschgau , au Pusterthal et auBrenner. tTantigue Agunt, Innichen, est situé sur les frontières wendoslaves.
Après la chute de l'antique^ puissante maison des Agilolfîngs , la Ba- , vière s'était fort accrue à l'est aux dépens des Avares, sur lesquels Charlemagne conquit la marche orientale.
La Bavière fut alors gouvernée pendant quelque temps par des comtes ou simples ofliciers royaux ; mais dans le démembrement de l'empire carlovingien , elle forma , comme l'Alemanie, un royaume particulier qui avait de
(•J Welscfi'imd TeuUch-Metz, aiijourdlun le cercle' de Rovérédo.
Lb^aUon. (Allemagne.)
A6NE. :m
grandes annexes. L'Alemanie ne possédait point de ^ande ville qm tait fût comme la capitale ; mais , grâce à Ja longue durée de la première maison ducale, plusieurs cités importantes s'étaient peu à peu formées dans la Bavière , et Ratisbonne en paraissait déjà être la capitale.
nvmivas.
La Thurinj^e avait eu sîngnlièreroent à souffrir des ravages des Saxons et des envahissements des Francs orientaux. Resserrée entre ces deux puissants peuples , elle avait été contrainte de céder plusieurs portions de son territoire. Elle avait pour limites, au nord, l'Unstrut, la Helme, le Hartz jusqu'au confluent de la Werra et de la Fulde; à l'ouest, la Werra , et à l'est, la Saale. Ce pays était, comme la Hesse , l'un des plus peuplés de la Germanie. On y trouvait encore des chevaux sauvages à l'époque où saint Boniface y arriva.
L'introduction du christianisme fut favorable à ce pays , comme au reste de l'Allemagne; ear les couvents qui s'y établirent donnèrent fexemple de défricher le sol > et api>elèrent par les travaux agricoles la civilisation parmi ces peuples. Les Thuringiens eurent de longues guerres à soutenir sur leurs frontières avec les Serbes. Sous Louisle-Germanique, le comtode la marche des Serbes , Thocuif , obtint le titre de duc de Thnring;e , et eut pour successeurs, Ratoif, puis Poppo , et enfin le comte de Franconie, Conrad, père de celui qui fut ensuite roi de Germanie.
SAXB ST VM9B.
Les Saxons et les Frisons, qui embrassèrent le christianisme les derniers, furent en proie à bien des souffrances avant leur entière soumission.
Une partie d'entre eux fut transportée au delà du Rhin, et on ne leur permit de retourner dans leur pays que sous Louis-le-Débonnaire. La Nordalbin^ie fut surtout dépeuplée. Les Éthchn* ges, qui, autrefois, étaient les phii
{)uissants et les plus considérés parmi es Saxons, avaient été humiliés et réduits h la mÉbe condition que le
L»UNÎVERS.
veste do peuple. Mais une de leurs ^milles , proDablement celle qui était issue de Witikind , parvint bientôt à une nouvelle puissance. Sous Louisle-Germanique , qui opprima les Stellinges , Ludolf reçut la dignité ducale, dans làquelle son fils Bruno, et ensuite Otton, lui succédèrent. Ce dernier, le plus puissant des princes d'Alleinagne, ^l'extinctiondesGarlovingiens, iiurait pu être élu roi de Germanie; inais comme il était fprt âgé, il aima mieux céder ce titre à Conrad « duc de )a Fcanconie orientale ; cependant son fils Henri-rO^eleur devint la tige de la seconde dynastie impériale.
Entrés les derniers dans le sein de réglise, les Saxons ne restèrent pas au-dessous de leurs autres frères; bien loin de là, ils firent des progrès plus rapides que les autres, tant à fcause des relations qui s'établirent entre eux et la Franconie , qu'à cause des communications qu'ils ouvrirent avec les Windes des bords de la Baltique.
Leurs forteresses et leurs sièges épiscopaux devinrent de florissantes places de commerce. Ils avaient pour frontières, du côté du Danemark, TEider; du côté des Slaves , ia Prave , l'Elbe et la Saale , environ jusqu'à l'embouchure de i'Unstrutt. Nous avons désigné plus haut les frontières du coté delà Thuriage; elles, s'étendaient surtout à travers le Westerwald , au de^ )a
asfiSf^r'^'"
paraît avoir soovc changé, à cause des guerres fréquentes que se firent les deuxpeuple^, et surtout par suite des expéditions qui eurent lieu postérieurement sous Charlemagne. La Hase e»t quelquefois désigné comme limite.
Le Waai sépare les Frisons de la Franconie. Tonte là frontière septentrionale depuis l'embouchure de la Bïeuse Jusqu^à ceHe du Weser , a appartenu de tout temps aux Frisons , oui rétendirent au moyen de digues.
On comprend maintenant la division établie par Tacite entre les grands et les petits Frisons. Le Fly {*) séparait (*) Flew-lacus des Kgpiaiiu , aujourd'hui lé Zttidenee , 6âdmee m allemand.
les Frisons occidentaux des {Ripons orientaux. Les premiers habitaient la Hollande et la Zélande actuelles ; on les désigne aussi sous le nom de Frisons maritimes ( peut-être les Frisiabonsde Ptoléinée). Les Frisons orientaux étaient encore divisés par le Laubach.
De même que les Francs occidentaux , une portion des Frisons de l-ouest fit partie de la Lorraine, après l'extinction de la branche allemande des Carlovingiens. Charles-le^imple établit Dirk ou Ditrich V comte de Hollande. Ses descendants Régnèrent ^ur la Fris^ héréditaire. La Frise libre n'eut pas de duc , quoique cette dignité eût ét^ établie dans tous les autres pays; probablement elle n'était jpas alors in<]uiéiée par les Normands.. En général, ^ l'époque où les deux empires d'Allemagne et de France se constituent, la Frise tombe pour long-temps dans l'oubli. On voit seulement, par la suite des événements , que cette province , à l'exception de la Hollande ^ fut partagée en sept Zélandes, qui formaient une confédération, dont le centre était Upstalbam. £n cas d'invasion étrangère, les Zélandes étaient appelées auxarmes par des fanau^i qu'on allumait. Le roi envpyait un comte avec des pleins pouvoirs pour gouverner le pays.
Quoique la Frise et la Saxe n'aient été réunies à l'empire des Francs qu'à la suite de longues guerres, on n'y .
trouve pas de domaines royaux comme dans les autres états. La cause en est qu'il n'y avait pas en Frise de famille rqyale ou princière (*) , sur les ruines de laquelle on pût établir la nouvelle domination. Charles se contenta d'imposer la dtme à ce peuple , et les * sièges épiscopaux reçurent de riches dotations.
Tels étaient les peuples d' Allemagne lors de la dissolution du grand empire des Francs. Leur nombre et leurs relations étaient presque les mêmes encore qu'à l'épogiie des migrations.
Mais voici les aiffêrences qu'ils présen-
(*) On ignore ce que devint la hmille Js' aathbod.
taient«D*uii côté, après la séparation des jPrancs occidentaux, ou Français, les Francs restés Allemands apparaissent divj^ en deux provinces séparées par le Rniir, la Franconie orientale et la Lothariagie, ou Lorraine. Le nom des Francs , qui hisqu'aiors avait trouvé un centre à AixAa-Uiapelle, ne parait plus désormais que sur la rive droite du RhÎB. fies Francs «aliens et ripuaires s'y oon^Dndent aussi. D'un autre côté , sur la frontière orientale, de nouvelles marches ont été ajoutées à TAlIemagne; la Bavière surtout a reçu une plus grande «tension. Enfin les peuples sont moins répartis en races; il y a eu déjà des mélanges nombreux «atre les Saxons et les Francs , les Francs et les Allemands, etc.
nOISIÈME PÉRIODB.
1>1FUIS L'iTÀftLZSStlttlIT DU BOTAUMB DB
oniiAinx jusquV la. quxullb des ik-
VBSTmx&U.
Dans là première période de cette histoire , nous avons étudié la Germanie primitive, ploi^ée encore dans la barbarie, et isolée du reste du monde.
Dans la seconde période, nous avons suivi les Barbares sur tous les grands chemins de l'empire; nous les avons vus relever eux-mém^ les ruines qu'ib avaient faites , et mder des royaumes bien loin de leurs antiques forêts.
Maintenant les Germains sont rentrés 4lans leur patrie, ou du moins ceux qui ifen étaient allÀ hisque par delà tes Alpes et les Pyrehées ont. disparu, on se sont fondus avec les anciens nabitants pour former des peuples nouveapx , et dans le pays qu'ils ont quitté il s'est développé peu a peu des nations puissantes,, qui seules sont pures de tout mélange avec les autres races, et revendiquent pour elles seules )6 glorieux nom de Germaii/. L'héritage des Francs est passé entre leurs mains. Elles ne dominent point, il est Trai, sur la Gaule, mais e[les se sont enrichies des dépouilles de Charlemagne; et leur ch^, leur roi va porter Mit dans toute la chrétienté le titre
d'empereur. Il voudra même , çomme chef et représentant des anciens con^ quérants de l'empire , exercer une sorte ae suprématie sur tous les autres roia^ qu'il regardera comme de simples adr ministrateursëepi^ovinces, regesprch vincicUes*
AintlLF.
Le premier roi national des Alle*mands est Arnulf de Carinthie, fils naturel de CaMoman. Nous avons vu que quand Charles-le-Gros eut épuisé «par son incapacité et ses honteuses faiblesses, la patience des grands et des peuples, le grand déchirement de l'empire carlovingien fut enfin opéré.
Arnulf, qui s'était rendu a la diète de Tribur avec des forces imposantes;, fut proclamé roî de Germanie.
Arnulf était encore trop près de Charlemagne pour n'être que roi de Germanie : fils d'un prince carlovingien, successeur de Charles-le-Gros, qui avait réçné sur toutes les contrées soumises jadis au sceptredu conquérant, Arnulf ne voulut pomtabdiquer cet héritage. Aussi le verrons-nous continuant, si je puis le dire, le système impérial, chercher à replacer TItalie et la Boorgogne sous son autorité , recevoir l'hommage du roi de France, et enfin se faire couronner empereur.
Le peu qui restait alors du royaume de France, je devrais dire du domaine royal, était disputé par Eudes et Çharles-le-Simple. Euaes, pressé par son rival, vint réclamer l'assistance d'Arnulf à la diète de Worms , 888. U lui remit entre les mains le sceptre ^ le diadème et toutes les marques de la royauté ; ce fut comme un hommage de la couronne de France que Eudes faisait au roi de Germanie (*). Cette alliance fut suivie de la eonmiéte que fit Arnulf, de la Lorraine, anibitionôée vivement par Rodolf ^àlfy qui s'était rendu indépendant dans la Bourgogne
(*) Cinq ans plus tard , en 893 , Araul^ oubliant aon alKance avec Blides , recottnot son coDipédteor aux iftilliics con<^|tons. Tam Annales de Metz disent qoe Chaarki le-Simpie reçut d'Arnulf. le royaume de France,
transjurane , entre le Jura , le Rhône et la Reqss. Arnulf chassa de la Lorraine les troupes de Rodolt qu'il poursuivit jusque dans ses montagnes , et le for^a de Tenir faire sa soumission à Ratisbonne.
Arnulf eut à combattre, pour Ni sû* reté de PAllemaene, les mêmes ennemis- que ses prâlécesseurs, les Normands et les SlaTes. Pendant que le roi de Germanie était suk les frontières de Moravie , les Normands entrèrent en Lorraine par la Meu«e, et battirent, près du torrent de Galia ( Galios ), un corps de troupes allemandes. L'archevêque de Mayence , qui se trouvait à la bataille, resta parmi les morts. A cette nouvelle^ Arnulf revint en toute hâte, ramassant sur son passage les troupes de toutes les nations germaniques. Il vint trouver les Normands retranchés près de la Dyle ; un marais défendait leur camp. Le roi, oui avait très-peu d'infanterie, fut obligé de donner l'exemple, de mettre' pied à terre; on renvoya les chevaux, puis on marcba droit aux Barbares, qui, -déconcertés par cette attaque , essuyèrent une sanglante défaite : deux de leurs rois périrent , et treize étendards furent pris (891).
Les Slaves n'inquiétaient pas moins Arnulf. Il s'-était lie^ pendant qu'il était encore duc de Cannthie, avec le chef des Moraves Zwentebald, qui avait même tenu un de ses fils sur les fonts de baptême. Pour le gagner davantage, et peut-être aussi pour soulever Tes Slaves les uns contre les auttes , Arnulf nomma Zwentebald duc des Slaves de Bohême. M«i3 il eut bientôt à se repentir d'avoir ainsi accru la puissance du dhef morave : Z^rentebald prit le titre de roi. Arnulf fut contraint de marcher contre lui avec quatre ^corps d'armée, doat l'un étatt entièrement composé de Hongrois. Les Germains ravagèrent, pendant un mois; toute la Moravie, et firent alliance avec le roi des Bulgares, qui" promit de ne plus vendre de sel aux Moraves < 89 2). Mais le grand dessein qui occupa tout son règne, ce fut de conquém l'Italie et le titre d'empereur.
ÉTAT DB L'ITÀUI.
Les Lombards avaient institué dant leur monarchie trente fiefs principaux avec le titre de duchés. Sous les Carlovingiens, le nombre de ces duchés Aiminua neauoouppar la réunion def lusieurs fiefs dans les mêmes mains. A la déposition de Charles-le-Gros, il y avait en Italie cinq ou six seigneurs toutpuissants et capables de se disputer la couronne. Ony trouvait au midilesducs de Bénévent ; mais ce duché était au IX" siècle divisé en trois principautés indépendantes, Bénévent, Capoue et Salerne qui s'affaiblissaient réciproquement par une guerre «acharnée.
Aussi leurs souverains ne firent-ils aucune tentative pour obtenir le titre de roi d'Italie. En Toscane, dominait le marquis (margrave) Adalbert,
2ui , content de la possession de cette elle province, n'ambitionnait rien de plus. Fermo et Camérino étaient gouvernés par deux marquis ; une partie du Piémont l'était par le marquis d'Ivrée. Mais au-dessus de ces seignettrs s'élevaient , par leur puissance et leur ambition , Bérenger , marauis de Frioul , et Gui , marquis de Spolète. Les états de Bérenger s'étendaient depuis les Alpes Juliennes jusqu'à l'Adige. Ce prince, petit-fils par les femmes , de Louis - le - Débonnaire « était chargé de défendre le seul passage par lequel Tlthlie était accessible aux Slaves et aux Germains. Quant au ducde Spolète, allié aussi de la maison de Charlemagne, il dominait dans l'Italie centrale, menaçant et le pape et le ducde Bénévent.Gui et Bérenger étaient trop puissants pour ne pas élever bientôt des prétentions rivales. En effets quand la déposition de Charles-le-Gros eut laissé vacante la couronne d'Itali*^ tous deux voulurent s'en saisir. Bérenger, qui exerçait une grande influeace sur tous les seigneurs de la Lombardie , tut appelé par eux à Pavie, et reçut de leur consentement la couronne dçfer.
TENTATIW o'ARirmj tlTR l'xTALIE.
Mais Bérenger se vit bientâtaenacé
ALLEIfÀGIfE.
par un ennemi redoutable. Arnulf, qui venait de recevoir l'hommage d*£uaes deFrance,etdeRodolfde Bourgogne, s'avançait pour réclamer l'Italie. Bérenger se sentit trop faible pour résister; il se rendit à Trente, et fit au roi de Germanie Fbommage de sa couronne (889). Arnulf , satisfait, n'alla pas plus loin , et laissa son protégé s'affaiblir en luttant contre le duc de Spolète.
Pendant qu' Arnulf luttait contre les Normands et les Slaves, Bérenger perdait son royaume : vaincu sur les bords de la Tréoia par Gui de Spolète, il se vit assiégé dans Vérone, et ne put empêcher son rival d'être proclamé, à Pavie, par les évêques, roi d'Italie. Gui portait déjà le titre d'empereur, que lui avait donné le pape Formose.
Alors Bérenser invoqua le secours de celui dont il s était reconnu feudataire. Arnulf lui envoya en effet son fils Zwentebald; mais ce Jeune prince se laissa tromper par les négociations de Gui et repassa les Alpes sans avoir rien élit; il fallut ou'Amulf vint lui-même.
Toutes les villes se soumirent à son approche : Bergame seule voulut l'arrêter; mais il s'en empara après un siège de quelques jours. Milan, Pavie, effrajées des massacres qui avaient suivi la prise de Bergame, ouvrirent le^rs portes. A Plaisance, les seigneurs lombards lui firent hommage de leurs fiefs. Mais Arnulf n'alla pas plus loin : le désir de se venger de Rodolf de Bour^gne qui avait fourni des secours à Gui de Spolète, et la mort de Zwentebald, le cnef des Moraves , le rappelèrent au delà des Alpes.
u fuj DVavvLV mcoirxru hoc di Loa-
EAIHB.
Un autre soin exigeait encore la présenced' Arnulf sur les bords du Rhin : il voulait depuis long-temps faire reconnaître son fils Zwentebald pour rei de Lorraine ; mais les seigneurs de ce pays n'y voulaient point consentir. Pour s'attacher au moins le clergé, et, par lui, ga-
Ser les comtes, Arnulf tint, au mois mai ^ti l'année ^5, à Tribur, près
Meyence, un concpe des évôqncs de^ Germanie et de Lorraine. Parmi les cinouante-huit articles du règlement arrêté dans ce concile, il en ât auel* ques-uns qui méritent d'être rapportés, et qui montrent la place et l'autorité que le clergé avait déjà dans la société.
Article III. Les comtes se saisiront de ceux qui seront excommuniés par les évêgues, et qui ne veulent pas fare la pénitence que l'Église leur a imposée. Les comtes devront les présenter au roi ; et s'ils résistent pour ne point venir en la cour du roi , ceux qui les tueront ne seront sujets à aucune amende ni à aucune pénitence.
Les parents de ceux qu*on aura tués de la sorte , seront même contraints de jurer qu'ils ne vengeront pas leur mort (*).
Art. IX. Si un évêque et un comte se trouvent avoir convoqué leur assemblée pour le même jour, il est juste que le peuple et le comte même se rendent à celle de l'évêque. Cependant, pour le bien de la paix , celui des deux qui aura le premier indiqué le jour de son assemblée la tiendra.
Art. XXXII. Si le droit de patronage envers une église se trouve en litige entre plusieurs co-héritiers , de façon qu'ils ne puissent s'accorder, l'évêque, afin d'empêcher les désordres qui pourraient arriver, êtera les reliques de l'église, la fera fermer, et empêchera qu'on y célèbre la messe jusqu'à ce que tous les héritiers soient convenus que tel d'entre eux sera Vavoué de l'Eglise.
Art. XXxV . On ne tiendra ni plaids ni assemblées civiles, les dimanches, les jours de fêtes ou ae jeûne, en carême.
A«V17X.f tMPBUlUE. '.
Quelque temps après ce concile, Arnulf tint à Worms une diète où son fils fut enfin reconnu roi de Lorraine. Cette affaire terminée, et les que-
(*) CeUe prétention du clergé de hire exécuter les sentences ecclésiastiqiies était si odieuse que le pieux saint Ix>uis lûi-inéine refusa de n reconnaître.
m L'UN
relies des deux fils dtt chef des Moraves le délivrant de toute inquiétude de ce côté, il reprit ses projets sur ritalie. Cette fois , on vit bien qu'Arnulf ne songeait plus à secourir son allié Bérenger, mais à travailler pour lui-même. Partout, dans les villes, il mit des porates allemands à la place des seigneurs italiens. Bérenger fut dépouillé , et son duché de Frioul donné à un Allemand : on voulait se débarrasser de lui; mais, averti à temps, il s'échappa et s'enferma dans Vérone.
Cepenoant Arnuif, appelé par le
Sape Formose contre Lambert, fils e Gui , s'avançait sur Rome, malgré la peste qui désolait son armée. Les Romains firent mine de défendre la cité Léonine , mais, à la première attaque sérieuse, ils abandonnèrent de toutes parts les murailles. Arnuif entra aussitôt dans la ville, se fit couronner empereur, et reçut, dans T^ise de Saint-Paul, le serment des Romains , ainsi conçu : « Je jure par « tous les divins mystères , que , sai^ « mon hoimeur , ma loi et ma fidélité « pour le pape Formose , je suis fidèle « et le serai toujours à Teropereur Ar- « nulf, et que je ne ferai jamais de ligue « contre lui ; que je ne donnerai aucun « secours à Agiltrude sa mère, pour en « obtenir des charges et acquérir des « honneurs , et q^xe je ne livrerai cette « ville ni à lui , ni à elle ni à leurs vas- « saux, en cpidque manière et pour « quelque raison que ce soit. »
Arnuif vonlut ensuite s'emparer de Spolète oà cette Agiltrude s'était enfermée; mais les seigneurs gui l'accompagnaient étaient fatigues de la guerre: d^, avant la prise de Rome, Ils lui avaient presque refusé de livrer l'assaut, et, devant Spolète, l'un d'entre eux lui donna, ait-on, un breuvage empoisonné gui le fit (omber dans une lao£ueur d'oo il ne put sortir. Il lui fallut lever le siège de Spolète et regagner les Alpes. A Pavie , les habitants se jetèrent sur ses soldats et en tuèrent un grand nombre; il n'osa s'arrêta devant Vérone, où Bérenger était enfermé , ni prendre la route du Tyrol pour rentrer en Allemagne. A
peine s'était-il éloigné « que le duc allemand de Milan fbt mis à mort; tous les partisans du roi de Germanie furent dépouillés; Bérenger recouvra ce qu'il avait perdu; le duc de Spolète domina de nouveau au centre de la Péninsule, et partagea l'Italie avec le duc de Frioul. L'Audua leur servit de fi*ontîère.
Ainsi se termina cette première expédition des Allemands en Italie. Tout ce qu'ils avaient gagné, ils le perdirent bien vite; mais ils avaient appris le chemin de Rome, ressaisi le titre d'empereur avec les prétentions que ce titre donnait sur la Péninsule: toutefois ils resteront cinquante ans sans chercher à les £aire valoir.
Quelque temps après son retour en Germanie, Amuif mourut (899) à Ratisbonne , où l'on voit encore son tombeau.
LOUIS L'BNFÀIfT. ^
Louis n'était âgé que de sept ans . à la mort de son père ; il ftit néanmoins reconnu pour roi de Germanie par l'influence d'Hatton, archevêque de Mayence , et par celle du duc de Saxe. Ces deux seigneurs se chargèrent de Si tutelle et firent en son nom toutes les affaires du royaume. D'abord ils parvinrent à le faire reconnaître pour roi de Lorraine. Zwentebald, par ses cruautés , avait soulevé contre lui les seigneurs de ce jpays: ils se rendirent en foule auprès de Louis-l'Enfant, qui, à cause de sa minorité et de sa faiblesse, ne pouvait leur inspirer aucune crainte, et le proclamèrent roi de Lorraine. Une bataille dans laquelle Zwentebald fut tué lé^tima ce titre.
Mais pendant que le roi de Germanie paraissait gagner à l'occident m royaume, les Hongrois dévastaient toutes les frontières orientales.
EAVAGU DU HOHOEOifl.
Les Hmicrois redoutaient le igmi nom d'Arnuu ; mais lorsqu'ils aumrent sa mort (899), ils envoyèrent dfes ambassadeurs, moins pour traiter de ta
Ut
pijx, que pour explorer le wfs. Euaaite, au lieu d'enrabir les plaines de la Lombardie, en pénétrant par TIstrie, comme ils l'avaient feît jusqu'alors, ils sejetftrent tout à coup snr TAllemagne, en passant par la Marche orientale. La Moravie, qui aurait dû servir de défense à l'Allemagne, avait disparu par la foute d'Amulf. Cette première dévastation s'étendit à environ cinquante milles du pays. Les contemporains font des Hongrois une description effrayante : « Petits de taille, mai% vifiB ; la téXe rasée ; les yeux enfoncés, étincelants; le visage d'un jaune qui tire sur le brun ; leur aspect inspire de l'horreur. Ils sont toujours à cheval ; de leurs arcs, faits de corne , ils lancent des javelots redoutables, et sont aussi agiles pour surprendre l'ennemi que pour simuler la fuite. Ils ne vivent pas comme les hommes, mais comme les bétes ; ils mangent la chair crue , et boivent le sang de leurs ennemis. »
Lorsque ces Barbares se jetèrent sur la fiaviere (0|OO). le margrave Luitpold reçut la dignité ducale. Les chroniques ne nous apprennent pas si elle lui fut transférée |Mir le roi ou par le peuple , oujUl la dut à sa conduite courageuse dans la guerre. De concert avec l'évé-
Se Richard de Passau , il assembla à \3t te une armée. Les Hongrois disparurent aussi rapidement outils étaient venus. Cq)endant Luitpold en atteignit une troupe forte de 1300 hommes , <fai périrent tous, soit par les armes, soit dans le Danube (901). Presque chaque année les Honerois renouvâèrent ces excursions en Carinthie et en Bavière.
Il n'en fisillut pas moins six ans pour qu'une levée générale pût être effectuée en Allemacne. (Test que le pays était dans un état conwfet d'anarchie. Il était déchiré par d 'nombreuses guerres intestines, auxquelles le jeune roi ne pouvait remédier. La plus violente de ces guerres déchirait la Franconie orientale. Il j avait là deux maisons puissantes , celle de fiabetfterg et celle qm reçat plus tard le nom de Salique.
Xa première était issue de margraves ÈorSbeBi laseconde,d'une famille peut- <feie pM andanne, à laquelle apparte-
nait Conrad, qui fut revêtu, pendant quelque temps, de la dignité ducale de Tburingo. Cette guerre s'éleva entfe le comte Adeibert de Babenbers et Févéque Rudolf de Wurzbourff, irèré de Conrad. La cause en était des plus légères ; mais la lutte prit de Vlmportanoe, patrce que les frères et les alliés des deux princes s'y associèrent (906).
La comte Adeibert fut mis au ban de Fempire comme avant violé la paix pubhque, et dté devant la diète de Tribur. Il p'y comparut point; mais l'archevêque Hatton le fit sortir par ruse de son château fort de Bamberg (Babenberg). On l'arrêta et il fût ex^ cuté publiquement. '
A la faveur de ces troubles, la puissance des Hongrois n'avait-pas cesi^ de grandir. Enfin, une armée allemanae s'assembla sur l'Eus. Elle était commandée par le jeune roi Louis. Le vaillant Luitpold conduisait l'avantsarde (907). Pendant une nuit obscure, les Hongrois attaquèrent tout à coup avec fureur. Le combat dura trois jours. Luitpold, trois évéques et un grand nombre de nobles périrent les armes à la main. Enfin , les Hongrois parurent céder: le roi Louis les poursuivit; mais ils tombèrent sur lui d'une embuscade, et il ne put qu'avec peine seréfugier à Nassau. AXuitpold succéda Amulf.
L'année suivante (90S), les Hongrois pénétrèrent jusqu'en Saxe et en Thuringe. La dienité ducale avait été rétablie précédemment dans ces deux pays par suite des fréquentes excursions des Normands et des Wendes.
Othon qui avait joui ^'une grande considération sous Amulf , qui l'avait accompagné dans sa preipière expéoition en Italie , avait succédé à son fr^re aîné Bruno, mort en combattant les Normands. U possédait d^s biens très-considérables dont il avait hérité de son père, et, par son habilè administratioiK il avait su augmenter la puissance de la Saxe. Le duché do Thuringe avait appartenu suocessivèmeqt au comte franconien Conrad , et ensuite à Burkhard qu'on reearde comme la tige des margraves deMisnie.
L'UNIVERS
BuiiLhard ayant été obligé de faire la guerre aux Daleminzcs, de la race des vfendes, qui habitaient la Misnie, ceux-ci appelèrent à leur secours les Hongrois, qui le massacrèrent avec son ami&. Derrière eux vint une seconde troupe de Hongrois qui continua à ravager la Thuringe et la Saxe. Toutes les provinces sur la droite du Rhin furent menacées à différentes reprises (909|^; ils pénétrèrent à travers la Bavière jusqu'en Alemapuie. Cette province n'avait pas deduc, mais, depuis Pépin, elle était gouvernée par des camerarii (chambellans). Ceux-ci, usurpant les attributions des ducs, se mirent à la tête de l'armée. La Franconie orientale fit de nouveaux efforts pour mettre sur pied une armée. Mais cette armée fut battue et dispersée sur les frontières de la Bavière et de la Franconie. L'année suivante (910), le roi Louis mourut à Ratisbonne, à Tâgede 18 ans.
Les annales de ce temps rappellent XenfaTit^ qyi n'a rien fait. Avec lui s'éteignit la branche allemande des Carlovinffiens. En France , la ligne de Charles -le -Simple subsistait encore, avec peu de considération. Les deux empires s'étaient donné chacun un cha, en sorte que toute union était devenue impossible. L'Allemagne est désormais un empire à part : le projet formé par Charlemagne, de fondre ensemble tous les peuples de race germanique, est devenu désormais inexécutable.