‹ Allemagne T. 2Chapitre 21 sur 56 · CONRAD · texte numérisé non relu

CONRAD

A la mort de Louis -l'Enfant, deux nations dominaient dans l'Allemagne , les Franconiens, qui se prétendaient les successeurs des anciens Francs ostrasiens , et les Saxons, à qui leurs longues guerres contre Charlemagne, leurs succès contre les Slaves et les Tiormands, qu'ilsavaient plusieurs fois repoussés de leurs frontières, donnaient un iuste sentiment de leurs forces et de leur importance. C'est entre les chefs de ces deux peuples qqe le débat devait s'élever pour la

couronne de Germanie. Otbon , duc de Saxe, semblait avoir lés chances les

{)lus favorables; mais il était vieux , 'âçe de l'ambition était passé, ^ d'ailleurs la dignité im|9ériale donnait par elle-même si peu de puissance

?u'Othon ne se montra point jaloux de obtenir, et fit tomber sur Conrad les sufirages de ses partisans. Ainsi le

Sremier roi allemand qui ne fût point e la race de Charlemagne sortit encore du pa^s de^ Francs; et lorsque»

la dignité impériale passa aux cheft des autres nations germaniques, ce fut encore dans la patrie des Francs orientaux, sur les bords du fleuve carlovingien, dans les riches et puissantes cités de Mayence, de Francfort, qu'ils vinrent en recevoir l'investiture.

'L'histoire, pour être vraiment utile, doit chercher à expliquer le temps

S résent par les temps passés, suivre ans ses phases diverses la vie d'un peuple , non pour satisfaire une curiosité stérile, mais afin de jeter, par cette loncue expérience des siècles écoulés , quelque lumière sur l'avenir. Aujourd'hui l'Allemagne est encore partagée entre plusieurs royaumes. A coté de la France si bien unifiée^ si identiquedans toutes ses parties, malgré des dififérenees extérieures, l'Allemagne présente le spectacle de la plus étrangevariété.Pourquoi n'a-t-elle pu sortir de la dispersion féodale? pourquoi n'a-t-elle pu, comme la France , se reconstituer elle-même ?

Tel est le problème que l'historien de l'Allemagne doit résoudre; car, lors- , qu'il aura montré les causes qui ont amené l'état de choses que nous avons . sous les yeux , il sera prêt à répondre à cette question que tout le monde s'adresseaujourd'hui : L'Allemagncformera-t-elle bientôt pne seule et même puissance, qui, par sa position entre la France et la Russie, entre l'occident et l'orient, entre les pays de liberté et de dénoocratie, et les contrées d'absolutisme et d'esclavage, sera assez forte pour mainterthr l'équilibre européen?

Cette question de Tunité germanique a été incessamment débattue pendant huit siècles. Charlemagne, qm l'avait un instant résolue, la légua avec

titre d'empereur , à tous ses successeurs; c*est elle aussi qui doit surtout nous occuper dans une histoire générale de TAllemagne.

Conrad conmiença.

lOUMISSXOV DftI DtICS.

Il avait été élu par les Saxons et les Franconiens; le reste de la Germanie semblait ne point se douter qu'il

Leât un nouveau roi. Le duc de la ïvière avait pris de lui-même ce titre, et prétendait a une complète indépendance. Les deux comtes de Souabe soutenaient la Bavière, et la Lorraine - cherchait à former, comme jadis, un royaume particulier; enfin, la Saxe même fit défection. Othon étant mort, son fils Henri prétendit succéder à ses deux duchés de Saxe et de Thuringe.

Conrad voulut lui enlever cette dernière province et lui donner un duc particulier; mais Henri, soutenu des Saxons, battit son adversaire et resta maître de la Thuringe.

C^était un échec ; Conrad le répara par la conquête de T Alsace, du canton de Westrichet delà ville d'Utrecht, qu'il enleva au duc de Lorraine, Réginar.

Deux comtes administraient le pays desAlemans, Erchangeret Berthold; tous deux prétendaient descendre de Charlemagne, et, à ce titre, ils s'indignaient de n'être que simples administrateurs de la Souabe, pour le compte du roi. L'évêque de Constance s'étant opposé à leurs projets , ils le jetèrent en prison, s'unirent au duc de Bavière, et Ërchanger, ayant battu un corps de troupe royales , se fit proclamer duc des Alemans. Mais Conrad réunit une diète à Altbeim , y fit renouveler la loi qui portait peine de mort pour ceux qui se révoltaient contre l'autorité royale, et s'étant peu après emparé d'Erdianger et de quelques-uns de ses complices , il fit exécuter à leur égard la sentence de la diète (91.5). Puis, afin* de se faire un ami puissant, il reconnut Burkhard pour duc de Souabe.

Restait le duc de Bavière: c'était, après le duc de Saxe, le plus puissant

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et le plus difficile à réduire. Mais les Hongrois aidèrent Conrad. Ils avaient si bïtn dévasté la Bavière, qu'elle ne put résister. Amuif fut contraint de se réfugier chez les Hongrois, et pour se venger, il les ramena sur l'Allemagne méridionale, qu'ils pillèrent impitoyablement jusqu'au Rhm. Conrad, qui voulut arrêter leurs ravages, fut blessé, et mourut quelque temps après, en chargeant son frère Éberhard de porter les ornements royaux à Henri de Saxe , son ancien ennemi , mais le seul qui pût alors défendre l'Allemagne.

Le règne de Conrad n'avait point été heureux, mais au moins il avait forcé les ducs à reconnaître son autorité; le royaume de Germanie était reconstitué; un roi, chef d'une nation

Sarticulière, se trouvait placé par ses roits et sa forcé réelle au-dessus des autres chefs de peuples , réunissait des diètes générales ou ses prérogatives était reconnues et consacrées, et, ainsi' appuyé de l'assentiment général , brisait les résistances partielles qu'il rencontrait. Un seul était assez tort pour que la lutte avec lui fût sérieuse: c'était le duc de Saxe ; mais Conrad , en le désignant pour son«successeur, donnait des forces nouvelles à la royauté.

HENBI L'OISELEDK (*).

Le premier soin de Henri fiit de faire reconnaître son autorité par les ducs. Burkhard , duc de Souabe , Arnulf, duc de Bavière, se virent contraints par la force des armes de se soumettre a la suprématie du rôi de Germanie.

Henri n'en demandait pas davantage:

il laissa du reste à Arnuif le droit de nommer aux évêchés vacants dans son duché , et de disposer des biens ecclésiastiques. Le sort de la Lorraine était encore indécis, et cette province n'appartenait ni à l'Allemagne , ni à la France. Henri profita des troubles du

(*) Henri fui snrnommé roiseleiir perce que les députés de la diète, qui venaient lui apporter le titre de roi , le trouvèrent à la cna.<;sc aux oiseaux , son exercice favori.

L'UNIVERS

ligne de Cbaries-le-Simple , pour s'ero-

Sarer d*ane partiede cette contrée ; il en étachal'AJsacequMlréunit à laSouabe, et laissa le reste au duc Gislebert , de la fidélité duquel il s'assura, en le choiiissant pour son gendre.

OlOAiriUTIOV «lUTAIEB DB I^^LUM AGKB«

Mais Taffaîre importante de tout le règne de Henri-l'Oiseleur , ce fut de protéger rAlleraagne contre les Slaves et les Hongrois. Le premier il essaya d'organiser une résistance sérieuse à cette invasion toujours imminente. H choisit, disent les chroniqueurs, dans la Saxe, qui était son domaine, ja neuvième partie des habitants, pour les faire servir dans ses armées; il les employa à réparer les fortifications des châteaux et des villes ; il fit aussi construire des fortifications, entre autres celles de Geslar, de Quedlembourg , de Brandebourg, SIeswig, Meissen, Gotha, Erfujrth , etc. Le reste du peuple demeura dans les campagnes à , cultiver la terre et faire les récoltes. Il ordonna aussi que ceux qui ne faisaient point le service militaire, contribueraient à la subsistance des autres, etquMls fourniraient, chaque année, le tiers de leurs çrains pour entretenir les magasins établis dans les villes , afin qu'en tout* temps elles eussent des vivres et des soldats.

A la suite de toutes ces guerres qui avaient, pendant si long-temps, dévasté r Allemagne, il s'était formé des bandes d'hommes qui , nés pour ainsi dite, dans le^ camps, faisaient leur vie du métier de soldat, pillaient durant la guerre, pillaiènt durant la paix, sans se soucier s'ils violaient les capitulaires; Henri fit servir leur courage à l'utilité générale. Il les gracia tous, mis, les réunissant en corps, il en ^brma une espèce de légion qui fut établie à Mersebourg, et qui rendit dans la suite d'importants services. Ce fiit la première garnison régulière que Ton vit en Allemagne.

âTABUMIMKKT DBS MAmomATIATS.

[ Partout les sages règlements du roi

furent imités; et rAllemagne se trouva bientôt assez forte pour se défendre elle-même. Henri fortifia encore cette organisation militaire en établissant sur les frontières des margraves (comtes de la. Mardie), chargés spécialement de supposer aux invasions des Barbares. C*est ainsi que furent fondés les margraviats de Mîsnie, 9M; de Nord-Saxe, 926, et de SIeswig, 93 1 ; ces gouvernements étaient formés aux àé/ens des Slaves.

Henri battit, en effet, plusieurs de leurs peuplades: de 936 à 934, il soumit les Hevelles, les Daleminzes, les Redariens, les Tholeuzes, les Obotrites, les Wagres , les Ukres, etc. La Bohême elle-même, avec son duc Wenceslas, fut obligé de se reoonnattre dépendante du royaume de Germanie.

Mais les plus terribles amemis de l'Allemagne, c'étaient les Hongrois « qui la ravageaient sans cesse, cpnune les Normands Élisaient de la France.

Au commencement du règne de Henri, ils lui avaient imposé un tribut. Quand ce prince se vit assez fort pour ne pas craindre de se mesurer avec eux, il refusa le tribut: conrnie leurs envoyés insistaient,. Henri leur fit porter, au lieu d'or , un chien galeux. A et dé& insultant, les Hongrois répondirent par le ravage de toute l'Allemagne méridionale. Deux armées formidables passèrent les frontières, mais l'une fut détruite par les Thuringiens et les Saxons réunis; l'autre, attaquée par Henri, à Mersebourg , essuya une complète défaite: quarante mille Hongrois restèrent sur le champ de bataille. Cette victoire de Mersebourg (933) fut presque pour l'Allemagne ce qu'avait été celle de Châlons pour la Gaule; aussi le souvenir en r^;ta populaire:

aujourd'hui encore, la défaite des Hon* grois est célébrée, chaque année, dans la petite ville de Keuschberg. Pour en conserver la mémoire , Henri fit , dit-on , décider à la diète de Hottinger , qu'un tournoi (*), c'est-à-dire, des

(*) Les tournois sont les jeux des peoles daus leur âgehéroique; on oomnitches Grecs les jeux olympiquei , isthniqvMi»

courses de cfaevaqx, des joutes à la lance et à l'épée, aurait lieu tous les ans , mais seulement pour les nobles.

La première année, neuf cent soixantequatorze personnes furent admises à y prendre part. Les filles des nobles oui avaient péri dans cette bataille mrent reçues dans Tabbaye de Quedlembourg, où elles devaient être entretenues jusqu'à leur mariage. Enfin , il fit lui-même représenter cette grande victoire sur les murs de son palais.

Ainsi , Henri avait dignement rempli son r^ne: les princes, il les avait soumis à Tautorité rovale; les Barbares, il en avait délivré le sol de TAllemagne; cette contrée s'était même agrandie sous sa main, car tandis qu'il lui gagnait la Lorraine, à Touest , il domptait à Test les tribus slaves , et rendait la Bohême tributaire. Son fils devait faire plus encore.

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