‹ Allemagne T. 2Chapitre 5 sur 56 · RELIGION · texte numérisé non relu

RELIGION

Bans ce que nous avons déjà dit sur l'histoire de l'ancienne G ermanie^ nous avons distingué en quelque sorte deux époques : dans la première, dominent les Suèves, dont la vaste confédération 8'étend sur presque toute T Allemagne; tes Goths apparaissent à peine, et la ligue des Francs n'existe pas encore ;

mais au troisième, au quatrième siècle, les Goths ont grandi à l'orient, et les Francs sont devenus les plus redouta* bles voisins de la Gaule. L'Allema^e est donc comme renouvelée du premier au quatrième siècle ; et, en eSfet, ce n'est pas seulement un changement de noms et de peuples, mais un renouvjc^ lement d'idées, et j$ dirai presque une civilisation nouvelle {*). L'Allemagne primitive en était encore à l'adoration de la nature matérielle : sa grande divinité c'est la terre , la déesse Ërtha, enfermée dans le bois mystérieux qui lui sert de sanctuaire , dans une lie de l'océan du Nord Des bois touffus, de sombres forêts^ des sources cachées sous un rocher, sont encore, pour ces anciens Germains, des lieux consacrés, dont la nossession ne s'acquiert souvent qu^u prix de sanglants combats (***). lÀ aussi se retrouve le culte du feu, que sans doute ils avaient apporté d*Asie, et qui s'est maintenu jusqu'à nos jours dans la coutume des feux de la Saint- Jean.

Avec les Goths, la mythologie. scan-

(*) M. Rauschnick, dans son livre intititulé : Uandbuch der klassisclun, germani* tchen und der damit verwandien Mytholo' gien, Leij^zig, i83a, pag. 378 , émet TopinioQ, d'ailleurs incontestable, que chez let Germains, comme chez les peuples de Tantiquité claçrsique, la religion présente deux systèmes bien distincts , Tun pins ancien et regardant h peine les dieux comme des personnifications des forces de la nature, Tautre pins récent et empreint déjà d'unê spiritualité plus haute. Les dieux y sont dégagés davantage de la matière. Ainsi, à la secondé époque, Odin n'est plus sealement la vtfète même du ciel , mais le premier des dieux , le dieu qui préside au mouvopaent des astres et qui en règle le cours.

('*) Voyez ci-dessus, pag. la, le beau passage de Tacite sur la dé^se Ertha.

(***) Voyez ci-dessus, pag. a6, laguerre que se firent ns Cattes et les HermoBoiU'es pour la possession d*un fleave sacré. Il est inutile de dire que eet Ancien culte de la nature matéri<>li«i vécut bien loi^-terops eaeore dans la Germanie. Les missionnaires de Gharlemagne en trouvèrent de traces.

Nous auroas plus tard occasion d'eu parler.

sa

diaaTt sa troore importée en Cermanie, et F Allem^ne reçut ainsi un système plus spiritualiste, plus moral, si ie le puis dire, par rinvaston des adoratearsd'Odin. L'îâéederimmortalitéde rame, d'une rie à venir, avec ses châtimentB et ses récompenses , Tidée du Walhalla, en un mot, Se répandit parmi les Germains. Cette doctrine était , il est vrai, bien obscure encore, bien moins précisée qu*elle ne le fut plus tard dans l'Islande ; mais elle contenait déjà, on n'en saurait douter, les germes drune vie plus noble. Cette rdinon, si mélancolique, si triste, où à dnaque instant revenait Tidée du changfimimt, c'est-à-dire du progrès, oà les dicMx eux-mêmes périssaient pour £aire place à des dieux nouTeaux, était plus favorable à la civilisation que le coite matérialiste des anciens Germains, adorateurs de la nature immuable. Aussi les Goths sont-ils ^ de tous les Germains, ceux qfii adoptèrent les premiers le christianisme.

Bb étaient aéja chrétiens pour la f)lu*

Fart, quand ils entrèrent dans l'empire, an 375. Les doctrines religieuses qa*ils avaient apportées de la uermame ne leur avaient point tout donné ; eOes leur parlaient d une cité des dieux, d^une Asgard où devait se trouver le bonheur : ils la cherchèrent par toute la terre, et crurent ceux qui vinrent leor dire que la cité des dieux c'était l^Évangiie.

Les peuples voisins de la Scandinavie, les Saxons, les Francs, prirent foelques-tmes des idées religieuses de ce pays. Odin était leur grand dieu.

Mais ce furent les Goths surtout qui , P|ar leur puissance et leurs émigrations dans le sud de l'Allemagne, popularisèrent cette religion dans toute b Germanie. On en trouve une preuve dans ce fait, que les jours de la semaine s'appelèrent du nom des dieux de fOlympe Scandinave. Ainsi le mercredi devint le jour d'Odin, le jeudi eehû de Tbor, le vendredi celui de Fr^a^ la Vénus Scandinave (*).

L'invasion de ces idées nouvelles ne fit point disparaître chez les anciennes peuplades toutes leurs vieilles coutumes : les sacriOqes humains s'y maintinrent long-temps encore. Chez les Frisons, la mère qui avait beaucoup d^enfants du même sexe croyait devoir sacriûer aux dieux le dernier né avant qu'il edt pris aucune nourriture ; c'était sans doute pour garantir la vie de ses autres onfants. Les Saxons décimaient leurs prisonniers, et immolaient aux dieux ceux que le sort désignait. On voit de même que les Francs , dans leur expédition en Italie, tuèrent et jetèrent dans le fleuve, à Pavie, des fenmies et des enfants prisonniers, pour gagner la faveur des dieux, en leur offrant les prémices de la victoire.

dmOiOflSATIOS SOCIAI^«

Avant de parler de l'or^nisation sociale des Germains, il est important de distinguer deux choses parmi eux, la tribu et ce qu'on pourrait appeler la bande : sans quoi il serait diracile de comprendre comment l'on voit des Vandales, des Suèves, des Francs, des Saxons, en Gaule, en Espagne, en Afrique, dans la Grande-Bretagne, tandis que les mêmes noms, les mêmes peuples, se retrouvent encore dans la Gennanie. L'on s'est long-temps demandé si les anciens Germains étaient agricoles ou pasteurs , sédentaires ou nomades; les uns se sont décidés pour, les autres contre, et tous avaient raison , mais seulement ne disaient point toute la vérité. Ces deux genres d'existence se retrouvent , en effet, simultanément dans la Germanie. Lorsqu'une tribu venait à s'emparer d'un

tjavs, elle s'y établissait; les anciens labitants, s'ils n'avaient point été chassés ou exterminés, des esclaves, anciens prisonniers de guerre, et quelques-uns des membres de la tribu, cultivaient le sol ; les riches, c'est-à-

(*) Comme nous avons parié fort au long, daàf mkfUiin de b Svède, d« syttèiM re-

ligieux des anciens Scandinaves, nous ne croyons pas devoir le développer ici de nou- 11 nous suÛîra d*y renvoyer le lecteur.

L'LxNIVERS.

dire ceux que distinguaient leur naissance ou leurs exploits, jouissaient paresseusement de leur conquête, et vivaient, comme les chefs américains, des dons de leurs compagnons. Se présentait-il une expédition à faire, une aventure à tenter, les plus jeunes, sous la conduite d'un cher de leur choix, saisissaient la framée et laissaient derrière eux les anciens de la tribu et ceux qui préféraient rester sur le sol de leur première conq[uéte. Alors la •bande joyeuse et insouciante se lançait à travers le monde, allant toujours devant elle, jusqu'en Gaule, jusqu'en Espagne , jusqu'en Afrique ; et quand elle s'arrêtait, enfin, de fatigue et alourdie de son butin, elle était si loin de la hutte paternelle, qu*il fallait bien désespérer du retour. La route était trop longue ; on la connaissait déjà, on l'avait pillée; mieux valait rester, et un nouveau royaume s'élevait.

Les plus terribles de ces bandes, celles qui faisaient les plus impitoyables ravages, qui couraient aux plus hardies entreprises, étaient celles des yargi. Dans cette société barbare, où n'existait aucun pouvoir assez fort pour maintenir Tordre, les actes de violence étaient nombreux, les meurtres fréquents. La loi ne demandait, il est vrai , au meurtrier , qu'une somme d'argent pour le prix du sang versé ; mais encore fallait-il l'avoir, et souvent les ressources de la famille entière ne suffisaient point à payer le wehrgeld : alors le meurtrier réunissait tous ses parents dans sa case, répandait sur leurs têtes la cendre de son foyer , et lançait par-dessus son épaule une motte d'herbe arrachée dans son champ ; puis franchissant le seuil de sa hutte sans le toucher des pieds, il s'appuyait sur son bâton, et sautait la petite enceinte de sa demeure. Alors il devenait Varcus. Outlaw, comme Robin-hood : la forêt sans bornes, la mer sans limites étaient à lui. Rejeté de la société barbare, que lui restait-il? à courir et piller le monde, comme pirate saxon, ou soldat d'Alaric et d'Attila

(*) Nous croyons devoir insérer ici, comme

Ces bandes vagabondes étaient les hôtes les plus incommodes de TAncien-

Texpression la plus éoergique de la vie de ces Targi , le chant d'Hildebrand et de Hadebrand, retrouve en z8ia |iar les frères Grimm , dans rintcrieur de la couverture du livre De la sagmse^ vieux manuscrit de labbaye de Fulde. Ce (î^gment, qui rappelle les combats des héros d'Homère , a été traduit en français par M. Gley (langue des Francs, 1814), par M. Michelet, Histoire de France, i*' vol. , p. 191 , et par M. Ampère fils, dont nous reproduisons la traduction.

« J'ai oui dire que se proroqnirent dan$ nne roncontre Ililddirana et Hadebrand , le p^re et le Gis. Alors Im héros arrang^ent leur sarraa de guerre, se couYrireiit de lears Tétements de banille, et par-dessas ceignirent leurs glaives. Comme ils lançaient les ckeraux pour le combat, Iliidrbrand fils d'Herebrand parla : c'était tut homme noble , d'un esprit prudent. Il demanda briéTement t Qui était ton père parmi la rate des hommes, ou de

3 Belle famille es>tu ? Si tu me l'apprends , je te onnerai un vêtement de guerre à triple fil; car je connais, t guerrier I tonte la race des hommes.

Hadebrand, fils d'HIldebrand : Des hommes vieux et sages dans mou pays , qui maintenant sont morts, m'ont dit que mon père se nommait Hildebrand. Je m'appelle Radebrand. Un jour, il s'en alla vert l'est; il fuyait la haine d'Odoacre (Othacfar), il était avec Théodoric (Theothricb) et un grand nombre de héros. Il laissa seuls dans son pays sa jeune

rse, son fils encore petit, ses armes qui n'avaient de maître; il s'en alla de l'autre cété de l'mt. bepuis . quand commencèrent les malhears de mon oousîn Théodoric, quand il (ut un homme sans amis , mon père oe Toulut plus rester arec Odoacre. Mon père était connu des guerriers vaillants; ee héros intrépide combattait toujours & la téte de l'armée ; il aimait trop i combattre , je ne pense pas qu'il soit encore en vie.

— Seigneur dea hommes , dit Hildebrand, jamais du haut du ciel tu ne permettras on combat semblable entre hommes du même sang. Alors il ôta un précieux bracelet d'or qui entourait son bras , et que le roi des Huns lui avait donné. Prends-le , dit-il à son fils, je te le donne en présent. lladebraïkU fils d'Bildebrand , répondit : C'est la lance à la main . pointe contre pointe, qo'on doit recevoir de sembtobles présents. Vieux U un I tu es on mauTais compagnon; espion rosé, tu veux me tromper par tes paroles, et moi je veux te ieter bas avec ma lance. Si vieux, peux -tu forger de tds mensonges? Des hoaunes de mer, qui avaient navigué snria mer des Vendes , m'ont parlé d'un combat dans loquet a été tué Hildebrand. fils d'Herebraud. Hildebrand, fils d'Herebrand dit : Je vois bien i ton armure que tu ne seras aucun chef illustre, et que dans ce royaume tu ii*as rien fait de vaillant. Hélas! bélas! Dieu puissant I quelle destinée est la mienne. J'ai erré hors de n«on pays 6a hivers et 60 éti-s. On me plaçait toujours à la téte dea combattants; dans aucun fort on ne m'a mis les cbafoes aux pieds , et maintenant il faut que mon propre enfant me pourfende arec son glaive , m'étende mort avec m nache, on que je sois son nieoitrier. Il peut t'arri-

ALLEA

Moode. La Germanie elle-même en était incessamment fatiguée. Blats c'était l'empire surtout qui avait à souffrir de leur humeur aventureuse ; car là seulement était cet or dont les Barbares de tous les temps et de tous les lieux se sont montrés si avides « qoe ce soit celui du jardin des Hespéndes, la toison des Argonautes, ou le trésor que Sigurd enlève au dragon F«6iir. La lâcheté des empereurs vint alimenter cette soif de For. Pour arrêter les Barbares, ils leur jetèrent les richesses que Rome avait arrachées au monde , oubliant que la paix ne peut s'acheter, parce que celui qui Ta vendue, comme a dit un grand pubfidste, n*en est que plus en état de la ùin acheter encore. Bientôt ils allèrent plus loin ; non contents de payer les Barbares pour avoir la paix, us les achetèrent eux-mêmes pour en remplir leurs liions. Les checs de ces bandes devinroit centurions, tribuns ; toutes let hautes charges de la milice furent pour eux; et s'il avait été donné à un komain de l'ancienne république de voir les c^ars des troisième et quatièroe siècles, il se serait bien étonné de reconnaître le sagum des léeionnaires sur les épaules d*un Gotn ou d^n Franc Sous les fils de Constantin, ceux qui commandent les armées romaines sont presque tous des chefs de bande au service de Tempire. A la fin du quatrième siècle, Arbogaste, un chef fnnc, Jt des empereurs, dédaignant de prendre la pourpre pour lui-même.

Ces bandes guerrières durent nécessairement dépouiller bientôt leur caractère national, perdues qu'elles

varfaeîfaaMDt, aï ton bras te sert bien, qne ta rart*' M»à BB boacBM de cœor son armnre, que tu pilirs mm cadarre. Fais-le » m ta crois ea avoir le droit , «t qoe cdoMà soit le plus infâme des hommes de l'Est ^ te drftoaraerait de ce combat dont ta as un si fnmà àhit. Bons compagnons qoi noas reg ardex , MO daas votre courage c^oi de nous deux aujour- ^£«1 peut se Tanter de mieux laiicrr un trait, qui •aora se rendre maître de deux armures. Alors ils fmt voler leurs javelots à pointe tranchante , qni s'arrMrcsC dans lears boucliers, puis s'élancè* rcBl Tan sar l'antre. Les hachns de pierre r<^n>

naiart Ils frappaient pesamment sur leur*

bbocs boocliers ; leur anuurr éi-.xxX ébranlée , mais Ictr» rcqps dcttieuraieut Uiiotolulcs. . . .

AGNE. 41

étaient au milieu de l'empire. Les vrais Germains sont les tribus qui restent au-delà du Rhin, et conservent, au sein de leurs forêts, leurs vieilles traditions et les usages de leurs pères.

C'est à ceux-ci surtout que se rapportera le tableau que nous allons tracer rapidement des mœurs de l'ancienne Germanie.

ORGAiriSATION DE JJl FAMILLE.

LB CNSV DS TAMItl-B.

Chez les Germains comme chez

Eresque tous les autres peuples barares, la famille était la base et l'image de la société tout entière. Chez eux le père de famille n'avait point, comme dans la vie patriarcale ou comme dans la Rome primitive, un pouvoir absolu sur tous les membres de la famille. Ce n'était point toujours le plus ancien, c'était le plus fort, celui qui s'était illustré par son courage, qui en était le représentant. L'assemblée de la tribu n^avait rien à voir dans ce qui concernait le régime intérieur des familles. Les contestations, les héritages, tout se réglait d'après d'anciennes coutumes auxquelles on obéissait aisément, car elles étaient sacrées aux ^eux de tous. Le droit d'aînesse était i^oré de la plupart des Barbares qui savaient respecter l'équité plus que ne le firent jamais les Romains. Non seulement il y avait partage égal entre tous les enfants, mais souvent le dernier né, c'est-à-dire, celui qui paraissait le plus faible, recevait une part plus large. Lorsque les frères , dit la loi gallique, ont partagé le bien de leurs pères , le plus jeune a la meilleure maison, les instruments de labourage, la chaudière de son père , son couteau et sa cosnée. C'est le même sentiment de douce moralité qui leur faisait stipuler, en faveur des femmes enceintes , qu'elles pourraient cueillir des fruits aux arnres des chemins , sans être soumises aux |>eines nortées contre ceux qui prenaient le oien d'autrui.

4â L'UNIE

VBIIIIBI.

Les femmes, chez les Germains, comme chez plusieurs peuplades américaines , cultivaient la terre. Ce n'est pas qu'elles fussent placées dans une condition inférieure; elles suivaient leurs époux au comhat , et plus d'une fois, comme la mère et la femme de Théodoric, elles les ramenèrent à Tennemi devant oui ils fuyaient. « On rapporte ses blessures à' une mère, à une épouse, et celles-ci ne craignent pas de compter les plaies , d'en mesurer la grandeur. Dans la mêlée elles portent aux combattants la nourriture et des exhortations.

a On a vu, dit-on, des armées chancelantes et à demi rompues , que des femmes ont ramenées à la charge par l'obstination de leurs prières , en

{présentant le sein aux fuyards, en eur montrant devant elles la captivité, que les Germains redoutent bien plus vivement pour leurs femmes que pour eux-mêmes. Ce sentiment est tel, que les cités dont la foi est le mieux assurée sont celles dont on a exigé, parmi les otages, quelques filles de distinction. Ils croient même qu'il y a dans ce sexe quelque chose de divin et de prophétique : aussi ne, dédaignent-ils pas ses conseils , et font-ils grand cas de ses pràlictions. IVous avons vu, sous Vespasien, Véléda honorée de la {)lupart comme une divinité. Plus anciennement, Aurinie et beaucoup d'autres reçurent leurs adorations , et ce n'était point flatterie : ils ne s'imaginaient pas faire des déesses (*). »

Aussi la femme a-t-elle grandi dans la Germanie ; elle n'est plus comme dans l'Orient l'esclave de l'homme, elle est devenue sa compagne; comme lui , elle donne son travail à la communauté. Elle a dans la famille sa part de fatigue, dans les combats sa part de danger; elle ne fnit qu'un avec l'homme , elle vit et meurt avec lui : sic vivendum , sic pereundum.

Leur rôle dans l'Olvmpe germanique n'est point de présider aux ris et aux

OTàdte.

plaisirs. L'austère WInerte elle-même ne ressemble gttère à la WalKyrie Scandinave, la déesse des batailles, qui, traversant les airs sur des chevaux blancs, vient enlever les guefriers tombés dans la mêlée, et les emmène au Walhalla, en faisant resplendir au loin derrière elle les auréoles de sa lance.

Ainsi, la femme, en se plaçant dans la Germanie à côté de son époux, a préparé elle-même sa propre réhabilitation dans les temps modernes.

l«CI.ATBt.

L'esclavage n'était point inconnu des Germains. Les prisonniers faits à la guerre , les habitants du territoire conquis dépendaient de ceux à qui le sort les avait donnés. Mais ces esclaves n'habitaient point la maison da maître : les soins intérieurs appartenaient à la femme et aux enfants.

Traités le plus souvent comme des fermiers, ils recevaient une certaine portion déterre qu'ils cultivaient euxmêmes , et pour laquelle ils payaient a leurs maîtres une redevance en blé» bétail et vêtements. Dans cette société livrée à la violence, l'esclave, comme l'étranger, n'avait aucun droit , il ne pouvait que réclamer la protection de son maître intéressé à défendre sa (^ose, sa propriété. Mais par cela seul qu'il vivait ordinairement loin de la maison, en dehors de la famille, il était rare qu'il fût frappé, chargé de fers , ou soumis à un travail forcé.

« Quelquefois, dit Tacite, les Germains tuent leurs esclaves, non par sévérité, mais dans un mouvement de colère, comme on tue un ennemi. »

Ainsi , l'esclavaçe domestique n'existait point parmi les Germains : c'était avoir fait un pas immense sur le reste du monde antique; c'était être arrivé presque à remplacer l'esclavage par la servitude de la glèbe ^ qui n'est elle-même qu'une transition entre l'oppression dégradante des habitants des campagnes , et leur complète émancipation. Nous aurons plus lard occasion de revenir sor cet im-

portant changement survenu dans la condition de plus d'une moitié de rhumanité. Ce sujet est un des plus importants de Tbistoiredu moyen âge.

OAOAVOATIOS DB LA TRXltJ.

nous venons de voir Torçanisation de la faipille chez les Germains ; nous examinerons maintenant Torgaaisatkm de la tribu.

« Les petites affaires, dit Tacite, sont soumises à la délibération des chefe; les grandes, à celle de tous.

Et cependant celles mêmes ëont la décision est résertée au peuple sont auparavant discutées par les chefe.

On se rassemble ♦ à moins d'un événement subit et impréf u , à des jours maritaés, quand la lune est nouvelle ou qu'elle est dans son plein : ils croient qu'on ne saurait traiter les afEnres soiis une irikience plus heumoc. Ce n'est pas, comnae chez nous, par jours, mais par nuits qu'ils calculât le temps : ils domnent ainsi les rcndez-TOus, les assignations. La nuit leur paraît marcher avant le jour.

Un abus naît de leur indépendance:

c'est qu'au lieu de se rassembler tous à la fois , comme s'ils obéi«ïaient à un ordre , ils perdent deu» ou trois jours à se réunnr. Quand l'assemblée parâft assez nombreuse, ils prennent séance tout armés. Les prêtres , à qui est remis le pouvoir d'empêcher le d^rdre, commandent le silence. Ensuite le roi , ou celui des chefs que dfetinguent le plus son âge, ou sa noblesse et ses exploits, ou son ^oquence, prend la parole, ou se fait écouter Mr l'ascendant de la persuasion, plutôt que par l'autorité du commandement. Si l'avis déplaît, on le repousse par des murmures; s'il est approuvé, on agite les framées.

Ce suffrage des armes est le signe le plus honorable de leur assenthnent. »

Ces dieft dont patte Tacite sont ccox iiu*ont illustrés te souvenir des exploits de leurs pères ou les leurs.

Au-dessus d'eux se trouve d'ordinaire une antique famille, revêtue seule d'une sorte de Caractère sacré , et qui a le privilège de fournir des rois à la nation. Ainsi, les Goths prenaient toujours leurs rois dans deux familles

3ui descendaient des Ases ou demiieux, les Amali et les Baldi; les Francs prenaient les leurs dans la famille des Mérowig. Ces rois présidaient aux cérémonies religieuses de la tribu, aux assemblées du peuple; mais ils avaient si peu de puissance réelle, qu'ils n'étaient point toujours les chefs de la nation pendant la guerre:

alors on n'avait égard qu'à la valeur.

raftraM.

Les prêtres avaient une grande influence; eux seuls pouvaient punir, emprisonner et frapper , comme si les Germains n'avaient consenti à courber la tête que sous la main de leurs dieux. Le principal office des prêtres, c'était la divination. Pour consulter le sort, ils coupaient une baguette à un arbre fruitier , la divisaient en plusieurs morceaux qu'ils marquaient de certains signes, et laissaient tomber au hasard sur une toile blanche; puis, invoquant les dieux, ils levaient trois fois chaque morceau , et tiraient les pronostics d'après les signes qu'ils portaient. Dans les circonstances graves , on interrogeait le chant et le vol des oiseaux , mais surtout les hennissements des chevaux blancs , nourris dans les bocages sacrés , et qui , dans ce cas seulement, étaient attelés a un char consacré. Quelquefois aussi, pour connaître l'issue d'une euerre importante, ils faisaient combattre un prisonnier de la nation ennemie contre un guerrier choisi parmi eux. La nation de celui qui avait vaincu ne pouvait manquer de l'emporter.

Nous devons dire que plusieurs historiens de l'Allemagne n'ont vu auçuM différence entre les prêtres et les chefs du peuple ; on ne trouve pas en effet que ces prêtres aient formé dans la Germanie, comme chez les Celtes, un ordre à part , une caste sacerdotale

44 L'UiS

proprement dite. Tacite ^f(irme luimême que les simples chefs de famille prenaient les auspices dans toutes les affaires qui les intéressaient.

Il n'existait pas chez les Germains de femmes chargées des sacrifices ordinaires; mais comme nous l'avorts déjà dit en citant les paroles de Tacite, les peuples de la Germanie reconnaissaient souvent aux femmes un pouvoir surnaturel pour lire dans l'avenir. Ainsi, d'après le témoignage de Strabon , nous voyons déjà, dans l'armée des Cimbres, des prophétesses qui , pieds mis, laissaient flotter leurs longs cheveux gris , leurs voiles transparents, leurs robes blanches que serrait au corps une ceinture d airain.

Elles allaient l'épée à la main au-devant des prisonniei*s qu'on amenait au camp , leur mettaient une couronne sur la tête et les conduisaient à une chaudière d'airain, au-dessus de laquelle elles leur ouvraient la gorge, pour.tirer ensuite des présages de la manière dont leur sang coulait. Dans les batailles elles frappaient des peaux qui étaient tendues sur leurs chars, afin d'effraver l'ennemi par le bruit horrible qu elles produisaient.

Ces prêtresses , nommées plus tard AlrrmeSy étaient chargées de tracer les runes sur les branches prophétiques qui servaient à connaître l'avenir. On les voyait rarement au milieu de la peuplade , car , comme nous l'avons vu en parlant de Véléda, elles habitaient au fond des bois sacrée, sans que personne osât s'approcher de leur retraite mystérieuse. Aussi les appelait-on 'les vierges des forêts.

Mais quand le christianisme eut pénétré dans la Germanie , ces prétresses solitaires restant étrangères au culte qui s'étendait autour d'elles, n'apparurent plus que comme les ministres des puissances infernales : les vierges des forêts (Hagessen) devinrent les sorcières iUexen).

Ces baguettes ou les Hagessen traçaient les caractères sacrés , servaient

i^EUS.

aussi d'amulettes comme les cylindres babyloniens. Chez les Estyens, ces afnulettes avaient la forme '^d'un sanglier, animai symbolique qui figure dans toutes les religions des peuples germaniques et che« la plupart des Slaves. Lès guerriers les portaient au cou en guise de talisman pour se mettre à l'abri des coups de l'ennemi, comme les chevaliers du moyen âge , qui , malgré toute leur bravoure, frétaient pas fôcliés d'avoir une reliqua sous leur cuiiasse.

C'était le conseil de la tribu , c'està-dire la réunion des diefs qui jugeait les causes capitales ; mais, dans l'assemblée générale, on choisissait des juges pour rendre la justice dans les divers cantons occupés par la tribu :

chacun de ces juges avait cent assesseurs tirés du peuple , afin que les accusés fussent jugés par leurs pairs.

L'on voit que l'institution du hiry est ancienne; elle est plus vieille que l'axiome de l'ancienne monarchie; « Toute justice émane du roi seul. »

Le tribunal était placé d'ordinaire sur une colline , sous de vieux chênes. Le plaignant devait prouver l'accusation par serment et par témoins.

Lorsque le juge ne se croyait pas assez éclairé pour donner une décision^ c'était à la divinité que l'on demandait de prononcer elle-même , et Ton recourait alors à l'épreuve du feu ou du combat singulier. Cette coutume germanique devint populaire dans toute l'Europe féodale. Les peuples, dans leur ignorance et leur foi naïve , ne croyaient pas pouvoir mieux faire que de mettre Dieu à la place du juge dans les cas difficiles.

DEOrr GBRMAiriQUB.

U nous reste maintenant à exposer en peu de mots ce qu'on appelle l'ancien droit germanique, c'est-à-étre les coutumes qui réglaient les rapports des divers membres de la tribu germanique. Comme celui de tous les

peuples peu avancés dans la civilisanoB, Tanden droit germanique ne consistait qu*en un petit nombre de coutumes consacrées par le temps.

Grimm, dans son beau livre, en a recueilli toutes les formules , souvent si poétiques et si belles (*}.

Une coutume particulière aux peuples de la Germanie . c'était la composition y le Wehrgeld. Si l*en trourait un bomme mort , sans qu'on pût savoir qui l'avait tué , il était religieusement enfilé; mais l'on attachait au cou du cadavre une corde dont le bout sortait de terre. Après quelques jours , le cori>s était tiré de la fosse ; tous approchaient tour h tour à trois pas du cadavre , répondaient à chacun des trois derniers pas à une imprécation solennelle du juge; puis, prenant la corde , ils trahiaient le mort sur la terre nue. Le corps ne manquait jamais de saigner par sa blessure , lorsoue le meurtrier saisissait la corde.

GTétait en quelque sorte un jugement de Dieu. Il fallait alors que rhomicide payât le prix du sang versé. La composition variait selon la condition du mort (^}. Si le meurtrier n'était point assez riche, 'sa famille, regardée en quelque sorte comme solidaire de son crime (***) , devait l'aider à payer le Wehrgeld; si les ressources étaient insuffisantes , il lui fallait quitter le canton; il devenait Farnus. Ce n'était point le meurtre Seulement qu'on pouvait payer avec de l'argent; toute blessure , toute injure même avait son Wehrgeld.

Ainsi, les Germains ne donnaient peint la vie pour la vie ; de l'or suffisait, ou plus souvent des bestiaux, des chevaux , enGn les richesses que

(•) Deutsche rtchte Jlterthumer , von Jëcob Grimm. Gottingen^ 1S2S.

(**) Noàs entrerons dans pins de détails lorsque nous serons arrivés a Tépoque où ces vieilles coutumes furent écrites.

(***) Ceci sera plus tard expliqué quand BOUS parlerons des cojitratores.

connaissaient ces Barbares. H y avait cependant un crime qu'ils punissaient par la mort. Les traîtres et les transfuges étaient pendus aux arbres. Ceux qui fuyaient dans les combats étaient plongés dans la fange d'un bourbier, et périssaient noyés sous une claie.

VOftMOLIS iVBIftlQOSS.

' Vico , qui a eu une si nette intelligence des temps barbares, a dit un mot que justifie tout ce que nous savons des anciennes formules du droit germanique. Les hommes, dit-il, étant naturellement poètes, la première jurisprudence fiit poétique; elle introduisait une foule de déguisements , de voiles, de S][mboles. Aussi V ancien droit n'était- il qu'un poème sérieux.

L'on pourrait ajouter que, dans les âges oe barbarie, l'absence de toute force publique capable de faire observer le droit, rend nécessaire de consacrer toutes les transactions, en les enveloppant de formes mystérieuses, qui, par cela même qu'elles ne sont point comprises, rendent l'acte plus grave, plus religieux, et mettent , pour ainsi dire, la transaction sous la sauvegarde de la divinité. Dieu prend alors la place de la loi. L'ancien droit romain est riche en ce genre : les acta légitima ou formules juridiques y sont nombreuses.

La jurisprudence des Germains était de même toute en action et en symboles. Nous en donnerons ici quelques exemples, qui se rapportent incontestablement a l'époque qui nous occupe. I*9ous nous réservons d'en parler plus longuement lorsque la codification des lois barbares nous aura donné le droit de présenter un tableau de l'ancien droit germanique.

Pour conclure un contrat, on levait une motte de terre gazonnée , et les deux contractants faisaient couler audessous leur sang mêlé. Ainsi la terre du champ vendu recevait elle-même et conservait les serments de l'acheteur et du vendeur (*).

(*) «I A Howe, loi squ'il s'agissait de la possession d'un fonds de terre, les deux parties

Au témoignage de Pline, présenter l'herbe à son ennemi, c'était, cliez les Germains , s'avouer vaincu. Ainsi , Plaute fait dire à l'un de ses personnages, qui demande grâce, herbam dOy je te présente Therbe.

Chez les Langobards, la flèche était le symbole de 1 affranchissement. Affranchir par la flèche , c'était sans doute donner à l'esclave le droit de porter les armes de l'homme libre.

Chez les Cattes, le guerrier s'emprisonnait le bras dans un anneau de fer; mais c'était une marque ignominieuse, car il ne pouvait s'en délivrer qu'après avoir tué un ennemi. Ainsi, chez les anciens Macédoniens, la loi forçait tout soldat qui n'avait pas renversé un ennemi de porter un licou.

Le Jet d'une flèche, d'une hache, d'un marteau , était une mesure consacrée. Celui qui dé^chait une terre voisine de la marchey pouvait, pour

Saraintir son cham)^ lancer le marteau ans la marche, et il possédait jusgu^à l'endroit où le marteau était tombe.

DlVlSfOir DU TSRRlTOiaS.

Les Germains ne bâtissaient point de villes : ils n'aimaient point les habitations réunies. Chaaue famille s'arrêtait à son choix au bord d'une fontaine, à l'ombre d'une forêt, dans un champ qui lui promettait une facile culture. De même que les Gaulois, ils se creusaient des souterrains pour se mettre l'hiver à l'abn du firoid, pour y déposer leurs grains, pour y cacher leurs richesses, en cas cTinvasîon. La réunion d'un certain nombre de ces habitations formait un canton que limitait la rivière ou la colline voisine.

C'est ici le lieu de remarquer que la

se saisissaient les mains, simulaient une espèce de combat , et allaient ensuite chercher une motte du fonds en litige , course i laquelle on substitua dans la suite deux formnles, l'une prononcée parle préteur ^mite viam\ei l'autre par un tiers {redite vîam\ qui la suppos«îfiui entreprise et terminée a Taudience. » Michèle! , Histoire romaine. H* vol., p. 358 , a* édition.

race germanique, principalement les tribus gothiques et saxonnes, celles que nous avons déjà montrées comme produisant en Germanie un mouvement plus spiritualiste, empruntaient aux divisions astronomiques leurs dénominations territoriales; elles marchaient , en quelque sorte , les veux fixés au ciel : ainsi Westphalie, Ostfrise, Westfrise, Neustrie, Ostrasie, en Germanie ; Essex , Su^ex , Wessex , etc. , poiu- les royaumes saxons fondés en Angleterre. Ainsi encore les Goths de l'est et les Goths de l'ouest, Ostrogoths et Wisigoths.

Les Celtes nommaient plus volontiers leurs villes d'après les accidents du sol qu'ils occupaient. Celt€$ vient decoillTy bois, forêt; Àrvernes, de ar, haut, et de veran, contrée (hommes des hautes contrées , des montagnes); Âîlobrogesj de aUj haut, et brogy village (*).

Chacune des divisions du territoire avait un chef choisi dans l'assemblée générale ; ces chefs conservaient leyr office, sans doute, comme dit plus tard la loi bavaroise, tant qu'ils pouvaient siéger au tribunal, marcher à la tête de l'armée, monter virilement à cheval , et brandir encore leurs armes avec force et légèreté.

OEGAMSATIOir MILITAIEB.

«iWiMaBosaAas MiLiTAtma.

Tous les hommes libres portent les armes . tous vont au combat sous les cliefs de la tribu ou sous celui qu'ils ont eux-mêmes choisi. £n effet, « une naissance illustre ou les services éclatants d'un père donnent à quelquesuns le rang de prince dès la plus tmdre jeunesse ; les autres s'attachent à des chefs dans la force de l'âge et dès long-temps éprouvés; et ce rôle de compagnon n a rien dont on roiigisse : il a même ses distfnctions réglées sur l'estime du prince dont on forme la suite. Il existe entre les comjpagnoms une émulation singulière à qui tiendra

(*) Voyez M. Amédée Thierry, Histoire des Gaulois, t. I et t. II passim.

la première ^ace auprès de son prince ; entre les princes « a qui aura le plus de compagnons et les plus courageux.

C<it ia dignité, c'est la puissance , d*étre toujours entouré d'une jeunesse nombreuse et choisie ; c*est un ornement dans la paix, un rempart dans la guerre. Et celui qui se distingue par le nombre et la InraToure de son escorte, deTÎCBt ^rieux et renommé, non-seuleoieot dans s^ patrie, mais encore dans les cités voisines. On le recherche par des ambassades, on lui envoie des présents; souvent son nom seul fait le succès d'une guerre.

■ Sur le champ de bataille , il est honteux au prince d'être surpassé en courage ; il est honteux à la troupe de ne pas égaler le courage de son prinoe. Mais un opprobre dont la flétrissure ne s'efface jamais, c'est de lui snrrivffe et de revenur sans lui du combat. Le défendre, le couvrir de son corps, rmporter à sa gloire ce qu'on fait soiHDàaae de beau, voilà le premier •eramt de cette milice. Les princes combattent pour la victoire, les compagnons pour le prince. Si la cité qui les vit naître languit dans l'oisiveté d'une longue paix, ces chefs de la jeunesse vont chercher la guerre chez quelque peuple étranger : tant cette nation hait le repos ! D'ailleurs on s'Illustre plus facilement dans les hasards ; et Ton a besoin du règne de la force et des armes pour entretenir de nombreux compagnons, car ce cheval de bataille, cette sanglante et victorieuse framée, sont un tribut levé sur la générosité du prince. Sa table, d'une aomptaosité a^ossière, mais dispendieuse, tient lieu de solde. Sa munifiornce est dans le pillage et le» guerres. Vous leur persuaderiez bien moins de labourer la terre et d'attendre l'année, que d'appeler des enuemis et de efaerdier des blessures. Cest à leurs jeux paresse et lâcheté que d'acquérir par la sueur ce qu^ils peuvent se propar le sang (*). »

KAHlàaB B« COMB&TTRS.

{•) TMÎte.

Les Germains combattaient le pUis souvent à pied. Tacite ne paraît fias faire grand cas de leur cavalerie.

« Leurs chevaux, dit-il, ne sont remarquables ni par la beauté , ni par }a vitesse. On ne les dresse point aux évolutions : ils ne savent que les pousser impétueusement en avant. » En générai, c'est l'infanterie qui faisait la force des armées germaniques. Aussi dans les combats en mélaient-ils avec la cavalerie. Des hommes capables de suivre à pied la rapidité des chevaux étaient choisis, pour ce service, dans toute la jeunesse, et placés à la première ligne. Le nombre en était fixé à cent par canton.

Leur ordre de bataille le plus ordinaire était le coin, à la pomte duquel se plaçaient les plus braves , comme dans les héroïques batailles des Suisses contre les Autrichiens.

Quelquefois cependant leurs armées s^étendaient en une ligne immense; mais alors les guerriers du premier ran^, comme les Cimbres à vereell, avaient soin de se lier ensemble par des chaînes en fer, afin de résister au choc de l'ennemi.

Ainsi qu'à Sparte, c'était le comble du cleshonneur de revenir sans son bouclier. Le guerrier germain qui ne pouvait le montrer après une bataille , était chassé alors du conseil public, et ne pouvait souiller de sa présence les cérémonies religieuses.

Comme tous les Barbares , les Germains avaient des chants de guerre pour les exciter au combat. Avant d'en venir aux mains avec les ennémis, ils faisaient entendre le barM, chant religieux et guerrier, d'où Ds auguraient quel succès aurait la bataille. « Car, dit Tacite, ils treniblent, ou font trembler, selon la manière dont l'armée a entonné le bardit ; ce sont moins des paroles que le bniyant concert de l'enthousiasme guerrier. On s'attache à le former des plus rudes accents, de sons rauques et brisés , en serrant le bouclier contre sa bouche , afin que la voix sépercutAs

L'UNIVERS

s'édiappe plus forte et plus retentissante. » On se rappelle Teffroi jeté dans les troupes de Marius par les sons du bardit des Gimbres.

L'arme favorite des Germains était la framée, pique assez courte et trèsacérée, dont ils "Se servaient, suivant l'occasion, de près comme de loin. Parmi tantde peuplades diverses, les armes devaient nécessairement varier : les uns avaient des massues, des maillets, des marteaux, des angonsà deux crochets, mais surtout des haches à deux tranchants, que souvent ils lançaient à

.l'ennemi avec une force irrésistible.

D'autres avaient des frondes, des llèches armées d*os pointus, des Gletsdont ils enveloppaient l'ennemi pour entraver ses mouvements ou l'entraîner à eux tout vivant. Leurs boucliers, formés d'osier, et recouverts de peaux

, de bétes, étaient peints de diverses couleurs : c'est là qu'ils déployaient toute leur coquetterie militaire.

Comme le fer n^abondait point chez

.eux, ils avaient peu de casques et de cuirasses. Cependant les cavaliers cimbres , les chers sans doute , portaient des casques en fbrme de gueules ouvertes et de mufles de toutes sortes de bétes étranges et effroyables à voir. Ils les rehaussaient encore par des panache-s faits comme des ailes et d'une hauteur prodigieuse, afln de

rattre plus f^ands et plus terribles, se couvraient aussi de brillantes cuirasses de fer , et portaient au bras des boucliers blancs.

Leurs étendards n'étaient souvent que les sauvages représentations des animaux de leurs forêts. Durant la .paix, ils étaient déposés dans les bois sacrés, d'où ils ne sortaient que quand la peu[>lade entière allait au combat.

. C'est ainsi que les immobiles y drapeaux sacrés des Gaulois boîens, furent tirés des temples de la tribu, lorsque dans l'intervalle des deux guerres puniques, les Cisalpins, voulant en unir avec Rome , jurèrent de ne détacher leurs b^driers qu'après être montés au tCapitole.

VIB PRiViE.

L'homme barbare passe habituellement de l'activité la plus dévorante durant la guerre , à la plus complète oisiveté pendant la paix. Ainsi les chefs américains croiraient se déshonorer si , après avoir enterré la hache de guerre, ils faisaient autre chose qu'assister aux conseils de la peuplade. De même en Germaiye, le temps que les chefs ne donnaient point à la guerre, ils le passaient à chasser, mais surtout à manger et à dormir.

Leurs festins étaient fréquents-: souvent ils y traitaient les affaires les plus importantes; et, comme dans ce cas ils s'y rendaient toujours en armes , souvent l'ivresse amenait des querelles : alors le sang coulait

Le héros indien d'un roman de Cooper, Mathorée (*), pourrait être, s'il avait moins d'astuce, le représentant des anciens Germains. Comme lui , ces chefs , riches le lendemain de la victoire, distribuaient tout leur butin à leurs compagnons, sûrs qu'ils étaient qu'à leur tour les compagnons veilleraient à ce que, durant la p^ix, la case du chef ne restât pas vide. Il était d'usage , en effet , que les chefis reçussent des dons en troupeaux et en grains , pour lesquels tout le canton contribuait par tête.

La polygamie était presque inconnue de ces Barbares; il n'y avait guèi^ d'exception que pour les chefs : encore ne prenaient-ils plusieurs femmes que parce que plusieurs familles ambitionnaient leur alliance. La femme était, pour ainsi dire, adietée; elle n'apportait point de dot : c'était l'époux

ri envoyait des présents au père et la mère de la flancée. C'étaient d'ordinaire des bœufs , un cheval tout bridé , un bouclier avec la framée et le glaive, mystérieux symboles qui

(*) Dans la Prairie , le dernier livre de cette trilogie où le rival de Walter-Soott a si bien représenté le caractère des indigènes de l'Amérique du nord, mais en ne montrant toutefois que le côté idéal de celle vie barbare.

inporennent à la femme qu^clle doit être gaerrière comme son époux, qu'dte doit partager ses travaux et ses périls. Ce aépôt qu'elle accepte , elle derra le rendre pur et honorable h ses enfmts,dequi lesbrus le recevront pour le transmettre à ses petîts-fils (*).

Le mariage contracté sous de tels auspices était un sérieux engagement ooi était rarement rompu. « Très-peu o^adoltères se commettent, dît Ta* dte, dans une nation si nombreuse; et le châtiment, qui suit de près la faute, est abandonné au mari. On rase la coupable, on la dépouille, et, en présence des parents , le mari la chasse de sa maison, et la poursuit à coups de verges par toute la bourgade. »

Le lendemain des noces, la jeune fiancé recevait de son mari le Morgemgabef ou préseni du moHn, qui restait sa propriété (**).

Chaque mère allaitait elle-même ses enfants , et c'est au milieu d'une sale nudité que grandissaient ces corps dont

(•) Tadic.

(**) Chez les peuplades celtiques, les cé* iMiHHii I des fiançailles difîéraient essentiellement. Le père de la jeune fille invitait à un festin tous ceux qui aspiraient à sa maio. A la fin du repas, la jeune fille entrait , faisait le tour de la table en tenant une coupe pleine quVllc présentait à celui qa*Hle choisissait pour son époux. Cest •iosi que commença la fortune de Marseille. Un chef voisin voulait marier sa fille. Le joar do repas arrivent de» Grecs de la ville de Piiocéi^ ils prennent place k la Ubie. Lorsque fa jeune fille entra , ce fiit devant leur chef qii*eUe s^arréta pour lui offrir la coupe. Les Gaulois, indignés qu*un étranger vint leur ravir une fiancée , voulaient courir SOS aux Grecs, mis le vieux chef fit respecter rhoe^piulité el les drpils de sa fiDe. H prit pour gendre le chef dfcs Phocéens , et lui donna un canton où les Grecs, comroerçanli et industrieux , fondèrent la ville de Marseille. Il en arriva de même lorsque les êàioM descendirent en Angleterre pour la première fois. Un de leurs oiefs admis à la taUe de Wortigem reçut des mains de la fifie du chef l>refon la coupe qui le désigaait pour sou fiancé.

4* Urrahon. (Allemagne.)

AGN£. '49

la haute taille et la beauté étonnaiént les Romains. Abandonnés à eux-mêmes lorsqu'ils n'avaient plus besoin de la surveillance de leurs mères, on les voyait courir à travers les champs, s'erposant sans vêtements à toutes les risueurs des saisons, pour endurcir leurs cor|)s.

Leurs jeux n'étaient que de péril*** leux divertissements : ils sautaient nus à travers les pointes menaçantes des glaives et des framées , comme les com-

Sagnons de Romulus à travers les tas e broussailles enflammées lorsqu'ils célébraient la î&(a de Palés.

Ils avaient de commun avec les Gaulois fa passion des ieux de hasard.

Ils s'acharnaient si follement au i^aia ou à la perte, que 2 quand ils n'avaient plus rien , ils jouaient encore dans un dernier coup de dé, leur personne et leuib liberté.

Les guerriers n'avaient pour tout vêtement qu'un sarrau de toile qu'ils attachaient avec une agrafe, ou, à défaut d'agrafe, avec une épine. L'habillement des riches était moins sim-

Sle : c'était un vêtement serré qui essinait les formes du corps. Lepn-< talon des peuples modernss est d origine germanique et gauloise (*) : tm peuple vivant presque toiyours dans les bois ou dans des plaines marécageuses ne pouvait adopter la tunique grec* que et romaine.

Dans les funérailles, ils brûlaient avec un bois particulier les corps dea hommes illustres. Le bûcher était couvert des armes du mort ; quelquefois même le cheval était brûlé avec soa maître , afin que le guerrier pût trouver près de lui son cheval de oataille et ses armes , lorsqu'il entrerait

(*) Les monuments grecs et romains donnent ce vêtement à tous les Barbares , aux Amazones, aux Perses, aux Scythes, aux Daccs, etc. Hérodote nous a conservé lo nom qu'il avait chez les Seythes : ils rappelaient Sarabara. En Russie , aujourd'hui encore, on désigne ce vêtement par le mot charavarî, d*où nous avons fait charivari pQiu* désigner particulièrement un ^lantaloQ

3ue naguère encore portaient certains corpt e cavalerie.

L'UNIVERS

au W alhalla. Le tombeau , suiyaut la coutume de tous les peuples bar* bares, n'était qu'un tertre de gazon.

On en trouve encore en Allemagne et dans les nays occupés par les Celtes (*). Vers la un du siècle dernier, on a cru avoir découvert dans les plaines de la ïroade les monticules sous lesquelf avaient été ensevelia Achille et Patrocie.

DEUXIÈME péaiODE.

DEPUIS L'INVASION DH t'EMPlRB FAR LIS BAaBAnES JUSQU'A L'KTABLlSSEÂUvNT D'UN KOYAUME ALLEMAND.

J I. ConsiD^nATrons pAiuMiNArnr^. — État de l'kupibs au moment dk l'i?-

TASIOK.

Tout grand événement qui se produit dans le monde est légitime , par «ela se^l qu'il arrive : que ce soit ('invasion (les Barbares , Luther, ou la révolution française. Ce n'est phs que nous voulions faire consister la moralité d'un acte dans son succès : une telle doctrine serait funeste si on l'appliquait à tous les événements de la vie d'un homme, ou même d'un peuple; car efîe ferait entrer la fatalité dans l'histoire , pour en chasser la responsabilité morale. Chacun de nous est comptable devant Dieu et devant les hommes de tous les actes de sa vie; de même que chaque peuple est responsable de m propre histoire. Mais il y a dans la vie de l'humanité certains inoments graves et rares où la société est remuée jusque dans ses fondements, du les choses vont si vite et si droit à leur but, que les individus ae sem-

(*) On a découvert dernièrement à IVmbouchure delà Somme un (iimulus celtique où se troinaieut rangées eu pyramides pluueurs centaines de têtes. On a reconnu c^uc ces létes avaient été aiusi disposées trespeu de temps après avoir été coupées. Les

E' [uaires pensent que ce sont les tètes esclaves ou des prisonniers de guerre olés sur la tombe d*ua chef.

Ment quelque tefUM

moins 4 que les mstn^ments d'une rof^ plus puissante oui les pousse eaavan^ \ leur insu , ^ leur fait changer le inonde. C'est ain#i que les Baruarfi« gui, au quatrième siècle, envahiisajeot Pempire, assuri\ient qu'une main ia^ Visible ks poussait sMr Rome, (iâton»-

Sous de dlire toutefois qiie le pro^^ ^ e l'humanité I c'est d'enlever chaque jour quelque chose è cette puissanoe mystérieuse poiur en augmenter le part de l'activité et de la responsabi* |ité humaine. , Grâce \ ce prog?^, nous voyons aussi plus dair dans le passé : les anciens dieux sortent du ^nctuaire; ils se montrent au grand jour de l'histoire , et leur taille paraît moins haute , leur puissance plus bornée , leur action moins grande dans les diodes de ce mondes Plus de demi-* dieux , de^ béros qui passe aujourd'hui ses contemporains de la téte et de la ceinture. Ce n^est point que l'histoire se plaise à rabaisser les grands hom»

mes des temps passés : non ; mais elle les explique, mais elle voit derrière un homme l'humanité qui le soutient et le grandit en l'élevant de ses propres mains au-dessus d'elle-même.

L'invasion des peuplades germenlqucs, la chute de l'empire, la formation d'un monde nouveau ^ en apparence plus bar!)are que celui qu'il remplaçait , ont long-temps paru des faits aussi funestes qu'inexplicables, et une longue réprobation a pesé sur les temps où ils se sont produits. D'abord , comme nous l'avons dit, le grand fait de l'invasion est juste et l^itime à ce seul titre qu'il a eu lieu ; car nous qui croyons sincèrement qi^ l'humanité n'est point enfermée dans un cercle de fer, nous qui pensons qu'elle avance, ensuivant une ligne spirale, si l'on veut, mais qu'elle avance sens cesse , nous ne pouvons, même a priori ^ condamner une suite d'événements qui ont fait entrer le monde dans des voies nouvelles. D'un autre côté, si nous interrogeons |e^ faits eux-mêmes, si nous cnerclions où en était le monde sous les empereurs , et ce qu'il pouvait devenir en* tre leurs mains, a coup sOr il bous

fl

lera ftdte de reconndttre que Thomanité avait besoin d*étre rudement secouée pour sortir de sa léthargie , et qii*tl faHait , pour ranimer ce vieux eolosse décrépit de Tempire , que les peuples du Nord fissent couler dans ses Teines appauvries un sang plus jeune cC moins corrompu.

Rome , à cette époque , avait accomsa tâche. Elle avait trouvé le monde

îvisé en mille nations inconnues, hostiles les unes aux autres, et, de sa puissante main « elle avait enlevé à tous ces peuples leur nationalité pour les enferwcr dans les frontières d'un même em- Wre, Puis, derrière les légions vinrent KS légistes, les préteurs , qui , plaçant leur tribunal dans toutes les villes des vaincus , les forcèrent de venir bégayer k langue latine, et invoquer la loi Mnaine pour la défense de leurs intérte. Ainsi , des bords du Rhin à ceux de PEuphrate tout se trouva nivelé pr Rome: on parla sa langue, on su- Dit le ioug de sa loi, on lui emprunta Jusqu'à ses mœurs. Une immense unité succéda à, P infinie variété de l'ancien monde. La vie put alors circuler rapidement dans toutes les veines de ce grand corps; la vie, mais aussi là mort.

Grâces h la conquête, les vaincus s'élevèrent peu à peu jusqu'à la civilisation des vainqueurs; les mœurs s'adoucirent, les idées s'étendirent, les provinces même les plus reculées se couvrirent de routes et de monuments ; les arts de la Grèce reçurent droit de cité dans djes 'villes jadis bîirbares; ainsi Autun fut surnommé la nouvelle Athènes. Enfin, à îa faveur de Punivers^lité de la langue latine, le christianisme j c'est-à-dire , la religion de la civilisation , de la moralité , put détendre rapidement d'une extréniité & l'autre de l'empire. Là est le bien- Êiitj là est rînimense résultat qui put ■eui faire oublier tous les nuiux qu'avait entraînés la conquête.

« Mais les bienfaits du despotisme sont courts, et il empoisonne les sources même mi'il ouvre. Il ne possède,

Sour ainsi oire , qu'un mérite d'excep- ODy une vertu de circonstance; et

dès gùe son "histoire est passée, tous les vices de sa nature éclatent et pèsent de toutes parts sur la société.

R A mesure que Fempire, ou, pour mieux dire, le pouvoir de l'empereur s'afiliiblit . à mesure qu'il se vît eh proie à plus de dangers extérieurs Qt intérieurs, ses besoins devinrent plus grands et plus pressants ; il lui fallut plus d'argent, plus d'hommes, plus de moyens d'action de tout genre ; fl demanda davantage aux peuples, et en même temps il S'occupa moins d'eux. Il envoyait p|us de troupes st^r les frontières pour résister aux Bar^ bares; il en i^estait moins dans l'intérieur pdur maintenir l'ordre. On dépensait plus d'argent à Constantinople ou à Rome pour acheter des auxiliaires ou satisfaire de dangereux .courtisans; on en employait moins pour l'administration oes provinces.

Le despotisme se trouvait ainsi à 1^ fois plus exigeant et plus faible, obligé de prendre beaucoup, et incapable de protéger même lë peu qu'il laissait » (*).

Il faut voir dans les écrivains contemporains de quel poids pesait sur les provinces le fisc impérial. « Dioclétien, dit Lactance , Dioclétien , l'auteur de tint de crimes, l'artisan de tous nos maUx , a osé porter ses mains avides jusque sur Dieului-même. C'est lui qui bouleversa l'univers, et pal* son avarice et pr sa lâcheté. En effet, il associa trois noLveaux princes à son empire, divisant ainsi le monde en quatre parties , et multipliant les armées ; car chacun d'eux prétendait avoir des forces militaires plus nombreuses que n'en avaient les premiers empereurs alors qu'ils dirigeaient seuls l'état.

Bientôt le nombre des hommes salariés surpassa tellement celui des contribuables, ^ue les ressources des colons étant éouisées par l'énormité des impôts, (es campagnes furent abandonnées, et les champs cultivés se changèrent en forêts. Puis, pour semer partout la terreur, les provinces fu-

(*) Guizot, Histoire de la dvilisatiop française, tom. I, pag. 63 et 64.

L'UNIVERS

rent aussi fractionnées-, et sur chaque pays, sur chaque ville, vinrent Vabattre de nombreux gouverneurs, suivis d'employés plus nombreux encore , les percepteurs , les inspecteurs du domaine , les vicaires des préfets.

Or de tous ces fonctionnaires les actes civils sont très-rares, mais les condamnations , les proscriptions fréquentes, et les exactions de tout genre souvent répétées : c'est trop peu dire *ei1core : continuelles ; et dans ces exactiohs mêmes , d'insupportables abus.

Non moins intolérables sont les charges qu'on fait peser sur nous pour fcutretien des troupes.

« Ce même empereur, dans son insatiable avarice, ne consentant jamais à voir diminuer ses trésors, multipliait les imi>ôts extraordinaires et les dons gratuits , pour conserver intactes et dans leur entier les richesses qu'il entassait. Ce fut encore lui qui , après avoir par différentes iniquités occasioné une cherté exorbitante , chercha à fixer pr une loi le prix des marciiandises. Alors beaucoup de sang fut versé pour de méprisables et fuffles objets , et la crainte empêchant de mettre aucune marchanaise en vente, la cherté s'accrut chaque jour davantage jusgu'à ce qu'enfin la nécessité elle-même fît anolir la loi.

« Ajoutez encore une indicible manie de bâtir ^ et les exactions auxquelles les provmces aussi se voyaient exposées pour fournir les ouvriers, les artisans , les voitures de transport , en un mot, tout ce qui est nécessaire pour des constructions. Ici s'élevaient des basiliques , ici un cirque , ici une monnaie, ici une manufacture d'armes; là un palais pour son épouse, là un autre pour sa fille. Et tout à coup une grande partie de la ville était abandonnée; tous émigraient avec leurs femmes et leurs enfants : on eût dit d'une ville prise par l'ennemi. Puis, quand ces éaifices eurent été élevés en ruinant les provinces : « Cela n'est pas « bien fait, disait-il , qo'on le refasse, « Et il fallait qu'ils fussent jetés à terre et reconstnnts sur un autre plan, pour être sans doute démolis de nou-

veau. Tel était le délire dans lequel

le jetait son désir de faire de Nicoraédie la rivale de Rome. Je ne parle pas de tous ceux oui périrent victimes de rétendue de leurs domaines ou de leurs richesses; c'est une diose que la pratique du malheur nous fait regarder comme habituelle, et presque comme autorisée; mais un fait remarquable , c'est que s'il voyait un champ oien cultivé, un édifice ricliement construit, la peine capitale était réservée au propriétaire. On eût dit qu'il ne pouvait prendre le bien d'autrui sans verser du sang !

<t Mais la calamité publique, le deuil universel, fut à son comble quand le fïém du cens une fois lâclié sur les provinces et sur les villes, les censiteurs se répandirent partout et bouleversèrent tout. On eût dit une invasion ennemie, des prisonniers au pouvoir d'un vainqueur cruel. On mesurait les champs par mottes de terre; les ceps de vignes et les arbres étaient comptés, les animaux de tout genre inscrits , les hommes eux-mêmes enregistrés; et pour cette opération on rassemblait citadins et campagnards dans l'intérieur des villes; les places publiques regorgeaient de familles réunies comme des troupeaux , car diacun était là avec ses enfants et ses esclaves. Partout retentissaient la torture et le fouet. On torturait les fils jwur qu'ils déposassent contre leurs pères, les esclaves les plus fidèles poui^qik'ils accusassent leurs maîtres, les femmes elles-mêmes pour qu'elles dénonçassent leurs many. Ce moyen était-il impuissant, on torturait les suspects pour qu'ils se dénonçassent eux-mêmes; et quand la douleur était victorieuse, on inscrivait ce qu'ils ne possédaient pas. L'âge, la santé ne pouvaient être une excuse. Les malades, les infirmes étaient traînés devant lecensiteur ; on estimait l'âge de chacun, on ajoutait des années aux enfants, on en retirait aux vieillards. Tout était plein de deuil et de tristesse. Cette conduite, que jusqu'ici les vainqueurs seuls, autorisés par le droit ae la guerre, avaient tenue à l'égard des vaincus, il

la tient, lui, à fép^ard des Romains et des peuples soumis aux Romains :

et pourquoi? parce que ses pprents ont été soumis au cens que Trajan vainqueur avait imposé aux Daces pour les punir de leurs continuelles rébellions.

< Cela fait, chaque téte était imposée pour une certaine somme, et fexîstence s'achetait ainsi h prix d'argent. Et gardez-vous de croire qu'on s'en rapportait à ces premiers censiteurs; on en envoyait de nouveaux, comme pour trouver davantage. Ceuxci, bien qu'ils ne trouvassent rien, ajoutaient néanmoins au gré de leur caprice^ afin de ne pas paraître envoyés pour rien. Cependant les animaux diminuaient , les hommes mouraient, et Ton n'en payait pas moins Pimpôt ffour les morts , afin qu'il ne fût permis, ni de vivre, ni même de mourir sans payer. Il ne restait que les mendiants dont on ne pât rien exiger, la misère et le malheur les avaient mis à l'abri de toute espèce d'injure. Mais cet homme impie eut pttie d'eux, et ne voulut pas les laisser dans le besoin. Il oraonna qu'ils fassent toos réunis , les fit transporter sur des ti^rques et submerger en pleine mer. Tant était grande la compassion de cet homme, qvi pout*vut ^si à ce qu'il n'y eût pas de malheureux sous son règne ! Ainsi, pour éviter que personne n'échappât au cens en se couvrant du masque de la mendicité, il fit mettre à mort une multitude de malheureux contre tous les droits de Fhumanité. »

Sans doute Lactance, dans la diatribe à laquelle nous avons emprunté ce sombre tableau , est emporté trop km par son zèle pour le cnristianisme et par sa haine contre Dioctétien ; mais, même en faisant la part de l'exagération, il reste encore une réalité Bien triste et qu'atteste ce passage de Salvien, dté et traduit par M. de Chftteaubriand dans ses Études histoliqpes : « Il n'y a plus personne pour la prospérité d'autrdi ne soit un «uppiice. Les citoyens se proscrivent les uns les autres : les villes et les

boui^ sont en proie à une foule de petits tyrans, luges et publicains.

Les pauvres sônl dépouillés , les veuves et les . orphelins opprimés. Des Romains vont chercher cnez les Barbares une humanité et un abri qu'ils ne trouvent plus chez les Romains; d'autres, réduits au désespoir, se soulèvent et vivent de vols et de brigandage; on leur donne le nom de Bagaudes. On leur fait un crime de leur malheur ; et pourtant ne sont-ce pas les proscriptions, les rapines, les concussions des magistrats qui ont plongé ces infortuné dans un pareil désordre? Les petits propriétaires qui n'ont pas fui , se jettent entre les bras des riches pour en être secourus , et leur livrent leurs héritages. Heureux ceux qui peuvent reprendre à ferme tes biens qu'ils ont donnés! Mais ils n'y tiennent pas lone-temps : de malheur en malheur , de l'état de colon où ils se sont réduits volontairement , ils deviennent bientôt esclaves. »

Le résultat de cette guerre impitoyable du fisc contre les habitants de l'empire, ce fut la dépopulation des ^campagnes. Les ^ues, la plus puissante tribu de la Gaule au temps de César, n'étaient plus compris, trois siècles plus tard , au temps de Constantin, que pour vingt-cinq mille têtes de capitation sur les rôles de l'impôt; encore ce prince fiit-îl obligé d'en exempter sept mille d'un tribut

Ïu'ils étaient hors d'état de payer, .'on trouve de même dans le code Théodosien un édit impérial exemptant de tout tribut , pour dix années, ceux qui voudront recevoir en don et remettre en culture trois cent trente mille acres de terres incultes et désertes, dans la Campanie, cette province la plus fertile de toute l'Italie. Aussi, Tabbé Dubos a-t-il pensé que le nombre des citoyens libres payant l'impôt ne s'élevait pas à cette époque, par tout l'empire, a plus de cinq cent mille (*).

(•) ITnc des causes principales de celle désolalion de Pempire , c'est rimmease développement qti'avait pris Pcsdavage et par

Si de ces campagnes désolées et à demi désertes nous passions aux villes, te spectacle serait plus affligeant encore. Bien que le nombre de ceux qui pouf aient nayer tlmpdt diminuât chaque jour d une manière eff rayante, il n'en fallait pas moins que (a même somme entrât chaque année dans le trésor impérial. En vain les curiales, (fest-à-dire tous ceu^ qui possédaient au moins vingt-cinq arpenta de terre^ cherchaient à échapper aux cluu-ges qui pesaient sur eux: ils auraient volonliers abandonné leurs terres au Use, mais le fisc n*en voulait point, il les enchaînait à leurs propriétés. Cent quatre-vingt-douze lois du seul code Théodosien avaient prévu tous les cas, toutes les ruses à Paide desquelles un curiale cherchait' à se débarrasser de ton titre. Il ne pouvait sortir de la ville sans la permission du magistrat.

S'il s'éloignait sans cause légitime, tous ses biens, au bout d'une année, étaient confisqués. Les juifs eux-mé-

Mite rtbsenne du travail Hbre et de toute hiduitrie. L^industrie c*est ce qui donne «u pauvre les moyens de feire payer son travail au riche , titst ce qui jette pour ainsi dire un pont entre le prolâaire et le patricien , fait passer la richesse de Tun à l'autie* et crée cette classe moyenne qui fait la force des États de TEurope moderne. Cette absence de riudustrie à lepoque dont nous nous occupons , nous est prouvée sur* tout oar le prix excessif du travail et même de choses nécessaires à la vie. M. Morcau de Jonnès en a tracé un tableau, d'après un ^dil de Dioclclien qui fixait un maximum pour le prix des dources dans tmil Tempire. Un raiseur de mortier, un liuiçon avait pour sa journre ii fr. 25 c; an marlirier 1 3 fr. 5o c. ; pour faijon de rlianssure de laboureur 27 fr. ; pour façon Aê ckfiuisunt de soldat 2 a fr. 5o c. ; un litre 4c vin mstique S fr. 60 c , de bière i fr. $0 c. ; une livre de viande de bœuf a fr. 40 c. I de porc 3 fr. 60 e. , de bon lard 4 fr« $0 c , de jambon de Wcstplialie , de Cer^ dagne ou du pays des Marses 6 fr. ; une oie grasse 45 fr. , un poulet i3 fr., un lièvre 33 fr. , un cent d unitres aa fr. 5o c , quatre betteraves 80 c. , quatre radis 80 un litre de vinaî^ i fr. ;o c

mes, cette race impure et maudite 9 étaient curiales. On ne pouvait édiapper en se réfugiant dans Téalise, ou inénfe dans les retraites de la Tl)él)aïde. Constantin, Valens , 'Théodose firent des lois pour emuôcher les curiales de

Prendre la robe Je prêtre ou de moine* ,e second écrivait en 873 s « Certains « hommes lâches et paresseux, déser- <i tant les devoirs de citoyens, cliera chent les solitudes et les retraites, a et sous prétexte de religion se mé- « lent aux congrégations de moines, a Kous ordonnons que le comte de a rOrient les arrache à leurs retraites « et les rappelle ' à Taocomplissement <i de leurs devoirs envers la (^trie. »

Ainsi Rome , cette si épouvanUible machinej suivant l'expression de Montaigne , s^était usée elle-même jusqu'à ne pouvoirplus porter le poids aocablant de son anaenne grandeur; elle ne semblait alors avoir vaincu le monde que pour lui imposer sa décrépitude. Heureusement qu'elle n*avait point totit conquis à ses lois et à ses mo&urs.

En dehors d'elle, les Barbares de la Germanie avaient conservé leur jeunesse et leur force, et c'est à eux maintenant qu^l est don^ de régénérer le monde. Déjà les babitaoti de l'empire tournent de ce côté leurs yeux, ils appellent les Barbares^ disent les écrivains du IV* et du V* siècle, car ils préfèrent le sort des captiÊi emmenés au-delà du Hhin, à leur con* dition d'hommes libres. Ils aime&t mieux une liberté réelle sous une cap* tivité apparente, que rester captiu avec le vain nom de libei'té. Ce titm de citoyen romain , jadis prisé si haut , on le repousse auiourd'nui , 'on vou* drait s'en dépouiller. Les Barbiù^ leur sont plus amis que les agentv du lise. Ils fuient aux ennemis potir échapper à l'impôt... Il n'y a fritts qu'un seul cri parmi le ^ple romain»

c'est qu'on le laisM vivre tranquille avec les Barbares.

Les Barbares peuvent donc Tenir; l'œuvre de Rome est «chevéet et Id cliristianisme les attend pour fonder avec eux une société nouvelle.

j IL VtawMiton,

Lorsque Kome tout entière, assise sur k» innombrables degrés de son colossal ainphîtliéâtre, se repaissait pendant cent jours du massacre des.

dix mille captifs que Trajan lui avait anoenés des bords oh Danube , elle ne se doutait pas que deux siècles phis tard ces Barbares , sortis de leurs fbrto, vieudraient lui demander compte du sans de leurs frères égorgés pour ses infâmes plaisirs; elle D*entendait point les sourdes menaces qui s'échappaient de la poitriue du captif mourant. « Je VOIS devant moi le gladiateur étsoda sur Farène.... sa tête s'af- &isse par degré; les dernières gouttes de son sang tombent lentement de sa blessure 2 comme ces larges gouttes de pluie qui précèdent Forage, et déjà farène vacillé autour de nii , que retentissent encore les cris înbumains qui saluent son vainqueur.

Il les entend , mais sans comprendre , car ses yeux sont avec son cœur; bien loin delà.... Sur les bords du Danube, il voit sa hutte sauvage , «es enfants»., ét leur méi-e.... et lui , f) hut qu'il meure pour les plaisirs de Rome.... Mourra-t-il donc sans ven* geance? Debout, Gotbs et Vandales, debout, assouvissez votre vengeance Ol .

Les Goths se levèrent!

Dans la seconde moitié du quatrième siècle après Jésus-Christ, une partie de cette nation, les Goths de Test ou Ostrogoths avalent à leur téte le vieux Hermanric, le plus noble descendant d'Amali. Quoique âgé de plus d'un siècle, il avait contraint la plupart des tribus voisines à reconnaître •on autonté, et les Visîgoths oli Gotbs de Touest renonçant à avoir des rois particuliers, le nommèrent leur chef. La nation gothimie se trouva alors réunie tout entière sous sa main , et étendit peu à peu sa domination sur une ligne immense, depuis la mer ^oire jusqu'à la Baltique, au

(•^ BjToii, CIiildc-tiarokTs pilgrixnaçe, . ^0 ly, M. i4o-x4i*

travers du pays des Sarmates et des Germains. Cest alors ou'arriva la nouvelle de l'approche cTune horde sauvage qui se précipitait vers Pouest.

Hermanric prépara toutes les forces de sa nation contre cet ennemi dont on faisait les récits les plus effrayants, et Rome, allait afoir le spectacle terrible de ces deux masses de Barbares se heurtant Tune contre Tautre , lorsque Hermanric mourut. Un chef des Roxolans avait refusé de suivre ses .

étendards. Pour le punir , Hermanric condamna la femme de ce dief à être broyée sous les pieds des chevaux. ' Les frères de ta jeune £smme se dévouèrent polir la veiner, et saisissant une occasion favorable, il§ se Jetèrent sur Hermanric qu'ils percèrent de leurs poignards. Le vieux roi mounit bientôt de ses blessures et du chagrin que lui causaient les nouvelles accablantes qu'il recevait de toutes parts sur Tinvasion des Huns.

Ce peaple asiatique , dont la figure et le costume étaient inconnus aux habitants de l'Europe, jeta refTroî parmi les Goths. tJn petit nombre conservant le souvenir de leur courage, se hasanièrent à combattre, tuais ne purent tenir contre la cavalerie rapide des Huns et des Alains^ L'empire d'Hermanric fut détruit^ et les Ostrogpths se soumirent à leurs vainqueurs (375).

SA88AOB DU DAXUBE. -

Une partie de la nation, sous le nom de Visfcotbs, se retira vers le Danube; et vouEint mettre une barrière entre elle et ses terribles ennemis, qu'on disait être nés dans le désert, d'un commerce entre les sorcières et les diables, demanda à Tempereur d'Orient, Valens , la permission de s'établir sur la rivedroite du fleuve. AConstantinople on s'eflraya à Fidée d'introduire dans Fempire cette niultitude , de Barbares , déta a demi-chrétiens , il est vrai , pour la plupart , et qui se présentaient en suppliants, mais qui pouvaient devenir un jour des sujets tort iHeemtnodes. Valens céda cepea*

LUNIVERS.

dant au plaisir de s'entendre nommer le protecteur et le défenseur des nations barbares. On accorda le passage, mais à condition que les Visigoths livreraient leurs amies, et donneraient leurs enfants en otages. A ce prix , les officiers de Fempire devaient fournir aux Barbares les vivres nécessaires. Mais ces vivres, les Goths devaient les |)ayer. Aussi leurs ressources furent bientôt épuisées par Favidité des généraux romains. Lorsqu'ils eurent acheté avec leur or et leur argent , il fallut encore donner leurs femmes et leurs enfants.

Mais quand ils n'eurent plus rien , ils prirent les armes que ravarice des généraux romains leur avait laissées.

La révolte éclata dans les environs de Marcianopolis. Un jour que Friti- ^ern. le juge des Visipths, se trouvait a un restmque lui avait donné le général romain Lupicinus , on entendit tout-àcoup de lomtaines clameurs et comme le bruit sourd d'un combat Lupicinus»

qui venait d'apprendre que les Goths avaient déjà tué et dépouillé un certain nombre de ses soldats , songeait à se rendre maître de Fritigem et des autres chefs venus avec lui, lorsque celui-ci, le prévenant, sortit en disant hautement qu'il allait faire rentrer promptement dans le devoir quelques misérables qui, contre la foi des traités, attaquaient les soldats romains. Une fois sortis de la demeure de Lupicinus, ils mettent l'épée à la main; lui et les siens traversent la Tille en toute hâte, aux yeux des Romains étonnés , et sont reçus au camp par les acclamations des Goths. Il y avait déjà long-temps que Fritigem pensait a ce moment. Tout était préparé pour le succès. Lupicinus conduisit son armée contre les Barbares, mais ce fut pour laisser sur le champ de bataille ses plus braves soldats.

« Ce jour, dit le Goth Jornandès, l'historien de sa nation, ce jour mit fin à la détresse des Barbares et à la sécurité des Romains. Dès lors, les Goths , renonçant à la condition précaire oe fîigitira et d'étrangers, parlèrent en maîtres, et prétendirent à

une absolue domination sur les contrées riveraines du Danube. »

BATAI LLB D^AVDRIITOPLE.

' Après la victoire de Marcianopolis, les Goths marcbèreat sur Andrinople , et ravagèrent toute la Thrace , appelant à eux les hommes vigoureux qui travaillaient aux mines de cette contrée.

Sur cette nouvelle , Valens partit en toute hâte d' Antioche pour défendre sa capitale, et sollicita en même temps les secours de son neveu, Gratien, empereur d'Ckx;ident. A l'approche de l'armée impériale, Fritigem rappela toutes ses bandes, qui avalent porté par tout le pays Tincendie et la dévastation. Une première bataille indécise eut lieu entre les deux armées. Fritieern comprit qu'il fallait balancer l'infériorité ae la tactique et de la disci-

Îline par la supénorité du. nombre.

In reste d'Ostrogoths indépendants errait sur la rive gauche du Danube ^ gardant au milieu d'eux leur jeune rbi enfant. Fritigern les fit entrer dans ses desseins; il sut gagner aussi un parti de Huns et d'Alains, toujours pressés de courir là où on leur promettait du butin. Valens crut devoir marcher lui-même pour arrêter cette invasion formidable.

Le 9 août de l'année 378 , Valens vint camper sous les murs d'Andrinople avec toutes les forces de l'empire d'Orient. L'habile Fritigern , qui attendait le retour d'un corps nombreux de cavalerie, envoyé pour piller au loin, chercha à gagner du temps, en entamant de femtes négodations avec l'empereur. Mais la cavalerie que les Goths attendaient étant arrivée, on ne laissa pas à celui qui portait la réponse de l'empereur, le temps d'arriver au camp. L armée romaine, presque tout entière composée d'infanterie, se trouva tout à coup enveloppée par les Barbares, et comme perdue au milieu de leur immense cavalerie.

Ce fut plutôt une horrible mêlée qu'une bataille. Les Romains y perdirent tout l'avantage de leur discipline. Leurs liions rompues essayè-

ALLE

rent vainement de trouver un asile sous les murs d'Andrînople. La plaine où le combat s'était livré était trop défavorable aux légionnaires pour qu^îls pussent s'échapper en grand nombre. Ils tombèrent en foule sous le fer des Goths. L'empereur lui-même V périt. Blessé au commencement de Faction, il s'était retiré à quelque distance du champ de bataille , dans une cabane, pourv panser sa blessure.

Cette cabane fut bientôt entourée par les Barbares qui , étonnés de la résistance qu'on leur opposait autour de cçtte hutte, s'en dél>arrassèrent en lançant de loin sur elle des flèches enilam- .mées. L'empereur et tous ceux qui se trouvaient auprès de lui périrent dans les flammes.

KATAGK DES rBOYISClS AU-DESSOUS DU DÀirUBK.

Les Goths, après cette bataille, crurent en avoir fini avec Pempire d'Orient. Ils se présentèrent donc de^ vant Andrino()le, pensant y entrer sans peine; mais ils y rencontrèrent une vive résistance. Manquant de machines de çuerre, incapables d'en construire , il leur fallut renoncer à cette riche proie. Ils se vengèrent sur la Tbrace, et leur cavalerie vint caracoler jusque sous les murs de Gonstantinople. Là, les Barbares du Nord rencontrèrent ceux du Midi. Les Arabes , an service de Valens , repoussèrent les plus hardis des Germains, et les Goths virent avec horreur un Sarrazin se jeter sur le corps d'un Goth qu'il avait tué , sucer la plaie, et boire le san^. La Pannonie et toutes les contrées qui s'étendent de Constantinople aux Alpes Julieimes souffrirent les maux de la plus terrible invasion. Vingt ans après, l'Illyrie était encore presque sans culture et sans butants.

DITKRSfOV DIS ALlMÂiri.

Pendant ce temps , l'empèreur d'Occident, Gratien, était occupé contre les Germains de l'Ouest. Au moment où

AGNE. S7

il recevait la nouvelle de rînvasion des Goths, et la demande de secours que lui avait adressée Valens , les Alemans prirent tout à coup les armes.

Un jeune Barbare de la garde de l'empereur avait obtenu d'aller revoir pour quelques mois son pays natal : il dit parmi les siens qu'une'grande expédition se préparait en Italie; oue l'empereur drOocident allait marcner avec toutes ses troupes au secours de son oncle. Les Alemans profltèrent de cette confidence, et, croyant le moment favorable, attaquèrent les

f)rovinces. Gratien , ainsi retenu dans a Gaule, ne put conduire à Valens une armée dont le secours aurait sans doute assuré la victoire des Ro* mains à Andrinople. L'empire fut puni d'une manière terrible de sa confiance dans les Barbares. Les Alemans furent réprimés; mais la diversion qu'ils avaient faite n'en avait pas moins été fatale à l'empire d'Orient.

LES VIS [GOTHS ETAfttlS DANS l'ehPIUI.

Heureusement Gratien donna pout successeur à Valens , Théodose , Espagnol comme Trsyan, et comme lui destiné, mais dans des temps moins heureux , à arrêter les Barbares. Afin de rendre aux Romains le courage qu'ils avaient perdu , il ne hasarda pas tout d'abord une bataille contre les Goths. Il rétablit la* discipline parmi ses soldats , les habitua peu à peu à entendre sans s'effrayer les cris des Barbares, ranima leur confiance en eux-mêmes par des combats peu importants , où il avait soin de leur assurer l'avantage; puis il les mena à l'ennemi qui, après sa victoire, s'était beaucmip affaibli en se dispersant, et le battit complètement.

Théodose ne se fit pas toutefois illusion sur ses succès; profitant des divisions qui existaient chez les Barbares, de la jalousie des Visigoths et des Ostrogotns , de l'indifférence des Huns et des Alains auxiliaires pour les uns et pour les autres, il traita avec Athanaric. Ce chef vint à Con-

stajiktinople, où la arandeur et la magnificence de la cité impériale le frappèrent d'étonnement. «L*empereur, disait le Barbare ébloui , est à coup sûr un dieu sur la terre. » Athanaric mourut bientôt dans Constantinople, et . l'empereur, pour s'attacher les Goths qui Pavaient suivi, lui flt rendre les plus grands honneurs. Cette conduite ^gna en effet les Barbares. Une partie s'engagea à garder les passages du Danube, et a les fermer aux autres peuplades; les autres obtinrent une portion de la Thrace et de la Mœsie qu'ils promirent de cultiver; enûn plus de quarante mille hommes de la même nation furent admis dans les troupes impériales. Cette admission des étrangers dans les provinces et dans les arm^ a été regardée comme une faute politique de Théodose et comme une des premières causes des malheurs qui , après son règne , accablèrent l'empire romain. Cependant une nouvelle victoire de Théodose sur les Sirres et les Carpodas, qui s'étaient jetés sur la Thrace, parut assurer pour quelque temps la tranquillité des provinces orientales*

LI VRAHC ARBOOAfT,

Cependant TOccident était en proie à des troubles continuels. Maxime avait pris la pourpre et renversé Gratien. Théodose, aidé par ses auxiliaires barbares, vengea. la mort de son bienfaiteur, et, après avoir mis sur le trône le jeune Valentinien , il retourna à Constantinople. Dans son expédition contre Maxime, il avait été puissamment secondé par le Franc Arbo- .gast,qui, en récompense, reçut le titre de mattre-général de l'armée des Gaules. Mais cette charge importante ne satisfit point l'ambition du Barbare.

On ne saurait dire quels étaient les secrets desseinsd' Arbogast.Sans doute, il ne faut point admettre qu'il ait conçu le projet de renverser Tempire d'Occident au profit des Barbares de la Germanie; il ne voulait, en créant un empereur, que régner lui-même sous son nom. Mais les révolutions qu'il

causa n'en ont pas moins contribué puissamment à la chute de l'autorité impériale dans les provinces de l'Ouest. Il profita de-sa charge pour donnertous les commandement de ses troupes des Francs ; tous les offices, même ceux du gouvernement civil, furent confiés à des Barbares. Valentinien se trouva comme prisonnier dans son propre palais. Cependant il se faisait encore illusion sur sa faiblesse réeUe. Il crut pouvoir déjouer les desseins du Barbare, en lui étant tous ses emplois.

Un jour il le fit venir devant lui , le reçut assis sur son trône, et lui annonça qu'il devait dès ce moment remettre à d'autres le commandement de l'armée. « Mon pouvoir, répliqua Ar- • bogttst, ne dépend ni du bon plaisir ni de la colère d'un prince , » et il jeta à ses pieds, avec mépris , Tédit impérial ou lui était signifiée sa disgrâce. Valentinien indigne saisit l'épée d'un de ses gardes pour tuer le comte (*).

Quelques jours après , l'empereur fut trouvé étranglé dans son lit.

Arbo^ast ne voulut pas prendre pour Im la couronne inipériafe ; il la mit sur la tête d'un de ses secrétaires, le rhéteur Eugène, et pendant trois ans. Théodose n'osa attaquer ce fantôme d'empereur, défendu par l'habileté d'Arbogast et les secours des nombreux Barbares que ce chef franc avait appelés auprès de lui.

La bataille qui, l'an 394, mit fin à la royauté d'Eugène , ou pour mieux dire d'Arbogast, fut une véritable bataille livrée entre les Barbares.

Théodose avait de son côté toute une armée de Goths , sous la conduite de leurs princes indigènes, Gaîna, Saul et Alaric. Les troupes d'Arbogast se composaient oresque tout entières 4e Francs et de Germains. Les Romains , les habitants de l'Italie et des provinces , ne semblent plus intéresses dans les questions de I empire; ils ne servent qu'à fournir l'argent dont on

(*) Ce titre désignait déjii les principaux oCficters de reBipereur, soil dans radtamis- Iratioii niililaire, soil dans Tintcricur du palais.

paie les Barbares, oui seuls remplissent les emplois, les dignités, les camps, et vont bientôt démembrer an empire qui semble déjà leur appartenir.

rriucoir et g aima.

La mort de Tliéodose , le partage de Tempire entre ses deux fils, Arcadius et Uonorius, amenèrent enfin la chute du colosse. Heureusement pour Honorîus, à qui Tltalie et la Gaule étaient écliues en partage, il avait pour ministre ou plutôt pour tuteur le Vandale Stilicon qui, grâce à ses nombreuses relations avec les peuplades germaniques, les retint pour quelque temps sur les bords du Rhin.

Caressant les Barbares ou semant la division au milieu d'eux par d*adroites confidences, il parcourut toutes les rives du fleuve depuis sa source jusqu'à son embouchure. Les rois des Alemans lui demandèrent la paix et donnèrent leurs enfants en otages : les Germains depuis le Rhin jusqu'à TElbe consentirent à traiter avec lui. Les garnisons qui défendaient les frontières de la Gaule furent augmentées, les pirateries des Saxons arrêtées, deux rois francs, Marcomir et Sunnon, obligés de se soumettre.

Ainsi les talents et Factivitéd'un Barbareproté(;eaienl seuls la Gaule et Tltalie. Mais a Constantiuopie , les Goths étaient maîtres; leur chef Gaîna renversait à son gré les ministres; Ruffin iîit massacré par lui , sous les yeux d'Arcadius. Eutrope succéda à ce ministre, et éprouva bientôt le même sort. Gaîna , fatigué de ces révolutions de palais^ résolut d'en finir avec Tempirc d'Orient, Â un jour fixé, les Bar- J>ar^s devaient s'emparer des portes de (k)nstantinople, et rendre maîtres d'Arcadius. L(; eoniplot fut heureuseineïJî découvert assez à temps Doqr que Gaîna , trompt'; Un-méniepar la fausse séeuriie de la \iile impérialé, eji (>oursuivit revéeution. Urt graûd iiomi>re de Barbares, surpris au niOiD^t où ils entraient dans Constnntlnople, fbrént massacrés, et Gaîna

n'eut que la triste ccfusolation n* va^er toute la Thrace ; après quoi II ae retira au-delà du Danube. Mais il rencontra les Huns, et périt dans une bataille contre eux.

ALAEIC. XXrVAâlOtf !>■ LA OftlcS.

Cependant tout n'était point fini.

Les Visigoths, à qui Arcadius refu« sait le tribut annuel, voulurent se payer par leurs propres mains. Ils avaient alors à leur tete un noble chel de l'ancienne famille des Baldi, AUk rie, celui qui était destiné à entrer le premier dans Rome. D'abord il ae jeta sur la Moesie , la Thrace et la Pannonie. A ses troupes était venue se Joindre une foule cT Alahis , de Huna et de Sarmates. Depuis la mer Adria* tique jusqu'au Bosphore , tout fut en proie à la plus affreuse dévastation.

I.es plus beaux monuments des arts furent détruits. Les Goths pénétré* rent jusque dans Athènes. L'ombre d'Achille, et Minerve armée de sa puissante égide, en défendirent eux* inémes les murs, si l'on en croit l'hi»torien Zosime. Mais les dieux du pa»

ganisme ét^ent impuissants contre ces Barbares. Les compagnons d'Al»ric, depuis long-temps convertis au christianisme , ne pouvaient être arrêtés par aucune cramte superstitieuse, en s'approchant deS lieux habités jadis par les divinités de la Grèce. Leurs autels, leurs temples furent impi»»

tovablement pillés et renversés.

âtilicon accourut au secours des Grecs avec une puissante armée , composée des troupes de l'Occident et de celles de l'Orient qui avalent servi sous les ordres de Théodose. Il rencontra les Goths dans les plaines de ThessaUe*, et, {Kir des marches savantes, les enferma dans les forêts de l'Arcadle, où la faim devait bientôt les livrer sans défense au glaive des Romains.

Stilicon, se croyant sûr du triomplia, crut pouvoir s^loigner de son càtm.

Mais, tandis que ses soldats, profitant de son absence, abandonnaient leur poste pour aller piller les campagnes voisines , Alaric s'échappa tnrtc

L^UNIVERS

son armée » et feu de jours après , on apprit qu'il était niaitre de TÉpire.

L empereur d'Orient ne trouva d'autre moven d'arrêter les ravages du Yisigotli que de lui donner la souveraineté de rillyrie. De là le Barbare apercevait l'Occident.

PftXlIlàRK tRVASIOfl Etf ITAUE.

Ces succès Grent prodamer Alaric roi parles siens. Lorsqu'il eut été élevé 8ur le pavois, il se hâta d'appeler sous ses drapeaux les Barbares des ri- ▼e3 du Danube, leur promettant les dépouilles de Rome et ae l'Italie. Puis H passa les Alpes (401), et bientôt le sîeige d'Aquilée et la ruine des campagnes annoncèrent la venue des Baroaras. Tout fuyait devant eux. Honorhis épouvanté abandonna Milan, pour se réfugier dans le château d'Asti, où il se trouva bientôt luimême enfermé par les Visigoths. Il était près de se rendre , lorsque l'heureuse audace de Stilicon,qui se fit route à travers le camp des Barbares pour s'introduire dans Asti , vint ranimer l'espoir des Romains. Alaric se vit peu à peu investi de tous côtés par les troupes de TOccideat, qui débouchaient successivement par tous les passages des Alpes. Ses quartiers furent resserrés, ses convois enlevés, et les Romains commencèrent avec activité une ligne de fortiûcations , dans laquelle l'assiégeant se trouvait lui-même assiégé.

Alaric assembla un conseil militaire , composé de chefs à la longue chevelure, de vieux guerriers enveloppés de fourrures , et dont l'aspect était rendu plus imposant par d'honorables cicatrices. Aprôs avoir pesé la gloire de persister dans leur entreprise, et l'avantage de mettre leurs dépouilles en sûreté , tous opinèrent prudemment qu'il fallait se retirer, tandis ga'il en était temps encore. Dans cet important débat, le roi des Visigoths releva par son exemple et ses discours la bravoure de ses comparons. Après avoir rappelé avec énergie leurs exploits et leurs desseins , u termina par

une protestation solennelle de trouver en Italie un trône ou un tombeau.

DÉFAITE D*AI.AflIC A POLLENTIA.

Après ce conseil, Alaric députa vers l'empereur, pour lui demander, ou de le laisser s'établir paisiblement en Italie, ou d'accepter sur-le-champ la bataille , afin de décider laquelle des deux nations céderait à l'autre cette belle contrée. Stilicon, qui attendait encore quelques troupes , engagea Honorius à céder au roi des Goths un établissement au-delà des Alpes. Alaric accepta, passa le Pô, et se mit en marche vers les montagnes qui séparent les Gaules de l'Italie. Stilicon, dont toutes les forces étaient enfin réunies, le suivit, épiant l'occasion de le surprendre. Il crut Favoir trouvée près de Pollen tia , où Alaric s'était arrêté pour faire reposer sa cavalerie. C'était le 6 avril 402, le|our de Pâques. Les Goths ne songeaient qu'à célébrer pieusement cette grande • solennité religieuse de leur foi nouvelle, lorsque Stilicon fit donner le signal de l'attaque. Les Goths croyaient commettre un sacrilège en combattant dans un jour si solennel; aussi prirent-ils les armes moins pour vaincre que pour se défendre. Leur piété fut mal récompensée. Leur infanterie fut taillée en pièces, et il leur fallut abandonner à Stilicon le champ de bataille. Le pillage du camp et le massacre des Barbares payèrent quelquesuns des maux dont ils avaient accablé les sujets de l'empire.

Les vétérans de rOccident s'enrichirent des dépouilles magnifiques de Corintlieetd'Argos; et l'épouse d' Alaric, qui attendait impatiemment les bijoux

Ï précieux et les esclaves patriciennes que ui avait promis son mari , réduite ellemême en captivité, sévît forcée d'implorer la clémence du vainqueur. Des milliers de prisonniers, échappés des chaînes des Barbares , allèrent porter dans toutes les villes de l'Italie les louanges de leur libérateur. Le poète Claudien, qui n'était peut-être que l'édio de Topi-

ALLEMAGKE.

nîon pubKque, compara leMomphe de Stîlicon h celui de Marins, qui, dans le même canton de Tltalie, avait attaqué et détruit une amiée des Barbares du Nord. La postérité pouvait aisément confondre les ossements gigantesques et les casques vides des G otlis avec ceux des Cimbres, et élever sur la même place un trophée commun aux deux illustres vainqueurs des deux plus formidables ennemis de Rome.

ITETRALTI I>\lARZC.

Sans perdre le temps à déplorer firréparable échec qui lui enlevait tant de braves compagnons, Alaric ré* sol ut de traverser , a la téte de sa cavalerie encore intacte, les passages abandonnés des Apennins, ae ravager la fertile Toscane , et de vaincre ou de mourir aux portes de Rome.

L'infatigable activité de Stilicon sauva la capitale; mais Alaric fit redouter son courage ou son désespoir, au point qu'on résolut d'acheter sa retraite après l'avoir vaincu. Toutefois, il ne voulut point quitter ritâlie avant d'avoir fait trembler les Romains, au milieu même de leur victoire. Tournant tout à coup vers le nord-est , il menaça Vérone ; mais, surpris dans sa mardie par les légions, il essuya, après une action des plus sanglantes , une nouvelle défaîte plus désastreuse que la première. L'intrépide Visigoth sauva le» débris de son armée sur des rochers voisins* du champ de bataille, et \i se préparait courageusement à combattre encore , lorsque le manque de vivres^ l'abandon des Barbares, qui n'avaient plus de respect ni de dévouement pour un * chef deux fois vaincu, le forcèrent de repasser les Alpes. La terreur qu'inspirait son nom était si grande , que sa retraite fut regardée comme un triomphe.

BADAGAISS.

L'empereur, qu' Alaric venait d'effrayer en pénétrant jusque sous les murs de Rome , avait établi le siepe de son empire à Ravenne, ville autre-

fois maritime et que Id mer en se retirant avait laissée au milieu des marais que forme le Pô à son embouduire»

Derrière ses murailles; Honorius pouvait se remettre de ses terreurs : Ra« venue en effet était une excellente retraite : à deux pas se trouvait la mer, par où Ton po&vait ^enfuir josqa'à Constantinople. La précaution etail bonne. A peme Alaric était4l éloigné , qu'mi nouveau (lot de Barbares tomba au haut des Alpes.

Pour repousser Alaric , il avait fallu dégaru'r toutes les frontières. On ne fut pas long-temps à s'en repentir.

Les passages se trouvant libres, Radagaise ou Rodogast descendit en Italie avec deux cent mille Germains de toute race, mais appartenant surtout aux peuples qui Habitaient alors entre le Rhin et le Danube. La terreur fut au comble. Il fallait recommencer ce qu'on venait d'achever si péniblement, et ces nouveaux envahisseurs semblaient encore plus terribles. Alaric et les siens étaient au moins chrétiens ; mais Radagaise ne connaissait d'autre ciel que le WaU halla, et il avait, disait-on, juré de sacriGer à ses dieux tous les Romains qu'il ferait prisonniers*

Cependant Radagaise fut plus mal* heureux encore ^uele roi des Goths. Il pénétra sans peine jusque dans la Toscane, jusqu'à Florence; mais ce qu'il voulait surtout, c'était la possession de ces villes où se trouvaient accumulées toutes les richesses de l'ancien monde.

Par malheur les sièges étaient chose difficile pour ces Barbares qui ne savaient

Sue se ruer sur l'ennemi qu'ils avaient evant eux^ et que la moindre muraille arrêtait des mois entiers. Ils voulurent s'obstiner au siège de Florence.

Stilicon les laissa user leur force contre les murs de cette ville, se donna tout le temps de réunir ses troujjes , et revînt sur eux avec trente légions, composées presque tout entières de Barbares, de G otlis, de Huns, d'Alains, etc. Suivant la tactique de César, il enferma Radagaise dans les montagnes de Fésule, et laissa périr sor arméedefaira, (le soif et de maladies. Pour perpétuer

LtJHITXBa.

IB smiTMHr dé cette tictoirét 1^ i^at romain éleva on arc de triomphe, maie ce Alt le dernier.

Mrxiioui onrAties n'^uLaie. • (4IP.)

ruts m

L'Italie était à péine détivrée Radagaise, qu'Alarid repànit plus i aa^Bot que laoNrie. Tous les eone do nom romain, tous les aventiinen,

tous les soldats avides de pillage, s'é* taient rangés soutf ses drapeaux. Le roi des Visigoths, se vantant d*avoir une première t'ois épargné là capitale de rOccident ; demanda une somme d'argent considérable comme salaire de sa clémence. Tous ceux des sénateurs qui conservaient encore quelque souvenir de Pnntique gloire de Rome^ étaient d'avis de combattre. Maie Sti* licon, qui songeait peut-être à se faire on appui, plus tard, de l'amitié d'Alaric, lit décider qu'on lui donnerait quatre raille livres pesant d'or. Un sénateur en fut si indigné, qu1l ne put s'empêcher de s'écHer, comme l'ora* leur athénien : « Ce n'est pas un traité « de paix que vous faites, mais un * contrat de servitude. «»

Tandis que Ton poursuivait les négpdatîQBBjtqMlÉi les familles barbares, ^llAîese^ 1@nè , furent massacrées pîir Tordre des ministres d'Honorius.

ÎÙaric, indigné, précipita sa marche, criant vengeance, et pillant Aquilée, Crémone et toutes les cités qu'il rencontrait sur son passage. Le peuple des vil tes fuyait épouvanté dons les (o\kHs> et dans les montagnes, et les ïioths marchaient sans onstacle vers Ronie. A leur n|)|) roche, un saint erniite osa s'avancer vers Alaric et le menacer de la colère céleste. «Je sens en moi, lui répondit le iiarbare, quelque chose qui me porte à détruire Rome.»

Bientôt Rome fut investie de toutes

Sarts, et le;^ descendants des Fabius et es Scipions n'eurent d'espoir que jlans leprs supplicaJJons et leurs priè-

IP» fi Q^'iM ^ffiRP^f ^^^^ mfUvsmi^^m^ome, et qu'on

me donne tout l'or et tous les ohiets

précieux qui se trouvent dans la ville.»

-^L0S députés lui «vaie&t parlé de ||i

nombreuse population de Rome qui pouvait prendre les armes contre lut.

« Plus rherbe est serrée, leur dit la s roi barbare, et plus la faux y mord.»

Cependant, soitqu'il craignît ledésespoirdes Romains, soit qu'il fût touché de leurs prières , il consentit à lever (e siège , et les Romains en furent quitter cette fois encore, en promettant 5>000 livres d'or, 30,000 d*argent, 4,000 tuniques de soie, 8,0QP piè-' ces d'écarlàte, 3^000 livres de poivre.

AJaric s'éloigna avec ses dépouilles ; mais comme on n'exécuta pas les cqqdjtions, iJ revint. En quelques jours il se trouva de nouveau au pied des mujraiiles. Rome fut réduite amc plus cruelle^ extrémités et menacée d'être livrée aux flammes ; nressée aussi par ja famine, elle eutepait ce cri dans ses rues : « Qu'on uiette en vente la chair humaine et au'on en Gxe le prix, » Enpore une K>is, les habitants livrèrent leurs richesses pour sauver leurs murailles.

Néanmoins Honorius ne bougeait point de Ravenne ; il venait de priver l'empire de son meilleur défenseur en faisant tuer Stiltcon. Ala^ric parut un instant vouloir en ûnir avec lui. Il mit la pourpre impériale sur les' épaules d'Attale; puis, croyant un instant qu'il allait traiter avec Honorius, il dégrada, pour simplifier les négociations y l'empereur qu'il avait fidt. C'était tout ce que voulait Uonorius. Indicé de s'être laissé jouer, le roi des Visiçotlis, laissant là l'empereur enferme dans Ravenne , reparut pour la troisième fois devant Rome, et cette Ibis les dnipeaux des Barbares flottèrent sur les nmrailles de la ville éternelle. Dans Fespace de trois jours, l'orgueilleuse maitresse du monde vit disparaître les richesses entassées par neuf siècles de triom-

{)hes , et souffrit , à son tour, toutes es calamités qu'elle avait si long-temps fait peser sur le monde.

MORT D*AI.ARIC.

Alaric survécut peu à la gloirv d*a-

ALLEMÂGKIL

voir prM Rome. H emràana ses capfîA eC ses trésors en Campanie, ravagea, 4ans sa marche, TApulie, ta Lucanie et la Calabre; mais au milieu de ses triomphes, et lorsouHi allait passer en AlHque pour la subjui^uer, il mourut éê maMie à Cosentuu Les autres dteft, oraignant que le corps de leur roi ne fttt profané par les Romains, le irent ensetelir avee de riches ôé* pouilles dans le lit d'une rivière qu'ils avaient détournée et à laquelle iu fl* rent ensuite reprendre son cours. Les captifs oui avaient été employés a oe travail nirent massacrés après la oé* nknonie, et le silence de la mort et de la terreur régna long-temps sur la tombe du Barbare.

ÀtAVLF. W VISXOin-BS DAVS ut OAUU.

Pendant que cette tempête passait finr ritalie, Honorios restait caché éurière les murailles {m|>renables de Havenne. La mort d'Alarîo lui rendit cependant quelque courage, celui au moins de traiter avec les Barbares.

Ataulf , le frère d'adoption d'Alaric, eonsentit à sortir d'Italie pour aller combattre, au nom d'Honorius, les Hrans qui s'étaient élevés dans la Gaule. Rien ne résista. Narbonne, Toulouse, Bordeaux, reçurent les Visigoths. Leur chef, pour sceller son alliance avec Honorius, épousa sa sœur Placidie, qui était restée en otaae entre ses mains; et ne voulant désormais d'autre gloire que celle de défendre l*unité de Fempire d Occident, il établit sa nation dans le midi de la 0 utile, comme milice fédérée au service de Tempire. Honorius eut bientôt recours à la bonne volonté de ces Barbares pour se débarrasser de ses ri- Vaux do la Gaule. Ataulf lui envoya bientôt la téte de Jovin et de Sébastien , qui avaient eu l'imprudente amfe^ion de vouloir se couvrir d*un lambeau de pourpre impériale.

TAVOAM, SOftvit, ALAIMS ■« BSPAOlIB.

Pour prix de ses services, on proposa au roi des Goths un établisse-

ment en Espanie ; mais H devait ao-^ paravant en chasser les Barbares oui

y étaient déjà passés : c'étaient des Suèves, des Vandales, des Alains. Pendant que Stilicon était aux prises aveè Alaric et Radagaise, ces peuples avaient ft^anchi le Rhin avec les Bourgalpons, dévasté ioute la Gaule, exterminé uM eorps de Francs qui, se disant alliés de rempire, voulaient les arrêter, et enfin il» s'étaient dirigés sur la Pé^ninsule, pour piller cette contrée, qui^ placée aux extrémités de l'Europe, aurait pu cependant se croire à Tabri de toute invasion. Les calamités qui suivirent cette invasion, dit îin historien espagnol, furent atroces : les villages d^abord , puis les villes, nirent horriblement saccagés; la famine et la peste, plus cruelle encore que les Barbares, décimèrent la population.

Les habitants furent contraints de se pourrir de chaîr humaine. Une mère mangea ses quatre enfants. 11 y eut des villes où il ne resta pas un seul habitant.

A la fin, les Barbares, rassasiés de carnage et de rapines , s'étaient partagé l'Espagne. L'ancienne Galllce, qui comprenait la Vieille-Castille, avait été partagée entre les Suèves et les Vandales. Les Alains s'étaient répandus dans les provinces de Carthagène et de la Lusitanie; une tribu vandale, les Silinges, avait obtenu la Bétique.

' Guiaass DU Tisioomt tir isrAOVt.

aoTAUMs DU «hIyis.

Ataulf ne put achever cette entreprise : il fut assassiné à Barcelone (416). Son successeur Wallia continua ue»

projets , détruisit les Silinges et força les Alains de chercher un asile au milieu des Vandales. Les Suèves, menacée à leur tour, demandèrent la paiic à Honorius, au nom duquel VVallia combattait et obtint de vivre tranquille dans le nord-oueat de l'Espa-

fne. Ainsi commença ie royaume des uéves (419).

POAMATIOir DU BOYAOMI I>XS VfSIOOTBS. — POUTXqUE Dl LEUnS KOIB.

Wallia aurait pu s'opposer à ce traité et conserver TEspagne qu'il avait conquise; mais ces Gotlis ne songeaient plus à démembrer Tempire vomatn ; ils se contentèrent de TAquitalne qui leur avait été cédée comme récompense de leurs services (419).

C'étaient les premiers Barbares qui eussent pénétré dans Tempire. Personne avant eux n'y avait encore fait de ruines assez nombreuses pour cadrer sa splendeur. Dans leurs longues courses à travers les provinces, soit comme auxiliaires des armées impériales, soit comme l^orde envaiiissante, Ils avaient été frappés d'étonnement et d'admiration au spectacle du prodigieux ouvraee de la civilisation romaine. « Cette civilisation leur semblait grande et merveilleuse : les monuments de l'activité romaine, ces cités, ces routes, ces aqueducs, ces arènes, toute cette société si régulière, si prévo^^nte, si variée dans sa fixité, c'était la le sujet de leur étonnement, de leur admiration. Vainqueurs, ils se sentaient inférieurs aux vaincus; le Barbare pouvait mépriser individuellement le Romain, mais le monde romain, dans son ensemble, lui apparaissait comme quelque chose de supérieur ; et tous les srands hommes de l'âge de la conqnete, les Alaric, les Ataulf , les Théodoric et tant d'autres, en détruisant et foiilant aux pieds la société romaine , faisaient tous leurs efforts pour l'imiter (*). »

Ce respect pour la civilisation romaine , ce sentiment de l'impuissance des Barbares à rien reconstruire, se retrouve dans ces paroles si remarquables du fisère d'Alaric : « Je me souviens, dit un écrivain du cinquième siècle , d'avoir entendu à Bethléem le bienheureux Jérôme raconter qu'il avait vu un certain habitant de Narbonne, élevé à de hautes fonctions sous Tempereur Théodose, et d'ailleurs re-

(*) Guizot , Histoire de la civ. fianç. , 1. 1, p. 388.

ligieux, sase et grave, qui âvaît Joui dans sa ville natale de la familiarité d'Ataulf. Il répétait souvent que le roi des Goths , homme de grand cœur et de grand esprit, avait coutume de dire oue sou ambition la plus ardente avait d'abord été d'anéantir le nom romaiav et de faire de toute l'étendue des terres romaines un nouvel ^ipire appelé Gothique ; de sorte que, pour parler vulgairement, tout cç qui était Rih manie devint Gothi€y et qu' Ataulf jouât le méoie rôle qu'autrefois César Auguste ; mais qu'afNrès s'être assuré, par l'expérience, ^ue les Goths étaient incapables d'obéissance aux lois, à cause de leur barbarie indisciplinoble, jugeant qu'il ne fallait point toucher aux lois sans lesquelles la république cesserait d'être république, il avait pris le parti de chercher la gloire en consacrant les forces des GoUis à rétablir dans son intégrité, à augmenter même la puissance du nom romain, afin qu'au moins la postérité le regardât comme le restaurateur de l'empire qu'il ne pouvait transporter.

Dans cette vue, il s'abstenait de la guerre et cherchait soigneusement la paix...»

Cette politique, les successeurs d'Ataulf la suivirent. IN'ous venons de voûr Wallia reconquérir J'Espagne pour le compte de Rome; s'il occupa l'A* c|uitaine, ce fut, nous l'avons déjà dit, à titre d'auxiliaire de Tempire. L»

Gaule, du reste, eut peu à souffrir de ces Barbares : les anciens habitants

Ï verdirent sans doute une partie de eurs terres ; mais il y en avait tant d'incultes ! et d'ailleurs ce n'était point payer trop cher pour être délivres de l'insupportable tyrannie de l'administration romaine. Les Barbares se faisaient souvent scrupule d'enlever ces terres à leurs propriétaires ; parfois même il y avait des restitutions : ainsi le pauvre poète Paulinus, retiré à Marseille après avoir été dépossédé de ses domaines, fut tout surpris de recevoir un jour le prix de la lerre qui lui avait été enlevée.

ALLEUAGI9E.

Mm MS mou nnoont m vouLOun.

« La cour des rois visigoths (*), centre de la politique de tout rOcci* dent, intermédiaire entre la cour tm- Dériale et les royaumes germaniques, ecalait en politesse et surpassait peutrare en dijpiité celle de Constantinople. Cétaient les Gaulois de distinction qui entouraient le roi des Yisigoths quand il ne marchait pas en guerre, car alors les Germains repre« naient le dessus. Le roi Eurik avait pour conseiller et pour secrétaire l'un des rhéteurs les plus estimés dans ce temps, et se plaisait à voir les dépêches, écrites sous son nom, admirées Jusqu'en Italie pour la pureté et la Çrace du style. Ce roi, l'avant-demier «e œox de la même race qui réfèrent en Gaule, inspirait aux esprits les phis éclairés et les plus délicats une Ténération véritable, non cette crainte senrile mi'excitaient les rois francs, ou e^te aamiration fanatique dont ib forent l'objet après leur conversion à b foi ortiiodoxe. Voici des vers conidentieb écrits par le plus grand poète én cinquième siècle , Sidonius Apollinaris, exilé de l'Auvergne, son pays, par le roi des Yisigoths, comme suspect de regretter l'empire, et qui était veoa à Boîtleaux solliciter la fin de son exil. Ce petit morceau, malgré sa tour- Mve dassimie, rend d'une manière assez Tive 1 impression qu'avait faite mt l'exilé la vue des gens de toute race qne nntérêt de leur patrie respective nmembbit auprès du roi des Goths.

{*) Né» cfnpnmtoiis cet alinéa ma Let« Iras MIT lliisimre de Pranoe, d^. ÀDgustin tkkrrj, Lonou*on rencontre on tajet traité |Nr 06 grand lûaiorien, il but doespérer ém mkm. bire» et copier. Noua ne croyons poa qu*on paiaae nous adresser des reproches pour ces emprunts que nous bisons parfois à d'illustres écrivains ; notre IraYail eu offrira d*autant plus d'intérêt. M. de CbâicatibriaDd dit qoâqiie part : « On a raison de se pas refaire une besogne bien bite ; Bais, uoute-t-il pour les forbans littéraires , il faudrait en arerlir aGn de laisser la louanpe à qui de droit. » If ous suivons le coaseU du maître.

5* Lhratson. (Allemagne.)

« J'ai presque vu deux fbb la hme

achever son cours et je n'ai obtenu qu'une seule audience : le maître de ces lieux trouve peu de loisirs pour moi, car l'univers entier demande aussi r^nse et l'attend avec soumission. Ici nous vovons le Saxon aux yeux bleus, intrépide sur les fiots, mal h l'aise sur la terre; ici le vieux Sicambre, tondu après sa défaite, laisse croître de nouveau ses cheveux; id se promène l'Hérule aux joues vordfttrès, presque de la teinte de l'Océan, dont il habite les derniers golfes; id , leBurgonde, haut de sept pieds, fléchit le genou et implore la paix ; id rOstrogoth rédame le patronaije qui ^it sa force et à l'aide duquel il 6it trembler les Huns , humble d'un côté, fier de l'autre; id, toi-même, ô Romain, tu viens prier pour ta vie; et quand le Nord menace de quelques troijd)les, tu sollicites le bras d'Eurik contre les hordes de la Scythie ; tu demandes à la puissante Garonne de protéger le Tibre affaibli. »

LA Goua DU aox TBioDoaic II.

A ce tableau nous ajouterons, pour avoir une idée plus complète de la manière de vivre des chefs visigoths, les détaib que Sidonius nous a transmis dans une de ses lettres sur le roi Tliéodoric II et sur sa cour. Ce morceau est d'ailleurs cturieux en ce qu'il montre où en était venue la littérature latine, même sous la plume du meilleur éarivain du cinquième siècle.

«Avant le jour, il assiste , suivi d'une faible escorte, aux assemblées des prêtres visigoths, leur témoigne im respect empressé ; cependant, soit dit entre nous , on peut remarquer que s'il conserve ce respect, c'est plutôt par habitude que par sentiment religieux.

Les soins du gouvernement remplissent le reste de la matinée. Sesécuyers entourent son trône; plus loin, on voit une foule de satellites couverts depeaux de bêtes; mais le roi les tient h 1 écart pour éviter tout bruit importun. On introduit alors les envoyés des nations. Théodoric écoute beaucoup et répovd

: ra ifspkd'uïïimlé, il diffère;

une déciittOB, il la donne.

«La deuxième henre est-elle ai^ yîvée, il quitte eoq trône pour altev ÎMpeeter ses trésm et ses écuries.

Perl-il pour une chasse qu'il a fait iimoBoer^ attacher l'arc à son oôté (lU semJile au-desaous de la dignité fiifêle; mais si on lui montre pendant kl chasse un oiseau , une béte fauve pm éloignée , si le hasard lai en présente sur son cfaeoini, un esclave lai remet dans la main, ^'il tend dédai- , tneusement pnr derrière, on are dont H corde ou m courroie est flottante ; (ter s'il regarde conuie le propre d'un esdave de porter l'arc enfermé dans son ébii, le recevoir tout tendu c'est, à ses jreux, se conduire comme une femme. Quand il l'a tendu aveo une adresseremarquiible, il prend des traits, eo emp^ le carquois et les lance aveo hibileCé. U vous invite à désigner la pièce de gibier fae vous désirez voir atteindre , et il frappe juste celle que vous avez choisie..*.

« Dans ses repas, où , les jours ordinaires, on retrouve toute la simplicité d'un particulier 9 on ne voit pas un esdave haletant faire plier les tables sous des blocs grossiers d'un argent livide. Là , rien de solide que les paroles (fÉ s'y prononcent, car là point de récits qu'ils ne soient sérieux. Là, des vases ciselés , là des tapis tantôt de pourpre , et tantôt de lin. Les aliments y plaisent par l'art avec lequel ils sont préparés, non par le prix qu'ils ont coûté; la yaisselle par son éclat et non par son poids. On présente rarement laeoope aux convives : la soif est phisen droit de se plaindre de la rareté, que l'ivresse n'est dans la nécessité de reluser.En un mot, là vous rencontreren l'élégance grecque, l'abondance gauloise, la promptitude italienne, la magniflcence de l'homme public, l'économie du particulier, la vie d'un roi.

J'allais parier du luxe qu'il déploie le •jour du sabbat; je m*arréte, car je n'aurais rien à apprendre même aux personnes qui vivent très -retirées.

«Revenons doncà notre sujet. A midi, quand le repas est fini, 0 s^'endort, et

cet instant ée repos, quand il le prend, est toujours court. A cette heure de la journée, le prince aime à jouer au trictrac; il relève vivement les déS| les re^rd0 avec soin, les agite avec attention, les jette, sans hésiter, \e$ înteipelle eo plaisantant, les attend avec j)atience ; si le coup est bon, i) se tait : mauvais, il rit ; mais de quel*

Ïue manière que tourne la chance , imais il ne se fôclie et fait toujours quelque sage réflexion. Jouer en second, il dédaigne de le faire, comme il déaaigne aussi de craindre celui qui a cet avantage. Les occasions favora* bles que dans le premier cas il peut rencontrer, il les néglige ; il en triom<* phe quand elles lui sont o[^$ées. Il voit sans émotion ses coups esquivés , et si à son tour il esquive un coup de son adversaire c'est toujours de franc jeu. Il semble que mâne en iouant il fait la guerre, tin soin unique le préoccupe, celui de vaincre. Toutefois dans ces moments de distraction, il dépose pour un instant sa sévérité roya« le, invite au plaisir, à Tabandon^ à bannir toute réserve : je veux di|r« toute ma pensée, il mint d'étr^ craint Du reste , au jeu , il aime à voir le vaincu s'animer, et il ne peut se persuader qu'on ne lui a pas cédé la victoire, que quand la colère de son rival témoigne de la réalité d^ son triomphe; et, chose étonnante, spuvent cette joie, éclatant pour uoe si faible cause, a donné une bpnoe solution à des affaires importantes,.

Alors des demandes, long-temps ballottées par le naufrage de ceux qui les appuyaient, voient tout à coup s'ouvrir devant elles un port ou elles trouvent l'beureux terme d'ua long vojMce.

Souvent, disfMMé i faire une demande^ je me félidle d'être vaineu , puisque ma défaîte mime assure le tnomphe de ma cause.

«Vers la neuvième heure, recommencent les ennuis de Tempire; alorç reviennent les solliciteurs et ceux qui cherchent à les supplanter. De tout coté retentit le bruit des cabales, qui, se prolongeant jusqu'au sqir, est interrompu par le souper du roi; alors

AJLLEMAGNp:.

H s'afiaiUlt et se divise; les courtisans groupent autour de leuvs divers patron», et les causeries et les intrigues iorent jusqu'au milieu de la nuit.

« Pendant le repas du soir, on ad.-* mot , Men que rarement, la plalsanterft; mais on a soin qu'aucun des eon- ?iv«s ne soit en boite à Tironte , à la satire. Et si la plaisanterie est permise en ce moment , ^est qu'aucun orgue n'y résonne docile à l'impulsion de Peau, c'est qu'aucune voix, sous la direction d'un maître, ne feit entendre de doux accords. Là, pas de eithardde| pas de joueur de flûte, pas de dan* seers, pas de femme qui batte du tambour, ou qui pince de la barpe : le roi n'aime que ces accords sous Tin* Huence desquels Famé trouve autant de charmes au courage que Toreilie à une douce harmonie. Quand il s'est levé de table, sa ^rde commence la surveillance de nuit, et des hommes armés sejplaoent aux avenues du palais, pour veuler pendant les heures du premier sommeil. »

BOVROmORORS.

Les Goflifl n'étaient point les seuls oui eussent apporté dans l'empire ces dispositions pacifiques ; les Bourgui* gnons, an lieu de suivre en Stagne leurs alliés, les Suèves et les Yaih flales, s'étaient arrêtés à l'ouest du Jura. Ce n'était point une tribu re* muante, guerrière. « Cette bonhomie, qui est l'un des caractères actuels de la race germanique, se montra de bonne heure chez ce peuple. Avant leur établfssenftnt à l'ouest du Jura, presque tous les Burgondes étaient gens de métiers, ouvriers en charpente 00 en menuiserie. Us gagnaient leur ▼le i ce travail dans les intervalles de

S six, et étaient ainsi étrangers À ce orne orgueil du gjierrier et du propriétaire oisif, qui nourrissait l'in* solcnce des autres conquérants barbares.

• Iinpatronisés sur les domaines des propriétaires gaulois , ayant reçu ou Pris a titre d'hospitalité les deux tiers M terres et le tiers des esclaves, ce

aui probablement équivalait à la nu>i- ;é au tout, ils se'ftisaient scrupule de rien usurper au-delà* Us ne re^ gardaient point le Romain comme leur colon, oomme leur 4Ue^ selon l'expression germanique, mais comme leur égal en droits dans l'enoelnte de ce mii lui restait. Ils éprouvaient même oevant les ridies sénateurs, leurs eopropriétaires, une sorte (rembarras de parvenus. Cantonnés militairema;^ dans une ffrande maison, pouvant f jouer le réie de nrattres , ils fkisaieiK ce ^'ite vorymeRt fiiireaux clients re-^ mams de leur noble hdte, et se réumesaient de grand matin nour aHef lès saluer par les noms oe père ou d'onclë^ titre de respect fort usité alors dans l*idiome des Germains. Ensuite, en nettoyant leurs armes on en graissant leur longue dievelure, ils chantaient à tue-téte leurs chansons nationales, et, avec une bonne humeur naïve, demandaient aux Romains comment ils trouvaient cela (*). »

« Cest à moi , écrivait Sidonhia à ua ami vivant en Italie, c'eçt à ixioi que tu demandes un épithalame poiir Dioné de Fesoenna, à moi qui vis au mflieti des peuplés à la loneue chevelure, qui ai à supjgorter fidiome germani- .

que , qui suis contraint d'applaudir malgré^ moi aux chants d'un Boqrgui^ gnon bien repu , dont la ebevdure èst arrosée d\in beurre ranoel Veux-tii que Je te dise ce qui brise ma lyre?

Thalie,ftigitfve devant les instruments barbares, méjNrise les vers de six pieds denuis qu'elle voit des patrons qui ont sept pieds de hauteur. Heureux tes yeux ét tes oreiHes ! heureux , oui heureux ton nez vers lequel ne 5^hale pas, dix fois chaque matin, Todeur infecte de l'aH et de Foignon !

heureux toi que ne viennent pas saluer avant l'aurore , comme un aieuI ou comme un père nourricier, ces séants si grands et si nombreux, que ta cuisine d'Alcinous aurait peine à les contenir! Mais ma muse se tait; die s'arrête après avoir badiné en

(•) Tliicrry, Lettres sur llûitoire (le France, 1* édit, p. 99.

es

L'UNIVERS

«quelques vers de onze syllabes : je « craindrais qu'on ne vît ici une satire.»

Les Bourguignons et les Visigoths auraient volontiers ^rrété le mouvement de rinvasion barbare ; mais elle avait alors à peine commencé. Autour de ces deux peuples, qui voulaient s'immobiliser au milieu du mouvement général f tout s'agitait encore, et Tœuvre de désorganisation continuait. Il fallait que rien ne restât debout de Tancienne société. Les Visigoths se hâtaient trop de ramener le calme ; aussi les verrons-nous bientôt tomber eux-mêmes, avec les demienr débris de Fempire, sous les coups des Barbares de la seconde invasion. Ce n'est pas gu'il y ait eu plusieurs invasions distinctes : l'invasion continua sans interruption du IV* au Vr siècle , mais on peut y distinguer trois époques, y reconnaître trois caractères qu'elle prend successivement.

Au IV* siècle, ce sont des Barbares, soldats de l'empire, qui s'établissent de gré ou de force dans les provinces.

Au milieu du V*, la Germanie tout entière, réunie sous Attila, menace de tout renverser devant elle. Pour résister, l'empire réunit ce qui lui restait de force , et appelle à son aide les premiers Germains domiciliés dans les provinces et devenusdéj[a presque Romains. Cette seconde invasion est repoussée, car elle est trop barbare ; si Attila eût réussi et promené ses hordes sauvages par tout l'empire, ses paroles, QueVherbe ne repoussaUjamais là oà son cheval avaUpassé. se seraient vérifiées. Non seulement rempire, mais le christianisme, c'est-à-dire œ qui pouvait sauver la civilisation du monde, auraient été détruits à jamais par le roi des Huns.

Après la mort d'Attila, les peu-

Sles réunis par lui sous sa main se ispeisent et retournent à leurs ancieDS4irojets. Les Francs recommen- <stgt|jiws courses au-delà du Rhin, tlimè Langobards s'approchent de ntaiie, où les Ostrogoths les précéde-

ront pour quelque tem^. Ce sont les Barbares de cette dernière époque de l'invasion qui, seuls, pourront fonder quelque chose de durable.

Entre la grande invasion d'Attila et la fondation des trois royaumes barbares dont nous venons de parler, il est d'autres incursions, d'autres tentatives d'établissement faites par les peuplades sorties de l'Allemagne. La Germanie déborde encore sur l'empire à l'ouest ; les Saxons vont piller l'Angleterre au sud ; les Vandales s'établissent en Afrique, et prennent Rome, qui, pour la seconde fois, est pillée par les Barbares ; les Francs , enfin , s'avancent peu à peu au-delà du Rhin et y préparent leurs établissements défmitifis.

^ AXTn78.

L'homme que dans ces tristes circonstances Rome opposa aux Barbares, était un Barbare comme eux.

Voici le portrait qu'en fait un écrivain contemporain, cité par Grégoire de Tours, et qui ne nous est connu

Ïie par ce passade de l'historien des rancs : « Son jpere, Gaudentius, de la principale ville de Scythie, ayant commencé la guerre par l'état de domestique, parvint jusqu'au grade de maître de la cavalerie. Sa mère, ItaSa, était une femme noble et riche. Leur fils , Aétius , pétorien dès son enfance, fut à trois ans remis en ôtage à AJaric, de là aux Huns; ensuite , étant devenu gendre de Carpillion, il commença, en aualité de comte des domestiques, a être chargé de l'administration du palais de Jean. Il était d'une taille médiocre, d'un corps vigoureux, sans faiblesse ni pesanteur, d'un extérieur mâle et élégant, d'un esprit très -actif, cavalier très-a^ile, habile à lancer des flèches, adroit la lance à la main , très - propre à la guerre, excellent dans les arts de la paix. Exempt d'avarice et de toute avidité, il était doué des dons de l'esprit, ne s'écartant pas de son devoir par de mauvais penchants, suppor-

tant les outrages avec une très-grande patience, aimant le travail, ne craienant aucun danger, souffrant avec Beaucoup de courage la faim , la soif et les veilles. Il est certain qu'il lui fut prédit, dès son jeune âge, a guelle puissance le destin le r&ervait, et qu'il serait renommé dans son temps et dans son pays. »

Ce Barbare , qui , avec le comte Boniface, gouverneur de l'Afrique, fut somommé le dernier des Romains , épuisa pendant vingt ans toutes les ressources de son çénie, pour maintenir au-delà du Rhm les Barbares qui n'avaient point encore pris d'établissements dans l'empire.

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