‹ Allemagne T. 2Chapitre 40 sur 56 · DETTES DE COMMERCE · texte numérisé non relu

DETTES DE COMMERCE

Les délits relatifs aux dettes de commerce donnèrent lieu à plusieurs dispositions pénales. Des villes, des États s^engageaient à se prêter un appui efficace, en faisant mutuellement payer les débiteurs ; et pour atteindre ce but, il fut défendu de saisir arbitrairement les biens d'un particulier sans instruire la procédure, et surtout de recourir à Tusage, trop commun alors, de s'en prendre, non-seulement au débiteur et à ses répondants, mais même aux marchands du même pays, que Ton forçait à payer pour leurs compatriotes. Les répondants ne devaient même être poursuivis qu'après le débiteur et dans un ordre régulier.

Frédéric I", pour favoriser Àix-la- Cbapelle , décida que Ton ne pourrait y poursuivre les marchands que pour des transactions et des dettes relatives h la foire ; et vers le milieu du treizième siècle , on trouve, dans un traité de paix des comtes de Flandre , que leurs sujets ne pourront saisir le vaisseau d'aucun marchand étranger comme garantie d'une dette, sans avoir obtenu un jugement préalable. Ouiconque venait a Bologne , lors de la fête de saint Pétrone, n'avait rien à redouter de ses créanciers huit jours avant et huit jours après cette fête.

ARGEHT BT IlfTéniTS.

A mesure que le commerce prit plus

lAGNE. 349

de développement, le besoin de l'argent et la néc^sité de dispositions communes à ce sujet se firent plus généralement sentir. Le plus grand obstacle vint de la part de l'Église, qui , interprétant faussement quelques passages de la Bible, considérait comme usure toute exploitation immédiate de l'argent, tout placement à intérêt, tandis que dans tous les autres genres de commerce, on permettait de gagner jusqu'à dix pour cent. L'ettet naturel de cette détense fut qu'on recourut à tous les moyens possibles pour dissimuler le payement des intérêts. Ainsi dans les reconnaissanoes d'argent prêté, on substituait des grains ou d'autres denrées à l'argent, on remettait des ga^es qui pouvaient être utilisés, on se faisait des présents ou l'on souscrivait une somme plus forte que celle qui avait été reçue, etc. Pour obvier à cet inconvénient , il fut défendu de retirer aucune espèce d'avantage de l'argent prêté ; tout profit fait sur la somme prêtée devait être déduit du capital et puni sévèrement.

Alors les prêteurs exigèrent que leurs débiteurs s'engageassent par serment à ne jamais faire connaître leurs con- • ventions mutuelles, et à ne jamais réclamer ce qu'ils auraient donné ; mais l'Église ordonna d'instruire d'office contre de semblables délits , et de forcer les prêteurs à restituer ce qu'ils avaient reçu. Et comme les tribunaux séculiers montraient peu de zèle à exécuter cette décision, le pape Alexandre III déclara que toutes les affaires de ce genre appartenaient à la justice spirituelle. Les prêteurs à intérêt furentexcommunies, privés du sacrement de l'eucharistie et déclarés indignes d'être ensevelis en terre sainte. Mais comme cette excommunication était générale et ne s'adressait nominativement à personne, la plus ^ande partie de ceux contre qui elle était dirigée ne s'en inquiétaient que quand une circonstance imprévue ou l'approche de la mort venait alarmer leur conscience^ et les décider à restituer les intérêts reojs, ou du moins à bâihr des chapelles et à faire quelque fondation

t'UNIVEtlS.

pieuse pour sssurer le salut de leur Ame. Les juâis, sur lesquels les menaces de rË^Iise n'avaient aucun pouvoir , ne devaient avoir aueuns rapports avec les chrétiens, et Texcommunication atteignait ceux d'entre ces derniers qui ne s'empressaient pas dé se conformer à la loi.

Mais toutes ces lois , tous ces châtiments ne pouvaient comprimer le besoin naturel de se procurer de Tar-

Sent, et .ie désir non moins naturel e tirer un intérêt des capitaux dont on pouvait disposer. Bien plus, le taux de Fintérét s'éleva en proportion des dangers auxmiels ce genre d'opération exposait. Dix pour cent était le taux le plus modéré , ei U n'était pas rare qu on exigeât vingt pour cent. D'après une loi de Milan, de Tann^ 1197, la ville ne devait pas prêter audessus de dix, tout particulier audessus de cinq; Vers 1,228, on pouvait, à Vérone, demander douzeet demi pour cent; mais tout cequis'élevaitaundessusdevait être retranché dudapital. Des dispositions aussi, contraires aux lois de l'Église auraient 44 être réprouvées par le clergé et par Je pape; mais euxmêmes avaient besoin d'argent, et étaient obligés d'enfreindre leurs propres lois. Les papes • par une mesure pleine de justice, oroonnèrent que tout emprunt fait par on. prélat osas un besoin pressant , seiaitMinboursé par lui sur les bieni de l'Église; mais ils ne purent tot^ours réussir à faire retrancbar du capital l'intérêt qui avait été stipulé, et Honorius III oonirma un coural dans lequel un évôque avnt promis à des prêteurs siennois que s'il ne les paysût pas au terme fixé , lui et sont dioeèae seraient ei^eommimiés.

Dea eeeléeiastiquea eux-mêmes ne pistent résister à TappAt du gain, et «e livrèrent à l'usure; des poursuites fiirent diriffées contre eux a cette ooeasion, et les eoupables furent dép9iéi. D'autres, phis prévoyants , trouvèrent un moyen de s^enriclûr en faisant épier et surprendre les usuriers , et en leur imposant de fortes amendes.

Mais l'Église dut plus d'une fois

un emprunt à des marchands moyennant intérêt. On peut voir, par les lettres des papes, avec quelle rigueur, plus tard, les préteurs en agirent avec les pontifes qui eurent besoin d'argent aans un but temporel. Clément TV, avant excommunié, la ville de Sienne, &i une exception en faveur des marchands qui avaient prêté à Charles d'Anjou et à lui une somme assez considérable. Ce même pape ouvrit, dans une autre circonstance, un emprunt de 100,000 livres , et n'en reçut que 60,000 : le reste avait été retenu comme intéirêts. Les seigneurs séculiers n'étaient pas mieux traités.

En 1221, le comte de Flandre, pour se racheter des Francis, emprunta 26,186 livres, et fut obligé de souscrire une obligation de 31,090 , avec cette clause que s'il ne s'acquittait pas à l'épooue iixée, les biens de tous les marcnands de la Flandre et du Hainaut pourraient être saisis*

Si ron considèrela rareté de l'argent, les dangers des prêts, les frais qu'en* traînaient les envois, la difficulté des recouvrements et l'indifférence avec laquelle on compromettait souvent son propre crédit, on concevra sans peine

Sue, comparativement, les bénéfices es banquiers et des diangeurs ne devaient pas être, à cette époque, pliB considérables qu'ils ne le sont aujourd'hui ; mais comme l'usure et la fraude n'étaient pas sans exemple diez quelques-uns d'entre eux , ce nom jetait je ne sais quelle défaveur sur une profession qu'aujourd'hui, à bon droit, l'on regarde comme très-permise.

S^uand le clergé et les moines nieolants, dans l'excès de leur zëlei,

t)rêchaient contre le prêt à intérêta, a multitude se croyait autorisée à pU- 1er, à maltraiter les prêteurs et à renverser leurs maisons. Alors , par une conséquence naturelle, les banquiers élevaient le taux de l'intérêt, ou bien se réunissaient pour former un parti puissant, et parvenaient même quelquefois à punir ceux qui avalent poussé

les impes à écrire contre Tusure. Mais les villes, de leur côté, et par une conséquence non moins naturelle , résistaient par des lois à cette influence de raristocratie d'argent. C'est ainsi

Eue Milan décida qu'une dette, au out de trois ans. ne serait valable qu'autant que le débiteur la reconnaîtrait ou serait encore en possession de la diQse pour laquelle U avait eioprunté.

Mais toutes ces lois, toutes ces difficultés ne détournèrent pas du commerce de Tarfent si attrayant par lui-même > et qui d'ailleurs, devenait de plus en plus productif; elles n'eurent pas plu9 d'effet que n'en ont eu de nos jours les banqueroutes des différents États^l'abaissementde l'intérêt et les payements arriérés. Les villes commerçantes de la Lombardie se livrèrent particulièrement à ce genre d'industrie avec une si grande, andequr que dans tous les pays de TEuiope le nom de Lombard est devenu synonyme de banquier et de changeur. Quand le pape, e^ 1256, se brouilla avec Asti, il fit arrêter 150 habitants de cette ville , qui s^étaient fixés en France pour s'y livrer à ce genre d'affaires, et les fit retenir six ans prisonniers à Lyon. Néanmoins le commerce de la bapque continua toi^ours et les riches banquiers prêtaient émilement à toua les partis politiques des qu'ils y voyaient quelque sûreté et la possibilité d*un bénénce. Mais» de leur cdté, quelques villes, pour avoir aussi leurs sûretés, prirent à l'égard des banquiers et des changeurs certaines mesures de précautions. Ain^i à Venise tout chan-

Seur devait déposer un cautionnemtat e 3000 ducats, sur lequel on nàettait arrêt au besoin. Ce fut dans le but de fiiciliter les prêts et le chance que se développa peu à peu en Italie la scieppe et le dr(»t des changes. Dès le milieu du trei^ièmesièclenous voyons, au lieu d'argent monnayé, envoyer des mandats et des décomptes, dont la forme devii|t de plus en plus simple.

£a Aigletorre, sans respect pour tes lois de l'Efilise ni pour sa propre dignité, l'opulent Richard de Cor-

nouàilles se fit donner, par HenriIII, son frère, un privilège si exclnf pour le commerce de l'ar^t, qiie|»erBonne, sous les peines les plus sévèrès, ne pouvait , pour quelque 9iÎ6ite due oe fût, emprunter à un antre qu'à hu.

£n Allemagne ce commeree ne prit pas une aiissî Rvande iittportaM \f>) ; mm il se maintint lonstempa dans les limites naturelles de l'échange des différettes monnaiea.

«OCm DU COMMKAOl.

Le meîlloar moyen deiure oomutoe les routes que parcourait le commeree au mcmn «e, et les différentes dcnrée$ qcril recherchait particulièremeat, c'est de passer en revue chacun des Etats commerçants qui s'étaient Ibrmés à eette époque*

Mais aivant de nous Itvrèr à eet exa* men, nous devons dire «ni'il n'y eot an moyen aucun peupla qui ne lo livrât au commeree «aténeur. Presque aucune des. routes de commerce' con* nues dans l'antiqu^ et de nos Jours « si l'on en excepte oeHes^mi se sont ouvertes par mer entre rinde, l'Amérique.et l'Europav n'était alon laconnue en abandonnée. On peut même dire ^ u'à cette ép^?^ ^ existait entre l'Ocddeot et l'Orient non-seulement des.relationi diplomatiqnes et offidel- \fi&j mats même des reuitiens de peuples £héqueoies et variées. Cesteeque M. Abà Rénrasat a prouvé jusqu'à l'évideMe dans un mémoire (**) oont noua croyons devoir donner un extrait à nos ledteuBs.

«Beauooup de religieux ttall^^ fon^, fiamandSt furent chargée de

khan. Des â^n^ols de dtS^nctienvi^ reot à Rome, à Raaoelone, à Valenoe, à Lyon, à Paris, à Londres, à Northampton ,etunfrandsoainduroyauaie

(*) Au tempt de MdcHc I** , fl est inieatkm d'tffaires d*argeiil coocluet à la nkm d'Aix^-OMipeUe. *

(**) Mémoin$mar leê rekêiomfottti^mê des princes ehrétUns avec les empereurs mongols, 2* mémoiref pag. iSi-iS?. "

de Naples fut archevêque de Pékinç.

Son successeur fut un professeur de théologie de la faculté de Paris. Mais combien d'autres personnages moins connus furent entraînés à la suite de ceux-là, ou comme esclaves, ou attirés par l'appât du gain, ou guidés par la curiosité dans des contrées jusqu^alors inconnues! Le hasard a conservé les noms de quelques-uns. Le premier envoyé qui vint trouver le roi de Hongrie de la part des Tartares, était un Anglais banni de son pays pour certains crimes, et qui, après avoir erré dans toute l'Asie, avait fini par prendre du service chez les Moneols. Un cordelier flamand rencontra oans le fond de la Tartarie une femme de Metz , nommée Paquette , qui avait été enlevée en Hongrie; uh orfèvre parisien, dont le frère était établi à Paris sur le grand Pont; et un jeune homme des environs de Rouen , qui s'était trouvé à la prise de Belgrade. Il y vit aussi des Russes, des Hongrois et des Flamands. Un diantre, nommé Robert, après avohr parcouru l'Asie orientale, revint mourir dans la cathédrale de Chartres. Un Tartare était fournisseur de casques ^ans l'armée de Philippe le Bel. Jean de Plancarpin trouva près de Gayouk un gentilhomme russe, qu'il nomme Temer, qui servait d'interprète. Plusieurs marchands de Breslaw, de Po-' logne, d'Autriche, l'accompacnaient dans son voyage en Tartarie; a autres revinrent avec lui par la Russie : c'étaient des Génois, des Pisans, des Vénitiens. Deux marchands de Venise, que le hasard avait conduits à Bokhara , se laissèrent aller à suivre un ambassadeur mongol qu'Houlagou envoyait à Khoubilaï. Ils séjournèrent plusieurs années tant en Chine qu'en Tartarie, revinrent avec des lettres du grand khan pour le pape , retournèrent auprès 4u grand khan, emmenant avec eux le fils de l'un d'eux, le célèbre Marc Paul , et quittèrent encore une fois la cour de Khoubilaï pour s'en revenir à Venise. Des voyages de ce genre ne furent pas moins fréquents dans le siècle suivant. De ce nombre sont ceux de Jean de MandeviUe, médecin anglais , d'Ode-

rie de Frîoul, de Pogolétti, de Guillaume de Bouldeselle, et de plusieurs autres. On peut bien croire que ceux dont la mémoire s'est conservée ne sont que la moindre partie de ceux qui furent entrepris, et quHl y eut dans ce temps plus de gens en état d'exécuter des courses lointaines que d'en écrire la relation. Beaucoup de ces aventuriers durent se fixer et mourir dans les contrées qu'ils étaient allés visiter; d'autres revinrent dans leur |)atrfe aussi obscurs qu'auparavant , mais l'imagination remplie de ce qu'ib avaient vu, le racontant à leur famille, l'exa-

§érant sans doute , mais laissant autour 'eux, au milieu de fables ridicules, des souvenirs utiles et des traditions capables de fructifier. Ainsi furent déposées en Allemagne, en Italie, en France, dans les monastères, chez les seigneurs, et jusque dans les derniers rangs de la société, des semences précieuses destinées à germer un peu plus tard. Tous ces voyageurs ignorés , portant les arts de leur patrie dans les contrées lointaines, en rapportaient d'autres connaissances non moins précieuses, et faisaient, sans s'en apercevoir, des échanges plus avantageux que tous ceux du commerce. Par là, nonseulement le trafic des soieries, des porcelaines , des denrées de Tlndoustan , s'étendait et devenait plus praticable, il s'ouvrait de nouvelles routes à l'mdustrie et à Tactivité commerciale; mais, ce qui valait mieux encore, des mœurs étrangères, des nations inconnues , des productions extraordinaires , venaient s*offrir en foule à l'esprit des Européens, resserré, depuis la diute de l'empire romain , dans un oerde trop étroit. On commença à compter pour quelque chose la plus belle, la plus peuplée et la plus andennement civilisée des quatre parties du monde; on songea à étudier les arts , les croyances , les idiomes des peuples qui Thabitaient , et il fut même question d'établir une chaire de langue tartare dans l'université de Paris. Des relations romanesques, bientôt discutées et approfondies, répandirent de toutes parts des notions plus justes et plus variées. Le monde

lembla s'ouvrir du côté de rOneot; la géographie fit un pas immense; Taraeur pour les découvertes devint la forme nouvelle que revêtit l'esprit aventureux des Européens. L'idée d'un autre hémisphère cessa, quand le nôtre fut mieux connu , de se présenter à l'esprit comme un paradoxe dépourvu de toute vraisemblance ; et ce fut en allant à la recherche du Zipangri de Marc Paul, que Christophe Colomb découvrit le nouveau monde. »

iTATS C0MMSRÇAHT8.

L'Allemagne ne fit jamais le grand commerce maritime, si ce n'est plus tard par les villes de la Hanse; mais Nuremberg, Augsbourg, etc., étaient les entrepots de Venise, de Gènes, de Pise. Nous devons donc avant tout parler des républiques commerçantes de l'Italie, qui d'Tulleurs, pour la plupart à titre de villes impériales, ne sont point étrangères à l'histoire d'Allemagne.

On ne peut dire que l'Italie se soit livrée au commerce avant les autres peuples de l'Europe; mais il est certain qu'Amalfi, Pise, Gènes et Venise devinrent des États commerçants, longtemps avant que dans les autres contré de l'Occident le commerce s'étendît au delà des besoins journaliers.

Amalfi, de très-bonne heure, fit un commerce fort étendu , notamment en Syrie et en Égypte; mais quand cette ville tomba au pouvoir des Normands, elle perdit de son importance à cet égard. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que sa position dans une vallée étroite, rocailleuse et entourée de hautes montagnes , s'opposait à toute culture, à tout accroissement, et que son port n'a jaitoais été sûr.

Gbuss chercha surtout à s'emparer du commerce dans la partie occidentale de la Méditerranée; mais elle trouva des rivaux dans les Provençaux, dans les Aragonais et surtout dans les Pisans. Pendant les guerres auxquelles cette rivalité donna lieu, les navires marchands n'osaient point se hasarder en mer sans escorte; on |es faisait convoyer par des vaisseaux de guerre,

^3* Livraison. (ALLEMACîiE.)

ce qui DfltnfeHement aiMMBtait les

frais. L'an 1168 le roi (T Aragon re* poussa les Pisans, livra aux Génolf ceux qu'il avait faits prisonniers, et Imir abandonna la moitié des navires sur lesquels il avait mis Tembargo. Vers la même époc|ue le roi de Mait)c permit aux Génois, moyennant un modiqoft tribut, d'exercer en toute sûreté lè commerce dans ses^États , et plus d'une fois les rois maures de TEsps^ne , pre»» sés par le besoid, leur firent des con* cessions plus importantes encore.

En 1156 Gènes conclut un traité de commerce avec Guillaume I*', roi de Sicile, et promit de ne rien entrepren* dre contre son honneur et sa sûreté, de maintenir la paix, et de payer ane indemnité pour tout brigandage, pour tout acte de violence exercé par 4tB Génois. De son côté, Guillaume s'en* gagea à protéger les Génois dans tous ses É^ts, et à ne plus sou£frir le commerce important que les Français et les Provençaux y avaient ûiit jusqu'alors. Un autre traité entre Oêam et Narbonne (1170) porte que cette dernière ville peut acheter dans le pays de Gènes des denrées de toute espèce, sans augmentation dedroits, mais qu'elle ne peut expédier annuellement en Orient qu'un seul navire, chargé de pèlerins et non de marchandises; dans certains cas l'accès du port de Narbonne doit être interdit aux Pisans. En revanche, saint Louis promit à Montpellier qu'aucun Génois ne pourrait s'établir à Aigues-Mortes et y obtenir le droit de bourgeoisie. En 1236 Gènes et Arles conclurent un traité en vertu duquel le droit d'épave doit cesser, et l'on permet mutuellement aux liéritiers de rédamer les objets naufragés.

D'autres dispositions sont arrêtées re* lativement aux douanes, aux exportations , et il est convenu qq' Arles aura à Gènes un consul pour rentre la justice à ceux de ses habitants qui s'y trouvent. Le commerce de Gènes fat trèsfavorisé dans les États de l'Église quand la ville eut embrassé le parti du pape, et Alexandre IV lui accorda l'exemption de tous les droits de douane.

A partir du temps des croisades, le

•otnteem éè Gdbes en Syrfo, étfUm tavd en Égypte, prit un tet accroissenent^ que ae grandes flottes de vaisseaux marchands allaient sans cesse d'un pays à l'autre, et abordaient, cheniin raisant^ dans les tles grecques et

Kiculièrement dans Ttle de Crète, le douzième siècleGénes entretenait 4es relations amicales avec Constantî- ■oplc, d'où elle tirait non-seulement des pbjets fabriqués et des marchandises de l'Orient, mais même encore des grains. L'an 1155 l'empereur Ma- Bod Gomnène accorda à la commune 4e GéneS une somme annuelle de deux cents pièces d'or et deux manteaux, à l!a0chevéque de la ville soixante pièces d'or et un manteau, aux marchands oénois un établissement et une église a Constantinople, ainsi qu'une remise oonsidérable sur les droits de douane.

. La fondation de l'empire latin donna aux Vénitiens une prépondérance décisive dans cette contrée; aussi les Génois, au mépris des défenses de l'Église, empiovèrent-ils tous leurs efforts pour leTé^issement de la puissance grecque.

Soit reconnaissance, soit faiblesse, les empereurs grecs accordèrent aux Génois les plus importants privilèges.

Un traité conclu avec Michel Paléologue porte que les Génois, avec cinquante vaisseaux , soutiendront l'empereur quand il en fera la demande , qu^ils n'apporteront aucunes marchandises à dAs négociants étrangers, et ne p^ourront exporter ni or m argent; mais en revanche ils obtiennent des établissenMnts et une juridiction dans plusieurs villes, l'exemption de tout impôt, et, av«c les Pisans , le commerce exclusif de la mer Moire. Smyme , Péra , le plus imftortant Êiubourgde Constantinople , une partie de la Crimée, sont en leur pouvoir, et il) s'emparent de Caffa pour en Élire l'entrepét de toutes les marchandises qui. par différentes routes, se rendaient de Tintérieur de l'Asie à la mer Noire. C'est ainsi que Gènes devint, pendant un certain temps, la première puissance commerçante de l'Ëurope, et elle eût conservé longtaûips cette supériorité, si l'active m-

dustrie et l'intrépide courage de ses

citoyens eussent été seconoés par la sagesse du gouvernement. Mais Gênes fût affaiblie intérieurement par les révolutions imprudentes qu'amenaient l'amour de la nouveauté et le désir irréfléchi du changement; tandis que Venise, par la pruaence et par la solidité de son gouvernement, sut toujours dominer les événements.

PiSB. Le commerce de Pise, à une certaine époque, fut encore plus étendu, et la puissance de cette ville encore plus grande que le commerce et la puissance de Gènes. Mais à la ehute du parti gibelin, auquel ellefiit toujours attachée, commencèrent et sa décadence et la splendeur toujours croissante de Florence, qui, de son côté, tenait pour les Guelfes. D'ailleurs, Pise n^était pas située aussi favorablement que Gênes et Venise pour le commerce de terre et de mer. Les routes que suivait le commerce de Pise , son étendue, son but. peuvent être facilement déterminés a l'aide du catalogue des traités de commerce conclus par cette ville (*). L'Afrique, la Syrie,

(*) I x54 (ère de Pise). Rainaud et Constance , souTerains d'Antiocfae, accordent aux Pisans un établissement dans le port 'de Laodicée, et leur font remise de la moitié des droits.

XX 56. Baudouin et Melisende augmentent les privilèges dont les Pisans jouissent à Tyr, et donnent' plus d'extension k leurs établissements dans cette ville.

XX 57. Amaury, comte d'Ascalon, leur accorde les mêmes privilèges à Joppè.

xx68. Une lettre de franchise de ce prince leur accorde le droit de juridiction.

II 69. Des privilèges importants leur sont promis en Égypte et an Caire, en cas d« conquête.

X 1 70. Bohémond confirme et «ogmente les privilèges de xx54.

1x77. Traiié de commerce entre Pise et Abdhalla, roi de Tunis, qui promét protection aux Pisans, délivre les esclaves et lève rimpôt mis sur Talun.

II Sa. Pise rédame auprès de loiisouf Ébouri lacoub, roi de Tripoli, quelques vaisseaux capturés.

1183. Plaintcs adressées à ce prinoe rela- . tivement aux restrictions qu'il 1 apportées

la Grèce, l'Espagne, la Sicile et la partie méridionale de la France , étaient

au ooromerce des peaux, des cuirs, des beccunû et autres marchaudises.

II 85. Paix conclue avec les États a&icains.

1x87-1x89. Lettres de franchise accordées à Pise par Conrad de Montferrat , Gui de Lusignan , Henri de Champagne , pour Tappui qu'elle leur a prêté.

X 194. Contestation entre Pise et l'arche- Té^ue de Tripoli , relaiivement aux droite prélevés sur les marchandises.

1x98. Instructions sur les diverses promesses que les envoyés pisans doivent faire à l'empereur de Constant inople, dans le cas où il recevrait les vaisseaux de Pise dans toutes les parties de ses États.

iao3. Privilèges commerciaux accordés en Syrie par le seigneur de Botrys.

1207. Henri, empereur de Conslantinople, promet aux Pisans de confirmer leurs privilèges et de les admettre dans tous ses ports s'ils consentent à lui jurer fidélité.

iao8. Abdei'aman,r<r//or« di tutti i Cristiani délia provîncia ttÀfrica, écrit de Tunis à Pise que deux vaisseaux pisans ont capturé dans le port de Tunis trois navires sarrasins avec leur chargement et leur équipage ; que sur les plaintes adressées au cadi et au roïÉbouis, il a éié ordonnéi qu'en dédommagement tous les grains des habitant! de Pise el deLuoques seraient tirés de leurs magasins pour être vendus ; que les Pisans doivent consentir à une amende et i une indemnité , s'ils ne veulent pas s'exposer à de plus grandes pertes.

1908. Un passe-port sarrasin est envoyé par le roi de Tunis 'à Pise.

xaog. Lettre de franchise par laquelle l'empereur Othon IV décide que les Pisans peuvent commercer librement dans l'empire sans que personne les force à vendre ou à acheter. Nul sans leur permission ne peut aborder, débarquer et faire le commerce entre les ports de Civita-Vecchia et Porto- Tenerc.

xax4. Négociations avec Gaële, Zara, Nice, Grasse, Marseille, pour s'assurer une protection mutuelle et délniii'e la pirnlerie.

iax6. Traité avec Rupinus à Antioche.

i9dx. Tteilé de commerce entre Pise et AriM.

12^9. Frédéric II accorde aux Pisans l'exemption des impôts cl le droit de juridiction à Akkon.

alors fréquentées par les Piâan^, A des marcliands de ces différents pay| aHluaient aussi à Pise. Dès le commencement du douzième siècle , DomnitzQ représente cette ville comme une ville impie; car on y trouve, dit-il, des Turcs ^ des Libyens, des Parthes, deS Chaldeens et d'autres païens.

Florence s'occupa moins du commerce extérieur que du coninierce intérieur, et plus tard do la banque; néanmoins, a la faveur tie la i^uerre, elle obtint de ses voisins des conditions avantageuses. Ainsi , en 1 256 , Pise fuj obligée de lui accorder Texemption des droits d'entrée et de sortie, et d a^if)})ter ses poids, ses mesures et son s \ stème monétaire.

Venise. Si le commerce de Gènes s'étendait sur la côte occidentale de la Méditerranée, celui de Venise s'exer-

Fiit surtout sur la c^te orientale et dans Adriatique. Ccf^ndant, dès le compiencement du douzième siècle, les Vénitiens pénétraient jusqu'à Marseille.

îlss*efforcèrentconstammentd'exercer une domination exclusive dans l'Adriatique sans autre secours que celui de leur propre puissance , et non en vertu de la concession imaginaire du pape Alexandre III. Ils furent de bonne heure dans des rapj)orts d'amitié avec les Byzan-

i33o. Ils obtieiment de nouveaux privilèges en Égypte.

xa34. Privilège en Sicile relativement aux droits de douane.

laâô. Alphonse de Castille leur accorde l'exemption des droits et des juges particuliers.

ia64. Traité de paix et de commerce entre Pise el Tunis. Les Pisans seuls peuvent avoir dans les villes du roi des établis* sements, des églises, des bains, des foun et des juges particuliers. Ils s'engagent à n'acheter ni esclaves sarrasins, nimarcha»dises enlevées à des Sarrasins par des pirates de celte nation. Ils payent le dixième 4e leurs marchandises et ont le libre accès lUr près du roi et de ses ministres.

X269. Lettre de franchise par laquella Conradin lève toutes les resuictions appor^ tées par Charles d'Anjou au commerce dés Pisans , et annonce l'intention de favoriser Pise plus que toute autre ville.

as.

m LUN]

tins, et, itomés pour leur commerce, s'opposèrent avec eux aux conquêtes des Normands dans la basse Italie. Ce fut surtout en reconnaissance de ce service que Tempereur Manuel Comnène, en 1147, étendit leurs privilèges, accorda à leur doge et à leur patriarche pne pension et des titres, à leurs mardiands des établissements et l'exemption des droits, et ordonna que les habitants d'Amalfi payassent, pour les marchandises qu'ils transportaient dans l'empire grec, un tribut destiné à l'é-

flise de Saint-Marc. Ces privilèges et ï droit de commerce avec les Iles de Crète et de Chypre, ainsi qu'avec d'autres contrées, dont l'accès leur avait été jusqu'alors interdit, mirent entre leurs mains presque tout le commerce grec, et exalta tellement leur orgueil, que rien ne put les détourner de contracter des alliances avantageuses avec les Normands. Par là ils fournirent à l'empereur Manuel un prétexte pour les persécuter à l'improviste (1171); mais ils lui Orent une guerre si acharnée, que les Grecs se virent contraints de leur

f>ayer, à titre d'indemnité, quinze mille ivres d'or, et de leur accorder, en 1 188 et en 1200 , de nouvelles lettres de franchise, par lesquelles leurs anciens privilèges étaient confirmés et même accrus. La fondation de l'empire latin donna aux relations de Venise avec Constantinopleun aspect plus favorable encore. Plus tard, le rétablissement de l'empire grec ne détruisit pas entièrement ces avantages , puisque quelques pays et quelques îles leur restèrent, et que Michel Paléologue conclut avec eux des traités pour ne pas laisser

S rendre aux Génois une prépondérance angereuse. Ils obtinrent que les prisonniers seraient relâchés; que des secours seraient accordés aux naufragés;

Sie les Vénitiens qui mouraient en rèce auraient la liberté de disposer de leurs biens; que leurs marchands recevraient de nouveaux établissements, des églises indépendantes, une juridiction particulière, le libre usage de leurs poids et de leurs mesures , et enân rexemption des droits pour leurs marchandises, mais non pour celles

qui appartenaient à des négociants étrangers.

Pendant ce temps les Vénitiens, sans égard pour les défenses de l'Église, avaient donné une grande extension au commerce qu'ils faisaient avec les Sarrasins. D'après un traité conclu en 1 229, les droits prélevés à Alep sur leurs marchandises ne pouvaient dépasser six pour cent, et on leur accordait dans cette ville un comptoir et tm tribunal. Parmi les objets d'exportation , le coton et le poivre sont particulièrement désignés danis ce traité. Vers le même temps le sultan d'Iconium prélevait jusqu'à dix pour cent sur la valeur reconnue de la plupart des marciiandises ; mais les plumes, les perles, l'or brut ou travaillé ne payaient rien , et le droit d'épave était supprimé. I^ Vénitiens portaient en Égypte du bois , du fer, du vin , et des esclaves qui étaient ordinairement des infidèles provenant des régions du Caucase, mais quelquefois aussi des chrétiens. Ils en rapportaient des grains, du sel et des denrées de l'Orient.

Tunis , où les Vénitiens obtinrent de rands privilèges en 1251, fournissait e l'or, de l'argent, des perles, des pierres précieuses, du plomb, et ils pouvaient y faire des accaparemeiits de grains quand le prix ne s'élevait pas à un certain taux.

Partout où les Vénitiens exerçaient le commerce, ils obtenaient ordinairement des juges, des consuls et des comptoirs. Ils en avaient dans plusieurs villes d'Afrique, à Tunis, à Alexandrie, au Caire, en Syrie, dans l'Asie mineure, à Chypre, en Arménie, à Damas, à Alep, à Tana sur la mer d'Azof, en France, en Espagne, en Flandre, en Angleterre. A la tête des magistrats établis dans les comptoirs était ordinairement le bailo; ce magistrat n'était pas seulement un chareé d'affaires, dans certaines villes il était le seigneur et le juge des Vénitiens qui y demeuraient ou qui y venaient commercer, et avait sur eux droit de vie et de mort. Mais pour prévenir tout abus de pouvoir de sa part, il y avait ordinairement auprès de lui deux conseil-

fers, et même dans certains cas, suivant Texemple de Venise elle-même, on y appelait un plus grand nombre de iuges. A son retour dans la métropole leoailo était tenu de rendre un compte rigoureux de son administration.

Les traités de commerce conclus par Venise avec les villes d'Italie sont en très-grand nombre (*), et conçus dans des termes qui reconnaissent ordinairement à Venise une certaine prédominance. Venise jouissait de la franchise pour la plupart des marchandises qu'elle envoyait en France et en Allemagne, et ne payait qu'un faible droit pour les barques gui descendaient la Piave. Raguse , qui était sous sa dépendance , dut se soumettre à des conditions plus rigoureuses encore. Dans le traité de 1 232 il est dit que Raguse payera cinq pour cent sur la valeur de toutes les marchandises apportées de la Romanie à Venise, vingt pour cent sur celles qui viendront tfÉgypte, de Tunis et de Barbarie, et deux et demi pour cent sur celles qu'elle ira chercher en Sicile, où le libre commerce n'était pas alors accordé à Venise. Les denrées provenant de l'Esclavonie étaient exemptes des droits , mais quatre vaisseaux seulement d'un tonnage déterminé pouvaient profiter de cette faveur; les autres payaient vingt pour cent, et même à Test du golfe de Corinthe, Raguse ne pouvait faire le commerce avec les étilrngers.

Guillaume P' d'Apulie, en 1174, pour récompenser les Vénitiens de l'avôir soutenu contre les Grecs, modéra les droits qu'ils étaient tenus de payer dans ses Etals, et leur abandonna le commerce du sucre et des soieries dans les pays étrangers. Sous Frédéric II les relations turent tantôt amicales, tantôt hostiles. Manfred , avec le consentement de Conrad IV, confirma les derniers traités de son père,*et Consentit à ajouter que si ses sujets fai-

(*) Le plus ancien est celui qu'elle fit avec Pûe en x 167. Pise s'y engage à lui payer un droit pour les marchandises venues d'Orient, et Venise de son côté promet de la protéger dans l'archipel et de l'indemniser en cas de ftraterie.

[AGT7E. M

saient le commerce du sel et du coton au nord de 2^ra et d' Ancône , leurs chargements pourraient être saisis.

Venise recevait du sel de la Dahnatie, de la Sicile, de la Barbarie et ae la mer Noire; elle tirait ses grains de Candie, de la Morée, de la Sicile, de l'Afrique et de la Lombardie, ce qui n'empêchait pas qu'eHe n'eût parfois des moments de disette , parce que dans tous ces pays l'exportation des grains était défendue lorsqu'ils dépassaient un certain prix.

Venise avait des fabriques de toiles, de draps, d'étoffes de coton et surtout de soie; mais ses fabriques de verres, de cuirs et d'orfèvrerie, étaient particulièrement renommées. Personne "ne pouvait 3^ engager des ouvriers pour les pays étrangers ni y acheter les matières premières destinées à la fabrication du verre. L'importation de certains produits, du verre par exemple, y était défendue.

CoNSTANTiivoPLE. Puîsque nous avons fait mention du commerce des Occidentaux avecConstantinople, nous ne pouvons nous dispenser d'ajouter ici quelques observations. Cette ville, comme centre d'un vaste et riche em-

Sire , fut longtemps la plus importante es villes commerçantes de ixurope.

Mais l'esprit et l'arbitraire du gouvernement, ses mauvaises lois commerciales , l'inhabileté et la paresse des habitants, leur amour passionné pour les spectacles et pour les fêtes , furent cause qiue les Byzantins ne devinrent jamais un peuple commerçant, tandis que les petites républiques de l'Occident , montrant incomparablement plus d'activité , virent s'accroître promptement et leur puissance et leurs richesses. Le gouvernement, par suite d'une erreur fatale, faisait seul le commerce d'un grand nombre de produits , et notamment des objets nécessaires à la vie, tels que le vin, l'huile, les grains, etc. Pendant ce temps des marchands et même des artisans étrangers s'établissaient à Constantinople, et ils y devinrent si puissants que les Grecs ne pouvaient les maintenir dans l'obéissance. On tirait de cette ville des

L'UNIVERS

marchandises venant de l'Orient, des ôbjets fabriqués en Grèce, des produits du soi grec, des étoffes de soie, des draps écarlates , etc. On y apportait par merv ou par terre en passant par la Hongrie, des armes, de ia sellerie, des étoffés de laine, des toiles et des métaux.

L'Oaîent. a cétte époque les marchandises de l'Orient arrivaient en Occident; mais la masse des besoins ainsi que les routes du commerce furent très-différentes au temps des Arabes, à l'époque du grand empire des Turcs Séldjoucides , durant les croisades , pendant le règne des Aioubides en Egypte, etc. Il s'en faut bien, comme nous avons eu occasion de le remarquer plus haut, que les croisades aient ouvert et fondé le commerce de l'Orient : elles n'ont fà\t que le rendre plus actif, et même il faut reconnaître que dans le principe, par suite de la haine contre les manométans et des nombreux obstacles apportés à ce commerce, elles l'anéantirent presoue entièrement.

La Syrie et fa Palestine par ellesmêmes offraient peu d'objets d'exportation ; le verre de Tvr éfeit peut-être le plus remarquable des produits fabriqués de ce pays, comme la canne à sucre en était la production naturelle la plus précieuse; mais les grands établissements des Occidentaux dans les villes maritimes n'en devinrent que plus importants. Venise, Gênes et Pise obtinrent les plus grands privilèges , qui cependant donnèrent plus d'une rois lieu à des querelles sérieuses; car elles se refusaient même aux droits les plus modérés , s'opposaient aux mesures les plus utiles arrêtées par les princes orientaux, et entraient en contrebande Les cargaisons des. marchands non privilégiés; souvent même elles dépassaient tellement les bornes de la modération Que plus d'une fois , et surtout dans les oerniers temps, les papes fur^it obligés d'intervenir, et même de prononcer des châtiments. Peu à peu on chercha à attirer en Syrie des marchands de l'Apulie, de Marseille* de Montpellier^ et on leur accorda les némtt privilèges} m^is tes puissances

prédominantes ne se prêtèrent pat toujours de bon gré à ce partage du commerce.

Alep mettait la Syrie en rapport avec r Arménie; par Bagdad et Bassora elle communiquait avec les contrées les plus reculées de l'Asie. A la fin du treizième siècle Sanutus connaît les

f)orts de Malabar et de Kambodje, d'où es marchandises étaient transportées par mer, et sans doute depuis une époque bien plus reculée, tantôt à Ormus et a Bassora , tantôt à Aden. Partant des deux premières de ces villes, la plu$ grande partie des marchandises remon* talent les fleuves jusqu'à Bagdad ; de là on les amenait par terre en Asie mineure, et particulièrement à Antioche et à Laodicée ; le reste était transporté jusqu'aux bords de la mer Caspienne, et se réunissait aux marchandises venant par les autres routes de commerce, qui, partant des bords de l'Indus, aboutis* sent à Bactres et à Samarcande, puis au Bon , à la mer Noire, ou dans l'intérieur de la Russie. Cette dernière route fut interrompue pour quelque temps par la domination des Mongols. En généra], le transport par terre, qui était le plus cher, dut le céder au transport par mer, et jamais les marcliandises de l'Orient n'arrivèrent en grande quantité sur la Baltique en traversant la Russie, et ne se répandirent de là, en descendant les fleuves , jusque dans l'intérieur de TAl* lemagne. i

L'Egypte conserva l'importance commerciale que lui donnait sa position.

En neuf jours les caravanes arrivaient d'Aden à Chus sur le Nil, et de là aif Caire et à Alexandrie. Des marchandises de l'Éthiopie, de l'Arabie et de la Perse y étaient apportées dès lo milieu du douzième siècle, et l'oq sait, par des documents authentiques, qu'en 1218 des navires marchands venaient de l'Inde en Égypte, et que leurs cargaisons, transportées à Alexandrie et a Damiette, étaient ensuite envoyées en Syrie, à Antioche, ea Arménie, dans l'île de Chypre, en Grèce, etc. Les droits de douane formaient pour les sultans égyptiens une branche importante de revenus; osf^

dant ils ne devaient pas trop les élever, soit parce que les interdits de l'Église d'Occident ne permettaient souvent ^'UD commerce de contrebande toujours très-avantageux pour ceux qui le tentaient, soit parce que les marchandises de rOrient auraient coûté moins cher transportées par terre en passant par Tauris. D'oidmaire, les marchandises les plus pesantes et les moins chères arrivaient nar PÉgypte; les moins lourdes et les plus chères étaient seules jugées dignes des frais qu'entraînait le transport par terre. Au nombre des

Premières étaient le poivre, le gingemre, Tencens, la cannelle; oarmi les secondes, les noix de muscaae, le cubèbe, le nard, le girofle, etc.

Ces marchandises pouvaient être taxées en Ëgypte au tiers de leur valeur, sans que pour cela l'afiluence du commerce y devint moins grande ; mais ce qui était vraiment une imprudence, c'était de prélever le quart de la valeur sur le fer, le bois, la poix,, et autres objets de ce genre 4ont l'Egypte ne pouvait se passer; en outre, on payait au sultan, pour chaque vaisseau, une redevance annuelle de trois florins d'or . et demi; pour le commerce de l'or on payait su et deux tiers; pour celui de l'argent quatre et demi.

En général, les chrétiens rencontraient moins d'entraves dans les États mongols que dans ceux du sultan d'Égg^pte. Ils tiraient de ces contrées, avec d'autres marchandises indiennes , du coton, du sucre, des étoffes de lin et.inoitié soie, des dattes, etc. Du reste, les principaux articles du commerce avec l'Orient étaient la cardamome, i'aloès, la myrrhe, la térélienthine, l'ambre, le musc, le bois d*ébène, les étoffes fines, la casse, le baume. Une caravane arabe ou égyptienne, dont Richard Cœur de Lion s'empara, portait avec elle de l'or, de l'argent, des étoffes de soie, des habits tisses et brodés de différents genres , dis armest tentes, du blé, de la farine, des médicaments, du poivre,

tla cannelle, du sucre, de la cire, outres « des jeux d'édiecs , des vases 4*«il«iti àeê flambeaux, etc.

Page 1