A G NE
furent sauvées d'une^ guerre désastreuse par cette mort prématurée (*).«
Tandis qu'Othon , avec les Franes , les Souabes et les Bavarois, chercbaii à arracher aux Grecs quelques provin* ces de l'Italie méridionale, les Saxons défendaient les frontières du nord et du nord-est contre les Danois et les Slaves. Ceux-ci, comme nous l'avons dit, avaient embrassé le christianisme et s'étaient rendus tributaires de Vetiï* pire. Mais le duc, charité de leur faire payer ce tribut , l'exigeait avec dureté ; lis se soulevèrent, saccagèrent la Nordalbingie, pillèrent réveché de Havelberg, prirent Magdebourg, et s'avan* cèrent même jusqu'à Mersebourg. En l'absence de Tempereur, les seigneurs du nord-est, comtes et évêques, se liguèrent ensemble et fornierent une armée qui arrêta les ravages. Ces événements se passaient Tannée même de la mort d'Othon en Italie.
Othon II avait favorisé comme son père les accroissements de la puissance ecclésiastique. Plusieurs villes épiscopales des bords du Rhin , de la Meuse et de la Moselle, avaient été séparées du duché de Lorraine pour être données en seigneuries à leurs évêques, sous la protection de l'empereur. C'est ainsi qu'une charte d'Otnon , confirmée par son fils, prescrivait qu'aucun duc, comte, vicaire, ou quelque juge que ce sott, si ce n'est celui que l'eveque aurait choisi lui-même, ne pourrait avoir de juridiction dans la' ville de Strasbourg ni dans les faubourgs. C'est ainsi encore que le grand Othon donna à révêque de Trêves, Mark, Kirn, Bergen, Pulzviller, Hulembach et Beatenfost, et que Othon II lui accorda le droit de battre monnaie dans deux villes de son diocèse.
(tTHON III.
Ce règne fut plus favorable encore au clergéque les précédents. Othon III, à peine âgé de six ans, était sous la tutelle de sa mère Théophanie et de
(*) Sismondi, Histoire des républiques iuUeones , 1 1 , p. 247 et siùt.
rarcfaevéc|ue de OAogae. Henri de Bavière, qui avait disputé la cauronneà son père, ayant voulu se faire proclamer roi de Germanie , tout le clergé de rAllemagQe, qui voyait le ieuiie Othon entre les mains d'un arcnevédue, prit parti contre Henri, et le força a'abdiquer ses prétentions. Othon ne fut euli)uré que de clercs ; son éducation fut confiée à Farchevéque de Mayence et à Févéque d'Hildesheim.
Son précepteur fut le fameux Gerbert, à qui sa science, immense pour Tépoque,. mérita la réputation de sorcier. Aussi TEglise se ressentit des iVifluences qui le gouvernaient, lorsqu*on le fit voyager dans les diverses provinces de rAllemagne. Il confirma et étendit
Sartout les privilèges des évéchés et es abbayes. L'évéque de Worrns ûit confirmé dans les prérogatives de juge souverain de sa ville épiscopale. Celui de Liège obtint la confirmation du comté de Huy. L'abbé de Wertheim obtint le renouvellememt des franchises de son abbaye, et pour lui-même le droit d'être exempté du service mihtalre; car, maigre les capitulaires de Charlemagne , les évêques et les abbés étaient astreints à conduire eux-mêmes leurs hommes à Tarmée, et portaient les éperons, une ceinture d'or et une épée. Les privilèges de l'abbave .de Billich sur le Rhin furent égalés" à ceux des abbayes de Gandeshetm et de Quediemboûrg, les plus célèbres de toute l'Allemagne. (Le plus impartant de ces droits était l'exemption de la juridiction des évéques et de celle des comtes).
Les abbayes de Mourbach et de Weissembourg se ressentirent des libéralités d'Othon envers les clercs; de même que dans le nord, les évéchés de Slceswik, deRippen et de Harrus (*).
Les premières années de la minorité d'Othon furent troublées par les guerres continuelles que se firent les ^ands vassaux , mais surtout par les mcursions des Slaves et des Danois.
(•) Othon donna une preuve singulière de sa piété : il se fitlairc uu hahit sur lequel OQ voyait toute FApocalypse en broderies.
ERS
C'est toujours la même bistiire, ]»
retour des mêmes événements. Commet au nord et à l'est, l'Allemacne n'avait point de frontières naturelles, sitôt
2 ne les peuplades pillardes qui boraient les margraviats , voyaient qudque trouble s'élever darft l'empire, elles . se jetaient sur les provincçs voisines pour butiner.
BXPÉDITIOV O'OXHOV MJX ITALIS.
Comme son père et son aïeul , Otlion prit grand intérêt à tout ce qui se passait au delà des Alpes. Établir son autorité dans la pénmsulc et à Rome fut presque la seule occupation de son rè^ne sitôt qu'il put se conduire par lui-même.
- Les papes que les princes allemands avaient imposés à Rome éprouvaient cette résistance qu'un peuple est toujours porXé à opposer au cher qui leu rest donné par les étrangers. Les souvenirs classiques de l'ancienne r^ublique romaine fermentaient dans fa viUe : on parlait de liberté, de tribuns; un consul avait été créé : c'était Crescentîus.' Dès 980, il avait commencé à lutter « contre les papes pour leur 6ter tOute' part dans le gouvernement; en 996 il cliassa de la ville le pape Jean XV, qui refusait de reconnaître son autorité, et ne le laissa revenir d'exil que lorsqu'il se fut soumis. Cependant Jean XV se lassa bientôt de la contrainte qui liii étaft imposée, et envoya, comme plusieurs de ses prédécesseurs, une ambassade a Othon IIL
« L'empereur était déjà parvenu à Ravenne , lorsqu'il apprit la mort du pontife; il désigna pour lui succéder un seigneur allemand, son parent, nommé Bruno , qui , avec l'appui des comtes de Tusculum et de l'armée qui s'avançait, fut élevé à la cliaire de saint Pierre sous le nom de Grégoire V.
Crescentius s'était retiré sur le môle d'Adrien a l'approche des troupes allemandes, et Orégoire, qui ne voulait pas commencer son pontificat par des actes de rigueur , s'interposa pour faire la paix entre l'empereur et le consul.
Mais Otbpn ne tarda pas à repartir
8oar l'Allemagne; et le nouveau ponife, fier d*ane di^ité que dans sa ratrie on respectait bien plus qu*à Rome, enorgueilli de sa naissance et de Tappui d^Otlion , dont il se regardait comme le lieutenant, voulot se mettre au-dessus dès lois et des privil^es du peuple. Crescentius comprit à quel danger serait exposée la liberté de Rome, 81 les em()ereurs, non contents de ▼isîter la ville avec leurs armées allemandes . y laissaient encore des pontifes de leur famille , qui leur fussent entièrement dévoués (*). »
Il résolut de placer Rome sous la protection de Tempire grec , et ayant ait déposer Grégoire, il fit élire en sa place, sous le nom de Jean XVI , un Grec , évéque de Plaisance , et demanda des secours de l'empereur d'Orient.
« Mais avant que les troupes qu'on attendait de Constantinople pour appuyer cette révolution, eussent débarqué en Italie, Othon III entra de nouveau à Rome , et Jean XVI tomba entre tes mains de ses ennemis. En vain saint Nillus, abbé d'un monastère dans le voisinage de Gaête, vint, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, se jeter aux pieds de l'empereur et du pape Grégoire, pour implorer leur miséricorde; en vain il leur rappela que l'évéque de Plaisance les avait tenus , Tan et l'autre, sur les fonts de baptême ; en vain il les supplia de lui accorder la vie de son malheureux compatriote, au Heu des stériles honneurs qu'ils rendaient à ses cheveux blancs, rien ne put toucher le haineux pontife. Jean XVI , mutilé avec férocité, fut soumis à un long supplice , dont le seul récit révolte la nature.
« Crescentius s'était retiré avec tous les vieux amis de la liberté ddns le m6\ê d'Adrien, qui, d'après lui, fut nommé long-temps Tour de Crescenr Uus. Otiion III Gt de vainsefTorts pour lessoumettre; mais ce massif de pierres qoi^ sur un diamètre de deux cent cin- «uaotepieds, ne présente d'autre vide ou d'autre ouverture qu'un escalier étroit,
.était assez solide pour résister aux attaques des hommes , comme il a résisté a celles ^u temps. L'empereur feignit enfin de vouloir entrer en négociations : il s'eneagea sur sa parole royale à respecter la vie de Crescentius et les droits de ses concitoyens; mais, dès qu'à l'aide de cette promesse il se-fut emparé de sa personne, il lui fit trancher la téte , ainsi qu'à plusieurs de ses partisans.
« La veuve de Crescentius , Stéphanie, déguisant sa profonde douleur, et se taisant sur les outrages auxquels elle avait été exposée, cherchait à tout prix à s'approcher d'Othon , pour tirer de lui une vengeance signalée. Depuis qu'une brutale violence avait détruit pour elle la gloire et la pureté de sa vie, elle croyait que la beauté qui lui était restée ne devait phis lui servir X[ue comme instrument de vengeance.
Othon était revenu malade d'un pèlerinage au mont Gargano , où ses remords , peut-être , l'avaient conduit.
Stéphanie lui fit parler de son habileté dans la médecine. Sous ses habits de deuil, elle l'éblouit encore par ses charines , et , comme sa maîtresse ou comme son médecin , ayant gagné sa confiance , elle lui administra un poison qui le conduisit bientôt à une mort douloureuse.
« Les histoHens allemands , enclins à pardonner à la jeunesse d'un prince qui n'avait que vingt-deux ans lorsqu'il mourut, s'efforcent de relever le caractère d'Othon III. Cependant aucune action glorieuse n'est citée à Tappui de leurs éloges. Dernier rejeton de la maison de Saxe , il mourut , sans enfants, l'an 1002, à Paterno, près de Città-Castellana, détesté des Romains, qui cherchaient chaque année à secouer le joug injuste qu'il voulait leur imposer (•). »
Il y a encore sur Othon III une autre terrible histoire. Selon quelaues historiens , ce prince avait épousé Marie d' Aragon. Dans un voyage en Lombardie , l'impératrice oublia son rang
(*) Sismondi , Hisloire dés répii1)l)r[nç9 H Si<imondi , Histoire des républiques itaUeiuies, 1. 1, p. i6o. ^ ilulicnncs, 1. 1 , p. i63 et suiv.
L'UNIVERS
et ses devoirs pour un jeune comte italien , dont elle s*éprit avec passion , mais qui repoussa toutes ses avances.
Dans îe coeur d'une fetwne , la haine remplace aisément Tamour. De dépit, élle dénonça à son époux le comte comme un suborneur. Othon, trop crédule, condamna le jeune seigneur à perdre la téte, et it exécuter rarrét le jour même. Mais avant d'aller au supplice , le comte raconta à sa femme la conduite de l'impératrice, et marcha ensuite à la mort. La comtesse, au désespoir, courut trouver l'empereur,
3ui rendait alors justice dans la plaine e Roncaglia , suivant la coutume des rois d'Ttafie.. Elle cita l'impératrice au tribunal du prince , raconta tout ce que son mari lui avait confié ; et pour
rrsuader l'empereur , elle se soumit l'épreuve du fer rouge, et prouva
fmr la la fausseté de l'accusation de 'impératrice, qui, pr son silence et.
son trouble, marquait assez qu'elleétait coupable. L'empereur, voyant qu'elle ne pouvait se justifier, la conaanma à être brâlée vive , et fit exécuter publiquement cet arrêt dans la ville de Modène. Selon d'autres , l'impératrice auraitété seulement disgraciée; etd'autres encore, parmi eux Muratori , ne croient même pas au mariage d'Othon avec Marie d'Aragon. Quoi qu'il en soit, Othon mourut sans laisser de postérité.
HEIfBI II.
( looa- loH-)
A voir Othon III tenir à Rome une cour semblable à celle des empereurs grecs, s'entourer de tous les souvenirs de i'enipire romain, embellir Tancienne capitale du monde , dont il voulait faire le siège de son empire , créer enfin des royaumes (*) , on aurait cru au renouvellement de l'empire d'Occident (**) ; mais c'était une espé-
(*) Olhon avait érigé le duché de Pologne en royaume relevant de Tempire, en faveur de Boleslas.
(**) Othon était tellement préoccupé de ridée du nouvel empire, qu'il voulut voir face à face celui oui l'avait le premier rétabli. ÉUnt urivé à Aix-la-Chapelle, il fit
rance qu*il n'était plus donné à personne de réaliser. Charlemaffne avait bien pu réunir une fois tout le monde barbare , comme Rome avait déjà fait pour l'ancien monde. Mais une fois suffisait; car il ne fallait point que ces
Seuples allassent prématurément perre leur individualité dans l'immensité d*un seul royaume. Si Rome plaça et retint sous sa main tout le monde ancien, c'est que chacune de ses parties, Grèce, Afrique, Asie, avaient vécu long-temps de leur vie propre; c'est qu'elles se mouraient de décrépitude , et que, pour les régénérer, il fallait en former comme uu seul corps , où l'on pût faire circuler, une vie nouvelle. Au temps de Charlemagne , les peuples de l'Europe étaient, pour ainsi dire , nés de la veille. Avant d'être abandonné à eux-mêmes, ils furent, au point de départ, réunis un instant, afin que le souvenir de cette union leur restât toujours dans l'esprit, et qu'ils tendissent, par de communs efforts , à la reformer un jour.
La tentative des Othon ne pouvait réussir. Vouloir attacher l'Italie à l'Allemagne , c'était atteler au même char un bœuf au pas fort mais lent, et une cavale fougueuse et indomptable. Sitôt 9u'Othon fut mort; l'Italie brisa son joug.
La gloire d*OthoD le Grand avait assuré a son (ils et à son petit-fils la
ouvrir le tombeau de Charlemagne. On le trouva sous une voûte souterraine ; le corps n'étail pas couché selon Tusagc ordinaire, mais assiâ sur un trône d'or, revêtu de tous les ornements impériaux , avec un sceptre d*or dans la main et sur la téte une couronne enrichie de pî<Trenes. Ses oncles, dit le chroniqueur, avaient continue de croître et avaient percé les gants dont ses mains étaient couvertes. Toutes les parties de son corps étaient dans un état de conservation parfaite , i Texception du nez -qui était légèn^ment endommagé. Othon le fit tirer de ce caveau el le mit an côté droit de l'église dans une niche d*or. Il euvoy« son irone à boleslas, roi de Pologne, en reconnaissance du bras de saint Adalbert, dont il lui avait fait présent , et retint pour lui une croix d'or que portait Charlemagne.
couronne de Germanie. Cette dignité semblait héréditaire dans la maison de Saxe. Mais Othon III n'ayant point laissé d'enfants, ce ^t une occasion ppur la nation de rentrer dans Texercice de ses droits. Il v avait cependant encore un prince de cette maison, Henri, duc Bavière, arrière-petit-tils de Henri TOiseleur. Il se porta , concurremment d^ec {plusieurs autres ducs, pour candidat à la couronne. Lorsqu'on avait rapporté le corps d'Otbon en Germanie , Henri Tavait reçu avec les plus grand? honneurs; il avait aussi donné de grands présents aux chefs de Tarmée, et fait distribuer aux soldats des logements et des vivres , cherchant ainsi à gagner à Ta vance leurs suffrages. Enfin , à titre de plus proche parent de l'empereur, il s'était fait livrer tous les ornements impériaux : la croix, le globe, le sceptre et la couronne. Le compétiteur le plus difficile à écarter était Hermann,auc deSouabe. Il voulut , avec nûe armée , fermer le chemin de Mayence au duc de Bavière ; mais Henri Te trompa par une fausse marche, et arriva dans la ville, où il fut proclamé.
La guerre contre Hermann, qui suivit le couronnement de Henri, eut pour résultat la dévastation de T Alsace et de la Souabe. Cest dans cette guerre que Fancienne église de Strasbourg fut brûlée ; il n*en resta rien que le chœur, bâti , dit-on , en pierre par Charlenia- ;ne (*). Une des principales conditions le la paix que Henri accorda à Hermann, fut qu'il réprerait les torts qu'il avait faits à révêque de Strasbourg , et qu'il ferait reconstruire Té-
f lise de cette ville En effet, l'évéque berner, aidé des libéralités dd roi , jeta en 1015 les fondements de ce grand édifice. Mais Touvraee avança lentement, et ce oe fut qu en 1377 que Ton commença à (travailler à la grande tour.
(*) Strasbourg rapporte la constmction de son é^ise aux noms les plus glorieux de Fhistoire des Fraocs. Aiusi, c^esl Cloris qui en construisit la nef, etCbarlemagne qui en bAtit le chœur.
Après la soumission d'Hermann, Henri fut encore obligé d'aller se faire reconnaître successivement dans tous les duchés, d'abord en Saxe, où il reçut les hommages des seigneurs laïques et ecclésiastiques, du roi de Pologne et des Poméraniens: puis dans la Lorraine-, dont le duc entreCenait avec Hermann des relations qui auraient pu causer qqelque trouble dans Tcmpire :
la présence du roi suffit pour prévenir la révolte. Le couronnement ae Henri avait été fait à la hâte; plusieurs def formalités en usage avaient été omiseï», et son titre pouvait en paraître invalidé. Afin de prévenir toute réclamation, Henri se ht couronner une seconde fois à Aix-la-Chapelle.
Mais l'Allemagne ne resta pas Ionstemps tranquille. La guerre éclata à Ta fois au dedans et au dehors , dans la Franronie et dans les marches de l'Est. Il semblait que les frontières orientales de l'Allemagne ne pourraient jamais jouir d'une paix assurée. D'abord elles avaient été incessamment ravagées par les Bohèmes et les Moraves, puis par les Hongrois; et maintenant que ces peuples commencent à se tenbr en repos , voici que tout à coup la Pologne devient un puissant royaume ooi menace de s'étenure sur une partie aes
{provinces germaniques. Le duc Bolesas de Bohême étant mort en 999 , le roijde Pologne voulut profiter de la faiblesse du nouveau duc pour s'emparer de Cracovje. Cette ville fut prise , et les Polonais , eucouragés par ce succès, se jetèrent sur la Silésie et la Moravie, qui furent entièrement saccagées.
Lors(|ue le duc de Bohême eut demandé la paix pour arrêter ces ravages, le roi de Pologne envaliit la Lusace et la Misnie, s'empara de Meissen, et fit jurer fidélité aux habitants. Mais bientôt l'occasion se présenta de faire une conquête plus importante. Boleslas avant été chassé par ses peuples , viot cnercher un asile en Pologne. Le roi l'accueillit volontiers , et , qtielque temps après , le rétablit dans ses états. Mais à peine fut-il en possession paisible de la Bohême, que, pour se venger de cet» qui l'avaient cmisséf il les fit
assassiner dans un repas auquel il les avait invités. Cette perfidie excita de toutes parts un soulèvement général ; de toutes parts on s'adressa au roi de Pologne qui , s'étant emparé par trahison ofe Botpslas , lui fit crever les yeux et le relégua en exil sur les frontières orientales delà Pologne; puis il vint à Prague, et se pt reconnaître pour duc de fohéme.
Le roi Henri , effirayé de ces conmiétes, envoya d*abora demander au Polonais Thommage pour la Misnie, la Lusace et la Bonéme; et, sur son refus, lui déclara la guerre. Mais aussitôt des révoltes éctetèrent contre lui au sein même de l'Allemagne. Le margrave, Henri de Schweinfurt, à qui le roi avait refusé le duché de Bavière , son propre frère, Brunon, et le margrave d'Autriche, Ernest, fils de Léopold, se liguèrent contre lui. Henri poussa vigoureusement la guerre; les confédérés n'étant point soutenus par le roi de Pologne, furent battus; le margrave Henri perdit successivement toutes les places, jusqu'au château de Schweinfurt, le manoir de ses ancêtres, qui fut démantelé. Brunon et Henri n'eurent bientôt plus d'autres ressources que de s'enfuir en Bohême.
Ainsi la puissance royale triomphait:
si elle ne pouvait prévenir les révoltes, du moins elle les comprimait par la force ; car les rebelles n'étant jamais gue les représentants d'uo mtérêt individuel, d'une ambition particulière, ne pouvaient jamais remporter sur le roi, le représentant des intérêts généraux, le conservateur de Tordre et de la tranquillité de l'empire. Aussi voyons -nous les évêques et les abbés , si puissants en Allemagne , accourir en foule autour de celui qui a été régulièrement investi de la force publique. Ainsi, par exemple, un abbé et un évêque , Henri , évêauede Wurtzbourg, et Erkambauld, abbé de Falde, furent chargés de terminer, avec leurs propres troupes^ les dernières opérations de la guerre contre le margrave de Schweinfurt.
Sitôt qu'il eut apaisé cette révolte dangereuse, Henri marcha contre les
Slaves du Holstein ^ et après quelques dégâts dans le pays, il laissa une armée sur leurs frontières. La même année , ]004 , II passa en Italie, où les évêques et les seigneurs , las de la domination allemande , s'étaient donnés un roi national, et avaient déféré à Ardouin, marquis d^Ivrée, lacouronnedeLombardie.
« Le pacte que fa nation italienne avait fait avec la maison de Saxe était annulé par rextinctioQ de cette maison :
les deux royaumes d'Allemagne ' et d'Italie n'étaient nullement dépendants l'un de l'autre, et aucune loi n'obligeait à en confier l'administration au même monarque. Cependant les Allemands considéraient rélectioa d'un roi lombard comme une rébellion; ils se disposèrent à reconquérir l'Italie, et leur jalousie, une fois excitée, ils traitèrent toujours les Italiens comme un peuple ennemi ou rebelle qu'il fallait effrayer par de rigoureux châtiments pour le plier sous le joug. Les Othon avaient été les protecteurs de la liberté des villes; les Henri, par leur défiance ou leur dureté, contraignirent ces villes à tourner contre eux les forces que la liberté leur avait rendues.
«L'élection d'Ardouin avait été faite à Pavie; ce fut aux yeux des Milanais une raison suffisante pour se déclarer contre lui : car Pavie et Milan se disputaient le premier rang dans le royaume de Lombardie, et ces deux villes se sentaient déjà assez fortes et assez indépendantes pour se livrer à leur jalousie l'une contre l'autre. L'archevêque de Milan, Amolphe, avait de son coté un sujet de mécontentement contre Ardouin. Il n'était revenu qu'après la diète de Pavie, d'une ambassade de Constantinople , où Othon III l'avait envoyé , et regardait comme illégitime l'élection d'un roi à laauelle le premier prince ecclésiastique ae la nation n'a« vait pas pris de part. Il convoqua uné nouvelle diète à Roncaglia, dans laquelle Henri d' Allemagne fat reconnu pour roi des Lombards : Tarcbevêque et la ville de Milan lui promirent leurs secours; et Henri lui-même, après avoir affermi son autorité dans le nord, entra en Italie par la marche de Vé-
ALLE
rone. Les troupes d^Ardouin se dissit pèrent : ce monaroue fut obligé de chercher un refuge dans ses forteresses du marquisat dlrrée, et le con<^uérant s'avança sans éprouver de résistance jusqu'à Pa?ie, ou il reçut la couronne d'Italie des mains de Parchevéque de Milan.
« Le jour même du couronnement de Henri, l'indiscipline de ses troupes donna aux habitants de Pavie de nouveaux molife pour s'attacher à son rival. Les Allemands, pris de vin, insultèrent les bourgeois, et ceux-ci se Tirent forcés à repousser par les armes les outrages d'une soldatesque indisciplinée. Les courtisans de Henri lui présentaient ce tumulte comme une fureur de poptdacsy comme Vexplosion cTune arrogance d*€sclaves , qu'il fallait réprimer par la force; mais la rébellion était plus générale et le danger plus réel qu'ils ne l'annonçaient. Henri se vit assiégé dans son palais que ses gardes défendaient avéc peine. Pour le délivrer et soumettre les Pavesans révoltés , il fallut que l'armée, qui était campée hors des murs, et qui ne pouvait s'avancer dans les rues fermées par des barricades, mtt le feu à la ville. L'incendie s'étendit rapidement et favorisa le massacre. La superbe capitale des Lombards ne fut bientôt plus qu'un monceau de ruines, arrosé de sang, dont^ Henri s'éloigna en hâte avec son armée. Les Pavesans rebâtirent cependant leur ville ; mais , en consacrant les nouvelles murailles, ils jurèrent de se venger des Allemands; ils proclamèrent de nouveau Ardouin, et ils vouèrent leurs armées et leur fortune à relever son trône (*). »
Henri mettait plus de prix à la conservation de l'Allemagne ^u'à celle d'une vaine ombre de pouvoir en Lombardie : il laissa passer dix années sans y porter de nouveau ses armes ; car il avait de l'autre côté des Alpes des affaires trop sérieuses. La position que les Polonais avaient prise dans la Bo-
(*) Sismondi, Histoira des républiques iUlieDiies, 1. 1, p. xoa etsuiv.
AGNE. 2$3
héme était trop menaçante pour que le roi ne cherchât pas a les en chasser. D'abord il voulut attaquer la Pologne elle-même ; mais les pluies, et les débordements des fletves avant arrêté la marche de son armée , il se retourna sur la Bohéme.Le roi de Pologne, Boleslas Chrobry,ne l'attendant pas, il battit le peu de troupes qui lui Ait opposé, et, aidé par la répugnance qu'ataient les Bohémiens pour les Polonais, il entra dans Prague, et donna à Jaromir , le frère de l'ancien duc, l'investiture de la Bohême comme fief de l'emire. Poursuivant cette expédition si eureusement commencée, il pénétra dans la l^isnie , s'empara de Budissen, et remporta, sur les bords de l'Oder, une victoire qui força Boleslas de demander la paix.
Mais ce prince, que les Russes avaient surnomme V Intrépide, ne renonça point à l'idée de reprendre tous les pavs habités jadis par les Slaves au delà de l'Oder. Tout ce que les Slaves avaient possédé le long de l'Elbe , le Holstein et toute la Chersonèse ciinbrique payèrent tribut à la Pologne.
Enlié de ses succès , Boleslas fit élever, au confluent de l'Elbe et de la Sala , trois colonnes de fer pour marquer les limites de ses conquêtes. Mais Henri , le duc de Bohême, et le margrave d'Autriche, se réunirent pour arrêter ses progrès. La guerre dura, avec des chances diverses, jusqu'en 1018. Alors le roi de Germanie envoya à Budissen des députés à Boleslas , et la paix fut encore une fois conclue entre les deux royaumes, mais non, ajoute Dithmar,'à l'honneur de l'empire.
Henri était trop occupé pour pouvoir pousser avec activité la guerre contre la Pologne. L'Italie, la Lorraine, la Bourgogne réclamaient également son attention. Le duché de basse Lorraine étant devenu vacant par la mort d'Othon , dernier descendant de Charlema^ne, Henri prétendit que le duché, à titre de fief masculin, revenait à l'empire, et le conféra à Godefroi, comte des Ardennes et de Verdun. Mais les comtes de ISainur et de Hainaut,
L'UNIVERS
soutenus pst le comte Baudouin de Flandre , revendiquèrent cet héritage comme leur appartenant du chef de leurs femmes. La 'France s'en mêla; le roi Robert , le duc de Normandie et plusieurs autres seigneurs aidèrent Baudouin de leurs troupes, lorsque le roi de Germanie vint assi^er la ville de Valenciennes. Henri fiit contraint de se retirer.
La guerre qui éclata à la même époque dans la haute Lorraine eut un motif malheureusement trop commun alors. L'évêque de Metz étant mort en 1004, Thierri ; duc de la haute Lorraine , donna cet évéché à son fils, encore enfant ; seulement il lui adjoignit un seigneur pour l'administration temporelle de l'Église. Mais le tuteur prit la place de l'évêque pupille et le chassa de Metz. Le roi vmt assiéger cette ville ; mais l'enfant étant mort sur les entrefait», Henri laissa l'évéché à celui qui l'occupait. Les évêchés d'Allemagne étaient trop riches pour ne' pas exciter vivement l'amhition des seigneurs séculiers, qui tâchaient de les faire rester dans leurs familles, comme une partie de leur patrimoine.
Une guerre de même nature éclata dans révêché de Trêves. Cette fois-ci , c'étaient deux compétiteurs qui se disputaient à main armée leur dignité et leur siège épiscopal. Henri prit aussi parti pour l'un des deux , et vint mettre le siège devant Trêves ; il y resta pendant six mois , et Trêves qui , depuis les irruptions des Normands, s'était rétablie, fut de nouveau presque entièrement ruinée. Toutefois , le roi ne put s'en emparer, et l'évêque qu'il soutenait resta uans le château de Cohlentz, d'où il gouverna son diocèse jusqu'à la fin de sa vie. Tant de fatigues , de pierres à soutenir, de querelles à terminer, lassèrent l'empereur, et le décidèrent à quitter le siècle pour la vie monastique. Il voulut se faire recevoir simple chanoine au chapitre de Strasbourg; mais les princes de l'empire s'y opposèrent : us lui montrèrent l'Allemagne ruinée après son abdication par les
{^rétentions rivales des seigneurs, par es incursions des Polonais et les rava-
' ges des Slaves du Holstein , qui , aprèi avoir été soumis pendant soixante* dix ans à l'empire, venaient de renoncer au christianisme et de faire périr tous leurs prêtres dans les tourments.
Henri se rendit à ces conseils et se contenta de fonder une xiche prébende destinée à un chanoine ^ui tiendrait, dans l'Église, la place qu'il désirait occuper lui-même. Depuis cette fondation, faite en 1012, le chanoine qui en jouit fut appelé le roi du chceur.
BKiritl RBÇOtT LA COURONNE IMpiftlALK.
L'Italie était toujours en proie à la guerre civile. Les villes de la Lombardie s'étaient partagées entre Ardouin et Henri , et, sous le nom -de ces deux princes, vidaient leur propre querelle.
Ardouin ne paraissait pas plus dans ces guerres que son compétiteur , qui entendait rarement parler de ce que ses fidèles sujets les Milanais , etc. , faisaient au delà des Alpes contre ses ennemis les Pavesans. Cependant, en 1012, Henri fut sollicité d'intervenir sérieusement dans les affaires de l'Italie. Les Romains s'étaient divisés en deux partis pour l'élection d'un pape. Chaque faction avait nommé le sien , et le plus faible, Benoit YIII , chassé de la ville, était venu hisqu'à Paderborn , dans tout l'appareil de sa dignité, demander au roi de Germanie de le rétablir sur son siège. En même temps , l'archevêque de Milan vint se
Slaindre contre Ardouin, qui ne cessait e désoler par ses ravages le territoire de Milan. Henri leur promit son aide; et, après avoir réuni a Groningue une diète , dans laquelle on délibéra sur les mesures à prendre pour protéger l'Allemagne contre les Slaves et les Polonais , il passa les Alpes et traversa la Lombaraie sans rencontrer de résistance. A son approche, Ardouin s'était retiré dans son marquisat d'Ivrée.
Henri tint une diète à Ronca^lia, dans laquelle furent arrêtées plusieurs lois concernant la police du royaume. Ces lois imposent à^ague instant le combat judiciaire à celm qui nie sa culpabilité. *
Ce fut le 22 du mois de février 1014 qu'il entra à Rome; le pape le reçut sur les degrés de l'éslise de Saint- Pierre, et lui dit \ yoiueZ'Vous être le défenseur de V Église et garder à moi et à mes successeurs la fidélité en toutes choses? Henri ayant promis, le pape l'introduisit dans Féglise, le sacra et le couronna empereur. Henri, après cette cérémonie, quitta l'Italie sans rencontrer, non plus qu*à son arrivée, les troupes d'Ardouin. Cependant ce dernier, lorsqu'il sut l'empereur au delà des Alpes, se remit en campagne; mais les archevêques de Milan et de Ravenne battirent ses troupes, et le forcèrent d'aller, de lassitude et de dépit, s'enfermer dans un monastère, où il mourut au bout de trois ans.
La même chose faillit arriver à son adversaire. Henri avait, en descendant des Alpes, visité la Bourgogne et la Lorraine; arrivé au monastère de Saint- Vannes dè Verdun, il prononça en entrant ces mots du psalmiste : Cest ici mon repos pour toujours y c'est Vhabitation que j^ai choisie. Ces paroles semblaient annoncer l'intention que le roi avait déjà montrée de quitter le siècle ; l'abbe l'ayant en effet interrogé , il répondit qu'il voulait prendre l'nabit religieux , pour servir Dieu dans cette communauté avec les moines. « Voulez-vous , dit l'abbé , selon la règle et à l'imitation de Jésus-Christ, être obéissant jusqu'à la mort ? —C'est mon désir. — - Eh bien , je vous reçois pour moine; je me charge du soin de votre ame , mais je veux que vous lassiez tout ce que je vous ordonnerai. » Henri ayant répondu qu'il était prêt à obéir en toutes choses, l'abbé ajouta : « Maintenant que je suis votre supérieur spirituel, je vous ordonne de continuer à gouverner l'empire, d'être ferme en rendant la justice , et d'user de toute votre autorité -pour procurer aux peuples la paix et ia tranquillité. » Henri se soumit.
ACQUisrrfOir db la bourgogite.
Quelque temps après , l'empereur fit une acquisition importante : le roi
AGNE. !2fl5
Arnulf avait déjà voulu exercer les droits de suzerameté sur la Bourgogne; mais ses successeurs n'avaient trouvé ni le temps , ni les moyens de les faire valoir. La Bourgdgne formait donc un royaume indépendant (*).
Riais Rodolpne III voyant la plupart des seigneurs soulevés contre Iqi , s'adressa a l'i'mpcreur, et, pour obtenir plus sûrement ses secours , il fit avec ce prince un acte par lequel il lui cédait tous ses états ; n)ais lorsque ce traité fut connu , il excita un soulèvement général. Henri fut contraint de réunir une armée avec laquelle il ravagea le plat pays. U n'y avait point assez de force ni d'union parmi les seigneurs bourguignons, pour qu'ils pussent résister : ils se soumirent, et vinrent avec Rodolphe à Ma^ence, où Henri reçut des mains du roi le sceptre et la couronne. L'ancien traité fut confirmé par de nouveaux serments (mars 1018).
Les dernières années du règne de Henri furent employées à une troisième expéd ition au delà des Alpes. Les Grecs avaient reconquis plusieurs villes sur la côte adriatique, ainsi que toute la Fouille, ^excepté le mont Gargan; un seigneur de la Fouille , Melo , qui , avec le secours des Normands, avait voulu arrêter leurs progrès , avait été vaincu; il s'était rendu près dfe Henri. Sollicité paç lui et par le pape Benoît VIII, qui craignait de voir bientôt Roino retomber sous la main des Grecs, rempereur passa les Alpes, prit Troja , re*^ut rhominage des princes de ( itpoue , du prince de Salerne et du duc lie r^aples, et répartit , laissant derrière lui ces Normands qui , venus en Italie comme pèlerins, s y fixèrent comme conquérâiits , et totti^^ixA bientôt dans ritaiie méridionale et la Sicile un nouveau ro}nume ennemi des deux empires.
Henri mourut l'an 1024. Avant d'expirer, il d it aux parents de l'impératrice : Je vous la rends vierge comm£je Vai
(*) Ce royaume comprenait alors la Frai^ chc-Comté Ja Savoie ,1e Piémont, le Lyonnais et une imrtie de la Provence.
Î5« LUNl
replie : ils avaient tous deux fait vœu de chasteté. En ce prince Onit la maison de Saxe oui avait gouverné Tempire presque d une manière héréditaire depuis Henri TOiseleur. Toutefois il n'y avait point prescription pour les droits des peuples , car nous avons vu combien il fallut à Henri U de sollicitations pour obtenir son élection , qu'il dut même acheter par des concessions importantes. Son avènement esjt en effet signalé pàr le premier exemple d'une capittuation imposée par les électeurs a l'élu.
EHPEBECRS FRANCONIENS.
GONBAD II, LE SÀLIQUB.
Pendant les deux mois qui suivirent la mort de Henri , l'empire resta sans chef; mais cependant, sur les sollicitations des éveques, intéressés à faire cesser l'interrègne , une assemblée se tint sur les bords du Rhin, entre Mayence et Oppenheim. Sur la rive droite étaient les Saxons, les Bohémiens et les autres Slaves , les Franconiens , les Allemands , les Bavarois et ceux de la Carinthie ; sur la rive gauche campaient les peuples de la haute et de la basse Lorraine. Long-temps l'on fut indécis sur le choix du nouveau roi. On ne voulait plus d'un roi saxon ; car les faveurs que les derniers empereurs avaient fait tomber sur les hommes de cette race, auxquels ils avaient conféré fiefs et dignités, avaient excité la jalousie des autres nations.
Ce itit encore dans l'ancien pays des Francs que l'on chercha un candidat.
Les sufifrages se partagèrent entre deux princes, tous deux appelés du nom de Conrad , et tous deux aescendants d'un frère de ce Conrad , de Franconie, qui avait succédé à Louis l'Enfant. Celui qu'on appelait Conrad. l'Ancien était un simple comte des bords du Rhin; ce fut lui cependant que l'on choisit, par cela même, sans doute, qu'il était
ru puissant. Le neuplû^yant demandé l'archevêque cle Mayence auquel il donnait sa voix, le pontife se déclara
VERS
pour Conrad l'Ancien : son avis fut adopté par les autres princes et évê-
Îjues , et Conrad surnommé le Salique ut proclamé.
Il n'y avait point alors de ville qui servit de capitale à tout l'empire et de résidence ordinaire au souverain.
Comme les biens du domaine royal étaient répandus dans toutes les provinces, il fallait, pour en consommer les revenus, qui presque toujours étaient en nature , voyager sans cesse d'un manoir a un autre; ^'ailleurs, le prince était obligé aùssi de se présenter en personne, pour ^ faire reconnaître partout. C était encore un moyen de faire sentir l'action de l'autorité royale ; car les vassaux , qui auraient désobéi peut-être à des ordres transmis par les officiers royaux , n'osaient, en présence du suzerain, se soustraire à aucune de leurs obligations. Ainsi , de Mayence , Conrad se rendit à Aix-la-Chapelle ; puis il visita les villes entre le Rhin , la Meuse et la Moselle , descendit jusqu'à Liège , parcourut la Saxe , tint une diète provinciale à Minden , et s'arrêta quelque temps à Magdebourg, où Tévêque lui fit confirmer une ancienne charte d'Othon le Grand, portant: qu'on n'in-
Suiétera point les marchands de Magebourg dans le commerce qu'ils reront dans l'intérieur de l'empire et au dehors ; que leurs marchandises seront exemptes des péages et autres impôts que l'on exige par terre et par eau, excepté cependant à Mayence, Colo-
§ne et Bardevic, où elles paieront les roits ordinaires; enfin, qu'il est dé* fendu , sous peine d'être mis au ban de l'empire, de détruire les ponts, les ,|prands chemins et les autres routes' par où passent les marchandises.
Après avoir visité la Saxe et la Westpbalie, il prit sn route par laThuringe , pour visiter la Lusace et les provinces ae l'empire voisines de la Pologne.
Lorsqu'il eut mis en état de défense toutes les villes frontières , il revint en Franconie, alla célébrer les fêtes de Pâques à Ratisbonnc et celles de la Pentecôte à Constance : arrivé sur les fronticiTS du royaume de Bourgogne,
il força Rodolphe à renouveler en $a fàveur la donation qu*il avait faite à Henri IL
IXTiDXTIOir BH ITALII.
Pendant que Conrad était à Constance , il vit arriver près de loi l'archevêque de Milan et plusieurs autres seigneurs de Lombardie, qui vinrent loi prêter hommaffe et le presser de posser les Alpes. A la mort de Henri II, un parti nombreux, qui ne voulait plus de la domination allemande, avait offert la couronne au roi de France Bbobert , ou à son fils Hugqes , et sur leur r^us, au fils du puissant duc d'Aquitaine Guillaume le Grand. Robert n'avait point accepté ; mais il n'en aurait pas moins vu avec plaisir Conrad réduit au titre de roi de Germanie. Aussi il entra volontiers dans une ligue formée contre lui pour le retenir en Allemagne. Les seigneurs de Lorraine, qui s'étaient touiours opposés à l'élection de Conrad, et Ernest, duc de Souabe, qu'il avait dépouillé, s'unirent moins pour favoriser l'expédition du duc d'Aquitaine, qu'afin de renverser Conrad et de nyettre à sa place son ancien compétiteur. Mais le roi de Germanie déioua cette ligue : fort de l'assistance des évêques , toujours Jdloux des grands^ il contraignit les sei^eurs lorrains , ainsi qu'Ernest , à venir faire leur soumission à Aix-la- Chapelle.
Avant de passer les Alpes, Conrad fit publier dans chaque province , que tout seigneur qui trouolerait la paix de rÉelise serait mis au ban de I empire ; il fit ensuite éHre et couronner roi de Germanie son fils Henri , puis il s'achemina avec son armée vers 1 Italie. Le parti du duc d'Aquitaine était bien tombé ; ce seigneur avait même renoncé à l'expédition qu'il avait entreprise; cependant Conrad trouva encore une assez vive résistance , puisquMl fut obligé de passer une année entière dans le nord de la Péninsule.
11 fallut qu'il mît le siège devant Pavie. A Ravenne , il y eut de longs combats dans l'intérieur de la ville entre
17* JJvraism. (Allemagne. )
AGNE. 16?
les habitants et les Impériaux. Lucques fut obligée de se rendre à composition. Enfin, il arriva à Rome, ouji fiit couronné empereur ; il poussa même plus avant , et reçut les hommages des seigneurs de Bénevent, Capoue etBari.
OOmUD ÉTBirD SA PirilSAXCB Ur AUBMAOïnU
Ainsi son pouvoir paraissait fermement établi sur toute l'Italie. Mais cet ancien parti qui s'était opposé à son élection , avait profité de son absence pour attaquer, dans la Souabe, l'Alsace et la Bourgogne, ceux qui soutenaient l'empereur. Conrad revint en toute hâte et assembla à Ulm une diète générale. Les confédérés étaient trop âibies pour lutter contre lui : ils se soumirent. Le comte Welf et Ernest de Souabe furent dépouillés quelque temps après. L'empereur voulut rendre à Ernest son duché, mais à condition qu'il combattrait ses anciens partisans, qui avaient encore les armes à la main: Ernest s'y refusa, fut mis au ban de l'empire, et périt dans une batailleque lui livrèrent les troupes impériales.
Conrad donna le duché d'Emést à son frère Hermann; mais comme Hermann était encore enfant, Tévêque de Constance fut chargé de l'administration de la province. Déjà Conrad avait investi son fils Henri du duché de Bavière; la minorité de Hermann mettait celui de Souabe à sa disposition. Enfin la mort de Rodolphe MI mit la Bourgogne entre ses mains (1032). Ainsi son pouvoir se fortifiait dans l'Allemagne du sudouest. Au titre d'empereur et de roi d'Italie^ il pouvait ajouter les forces des provinces dont il était mattre par lui-même ou par les siens.
GOKRAD ASSVRB SA SCZBRAIlIBTé ÏÏUtL LIS SLAVES.
Dans le même temps où l'empire s'accroissait à l'ouest de tout le royaume de Bourj^ogne, Conrad par des victoires assurait à l'est sa suzeraineté sur les Slaves. A la mort de Henri II,
VUKIVERS.
la suprématie de rempire était fort équivoque , et le roi qis Pologne Boleslas, loin de se soumettre, songeait toujours à étendre davantage ses conqifff^ djf câté de la Mpr^vie et de la %nM^jB|,)|P39, le inargrave de Mismepllielmar, étant mort, les Polonais, qu'il avait jusque-là contenus, profitèrent de cette occasion pour faire in^uptioi^ dans les pays entre TElbe et la Saal. Plus de cent bourgs ou villages furent brûlés, et un gran4 nombre d'habitants en^menés en captivité. Conrad , qui alqrs combattait le roi de llouurie, Étienne, pour se venger d'une injure faite par ce prince à ses ambassadeurs, se hâta (je conclure la paix avec lui. Il s'unit avec Otbon , frère de Micislas, fils et successeur de Boleslas , et tous deux attaquant de leur côté le roi de Polo- ;ne , le forcèrent de s'enfuir en Boiéme. Ce[)endant l'empereur lui rendit ses États,' mais en Tobligeant à restituer tous les biens qu'il avait enlevés à son frère , auquel fut conféré le titrp duc. Othon ay^^nt été tué peu de vàxkDs après , Miciilas s'efforça de persuader a Conrad qu'il était étrancer ^ ce meurtre. L'empereur, peu créoule, ne laissa pas de diviser la Pologne en trois grandes provinces. Il laissa Micislas souverain de la première, et donna aux deux autres des gouverneurs polonais attachés aux intérêts de l'empire. C'était décréter la ruine de la Pologne.
La Bohême fut de même contrainte à reconnaître de la manière la^plui explicite la suzeraineté de l'empereur*; elle fut traitée comme un simple fief de l'empire. Conrad y entra avec une armé« et en donna l'investiture au duc Britislas , en lui remettant un étendard où était peint un aigle noir.
La punition que Conrad tira des ravages des Luitizes dans la Saxe, acheva la soumission à l'eiupire des frontières orientales.
fKCOIfDB SXPKUmOV KV ITALIE.
Conrad termina son rè^ne par une seconde expédition eu Italie. Selon l'u*
sage, de» députés ^rent envoyés h toutes \eA villes pour les prévenir de son arrivée, leur demander de renouveler leur serment de fidélité, et exiger en même temps les impots que , dans cette occasion seule, elles devaient payer au trésor royal : c'était le/ocfermny ou certaine quantité de denrées destinées à la nourriture du roi et de sa suite , le paratay tribut consacré à réparer les routes et à jeter des ponU sur les Oèuvea que le roi devait traverser; enfin le mMsionaUcumy c'est* Mire, l'obligation de fournir aux frais de logement de l'armée pendant le voyage.
Cette fois , Conrad fit voir que sa puissance s'était accrue aussi bien que sa confiance en ses propres forces. A Pavie, il soumit les grands comme les petits à sa juridiction; et HéribêrL le fier archevêque, avant refusé d'obéir à ses iugeoients, il le fit saisir au milieu de rassemblée. Chacun s'étonna d'une conduite aussi sévère ; son fils Henri lui-même la désapprouva.
La puissante influence d'Héribert avait été d'un grand secours à Conrad II dans toutes les affaires d'Italie; et maintenant qifii se tournait contre lui , il |)ouvait lui susciter des embarras sérieux. £n effet, il parvint à enivrer les soldats allemands qui le gardaient, s'échappa pendant leur som* raeil , et prit les armes. Mais l'empereur fit aussitôt une levée de troupes considérable, et vint assiéger Milan.
Cette ville étant trop bien fortifiée pour qu'il pût s'en emparer, il prononça la aéposition d Héribert, et nomma à la place de cet archevéoue son chapelain Âmbroâius» Aucun des évêques présents n'osa le contredire.
Héribert alors entama des négociations secrètes avec Odo, comte de Champagne, pour enlever à Conrad II la couronne * d'Italie. Mais le brave Gozeloy duc de Lorraine, était sur ses gardes. Il marcha contre le comte et jui livra une bataille où Odo perdit la vie avec la victpire. Ainsi furent anéantis les desseins d'Héribert (1087).
Les Romains avaient chassé le pape Benoit IX comme iudigne de leur res«
AtLEifAGNE.
tieet. Conrad le replaça sur le sié^e pontiOcal, pour réprimer un pareil acte d'autorité, peut-être aussi parce que le pape lui avait été utile contre Héribert. La ville de Parme , coupa* ble d'une sédition , fut rasée en grande partie.
Dans le sud de l'Italie Conrad dérioya la même sévérité. Ltf prince Pandulfé fut déposé pour ses oppressions, et Capoue cédée à Waimar, prince de Saleme. Un autre chef normand, Rainulf, reçi|t Tinvestiture du comté d' A versa.
Cependant l'art encore imparfait des siéees le flt échouer devant les murs et les tours de Milan. Conrad, cependant, Qt jurer aux princes ita- Kens, qu'ils combattraient pendant un an contre la ville.
Cest dans cette expédition en Italif que Conrad établit deux lois importantes. La première concerne je voyage à Rome pour aller prendre la couronne impériale. Il n'y avait encore rien de fixe sur ce sujet. Les troupes que le roi des Allemands menait avec lui ne devaient, il est vrai, former qu'une simple escorte d'hônneur : cependant au fond les nombreux soulèvements des Italfens exigeaient une armée pour ne pas compromettre la dignité impériale. Mais les vassaux se plaignaient de ce que ce service les obli-
{;eait à de grandes dépenses et à un ong séjour ^ors de leurs domaines; ils se plaignaient encore de ce qu'on recrutait pour le cortège du prince ceux qui tenaient leurs fiefis non de l'empire , mais de seigneurs particuliers, et de ce qu'enfin, tout biep considéré, on leur demandait au delà de ce que leur imposaient les devoirs de la vassalité.
I^O MILITAtlE*.
D'après ces considérations, Cônrad II se fondant sur ce qui avait été réglé par des contrats privés entre les grands feudataires et leurs vassaux, crut qu'il était temps d'établir une loi fondamentale, en ce qui concernait le voyage de Rome, soit pour
le couronnement, soit dans l^intérft
ou pour l'honneur de l'empire. Tous les feudataires, d'après cette loi, de* vaient être informés de la convocation du ban un an et six semaines à l'avance. Les lois de Charlemagne, relatives î cet objet , voulaient qu'il y eût un homme complètement équipé sur douze.
Il fîit décidé alors que, d'après les droits féodaux, il y aurait un chevalier aveè deux écuvers sur dix vassaux, et dV près les droits impériaux, un chevalier et un écuyer sur cinq vassaux. L'empereur permit aux vassaux de l'empire a'exi^er toujours de leurs vassaux particuliers le service impérial , quand même ils ne leur auraient accordé aucun domaine relevant de l'empire.
En revanche ils devaient leur allouer les dédommagements qu'ils pouvaient réclamer d'après les lois qui réglaient le service impérial et le service personnel. Du reste, on abandonnait aux teudataires qui armaient leurs pro«
Sres vassaux, le soin de décider celui 'entre ces vassaux qui fournirait une certaine rétribution pour se dispenser du service personnel , et celui auquel il serait donne une cuirasse outre réquipement ordinaire. D'après cette loi , chacun devait faire le service impérial À ses propres frais pendant l'espace dé six semaines, et, au delà de ce terme, les feudataires étaient tenus d'entretenir leurs troupes.
Cette loi favorisa les princes et les grands feudataires en ce qu'elle les déchargeait de Tobligation de fournir des bans : car ils pouvaient demander le service impérial à tous leurs hom« mes sans exception; en revanche, ces derniers furent protégés par une mesure fixe et certaine de leurs services , mesure fondée sur l'étendue des biens qu'on leur ^vait alloués, et par des compensations Légales. Mais au fond , c'était l'empereur qui y gagnait, puis-
3ue les bans de l'empire acouirent la lus grande estension possiMe.
LOt FATORAftLB AUX VAVASSBUlit.
A cette loi s'en Joint une autre favori^ les vassaux inférieurs aux
pens des grands. Les seigneurs s*arrogeaient encore le droit de priversans jugément leurs vassaux de leurs fiefs.
Conrad restreignit la peine de la confiscation au seul cas de félonie prouvée par le Jugement des pairs de Faccusé.
Bans toute autre circonstance , tous les bénéficiers furent déclarés héréditaires de raâle en mâle. Cette loi devait jcontrarier les projets ambitieux des seigneurs, qui, tout en réclamant pour £ux-mémes rhérédité dans leurs duchés ou leurs comtés, refusaient de raccorder à leurs vassaux dans leurs petits domaines. Les usurpations et les violences de l'archevêque de Milan donnèrent lieu à cette loi. Ce prélat turbulent et avide enlevait arbitrairement à ses vassaux leurs bénélices. Ils coururent aux armes , et il se forma soudain une ligue universelle des petits bénéficiers contre les grands feudataires. Si Tempereur ne passe point « en Italie, disaient-ils, nous nous don- « nerons nous-mêmes des lois. » Pour satisfaire à ce besoin, Conrad fit devant Milan la constitution suivante :
« On ne pourra enlever aux vassaux « des évêques ,des abbés , des ducs, des « margraves , les fiefs de Tempire ou « les biens de TÉglise dont ils sont in- « vestis, à moins que pour un crime « quelconque ils ne soient jugés par « leurs pairs dignes de les perdre. Les « grands vassaux pourront appeler de « ce jugement au souverain , et les vas- « saux inférieurs aux délégués du roi.
« Les fiefÎB passeront du père au fils, « du frère au frère. Le seigneur -lige « ou feudataire ne pourra aliéner son « fief sans le consentement de ses vas- « saux. Cette disposition a continué d'être jusqu'à nos jours la base du droit féodal écrit.
' COVDUXTB DB CONRAD DANS l'iNTÉBIEUR DB L^ALLBMAGKB.
Ainsi Conrad suivait, quoique par des voies différentes, la politique de ses prédécesseurs. Ceux-ci avaient cherché à abaisser les grands en combattant sans cesse la tendance à, rhérédité, en tâchant de retenir entre
leurs mains ou dans celles d'hommes dévoués les grandes principautés. Conrad s'efforça d^atteindre le même but en favorisant contre les puissants feudataires cette ancienne classe des hommes libres qui étaient devenus, peu à peu, petits bénéficiers du reste; il s'efiorça aussi de mettre la main sur les duchés. L'usages'v opposait, car c'était comme une loi établie, que le roi ne devait pas administrer lui-même un duché : il était tenu d'en donner l'investiture avant l'expiration d'une année; mais alors il pouvait le donner à qui bon lui semblait, à moins toutefois qu'il ne rencontrât une trop vive résistance.
C'est ainsi qu'il infitoda la Bavière à son fils jaenri, et la Carinthie à son cousin Conrad, qui se démit du duché de Franconie, que l'empereur déclara désormais réuni aux domaines de la couronne. La Saxe et la Lorraine, à titre de provinces frontières , étaient trop exposées pour n'avoir point des princes particuliers et capables de les défendre. Gozelo, duc de la basse Lorraine , qui , depuis sa réconciliation avec Conrad , avait donné à l'empereur des preuves réelles de sa soumission , obtint aussi la Lorraine supérieure. Quant au duché d'Alemanie qui , pendant la deuxième expédition d'Italie , était devenu vacant par la mort du jeune duc Hermann , l'empereur l'aiouta au duché de Bavière que possédait déjà son fils Henri. Ensuite il convoqua les états de Bourgogne à Soleure, et après avoir siégé pendant deux iours et rétabli l'autorité des lois, il transmit aussi à son fils le royaume de Bourgogne, et lui fît rendre hommage.
De Soleure, Conrad se dirigea, en longeant le Rhin, vers la Saxe et le pays des Frisons, pour faire observer partout la paix de Vempire. Mais à Utrecht il fut surpris par une maladie qui mit inopinément un terme à son activité.
L'art avec lequel il mania les rênes de l'État surpassa l'attente de ceux qui l'avaient éki roi. Marchant droit à son but avec prudence et énergie, franchissant hardiment tous les obstacles, sans épargner ni ses parents.
ALLEJ
ni sa famille, il sut toujours parvenir heureusement à ses fins.
HENAI ni.
(xo39-xo56.)
Après la mort de Conrad , son fils Henri le Noir fut proclamé empereur.
On n'avait pas vu depuis longtemps un consentement aussi universel. Jamais aussi, depuis rétablissement du royaume de Germanie, TAllemagne n'avait été si près de l'unité politique. Quatre duchés, la Bavière, laSouaoe, la Franconie , et quelque temps après le couronnement, la Carinthie, se trouvaient dans la main du jeune roi. La Saxe et la Lorraine conservaient seules des princes particuliers. Quant aux
Says slaves, ils furent plus que jamais ans la dépendance du royaume de Germanie.
LA rOLOGKI KECOiriTAIT LA SUZKRAIHETK DE L*EMPIEE.
Après la mort de Micislas, en 1034, la reine Richenza , nommée régente du royaume, avait soulevé les Polonais par son mauvais gouvernement. Au Dout de deux ans , elle fut obligée de s'enfuir en Saxe avec son fils. Cependant les Polonais, bientôt fatigués de l'anarchie qui les livrait sans défense aux ravages des Russes et des Bohémiens, rappelèrent Casimir. Ce prince, dit-on, était alors à Cluny, où il oubliait dans la paix du cloître et au milieu de pacifiques études le trône qu'il avait perdu. Casimir était lié par ses vœux, et avait même reçu le diaconat. Le pape Benoît IX, à qui l'on s'adressa pour qu'il rompît les engagements de Casimir, feignit de ne pouvoir accorder cette demande, afin de redoubler l'empressement des Polonais. Il se rendit enfin à leurs sollicitations , à condition que chaque Polonais payerait tous les ans à perpétuité une certaine somme pour l'entretien d'une lampe dans l'église de Saint- Pierre; que la nation entière porterait, comme les moines , les cheveux courts çn forme de couronne ; qu'aux grau-
AGN£. 261
des fêtes, tous les nobles auraient au cou , durant la messe , une étole de lia semblable à celle des prêtres et des diacres; que Casimir conserverait l'habit religieux, et qu'enfin les Polonais ne mangeraient pas de viande depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques. Casimir quitta le cloître. Sa mère, qu'il vit en traversant la Saxe, essaya vainement de le dissuader de retourner en Pologne. Accueilli par des acclamations générales, il fut couronné à Gnesne en 1041. Son premier soin fut de chercher à étouffer les semences de divisions et de publier une amnistie. Cette sage conduite produisit le plus heureux effet pour le rétablissement de la tranquillité.
Malgré ses intentions pacifiques , Casimir ne put jouir d'une paix durable; attaque par le duc de Bohême, qui voulait, disait-il, se venger des ravages de Boleslas Clirobry , aïeul de Casimir, celui-ci demanda secours à Henri III. Aux députés que l'empereur envova , Britisias répondit hardiment : « Que le roi vienne avec autant « de troupes qu'il lui plaira, nous trouve verons de la place pour les enterrer.» Le succès justifia d'abord ces audacieuses paroles. Henri, ayant voulu pénétrer en Bohême par la Bavière, lut attaqué et battu au milieu des épaisses forêts ' qui séparaient alors ces deux pays. Mais l'année suivante, le duc de Çohême, menacé de tous côtés par les Polonais , les Hongrois et les Allemands, demanda la paix, renonça au titre de roi de Pologne , donna à Casimir cinquante marcs d'or et deux mille d'argent, promit enfin de payer les arrérages du tribut qu'il devait à l'empire , et envova son fils en otage ; lui-même vint ouelque temps après renouveler à Ratisbonne, entre les mains de Henri , son serment de fidélité.
LA HOlfORIE RECONITArr LA SDZSEAIlfKTi DE L*fiMPIES.
Cette suprématie, Henri fétendit bientôt sur la Hongrie elle-même.
Les Uonijrois , jaloux de la faveur dont
L'UNIVERS
les Allemands jouissaient aupt*ès de leur roi Pierre, se soulevèrent contre lui, massacrèrent son pHncipal favori, et se seraient saisis de sa personne, si Pierre n'eût trouvé le moyen de s'cnfiiir auprès du roi de Germaiiie. A cette nouvelle , ils mirent à sa place Aba , bcau-frèré du roi Etienne, qui , pour fe venger de la protection que Tempire accordait à son rival , fit line formidable invasion en Autriche^ Jl rencontra d'abord peu de résistance; mais ayant dispersé son armée en plusieurs corps , pour étendre plus fiu loin ses ravages, il fut vaincu dans
Plusieurs combats , et poursuivi jusu'au delà de Gran par les armées de 1 empereur et du margrave d'Autriche. Aba se vit contraint de céder au margrave (1043) tout le pays qui s'étend depuis le Kahlenberg jusqu'à la Leitba. Cest de cette époque que éate la puissance de l'Autriche.
Une nouvelle guerre eut lieu en 1044. Elle se termma par la mort d' Aba tué dans une déroute. Cette fois, Henri put rétablir son protégé sur le trône : mais Pierre paya cette assistance par un serment de fidélité. Il reçut des mains de Henri les marques de la dignité royale, le reconnaissant par là pour son suzerain. Les Hongrois , sur leur demande, obtinrent de Henri la loi des Bavarois. Quelques succès remportés sur les Luitizes, qui furent contraints de payer les anciens tributs , complétèrent la soumission des frontières orientales. Jamais l'empire ne è'était étendu si loin de ce côte.
SOUMISSIOV DB LA BOUflGOGHK.
A l'ouest , Henri ne fut pas moins heureux : son mariage avec Agnès de Poitiers, qui était alliée à plusieurs familles puissantes de la Bourgogne, assura la tranquillité de cette contrée. Aux yeux des plus difGciles, Henri parut dès lors avoir des droits réels , et ils se décidèrent enfin à l'accepter pour leur roi.
La Lorraine se trouvait à cette épo-
Ïue réunie entre les mains d'un seul uc ; ce prince étantmort en 1043, Henri
rétablit l'ancienne division de hdUtè et basse Lorraine. Mais Godefried , duc de la Lorraine supérieure, ambitionna bientôt la possession dé tout le duclié ; il fit alliance ayec Baudouin, comte de Flandre , et xléclara la guerre à remçercjh Henri, à eette nouvelle, réunit une armée , et donna la Lorraine à Gérard d'Alsace, d'où sontdescendues les denx branches de Lorraine et d'Autriche. Godefried fut vaincu et dépouillé ; quant au comte de Flandre, la guerre contre lui dura ^vec des succès divers jiîsqfu'à la mort de Henri. Cependant Henri parut abandonner la politique de son père à l'é- £ard des duchés ; il donna des chefs a tous ceux qu'il avait jusqu'alors retenus, à la Souabe, à la Bavière et à la Carinthie. Mais les nouveaux dUcs étaient peu à craindre pour l'empereur ; c'étaient des hommes sortis de familles peu puissantes qui furent faits par Henri cneft de ces provinces , parce
Su'il fallait qu'il y eût dans chacune 'elles au moins un gouverneur, pour les administrer pendant que le roi était au delà des Alpes , ou occupé su^ les frontières de l'empire. Ën les nommant, Henri perdit peu de son influence, car il ne les considérait, que comme de simples gouverneurs , assez semblables aux- officiers royaux des Carlovinglens. •
AYFAIRM D^ITALIE.
Lorsque Henri eut affermi sa puissance en Allemagne, il songea a l'Italie. Les seigneurs de Lombardie lui avaient, il est vrai, envoyé dès les premiers temps de son règne leur serment de fiaiélité; mais le pays n'en était pas moins en proie aux troubles; Rome d'ailleurs, ou la papauté se dégradait chaque jour davantage, appelait la présence de l'empereur.
Depuis que les rois de Germanie avaient abandonné le droit exercé, par les Othon de nommer les papes, les comtes de Tusculum s'en étaient emparés; c'est ainsi qu'ils firent élire successivement Benoît VIII en 1012, son frère Jean XIX en 1024, et leor
neveu Benptt IX en lOdS. C'était en achetant les suffrages du peuple que les deuxderniers étaient parvenus ou trône; la disnité pontiGcale semblait devenir héréditaire dans une même famille.
Si Ton en croit quelques historiens, Benoît avait à peine dix ans lorsqu'on lui mit la tiare sur la téte. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il déshonora le saint-siége par une conduite scandaleuse. « J'ai horreur de répéter, dit « le pape Victor III , quelle fut la vie « de Benoît, combien elle fut corrom- « pue et exécrable. Après qu'il eut « longtemps tourmenté le peuple ro- « main par ses rapines , ses meurtres « et ses abominations , les citoyens le « chassèrent de la ville et du siège « pontiflcal , et élevèrent à sa place , « mais à prix d'argent et au mépris des « sacrés canons , Jean , évéque de Sa- « bine, qui, sous le nom de Sylvestre III, « occupa seulement pendant trois mois « le siège de l'Église romaine. Benoît. « qui était issu des consuls de Rome ei « qui était appuyé de toutes leurs for- « ces, infestait la ville avec ses soldats, « et contraignit enfin l'évéque de Sa- « bine à retourner avec honte dans «son évêché. Benoît reprit alors la « tiare, mais sans changer ses ancien- « nés mœurs. Voyant enfin que le « clergé et le peuple méprisaient ses « dérèglements, comhie il était adonné c aux voluptés , et qu'il voulait vivre « plus en épicurien qu'en pontife , il « trouva Texpédient de vendre, pour « une assez grosse somme d'argent , « le souverain pontificat à un certain c Jean, archipr^tre, qui passait dans « la ville pour un des nommes les plus « religieux du clergé. Lui-même se « retira dans ses châteaux , et Jean , « qui prit le nom de Grégoire VI , ad- « ministra l'Église pendant deux ans « et huit mois, jusqu^à l'arrivée à Rome « de Henri, roi d'Allemagne. »
ttAOn iirFLvsvcB DBS aiimi sva l^blbg-
TIOV DU PAPK.
Cependant il semble que Benoît n'avait point abdiqué son titre , car lorsque Henri parut sous les murs de la
tAGNE. 26S
capitale du monde chrétien , Iknott IX siégeait à Saint-Jean de Latran^ Grégoire YI à Sainte-Marie Majeure, et Sylvestre m à Saint-Pierre du Vatican. Grégoire , qui se disait seul légitime, vint au-devant de l'empereur.
Un concile fut assemblé à Sutrî, éi les trois papes ayajit été déposés, Henri fit choisir l'évéque de Bamberg, qui prit le nom de âément II (*).
Henri reprit ainsi le droit qu'avait exercé Charlemagne de concourir puissamment à l'élection du pape. Il alla même plus loin , car sous Charlemagne l'usage était de faire désigner le souverain pontife par le peuplé de Rome , et d'atxendre ensuite l'approbation de l'empereur. Mais Henri , profitant du dégoût qu'avaient inspiré les derniers papes élus par la faveur des barons voisins de nome, enleva au peuple , qui d'aiUeurs ne l'enviait plus, le droit de présentation, pour s'adjuger le pouvoir de faire seul réfection.
Du reste, Henri n'usa de ce nouveau droit que pour le bien de l'Église; les ||apes Clément II, Damas II et Léon IX quMl nomma successivement, hono* rèrent le saint-siége par leurs vertus , et commencèrent la réforme des moeurs du clergé. Victor II, auquel il dqnna la tiare après la mort ae Léon IX , lui avait été désigné à lui-même par le moine Hildebrand, qui, sous le nom de Grégoire VII , devait donner un si grand éclat à la papauté.
La nomination de Victor U fut le dernier acte de Henri en Italie (iOSS). L'année suivante, il mourut à peine âgé de trente-neur ans , laissant la couronne à son fils Henri IV, sous lequd devait éclater la querelle des investitures. Jusqu'ici le pouvoir impérial a suivi avec aes vicissitudes diverses une
(*) Quelquet jours avant l'exaltarion de Clément II , Ueori m et tous ses successeurs sur le trône impérial furent , dans mie assemblée du clergé , des grands et de nombreux citoyens de Rome , nommés palriees. L'on revêtit Henri d'une robe verte, ensuite on lui mit au doigt Tanneau du patriciat et on lui ceignit la tète d'im cercle d'or*
L'UNIVERS
marche ascendante. Il est arrivé maintenant à son apogée : il tient sous lui le monde féodal et TÉglise; mais la papauté va, par la voix de Grégoire VII, rédamer, au nom de V esprit, contre la force matérielle; et, dans ce choc des deux puissances, FAllemagne, quoique vaincue dans la personne de son empereur, se fera cependant, ainsi que les villes lombardes, une part dans la victoire en conquérant ses libertés.