‹ Allemagne T. 2Chapitre 26 sur 56 · QUATRIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PÉRIODE

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( io56 - i io6. )

Lorsque Henri III mourut , ion fils Henri IV, déjà proclamé roi de Germanie, n'était âgé que de six ans. Sa mère, Agnès de Poitiers, fat investie de la tutelle. Pour se créer des appuis, Agnès donna la Carinthie , qui depuis deux ans n'avait point de duc, à un membre de sa maison, au comte Kuoo , et après sa mort à Berthold de Zaehriogen. En même temps , le duc de Souabe , Othon III , étant mort, Agnès conQa l'investiture de cette province à son gendre Rodolphe de Rheinfeld ; Rodolphe et Berthold obtinrent ces deux duchés à titre héréditaire.

Henri avait donné à Agnès le duché de Bavière; elle s'en démit en faveur d'Othon , comte de Nordheim. Ainsi la Franconie restait seule entre les mains du roi.

Mais toutes cês libéralités ne purent assurer à la régente la tranquille possession du royaume. Henri 111 avait trop fait sentir son pouvoir pour qu'on ne cherchât point de tous côtés à profiter de la minorité de son (ils, pour se débarrasser de la tyrannie impériale.

jeusesse de benri it.

l Ceux même sur lesquels Agnès

croyait pouvoir le plus compter furent les premiers à trahir sa connance. Il y avait déjà six ans qu'elle exerçait la régence, lorsque Hannon, archevêque de Cologne, Othon, duc de Bavière, et Eckbert, comte de Brunswick, s'entendirent pour l'en dépouiller. Agnès et son fils se trouvant a Kayserswerth, l'archevêque invita le jeune roi à nionter dans une barque éléjgammçnt décorée qui l'avait amené. A peine y fut-il entré qu'Hannon fit ramer vers l'autre rive. Henri se voyant séparé de sa mère, se précipita dans le Rnin; il en fut retiré avec peine; de belles promesses l'apaisèrent et lui firent ounlier sa mère , qui s'enferma dans un çouvent. Hannon et le duc de Bîrvière se chargèrent de l'administration du royaume; mais un autre ambitieux les supplanta bientôt l'un et l'autre. Les régents ayant fait entreprendre au jeune roi une expédition en Hongrie , pour rétablir Salomon <^ue son oncle Bela avait chassé , confièrent la garde de Henri à Adalbert , archevêque de Brème. Adalbert sut habilement gagner sa confiance : « il employa pour cela, dit Lambert d'Aschaffenbourg, des discours insinuants et Oatteurs, et traita le jeune prince avec beaucoup d'indul£;ence. Il partagea les faveurs de Henri avec le comte Garnier, jeune étourdi. Ces deux hommes gouvernaient à la place du roi ; évêches et abbayes, toute espèce d'offices ecclésiastiques ou. séculiers étaient vendus par eux ; la plus grande activité, la probité éprouvée ne parvenaient à aucune place sans l'acheter par de fortes sommes. Ils n'osèrent pas encore vexer les évêques et les ducs dont ils craignaient la puissance ; mais les pauvres abbés et les couvents furent les objéts de leurs violences.

Ils s'en partageaient les dépouilles comme si c'était leur patrimoine, et le roi , léfjer comme l'est la jeunesse , approuvait tout. Adalbert s'empara des abbayes de Lorsch, et pour ne pas faire de jaloux , il donna Malmedy et ^Moutier Saint - Corneille (Cornelis- Miinster) à Tarchevéque de Cologne, Seligenstadt àcelui deMayeoce, Kemp-

ALLËMAGINE.

ten au duc de Souabe , AUaich à celui de Bavière. »

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Bientôt tout le monde se plaignit de la conduite déréglée et arbitraire du jeune roi. Les Saxons, chez lesquels il résidait depuis que l'archevé-

2ue de Brème l'avait établi à Goslar, taient faticués d'avoir à fournir à toutes les dépenses d'une cour licencieuse, et où l'on professait peu de respect pour les privilèges et les libertés du peuple. Ils se croyaient d'ailleurs la première nation de l'Allemagne, et ils étaient humiliés de voir la royauté de Germanie toujours possédée, depuis les Othon, par des hommes étrangers à leur race. « Les chefs de la Saxe, dit un ancien chroniqueur, conféraient dans de fréquents conventicules touchant les injures qu'ils avaient reçues de l'empereur, et oe pensaient en tirer satisfaction

Îu'en privant son (ils de la couronne.

Is résolurent donc de tuer le roi. »

L'ancienne rivalité qui régnait entre eux et les Francs s'était, réveillée. Un premier mouvement éclata à la diète de Mersebourg, convoquée exprès pour les affaires de la Saxe. Des deux cotés on en vint aux mains. Le chef des Impériaux et celui des Saxons furent tués; mais les derniers, accablés par le nombre, se virent contraints de prendre la fuite.

Cependant l'opposition contre le favori était si générale et si violente, qu' Adalbert fut obligé de s'éloigner, et la direction des affaires passa aux deux archevêques de Mayence et de Cologne. Mais ils ne purent réparer ce qu'avait fait Adalbert. Entre leurs mains, Henri fut toujours un prince violent et débauché. Comme son père, il disposa à peu près à son gré des duchés. Le duc de Bavière ayant été accusé d'avoir voulu assassmer le roi , Henri voulut le faire battre avec son dénonciateur. Othon refusa de descendre en champ clos avec un homme d'un rang trop inférieur au sien , et le roi le déposa et conféra le duché de Bavière au gendre d'Othon, Welf IV,

d'où devstit sortir la maison de Brunswick , qui occupe aujourd'hui le trône d'Angleterre. Quelque temps après, Berthold de Zœnrinixen fut Salement, sur un léger prétexte dépouillé, de son duché.

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Henri conservait toujours contre les Saxons une vieille haine que lui avait inspirée Adalbert. Pour les contenir, il fit construire dans la Saxe et dans laThuringeun grand nombre de châteaux forts, contraignant les habitants à venir élever de leurs mains ces forteresses dont les nombreuses garnisons devaient vivre à leurs dépens.

Les vexations de toute espèce s'étendirent sur la Saxe. Magnus, fils du dernier duc de Saxe , fut retenu prisonnier; tous les biens allodiaux de la maison ducale de Billung furent confisqués ; les Thuringiens, malgré leurs vives réclamations, durent payer la dîme à l'archevêque de Mayence ; en même temps , Henri conclut un traité avec le roi de Danemark , pour faire craindre aux Saxons, en cas de révolte , d'être attaqués sur leurs derrières. Ces mesures provoquèrent la formation d'une ligue puissante, dans laquelle entrèrent tous les grands et tous les évêques de l'Allemagne du nord. D'abord ils essayèrent des voies pacifiques : ils vinrent trouver Henri a Goslar (1073), pour lui demander la démolition des châteaux forts, la délivrance du duc Magnus , la cessation de ses longues résidence en Saxe, l'éloignement de ses mauvais conseillers , le renvoi de ses concubines , et sa réconciliation avec la reine. Henri se joua d'eux indignement; il les fit attendre tout un jour à la porte de son palais , tandis qu'il se divertissait avec ses favoris , et le soir, lors(]u'ils croyaient au moins pouvoir obtenir audience , on vint leur dire que le roi avait quitté le château. Ils se retirèrent, mais ce fut pour réunir une armée de 60,000 hommes.

DÉFAITI DES SAXONS.

Henri se trouva pris au dépourvu.

L'UNIVERS

Il n'avait aucune troupe autour de lui ; il lui fallut s'enfuir de château en château jusqu'à Hersfeld. Pendant ce temps , les Saxons et les Thuringiens rasaient les forteresses, et menaçaient d'en égorger les garnisons si l'on ne remettait Magnus en liberté. Henri fut contraint de le relâcher; mais bientôt il put se venger. Les succès des Saxons étaient vus d'un œil jaloux par le reste de l'Allemagne. Leurs violence» détachèrent de leur parti un grand nombre de princes et d'évégues.

A Hartzbourg , ils ne se contentèrent point de détruire les fortifications, mais encore tous les bâtiments du château et jusqu'à l'église, dont ils profanèrent Içs tombeaux , parce qu'un frère et on fils de Henri IV y avaient été déposés. Henri publia le ban de l'empire, et au mois de juin 1075, une armée formidable entra dans la Saxe. Les Saxons, surpris sur les bords de l'Unstrutt, furent vaincus et perdirent 8000 hommes. Henri mit tout le pays à feu et à sang. Cependant les évêques ménagèrent une négociation entre le roi et les princes confédérés. Ceux-ci consentirent à se rendre auprès de lui pour faire leur soumission; mais soit perfidie, soit cropnce dans son droit, Henri les retint prisonniers, et dis[)osa de leurs fiefs en faveur de ses partisans.

Henri triomphait; la Saxe était soumise, domptée; tous ses chefs, tous les ennemis du roi étaient prisonniers; son fils Conrad, quoique âgé seulement de deux ans, venait crétre reconnu pour son successeur, par une assemblée tenue à Goslar. Henri semblait aussi fort que son père; mais c'est alors qu'une voix s'éleva au delà des Alpes contre le tout-puissant empereur, et conjura contre lui de tels oraçes , que rorgueilleux Henri en devmt un objet de pitié pour les générations suivantes.

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