I.S8 piLfiaixrs àttaquks par l£S bohgrois
«Le roi, irrité de toutes ces infamies, dont le récit jeta Iç trouble dans sa maison , prescrivit à ses satellites de s'armer , fit un appel à toute la Hongrie pour aller venger ce crime abominable, et tous les autres méfaits des étrangers, et voulut que Ton n'éparçnât aucun des pèlerins , puisqu'ils avaient commis une action si horrible.
Les hommes de l'armée de Gottschalk, instruits des ordres cruels donnés par le roi pour les faire périr, firent retentir dans toutes les campagnes le signai de la guerre , et se rassemblèrent dans les champs de Belgrade, auprès de l'oratoire de Saint-Martin.
Aussitôt toutes les forces de la Hongrie furent sûr pied pour aller disperser le peuple qui s'était réuni. Mais les Teutons , inquiets et forcés de défendre leurs vies, se disposèrent à résister vigoureusement avec leurs glaives, leurs lances et leurs flèches; en sorte que les Hongrois n'osèrent les attaquer. Lorsqu'ils les virent aussi déterminés, et qu ils eurent reconnu l'impossibilité de les combattre sans s'exposer à des pertes incalculables , ils eurent recours à la ruse , et leur adressèrent ces douces paroles : « No- « tre seigneur roi a reçu des plaintes « sur les offenses que vous avez oom- « mises dans son royaume; mais il « pense oue vous n'en êtes pas tous « coupables , d'autant plus qu'il y a « parmi vous beaucoup de gens sensés a et qui ne sont pas moins aCQigés de f cette violation ou traité que le roi
€ Im-roéme et .les siens: STdooc vous « roulez donner satisfaction av sei- • ffnenr roi et apaiser les princes de Id « ^re, il faut , et il est nécessaire que « TOUS livriez toutes vos armes entre « les 'mains du sei^eur roi, et que «TOUS vous montriez, selon notre « avis, disposés à la paix. QuaYnl vous « vous serez mis ainsi à la discrétion « du roi avec tout l'argent que vous « avez, vous calmerez sa colère, et « vous trouverez grâce devant ses « yeux. Mais si vous vous conduisez « autremenV) |)as un seul d'entre vous « oe pourra vivre devant sa face et « devant les siens , parce que vous « avez fait dans son royaume des cho- « ses trop honteuses et trop offensan- « tes. »
massachb des pàutRiirs.
«Gottschalk et tous les hommes sensés se confièrent de bonne foi à ceux qui leur tenaient ce langage, attendu que les Hongrois professaient le christianisme , et ils conseillèrent à leurs compagnons , en pleine assemblée, de donner satisfaction au roi conformé- D^ent à ces propositions , et de rendre leurs armes, aân de rétablir la paix et l'union avec les gens du pays. Tous, en effet, suivirent ce conseil, et tous livrèrent entre les mains du délégué du roi leurs cuirasses, leurs casques, toutes leurs armes , tout l'argent destiné à pourvoir à leur subsistance jus-
3u'à Jérusalem, certains qu'ils obtienraient par là les témoignages de la compassion et de l'humanité du roi.
Les ministres et les chevaliers de ce piînce transportèrent toutes les armes dans les appartements intérieurs du palais, et. déposèrent dans le trésor rojd\ l'argent et tous les objets de priL que cette nombreuse armée leur avait abandonnés. Après avoir ainsi mis toutes les armes à couvert, ils se montrèrent menteurs dans les promesses qu'ils avaient faites pour garantir au peuple la clérAence du roi; et , s'élançant avec cruauté sur ces pèlerins désarmés et dépouillés , ils les at^quèrent et les mirent à mort de la manière la plus barbare , à tel point
19* livraison. (Allemagne.)
A6NE. m
que, selon les rapports affirmés véritables par le petit norpbre de ceux qui échappèrent avec peine à la mort, après avoir assisté au camace , toute la plaine de Belgrade était entièrement oouverte de sang et des cadavres de tous ceux qui furent tués, et qu'il n'y en eut que bien peu qui purent se soustraire à ce martyre (*). »
QUATaxàME TEOVPS. MAMAGKS DIS JUIlt.
Une quatrième troupe se réunit au commencement de l'été de l'an 1096, composée prinèipalement de Lorrains et de Flamands. Ceux-ci commencèrent par massacrer tous les|uiû qu'ils rencontrèrent sur leur chemin. Il leur semblait de toute justice d'immoler ceux qui avaient fait mourir le Christ; c'était dignement commencer leur saint voyage à Jérusalem Mais ces hommes « ne s'abstenaient point des réunions illicites et des plaisirs de la chair ; ils se livraient sans relâche à tous les excès de la table, se divertissaient sans cesse avec les femmes et les jeunes filles , qui sortaient aussi de chez elles pour se livrer aux mêmes folies, et s'adonnaient témérairement à toutes les vanités , sous le prétexte du voyage qu'ils allaient entreprendre.
« Je ne sais si ce fut par l'effet d'un jugement de Dieu ou par une erreur de leur esprit qu'ils se levèrent avec cruauté contre le peuple des juî£s dis*persés dans chacune de ces villes , et qu'ils les massacrèrent de la manière la plus inhumaine , principalement dans le royaume de Lorraine, disant que c'était là le commencement de leur expédition et de leurs services contre les ennemis de la foi chrétienne. Ce massacre des juifs commença d'abord dans la ville de Cologne; les citoyens
(*) Albert d*Aix, Uaduit par M. Guizot^ liv. I.
(**) Les juifs étaient établis en grand nombre dans les villes riveraines du Rhin, où ib avaient porté leur esprit mercantile et leur active industrie; îb avaient deviné importance commerciale de toutes cet cités épiftcopales qui étaient sur la grande route du commerce européen.
tofflbèreni à rimproYiite sur oeux qui y fay^itaient nombre assez modique; tJs les blessèrent et les mutilèrent presque tous d'une manière terrible , renferaèrent leurs maisons et Jeurs symgogaesy et se partagèrent ensuite lieauooup d'argent Enrayés de ces cruauté, deux cents J|ui6 environ prirent la fuite dans le silence de Ja nuit, et passèrent en bateau à Nuitz. Mais ayuit été rencontrés nar des pèlerins et des croisés , aucun d'eux n'échappa ; ils furent pareillement massacrés et dépouillés de tout ce qu'ils portaient.
«Aussitôt après, les pèlmns se( remirent en route, comme ils en avaient fîiit rœu , et arrivèrent à Mayence formant une immense multitude. Le comte Émicon, homme très-noble et trè5poîssant de ce pays, était dans eette ville avec une forte bande de Teutons , et attendait l'arrivée des pèlerins qui venaient déboucher de divers côtés sur la route royale. Les juifs qui habitaient à Mayence ayant apprit le massacre de leurs frères, et comptant ne pouvoir échapper à tous les arrivants, se réfugièrent, dans l'espoir de se sauver, auprès de l'évéque Rothard, et déposèrent sous sa garde et confièrent à sa bonne foi leurs immenses trésors, se flattant que sa protection leur serait infiniment utile, attendu qu'il était évéque de la ville. Le pontife cadia soigneusement tout l'argent que les juin lui remirent; il les reçut sur une terrasse très-spacieuse, pour les dérober à la vue du comte Ëmicon et de ceux qui le suivaient, afin de les conserver sains et saufis dans son habitation, le plus sûr asile qu'ils pussent trouver en ce moment. Mais Émicon et tous ceux de sa bande ayant tenu conseil, allèrent, au lever du soleil, attaquer à coups de flèches et de lances les juifs enfermés dans ce lieu élevé et découvert. Ayant brisé les serrures et enfoncé les portes, ils les atteignirent et en tuèrent sept cents qui diercnèrent yainement à se défendre contre des forces trop supérieures; les femmes forent élément massacrées, et les
Ces enfants , quel que fût leur sexe, nt aussi passés au fil de l'épée. Les
juifs voyant les ehrétient s'anaer en ennemis contre eux et leurs enfants, sans aucun respect pour la faiblesse d« l'âge, s'armèrent de leur côté contre eux-mêmes, contre leurs coreligionnaires, contre leurs enfants, leurs'fem* mes, leurs mères et leurs soeurs, se massacrèrent entre eux. Chose horrible à dire! les mères saisissaient le fer, coupaient la gorge aux enfants mi'elles allaitaient, et transperçaient .paiement leurs autres enfants , aimant mieux se détruire de leurs propres mains que de succomber sous les coups des inciroonds.
«Il n'échappa qu'un petit nombre de juifs à ce crud massacre, et quelquesims reçurent le baptême, bien plus par crainte de la mort que par amour pour la foi chrétienne.
movwEkv MASSACHI sp^ pàmiira xjr
« Changés de leurs ridies dépouilles , * le comte Ëmicon , Clairarabeult de Yandéuil , Hiomas , et tout cet innombrable ^ ramas d'hommes et de femmes poursuivirent leur voyage pour Jérusalem (*).»Mais ils n'allmnt pas plus loia que la Hongrie, presque tous périrent auprès de la forteresse de Mersebourg ou'ils -avaient voulu enlever. «La main du Seigneur s'étendit sur ces pèlerins, parce qu'ils avaient péché sous .ses yeux , se livrant sans mesure à toutes les souilhires de la chair, et parce mi'ils avaient inhumainement massacre les juifs , peuple exilé et ennemi du Christ , neaucoup plus par avidité de leur àr- ^nt mie comme instruments de la justice de Dieu; car le Seigneur est un jn^e équitable, et n'ordonne point de faire entrer qui que ce 8oit> malgré lui et par force^ sous le joug de la foi catholique (**).
(•) Albert d'Aîx.Hv. i.
Getcmrit de tolérance est reiMrqv»»
ble dans un niitdrien des «roiiades, Mirt4Mt ai Ton se rappelle le fimatine lunooche da . Raymond d'Agile qui noonte avec une joif fiorooe les cruautés des chréftiensi et tcrfnine son récit de la prise de Jérosalem par cet mots : « On chevaudMÛt dam le sang jus-
ALLElfAGlHB.
cQnTit ei)00re tm autre crime détectable au milieu de cette impoense réunion dé gens insensés et d'une folle légèreté , crime odieux, sans aucun doute , au Seigneur, et que les fidèles n'oseront même croire. Ces hommes avaient uae oie et une chèvre qu'ils disaiept également animées d'un solifQe divin, et il^ avaient pris ces animaux pour auides de leur voyage à Jérusalem; ils allaient
I'usqu'à leur porter respect, et, sera»
niables eux-mêmes à des bétes, ils adoptaient ces erreurs avecpleinetran* quiUité d'esprit (*). »
PEXMlàaB CROISADE.
Ces premiers croisés n'étaient que Pavant'garde de la grande armée de^ cbevaHers. Celle-ci parut bientôt; elle ne con^talt pas moins de cent millè chevaliers, derrière lesquels se pressait an peuple de six oein mille âmes; jeunes, vieux, femmes, enfants, tous avaient voulu suivre l'étendaitl du Christ (^). A la téte de cette foule il
qu*JUiK genoox des honuMS et aax freins des obeviu^. Mtfmtalmtur in sanguine us^ue ad gentil equitum et frmna equorum, • oit deux ecrÎTaibs, bien que oonlemponias, semblent . séparés par 4es siècles. Le chanoine Albert d*Aû, ^m ne quitta point son église, a des paroles de piété pour les victimes et de blâme DOur les Dourreaux ; tandis qiie Raymond d'Agile, acteur passionné dans le drame sanglant de la croisade, n*eut pas manqué de battre des mains au massacre des juifs.
O Albert d'AixJiv. i.
Leièle jK>ur la croisade fut entretenu par les privilèges accordés aux croisés. Us ne pouvaient être poursuivis par leurs créanciers jusqu'à leur retour de Jérusalem.
L'intérêt de Targent qu*î1s avaient emprunté
courait point tant qu*ils étaient occupés i k guerre sainte. Qs étaient exempts de taiUes et de coUectei. Us avaient permission de donner en gage aux églises, aux eodésiastif uet ou i tout autre fidèle , leurs terres et leurs possessions, sans avoir besoin d'obtenir râutorisation de leur seign^. Sitôt qu'ils avaient pris la croix , leurs biens et leurs personnes étaient sous la protection de saint Pierre, du souverain pontife et de tous les prélats. Leurs procès étaient jugés par le jôge ecclésiastique.
n'y avait point de roi» , mais des cfaqfr
illustres et puissants, parmi lesqueb brillait Godeûroi de Bouillon, duo de Lorraine.
GODXVaOX*!» BOUILLOV.
« Quelque «randes choses que Bo^ hémopd ait fartes, la voix du pei^)le, [ui est celle de Dieu , a donné la gloirç le la croisade à Godefroi , fib di»çomte de Boulogne, margrave d'Anvers, due de Bouillon et de Lotliier, roi de Jé« rusalem. La famille de Godefroi) issue ^ dit-on, de Charlemagne, était déjà signalée par de grandes aventures et de grands malheurs. Son pèrcu Eustactte de Boulogne, beau-frère d'Edouard le Confesseur, avait manqué l'Angleterre, où les Saxons l'appelaient contre GuiJ- Taume le Conquérant. Son grand-père maternel, Godefroi le Barbu ou le Hardi , duc de luthier et de Brabant-, qui échoua de même en Lorraine, combattit trente ans les empereurs à la téte de toute la Belgique, et brûla, dans Aix-la-Chapelle, le palais des Carlo vin^ens. Il fut plusieurs fois chassé, banni, captif; sa femme, Béatrix d'Esté, mère de la fameuse comtesse Mathilde, fut nodignement retwue prisonnière par Qenri III, qui finit par lui ravir son patrimoine, et donner la Lorraine à la maison d'Alsace. Toutefois, quand l'empereur Henri IV fut persécuté par les papes, et que tant de gens l'abandonnaient, le petit-ils du proscrit, le Godefroi de la croisade, ne manqua p§s à son suzerain. L'enipereur lui confia l'étendard de l'Empire, cet étendard que la famille de Godefroi avait fait chanceler^ et ooqtre lequel Mathilde soutenait celui de l'uiise.
Mais Godefroi le raffermit : du fer de ce drapeau il tua l'anti-césar Kodol»
phe, le roi des prêtres (1080), et le porta ensuite , son victorieu drapeau , sur les murs de Rome, où il monta le premier. Toutefois, d'avoir violé la ville de saint Pierre et chassé le pape.
Beaucoup de personnes, pour jouir de ces privilèges , surtout dans.les dernières croisades, prirent la croix, mais sans partir.
;oe flit une grande tristesse pour cette âme pieuse. Dès que la croisade fut publiée, il vendit ses terres à Févéque de Liège et partit pour la terre sainte. Il avait dit souvent, étant encore tout
rtit , qu'il voulait aller avec une armée Jérusalem. Djx mille chevaliers le suivirent avec soixante-dix mille hommes de pied, Français, Lorrains, Allemands.
« Gôdefroi appartenait aux deux nations; il parlait les deux langues : il n^ètait pas grand de taille, et son frère Btfudouin le passait de la téte; mais sa force était prodigieuse. On dit que d*un coup d'épée il fendait un cavalier de la ttte à la selte; il faisait voler d*un revers la téte d'un bœuf ou d'un chameau. En Asie , s'étant écarté , il trouva dons une caverne un des siens aux prises avec un Qurs : il attira la béte sur lui et la tua , mais resta longtemps alité de ses cruelles morsures. Cet homme héroïque était d'une pureté singulière; il ne se maria point, et mourut vierge à trente-huit ans (*). »
ABBIVSI DBS 0B0I8BS À COXrSTAIfTXICOPLB.
Quand l'armée innombrable des croisés arriva sous les murs de Constantinople, les Grecs qui Pavaient appelée s'effrayèrent. Anne Comnène,la iHle de l'empereur Alexis, ne peut trouver d'expression assez forte. Il semblait , dit-elle , que TEurope entière se fût arrachée de ses fondements pour se précipiter sur TAsie. Alexis se nâta de leur faire passer le Bosphore; car déjà quelques-uns d'entre eux jetaient des yeux d'envie sur Constantinople.
Cette cité immense; où étaient venues sVntasser l'une après J'autre toutes les merveilles des deux empires^ ils la comparaient aux villes sombres, étroites et boueuses de leur Occident, et pensaient quHs piouvaient terminer là feor croisade.
PRISB DE NICKB.
« Les voilà dans l'Asie en face des
(•) Michdet, Histoire de France, t. Il, p. a96«
cavalierstnrcs. Laiourde masse avance, harcelée sur les flancs. Elle se pose d'abord devant Nicéc. Les Grecs voulaieijt recouvrer cette ville; ils y menèrent les croisés. Ceux-ci, inhabiles dons l'art des sièges , auraient pu , avec toute le^r yaleuar, y languir à jamais. Us servirent du moins à effrayer les assiégés, qui traitèrent avec Alexis.
Un matin , les Francs virent flotter sur la ville le drapeau de l'empereur, et il leur fut signifié, du haut des murs, de respecter une ville impériale.
lUsàBBS DBS CBOISiS.
« Ils continuèrent donc leur route vers le midi, fidèlement escortés par les Turcs qui enlevaient tous les tratnenrs. Mais ils souffraient encore plus de leur grand nombre. Malgré les se»
cpiirs des Grecs, aucune provision oe sufQsait; l'eau manquait à chaque instant sur ces arides collines. En une seule halte, cinq cents personnes moururent de soif. « Les chiens de chasse « des grands seigneurs, que l'on con- «duisait en laisse, expirerent sur la « route, dit le chroniqueur, et les fàa- «cons moururent sur le poing de « ceux qui les portaient. Des femmes a accouchèrent de douleur; elles res- « taient toutes nues sur la plaine, sans «souci de leurs enfants nouveau- « nés (*). »
« Ils auraiént en plus de ressources s'ils eussent eu de la cavalerie légère contre celle des Turcs; mais que pouvaient des hommes pesamment armés contre ces nuées de vautours ? L'armée des croisés voyageait, si je puis dire, captive dans un cercle de turbans et de cimeterres. Une seule fois les Turcs essayèrent de les arrêter et leur ofinrent la bataille. Ils n'y gagnèrent pas; ils sentirent ce que pesaient les bras de ceux contre («quels ils combattaient de loin a v«c tant d^avantage; toutefois, la perte des croisés fut immense.
« Ils parvinrent ainsi par la Cilicie jusqu'à Antioche. Le peuple aurait voulu passer outre, vers Jérusalem, .
(*) AllHTt d'Aix, 1. ut, ch. a.
mais les diefs insistèrent pour qu'on s'arrêtât. Ils étaient impatients de réaliser enfin leurs rêves ambitieux. Déjà ils s'étaient disputé, Vé^e à la main, la Tillede Tarse; Baudouin et Tancrède soutenaient tous deux y être entrés les premiers. Une autre ville, qui allait exciter une semblable querelle , fut démolie pai* le peuple, qui se souciait peu des intérêts des chefs et ne voulait pas être retardé.
8ICOB iT PUIS! d'aittiochb.
La grande ville d'Antioche avait trois cent soixante églises, quatre cent cinquante tours. Elle avait été la métropole de cent cinquante-trois évêchés.
C'était là une belle proie pour le comte de Saint-GHIe et pour Bohémond. Antioche pouvait seule les consoler d'avoir manqué Constantinople. Bohémond fut le plus habile. Il pratiqua les gens de la ville. Les croisés, trompés comme à Nicée , virent flotter sur les murs le drapeau rouge des Normands; mais il ne put les empêcher d'y entrer, ni le comte Raymond de s'y fortifier dans quelques tours. Ils trouvèrent dans cette ^nde ville une abondance funesté après tant de jeûnes. L'épidémie les emporta en foule. Bientôt les livres prodigués s'épuisèrent, et ils se trouvaient réduits de nouveau à la faminé, quand une armée innombrable de Turcs vint les assiéger dans leur conquête. Un grand nombre d'entre eux , Hugues de France, Étienne de Blois, crurent l'armée perdue sans ressource, et s'échappèrent pour annoncer le désastre de la croisade.
« Tel était en effet l'excès d'abattement de ceux qui restaient, que Bohémond ne trouva d'autre moyen pour les faire sortir desnnaisons où ils se tenaient blottis, que d'y mettre le feu. La religion fournit un secours ^lus efficace. Un homme du peuple, averti par nne vision, annonça aux chefs qu'en creusant la terre à telle place on trouverait la sainte lance qui a percé le côté de Jésus-Chri^. Il prouva la Térité de sa révélation en passant dnns lç$ Qammes, s'y brûla, mais on n'en
cria pas moins au miracle. On donna aux chevaux tout ce qui restait de fourrage, et tandis que les Turcs riaient et buvaient, croyant tenir ces affamés, ils sortent par toutes les portes, et en . tête la sainte lance. Leur nombre Iftur sembla doublé par les escadrons des anges. L'innombrable armée des Tares fut dispersée , et les croisés se retrouvèrent maîtres de la campagne d'AQ# tioche et du chemin de Jérusalem.
« Antioche resta à Bohémond , malgré les efforts de Raymond pour en garder les tours'. Le Normand recueillit ainsi la meilleure part de la croisade. Toutefois, il ne put se dispenser de suivre l'armée et de l'aider a prendre Jérusalem. Cette prodigieuse armée était, dit-on, réduite alors à vingt-cinq mille hommes; mais c'étaient les chevaliers et leurs hommes. Le peuple avait trouvé son tombeau dans l'Asie mineure et dans Antioche. '
âficK ET FHXSK DS JÉRUSA.LEV.
« Les Fatémites d'Égypte , comme les Grecs , avaient appelé les Francs contre les Turcs , se repentirent de même. Ils étaient* parvenus à enlever aux Turcs Jérusalem , et c'étaient eux qui la défendaient. On prétend qu'ils y avaient réuni jusqu'à 40,000 hommes. Les croisés qui , dans le premier enthousiasme où le^ jeta la vue de la cité sainte, avaient cru pouvoir l'emporter d'assaut, furent repoussés par les assiégés. Il leur fallut se résigner aux lenteurs d'un siège, s'établir dans cette campagne désoœe, sans arbres et sans eau. Il semblait que le démon eût tout brûlé de son souffle à l'approche de l'armée du Christ. Sur les murailles paraissaient des sorcières qui laiv^aient des paroles funestes sur les assiégeants. Ce ne fut point par des paroles qu'on leur répondit; des pierres, lancées par les machines des chrétiens , frappèrent une des magiciennes pendantau elle faisait ses oon)uràtions. Le seul bois qui se trouvât dans le voisinage avait été coupé par les Génois et tes Gascons, qui èn firent des machines sous la ù\*
L'UNIVERS
yectiondu comte de Bëarn. Deux tours roulantes iîirent construites pour le opn&te de Saint-GiUe et pour le duc de Lorraine. Enfin les croisés, ayant fmt , pieds nus , pendant huit jours , ifi tour de Jérusalem, toute Farmée attaqua; la tour de Godefroi fut approoiée des murs , et le vendredi 15 ^iîlet 1099 , à trois heures , à l'heure et au jour même de la passion , Godefroi de Bouillon descendit de sa toar sur les murailles de Jérusalem. La ville prise t le massacre ftit effroyable. Les croisés, dans leur aveugle ferveur, ne tenaient aucun compte des temps y croyaient, en chaque infidèle qu'ils rencontreraient à Jérusalem , frapper un des bourreaux de Jésus-Christ (*). »
MALBIUAS 1>ES CBIuhmn EN PALISTIITS;
L'intervalle de là première à la seconde croisade est de 48 ans. Pendant ce demi-siècle, les idées changèrent, le premier élan tomba, l'enthousiasme s'éteignit. On avait vu de près Jérusalem et le saint sépulcre, et l'on s'était douté que la religion et la sainteté n'étaient pas renfermées dans ce petit coin de terre qui s'étend entre le Liban, le désert et la mer Morte. On allait encore à la terre sainte, mais ce n'était plus avec cet entraînement qui y avait conduit un million d*hommes à la fin du dernier siècle : c'étaient quelques pèlerins qui partaient de temps à autre pour 1^ Palestine. On n'oubliait point Jérusalem; mais on laissait les premiers croisés se défendre péniblement contre les Turcs, qui ne leur donnaient pas un moment de relâche. Cependant, lors-
Su'on apprit en Europe les malheurs elal^estine, l'effroyable massacre de toute la population d'Édesse et la situation criti<nie de Jérusalem , on eut bonté d'aimndonner cette première conquête achetée au prix de tant de — iy et une nouvelle croisade fut
nooiroi cmoiSADi. ooirmAB rai]n> ia
CKOt\,
Le prédicateur de la nouvelle croi-
n Midielet, Hbtoîre de Fr«iice,t. n, p. a44 et suiv.
sade fiit saint Bernard ; il parcourut la France et l'Allemagne, excitant partout un tel enthousiasme que, pour sept femmes, dit-il lui-même, il ne resta |]4us qu'un homme. Conrad et ï^ouis VJI prirent tous deux la croix.
« Les chefs de l'expédition, dit Guillaume de Tyr , résolurent de marcher séparément, et de conduhre chacun son armée , de peur qu'il ne s'élevât des dissensions et des querelles entre les peuples divers,» et afin que les troupes pussent trouver plus facilement toutes les choses nécessaires à la vie , et que les chevaux et les bêtes de somme destinés au transport des bagages ne se trouvassent pas exposés à manquer de fourrage. Apres avoir traversé la Bavière et passé leerand fleuve du Danube à Ratisbonne , ils laissèrent ce fleuve sur la gauche, descendirent en Autriche et entrèrent en Hongrie, où le seigneur roi de ce pays les accueillit et les traita avec les plus grands honneurs ; puis, avant parcouru ce royaume ainsi que les deux Pannonies, ils traversèrent le pays des Bulgares, savoir la Moesie et la Dacie Méditerranée, laissant sur la gauche la Dacie Bipéenne. Us entrèrent ensuite dans la Thrace, traversèrent les deux villes oélèbces de Philippopolis et d'Andrinople , et arrivèrent dans la ville royale. Le seigneur Manuel, empereur de Constantinople, eut avec eux plusieurs entretiens particuliers; ils s'arrêtèrent chez lui le temps qui fut jugé nécessaire pour donner un juste repos aux armées à la suite des longues fatigues d'une telle entreprise; puis ils passèrent l'HeUespont, qui baigne les murs de Constantinople et marque les confins de l'Europe et de F Asie , et étant entrés en Bithynie, première province que l'on rencontre en Asie , ils dressèrent leurs camps auprès du bourg de Cbakédoine, <r où leur vue se portait encore sur la ville qu'ils venaient de quitter.
VARCBI DU AIXIMAinM A TAAVmitt l'aSIK
vomumK.
« Cependant, lorsque toutes les légions eurent traversé le Bosphore,
ALLEMA&NE.
feaipereur Conrad, qui était demeuré arec ^in petit nombre de princes de sa maison , prit congé de remj>ereur de Constantinople , passa aussi le même bras de mer , et donna de nouveau les ordres de départ, assignant à chaque
S rince la légion qu*il aurait à commaner. L'armée, laissant sur la gauche la Galatie, la Paphlagonie et les deux nrovinces du Pont ; sur la droite , la Fhrygie, la Lydie et l'Asie mineure, trarersa la Bitnynie, passant tout près de Nicomédie, métropole de cette proyince, et laissant sur la droite la villede I9icée. De là l'armée , suivant la route la
51usdirecte,ets'avançant en bon ordre e bataille, entra dans la Lycaonie, qui ^ pour métropole la ville dlconium. Le Soudan de ce pajs avait rassemblé toutes ses troupes et rallié une immense multitude de Turcs convoqués par lui dans toutes lès contrées voisines; il attendait, à la tété de toutes ses forces , prêt à choisir les lieux et les moments les plus opportuns pour s'opposer à la marche des chrétiens, et leur susciter des obstacles imprévus.
Employant les prières et prodiguant les trésors, il avait soulevé contre DOS frères tous les rois. che& et princes qui commandaient , à quelque titre qa% ce fiftt , dans ces pays et jusque dans les provinces les plus reculées de l'Orient, leur déclarant lui-même et leur fiedsant annoncer par les messagers
fu'il leur expédiait sans cesse, que si on accordait un libre passage à cette immense multitude d'hommes si bien 'armés , l'Orient tout entier se verrait contraint de subir leur domination. A sa voix , les deux Arménies, la Cappadoce, Flsaurie , la Cilicie, la Idédie, le pays des Parthes s*étaient jsouievés, les peuples étaient accourus formant une masse innombrable de combattants , et le Soudan , se conGant en leur secours, avait conçu l'espoir de r^îster, à forces à peu près égales, aux forces immenses dont on lui annon- .çait l'approche.
tm ALUMAimt SORT AlARDOHiriS DES.
1 Sur la demande que lui avait faite
l'empereur des Romains au moment de son départ, l'empereur de Constantinople avait donné à Conrad des hommes qui connaissaient bien le pays, et devaient servir de guides à Farmée; mai$ s'ils avaient des notions exactes sur toutes ces provinces, ces honunes étaient en même temps bien peu sârs.
Il semblait qu'ils eussent été donnés à l'armée dirétienne comme des serviteurs destinés à la guider en toute confiance, afin qu'elle ne fût point ex-
Sosée à s'eneaçer imprudemment dans e mauvais déùlés, ou à se jeter dans des
Says inconnus , au risque d'y manquet e'vivres. Aussitôt qu'ils furent enirés avec l'armée sur le territoire des ennemis , les guides invitèrent les chefs à prendre des vivres en quantité sufiSsante pour quelques journées de marche gu'ils auraient à faire à travers des lieux inhabités, afin de prendre le chemin le plus court,' promettant positivement qu'après un certain nombre de Jours,
?u'ils indiquaient même à l'avance, armée' arriverait auprès de la célèbre ville dlconium , et serait alors dans un pavs excellent où l'on trouverait en abondance toutes sortes d'approvisionnements. Les chefiB, empressés de croire ces paroles, firent charger de vivres les cnars , les bêtes de sommé et tous les chariots . et se confiant en leurs conducteurs, ils suivirent, dans la simplicité de leur esprit, ceux qui leur montraient le chemin. Les Grecs, cependant, s'abandonnant à leur méchanceté naturelle et à la haine qu'ils nourrissaient contre les nôtres, «soit outils eussent reçu des ordres de leurs maîtres, soft que l'argent de rénnemi les eût corrompus , suivirent à dessein des chemins détournés . entraînèrent toujours les légions sur ieur$ pas, et les conduisirent dans des lieux où les ennemis devaient trouver plus de facilité et d'avantage à les attaquer et à leur faire beaucoup de mal.
« Cependant le nombre des journées de marche que les guides avaient annoncées d'avance ^ était écoulé, et l'armée n'arrivait point aux lieux qu'elle désirait et qu on lui avait promis ; fempereur fit appeler les Grecs tpà
dirigeaient la marche, et, les interro-
Î;eant en présence de ses princes, il eur demanda comment il se faisait que Tarmée ne fût pas encore arrivée au lieu de sa destination , Quoiqu'elle edt marché sur la route ihaiquee, depuis un plus grand nombre de journées
3u'ils n'en avaient demandé eux-mêmes ans le principe. Ceux-ci , recourant à leurs mensonges accoutumés , répondirent que Tarmée ne laisserait pas d'arriver, et afiSrmèrent positivement au'a vec l'aide du Seigneur toutes les légions, secaient rendues, av bout de trois jours, devant Iconium. L'empereur, exempt de méGance , se laissa persuader par ces paroles, et annonça aux Grecs qu'il prendrait patience encore pendant trois jours, et se conGait en leurs promesses. La nuit suivante, on dressa le camp comme à l'ordinaire, et tandis que tout le monde reposait des fatigues de la journée , les Orecs. race maudite, profitant.du silence de la nuit, prirent secrètement la fliite, abandonnant sans guide tout le peuple commis à leur foi....
iircBmTXTUDi Dss caoxsis.
« L'empereur, se voyant, ainsi qpe son armée, privé de guides, convoqua rassemblée de tous les princes pour délibérer avec eux sur ce qu'il y avait à faire. Mais, tandis qu'ils flottaient dans leur incertitude , in(]uiets et de leur ignorance des localités et du défaut de subsistances (car le fourrage leur manquait entièrement pour les bétes de somme , et il n'y avait non plus aucune denrée pour la nourriiure des hommes ), on annonça dans le camp (et cette nouvelle n'était i)as dénuée de fondement) que les armées ennemies se trouvaient dans le voisinage, formant une multitude incalculable. Les chrétiens étaient alors dans un désert stérile, loin de tout sol cultivé, et ce n'était pas sans dessein prémédité que leurs perfides conducteurs les avaient mené^ en ces lieux.
Ils avaient laissé sur la droite la Lycaonie, à travers laquelle ils eussent dû passer; en parcourant des lieu}^ cul-
tivés, il leur eût été facile d'arriver en moins de temps h leur destinatioff, et en trouvant toujours en aboadance toutes les choses nécessaires ; mais las guides , ayant pris sur la gauche , les détournèrent des bons chehiins , et les conduisirent dans les déserts de la Cappadoce, bien loin d'Iconium. On disait publiquement (et la chose praissait assez vraisemblable ) que cette funeste machination avait été faite de l'aveu et d'après les ordres de l'empereur des Grecs, jaloux des succès de nos armées ; car on assure que les Grecs ont toujours redouté et redoutent toujours l'accroissement de la jouissance des Occidentaux, et principalement de l'empire teutonique , quils re^rdent comme le rival de leur empire. Ms voient avec déplaisir que le roi des Teutons s'appelle empereur des Romains; il leur semble que ce titre ne* fait que rabaisser leur empereur, qu'ils nomment eux-mêmes monarque^ c'està-dire, ^eul appelé à dominer sur toûs les autres prmces, et qui est, à leurs veux , le seul et unique empereur des Romains.
DÉPAITS UB L*All«KK AXLSlCAirUB.
« Tandis que l'armée impériale souffrait de son ignorance des lieux*, de ses longues fatigues, de la difficulté des chemins , du manque de fourjrage
Sour les chevaux , et de l'énorme poids e ses bagages , les satrapes et toifi les principaux d'entre les Turcs rassemblèrent des troupes et vinrent, à l'injproviste , attaquer les chrétiens. Surprises d'une irruption à laquelle elles ne s'attendaient pas, nos légions furent troublées. Les Turcs, au contraire, montés sur des chevaux rapides qui n'avaient manqué de rien, armés euxmêmes à la légère , et ne portant que leur carquois , voltigeaient autour au camp en poussant de grandes clameurt , et, s'élançant avec leur agilité ordinaire sur des hommes pesamment armés, ils les assiégeaient de périls:
Chargés de leurs cuirasses, de leurs bottes et de leurs boucliers, montés sur de^ chevaux exténués par la £|iini
et une longue route, încapbles euxmêmes d'entreprendre des excursions, quoique leur loroe physique et leur habileté dans le maniemenc des armes leur donnassent une véritable supériorité sur leurs ennemis, les soldats de Tarmée impériale ne voulaient pas s'éloigner de leur camp, sôit.pour poursuivre les Turcs, soit pouf leur livrer bataille. Ceux-ci, au confire, s'avançant en masse, lançaient de loin une énorme quantité de Qèohes qui tombaient comme une grêle , et blessaient les chevaux et les cavaliers, et après avoir de loin porté la mort dans les rangs des nôtres , ils échappaient encore, par la rapidité de leurs chevaux, à ceux qui eussent voulu les . attaquer avec le glaive. Ainsi , notre armée, enveloppée de toutes parts, incessamment tourmentée par cette pluie continuelle de flèches et de traits, était mortellement accablée sans pouvoir même prendre sa revanche et combattre de près ses ennemis , sans avoir aucun moyen de joindre et d'attaquer de tels adversaires. En effet , toutes les fois que les nôtres faisaient une tentative pour s'élancer sur les colonnes des Turcs, ceux-ci rompaient aussitôt les rangs, déjouaient tous leurs efforts et se dispersaient de tous les côtés ; puis , lorsque les chrétiens rentraient dans leur camp , les Turcs ralliaient de nouveau leurs escadrons, enveloppaient notre armée et ne cessaient de la harceler , la tenant comme assiégée au milieu d'eux, ^insi , et par suite des arrêts secrets , et justes cependant , du Seigneur , cette année de tant d'illustres princes qui, naguère, semblait incomparable pour le nombre, la force, la supériorité des armes et le courage , abattue et fatiguée par une
tuerre lente, fîit bientôt entièrement étruite , au point qu'elle ne conservait plus même les souvenirs de sa gloire , et qu'il ne lui restait presque plus rien des forces immenses qu'elle avait d'abord comptées. Des hommes qui ont assisté à ces événements assurent que cette masse de 70,000 cavaliers cuirassés et de ^çns de pied > dont les'bataiUons étaient mnombrables, un
dixième tout au plus échappa à cette catastrophe , et que tous les autres périrent, soit de faim, soit par le fer de l'ennemi ; quelques-uns d'entre eux furent faits prisonniers et chargés de fers. Le seigneur empereur s'écnappa cependant avec quelques-uns de ses.
prmces, et après quelques jours de marche, il ramena ce qui lui restait de son expédition dans les environs de Nicée, non sans avoir éprouvé de nouvelles difficultés (*). »
MORT D« COITKAD.
L'expédition de Conrad dura deux années. Après sa défaite par les troupes du sultan dTconium, il s'était enfui à Nicée, puis avait rejoint l'armée des Français. Mais, honteux de paraître pauvre, vaincu , humilié au milieu de cette armée qui n'avait point encore essuyé de défaite et qui était pleine de confiance et d'orgueil, il partit pour Constantinople , d'où il s'embarqua ensuite pour la Palestine, lorsqu'il apprit que les désastres des Français n'étaient pas moins grands que lés siens. Après un court séiour à Jérusalem, Conrad reprit le chemin de l'Europe.
À son retour en Allemagne, il prépara une expédition contre Roger, roi des Deux-Siciles , l'ennemi des deux empires. Mois la mort ne lui permit pas de l'entreprendre. Son iils Henri, uu'il avait fait reconnaître pour roi des Romains , l'avait précédé de deux ans dans la tombe : il laissait encore un fils ùsé de sept ans ; mais
§ référant l'intérêt de sa maison à celui e son fils , il remit en mourant les ornements impériaux à son neveu Frédéric de Souane (15 février 1152.)
FRÉDÉRIC I*% BARBEBOUSSB.
( xx59t-xi90.)
L'élection de celui que Conrad avait désigné pour son successeur ne ren^ contra point d'obstacle. Frédéric fut proclamé à Francfort, le 8 mars 1152,
(*) Guillaume de Tyr, liv. xvi.
L'UNIVERS
et couronné trois jours après à Aixla-Gbapelle.
Mtmamoa» dx raioBExc x*'.
Frédéric fut un des plus grands princes de rAliemagne ; un de ceux qui portèrent le plus haut les prétentions de leur titre : ii se croyait au-dessus des rois qu'il appelait reges provinciales y comme s'ils n'eussent été que les sim* pies gouverneurs des provinces du grand empire. Le premier acte de son règne fut de fôire prêter hommage à Suénon lil oour la couronne de Danemark/ Déjà Conrad III avait écrit à Jean G)mnène : « Ce que les empe- ^ reurs romains nos aïeux et nos pré- « décesseurs ont ordonné ri l'égard de « vos prédécesseurs, je ('ordonne de mé- « me. Il n'y a aucune nation qui ne sache «que votre nouvelle Rome est fille « de notre empire romain , et qu'elle « en sort comme l'arbre de sa racine.
« Les royaumes qui bordent notre em- «pire nous envoient journellement « leurs ambassadeurs avec le respect « et la soumission qui nous sont aus, « et ils confirment, tant par des ser- «ments aue par des otages, qu'ils «sont prêts d^exécuter les ordres de « notre empire.
PAU aVbC BXiniX LX uov.
Frédéric devait reprendre tous les projets de ses prédécesseurs, leurs querelles avec le pape et leurs prétentions sur l'Italie. Mais avant Je rien entreprendre au delà des Alpes, ii voulut être sûr de n'être point tout è coup rappelé en arrière par quelques troubles qui auraient éclaté en Allemagne. Henri le Lion avait , il est vrai, renoncé à laBavière(*) ; maisaussitôtqu'il avait eu atteint sa majorité , il avait
(*) Ed restituant la Bavière à Henri le Lion , Frédéric en détacha le pajs au-dessus de TEns, qui fut réuni à la Marche d'Autriche et forma le duché de ce nom. Le nouveau duc eut le droit de disposer de son duché 'à l'extinction des héritiers de l'un et l'autre sexe. Voy. TUistoire d'Autriche, p. 26 , éd. 2.
protesté contre ces renonciations , et il semblait disposé à soutenir par les armes ses prétentions. Frédéric, qui n'avait ni le temps ni la volonté de s'arrêter à ees disputes d'intérieur, rendit la Bavière à Henri, promit la Toscane à Welf et réconcilia un ins^ tant les deux maisons. Cest alors qut le pape l'appela en Italie. Avant de le suivre dans son expédition , jetons les yeux sur ki situation de cette contrée.
L'Italie formait toujours un royaume gui , depuis Othon le Grand , était réuni à la couronne de Germanie. Mais ce roi dltalie, qui vit constamment au delà des Alpes , ne peut avoir une influence sérieuse dans la péninsule.
L'action du pouvoir central est pres-
3ue nulle, et les villes si nombreuses e l'Italie du nord sont abandonnées à, elles-mêmes. Il est vrai que les rois y mettent des comtes pour les administrer en leur nom ; mais comme il n'y a point d'autre hiérarchie qu'une multitude de villes administrées par une multitude de comtes en relation seulement avec le roi, et sans rapports entre eux, supprimez le roi et il restera une foule de républiques.
Les invasions des Hongrois et des Sarrasins contribuèrent beaucoup à cet isolement des villes. Pour leur résister • elles s'enfermèrent .de murailles et fortifièrent leur organisation municipale. La nécessité de combattre ces
Siliards aguerrit leurs milices et les ren- • it assez fortes pour pouvoir, quand les incursions eurent cessé , dominer sur les campagnes voisines, y raser les châteaux demeurés debout, et forcer ainsi les nobles eux-mêmes à entrer dans la ville et à devenir de riches bourgeois. Quelle force cette union devait-elle donner aux villes ! En France, les bourgeois, longtemps esclaves, ne sont que des affranchis qui combattent contrt; leurs maîtres toujours en armes aux portes des rilles ; le bourgeois italien, libre dans tous les temps, a l'énergie que donnent à l'homme le sentiment de ses droits, l'orgueil d*un état heureux, et le souvenir de sa longue indépendance. Ainsi les communes en Italie domptant l'élément féodal,
le forcent de se &îre bourgeois. Par malheur, toutes ces villes sont trop riches , trop puissantes ; leur individualité est trop forte pour qu'elles puissent consentir à se perdre dans un État, Sans une monarchie. Il ne pôuvait y avoir d'union entre ces cités rivales , se déchirant l'une l'autre, comme Pavie et Milan, comme Crémone et Plaisance. Entre elles point d'idée corninune ; leurs intérêts et leurs passions les entraînaient, au nord vers TAUemagne, à l'ouest vers l'Espagne, àù BUdvers la Sicile et l'Afrique ; pas de centre communr
•oxxxcrrATxovs faites Aurais db PRSDi&xc.
Un chroniqueur a dit que l'Italie est semblable à la hyène qui , contrefaisant la voix humaine , attire le berger pr ses plaintes, et le dévore quand il est à sa portée. Des plaintes en effet arrivaient de toutes parts à Barberousse. A la diète de Constance, deux citoyens de Lodi , une croix à la main, les yeux pleins de larmes, se jetèrent aux pieds de l'empereur, demandant Ven^nce contre la tyrannie des Milanais. Vinrent ensuite les consuls de Como, qui avaient soutenu contre Milan un siège héroïque de dix années; puis des exil^ a^Hiliens; enOn les envoyés du pape, qui sollicitait le fiouveau monarque contre les Romains, et cherchait à se réconcOier avec l'empire.
smrATfOv DV vapi a homb.
Les papes , vénérés dans toute l'Europe , avaient de mauvais jours à passer dans fa capitale de la chrétienté, où les Homaios voulaient, comme les villes lombardes, s'affiranchnr de Tautorité temporelle de leur évéque, et rêvaient sans cesse te rétablissement de l'an- * (Heme répablique. Pascal II mourut dans les gverres civiles , Gélase II fiit âtsassmé cruellement un Jour qu'il ofBdaH, Lucius n fut tué dans une énieate, Locins m fut attaqué à coups 'de plerras avec les prêtres qui TacoomfipaieQt; qœlQM-uns de ceux-ci