‹ Allemagne T. 2Chapitre 24 sur 56 · DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE FRANCE

Le règne de Othon H , en Allemagne, se borne, ^ur ainsi dire, à deux faits, la soumission des révoltés qui lui disputent la couronne de Germanie, et son intervention dans les affaires de France pour maintenir la lorraine dans la dépendance de la Germanie.

Un mot sur les intrigues qui se passaient en France pour sub^tuer sur le trône une maison nouvelle à celle de Charlemagne.

Charles , surnommé le Simple ou le Sot y s'était, comme nous l'avons vu, plaoé sous la dépendance du roi Amulf.

lAGNE. m

«Le parti des Carlovingiens, soutenu par l'intervention germanique, ne réussit point à l'emporter sur le parti qu'on peut nommer Français; il fut plusieurs fois battu avec son chef, qui , après chaç^ue défaite , se mettait en sûreté derrière la Meuse, hors des limites du royaume. Cliarles le Sim- ^ple parvint cependant , à force d'Intrigues et erace au voisinage de TAllemagne, a obtenir quelque puissance entre la Meuse et la Seine. Un reste de la vieille opinion germanique, qpi regardait les Welskes ou Wallons comme les sujets naturels des fils des Francs, contriDuait à rendre cette guerre de dynastie populaire dans tous les pays voisins du Rhin. Sous prétexte de soutenir les droits de la royauté, Swintibald , fils naturel d'Amulf , et roi de Lorraine, envahit le territoire français en l'année 895. H parvint jusqu'à Labn, avec une armée composée de Lorrains .

d* Alsaciens et de Flamands, mais fut bientôt forcé de battre en retraite devant l'armée du roi Eudes. Cette mmde tentative ayant ainsi échouée, H se fit en Germanie une sorte de réaction politique en faveur de celui qu'on avait jusque-là qualifié d'usurpateur.

Eudes fut reconnu roi , et l'on promit de ne plus donner, à l'avenir, aucun secouîs au prétendant. En effet, Charles n'obtint rien tant que son adversaire vécut; mais, à la mort du roi Eudes , lorsque le changement de dynastie fut remis en question, le Keisar^ ou empereur, prit de nouveau parti pour le descendant des rois francs.

« Charles le Simple, reconnu roi en 898 par une grande partie de ceux qui avaient travaillé à l'exclure, régna d^abord 22 ans , sans aucune opposition.

C'est dans cet espace de temps qu'il abandonna an chef normand Rolf, tous ses droits sur le territoire voisin de Tembouchure de la Seine, et lui conféra le titre de due (912). Le duché de Normandie servit à flanquer le royaume de France contre les attaques de l'empire germanique et de ses vassaux lorrains ou flamands. Le premier duc fut fidèle au traité d'alliance qu'il avait fait avec Charles le Simple ,

et le soutint, quoique assez faiblement, contre Rodbert ou Robert, frère du roi Eudes, élu roi en 922. Son Gis Guillaume suivit d'abord la même politique ; et lorsque le roi héréditaire eut été déposé et emprisonné à Laon, il se déclara pour lui contre Radulf ou Raoul, beau-frère de Robert, élu et couronné roi , en haine de la dynastie franque. Mais, peu d^années après, changeant de parti , il abandonna la cause de Charles le Simple, et flt alliance avec le roi Raoul. En 936, espérant qu^un retour à ses premiers errements liHi procurerait pms d'avantages, il appuya d'une manière énergique la restauration du fils de Charles, Louis ..urnommé d'Outremer.

« Le nouveau roi , auquel le parti français, soit par fatigue, soit par prudence, n'opposa aucun compétiteur,

rmssé par un penchant héréditaire chercher des amis au delà du Rhin, contracta une étroite alliance avec Othon , premier du nom , roi de Germanie, le prince le plus puissant et le plus ambitieux de l'époque. Cette alliance mécontenta vivement les seigneurs , qui avaient une grande aversion pour l'influence teutonique. Le représentant de cette opinion nationale et lîiomme le plus puissant entre la Seine et la Loire était Hugues , comte de Paris, auquel on donnait le surnom de Grand à cause de ses immenses domaines. Dès que les défiances mutuelles se furent accrues au point d'amener , en 940 , une nouvelle guerre entre les deux partis , qui depuis cinquante ans étaient en présence, Hu-

{;ues le Grand , quoiqu'il ne prit point e titre de roi, joua contre Louis d'Outremer le oiéme rôle qu'Eudes, Robert et Raoul avaient joué contre Charles le Simple. Son premier soin fut d'enlever à la faction opposée l'appui du duc de Normandie; il y réussit, et grâce à l'intervention normande , parvint à neutraliser les effets de l'influence germanique. Toutes les forces du roi Louiç et du parti franc se bnsèrent, en 945, contre le petit duché de Normandie. Le roi, vaincu en bataille rangée, fut pris avec seize

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de ses comtes, et enfermé dans, la tour de Rouen , d'où il ne sortit que pour être livré aux chefs du parti national 4 qui l'emprisonnèrent à Laon.

n Pour rendre plus durable la nouvelle alliance de ce parti avec les Normands, Hugues le Grand promit de donner sa fille en mariage à leur duc. Mais cette confédération des deux puissances gauloises les plus voisines de la Germanie attira contre elles une coalition des puissances teutoniques, dont les principales étaient^lors Othon et le comte de Flandre. Le prétexte de la guerre devait être de tirer le roi Louis de sa prison. Mais les coalisés se promettaient des résultats d'un autre genre : leur but était d'anéantir la puissance normande en réunissant ce duché à la couronne de France , après la restauration du roi leur allié : en retour, ils devaient recevoir une cession de territoire qui agrandirait leurs états aux dépens du royaume de France. L'invasion, conduite par le roi de Germanie, eut lieu en 946, à la tête de trente-deux légions , disent les historiens du temps. Othon s'avança jusqu'à Reims. Le parti national, qui tenait un roi en prison, et n'avait point de roi à sa tête , ne put rallier autoiir de lui des forces suffisantes pour repousser les étrangers.

Le roi Louis fut remis en liberté, et le^ coalisés s'avancèrent jusque sous les murs de Rouen. Mais cette campagne brillante n'eut aucun résultat décisif. La Normandie resta indépendante, et le roi délivré n'eut pas plus d'amis qu'auparavant: au contraire, on lui imputa les malheurs de l'invasion, et, menacé bientôt d'être pour la seconde fois déposé, il retourna au delà du Rhin pour implorer de nouveaux secours.

« En Tannée 948 , les évôques de la Germanie s'assemblèrent par ordre du roi Othon , en concile , à Ingellieim , our traiter, entre autres affaires, es griefs de Louis d'Outremer contre le parti de Hugues le Grand. Le roi des Français vint jouer le rôle de solliciteur devant cette assemblée étrangère. Assis à cotô du roi de Germanie ,

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après que le légat du p^pe eut annoncé l'objet du synode , il se leva et parla en ces termes : « Personne de vous « n*ignore que des messagers du comte « Hugues et des autres seigneurs de « France sont venus me trouver au pays « d'où tre-mer,m'invi tant à rentrer dans « le royaume qui était mon héritage i paternel. J'ai été sacré et couronné « par le vœu et aux acclamations de tous c les chef» et de Tarmée de France.

« Mais peu de temps après , le comte « Hugues s'est emparé ae moi par tra- « hison, m'a déposé et emprisonné du- « rant une année entière; je n'ai obtenu « ma délivrance qu'en remettant en son « pouvoir la ville de Laon , la seule ville « de la cocironne que mes fklèles oc- « repassent encore. Tous ces malheurs « qui ont fondu sur moi depuis men « avènement, s'il y a quelqu'un qui « soutienne qu'ils me sont arrivés par « ma faute, je suis prêt à me défendre « de' cette accusation , soit par le ju- « gement du synode et du roi ici pré- « sent, soit par un combat singulier. » Il ne se présenta , comme on pouvait le croire, ni avocat, ni champion de la partie adverse, pour soumettre un différend national au jugement de l'empereur d'outre -Rhin,' et le concile transféré à Trêves , sur les instances de Leudulf, chapelain et délégué du César, prononça la sentence suivante :

« En vertu de l'auti^ité apostolique , ^ nous excommunionsle comte Hugues,

• ennemi du roi Loui^ , à cause des « maux de tout genre qu'il lui a faits, « jusqu'à ce que ledit comte vienne à I résipiscence, et donne pleine satis- « faction devant le légat du souverain « pontife. Que s'il refuse de se soumet-

• tre, il devra faire le voyage de Rome « pour recevoir son absolution (*). »

A la mort de Louis d'Outremer, son fils Lotbaire lui succéda. Deux ans après, le comte Hugues mourut, laissant à son fils le duché de France. Les deux enfants se trouvèrent sous 1a tutelle de leurs mères Hedwige et Gerberge, toutes deux sœurs d'Othon

(*) Aug. Thierry, Lellrcs sur lliistoirc de France, p. ai 3 et suiv. 4' édir.

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le Grand. L'empereur semble alors avoir gouverné la France par l'iniermédiaire de son frère Bruno, archevé^

Sue de Cologne, et duc de Lorraine et es Pa^s-Bas ; mais à sa mort, « le roi Lotbaire, s'abandonnant à l'impulsion de l'esprit français, roApit avec les piitssances germaniques . et tenta de reculer jusqu'au Rhm la frontière de son royaume. Il entra à l'improviste sur les terres de l'empire, et Ajourna en vainqueur dans l^palals d*Aix-la- Chapelle. Mais cette expédition aventureuse , qui flattait la vanité française, ne servit qu'à amener les Germains, au nombre de soixante mille. Allemands, Lorrains, Flamands et Saxons, jusque sur les hauteurs de Montmartre , où cette grande armée chanta en chœur un des ^rsels du Te Deum.

L'empereur Othon, qui la conduisait, fut plus heureux , comme il arrive souvent, dans l'invasion que dans la retraitç. Battu par les Français au passage de l'Aisne, ce ne fîit qîi'au moyen d'une trêve conclue avec le roi Lotbaire qu'il put regagner sa frontière. Ce traité, conclu, à dB que disent les chroniques , contre le gré de l'armée française, ranima la querelle des deux partis, ou plutôt fournit un nouveau prétexte à de^ ressentiments qui n'avaient point cessé d'exister.

« Menacé, comme son père et son aïeul , par les adversaires implacables de la race des Carlovingiens, Lotbaire tourna les yeux du côté du Rhin pour obtenir un appui en cas de détresse.

Il fit remise à la cour impériale de ses conquêtes en Lorraine, et de toutes les prétentions de la France sur une partie de ce royaume. « Cette chose contrista grandement, dit un auteur contemporain , le cœur des seigneurs français. » r^éanmoins , ils ne firent point éclater leur mécontentement d'une manière hostile. Instruits par le mauvais succès des tentatives faites depuis près de cent ans , ils ne voulaient plus rien entreprendre contre la dynastie régnante, a moins d'étfe sûrs de réussir (*). »

(*) Idem , ibîd. , p. aai et suiv.; cité par M. Michelet , Histoire de France, 1. 1 , p. 4a5.

L'UNIVERS

L'appui de Tempereur donnait, en riïet, trop de force à la dynastie carlovingienne ; mais cette assistance allait bientôt cessfer. Othon était appelé au delà des Alpes, dans cette Italie que son père avait conquise et qu'il conserva à force de cruauté. C'est une chose singulière que le changement qui s'opère dans là conduite des pnnces allemands sitôt qu'ils descendent en Italie : ces hommes, généralement bons , débonnaires , comme la race germanique, grossiers parfois, mais pres^ que jamais cruels dans leur patrie, deviennent pour la péninsule des tyrans implacables; ils ne marchent qu'entourés de supplices , et semblent se venger par la cruauté d'un peuple plus civilise, plus spirituel, et qui n'eut souvent contre les envalitsseurs d'autres armes quelles railleries et les sarcasmes. Appelé par le pape Boniface VII (980) , Othon vint a Rome où il avait convoiué les seigneurs dont il suspectait la fidélité, et les fit mjjissacrer dans un festin (*). Après cette perfidie , qui lui mérita le surnom de Sanguinaire, il crut pouvoir compter sur le nord et l^K^ntre de l'Italie, et songea à reprendre les projets de son père sur le midi de la péninsule. Son mariage avec Théophanie lui avait, pensait-il , donné un titre de plus , et il réclama des empereurs d'Orient, pour douaire de sa femme, les provinces de la Lucanie et de la Calabre, et la suzeraineté sur les républiques de Venise, de

\ prétendue

(*) Othon fut présent lui-même à Texéculion, et montra un horrible sang-froid. H avait convié à un festin tous les grands deRomeetlesdépuiés des villes qui se trouvaient près de lui. Au milieu du repas on vit entrer, l*épée nue i la main, des soldats qui environnèrent la tablft. L*empereur recommanda un profond silence sous peine de k Tie, puif un ofGder lut lentement les noûis de ceux qui devaient être exécutés. Ils étaient aussitôt saisis par les soldats, traînés dans ane chambre Toisiné et massacrés. Quand le dernier nom eut été lu , Othon fit sortir les aoldati «tcoutUiaer le repas.

« Constantin et Razile, empereurs de Constantinqple , après avoir vainement essayé de détourner par des négociations l'orage qui menaçait leurs

possessions d'Italie , — * " ' —

aide les Sarrasins de

rent à leur mît et d'Aôri-

Îiue. Othon, d'autre part, entra en Itale, en 980, avec une puissante armée « et fortifié par l'alliance de Pandolfe Tête de Fer, qui avait réuni sous son autorité l'ancien duché de Bénévent presque entier. Othon, dis-je, s'empara, en 982, de la ville de Tarentè; puis il s'avança dans la Calabre ultérieure jusqu'à la bourgade.de Basentello, située près du rivage de la mer. Il trouva l'armée combinée des Sarrasins et des Grecs qui l'attendait. La première attaque aes Allemands fut vi^oufet^e et mit les Orientaux en desordre ; mais une colonne de Sarrasins y qui formait le corps de réserve , fondit sur les vainqueurs au moment où, dans l'ardeur cfe la poursuite, ils avaient déjà rompu leurs rangs. Elle en fit un massacre effrayant. Pandolfe Téte de Fer, et beaucoup de comtes et de prélats guerriers, perdirent la vie dans cette déroute. L'armée d'Othon était détruite; aucun cor^ ne soutenait plus l'effort des ennemis, et l'empereur lui-même fuyait le Ions du rivage, craignant sans cesse détre attaqué par les Sarrasins et massacré dans leur première fureur. Une galère grecque avait jeté l'ancre près' de ce même rivage, et l'empereur, qui se voyait entre deux dangers également pressants , préféra se livrer à des ennemis civilisés plutôt que de tomber entre les mains d'une norde barbare.

U se fit connaître au commandant de la galère; il se rendit à lui, et chercha un asile sur son bord. Bientôt il s'aperçut que cet officier subalterne, ébloui par une fortune aussi inatten- ' due, sacrifierait l'avantage de son pays au sien propre. Othon promit au Grec des monceaux a'or, sous condition qu'il le conduirait à Rossano , où l'impératrice Adélaïde, mère du mouarque prisonnier, s'était enfermée. La galère fit voile vers cette ville ; une négociation secrète s'établit entre le capitaine,

Othon et l'impératrice ; des mulets , pesan^ppent chargés, s'acheminèrent ▼ers le rivage; des gardes du prince ^ conduits par Théodore, évéque de Metz, s^pprochèrent dans une bar(j|ue pour s'assurer si c'était bien lui qui, revêtu de pourpre, se montrait à eux sur le tiUac ; et tandis que les Grecs étaient «Ustra\ts pjir.leurs négociations, et que, accoutumes à ce que leurs procures empereurs ne sussent pas marcher sans l'appui des eunuques, ils gardaient leur prisonnier moins soigneusement, Othon s'élança dans la mer, gagna la barque de ses gardes à la nage , fit virer de bord , mit lui-même la main à la rame et parvint au bord avant que la galère ait pu l'atteindre. Le Grec, confus, vit rentrer dans la ville avec Tempereur les mulets qu'on n'en avait tait sortir que pour lui tendre un pi^e, et hii-méme fut obligé de se retirer de la rade de Rossano, sans pouvoir se venger de ce qu'on l'avait trompé.

« Quoique les Grecs eussent laissé « échapper un captif aussi important , leur victoire n'en était pas moins complète. Pendant le reste du règne d'Otbon II et la minorité de son fils, ils . étendirent leurs conquêtes en Italiè, et lés soumirent au gouvernement d'un officier qu'ils établirent à Bari avec le titre de Catapan. Ils bâtirent aussi la ville de Troja dans la Fouille , et plusieurs châteaux forts qui devaient les couvrir contre de nouvelles atta-

2ues. S'ils ne furent point troublés ans cet établissement, ce n*est pas <|ue Othon II fût disposé à les laisser jouir en paix de leurs triomphes. Ce prince avait convoqué à Vérone une assemblée des états de Lombardie et d*Allemasne ; il avait fait passer des troupes aans l'Italie méridionale, et il s'était rendu à Rome pour terminer les préparatifs de l'expédition qu'il méditait contre la Sicile, lorsquune maladie causée, à ce qu'on assure, par l'humiliation et le chagrin qu'il venait d'éprouver, l'emporta à la (feur de son âge. Les républiques de Venise, de NapTes, d'Amalfiet de Gaëte, enveloppées dans les projets de vengeance d'Othon contrôles empereurs d'Orient,

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