‹ Allemagne T. 2Chapitre 41 sur 56 · A G NE · texte numérisé non relu

A G NE

Allemagne. Les communiçations commerciales entre l'Italie et PAflemagne ne furent jamais interrompucÉt.

Lors même que les preuves certainèS nous manqueraient à cet égard, on ne saurait croire que pendant la d6'mination des Hohenstaufen, pendant la lutte si vive du sacerdoce et de l'Empire, alors que tant de marchek d'armées , tant de grands pèlerinagcïlB avaient lieu , des rapports de commercé n'aient pas existé. Si les marchandise pouvaient venir de Constantinople à travers, le royaume des Avares , à plus forte raison pouvaient-elles arriver d'Italie en Allemagne; et bien que les croisades eussent donné une nouvelle vie au chemin par terre qui suit les rives du Danube, on eut toujours de puissants motifs pour préférer la route plus sûre , plus courte et plus économique de l'Itàlie. Quelques produits de TOrlent, d'un poids assez considérable, le poivre par exemple , étaient employés par les Allemands en si grande quantité, que les paysans soumis à des redevances en nature étaient souvent tenus à fournir non-seulement de la cire et du froment , mais aussi du poivre. D'où ce besoin

Pouvait-il être venu, si ce n'est de Italie? Et comment les grands États commerçants de cette contrée auraientils fait des acquisitions aussi considérables d'épices, s'ils n'avaient pas eu un débouché assuré dans le nord ? Vers le milieu du douzième siècle, les Souabes, les Bavarois, les Français, les Lombards , les Toscans et les Hongrois , se rendaient à Venise pour en emporter les marchandises qui leur étaient nécessaires (*). Le chemin du Tyrol , celui

(*) L*einpereur Lothaîre accorde rexemption de droits de douane en deçà des Alpei, ce qui annonce clairement un cummeroe au delà. Du temps de Roger, roi de Naples , de Tempereur Manuel ,du doge Domenico Morosiui, c'est-à-dire, vers le milieu du douzième siècle, M Us venoient acheter (les matchandises) droitem eitt en Denise, AUmeùu et Baivers, FranceU et Lombars, Toscans et Ongres, et totes gens qui 'vivent de mttr» c/uuidises, et les conduiseient en hrtpeLj4%n Martin da Canale,

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du Saint-Gothard, et toutes les routes nople par les Latins, et celle de la mentionnées dans le récit des expédî- Russie par les Mongols, portèrent une tions militaires , étaient fréquentées par grave atteinte à ce commerce, le commerce. Du temps d'Othon IV et II v avait encore une autre route sur ëe Frédéric II les rapports entre Venise les cotes de la Méditerranée. Marseille et l'Allemagne étaient si animés, Taf- était devenue une grande puissance fluence des marchands allemands si maritime. Dès le sixième siècle elle considérable, leurs marchandises si commerçait avec TÉgypte. Au neuviènombreuses, que Ton bâtit pour eux me siècle les marchsmds de Marseille, des magasins particuliers. Avignon , Lyon , allaient deux fois par Les marchands italiens de leur c6té an chercher à Alexandrie les denrées Tenaient en Allemagne (*). Des colpor- de l'Arabie et de l'Inde. Ces marchanteurs et des porteballes de Vérone et dises remontaient le Rh6ne jusqu'à la de la Lombardie passaient les Alpes Saône, jusqu'au Doubs et delà descenpour vendre leurs marchandises en dé- daient par la Moselle jusqu'à Aix-lalail, genre de commerce qui dure en- Chapelle, et dans toute l'Allemagne core de nos jours. Ils apponaient, entre du nord -ouest, autres choses, des anneaux , des chape- Le nord était en communication avec lets, des bijoux, des verres à boire, l'Allemagne et le sud de plus d'une mades couteaux , des miroirs d'ivoire , des nière. Sans parler des voyages par mer, coraux, des patenôtres , etc. une route allait de Danzig à Stargard , Ce commerce avec l'Italie prenait dif- ^ une autre suivait les côtes, de Sleswig férentes directions ; u passait par Augs- jusqu'en Flandre et même en France, bourg, par Ratisbonne, parvienne et La Flandre était l'entrepôt du compar la Suisse, d'où il suivait le Rhin, merce du nord et de celui du sud; ses - De ces différentes villes il s'étendait manufactures de tout genre ^ les besen Bohême, en Franconie, à Erfurt, tiaux qu'elle élevait, ses pèches nomà Magdebourg, même jusqu'à Barde- breuses, en faisaient l'un des pays les wick, et plus tard jusqu'à Lubeck, plus riches de l'Europe. Dès le milieu Hambourg et Brème. Sur le bas Rhin "U douzième siècle, Ypres était d^ Cologne était la principale ville de renommée pour ses belles étoffespeincommerce, et par l'entremise d'O- tes, et l'Artois se livrait aux affaires thon IV obtint de grands privil^es en d'argent. Mais la ville la plus impor- Angleterre. Des débats relatife au com- tante était Bruges : métaux précieux, merce s'étant élevés entre cette ville et étoffes de soie, draps , fourrures hon- Lubeck , Frédéric II prit des mesures groises, vins français, en un mot margeur qu'aucune de ces deux villes ne chandises de tout genre et de toute lût préférée à l'autre ou ne lui portât contrée s'y trouvaient réunies en abonpréjudice. dance , et la foire d' Aix-la-Chapelb, où La seconde route principale allait de les marchands étaient exempts des Grèce en Russie en passant par Vienne , droits de douane , facilitait les débou- Lorch , Ratisbonne , et , pour différents chés dans plus d'un sens, produits, empiétait sur le commerce En voyant l'Allemagne recevoir les Italien. Un de ses rameaux se dirigeait marchandises de l'Orient, les vins de sur Craoovie, Breslau et Prague. Dès la France, les fourrures du nord, on Tan 1165 on voit des emprunts d'argent est porté à se demander ce q^u'elle exfaits à Medebach , ville westphalienne , portait en échange. Il est probable que pour aller commercer en Russie, et les dans les contrées limitrophes elle ex- Tilles que nous venons de nommer portait une partie des importations , et avaient des rapports fréquents avec en outre, suivant toute vraisemblance, Kiev. Mais la conquête de Constanti- des grains, du sel , des vins , de la bière,

des toiles, des draps, des métaux.

(*) Des marchands de Plaiun«e furent , Henri le Lion, lors de sa croisade ,|)ortBi

pm i»oS, piUéi dans le duché de Souabe. en présenta l'empereur grec des

toi

des.armures et des vêtements d'écarlate d'une finesse remarquable. Tout porte a croire que c'étaient des produits de rindustrie germanique.

COMHEBCB^ DU NORD. Les Slavcs, qui habitaient les bords de la mer Balti-

3ue, se livraient alors à plus d'un genre e commerce; mais ce furent surtout les villes allemandes qui donnèrent la

f>remière impulsion au commerce avec e nord et^le nord-ouest de T Europe.

Wysbi était dès l'an 1135 en rapport avec les Saxons; elle devint peu a peu une ville allemande, et le centre des rapports qui s'étaient établis avec les contrées septentrionales. Peu à peu le commerce s'étendit en Norwége,en Suède, en Prusse et en Livonie. Dans le principe, il se bornait à échanger des objets d'un très-bas prix avec les habitants incivilisés de ces dernières contrées , et ne fut pas moins avantageux que le commerce d'échange fait plus tard par les Européens avec les sauvages des autres parties du monde. Au treizième siècle ces rapports cliangèrent totalement par suite de l'introduction des institutions civiles et de la conversion des habitants au christianisme; mais les marchands de la basse Allemagne obtinrent quelques privilé- -

Ses des souverains de ces contrées : ils evaient, par exemple, être protégés contre les pirates, ne pas être soumis au droit (f épave, et ne payer aucun Impôt; en outre, ils étaient autorisés à débarquer partout où bon leur semblerait, a couper le bois qui leur serait nécessaire pour réparer leurs vaisseaux , et à faire paître leurs bestiaux sur la côte, etc.

Ces relations avec la Livonie et la Prusse étaient doublement importantes, en ce qu'elles servaient d'intermédiaire au commerce avec la Russie et rOrient. C'est ce commerce intermédiaire d'une part, le commerce exclusif des productions du nord , telles que les bois , le chanvre, le suif, les fourrures, et de l'autre la vente dan^ le nord des marchandises du sud, qui firent la puissance de la Hanse, cette grande ligue èommerdaSe. Ses rapports avecla Flandre et TAngleterre n^étaient pas moibs

animés; mais ils étaient faibles avec la France , et presque nuls avec l'Espagne. Hambourg , Brème , et surtout Lubeck , étaient les principaux piliers de la Hanse. Ce qui contribua surtout à l'accroissement de cette dernière ville, ce fut la ruine de Bardewick, à la suite de laquelle Henri le Lion déclara Lubeck port libre. La Hanse obtint peu à peu dans les trois royaumes du nord les plus importants privilèges , et en Angleterre ses marchands étaient plus favorisés que tous les autres.

SCIENCES ET ABTS.

On se représente d'ordinaire le moyen âge comme voilé des ténèbres de la barbarie; et cependant, il faut le reconnaître, l'amour des sciences, à cette époque, ne s'était pas entièrement éteint. Ces étudiants qui, au douzième siècle, suivent Abeilard dans la solitude, vivent d'herbes et de racines, s'abritent sous le chaume, pour ne pas perdre les leçons de leur professeur, ne sont-ils pas la preuve vivante du besoin de savoir qui animait alors les esprits.'

Le goût, sans doute, loin d'être épuré, était dans une sorte d'enfance; mais déjà l'on voit s'élever quelques établissements dans le genre de ceux qui existent aujourd'hui. Parlons d'abord des écoles.

LIS icOLBS.

On voit peu d'écoles dans cette période, et ce qu'on y apprend ne s'é»

tend pas loin. C'est d abord le sacerdoce qui les dirige ; la bourgeoisie n'en établit que plus tard. On comprend dès lors quel esprit devait présider à cet enseignement. La lecture et l'écriture, aur jourd'hui si communes, étaient alors Ignorées de bien des sens ; cependant on pouvait être grana roi , et même poète distingué, sans posséder ces premiers éléments de toutes les connaissances , témoin Ulrich de Lichtenstein.

Mais qu'apprenait -on dans les écoles? On n'y étudiait pas moins que la fframmaire, la rhétorique et la dia* lectiiiue; c'était le trivium^ la première partie de la grande division des études; puis venaient l'arithmétique, la ^éomé»

L'UNIVERS

trie, la musique et Pastronomie, qui formaient le quadrivium; le trivium et le quadrivium réunis formaient en tout sept sciences, qu*on appelait les sciences Ubres, Mais peu à peu la logique et la dialectique supplantèrent la science des choses et des paroles, et la pauvre grammaire, au treizième siècle surtout, se vit souvent négligée. Dans le poème de Henri d'Andeli , appelé le Combat des sept Ubres sciences^ on voit s'avancer d'une part, pour dame Grammaire qu'on protégeait dans Orléans, plusieurs poètes latins, et aussi le bon Homère (bien entendu que personne n'en connaissait roriginal); puis des auteurs beaucoup plus récents et même contemporains d'ouvrages en prose ,Sédulius, CapellaetPrudentius, mais aucun ancien prosateur. C'était la première ligne des combattants.

Viennent ensuite les champions de la ville de Paris, c'est-à-dire ce qui reste des sept libres sciences : ce sont Aristote , Galien , Hippocrate et Platon. On en vient tout a'abord aux sobri-

âuets : on jette aux Orléanistes celui ^Àutoriaux^ et à ceux de Pariâ celui de Quiquelique ;i^ms arrivent les coups.

Bonat se bat avec Platon, Priscien avec Aristote; celui-d désarçonne son adversaire, mais les poètes secourent Priscien, et Aristote reçoit aide et appui du baron Barbarisme. Qu'on ne s étonne point de cette dernière circonstance : Barbarisme, bien que feudataire de dame Grammaire, tourne cependant ses armes contre elle; car lui aussi a quelques possessions sur le territoire de la Logique. Le succès demeure donc un instant incertain ; enfin , la Logique propose la pix. Malheureusement elle s'est choisi un mauvais parlementaire, et personne ne veut écouter Barbarisme: ses nombreuses fautes de langage rendent toutes les parties sourdes a ses propositions , et la querelle durerait encore si l'Astronomie, réduite au désespoir, n'eût lancé la foudre sur les assiégeants, brûlé leurs tentes et dissipé leur armée (*).

f*) Yoyei Notices et exUtdta des manu- •CTii*, t, T, p. 49^.

La fondation d'une école devait être autorisée par les prélats; l'enseigne»

ment était presque toujours gratuit; les couvents , églises et chapitres , doDt dépendaient les écoles, an supportaient les frais d'entretien, payaient les honoraires du maître, etc.

LXTEBS D*BXSUONBMlirT.

On ne manquait pas de livres alors , non plus que de méthodes et de conseils a l'usage des maîtres et des élèves. « Maître, » disait un auteur de cette épooue (Berthold de Constance) dans son livre intitulé Image de la vie; « mat« tre, n'instruisez que par amour de la science; car si c'est ramour de la renommée qui vous porte à le faire , vous serez souvent le rival de votre élève, et peut-être lui cacherez-vous le plus beau de la science; si c'est au contraire un désir d'argent qui vous y porte, alors TOUS songerez peu au mbee d'ensei« gnem^nt, tout sera pour vous iridif^ mit, les choses frivoles aussi bien que les choses utiles. Et vous, élève, ne regimbez pas contre l'instruction: ne pensez pasprésomptueusement quSl se trouve quelque chose là où il n'y a rien encore. Aimez votre maître; car on n'écoute ^ère celui qu'on n'aime point, et ainsi s'évanouissent les résultats attendus. Au resté, le travail vient à bout de tout, et la fin de l'étude c'est la fin de la vie. »

Un autre livre de cette époque, c'est le Manuel d'études pour les procès et leurs maitres, de Vincent de Beauvais.

C'est un ouvrage qui se ressent sans doute de l'esprit de l'époque , par exem*

f)le dans l'éloge outré qu'il fait da oé^ ibat; mais à part cela, c'est un ouvrage très-remarquable et très-sensément écrit.

DEorr DE coEEEonoir.

Dans le droit de la Souabe, le maître pouvait administrer des coups ds verges à l'élève , mais pas plus de oouse d'un seul trait. Si Fenfant revenait à la maison le nez en sang, les parents ne pouvaient élever aucune plaiate*

ses

lémiTmov VÀTix tèm us BLiTxs.

Un concile tenu en Fan 1246 prèscrivit d'envoyer le dimanche et les jours de féte les enfants âgés de sept ans au moins à Téglise, de les instruire dans la religion catholique, de leur apprendre VOraison dominicale et VAve Maria. Voici ce que portait le règlement de Fécole de Worms, à la date de 1260 : « Que personne ne soit pour cause d'indigence expulsé de l'école; que si cependant il y en a qui par pure paresse et pour se faire entretenir y accourent, que ceux-là seuls payent auelque faible rétribution. Celui qui demeure huit jours à l'école est lié pour six mois. Celui qui jette un regard d'indécence sur ses élevés perd son emploi de maître. Que personne, pour que la discipline n'en souffre point, ne retire chez lui des élèves qui auraient été expulsés d'une école. Si un maître fait des blessures à son élève, s'il lui brise les os, l'élève pourra se retirer sans payer la rétribution scolaire et aller chez un autre maître. »

« Celui, » porte le règlement de la ville de Bassano, également de 1260, « celui qui visite pendant huit jours une école autorisée, paye le mois; celui

?ui vient un mois paye pour toute année. Quiconque apprend la grammaire et entend Catus paye quarante petits deniers par mois ; celui qui en* tend Donat paye deux schillings par mois; mais quiconque est à demeure chez le maître en paye cinq. »

ÉTAT Dl L*xiirraucTioN.

L'Italie avait ses écoles; il v en avait notamment à Parme, à Trevise et à Ravenne; l'Allemagne en avait aussi d'importantes : telles étaient celles de Folde, de Reichenau, de Corvey, de Heidesheim, d'Augsbourg, de Freisingue; mais il parait qu'on n'y admettait que rarement des laïques. Cependant on permettait. quelquefois aux dangers qui aimaient la science de visiter les couvents. Les moines mendiants pouvaient, d'après leur règle, donner l'iostruction a tous sans exceptiOD4

Cependant Tignorance régnait en bien des endroits encore; Innbcent lll se plaint, par exemple, de ce qu'un chantre du chapitre d'Hydrunte ne sait pas lire, et Honoré III destitua un évéque gui ne savait pas lire dans Donat ; enfin , à Saint-Gall , où antérieurement on avait tant fait pour la science, les choses étaient tellement changées en 1261 , que Fabbé et le chapitre tout entier ne savaient pas écrire.

iDUCATlOV SBS FILUS.

Certains couvents n^admettaient au> cune personne appartenant au monde.

Cependant Honoré III ne veut pas que les filles fréquentent les instituts mondains. «Qu'elles ne lisent pas, dit Honoré, des poésies profanes au lien d'étudier la vie des saints. «Néanmoins, quelques femmes de haute condition , par exemple, Judith de Thuringe, épouse de Ladislas, savait le latin, le * parlait et Fécrivait.

«Hroswithe. religieuse du monastère de Gandersheim, an onzième siècle, avait lu Térence dans la solitude du cloître, et, sur ce modèle, elle eut la pensée d'écrire, dans la même langue, de petits drames , consacrés à des sujets religieux. Elle essaya la première, ce qu'on a renouvelé dans le seizième siècle, d'enlever aux auteurs profbnes leur style. Elle a fait six pièces dans ce goût; personne n'en a parlé. Ces six pièces sont fort courtes. Je ne sais si elles furent jouées souvent : un pas* sage le ferait croire.

« Ainsi , en Allemagne , dans un mo* nastère qui comptait cinquante reli* gieuses de noble ramille, il parait que, vers 1080, on avait dressé un petit théâtre, comme à Saint-Cyr, sous m»^ dame de Maintenon, et que là quelques jeunes sœurs, ayant sans doute obtenu dispense pour s'habiller en hom« mes, représentèrent une espèce de tragédie, la Conversion de GatUeanus.

voici le sujet de la pièce : Constantin le Grand avait promis de donner la belle Constantia, sa fille, à un jeune Romain de haute naissance et de granU courage, mais encore attaché au culM

m l*un:

des faux dieux. Une guerre suspend ce projet : le jeune amant y ?ole et se couvre de gloire dans un combat, où il est miraculeusement sauvé. Touché de ce secours de la Providence, il se laisse convertir à la foi par deux officiers de l'empereur, Paul et Jean. Dans sa pieuse ferveur, il renonce à la main de la princesse, qui, de son côté, se consacre à la vie religieuse. Voilà le premier acte, où Vunifé de temps, comme on le voit, n'est pas fort rigoureuse. C'est une pièce libre, qui, en tout, dure vingt-cmq ans. Au second acte, trois empereurs ont déjà passé; c'est Julien qui règne. Julien, après avoir exilé Gallicanus, le fait tuer en Égypte. Puis sa persécution s'attache avec plus de violence et de haine aux deux ofBciers du palais qui avaient autrefois accompli l'heureuse conversion de Gallicanus. On ne voit pas. le motif de cette colère. Mais l'auteur, dans la prose assez correcte de son drame, fait habilement parler Julien. Il y a là un sentiment vrai de l'histoire; Julien ne paraît pas un féroce et stupide persécuteur, comme l'auraient imaginé les légendaires du sixième siècle. La religieuse de Gandersheim ^vait saisi le caractère de Julien : on le voit avec sa modération apparente, son esprit impérieux et ironi(]ae. Il ne peut triompher de Tobs'» tination chrétienne des deux ofQciers de l'empereur; il les exile, en laissant prévoir leur supplice.

« Je traduis cette scène. Ce qui fait l'intérêt de ce morceau , ce n'est pas le degré de talent, c'est la date; c'est

3ue, dans le onzième siècle, au milieu e la grossièreté féodale et de F ignorance, lorsque rien ne rappelait le souvenir de ce çrand art du théâtre, une femme ait écrit, et que des femmes aient joué cet ouvrage.

Jtmen, Je n'ignore pas, Jean et Paul, que vous avez été dès l'enfance attacnés au service des empereurs.

Jean. Nous l'avons été.

JuUen. II convient dès lors que, placés près de moi, vous serviez dans le jpalsas où vous avez été nourris.

Paul. Nous ne servirons pas.

JuHen. Est-ce moi que vous ne ser> virez pas?

Jean, Nous l'avons dit.

Julien, Est-ce que je ne vous parais pas un Auguste?

Paul, Un Auguste bien différent de ses prédécesseurs. ' JuUen, En quoi?

Jean. En religion et en vertu.

Julien. Expliquez-vous.

Paul. Les glorieux empereurs Constantin, Constant et Constance, auxquels nous avons obéi, étaient trèschrétiens et se glori6aient de servir Jésus-Christ.

Julien. Je le sais, mais je ne veux pas les imiter en cela.

Paul. Tu n'imites que le mal. Ils étaient assidus à l'église; et, ôtant leurs diadèmes , ils adoraient à genoux Jésus-Christ.

Julien. Vous ne me forcez pas à la même chose, sans doute?

Jean. Aussi tu ne leur ressembles pas.

Paul. Comme ils offraient leur encens à Dieu, ils relevaient par leur vertu l'éclat du diadème impérial, et réussissaient dans toutes leurs entreprises.

Julien. Et moi aussi.

Jean. Ce n'est pas de la même manière; pour eux, la grâce divine les accompagnait.

Julien. ISiaiserie ! Autrefois j'ai suivi sottement ces pratiques; j'ai été clerc dans l'église.

Jean. Qu'en dis-tu, Paul? il a été clérc.

Paul. Chapelain du diable.

Julien. Mais, lorsque j'ai vu qu'il n'y avait là rien d'utile, je me suis tourné vers le culte des dieux, dont la faveur m'a porté au faîte de l'empiré.

Jean. Tu nous as interrompus , pour ne pas entendre la louange des justes.

Julien, Que me fait-elle?

Paul. Rien; ,mais ce que je vais ajouter te regarde. Comme le monde n était pas digne de les conserver, ces vertueux empereurs ont été reçus purmi les anges; et la république malheureuse a été abandonnée à ton pouvoir»

Julien. Pourquoi malheureuse?

Jean. Par le caractère de son sourerain.

Patd, Tu as déserté toute religion, et imité l'idolâtrie. (Test pour cela que nous nous sommes soustraits à ta présence, et à la société des tiens.

Julien. Quoique insulté par vous, je fais grâce encore à votre témérité, et je veux vous élever aux premiers grades du palais.

Jean. Ne te fatigue pas ; nous ne céderons ni à tes menaces , ni à tes séductions.

Julien. Je vous donne une trêve de dix jours pour revenir au bon sens et rentrer en çrâce avec nous. Sinon , ce qu*il faut faire, je le ferai ; et je ne serai plus votre risée.

Paul. Ce que tu dois faire, fais-le dès aujourd'hui. Tu ne pourras nous ramener ni à ton palais, ni à ton service, ni au culte oc tes dieux.

Julien. Allez, retirez-vous; faites ce que je vous conseille (*). »

LAVOUIS SkVkWTMM.

La langue latine à cette époque est la langue la plus répandue. On remploie pour les actes publics, et surtout pour la célébration du service divin.

Cependant il ne faut pas mesurer le latin d'alors sur celui de Cicéron; c'est quelque chose qu'il ne faut considérer qu^en soi : on y trouve des expressions dont Rome ancienne n'avait pas la moindre idée. Voici un échantillon du latin de ce temps. ]\ous l'empruntons aux philosophes : HsecceUaSy luppositaUtas y potentia actuabîUsy recH/icativOy potentia practi" cantis oHunae quant à se recùfficabiliSy respectus aptûudinalis ad praxiny H rectitvdo entis fundatur in aUqui* tate. Le caractère du style de cette épooue, c'est le simple et le boursouflé, la simple nature et l'art , la raison et la déraison.

Le grec n'était connu que de quelques personnes. Il faut excepter cependant l'Italie méridionale et là Sicile,

(*) Yilleinain, Tableau de la liuérature na moyeo âge, t. Il , p. 25S et suif.

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