‹ Allemagne T. 2Chapitre 34 sur 56 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

L'UNIVERS

Henri le Lion, qui mourut l'année suivante. Cest alors qu'eut lieu la scandaleuse captivité de Richard Cœur de Lion. Ce prince s'était pris de querelle en Palestine avec le duc d'Autriche Léopold. Le jour de la prise d'Acre, le roi d'Angteterre, trouvant la bannière du duc arborée sur les murs avant la sienne , la fit aussitôt enlever , déchirer et jeter dans une fosse d'ordures. Mais lorsqu'il revint en Europe, rappelé par les craintes que lui inspirait rambitîon de son frère Jean sans Terre, une suite d'aventures le conduisirent surles terres de ce même duc d'Autriche. En effet, étant parvenu à la hauteur de la Sicile, «il s'avisa tout à coup qu'il y aurait du danger pour lui à débarquer dans un des ports de la Gaule méridionale, parce que la plupart des seigneurs de Provence étaient parents du marquis de Montferrat, qu^on Taccusait d'avoir fait tuer, et parce que le comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, qui était, sous le roi d'Aragon, suzerain des villes maritimes situées à Fouest du Rhône, était son ennemi personnel. Craignant avec raison quelques embûches de leur part, au lieu de traverser la Méditerranée, il entra dans le golfe Adriatique , après avoir congédie la plus erande partie de sa suite, afin de n'être point reconnu.

Son vaisseau fut attaqué par des pirates , avec lesquels , à la suite d'un combat assez vif, il trouva moyen de faire amitié, si bien qu'il quitta son navire pour un des leurs , qui le conduisit à Zara, sur les côtes d'EscIavonie. Il prit terre avec Un baron normand, appelé Baudouin de Béthune, maître Philippe et mattr^ Anselme, ses chapelains, quelques templiers et quelques serviteurs. Il s'agissait d'avoir un sauf -conduit du seigneur de la province, qui, par un hasard fatal , était l'un des nombreux parents du marquis de Montferrat.

Le roi envoya un de ses gens faire cette demande, et le chargea d'offrir au seigneur un ^os rubis qu'il avait acheté en Palestine à des négociants pisans. Ce rubis, alors célèbre, fut

reconnu par le seigneur de Zara. « Qui a sont ceux qui t'envoient me dcman- « der passage.^ deinanda-t-il au mesa sager. — Des pèl^ins revenant de « Jérusalem. — Et leur nom? — L'un « s'appelle Baudouin de fiéthune, et «l'autre Hugues le mardiand, qui « vous offre cet anneau. » Le seigneur, examinant Fanneau avec attention , fut quelque temps sans rien dire, et reprit tout à coup : « Tu ne « me dis pas vrai ; ce n'est pas Hu- « gues q\x i\ se nomme, c'est le roi « Richard; mais puisqu'il a voulu m'ho- « norer de ses dons sans me connaî- « tre, je ne veux point l'arrêter , je lui « renvoie son présent et le laisse libre « de partir. » »

« Surpris de cet incident auquel il était bien loin de s'attendre , Richard

r rtit aussitôt f on ne chercha point l'en empêcher. Mais le seigneur de Zara envoya prévenir son frère , sei-

§neur d'une ville voisine, que le roi es Anglais était dans le pays , et devait passer sur ses terres. Le frère avait à son service un Normand appelé Roger, originaire d'Argenton , auquel il donna aussitôt commission de visiter chaque jour toutes les hôtelleries où logeaient des pèlerins , et de voir s'il ne reconnaîtrait pas le roi d'Angleterre au langage ou à quelque autre signe, lui promettant, s'il réussissait à le faire saisir , la moitié de sa ville à gouverner. Le Normand se mit à la recherche durant plusieurs jours , allant de maison en maison , et finit par découvrir le roi. Richard essava d'abord de cacher qui il était mais poussé à bout par les questions du Normand , il fut contraint d'en faire l'aveu ; alors Roger se mit à pleurer et le conjura de prendre sur-le-champ la fuite, lui offrant son meilleur cheval; puis il retourna vers son seigneur, lui dit que la nouvelle de l'arrivée du roi n'était qu'un faux bruit, qu'il ne l'avait point trouvé, mais seulement Baudouin de Béthune , un de ses compatriotes, qui revenait de pèlerinage. Le seigneur , furieux d'avoir manqué son coup, fit arrêter Baudouin et le retint en prison.

< Pendant ce temps, le roi Richard était en fuite sur le territoire allemand, ayant pour toute compagnie Guillaume de TÉtang, son ami intime, et un valet qui savait parler la hnfpie teutonique, soit qu'il fût An-

âlais de naissance, soit que sa conition inférieure lui eût donné le goût d'apprendre la langue anglaise, alors exactement semblable au dialecte saxon de la Germanie, et n'ayant ni mots français, ui locutions, ni constructions françaises^ Ils voyagèrent trois jours et trois nuits sans prendre de nourriture , presque sans savoir où ils allaient , et entrèrent dans la province qu'on appelait en langue tudesque Ost-ricou Oest-reich^ c*est-à-dire, pays de l'est. Ce nom était un dernier souvenir du vieil empire des Francs , dont cette contrée avait formé jadis l'extrémité orientale. VOst-ric ou Autriche , comme disaient les Français et les ?îormands, dépendait de Fempire germanique , et était gouvernée par un chef qui portait le titre de Heerzog ou de duc, et par malheur ce duc , nommé Liet-pola (Léopold) , était celui que Richard avait mortellement offensé en Palestine, en faisant déchirer sa bannière. Sa résidence était à Vienne sur le Danube, où le roi et ses deux compagnons arrivèrent épuisés de fatigue et de faim.

« Le serviteur qui parlait anglais alla au chance de la ville échanger des besans d or contre de la monnaie du pays. Il flt, devant les marchands, Deàucoup d'étalaçe de son or , prenant lAi air de digmté et des manières d'homme de cour. Les bourgeois soupçonneux le menèrent à leur magistrat pour savoir qui il était. Il se donna pour le valet d'un riche mardiand qui devait arriver dans trois jours , et tut mis en liberté sur cette réponse. A son retour au logis du roi, il lui raconta son aventure et lui conseilla de partir au plus vite; mais Richard, désirant prendre du repos, demeura encore quelques jours. Durant cet intervalle, le bruit de son débnrquemeat à Zara se répandit en Autriche, et le duc Liet-pola, qui désirait à la fois ss

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venger et s'enrichir par la rançon d'un pareil prisonnier, envoya de tous côtés à sa recherche des espions et des gens armés. Ils parcoururent la contrée sans rien découvrir; mais un jour, le même serviteur qui avait déjà été arrêté une fois, se trouvant au marché de la ville où il achetait des provisions, on remarqua à sa ceinture des gants richement orodés, tels qu'en portaient avec leurs habits de cour les grands seigneurs de l'époque. On le saisit de nouveau, et, pour lui arracher des aveux, on le mit à la torturci U révéla tout, et indiqua l'hôtellerie où se trouvait le roi Richard.

Elle fut cernée par les gendarmes du ducd'Autriclie, qui, surprenant le roi, l'obligèrent à se rendre: et le duc, avec de grandes marques de respect, le fit eniermer dans une prison , . où des soldats d'élite 4e gardaient jour et nuit répée nue.

« Dès que le bruit de l'arrestation du roi d Angleterre se fut répandu , l'empereur , ou César de toute TAlle-»

magne, somma le duc d'Autriche , son vassal , de lui remettre le prisonnier , sous prétexte qu'il ne convenait qu'à un empereur de tenir un roi en prison. Le duc Liet-pold se rendit à cette raison bizarre avec une bonne grâce apparente, mais non sans stipuler qu'il lui reviendrait au moins une certaine part de la rançon. Le roi d'Angleterre lut alors transféré de Vienne à Worms, dans une des forteresses impériales, et l'empereur, tout joyeux, envoya au roi de France un message qui lui fut plus agréable, dit un historien du temps, qu'un présent d'or et de topazes. Philippe écrivit aussitôt à l'em-

Sereur pour le féliciter cordialement e sa prise et l'engager de la garder avec soin, parce que, disait-il, le monde ne serait iamais en paix si un semblable perturbateur réussissait à s'évader.

En conséquence , il proposait de payer une somme égale, ou même supérieure à la rançon du roi d'Angleterre, si l'empereur voulait le lui donner en garde.

« L'pmpèreur soumit , selon l'usage, cette proposition à l'assemblée des Sei-

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enears et ôts évétpes du pays, qu^en langue tadesque on appelait aiet, mot qui, au commencement, signifiait le peuple en général , mais gui avait pris par degrés une signification plus restreinte. Il exposa devant la diète les naotifis de la demande du roi de France, et justifia Temprisonnement de Richard par le prétendu crime de meurtre commis sur le marquis de Montferrat, Tinsulte faîte à la bannière du duc d'Autriche , et la trêve de trois ans conclue avec les ennemis de la foi. Pour ces méfaits, le roi d'Angleterre devait, selon lui, être déclaré eanemi capital de l'Empire. L'assemblée décida que Richard serait jugé par elle sur les griefs gu'on lui imputait; mais elle refusa de le livrer au roi de France....

« Le jour fixé pour le jugement du roi arriva. Il comparut comme accusé devant la diète germanique assemblée à AVorms ; il n'eut besoin que de promettre pour sa rançon cent mille livres d'argent , et de s'avouer vassal de l'empereur, pour être absous sur tous les points. aveu de vasselage, qui n'était qu'une simple formalité, avait de l'importance aux yeux de l'empereur , à cause de ses prétentions a la domination universelle des Césars de Rome, dont il se disait Théritier. La sujétion féodale du royaume d'AnçîIeterre à l'empire germanique n'était pas de nature à durer longtemps , él néanmoins l'aveu et la déclaration s'en firent alors avec toute la pompe et l'appareil commandés par les usages du siècle. « Le roi Richard, dit un con- « temporain, se destitua du royaume, « et le remit à l'empereur , comme au «seigneur de toute la terre, Ten in- « vestîssant par son chapeau; et Tem- « pereur le lui rendit aussitôt pour le « tenir en fief de lui , sous la con- « dition d'un tribut annuel de 5000 « livres sterling, et l'en investit par « une double couronne d'or. » Après cette cérémonie, l'empereur, les évêques et les seigneurs allemands promirent, par serment, sur leur âme, que le roi d'Angleterre deviendrait libre aussitôt qu'il aurait payé cent mille livres , et dès ce jour là capti-

vité de Ricïiard fut moins étroite....

« Il y avait près de deux ans que le roi était en pnson ; il s'ennuyait de sa captivité, et envoyait message sur message' à ses officiers et à ses amis d'Angleterre et du continent , pour les presser de le délivrer, en payant sa rançon. Use plaignit amèrement d'être négligé par les siens , et de ce qu'on ne faisait pas pour lui ce que lui-même eût fait pour tout autre. Il exprima ses plaintes dans une chanson composée en langue romane méridionale, idiome qu'il préférait au dialecte moins poli de la Normandie, de l'Anjou et de la France :

« J'ai nombre d'amis, mais ils don- « nent pauvrement; c'est honte à eux, « si , faute de rançon , depuis deux hi- « vers , je suis ici prisonnier. »

a Pendant que la seconde collecte pour la rançon du roi Richard se faisait par toute l'Angleterre , des messagers de l'empereur vinrent à Londres, recevoir, comme à-compte sur la somme totale, l'argent qu'on avait déjà réuni. Ils en vérifièrent la quantité par poids et par mesure, dit un historien du temps, et mirent leur sceau sur les sucs, que. des matelots anglais transportèrent jusqu'au territoire de l'Empire, aux risques et périls du roi d'Angleterre. L'argent arriva sain et sauf entre les mains du César de l'Aile-' magne , qui en envoya le tiqf s au duc d'Autriche , pour sa part de prise. Ensuite il y eut une nouvelle diète assemblée pour décider du sort du prisonnier , dont la délivrance fut fixée àja troisième semaine après Noël, à condition qu'il laisserait un certain nombre d'otages pour garantie du payement qui lui restait à wire. Le roi Richard accorda tout , et l'empereur , ravi de sa bonne grâce, voulut lui faire un don en récompense. Il lui octroya par charte authentique, pour les tenir de lui en fief, plusieurs provinces qu'il appelait siennes, dans le style de sa chancellerie , telles que le Viennois et une partie du pays qu'en langue romane on nommait Bourgogne , et les villes et territoires de Lyon , Arles, Marseille et Narbonne. « Or, il faut

«savoir, dit un contemporain, que « ces terres données au roi par remit pereur contiennent cinq arclievéchés « et trente- trois évécbés , et il fautsa- « voir aussi que ledit empereur n'y a « jamais pu exercer aucune espèce d'au- «torité, et que les habitants n'ont « jamais voulu reconnaître aucun sei- « gneur nommé ou présenté par lui. »

« Lorsque le roi de France et le comte Jean, son allié, apprirent ce gui venait d*étre résolu dans la diète impériale, ils craignirent de n'avoir pas le temps d'exécuter leurs desseins avant la délivrance du roi , et envoyèrent en grande hâte des messagers à l'empereur pour lui offrir 70,000 marcs d'argent s'il voulait prolonger d'une seule année l'emprisonnement de Richard , ou , s'il l'aimait mieux , mille livres d'argent pour chaque nouveau mois de captivité , ou bien encore cent cinquante mille marcs pour que le prisonnier fiU remis à la garde du roi de France et du comte. L'emjjereur, tenté par ces brillantes propositions , eut envie de manquer à sa parole; mais les membres de la diète, qui avaient juré de la tenir fidèlement , s'y opposèrent, et, usant de leur puissance, firent relâcher le captif vers la fin de janvier 1 194. Richard ne pouvait se diriger vers la France ni vers la Normandie, envahie alors par les Français, et ce mi'il y avait de plus sûr pour lui, c'était de s'embarquer dans un port d'Allemagne pour aller directement en Angleterre : mais on était dans la saison des mauvais temps ; il fut obligé d'attendre plus d'un mois à Anvers, et, pendant cet intervalle, l'empereur fut de nouveau tenté par l'avarice. L'espoir de doubler ses profits l'emporta sur la crainte de déplaire à des chefs moins puissants que lui, et qu'en qualité de seigneur paramonty il avait mille moyens de réduire au silence. Il résolut donc de s'emparer une seconde fois du prisonnier qu'il avait laissé partir; mais le secret de cette trahison ne fut pas assez bien gardé, et l'un des otages restés entre les mains de l'empereur trouva moven d'en avertir le. roi. Richard s'embarqua aussitôt

AGNE. m

dans la galiote d*un mardiand dcNor^ mandie appelé Alain Tranchemer ; et, ayant ainsi échappé aux hommes d*armes envoyés pour le prendre , aborda heureusement au port ae Sandwich (*} . »

tftooHDs ixpiDiTzoïr ur itàlii. ;

La rançon de Richard servit à payer les frais a'une nouvelle expédition en Italie. Tancrède était mort du chagrin que lui avait causé la perte de son fils aîné. Ces événements préparèrent les voies à l'empereur, gui , après avoir, dans une assemblée tenue a Yerceil , rétabli la paix entre les villes de Lombard ie , et apaisé les troubles qui déchiraient toutes ces cités , entra dans le royaume de Naples où il ne rencontra nulle part de résistance, si ce n'est à Salerne , qu'il fallut enlever d'assaut. La Sicile, où les flottes de Pise et de Gènes le transportèrent, ne se défendit pas davantage.

CaUAUTSS DS nwsKt vx.

Une conquête si facile devait exciter l'indulgence du vainqueur. Cependant Henri montra une extrême cruauté. Sous le prétexte d'une conspiration ourdie contre sa personne, il fit mourir plusieurs des grands du royaume.

La veuve de Tancrède et ses nlles furent envoyées prisonnières dans an couvent de l'Alsace. Le jeune roi , fils de Tancrède , qui était venu lui-même déposer sa couronne aux pieds de Henri , eut , dit-on , les yeux crevés , et de ce moment il disparaît sans que l'histoire sache son sort. Il fit exhumer le corps de Tancrède, et lui fit couper la téte par le bourreau. Puis il s empara des trésors des anciens rois (1194).

TSKTATITt DZ UIHai VI POUE RSHDIB L*Elt- P(RI HiaÉDITAlRS DAHI SJl PAMILU.

A son retour en Allemagne, 9 tou-

(*) Aiiguslia Thierry, Histoire de la c<mquclc de rAiigleferre par les Nonnands, t. IV, p. 64 el suiv.

L'UNIVERS

lut réaliser un projet qui lui tenait fort h cœur, celui de rendre FEmpire héréditaire dans sa maison. Pour y faire consentir les seigneurs qui avaient droit à rélection , il offrit d^incorporer le royaume de Sicile à l'empire germanique, d'ériger en seigneuries héréditaires et purement allodiales tous les fiefs mouvants de la couronne, et de renoncer à la dépouille des clercs. Plus de cinquante princes s'étaient laissé gagner par ces offres , et le pape luimême avait paru s'y prêter avec em-

{)ressement ; mais rien ne put vaincre es oppositions du duc de Saxe et du margrave de Brandebourg. Le pape profita de cet incident pour retirer le consentement qu'il avait donné à Un projet qui aurait privé le saint-siége du droit qu'il s'était attribué de confirmer les élections des empereurs. Cependant les princes consentirent à élire pour roi des Romains son fils Frédéric, qui était alors à peine âgé de deux ans.

nOCTXLW CRUAUTES Dt HEHRf.

Un second voyage que l'empereur fit dans le nouveau ro3*aume fut marqué

Ïar de nouvelles cruautés. Un comte ourdan, de la maison des princes normands, essaya d'exciter un mouvement populaire oui débarrassât la Sicile des Allemands ; mais il fut mal soutenu : on le livra à Henri , qui le fit périr par un supplice atroce; le malheureux fut attaché nu sur une chaise de fer brûlante , et on le couronna d'un cercle de fer enflammé qu'on lui attacha sur la tête avec des clous. Tant de cruautés amenèrent une révolte sérieuse : on tua tout ce que l'on trouva d'Allemands en Sicile; ce fut comme le premier coup des vêpres siciliennes qui devaient sonner plus tard jpour les Provençaux de Charles d'Anjou. Il lui fallut combattre de nouveau contre ses sujets. Mais il mourut à l'âge de 33 ans ( 28 septembre 1197), soit des fatigues qu'il avait endurées au siège d'une place, soit d'un poison que lui administra sa propre femme Constance, qui vengeait

ainsi sur lui sa famille et sa patrie. — On dit qu'au moment de sa mort il songeait au plan gigantesque de relever l'empire d'Orient ; puis d'unir les deux couronnes et les deux Églises.

PHILIPPB DE SOUABB.

(xxgS-zaoS.)

Le fils de Henri VI, Frédéric II, avait été élu roi des Romains du vivant même de son père. Mais les états ne voulurent pas d'un roi enfant. Frédéric étant écarté , plusieurs princes se portèrent pour candidats. Pnilippede Souabe , irère de Henri VI , voyant que son neveu n'avait aucune chance, sollicita pour lui-même , et se fit élire par les états de Souabe , de Saxe , de Bavière , de Franconie et de Bohême. Mais toutle nord-ouest de l'Allemagne, les amis de la maison Guelfe , se réunirent à Andernach, et uroclamèrent Othon IV, troisième iils dé Henri le Lion. Les deux rivaux clierchèrent bientôt à l'emporter l'un sur l'autre par les armes. Philippe de Souabe avait pour allié le roi de France, ennemi naturel d'Othon , gendre du roi d'Angleterre; mais Othon avait pour lui le pape Innocent III, qui lança l'excommunication contre Philippe et ses adhérents. Philippe n'en battit pas moiiiS son adversaire près de Cologne.

Tout le monde abandonnait Othon ; le pape lui-même se réconcilia avec Philippe de Souabe, qui semblait devoir régner sans contestation sur toute l'Allemagne, lorsqu'il fut assassiné par Othon de TVitteIsbach , auquel il avait refusé sa fille. L'assassin , mis au banc de l'Empire , fut poursuivi , traqué comme une bête fauve, et tué enfin par un homme qui avait à venger sur lui la mort de son père. Sa téte, détachée de son corps, fut jetée dans le Danube.

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