SAXONS
Au nord-est des Francs, se montre, à la fin du troisième siècle , la confédération des Saxons 9 ainsi appelés de leur arme favorite, la courte a)ée. Ils paraissent avoir habité d'abord la péninsule Cimbrique et les îles voisines ; de là leur lieue s'étendît avec leur nom jusqu'aux frontières des Cliérusques et au pays des Francs. Empêchés par ceux-ci de pénétrer jusqu'au Rhin et dans les provinces gauloises, ils montèrent sur des vaisseaux pour aller piller les côtes de la Gaule et de la Bretagne, que la décadence précoce du grand empire laissait sans défense. On voit, l'an 286, Maximien, le collègue de
Dîoclétîen, charger Carausîus de réprimer, avec une flotte, les ravages des Saxons. C'est la première fois que se montrent dans Thistoire ces terribles pirates, sous les coups desquels mourra à son tour le grand empire germanique fondé par Charlemagne.
COTHS. ALAINS. VANOAI BS.
En mène temps se montraient, dans Test de la Germanie, des peuples qui, les premiers, devaient hériter de Tempire romain , les Goths , les Alains, les Vandales. Dès Tanoée 211, on voit paraître les Goth< sur le Danube inférieur; dès lors ce peuple occupe soQvent les écrivains de Rome, car sa puissance et ses incursions jetèrent fréquemment la terreur dans les provinces romaines situées audessous du Danube. Si Ton en croyait Jomandès , les Goths seraient sortis de la Scandinavie, pour descendre, comme les Cimbres tt les Teutons, vers les eontrées du sud. D'autre part, noua voyons, dès le premier sièae de notre ère, les Gothons habiter à Test des Marcoroans. Est-ce le même peuple, et faut*il le confondre aiec les anciens G êtes ? Quoi qu'il en soit de cas opinions, les Goths, et c'est iei la seule CDOse qu'il mous importe de savoir , .
Ên^naient au-dessus du Danube une puissante nation , gui peu à peu s'éteadit sur une ligne immense, des rives de la Baltique jusqu'à celles dé la mer Moire, et remplaça, mais d'une manière plus formidable pour Rome, les Daoes ^ncus par Trajau , comme les Francs, les Alemans avaient succédé à rancienne ligue des Chérusques et à #rile des Suères.
Les Vandales étaient placés à l'ouest des Goths, le long des rives de l'Oder et sur les côtes, dans la Poméranie et le Mecklenbourg. Pline et Procope les regardent comme faisant partie de la ntSioo des Goths; leurs coutumes, leur -retigioD, leur langue, les rapprodheot en effet de ce peuple. Les Hornles , les Burgpndes et Laugobards (les longues barbes ou les longs couteatn ) paraissent avoir été des tribus vandnlee:
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Quant aux Akîns, c^étsit un peuple sorti plus tard de l'Asie : il avut habité long -temps le Caucase; et ce n'était qu'en reculant devant les gran*des niic^atious des hordes asiatiques, qu'il s'était rapproché de la Germanie.
Tel était, au troisième sièdie, l'est et l'ouest de l'Allemagne. Au centre se troifvaient encore les dâiris de cette ancienne confédération suévtque. qui, au premier siècle, couvrait presque toute la Germante. Le rôle des Suèves est fini; les Romains ne les eonnaissent plus. S'ils prennent part aux grands mouvements qui se font autour d*eux, ce n'est pas comme nations indépendantes , mais en se mêlant aux peunies voisins , en allant , perdus au milieu d'eux , à la conquête et à la mine db l'empire romain.
L'intervalle qui s'écoule entre l'époque où nous sommes arrivés et celle où commenceront les grandes et définitives invasions , est rempli par une foule de guerres soutenues par les peuples des frontières contre les légions. Ce sont les derniers efforts de Rome mourante : le géant qui a si lonç -temps tenu le monde sous lui, ne périra pas, il est vrai, sans porter de rudes coups à ses ennemis; mais de quelque intérêt qu'il soit de cbmpter ainsi une à une les dernières pulsations de ce corps Immense, nous sommes trop pressés d'arriver au moment solennel de sa chute, pour nous arrêta:
ici long-temps. Il faut se hâter. Les Francs se préparent, les Goths sont prêts, et les chefs des ïluns leur naoatrent l'Occident.
J'ai d'un g^ant va I« faotdm* immcase
Et dft M hadhe il moittrait TOcddcnk
Da roi de* Uaw c'était roai|»rf iaainortdie.
$ IX. Drpvis u miliiu du m* iiài&B
JUSQU\ LA ORAVOI fHVAlIOS OU BaE- BARK8. l5o — 370.
Pendant que l'empire romain se débattait péniblement au milieu des guerres civiles si ne savait atique|f de ses dix-sept em|)ereurs il devait obéir, les Goths envahissaient la Dada, Cran-
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cbissaient le Danube et rançonnaient les villes romaines. Dèce, nommé empereur, Tan 250 , conduisit toutes les forces de Fempire contre leur roi Kniva, qui, à fa téte de 60,000 Barbares , ravageait la Mœsie. Les Goths parurent fuir à son api^rodie; mais bientôt se retournant avec fureur contre ceux qui les poursuivaient, ils pillèrent le camp romain et s'emparèrent de Philippopolis. Cent mille personnes, dit Ammien, y furent massacrées. Une nouvelle bataille, livrée par Dèce, ne fat pas plus heureuse. L'empereur luimême y périt avec son fils, et jamais on ne put retrouver son corps.
Gaiius, son successeur, conclut un traité honteux avec les Barbares , leur laissa leur butin , leurs prisonniers, et leur promit même un tnbut annuel. La Thrace et la Moesie furent pres<]ue abandonnées à leurs pillases. Ainsi le dieu Terme reculait, non plus comme au temps d'Adrien , par la libre volonté de l'empereur, mais repoussé par la rude mam d^ Barbares. Sous Valérien, un roi germain s'établit, sans opposition, dans la province romaine de Pannonie; et le fils de l'empereur Gallien, associé lui-même à l'empire, mit sur les épaules de la fille du roi barbare le manteau d'impératrice romaine, en la prenant pour femme.
' Les Francs se mettaient aussi en mouvement. Une troupe considérable, partie de la rive droite du Rhin , pénétra dans la Gaule, ravagea cette province, sons les yeux de Gallien, depuis l'océan du Nord jusqu'aux Pyrénées, passa les montagnes, dévasta, pendant douze années, l'Espagne, où l'on voyait encore, au sixième siècle , les ruines qu'ils avaient faites à Tarragone, et alla jusqu'en Afrique effrayer les habitants de la Mauritanie, qui pouvaient se croire, cq)endant, à l'abri de la fureur des Francs.
Tout le monde barbare était en mardie. Presqu'à la même époque, les Alemans pénétraient, à travers les Alpes rhétiennes, jusqu'en Italie , jus^ mi^à Ravenne. Les deux empereurs étaient éloignés avec les légions. Rome restait abandonnée à ses seules rea-
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sources. Le sénat, depuis si long-temps engourdi, montra tout à coup une énergie et une activité qu'on ne soupçonnait pas. Une armée nombreuse' fut réunie, et les Alemans, étonnés, se retirèrent devant elle, emportant leur butin. Ces événements se passaient l'an 260 de J.-C. La même année, Valérien, vaincu et fait prisonnier par Sapor, montrait au monde un empereur romain devenu le jouet et la risée des Perses.
Ainsi toutes les frontières étaient franchies, et l'empire, chancelant sur sa base, semblait menacer ruine. Mais dans les temps d'orage , il se trouvé parfois des nommes supérieurs pour prendre hardiment leur place sur le navire et se mettre au gouvernail. De rUIyrie, de cette province où la guerre contre les Barbares était la vie commune, sortit une suite de princes durement trempés, de vrais soldats qui firent leur affaire d'aj^prendre aux Barbares que Rome n'avait pas eacore épuisé toutes ses forces. Cfaude, Aurelien, Probus, les repoussèrent jusqu'à leurs anciens cantonnements. Les Goths (270) prouvèrent, sous le premier, une sanglante défaite près de Naïssus, et furent contvints par Aurélîen d'accepter une trêve de vingt ans , de fournir un corps auxiliaire de deux mille cavaliers, et ae se contenter de la Dacie. Les Alemans, unis aux Juthunçes, aux Marcomans, aux Vandales, avaient tout à coup pasîsé les Alpes et ravagé l'Italie jusqu^au Pô. Aurélien, par une marche secrète, intercepta leur retour, en les cernant près du Danube , et voulut les contraindre à se rendre à merci ; mais pendant une absence de l'empereur, les Alemans forcèrent les postes des Romains, et, reprenant hardiment leur première route, descendirent une seconde fois en Italie. La terreur fut au comble dans Rome. On consulta les livres siilyllins ; on sacrifia des victimes humaines; toute la population de Rome travailla à élever autour de la capitale de l'empire des fortifieations , dont jusqu'alors elle n'avait jamais eu besoin. Ces précautions étaient oé-
ttssaires, car les Barbares battirent rcrapereur à Plaisance; mais, vaincus eaxHnémes sur le Métaure , ils furetit exterminés dans une troisfème bataille, à Parie (271).
I^e inonde , dompté par ce terrible capitaine, se tint en nspect à sa mort. Mais les Barbares n'avaient pas désappris la route de Tltaiie. Ils reparurent sous Probus, en qui ils ne croyaient pas trouver un autre Aurélien. ils fn-. reatpar lui ^us rudement traités qu'ils ne Tavaient jamais été parles armes de Rome. La tranquillité des frontières de la Rhétie fut assurée; Probusen chassa les tribus sarmates qui étaient établies, refoula en Germanie les Francs et les Bourguignons, qui avaient pris soixante-dix villes gauloises, et extermina, presque tout entière, une formidable armée de ces Ly§îeus que Tadte nous a peints si terribles. Si Ton en croyait les historiens latins, cette expédition de Probus, pour délivrer la Gaule envahie, aurait coûté la ▼ic à quatre cent mille Barbares.
Non content de ce succès, Probus pénétra à son tour en Allemagne , jusqu'à TEIbc et au Necker, exigea des Germains une recrue de seize mille de leurs guerriers, qu'il distribua dans les légions, et, renonçant au projet de foire conquêtes durables dans t^intérieur àt la Germanie , il ferma la frontière par une muraille de soixante lieues, do Rhin au Danube. Un autre moyen onployé par lu! pour assurer la tranjoillité des frontières , ce fut d'y étaw des coloaies agricoles de prisonniers. Ainsi il transporta un corps de Vandales en Grande-Bretagne, cent «iHe Bastames en Thrace, des Francs et des Gépides sur les bords du Rhin, da Danube ek du Pont-Euxin. Mais ce gMyeo ne réussit pas toujours. Leurs habitudes d'indépendance ne pouvaient en faire des habitants tranquilles de Tempire; plusieurs même abandonnêreat leurs nouveaux établissements.
Les Francs, transportés i>ar Probus wrles bords du Pont-Eaxin, s'étant emparés d'un certain nombre de vaisseaux, se décidèrent à regagner leur patrie. Us se jetèrent audacteusement
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dans une route qui leur était inconnue, traversèrent la Méditerranée, firent de.
fréquentes descentes sur les côtes d'Asie, de Grèce et d'Afrique, et pillèrent Syracuse ; puis , franchissant les Colonnes d'Hercule, ils revinrent, triomphants, aux bouches du Rhin, raconter a leurs compatriotes la faiblesse du grand empire, dont ils avaient impunément ravagé les provinces centrales.
La ruine de l'empire avait été retardée par Aurélien et Probus : pour maintenir leur ouvrage , Diodetien partagea l'empire avec Maximien. En même temps chacun d'eux se dioisit un césar; de sorte que quatre souverains veillèrent à la fois au maintien et à la défense de l'état sur quatre frontières différentes. Les Barbares furent intimidés, et jusqu'à la mort de Constantin, ils ne firent que de courtes et rapides incursions sur le territoire romain. Il est vrai de dire que les plus remuants de leurs chefs étaient appelés auprès de l'empereur, qu'on leur accordait ce que n'auraient pu leur donner leurs pillages, des charges, des dignités, des nonneurs. Les armées se remplissaient de Francs et d'Alemans. Euroc, roi des Alemans, vivait à la cour de Constantin, et le Franc Bonitus était un de ses meilleurs généraux.
Mais au moins ces Barbares étaient à la solde de l'empire; Constantin ne leur abandonnait pas une province. Sous son lâche successeur Constance, les choses changèrent : cet empereur, pour se défaire de ses rivaux, appela lui-même les Barbares. Les Francs, les Alemans, franchirent le Rhin et s'établirent dans tout le pays situé entre le Rhin, la Meuse et la Moselle, après avoir saccagé quarantecinq villes florissantes. Constance fut obligé d'envoyer Julien dans les Gaules.
La première campagne dn nouveau
§énéral fui sans résultat : dans la secone , la trahison d'un collègue que Constance lui avait donné, le laissa exposé aux attaques de sept rois alemans , à latéte dc^uels était Chuodomar, tout fier encore d'avoir tué le césar Decentius, fr^redeMagnence. Les Alemans
L'UNIVERS
étaient au nombre de 35,000 cuerriers; Julien n'avait que 18,000 soidats; mais la tactique romaine l'emporta : les Allentands furent vaincus, et la Gaule encore une fois sauvée. Chuodomar,* fait prisonnier, alla mourir à Rome.
Après cette importante victoire,.
Julien passa trois fois le Rhin, délivra 20,000 captifs, et reporta en Germanie la terreur du nom romain. Puis ce fut le tour des Francs : Julien vainquit les bandes qui avaient déjà passé le fleuve, €t ne pmnit qu'à Tune de leurs tribus, à celle des Saliens, de rester sur le territoire remain, comme auxiliaires tt sujets de l'empire.
Après lui , Valentinien arrêta encore les Barbares, qui, à la nouvelle de la mort de Julien, avaient franchi les iron* tières : un corps d'Alemans, qui s'était Avancé jusque dans les plaines de Châ* Ions , ftit surpris et détruit. L'empereur conduisit lui-même ujie formida^ ble armée au-delà du Rhin , pour punir les Barbares du sac de Mayence, et renn porta sur eux une victoire complète; après quoi il couvrit les bords du Rhin, depuis sa souree jusqu'à son emboudiure, d'une ligne de forteresses qui devait arrêter les Germains.
Sq)t ans après, en Tannée 378, l'empereur d'Onent, Valens, était vaincu et tué par les Goths, à Andrinople, et la grande invasion commençait.
MŒURS DEiS GERMAINS.
Avant de montrer les Barbares dans Tempire, nous devons nous arrêter pour dire les mœurs qu'ils vont y porter, et qu'ils cliangeront peut-être contre des mœurs nouvelles.