‹ Allemagne T. 2Chapitre 33 sur 56 · AGI9E · texte numérisé non relu

AGI9E

furent même saisis : on leur creva les yeux, on les plaça sur des ânes, et, coiffés de mitres en papier, ils furent renvoyés au pape. Aussi un de ces malheureux pontifes s'écriait-il : « Je le dis « devant Dieu et devant l'Églisé, si « cela était jamais possible , i'aimek rais mieux un empéreur que tant de « maîtres. »

AKXfALDO Dl BEXSCLà.

Un homme tâcha de régulariser cette licence dû peuple de Rome i ce fut Arnaido de Brescia, élève d'Abailard.

âa tentative est un des épisodes les

f>lus frappants du XIT siècle. Hardi, ibre, rationaliste, mais pas seulement dans le sens philosophique et théologique de son mattre, qui parfois tombe dans les doctrines mystiques , il appliqua à la^litique l'esprit révolutionnaire et novateur de répoque, marcha à son but en prédiant la ré- ' forme du clergé, le rétablissement de la pauvreté évansélique et les moeurs de la primitive Égnse; il prêcha avec d'autant plus de succès que , de Ta* veu de ses ennemis , il avait les mœurs pures. «Plût à Dieu! s'écrie saint « Bernard dans une de ses lettres , que « la sainteté de sa doctrine répondit à « l'austérité de sa conduite. Arnaido « est un homme qui ne boit nt ne mange. ^ « II n'a hm qu^avec le diable , il n'a « soif que du sang des âmes. »

La fermentation fut grande en Italie; elle continua même après le bannissement d' Arnaido , exilé par le concile de Xatrauen 1 189. Réfugie en France, puis chassé par le concile de Sens , il se retira dans l'évêché de Constance, et M à Zurich le précurseur de Zwingli. La persécution le suivait toujours. Saint Bernard écrivit à l'évêque du diocèse pour l'engager à mettre ce dangereux novateur hors d'état de nuire. ««Je « doute, fui mandait-il , que vous pui»- « siez riet) faire de mieux dans un si « grand danger, que dé suivre le pr6- « cepte apostolique : Otez le mal u'an « milieu de vous. »

rbvobÎiiis d'aehauiO a eoms.

Pendant qo*Amaldo errait sa Alle^

soo

L'UNIVERS-

magne, 'Ses prédications avaient leur retentissement à Rome, et les nobles, se joignant au peuple, rétablissaient sur le mont Capitolin la république romaine.

Il fut bientôt rappelé, et deux mille Suisses des montagnes Tescortèrent jusqu'à la ville , qui le reçut en triomphe. Là , durant dix ann^s, il ne cessa de rappeler aux citoyens tous les souvenirs de Rome antique, et la pauvreté des apôtres. Tite-Live, Tacite, saint Paul , rÉvangile trouvaient place dans ses discours et s'y mêlaient avec éruditiod. Il voulut reconstruire le Çapitole, et poussa la fiction jusqu'à voir dans l'empereur d'Allemagne l'héritier et le successeur des empereurs romains.

nrFLUKircB dx l'uluditior.

Les souvenirs de l'antiquité sont sérieux, et il y a quelaue ciK)se de respectable dans cette érudition si peu intelligente du passé et du présent qui s'est renouvelée bien des ibis, et en

r rticulier d'une manière si singulière la révolution française ; c'est qu'au fond se trouve la croyance à la perpétuité du genre humain : c'est que rhumanité se reconnaît dans le passé; que les premiers et les derniers venus se rapprochent et se reconnaissent comme membres d'une même famille; c'est qu'enfin il y a sous cette caricature souvent grotesque de l'antiquité quelque chosë comme du respect aes fils pour leuirs aïeux. -Cette puissance des souvenirs , ce culte des anciens , est d'ailleurs une des choses qui ont mis le plus de libéralité dans les esprits. On ne pouvait condamner au feu étemel ceux pour qui l'on avait tant de respect et d'admiration. Dante lui-même, mal^é toute l'énergie de sa foi , a donné dans son Enfer une place particulière aux bon» païens , à Virçile, à Cioéron; et ceux qui, au XVI* siècle, soutinrent la doctrine si nouvelle de la tolérance ; demandaient comment on jpouvait frapper d'une étemelle réprobation les oracles de la sagesse antique. De là à justifier ceux qm étaient en dehors de l'Église ro-

maine il n'^ avait qu'un pas, pufsqu'on pouvait être sauvé sans avoir cru, et c'est ainsi que le cultè des souvenirs classiques et des grands hommes de l'antiquité a contribué à propager la grande idée moderne de la tolérance.

rniDiRic pASSi bit ztalix.

Contre Amaldo le pape appela l'empereur, et Frédéricse hâta de passer les Alpes. Tous les vassaux de la couronne turent appelés à la diète deRoncaglia ; il déclara aéchus de leurs fiefs ceux qui n'auraient point passé une veille à la porte de sa tente. Les éyêques de Brème et d*Halberstadt furent pour cette cause dé(K)uillés de leur temporel; quatre jurisconsultes bolonais, disciples d'Irnerius, reconnurent l'empereur pour héritier légitime de Justinien, et affirmèrent que les droits régaliens revenaient à la couronne.

Frédéric évita de passer près de Milan. Il se porta auparavant sur Tortone, la prit quand les Pavésans eurent éteint de la poix et du soufre enfiammés dans les eaux qui abreuvaient les assiéfiés; puis laissant entrer les Tortonais aâns les murs de Milan, où ils furent reçus comme des martyrs qui avaient souffert pour la cause commune , il se hâta vers Rome pour y recevoir le titre d'empereur qu'il était impatient d'ajouter à celui de roi. Chemin faisant, il reçut une ambassade de la partdes Romains.Après avoir parlé magnifiquement de la gloire de Rome, la capitaledu monde, l'orateur du sénat sacro-saint ajoutait : « Tu étais « étranger et je t'ai fait citoyen ; tu étaijs « un vovageur arrivant des contrées « transalpines , et je t'ai constitué « prince : tout ce qui était en, mon « pouvoir je l'ai fait. A ton tour o)^ «serve mes bonnes coutumes,. mes « lois antiques. que les empereurs, tes « ancêtres, ont confirmées; veille à ce « qu'elles n'aient rien à souffrir de la « violence des barbares , et paye cinq « mille livres à' mes officiers ^ui te «. proclameront empereur au Capitole.»

FrédéricJmpâtienté interrompit la ha-

nogoe, et en remû de la vieille histoire de la république , il raconta brutalement cellede Tennpire et <le la Rome moderne. Puis il renvoya les ambassadeurs confondus, leur disant qu'il était Tenu ^ur donner des lois et non en recevoir ; que c'était d'un prisonnier qti'on exigeait de Targent et non d'un empereur suivi d'une forte armée.

8UFPLICK O'aEVALDO.

Comme il trouva les portes de la ville fermées , il se fit couronner dans un faubourg[, et , pour donner au pontife la première preuve de sa protection, il arrêta un comte campanien qui avait accordé refuge à Arnaldo, lui fit livrer le moine , et envoya l'éloquent antagoniste des papes au préfet de Rome, nouvellement nommé

§ar Adrien. Arnaldo fut jugé et conamné à être brûlé vif. Sa sentence fut exécutée devant la Porte du Peuple. On avait choisi l'heure du matin où la ville était encore plongée dans le sommeil. Ses cendres furent jetées dans le Tibre, de peur que le peuple n'honorât ses reliques comme celles d'un martyr.

Cependant, quand on sut "la mort du défenseur des libertés populaires, un mouvement eut lieu , qui força l'empereur, épuisé de vivres, à songer au retour, et il arriva pres(]ue seul sur le territoire de Vérone , ou il faillit périr. Un an s'était écoulé depuis son d^rt lorsqu'il rentra en Bavière.

pciasAVCs DK ntoiaic.

Sa puissance était loin d'être affaiblie. A la diète de WTurtzbourg , des ambassadeurs d'Italie , de France , de Bourgogne, du Danemark, de l'Espagne, de l'Angleterre, lui vinrent rendre hommage. « Il y a amitié en- «Ltre les deux peuples, disaient les am- « bassadeurs anglais , de sorte cepen- « dant que le commandement vous reste « comme au supérieur, de même que la « bonne volonté d'obéir ne nous man- « quera jamais. « L'empereur fut reçu en Allemagne avec le plus grand res-

i^GNE. aoi

pect. Les seigneurs laïques , qui ne

l'avaient pas accompagné dans l'expédition d Italie , vinrènt à sa rencontre pour tâcher de rentier en grâce.

Hermann , palatin du Rhin , fut condamné à la peine ordinaire du Harnescar pour avoir entrepris une guerjre contre l'archevêque de Mayeoce imdant l'absence de Tempereur, et porta un chien sui; ses épaules, de son comté jusqu'au comté voisin. C'était* une vieille coutume des Francs et des Souabes.

GUJCR&K COimS LA, POX^ITS.

A cette même diète de Wurtzbonrg, on résolut la guerre contre la Pologne, dont le chef refusait de reconnaître la suzeraineté de l'empereur.

Mais la crainte d'une armée que Frédéric conduisit en personne contre lui en 11561e rendit plus souple; il promit à l'empereur 2000 marcs d'arcent, 1000 aux princes, 200 aux officiers de la cour, et 20 marcs d'or à l'impératrice. C'était une espèce de contribution de guerre. Ce même Boleslas fut quelques années plus tard contraint de céder la Silésîe aux (ils de Wladislas, qui devinrent la souche de tous les ducs Piast qui régnèrent en Silésie.

FRÉDÉaiC SI BKOUfLLK AVEC LX PAVS.

Cependant Frédéric songeait toujours à l'Italie. Le pape , protégé de l'empereur et redevenu par lui maître de Rome, s'était tourné contre luf ; il reprit le ton de Grégoire VII. Tous ces papes , sitôt qu ils se voyaient tranquilles à Rome, environnnes des respects de la chrétienté , entourés des ambassadeurs de l'Europe, croyaient leur puissance revenue, et voulaient l'exercer. A. propos de l'emprisonnement d'un éveque de Lunden, en Scanie, Adrien , réclamant l'élargis^ment du prisonnier, rappela à Frédéric avec quelle confiance et quelle joie la sainte Eglise romaine, sa mèfe, l'avait reçu l'année précédente ; avec quelle tendra affection elle l'avait traité , quelle plénitude de dignités et d'honneurs elle lui avait conféré, avec quel bon vou;

loir elle kii avait donné la couronne impériale , se plaisant à nourrir dans son sein son élévation et sa grandeur , sans faire la moindre chose de ce qui aurait pu contrarier sa volonté impériale; il ajoutait: « Neque tamen « pœnUet nos desideria tuœ ûolunta- • tts'in ûmnUms impievisse, sed si « majora bénéficia excellenUa tua de « manu nostra suscepisstt non im- *i mérita aauderemus (*). Cette expression oe « beneficium (**) » , parut très-offensante. « Et de qui donc rem- «pereur tient -Il l'empire, s'écria le « cardinal Roland , si ce n*est pas du « pape?

«Si nous n'étions dans une église, « dît l'empereur, vous éprouveriez r combien sont acérées les lances alle- % mandes. » Il pensa à fsdre d^ser AdHeii tS 'comme fk)^ de prêtre. Othon ésl^itlt^àdi àttait tué le cardinal si.fèf^^mur ne l'avait retenu. Adrien eut som d'expliguer le mot, et prétendit ne pas avoir entendu autre chose qu'un simple bienfait, benefactum. .

Un bref violent vint réveiller les querelles; Frédéric répondit par un manifeste. «Rome, qui doit être la «résidence de la vertu», y était-il écrit , « s'est changée , conime tant « d'évêques même l'ont déclaré, en une « caverne de voleurs. La cour papale « dit àts Allemands qu'ils ^nt des « êtres loiurds, destinés à obéir; mais « personne de oe noble peuple , de ces «guerriers irrésistibles, ne se lais- « sera décourager par un pouvoir dont « on se rit en Italie et à Rome même. »

La guerre recommença, comme du

(*) « El cependant nous ne nous repenti tons pas d*avoir en toutes choses satisfais « tes désirs ; au cootraire, si ton excellence « eût reçu de noire main de plus grands % bienfaits (ov bénéfices) , nous nous réjoui* » rions k juste titre. »

(**) Ce mot en effet , au mo^en içe, pouvait prêter à un double sens, bienfait ou bé^ n^fice. En adoptant le second, on supposait que le pape, renouvelant les ])rétentJons de Grégoire yn, regardait Tempire comme un fief du saint-sié^ dont fl donnait Tinvestifnre à Tempereur.

temps de Grégoire Vil, entré l*eni||irt

et le sacerdoce. Frédéric avait reboncé au concordat de Worm^. C'était rènouveler la querelle des investitures.

U PAPK sVlUK AUl TILUt IXIIIBAB.DIS.

Le pape s'allia à la ligue lombard^.

C'était Alexandre III, déclaré schismatique et rebelle à Dieu par l'empereur au concile de Pavie. U venait de reparaître en Italie , et avait contracte une étroite alliance avéc les villes lombardes. Ainsi la papauté, comprenant enfin son rôle , s'associait aux libertés populaires. Nous n'entrerons point dans les détails de la lutté des républiques italiennes avec l'empereur. Sept armées descendirent successivement du haut des Alpes, mais la hyène ne les laissa point s'en retourner. La cavalerie allemande ne tint pas contre l'infanterie italienne , qui rappela le courage de l'infanterie romaine, dont les Suisses, puis les Français devaient hériter (*). La petite ville d'Alexandrie la Paille, bâtie en signé de l'alliance du pape et de la lisue, fut vainement assiégée. Pour réduîre Milan, F,rédéric prolongea une guerre d'escarmouches , de pillage , de dévastation. La ville fut rasée, et le sel semé sur ses mines. Cependant la ruine de Milan alarma les cités lombardes et les fit redoubler d'efforts.

(*) Remarquons que l'fnfsnterîe n*est foite que chez les peuples démocratiques. L'infanterie française n*apparaît oue sous Louis XrV , où elle gagne avec Conaé les Tictoirei si nationales de Leus et de Rocroy; elle triomphe de l'Europe dans les guerres de la révolution et de l'empire. — On peut èjtre surpris de voir i o6té l'un de l'autre oes deuj( mots : Démocr<ttie et Louis XIV ; mais il faut se rappeler que jamais la France n'avait été aussi près de la démocratie qu'au temps où la royauté héritant de la féodalité, il ne se trouva plus qu'un seul homme au-dessus du peuple. Que cet homme tombe, et le peuple sera souverain , car au-dessus de lui il ne verra personne. En politique comme en morale le proverbe est vrai : Les extrêmes se touchent; démocratie et pouvoir absolu d'un seul se sueoèdeat toujours Tiui à Taulrt.

Les Vénitienâ eux<mémes, ces habiles marchands qui se tenaient en dehors de toutes ces querelles , s*e£frayèrent de voir l'empereur si près d'eux; ils prirent les armes, et Frédéric, après la wariô de la bataille de Lignano, où les vénitiens vainqueurs firent son fils Othon prisonnier, se décida à signer la paix.

Affaibli qu*il était, fatigué et usé par tant de guerres, il vint à Venise l'humilier aux pieds du pape.

On dit qu'Alexandre lui mit le pied sur la gorge, pendant que les cardinaux chantaient à haute voix ce verset du psaume : « Super aspidem et • basiUscu/n ambulaois et conaUcatibis leonem et draconem.» Le fait est-il vrai ? Plusieurs historiens en ont démontré la fausseté. Mais qu'importe que le pape ait réellement mis le pied sur la tete de Tempereur, si le peuple l'a cru; ce qu'il /aut constater, c'est qu'aux yeux du peuple la féodalité fut alors humiliée par un homme sorti des rangs du peuple, et cela à la face de VÇurope (*).

(*) La bitaiUe de lignano fut perdue le mai 1176; dès le i5 juillet de la même aiuiée, le pape et l'empereur convinrent des préliminairea de la paix, qui fut rignée à Yeaise.leaS juillet 11 77. EUe stipulait une trêve de 6 ans entre l'empereur et les viUes lombardes. Le a5 juin 1 183 , cette trêve fut diangée en une paix, durable à Constance : «L'empereur peut exiger de ses vassaux dltalie le serment de fidélité, et ils sont obligés de roarcber à son secours en cas qu'on l'attaque dans son voyage à Rome.

«Les TÎllêi et les vassaux ne fourniront k Fempereur, lors de son passage , que le foderum ordinaire pour tout subside.

' «L'empereur leur accorde le droit d'avoir des troupes, des fortifications, des tribunaux qui jngent en dernier ressort jusqu'à ooaoHrrence de cinquante marcs d'argent ; et B«He cause ne doit être jamais évoquée en Allemagne.

« Si dans ces villes l'évèque a le titre de oomte , il y conservera le droit de créer les consuls de sa ville épiscopale ; et si l'évèque n'est pas en possession de ce droit, il est réservé à Fempereur. »

omcamx X9 >T.TfifAa» conak niniu

XJl UOH.

Ce oui fit la faiblesse de Frédéric, ce fut ropposition constante de la Saxe* Henri le Lion voyant Frédéric tout oc^ cupé par les affaires dltalie, étendit peu à peu son autorité tout autour de lui. Devant son palais de Brunswick il avait fait placer un lion colossa^ d'airain, comme p«ur défier tous ses ennemis. Il en avait en çrand nombre; mais ils étaient trop faibles pour lutter contre lui ; ils eurent beau se réi/m'r , Henri les battit les ims après les autres , et chassa même l'arcnevéqua de Brème et l'évèque de Lubeck de leur territoire. Frédéric, appelé en 1168, à son retour d'Italie, a inter* venir dans ces auerelles, donna gain de cause au duc de Saxe. Il aurait voulu à tout prix le gagner; mais ce fut vainement. La défection de Henri le ^on, qui l'abandonna dans sa dernière ex*»

pédition d'Italie, lui fit perdre avec la bataille de Lignano l'espérance de soumettre la Lombardie. Forcé de si-

§ner la paix de Constance , il résolut e se venger de ses humiliations siur le duc de Saxe, et l'assigna à comparaître à la di^ de l'empire. Malgré le mauvais succès de ses armes au delà des Alpes, Frédéric était encore puissant en Allemagne ; ses biens et ceux de sa famille s'étaient même accrus par de riches héritages. Le fils de Conrad III, à qui Frédéric avait conféré le duché de Souabe . poiu: accomplir la promesse faite a Conrad sur son lit ae mort , n'ayant point laissé d'héritier, la Souabe revint à Frédéric. Son inariage avec Ëéatrix, héritière de la Franche-Comté, lui avait donné cette province. La mort de Welf vn , qui possédait les biens pa* trimoniaux de ta maison des Guelfes en Souabe , èt les fiefs de la comtesse Mathiide en Italie , lui permit d'ache* ter cette succession du vieux Welf VI pour une somme d'argent qu'il s'em-

Sressa de lui payer. Ainsi la maisoa e Hohenstaufen, toute-puissante dans le sud-est de l'Allemagne, et ayant à sa téte, avec le titrn d'empereur, ua

m L*UN

prince habile et respecté , n'ayaît rien a craindre de la naine du' doc de Saxe.

Ce prince semblait partager l'Allemagne avec Frédéric. Son duché de Saxe s'étendait depuis la Poméranie jusqu'au Rhin. Mais les nombreux évéques de ses domaines , les villes riches et commerçantes qui s-y étaient éle- Tées, comme Lubeck, Hambourg, Maedebourg, Osnabruck, Munster, Paderbom, souhaitaient la ruine de cette grande puissance qui pesait sur eux.

Pour rendre la dislocation de ce grand duché plus facile, on intéressa chacune des parties h, la ruine de Henri. Les archevêques et évéques de Brème, Masdebourg, Minden, Verden, Paderborn, Munster, Hilde^heim, Halberstadt,'Merseboure,Naumbourg, fii« rent déclarés immédiats. L*arcbevéue de Mayence reçut FEichsfeld , celui e Cologne la Westphalie, le landgrave de Thuringe hérita du titre de comte palatin de Saxe , le Mecklembotirg devint indépendant, la Poméranie forma un duché, Lubeck fut d^laré ville impériale; enfin tout le reste, sous le nom de duché de Saxe , fut donné à Bernard, fils d'Albert l'Ours, premier margrave de Brandebourg, de la maison ascanienne. La Bavière paya les services d'Othon de Wittelsbacn; mais* on en détacha Ratisbonne, oui fut déclarée ville impériale, tous les évéchés qui devinrent immédiats , le margraviat de Styrie qui fut érigé en duché pour Ottocar, enfin le Tyrol et ristrie qui devinrent États immédiats. Ainsi l'ADemagne se trouva comme renouvelée par le partage des dépouilles de Henri le Lion. Il eut beau protester, combattre, il lui fallut demander grâce. On lui laissa ses biens héréditaires, Brunswick et Lunebourg.

lie malheureux prince, si puissant naguère et maintenant dépouillé, ne put se résigner à rester au milieu de ceux qui s'étaient enrichis de sa ruine ; il passa en Angleterre avec sa femme, iUle de Henri H (1181). Elle lui donna un fils nommé Othon, qui fut depuis empereur sous le nom d'Othon IV.

C'est d'un frère ée cet Othon que des-

cendent les princes qui régnent aujourd'hui en Angleterre.

1 182. — L'Allemagne est alors tranquille. Frédéric y abolit plusieurs coutumes barbares, entre autres celle de

Eiller le mobilier des morts, droit orrible que tous les bourgeois des villes exerçaient au décès d^n bourgeois, aux dépens des héritiers , et qui causait toujours des cjuerelles sans lantes, quoique le mobiUer fût alors oien peu de chose.

mkn DB MÀTBRCB. FmÉoiRlO ARMK SIS FIU CBSTALUmS.

L'année suivante est marquée par la conclusion de la paix de Constance (voy. ci-dessus la note de la page 303). En 1 184,rempereurtintunegrandedièteà Mayence, pour y faire reconnaître son fils Henri roi des Romaihs. Il y arma chevaliers ses deux fils Henri et Frédéric. «C'est le premier empereur qui ait fait ainsi ses fils chevaliers avec les cérémonies alors en usage. Le nouveau chevalier faisait la veille des armes , ensuite on le mettait au bain ; il recevait l'accolade et le baiser en tunique; des chevaliers lui attachaient les éperons ; il offrait son épée à Dieu et aux saints; on le revêtait d'une épitoge : mais ce qu'il y avait de plus bizarre , .c'est q^u'on lui servait à dîner sans qu'il lui fîi!lt permis de manger et de boire; Il lui était aussi défendu de rire (*).»

L'empereur passa toute l'année 1 185 en Lombardie pour y faire exécuter la paix de Constance. Afin d'effacer les souvenirs de l'ancienne lutte, il permit de relever les murs de Crème qu'il avait fait raser vingt ans auparavant, et fit célébrer dans Milan le mariage de son fils avec Constance, héritière du royaume de Sicile.

« Cette année 1186 est célèbre en 'Allemagne par l'usage qu'introduisit un évêque de Metz , nommé Bertrand, d'avoir des archives dans les villes et d'y conserver les actes dont dépendent les fortunes des particuliers : avant ce

(*) ToUaire, Aunales de l'empire, aoiiée Il 84'

temps-là, tout se /aisait par témoins seulement, et presque toutes les contestations se décidaient par des combats.

« [1187.] La Poméranie qui, après avoir appartenu aux Polonais, était vassale de TEmpire, et qui lui payait un léger tribut, est subjuguée par Canut , roi de Danemark , et devient vassale des Danois. Sleswig , auparavant relevant de TEmpire , devient un duché du Danemark. Amsi ce rovaume, oui auparavant relevait lui-même de rAllemagne, lui ôte tout d'un coup deux provinces.

« Frédéric Barberousse, auparavant s\ grand et si puissant, n'avait plus qu'une ombre d'autorité en Italie., et voyait la puissance de l'Allemagne dimuiuée.

« Il rétablit sa réputation en conservant la couronne de Bobéme à un duc ou à un roi que ses sujets venaient de déposer.

« Grands troubles dans la Savoie.

L'empereur Frédéric se déclare contre le comte de Savoie, et détache plusieurs flefs de ce comté , entre autres les évêcbésde Turin et de Genève. Les évéques de ces villes deviennent seigneurs de l'Empire : de là les querelles perpétuelles entre les évéques et les comtes de Genève.

« [1188.] Saladin, le plus grand homme de son temps, ayant repris Jérusalem sur les chrétiens, le pape Clément III fait prêcher une nouvelle croisade dans toute l'Europe.

FftiOKRIC PART TOVK LA CROISADE.

« Le zèle des Allemands s'alluma :

on a peine -à concevoir les motifjs qui déterminèrent l'empereur Frédéric à marcher vers la Palestine, et à renouveler, à l'âge de soixante-huit ans, des entreprises dont un prince sage devait être désabusé. Ce qui caractérise ces temps-là, c'est qu'il envoie ^n comte de l'empire à Saladin pour loi demander en cérémonie Jérusalem et la vraie croix. Cette vraie croix était incontestablement unetrès-fausse relique, et cette Jérusalem était une

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AGNE. 3Ô6

très-misérable ville; mais il fallait flatter le fanatisme absurde des peuples.

a On voit ici un singulier exemple de l'esprit du temps. Il était à cramdre que Henri le Lion , pendant l'absence de l'empereur, ne tentât de rentrér dans les grands États dont il était dépouillé. On lui fit jurer ou'il ne ferait aucune tentative pendant ia guerre sainte. Il jura , et on se fia à son serment. -

« [1 189.] Frédéric Barberousse, avec son fils Frédéric de Souabe, passe par l'Autriche et par la Hongrie avec plus de cent mille croisés. S'il eût pu conduire à Rome cette armée de A^otontaires, il était empereur en effet. Les

{)remiers ennemis qu'il trouve sont es<;hrétiens grecs de l'empire de Constantinople. Les empereurs grecs et les croisés avaient eu à se plaindre en tout temps les uns des autres.

VORT DE FRiDiRlC.

« L'empereurdeConstantinople était Isaac l'Ange. Il refuse de donner le titre d'empereur à Frédéric qu'il ne regarde que comme un roi d'Allemagne; il lui fait dire que, s'il veut obtenir le passage, il faut qu'il donne des otages. On voit dans les constitutions de Goldast les lettres de ces empiereurs. Isaac l'Ange n'y donne d'autre titre à Frédéric que celui d'avocat de l'Église romaine. Frédéric répond à l'Ange qu*il est un chien. Et après cela on s'étonne des épithètes que se donnent les héros d'Homère dans des temps encore plus héroïques.

a [1190.] Frédéric s'étant frayé le passage à main armée, bat le sultan d'Iconium; il prend la ville; il passe le mont Taurus, et meurt de maladie {*) après sa victoire, laissant une réputation célèbre d'inégalité et de

(*) n mourut le lo juin 1 190 , pour s'étra baiçDC dans le Cydnus; imprudence qui avait déjà failli coûter la vie 4 Alexandre, roi de Macédoine. Quelques historiens assiu*ent que Frédéric se nova dans la rivière de Saler, que des géograpnes croient u'ètro pas la même que le Cydnus.

L'UNIVERS

enuideur, et une mémoire chère à F Allemagne plus qu*à T Italie.

« On ait qu'il fut enterré à Tyr. On ignore où est la cendre d'un empereur qui fit tant de bruit ^ndant sa vie.

il faut oue ses succès dans FAsie aient été Beaucoup moins solides qu'éclatants ; car il ne restait ' à son fils Frédéric de Souabe qu'une armée d'en* viron sept à huit mille combattants, de cent mille qu'elle était en arrivant.

« Le fils ipourut bientôt de maladie comme le père (*), et il ne demeura en Asie que Léopold. duc d'Autriche, avec quelques cnevaiiers. C'est ainsi que se terminait chaque croisade (**). »

, lioKHiMi sui. raioÉaic fiA.aBKRousss.

Les Allemands ne purent croire que leur grand empereur n'était plus.

Frédéric n'est pas mort, dirent -ils, il dort seulement. «C'est dans un « vieux château désert, sur une mon- « tagne. Un berger l'y a vu , ayant « pénétré à travers les ronces et les «broussailles; il était dans son ar- « mure de fer , accoudé sur une table «de pierre, et sans doute il y avait « longtemps, car sa barbe avait crû « autour de la table et l'avait embras- « sée neuf fois. L'empereur soulevant « à peine sa téte appesantie , dit seu- « lement au berger : Les corbeaux vo- « lent-ib encore autour de la monta* « gne ? — Oui encore. — Ah ! bon , je «puis me rendormir.» Qu'il dorme longtemps , car les corbeaux sont tour jours au-dessus des tours , et les prêtres et l'Église et le peuple; maintenant veillent k ce que rien ne tire de son profond sommeil la féodalité elle-

O II mourut de la peste au siège de Ploléiùaïs.

(*•) Voltaire, Annales de l'Empire.— On apprécie trop peu cel excellent résumé de l'histoire d'Allemagne. Voltaire, comme historien, est assez légèrement (raité aujourd'hui. Les éeoles modernes, qui prétendent voir de si haut l'histoire des peuples , n'accordent, on le conçoit, que peu J'estime an bon sens da philosophe Femey.

même endormie avec son chef. Quel gracieux symbole ; comme l'Allemagne sait embellir jusqu'à la mort , comme elle en finit doucement, poétiquement, avec son vieux système féodal. Il est vrai qu'elle ne sait point garder rancune. Napoléon , ^ui lui a fait tant de mnl , compte mamtenant au delà du Hhin plus de sincères admirateurs que dans la France même (*).

(*) « Quand Frédéric reparaîtra , continue la légende que nous venons de citer, il sus* pendra sou bouclier à un arbre desséché. On verra l'arbre reverdir, et ce sera le signe d'une nouvelle ère, d'une époque de vertus et de félicité. » Cette tradition n'existe ^ pas seulement pour Frédéric Barberousse, «Charlcmagne est aussi dans leWundcrberg, la couronne d'or sur la tète, le sceptre a la main ; sa longue barbe lui couvre toute la poitrine ; autour de lui sont rangés ses principaux seigneurs. Ce qu'il attend là , on ne sait; la tradition dit que c'est le secret de Dieu. Arthur, Guillaume Tell veillent de même dans les flancs des montagnes , laissant pousser leur barbe blanche, et attendant le Jour où ils doi^-ent reparaître pour secourir leur pa>s. Le peuple est, comme les individus, attaché au souvenir des êtres qu'il a aimés; il ne veut pas laisser mouri|^ entièrement ses bienfaiteurs et ses héros ; il les endort non loin de lui , il les berce au bruit de leurs louanges. Il espère qu'un ^jour, quand il les appellera, ils reviendront.

^ « Dans les chants populaires de la Scan- * dinavie et de l'Allemagne , l'on retrouve souvent des traditions semblables. Ainsi c'est le vieux Orm qui dort dans une'montagiie avec sa redoutable épée. Son fils, qui doit combattre contre le géant de Berne, s'en vient frapper à la norte du tombeau de son père. U frappe si fort qu'il brise le rocher , et le père se réveille.

— Quel est le téméraire qui vioit ainsi me troubler dans mon i-epos ?

— C'est moi , Orm , ion fils.

— Que veux-tu ? Je t'ai donné , l'année dernière, des monceaux d'or et d'argent. '

— C'est vrai : tu m'as donné , l'amiée dernière, des monceaux d'or«t d'argent; mais aujoui-d'hui je veux ton épée.

— Tu n'auras pas Birliug, ma redoutable épée , avant que tu sois allé en Irlande venger ma mort

BENBI YI.

Heori, fils de Frédéric Barberousse, était resté en Allemagne pendant le voyage de son père à la terre sainte. Il avait été déjà depuis longtemps proclamé roi des Romains; il ne trouva donc point de résistance pour entrer dans rexercicede Tautorite royale. Il eut dès la première année de son règne une guerre à soutenir contre Henri le Lion, qui crut Toccasion favorable pourTessaisir ses anciens domaines , et ne craignit pas de rompre la parole qu'il avait donnée à Frédéric. Ce nouvel effort ne réussit pas; Tancien duc de Saxe, assiégé dans Brunswick, fut contraint de venir implorer la clémence du roi.

EXPÉDITfOir DX SICILE.

Henri VI ,était pressé de se voir délivré de tout embarras en Allemagne, pour aller recueillir le riche héritage que la mort de Guillaume II, roi de Sicile et neveu de Constance , sa femme , faisait tomber entre ses mains. Il devait, il est vrai, rencontrer quelques obstaclesjcar les Siciliens, qui se voyaient avec effroi menacés de la domination d'un prince allemand, voulurent avoir un roi indigène, qui vécût au milieu d'eux et prît à cœur leurs intérêts , et proclamèrent un prétendu fils naturel d'un frère du dernier roi , sous le nom de Tancrède. A cette nouvelle, Henri bâta sa marche

— Si lu me la refuses, je brise la montagne qui te sert de tombe en ciuq mille morc^ux.

« Le vieux guerrier lui donne son cpée. Orm tue le géant , el s*en va ensuite en Irlande tuer les meurtriers de son père.

« Dans une ballade allemande , c'est us pauvre petit enfant que sa mère pleure sans cesse , et qui se lève et vient lui dire : « Oh m ma mère , ne pleure pas tant , car ma pe- « tite chemise fst toute mouillée de larmes « aue tu verses , et je ne peux pas dormir « dans mon tombeau. »>Iarmier, chants danois, passim. Yoyei encore ^ue tradilioa semblable, JutricJit, p. 4, col, a, note.

AGNE. 307

vers l'Italie. En passant par Rome, il se Qt couronner empereiu* par le pape Clément III, qui avait déjà donné l'investiture du royaume des Deux- Siciles à Tancrède. Roger de Howden raconte les détails singuliers et peu vraisemblables de ce couronnement.

« Le seigneur pape était assis dans la chaire pontificale, tenant entre ses pieds la couronne d'or (*); l'empereur et rimpératrice, prosternés devant lui, reçurent de ses pieds la couronne.

Aussitôt qu'elle fût placée sur leurs têtes , il fraopa du pied celle de l'empereur et la fit tomber à terre, voulant signiGer par là qu'il avait le pouvoir de le renverser dxi trône impérial , s'il venait jamais à démériter ; mais les cardinaux la ressaisirent aussitôt et la replacèrent sur la téte de Henri VI. » Quoi qu'il en soit , Henri , muni de la couronne impériale, poursuivit sa route vers l'Italie méridionale; peu de villes résistèrent, à Fexception de Naples qu'il assiégea vainement. Mais le cli* mat de l ltalie fit justice des Allemands. L'empereur, réduit à un petit nombre de troupes , fut contraint de retourner en Allemagne. Il n'avait pas craint, pour obtenir les secours des Génois et des Pisans, de leur livrer à l'avance tout le commerce de la Sicile , de leur sacrifier les intérêts mercantiles de ses futurs sujets. « Si par «vous, après Dieu, je puis recou- « vrer mon royaume de Sicile , leur « disait-il , l'honneur en Sera pour moi , « mais le profit tout entier pour vous. « £n effet, moi je ne dois pas y séjour- « ner avec mes Allemands ; mais vous « et vos descendants vous y demeure- « rez, et le rojraume à tous égards « sei^ bien pluiot à vous qu'à moi. »

OAPTrvrrx dx bjcbard coxum dx lxov*

A son retour en Allemaene, Henri conclut (1194) tme paix définitive avae

(*) LVmpereur recevait trob covonnea, celle de Germauie , qui était d'argent , qii se prenait à Aix-la-Chapelle ; celle de Lorn* hardie , qui était de fer, et se prenait à Milan ; enÛD , celle de TEmpire, qui était d*or, et qu'il ne pouvait recevoùr qu'à Rome.

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