OTHON V
(936.955.) oovaonrKiuiirr d'otbov.
Le couronnement d'Othon se fit avec une grande solennité. Les Francs orientaux et tes Saxons s'assemblèrent à Aix-ia-Chapelle, dans une galerie qui joignait la grande église, avec les ducs, les principaux seigneurs et le reste des nobles. Ils proclamèrent roi le jeune Othon, qui était présent, et le firent asseoir sur un trône dressé exprès ; ils lui prêtèrent serment de fidélité, en lui touchant la main , et lui promirent de le secourir contre tous ses ennemis. Durant cette cérémonie, Hidelbert, ardievêque de Mayence, revêtu de ses habits pontificaux , Robert de Trêves , Witfrid de Cologne, les évêques et les abbés étaient dans l'église avec le.
néméens , les jeux funèbres autour des tombeaux , etc. Les Romains , plus froids et plus admet , se contentaient de s*en donner le spectacle et de faire combattre des gladiateurs sous leurs yeux. Cbex les Germains, le métier des armes était trop en honneur pour qu*ik ne descendissent pas eux-roéques dans la iioe. Nous, avons vu dans Nitha'rd la mention du premier tournoi durant l'entcevuc de Strasbomv, S4a.
clergé. Lorsqu'ils virept Othon sortir de la galerie , ils allèrent au-devant de lui; l'archevêque de Mayence le prit de la main gauche, et portant la crosse de la droite , il le conduisit jusqu'au milieu de la nef, où l'on avait élevé une estrade sur laquelle Othon se plaça. L'archevêque s'adressant alors au peuple, dit: « Voici Othon: Dieu l'a choisi; « le roi Henri votre seigneur l'a dési- « gné depuis long-temps ; tous les sei- « goeurs germains viennent de le faire « roi : si cette élection vous est aeréa- « ble, témoignez-le en levant la mam au « ciel. » Tout le peuple leva les mains avec de grands cris de joie. Alors le prélat s'avança vers Othon, qui était revêtu d'une tunique étroite, et le mena au grand autei^ sur lequel étaient les ornements royaux, répée avec le ceinturon , le manteau , la main de justice^ le sceptre et la couronne. Hidelbert, en lui mettant l'épée au côté, lui dit : « Becevez cette épée et faites^n usage « contre les ennemis de Jésus-Christ, « et contre les mauvais chrétiens. £m- « ployez l'autorité et la puissance de « l'empire que Dieu vousaaonnéespoUr « affermir la paix de l'Eglise.» Revêtant le roi du manteau dont les manches traînaient à terre ^ l'archevêque lui dit : « Souvenez-vous avec quelle « fermeté et avec quelle fidélité vous « devez conserver la paix jusqu'à la « fin de votre vie. » En lui donnant le sceptre et la main de justice: « Ces « marques de puissance vous appar- « tiennent et vous obligent à maintenir « vos sujets dans le devoir, à réprimer « et à punir sévèrement , mais avec « des sentiments d'humanité, les vices « et les désordres à vous rendre h « protecteur de l'Église, de sesminis- « ires, des veuves et des orphelins , et à « témoigner à tous une tendresse et une « bonté de père, afin que vous puis- « siez, dans le temps et dans l'éternité, « recevoir la récompense dont vous « vous rendrez digne ^ar une con- « duite chrétienne. »
Ces premières cérémom'es achevées, on prooéda au sacre. Mais alors, un différend s'éleva entre l'archevêque de Trêves et celui de Cologne Le premier
L'UNIVERS
s*appuyaitsur Tantiquité de son église, fondée, selon lui, par Tapôtre saint Pierre; le second sur ce que le lieu où cette cérémonie devait se faire, était dans son diocèse. Cependant, pour le bien de la paix, chacun défera cet honneur à rarchevéque de Mayence.
Après le sacre , les évéques conduisirent Othon sur un trône qui était élevé entre deux colonnes de marbre , et le nouveau roi y demeura pendant qu*on chantait les psaumes et d'autres prières. L'ofQce étant fini, il descendit au palais de Charlemagne, suivi des ducs ; il y dîna avec les prélats , c'està-dire, avec Hildebert de Mayence, Wilfrid de Cologne, Robert de Trêves, les évéques de Magdebourg, de Besan-
Son, de Ratisbonne, de Freisingue, ' Auesbourg, de Constance, de Worms, d*Aicnstadt, de Spire, de Brixen et de Hildesbeim : ce aernier était chancelier de Tempire. On ignore si les abbés d'Hirchfeld et d'Erbacb, qui avaient assisté à Félection et au sacre, furent aussi du repas. Les principaux seigneurs servirent 1 empereur à tanle. Éverhard, duc de Frauconie , fit les fonctions de premier mattre d'hôtel ; Hermann , duc de Souabe, celles de grand échanson ; Arnulf, duc de Bavière, celles de
frand maréchal , et Giselbert, duc de .orraine , celles de grand chambellan.
Ces fonctions domestiques , que les ducs et les comtes consentent encore à remplir le jour du couronnement de l'empereur, sont un souvenir du temps où , simples officiers du roi , ils étaient chargés d'accomplir journellement,
t)rès de sa personne , les services que eur imposait leur condition de leudes.
Mais aujourd'hui les leudes ont disparu : les uns régnent comme princes a peu près indépendants; les autres sont devenus comtes, barons^ seigneurs , bénéficiers. Si le roi a encore autour de lui des fidèles , ce sont des hommes à lui , ses ministres , ses conseillers, les officiers de sa cour.
C0MTI8 fAL^TIIfS.
Othon, à qui ses victoires ont mérité le surnom de grand, et qui réunit dé-
finitivement la dignité impériale à la couronne de Germanie , fit, comme son père, tous ses efforts pour abaisser le
Souvoirdes ducs.Potir cela il employa eux moyens; d'abord il chercna à mettre tous les duchés qu'il ne pouYait éteindre entre des mains qui devaient lui paraître fidèles, entre celles de plusieurs membres de sa famille, puis.il plaça à côté des ducs , pour les surveiller , des officiers royaux qui portaient le titre de comtes palatins. Le premier moyen ne pouvait avoir qu'un succès momentané, car les gendres et les frères d'Othon devaient bientôt, euxmêmes ou leurs descendants, oublier leur reconnaissance, pour reprendre les projets de leurs prédécesseurs.
L'intérêt personnel devait naturellement leur faire oublier celui du chef de leur maison. Le second moyen pouvait être plus efQcace; ces comtes palatins pouvaient, jusqu'à un certain point , rendre à la royauté les mêmes services que les missi dominid avaient jadis rendus à Charlema^e. Mais ceuxci étaient temporaires, ils ne faisaient que passer dans les provinces et revenaient bien vite sous la main du roi.
Par malheur, au temps d'Othon, tout s'immobilisait, la tendance à l'hérédité se montrait partout, et ces comtes palatins, ou disparurent, éclipsés et réduits à l'impuissance par les ducs près desquels ils résidaient, ou bien devinrent eux-mêmes princes indépendants. Henri-l'Oiseleur avait déjà institué quelques-uns de ces officiers :
ils devaient veiller sur les domaines royaux répandus dans les duchés, rendre la justice à ceux qui n'étaient point soumis à la juridiction des ducs, et dans les cas criminels partager les fonctions de luge avec le duc.
Au temps d'Othon , il y eut des comtes palatins dans la Lorraine , la Bavière, la Saxe et la Souabe; mais, comme nous l'avons dit, ces ofiiders disparurent peu à peu, ou devinrent même presque des princes indépendants ; c'est ainsi qu il en arriva pour le comte palatin de Lorraine, qui résidait à Aix-la-Chapelle. Pour punir le comte de Franconie Conrad, de la tra-
hUon de son père, Othon donoa la dignité de comte de palatin dans cette
Srovince à Hermann, troisième fils 'Amulf,dac de Bavière. Cette charge, comme nous Tavons dit, n'apportait i^ucon fief à celui qui en était revêtu ; mais Othon , en considération de Hermann, commença à y attacher des terres et des châteaux , situés le long du Rhin; ces donations fiirent bientôt accrues par la ruine des ducs de.Franconie, et le comte palatin du Rhin se trouva uu des plus puissants princes de l'Allemagne, un de ceux à qui fut reconnue dans la suite la dignité d'électeur.
ACXAOiSSIMXVT DU KOXBRB ET DB X.A fUIS- «AHCS DES BTIqUBS.
Plus nous avancerons dans l'histoire d'Allemagne, et plus nous verrons les empereurs chercher dans les , villes, et surtout dans le clergé, un appui contre les grands vassaux. Cette politique, nous la fetrouvons déjà dans Othon. Grâces aux donations de Charlemaene, le clergé était tout-puissant en Allemagne. Othon n'oublia pas cette antique alliance de l'Église et du pouvoir royal. Il fonda de nouveaux évéchés à Kavelberg, Oldenbourg, Brandebourg, Meissen, Mersebourg (946- 948); enûn à Posen, vers 950. Non content de multiplier ainsi les alliés naturels du pouvoir central , il leur conféra des villes, des comtés, en les investissant de la juridiction temporelle et des droits régaliens; en un mot , il travailla à augmenter le nombre et la force de la puissance spirituelle, que ses successeurs opposèrent dans la suite plus d'une fois aux puis- Bances séculières*
GUERRES d'otBON BAKS l'iNTÉRIEUR DE
l'allehacux.
Amulf-Ie-Mauvais, duc de Bavière, étant mort, ses trois fils se disputèrent son duché; tous trois auraient ▼oulu Tobtenur et le garder, sans être réduits à en recevoir l'mvestiture ; mais Ottion survînt, battit les uns et les autres, réduisit l'aîné Éverhard à la
possession de quelques terre$ allô iUales dans le Voigtland et la Franconie, et s'emparant de son bénéfice^ je veux dire du duché de Bavière, le donna à Berthold.
Quelque temps après, une guerre éclata entre le duc de Franconie, Éverhard , et Henri de Brunswick , frère du roi. Othon réunit une diète, fit faire le procès à Éverhard et le condamna , ainsi que ses complices , à la peine du Hemeseavut c'est-à-dire, à porter un cliien sur leurs épaules, pendant un dertain espace de chemin (988>. La peine du Hemescar frappait également tous ceux qui troublaient la paix publique. Ainsi, pour la petite ;)oblesse, au lieu d'un diien, c'était une selle de cheval ; pour le clergé, un ^ros missel ; pour la bourgeoisie , une^cnarme, ou plutôt un soc de charrue seulement.
Cette année (988) Ait marquée par une décision judiciaire importante , mais surtout singulière , dans sa forme. On examinait à la diète d'Ahremberg la question de savoir si les enfants devaient hériter de leurs pères , lorsque les aïeuls ou les grandspères étaient encore vivants. Cette difficulté causait tous les jours des divisions dans les familles. Un jugement aurait pu la lever ; mais l'assemblée, embarrassée par cette question de droit civil , prit le parti d'ordonner un duel où le nombre des habitants fût égal de part et d'autre. Les uns étaient pour la cause des enfants , les autres pour celle des grands-pères. Les premiers eurent l'avantage, et ce procès fut terminé en leur faveur. Ainsi , le droit de représentation fut solennellemait reconnu.
Cependant Éverhard songeait à se venger; il parvint à former une alliance avec ce même Henri contre lequel il avait pris les armes, et Giselberg , duc de Lorraine. Tous trois parurent se mettre sous la protection du Carlovingien qui portait encore le titre de roi de France, bien qu'il se trouvât aL|rs réduit à la possession de la seule vine de Laon. L'archevêque de Mayence et révéqne de Strasbourg entrèrent
2ftS L'UNI
dans cette espèce de conspiration contre le roi de Germanie. C'était une tentative faite par la Lorraine et les provinces rhénanes pour recouvrer une complète indépendance politique, car Louk d'Outremer^ qirils voulaient reconnaître comme seigneur, p'était point assez fort pour leur inspirer de sérieuses in^iétudes. C'était tout au plus si ce roi de France pouvait lutter avec avantage contre les vassaux de réglise de Eheims. La conspiration tourna mal : Lonis d*Outremer, (juî était entré en Alsace avec une petite armée, fdt bientdt rappelé en arriàre, par la nouvelle que l'évéque de Laon se disposait à livrer cette ville, son dernier asile, à Herbert de Yermandois* Giselbert etÉverhard, restés seuls, furent surpris dans leur camp : run se noya en voulant traverser le Rhin, l'autre fut tué. Quant à Henri , son frère le reçut en gracé, et, plus tard ^ lui donna, a la mort de Berthold (947), le duché de Bavière.
Tous ceux qui étaient entrés dans la eonjuration ne furent pas aussi doucement traités. Otfaon punit les seigneurs ^i avaient soutenu son frère , par la confiscation d'une partie de leurs biens, dont le roi enrichit les abbayes. L'archevêque de Mayence ^ui avait été leur complice , et qui s'était même ieté dans Metz^ pour défendre cette ville contre les troupes royales, fut enfermé pendant i^que temps dans un monastère ; et lorsmie le roi hii rendit son archevêché, la charge 'O'archi -chancelier en avait été détacmée pour être transférée à l'archevêque de Cologne. Plus tard, Othon devait mettre ces deux grands sièges ecclésiastiques entre les mains de sa famille: un de ses fils devint , en effet, archevêque de Mayence, et un de ses frères archevêque de Cologne.
Éverhard, le duc de Franconie, laissait un fils, Conrad, surnommé le Sage< Othon lui donna l'investiture des fiefs de son père , auxquels il ajouta la Lorraine. Mais, pour se l'attacher, il lui fit épouser une de ses filles. En m^me temps, son fils i^né Ludolphe devenait flenore et héritier d'Hermann, duc de Sooabe et d'Alsace.
Ainsi, tons les çrands fiefs, s'ils n'étaient point réunis à la couronne « étaient au moins placés entre des mains qu'Othon pouvait croire fidèles. La Saxe fut le seul duché qu'Othon confia pas à un membre de sa famille; il l'avait gardée quelque temps pour lui-même, puis avait fini par la donner à Hermann Billung qui l'avait fidèlement administrée au nom du roi.
L'Allemagne était donc gouvernée par une seule maison dont le dief était le roi de Germanie.
GUBEEIS BXTiUBUEU.'
Othon eut à combattre sur les frontières orientales les mêmes ennemis que son père avait déjà vaincus. Dès la première année de son règne, Ihlui fallut repousser les Hongrois qui s'étaient encore avancés jusqu'en Westphalie (936). Ën 955 ils recommencèrent leurs incursions, dévastèrent la Bavière et alarmèrent toute l'Allemagne. Une nouvelle victoire comme celle de Mersebour^ fut nécessaire pour les chasser. Mats, cette fois, leur défôite fut si complète , qu'elle mit pout toujours un terme à leurs incursions.
Par sa victoire sur le Lech. Othon ferma définitivement aux barbares de l'Asie l'entrée de l'Occident.
Dans la Bohême, des troubles graves s'étaient élevés. La religion chrétienne commençait à pénétrer dans ce pars : l'évéque Méthodius, l'apôtre desMoraves , avait déjà fondé à Prague une église et une école htine; mais le nouveau culte avait à lutter contre les^perstitions populaires, qui étaient encore pleines de force, même parmi lés grands. Le duc Wenceslas t^'fevprisaît le christianisme. Un parti se forma contre lui. Sa mère^qui dirigeait les conjurés, le fit assassiner par son propre frère Boleslas, qui, reconnu après ce meurtre pour duc de Bohême, foulât rétablir partout le culte des idoles.
Prague, déjà convertie, résista, appela le roi de Germanie, qui, après plusieurs années deguerre,|oontraigmt (950) Boleslas à renouveler le serment d'honunage prêté par Wenceslas à
Bemî-TOideletir et àrétabHrla religion chr^enne.
Otiion ne flit pas moins heureux contre les Slaves du nord-est: les Wiltzes furent encore une fois vaincus.
Toutes les peuplades wendes, jusqu'à roder, furent soumises par margrave d'Est-Saxe ( Lusace), qui, atta- ^ant ensuite les Polonais , rendit tributaire leur duc Micislas I^. Pendant ce temps, Jordan, nommé par Otbon évéque de Posen, répandait la rcdigion chrétienne dans la Pologne.
Ainsi les successeurs de Charlemagne suivaient de près ses traces, et faisaient précéder comme lui la conquête politique par la conquête religieuse.
La guerre contre le Danemark se termina aussi par la conversion de Harald n à la religion chrétienne.
Otbon, qui, pour venger la destruction de la colonie saxonne de Sleswi|, parcourut toute la péninsule cimbrigue jusqu'au Liimfiord (Ottensupd), força Haridd à rendre l'hommage et à recevoir le baptême (973).
OTHOlf KMPxmxnR.
Toutes ces guerres n'étaient point sans importance : mais l'événement le plus grave du règne d'Othon fut celui qui plaça sur sa tête la couronne impérime. Dépuis la mort du grand empereur, bien des rois Tavait essavée à fcur front ; mais toujours elle s^^était trqjQvée trop large et trop pesante; elle leur courbait la tête de son poids, et ils l'avaient laissée choir. Un marqois de Frioul , un duc de Spolète, un marquis d'Ivrée, voulurent la ramasser, et alors ft> eut pour ce lambeau de
rrpre, des guerres à faire rougir honte même les plus faibles des derniers successeurs de Constantin.
Ce fbt «n 951 qu'Othon vint mettre in à toutes ces querelles. ^ cette épo- ^ la Lombardie gémissait sous la ^raimie de Hugues, comte ou due de Provence , à qui la couronne de Lombardie avait été décernée. Hu^es , à force d'intrigues, souvent homicides, âait parvenu à se débarrasser de tous dém qui lui portaient ombrage. Les étux grandes maisons ducales de
Frioul et de Spolète étaient éteintes, et il ne restait plus que des seigneurs trop faibles dans leur isolemenf pour lutter contre le comte de Provence.
Un seul cependant lui inspirait encore des craintes sérieuses , c'était Béreuger, marquis d'Ivrée.
Tant queBérenger ne fut qu'un jeune homme incapable d'ambition , Hugues lui laissa administrer paisiblement sts possessions héréditaires ; mais lorsqu'il vit les peuples tourner vers lui leurs yeux, il commença à craindre en lui un rival redoutable,*et résolut de s^assurer de sa personne ; mais Bérenger le prévint, traversant avec sa femme Guilia, dont la grossesse était déjà avancée , les gorges du Saint-Bernard , que le tyran croyait fermées par tes neigeâ et les glaces d'un hiver rigoureux, il se rendit auprès du roi de Germanie» Othon Taccueiliit à sa cour, lui permit d'y réunir tous ceux qui fuyaient la tyrannie de Hugues, et bientôt Bérenger repassa les Alpés à la tête d'unô petite armée.
Tout céda devant lui. Hugues, presque abandonné, n'osa tenter lé sort des armes. Mais les seigneurs italiens qui comprenaient combien ces rivalités pour la couronne de Lombardie favorisaient leurs projets d'indépendance, firent pour Hugues ce que celui-ci n'aurait ose esp^er. Une diète ayant été réunie à Milan, les seigneurs reconnurent pour roi, Lothahre, fils de Hugues , et déférèrent à Bérenger l'administration générale du royaume.
Un tel partage ne pouvait assurer la tranquillité de l'Italie. Bientôt Lothaire mourut, empoisonné , dit-on , par Bérenser, ^ui voulut contraindre sa veuve Adélaïde à épouser son fi^ Adalbert. Adélaïde était aimée du clergé et du peuple, à cause de sa piété; les persécutions que son refùs fui attira, les violences de Bérenger et de son fils ajoutèrent à rafiféction qu'on portait à la veuve de Lotbaire* Une nouvelle révolution devint bientét imminente ; Adélaïde, réfogiée dsfnii le château de Canossa , la provoqua en adressant ses plaintes au roi de Germanie.
Cette fois Othon passa lai-méme les Alpes, délivra et épousa Adélaïde, s'empara de presque toute la Lombardie , et se fit couronner roi à Pavîe. Cependant des çuerres civiles et des invasions étrangères le rappelèrent au bout de peu de mois en Allemagne.
Bérenger en profita pour demairaer la paix; il se rendit à Au^bourg, fit hommage de sa couronne a Othon , et céda la Marche trévisane , c'est-à-dire les portes de Tltalie, au roi de Germapie, qui fit administrer cette province par un duc allemand.
Neuf ans se passèrent pendant lesquels Othon , occupé de guerres intestines , de la révolte de ses fils et des attaques des Hongrois, ne put songer à l'Italie. Bérenger, qui avait promis de ne plus se conduire en tyran , mais de régner en roi, mit ce temps a profit pour se venger de ceux qui ne l*avaient point aidé, et étendre son autorité jusque sur le domaine du saintsiége. Le trône de saint Pierre était alors occupé par un jeune homme de dix-huit ans, débaucné ei corrompu, qui n'avait pas besoin, pour désnonorer la papauté, qu'on lui imputât d'avoir bu a la santé du démon et d'avoir invoqué au jeu le secours de Jupiter et de Vénus. Ce pape, qui avait pris le nom de Jean XII ^ appela Othon contre Bérenger. Les seigneurs, qui redoutaient Factivité jalouse de Bérenger, les évéaues, dont il restreignait les privilèges et la juridiction, joignirent leurs prières a celles de Jean XII. Othon accepta : il passa les Alpes (*), conquit Tltalie du nord sans rencontrer nulle part de résis-
Avant de descendre en Italie » Othoa avait tenu à Worms une diète pour convoquer rarmée et régler l'administration du royaume en son absence. Il voulait aussi 7 foire prodamer son fib pour son successeur. Othon n fut, en effet, reconnu poiîr roi par les princes, qui, pour la plupart, appartenaient, comme nous Tavibs déjà dit , à la maison de Saxe. Amulf n'avait pu obtenir cette concession , et les rois ses successeurs s'étaient contentés de recommander au choix des princes celui qu'ils désiraient avoir p<^ur héritier de leur couronne.
tance « et s'avança jusqu'à Rome, où il se fit proclamer empereur d'Occident peuple romain, qui conservait encore de hautes prétentions, et celle en |)articulier d'être le dispensateur du titre impérial, chez qui, d'ailleurs, commençaient à fermenter les souvenirs classiques de l'ancienne république, fit payer à Othon sa nouvelle couronne par le serment suivant, prêté entre les mains du pape : «J'exalterai la sainte église romaine , et vous qui la gouvernez ; je ne tiendrai point de plaid, je ne publierai point de loi dans la vide qui vous touche ou qui touche les Romains, sans avoir ris votre consentement. » Ainsi la ignité impériale était rattadiée à la couronne de Germanie.
Ce fut une révolution importante pour l'Italie. « Il peut paraître étrange, dit M. de Sismondi dans son histoire des républiques italiennes, que les Italiens n'aient pas déposé Bérenger et aboli l'autorité royale, au lieu d'appeler Othon du fond de l'Allemagne, et de se soumettre à lui ; mais il restait encore deux ordres de la nation, qui, tout mécontents qu'ils étaient, croyaient devoir maintenir letrône.Les villes ne savaient invoquer d'autres défenseurs , d'autres protecteurs, que les rois, qui cependant ne les protégeaient pas. Elles éprouvaient tous les malheurs de l'anarchie et n'avaient point encore trouvé eû elles-mêmes assez de force pour s'en mettre à f abri. Leurs citoyens les {dus éclairés devaient même désirer qu'elles se détachassent lentement de l'empire, au lieu de prétendre tout à coup à une indépendance qu'elles ne seraient pas en état de soutenir. D'autre part,, les gentilshommes formant la noblesse du second rang redoutaient également une dissolution de la monaiNchie, qui les aurait laissés sans défense contre les magnats limitrophes ; ils voulaient bien obéir à des monarques qu'ils étaient accoutumés à respecter , mais ils ne pouvaient consentir à se soumettre à des nobles qu'ils croyaient être leurs égaux.
« La translation de la couronne An Allemands garantit à chaque ordre de
la nation un degré d'indépendance proportionné à sa situation et à ses forces ; elle facilita la dissolution paisible du lien social, et la formation oans l'intérieur de l'état d'une foule de pe- . tîts peuples qui devinrent libres dès qu'ils purent se passer de la protection du monarque. »
AUToarri burckb tjlh otboit eu italix.
Toutefois le premier roi germain
3ui porta le titre d'empereur n'entenait pas avoir passé les monts pour apporter aux Italiens la liberté. Othon , ce Skkxpn, ce descendant de Witikind, s'efforça d'affermir sa nouvelle autorité; et comme Jean XII, déjà las des Allemands, conspirait contre eux, Othon le fit d^)0ser et nommer à sa place L^n VIII ; puis il assiégea Bérei^ger , l'ancien roi d'Italie, qui tenait encore quelques châteaux, et l'envoya mourir prisonnier en Allemagne.
Cependant Jean XII était rentré dans Rome; Léon VIII était à son tour déposé , les partisans d'Othon persécutés, mis à mort , son envoyé, révéoue de Spire, battu de verges. La colère de l'empereur fut violente en apprenant ces nouvelles; il marcha de nouveau sur Rome. Jean XII venait d'y mourir assQssiné, disent les évéques, par le diable; selon d'autres, plus incrédules,
Sar un mari jaloux qui l'avait surpris ans les bras de sa femme. Les Romains s'étaient pressés d'élire un autre pape, Benoit V. Mais Othon avançait, etbientôt campa devant Rome , ou il entra en dépit des menaces d'excommunication qut Benoit lui lenvoyaitdu haut des murailles. Léon VIII ftit rétabli; Benoît, d^uillé de ses ornements pontificaux , vint lui remettre la crosse épiscopale, que Léon brisa contre terre , et partit en exil pour l'Allemagne.
Othon se fit largement pyer les frais de cette expédition : il fit décréter parle concile et le peuple romain qa1l aurait, lui et ses successeurs à la couronne d'Italie, le pouvoir de la transmettre à qui ils voudraient, et le droit de nommer le pape, les archevêques et les évéques, qui recevraient de ces princes
16* Ucraison. ( Allemao.ne.)
ACNE. 341
l'investiture. Ainsi l'Église retombait, comme au temps de Charlemagne, sous la main du pouvoir temporel.
Bientôt l'empereur montra qu'il ne voulait pas plus d'indépendance^ans le peuple que dans le clergé. Léon VIII étant mort , Othon avait désigné pour son successeur Jean XIIL Mais le nouveau pape souleva contre lui le peuple et les magistrats , en attentant aux libertés delà ville. Romcy en effet, depuis qu'elle avait secoué le joug des enn pereurs d'Orient , avait toujours conservé les formes, sinon l'esprit, d'une république; le pape n'avait dans l'intérieur de ses murs d'autre pouvoir que celui que lui assuraient le respect religieux du peuple et la crainte de ses censures ecclésiastique^. Les principales fonctions de Tadministration étaient entre les mains d'un préfet de la ville, qui avait pour collègues et conseillers aes consuls annuels. Douze tribuns, ou décurions , qui représentaient les divers quartiers de Rome, veillaient plus particulièrement sur les intérêts populaires. Ainsi l'ancien esprit républicain avait reparu : il engagea le peuple de Rome dans une lutte hardie contre les papes et les empereurs.
Cette lutte, que nous avons vue commencer après l'intronisation du pape Léon Vlli , nommé par Othon, éclata de nouveau sous son successeur Jean XIIL Les magistrats , ayant eu à se
f)laindre de sa conduite, lui donnèrent 'ordre de sortir de Rome. Jean se réfugia en Campanie , et de là appela les Allemands. L empereur rentra en effet en Italie, et les Romains, effrayés, rappelèrent eux-mêmes le pape. Mais Jean voulait se venger. Des que l'armée germaniiiue fut en vue de Rome, Jean fit arracner du tombe^iu et jeter au vent les cendres du préfet de Rome
Î|ui lui avait intimé Tordre de quitter a ville. Le nouveau préfet , la téte enveloppée d'une outre , fut promené sur un âne , et exposé à la risée publique. Les consuls furent envoyés en exil au fond de l'Allemagne, et les douze tribuns du peuple périrent sur I échafaud. La gloire d'Othon ne fut pas moins souillée qrx celle du pape par
ces odieuses exécutions. « Nous vou- « lions tê recevoir avec bonté et ma^ni- « ficence, » dit Tempereur grec ISicé* phore Phocas à Fhistorien Luitprand « ainbassadeurd'Othon,«mais Timpiété « de ton maître ne Fa pas permis. Il « s'est emparé de Rome en ennemi ; il « a fait périr une partie des Romains « par le glaive et d'autres sur l'écha- « £aud ; a plusieurs il a fait arracher «les yeux, et d'autres, enfin, sont « chassés par lui en exil. »
ouEEai ooimiB jm orbcs.
Ainsi Othon se trouvait maftre de l'Italie du nord et de la partie centrale de la Péninsule; restait à soumettre tout le midi. La ruine de la maison de Charlemagne et les ambitions rivales de tous ceux qui tentèrent de poser sur leur front la couronne impériale, donnèrent, pendant près d'un siècle, toute liberté aux Grecs de pousser leurs conquêtes dans* la province qu'ils nommaient Lombardie , parce qu'elle avait été soumise , plus long-temps qu'aucune autre, aux Lomoards bénéventains. Ils s'étaient rendus maîtres delà
Ëupart des villes et des lieux forts que s Sarrasins avaient possédés dans la Pouille, et c'est ainsi qu'ils formèrent leur nouveau Thème de Lombardie.
Cependant les princes lombards , placés sur la frontière des deux empires d'Orient et d'Occident , s'attachaient tour à tour , selon leur convenance, au successeur de Charlemagne ou à celui de Constantin. Mais lorsque la couronne d'Italie et celle de 1 empire furent transférées à la maison de Saxe, les Othon se montrèrent jaloux de faire reconnaître leur suzeraineté par les princes lombards, et de chasser les Grecs aussi bien que les Sarrasins.
Othon I*' reçut d abord l'hommage des princes de Bénévent et de Capoue, et, pour terminer paciGquement cette conquête, il envoya l'évéque de Crémone, l'historien Luitprand, à Constantinople , afin de demander la main de la princesse Théophanie. On lui répondit par la sommation de rendre
Rome, la Pentapole et l'exarchat de Ravenne : c'était une déclaration de guerre. Otlion ravagea aussitôt la Pouille et la Calabre. Mais Nicéphore Phocas ayant été assassiné en 970, Jean Zimiscès, son successe4]r, rechercha l'amitié d'Othon , et les deux familles Impériales s'unirent par un mariage. La princesse Théophanie, oui vint épouser le ieune fils d'Othon , lui apporta des prétentions sur la Pouille.
ei la Calabre, qu'il passa presque tout son règne à lairo. valoir.
Othon mourut en 973. Son k)n^ règne avait été dignement rempli.
Par lui , les Hongrois avaient été renfermés dans les plaines et les marais de l'ancien pays aes Huns et des Avares ; les Slaves avaient été soumis jusqu'à l'Oder; le Danemark, la Pologne, la Bohême christianisés et rendus pres-
3ue tributaires; enfin la France, ou u moins ses rois s'étaient soumis à son puissant patronage; l'Italie, enfin, avait été conquise , et la couronne im-
{>ériale unie à celle de Germanie. Dans 'intérieur de l'Allemagne, les révoltes avaient été domptées, les grands fiefis distribués à des membres ae la famille royale, et une apparence au moins d'ordre et d'unité établie entre tous les peuples de noms et de races diverses.