‹ Allemagne T. 2Chapitre 42 sur 56 · A.GNE · texte numérisé non relu

A.GNE

où l'on ne parlait presque exclusivement que cette langue.

On prétend queFrédéjric II avait, en 1330, fait jeter un brochet dans un étang de Kaiserslautei^n, et' que ce brochet , retrouvé en 1497, portait une inscription grecque. L'on traduisait en latin du grec et de l'arabe.

Innocent III écrivait, au treiz^e siècle, à l'archevêque d'Athènes : « Que » cette ville était la patrie des sciences et la mère des arts; que cependant il ne fallait pas que les fleurs nouvelles fissent oublier les anciens fruits, bien qu'il fïit consolant de voir la Vierge sainte venir s'asseoir à la place de Pallas, et le culte du dieu inconnu être enfin reconnu. »

L'hébreu était tout aussi peu répandu que les langues grecque et arabe ; on répugnait d'ailleurs , surtout dans quelques villes monastiques, à avoir recours aux juifs pour l'apprendre.

Toutefois l'on n'en était pas encore arrivé à déclarer comme un certain prédicateur du seizième siècle, que le grec était la langue du diable, et que celui-là irait droit en enfer qui lirait un livre plein de sorcellerie et de^imoire diaboli(}ue , dont quelques foux savants pariaient beaucoup dans ce temps-là. Ce livre c'était le I^ouveau Testament en grec.

Voici un exemple d'érudition : Othon de Freysingue connaissait quelques ouvrages de Platon , Aristote , Horace , Virgile, Lucain, Boèce. — Il est aussi parlé à cette époque de Juvénal , d'Ovide , de Tite-Live et de Joseph. Le chancelier Conrad, qui passa avec Henri VI en Italie, s'étonnait de ce que Lucain insiste si longuement sur la difficulté de passer le Kubicon.

BIBLXOTHKQUSS.

Tout chapitre, tout monastère avait sa bibliothèque. A Corvey, chaque novice devait apporter au monastère quelque livre utile; et tout monastère qui dépendait de cette ville devait fournir une chronique. Dès le douzième siècle on parle à Rome d'un cardinal-bibliothécaire du palais de Latran. On copia

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d*dbord dans les couvehts les auteurs sacrés ^ bientôt aussi l^s moines s'occupèrent des anciens. Ils faisaient euxmêmes les reliures. Ët dans certains endroits, il était d'Usage de lire an- ' nuellement et de vérifler le catalogue devant le chapitre assemblé, précaution â'autent dIus nécessaire, que, nonobstant les plus expresses défenses , on prétait souvent des livres à des personnes du dehors^, Fabps allait même plus loiil quelquefois , comme le prouve le fait suivant : la reliure de certain livre était incrustée de pierres précieuses; mais un pieux chanoine crut mieux fUire en y substituant des pierres fausses. On léguait souvent des livres aux écoles , couvents et universités. On remarque parmi les auteurs de ces legs saint Louis , Jeanne de Flandre et certain abbé qui s'était enrichi en exerçant la chirurgie.

Le prix des "livres copiés était, on le conçoit, beaucoup pliis élevé que ne l'est aujourd'hui celui des livres imprimés, et ce n'étaient cependant pas les livres les meilleurs que l'on copiait de préférence , et que l'on vendait le mieux. Ce qui contribuait à rendre les livres plus chers, c'était le prix élevé des matières premières, l'admirable perfection avec laauelle ils étaient écrits, les peintures, les lettres dorées dont on les embellissait. La rareté du parchemin donna l'idée des livres rescrits { codices rescripH), dont l'usage se maintint surtout jusqu'à la lin du dixième siècle; car ce fut, suivant l'opinion la plus commune, au ouzièiUË siècle que fut inventé le papier de chiffons (*). Voici du reste un exemple de la valeur des livres au moyen âge. En 1219, un Digeste ancien et nouveau {Dlgestum vêtus et novum) fut acheté à Ravenne§ trente livres; tandis ju'en 1232, dans la même ville, une maison avec cour, jardin et yne pièce de terre, n'en coûta que vingt. En 1274, la Summa theologix et la CompUatîo sanctorum de saint Thomas d'Aquin coûtèrent, l'une 40 et

(*) D'audPes fixent celte invention au quaturzièBie siècle.

l'autre 60 livres tournois. Enfin , Pirif 11 36, Léopold, margrave d'Autriche, accorda au couvent de Formbach d'im« portants privilèges pour la BibUùtkecm in tribus votuminibus et pour un missel.

UVRU DiFumus

Parmi les livres défendus à cette époque, on cite certains ouvrages d'Aristote, les écrits de Guillaume deSaint- Amour contre les moines mendiants ^ le livre de Jean Scot sur la nature. On les défendait et on les brûlait ; souvent même, leur possesseur devait, sous

Seine d'excommunication « se dbarger e ce soin.

Dsa mnvtasrr^.

Ce mot fut d'abord pris dans le sens de Vuniversitas du droit romain synonyme de carporeUio. C'était une communauté qui existait entre les maîtres et les élèves.

Les premiers siècles qiri suivirent l'invasion virent disparaître, nous l'avons déjà dit , la langue ft là civilisation romaine; mais les cloîtres leur offrirent un asile. Ainsi le iiry)nastère

Î|ue sainte Radegonde fonda à Poitiers ut comme un étroit sanctuaire, où se conservèrent encore quelques étincelles de la grande lumière qui avait brillé sur le monde romain. Mais cette littérature, cultivée par les moines, devint peu à peu toute religieuse; h théologie l'enveloppa , la fondit en ellemême. Jusqu'au douzième siècle, la science reste ainsi sacerdotale et théologique. Cependant l'esprit humain est impatient, inquiet; il a sans cesse besoin d'aliments nouveaux. Au douzième siècle la théologie lui sembla trop aride, et l'enceinte du cloître trop étroite. « Les écoles des abbayes et des chapitres réguliers, dit un spirituel écrivain (*), cultivaient encore avec ardeur toutes les sciences , mais , expression d'une époque qui s'en allait, si elles suivaient le mouvement des esprits, elles ne le guidaient pas; elles

(*) M. Charpentier, Essai sur Tliistcrirt littéraire du moyen Age, p. xa8.

restaient concentrées dans les sciences divines, dont les sciences humaines commençaient à se détacher : de là leur ilécadence. i.es universités, au contraire, furent la manifestation d'un esprit nouveau, satisfaisant à des besoins nouveaux : c'était Tintroduction du peuple dans le sanctuaire de là science, jusque-là réservée au clergé.

Le clottre ne fut plus le seul reftige pour le savoir, les dignités ecclésiastiques ses seules récompenses. La cour des princes, les châteaux lui furent ouverts, et quelaues fonctions civiles accessibles... La cfomination du clergé , souvent bienfaisante , quelquefois aussi violente et orgueilleuse, devait amener à son tour une réaction du pouvoir politique, et daùs Tesprit humain une vive impatience de servitude. Ce double besoin de liberté politique et d'indépendance intellectuelle créa les universités, et expli(|ue, avec leur influence, les privilèges qui leur furent aecordés par les rois et {)ar les papes, qui se disputaient et craignaient leur influence.

« Au douzième siècle, on ne pouvait combattre Rome qu'avec ses propres armes; on ne pouvait détruire la suprématie du clergé, fondée en partie sur la science , que par une science plus grande. La philosophie scolastique était seule en état de détrôner la théologie. Les universités se trouvèrent merveilleusement propres à cette niission , par kurs habitudes, par leurs membres, appartenant presque tous au clergé, âies satisfaisaient à l'esprit religieux du moyen âge, en même temps (pie par leur existence à part, leurs privilèges évLS à la puissance politique , et , comme nous dirions aujourd'hui , par leur haiv monie avec les tendances contemporaines, elles répondaient au besoin nouveau d'indépendance intellectuelle.

Aussi furent-elles, dans l'ordre philosophique et moral, Topposition la plus active du moyen âge, la lutte la plus redoutable au saint-siége, l'appui le

§lus ferme, le plus habile détenseur es droits des rois contre les prétentions pontificales. Gerson, qui fut rimage la plus fidèle , la plus brillantè de

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cette union du savoir et de la foi , nous le dit. Philippe- Auguste ne s'y trompa pas. Ce n'est point à son amour seul pour les lettres qu'il faut faire honneur des privilèges dont il combla l'univer»

sité : sa bienveillance était de la poli^^ tique.

« Ainsi , le premier caractère de l'u* Diversité nit un essai d*indépendanct de l'esprit humain, et son Dut, une digue opposée aux envahissements uU tramontains. 9

Dès l'année 1158, Frédéric F' di^ sait : « Ils méritent nos éloges et notre c appui , ceux qui éclairent le monde « de leur science , et ceux qui préparent « leurs élèves à la crainte de Dieu et « de l'empereur, son serviteur. Nouq «devons, en conséquence, spéciale- « ment les garantir contre toute at- « teinte. » En conséquence, l'empereur décide que maîtres et élèves pourront voyager et séjourner partout où bon leur semblera ; que les autorités auront à veiller à ce qu en cas de dommage à eux causé, ils soient indemnisés au quadruple; qu'enfin, s'il s'élève des plaintes contre eux, les élèves pour* tout opter entre la juridiction de leurs professeurs et ceUe de l'évéque

MAiraU BT FROVUSZlTBt.

Les villes cherchaient tous les moyens de s'attacher les maîtres les plus habiles; car elles retiraient à la rois profit et honneur de l'existence d'une université dans leur sem. On imposait donc pour première <x>ndition aux profes-* seurs de renoncer à aller dans d autres villes. Souvent, en effet, un professeur renommé entraînait tous les élèves à sa suite. Pour les retenir on les exemp^ tait de certaines charges. C'est ainsi qu'à fiologne les docteurs étaient, vert 1242, dispensés du service militaire.

— Toutefois de sévères examens mettaient la science des^professeurs à Tépreuve. C'étaîM'évéque ou tout autre ecclésiastique avancédans la hiérarchie, qui les leur faisait subir. On surveillait aussi la conduite du professeur. în-f oocent III se plaint, par exemple, de « ce que Tes maîtres des libres sciences

8tt L'UNI

de ^ Paris portent des véteinents peu con?eiiables; de ce quils n'assistent pas aux convois funèbres des ecclésiastiques, comme c'est l'antique usage; de ce qu'enfîn , dans leurs discussions et leçons, ils s'écartent du respect dû aux lois.

Comme en tout temps , à peu d'honorables exceptions près , les honoraires étaient ce à quoi les professeurs attachaient le plus d'importance, point d'argent, point de leçons.

Par une exception qui mérite d'être mentionnée, mais qui se renouvela depuis, on vit à Bologne, en l'an 1236, une femme, Vitisia Gozzadini, qui ha* bituellement était vêtue en homme, faire , 'en qualité de docteur, un cours public sur les Institutes.

DiriVBllSITé DB PAKU.

Des diverses universités alors existantes, celles de Paris et de Bologne sont les premières, les plus renommées. Celle de Paris était, dès le douzième siècle, fréquentée par des hommes de tous les pays : Othon de Freisingue, les fils du comte Adolphe de Schaumbourg, le fils du duc Henri le Pieux, vinrent y étudier. Le droit et la chirurgie n'^y furent enseignés qu'au commencement du treizième siècle , bien qu'on apprît depuis longtemps la rhétorique, la grammaire et la philosophie. Voici en résumé quelquesuns des règlements que les papes établirent pour cette université, qui servit de modèle à toutes les autres , et sur laquelle nous avons, plus que sur toute autre, de longs et curieux détails. Un membre de runiversité ne peut être expulsé qu'après certains délais et des avertissements réitérés , et l'université en corps ne peut l'être que par un acte de l'autorité papale. Les étudiants ne doivent pas taire hausser le prix des loyers en haine l'un de l'autre , jii pour faire dé^erpir un condisciple. L'hôte qui exige* un loyer excéclant l'estimation faite par deux bourgeois ou maîtres , est interdit pour cinq ans. L6s discussions ne doivent pas être accompagnées de festins. CeRii qui veut

professer la théologie doit avonr étudié cinq ans au moins , et avoirtrente-dnq ans d'âge ; un maître ès-libres sciences doit également étudier six ans, et subir un examen. Chaque étudiant devra s'en tenir à un maître déterminé (*).

(*) M. Monteil décrit Torgaiiisatioii dm runiversité de Paris avec sa soience ordinaire et son esprit plein de malice et de bonhomie comme celui de nos anciens bourgeois. « y olre voisin , le roi d'Aragon , Teot« avec son université de Sarragosse, faire une étude générale, une université de Paris. Il en demande les statuts ; je lui conseille do demander aussi les régents et les écoliers. Mais que vous importe ? me direz-vous ; faites-moi connaître l'université de Paris , je la ferai connaître au roi d* Aragon ; je ne veux que cela ; car il ne veut pas autre chose ; car il veut seulement une université sor le modèle de celle de Paris : frère André, je vais le satisfaire, ou vous satisfaire.

Il faut d'abord que son université soit en partie ecclésiastique , en ce que ses memores porteront nécessairement Thabit de clerc; et en partie laïque, en ce que cet membres ne seront plus nécessairement tenos à avoir la tonsure.

Il faut ensuite qu'il la divise en quatre facultés : celle de théologie , celle de décret ou droit canon, celle de médecine, ceUe des arts. Vous voudrez savoir pourauoî j'omets la faculté de droit civil , aujourd hoi une des principales branches de l'enseigne ment public ; je vous répondrai que si le roi d'Aragon établissait à Sarragosse cette faculté , son université ne serait plus comme celle de Paris.

U faut que la faculté des arts , seulement chargée d'enseigner la grammaire, la rhétoriqueetla philosophie, qui, dans la hiérarchie des sciences, est la dernière, soit la première, p faut que les autres facultés obéissent à son chef qu'on appelle recteur; il faut qu'elles ne puissent l'élire; il faut qu'elle seule rélise ; ce n'est pas très-raisonnable , mais c'est comme à Paris.

n faut que cette faculté des arts soit divisée en nations , que les nations soient divisées en provinces, que les provinces soient divisées en royaumes. Ces divisions ne sont pas non plus très-bonnes ; mais je ne vous les donne :que pour les divisions de runiversité de Paris.

Il feut aussi que l'autorité qui pourra faire arrêter les écoliers ne puisse les juger , e|

Ladftclplfaie était tn ténèral très-sévère, et assez sourent les étudiants étaient fustigés, chose qui n'avait lieu dans aucune des universités d'Italie. Les étudiants des diverses nations se querellaient fréquemment; ils se

que rantorilé qui poufn les juger ne puisse lee arrèler.

De plus f que tous les écoliers et ipus les membres de l'université, n*importe qu'ils aient des différends ou eotre eux , ou avec dt» babitanude la ville, soient jugés d'après leurs privilèges.

De plus, que la collection de ces privilèges forme une législation particulière qui les exempte de la législation générale.

Pour que le roi d Aragon^ait à Saragosse une véritable université de Paris, il est encore indispensable que la sienne s'empare d'un vaste terrain qui portera le nom de Pré aux Clercs, où les écoliers se prétendront exclusivement maîtres, où ils insulteront, où ils maltraiteront ceux qui voudront con- , tester leurs droits.

Les écoliers devront en outre se conduire dans les mes de la ville à peu près comme cbuis le Pré aux Cltfcs.

Le roi d'Aragon devra aussi trouver con- ▼enlble que son université çeosure les actes du gouvernement , les actions des grands de l'Élat, les opinions du pape, la doctrine du clergé séculier et régulier.

Il y aura encore plus de ressemblance si Funiversité de Saragosse porte le titre de iîHe aînée des rois; si cette fille atnée est iracassière, capricieuse , et si, lorsqu'on voudra lui parler raison , elle ne manque ]^ de faire suspendre les prédications , de faire fermer les églises , afin que le peuple mutiné reflue vers les hôtels des magistrats ou le palais des rois.

Enfin , et comme dernière condition , cette université sera tout k la fuis si puissante, cpie , dans certains temps, le pape, le roi, lui fassent humblement la cour ; si faible, que, dans d'autres temps, un simple délégué du pape puisse 1» réformer jusque dans ses institutions fondamentales ; si pauvre, qu'elle n'ait pas en propre la plus ^jetite église pour ses offices, le pliu petit édifice pour ses réunions , en sorte qu'elle soit obligée de tenir ses assemblées autour des bénitiers des grandes églises , et de déposer dans les couvents du voisinage ses coffres , ses arches et •es archives (*).

(*) MoDteil t Histoire des Français , t I , p. s3a.

^4* Livraison* (AuBMAcnB.)

reprocMcQl lem 4MMs mutMis :

on disait des Anglais, qu'ils buvdei^ immodérément; des Français, qu'ils étaient fiers, mous, efifêmînés; des Allemands, qu'ils étaient eel^ et peu mesurés dans leurs jiarolfls durant les festins^ des Poitevins, qu'ils ai* maient à bien vivre et avecjmrodigfllité; des Bourguignons,, qu'us étuent mais et stupides; des Bretons, qu'ils étaient gens inconsidérés; des Lom* bards, que c'étaient des lâches, des avares, des méchants; des RoinaUis, Qu'ils étaient violents et mutins; des Siciliens, qu'ils étaient des tyrans; des Brabançons, des hommes de sang, des infracteurs de toute paix, des incendiaires , des pillards; des Flamands enfin, qu'ils étaient dissipateurs, tout occupés de leur écot (dtner), et mous comme du beurre.

La France comptait encore d'autres universités : celle de Montpellier, consacrée particulièrement à l'enseignement de la médecine, mais où, dans le courant du treizième siècle, on trouve aussi réunis en une seule ftculté des professeurs de droit, de théologie et de belles-lettres ; celle d'Orléans, où l'on enseignait le droit, et où la jalouse université de Paris empêcha « attendu le voisibase, l'établissement d*une faculté de théologie et de nhllosophie; enfin celle de Toulouse, fondée en 1388, par Grégoire IX, pourfiiciliter la conversion des Albigeois. Cette der»

nière obtint les mêmes privilèges oue l'université de Paris , et fut afinranchie de toute juridiction temporelle.Lechancelier de la cathédrale était aussi celui de l'université. Les étudiants qui ne suivaient aucun cours étaient privés de leurs droits. Us ne pouvaient sortir armés, ni être emprisonnés pour dettes. Il était défendu aux théologiens de chercher à briller comme philosophes, mais ils devaient se contenter d'acqué* rir la science des choses divines. Il leur était aussi interdit de se servir do Fidiome du peuple.

uirivimsrré nt bolcovk.

Cest au Bolonais Imerius que cellf

mÉimè tfliitefftiié dut eh gmbdé parut Sén édat. La feculté de éM% était la plqe ancienne de toutes. On n'ac- #OHMait un plein droit de bourgeoisie ynîYenililre qu'aux étodianti étrangMé Geax-d h fubdiviialent en cUra^ nmnkiitiM et «ttram«nMii| : les prenlera fonnaiest «eî8e natioiIsT les aieotodt ëix*huit. Ce nombre ùe neta uat ivrariable, non plus que les noms donnilB à èes différentes subdivisions.

Qe qu'il 7 a de certain , c'est que de trés*lx)nne heure on voit des étudiants idiemands, français, danois, etc., fréquenter l'université de Bologne. Un reetenr présidait chaque division principale. Ce recteur était élu par les étudiants de diaque nation. Les étu* diants en droit n'avaient qu'un reotem;, les étudiants en médecine deux.

Mais dans la faculté de théologie, la diMetîoti n'ap|Murtenait qu'aux mutres.

Safin la réumon qu6 faisait le recteur de tous les étudiants autres que ceux de théologie, eonstituait ce qu'on appelait VtÊniversUa$. On y votait à fèves trianchta et noires sur les affaires de l'-ttniversité; on y élisait aussi des éleoteors, qui, avec l'ancien recteur eè. les conseils des diverses nations»

4iMriittit Bommér annuellement le nouveau recteur. Le recteur devait être membre de l'université, célibataire, mm qu'on exigeât pour cela qu'il fût eedésiastique ; il devait avoir cinquante ans su moins , et posséder quelque bien ; il fallait enfin qu'il eût pendant cinq ans étudié le droit à ses propres frais. Il avait sous son autorité et sous sa juri- 4ic3tion les maîtres et professeurs , qui m pouvaient s'absenter sans sa permission t et qu'il était en droit de punir.

Il résulte dç ce qui précède que les étudiants formaient dès lors une corypiration qui choisissait ses supérieurs, et q«i pouvait quelquefois , au moins inaireotement, traiter avec quelque viotoiice ses propres maîtres. Et cela seconmti quand on pense que les étudiants d'alors étaient en génâral des hommes d'un certain âge, des hommes faits, pour la . plupart exerçant des emplois ou revêtus de dignités dans leur patrie , il Wt pov le seul amour de la sdence,

venaient dé lofd Jusqù'à BotogM, et dès lors avaient droit à une eertirintf fàveur. Les étudiants a^ent è fiologne comme à Paris , de nombreuses querel^ les, mais elles se terminaient ionjoun par des concession? qu'on leur fnsfilt, tant on craignait de les voir déserter l'université. En IMS, Tun d'eux ttia, dans une querelle, un fonc^nnaire public. Arrêté, emprisonné 4 il Ait, nonobstant les menaces de uésertioii de ses camarades, ejtécuté par ordre da podestat. Mais il fallut, dès l'année suivante, promettre -çue, quand il ^'agirait d'aifaires criminelles, les étudiants seraient entendus au préalable en présence de leurs maîtres, auxquels serait confié le soin de les défendre. Au reste, les étudiants étaient plus souvent provoqués à l'agitation, qu'ils ne s'y portaient d'eux-mêmes. Mais, dans le premier cas, ils dépassaient trèssouvent les bornes. Le cardinal Othon voulut, en 1239, réformor les moeurs des étudiants; mais il rencontra de nombreux obstacles , et , pour comble d'imprudence, son escorte ne' garda aucun ménagement envers eux. Son cuisinier osa même Jeter de l'eau bouiilante sur la tête d'un étudiant. Alo^s grand tumulte : les étudiants tombent sur le coupable et le tuent, et le cardinal , obligé de se réfugier dans la tour d'une église, est trop heureux d'échapper, grâce a l'entremise du roi, àia fureur de ceux qui le poursuivent. En 1244, des étudiants de la même université pillèrent les jui&. On emprisonna un grand nombre d'entre em^, mais on ne put les convaincre.

L'Italie possédait encore les um'versités d'ArcBzo, de Ferrare^ de Naples, de Peruggia, de Plaisance, de Pise, do Ravenne, de Re^o, de Rome, de Sienne, de Trévise, de Yeroeil et de Yicence. La plupartd'entre elles avaient une organisation analogue à celle de Bologne.

cirirsnarris B*Air6LrmKi.

Les univ^tés d'Angleterre se réglaient en tout point sur celle de Paris, et étaient même plus indépendantes.

sri

Une tradHion fabuleuse fait remonter la fondation de Cambridge à Tan 275 ayant J. G. , époque où , dit-oD , des

Erofesseurs athéniens vinrent s*y éta- Kr. Ce qu*fl va d'un peu plus certain, efest que Simert, roi de rEs^Anglie, i aVm établi une école. A partir de répoque normande, les documents de* Viennent plus nombreux. En 1231, on fixa le taux des loyers, et peu à peu on ibnda des Miflces {kosteu, inns)^ où les étudiants habitaient en commun.

L'énoque où fut fondée Funivertité d'OxTord est également incertaine.

Quand, en 1141, le roi Étiénne prit la ville d*assaut, l'école supérieure qui s'y trouvait établie eut aussi à souffrir; aussi Henri 11 et Richard P' lui accordèrent-ils plusieurs privilèges. Vers Tan 1200 , il y avait un chancelier laïque à la tête de runiversité , et deux procurateurs, Tun pour les étudiants du Nord, Tautre pour ceux du Midi. A cette époque on y comptait 4000 étudiants, parmi lesquels se trouvaient des Tféerlandais. En 1209, un étudiant ayant tué une fbmme, il en résulta des troubles, à la suite desquels trois étudiants furent mis à mon. L'excommunication lancée contre Oxford dispersa les professeurs ainsi que les étudiants; mais cinq ans après, l'université fut rétsblie à des conditions avantageuses.

De nouveaux débats, occasionnés par le prix des loyers, donnèrent lieu, comme à Oxford, à la fondation des cblléges.

L'Espagne avait aussi à Salaman- ^e une université célèbre. Elle était placée sous la surveillance d'un cha- BOine, qui 'choisissait le recteur et ses conseillers parmi les étudiants. Le recteur avait le droit de nommer les professears et de régler leur position.

itAV Ats irtiDBfl. pnxLosoran.

Dèâ le douzième siècle , certains personnages marquants avaient, comme nous Pavons dit plus haut , commencé h montrer quelque estime pour les

bons auteurs de la latinité, et surtout pour Virgile et Cicéron. Bernard de Chartres et d'autres maîtres les expï'i-

rient dans leurs écoles ; aussi parmi nombreux écrivains de ce temps en vit-on plusieurs, tels qu'Abailard, Hildebert, Gautier de Chatillon, Jean de Salisbury, etc. , se diîîtio^uerj quelque élégance et que^pil^l Ptyle.

▲&ISTOTX.

« Gè goût de l'antique ne |k)uva)l manquer de ramener bientôt les beaujt jours de là bonne littérature, de 14 saine critique et de la raison. Mais U théologie scolastique venait de naUre i l'empire qu'elle usurpa tout à coup, soit dans les écoles et l'université,^ doit dans les diverses classes du clergé, tant séculier que régulier, tourna tou$ les esprits vers les subtilités et les disputes ; et elle ne fut que trop secondéi^ par l'art des ergoteries qui produisit de son côté la logique et la dialectiqué d'Aristote.

« On connaît le sort littéraire de ee philosophe célèbre miii la nature semolait avoir condamne à subbr dan* ses écrits, les vicissitudes de bonne et mauvaise fortune qu'il avait éprouvées pendant sa vie. Censuré dans les premiers siècles de l'Église par certains Pères, loué par d'autres; connu danâ l'Occident par Boëce, accueilli en France par Chailemagne, puis oublié, il pénètre avec gloire chez les Arabes d'Asie, d'Afrique et d'Espagne, qui établissent des collèges pour l'enseigner, le traduisent et lé commentent.

Kos relations avec les Espagnols noua en procurent quelques traités. En 1 167, nous recevons de Constantinopie uiie collection de ses œuvres : plusieurs sont traduites; l'université lesreçoil avec enthousiasme, et l'engouement est tel, que dans les chaires de théologie on va Jusqu'à citer son autorité dr même celle de ses commentateurs»

arabes, Avicenne et Averrôès. Mais en 1210, un concile de Paris le défend sous peine d'excommunication , et il Id condamne au feu. Cinq ans après, Icf cardinal-légat Robert de Osurson ovt

Corséon, commissaire du saiot-siége, œnilrme Tarrét; mais il en excepte la logique, et ordonne même de renseigner. En 1220, Tempereur Frédéric II le fait traduire en entier, partie d'après le texte grec, partie d'après les versions arabes. En 1281, Grégoire IX défend d*enseiçner sa physioue et sa métaphysique, jusqu'à ce qu'elles aient été examinées; et deux professeurs, qui ne tiennent point compte de la a^ense, sont accusés d'bérésie. Mal-

^ gré ces censures passagères, il surnage. Mainfroi, fils naturel doFrédé-

* rie, le réunit avecti'autres ouvrages de

I)hilosophie,' et il envoie son' recueil à "université. Les trois plus fameux tbéotoffiens du temps, Alexandre de Haies, AB>ert le Grand, saint Thomas d'Aquin, le commentent et l'expliquent, et alors il devient l'oracle des écoles; mais en 1265, un autre légat renouvelle l'interdiction des deux traités défendus. Enfin l'opinion scolastique prévaut; il est approuvé par les papes , et l'un d'eux en ordonne même une traduction nouvelle (*). »

(*) Legrand d'Anstr, Notioet et extraits des minuscrits, tom.'v, peg. 49^. L*aateur oontioue en ces termes Thutoire des ncissitudes auxquelles les œuvres du philoso|^c de Sta^re out été soumises depuis le treizième siècle : « Dans Tuniversilé, un règlement de réforme, fait en x366 par deux cardinaux , exige que pour être reçu maître ès arts on subisse uu examen sur sa philosophie. Quatre-vingt-six ans plus tard t le cardinal d'Étouville , par un autre règlement pareil, ordonne qu*on y enseignera sa logique , sa métaphysique, sa ])hylique et sa morale ; et dès ce moment il y règne sans contradiction. L'admiration qn*on a pour lui et pour sa doctrine va même jus-

3n'à former des sectes : de tontes parts il onne naissance à des milliers de volumes; «t le nombre en est tel , que sur sa seule philosophie , le VéuitieD Patrizio , Tun de ses détracteurs, en ooropiait déjà vers la fin diu seiiième siècle plus de douze mille. Chez BOUS, deux arrêts du parlement, aimées i6a4 et x6a9, condamnent des principes contraires aux siens. Vainement Boileau par ses plaisanteries, Ramus, Bodin, Bacou, Galilée, Gassendi, Hobbes, Deseartes, etc., par leurs écrits e( leur philosophie nouvelle,

T.A DrALSCTIQUI,

Ce fut l'étude d'Aristote qui donna, naissance h la philosophie scolastique.

Jusqu'au moment où la philosophie du Stagyrite fut importée en Occiaent, la théologie était la seule occupation des esprits; mais FÉvangile était un cercle bien étroit où toutes les questions d'ailleurs étaient résolues, où il n'y avait à chercher gue la démonstration plus ou moins claire de vérités admises, et non la découverte de vérités nouvelles. Aussi la métaphysique d'Aristote ouvrit comme un horizon immense et inconnu où put se lancer l'esprit spéculatif.

La dialectique se mit d*abord au service de la théologie. Ce fut pour arriver, sans le secours de la révélation, à la démonstration des vérités religieuses contre les sceptiques qui, s'appuyaient sur Tautorité ae la raison, que la dialectique livra ses premiers combats. Puis peu à peu elle se jeta dans les espaces immenses de la métaphysique; mais là Tesprit humain, faible encore, et privé du soutien que lui fournissent aujourd'hui les sciences et ce nombre immense d'observations de toute espèce que nous avons recueillies depuis trois siècles , erra dans tm dédale de questions subtiles et insolubles.

jjl scolastique.

« L'objet de la scolastique, dit Bruc^ ker dans son Histoire ae la philosophie, ne fut pas la recherche de la vérité : les scolastiques ambitionnaient de faire parade d'une vaine subtih'té philosophique; ils avaient imaginé une

renversent le trône qu*i] avait dans le monda littéraire , il se maintient dans les collèges; et sans notre révolution, devant qui tout a cédét qui sait combien de tempa encore il eût pu résister! » Aujourd'hui une nouvelle ère de gloire , mais d*uue gloire plus rédie et mieux fondée, commence pour Aristote , avec la belle édition donnée par M. Bekker et les savants travaux de MM. Biirthclem^- Saiut-Hilairc, Miclicle( de Berlin, Ravai#- «9n,etc.

série de questions très-difficiles à résoudre, et dont la solution, si elle est possible, n'aurait ni certitude ni utilité; ils employaient pour cela d'innombrables logomachies, de ridicules distinctions, un langage barbare (*). Le but de tout cet étalage de faux raisonnements et de verbiage, étint la défense du dogme de TÉglise , il s'ensuit que les seuls membres du clergé s'occupaient de philosophie scolastique, et qu'elle fleurit surtout dans les couvents. Son élément primitif fut la dialectique; non celle qui enseigne véritablement l'art du raisonnement, mais celle par laquelle on apprend l'art futile de l'escrime philosophique, avec des armes empruntées à Aristote. On préféra cette prétendue science à toutes les autres parties d'une saine érudition , et tel homme qui aurait pu rendre d'utiles services aux lettres, passait sa vie dans cette étude, qui pouvait cdhduire aux honneurs ecclésiastiques , mais par laquelle la vérité ne Çagna nen. Au onzième siècle , on y joienit l'étude de la métaphysique, qu'on puisa d'abord dans Porpfiyre , et dont, depuis le douzième siècle, le champ fut immensément agrandi par la connaissance que Vtn eut des livres d'Aristote; on en emprunta certaines règles générales vagues et obscures dont on se servait pour en imposer à resprit humain, et réduire la raison au silence. Les combats dialectiques furent poussés jusqu'au dernier degré cPextravagance après Scot et Occaçi , et les scoiastiques couvrirent le monde de ténèbres par la destruction de toute certitude. Appliquée à la théologie, cette philosophie porte des fruits détestables , tels que le renversement des principes , la confusion de la raison et de la révélation , l'autorité téméraire-

Remarquons toutefois que ce langage de scohutiques qui , aux veux du liltérateur, n*cst (|u'un jargou barbare, a cependant enrichi lus langues modernes , nées du latin , d'une foule de termes servant h traduire des idées abstraites, cl que le latin de Cicéron, •i pauvre en expressions philosophiques , a'aurait jamais pu leur fournir.

ment accordée aux propositions des philosophes païen», l'explication futile et métaphysique des saints mystères, la fondation de l'empire de la dialectique sur les sciences sacrées, qui , par cette déplorable usurpation, fîtrent d*autant plus i^isérablement corrompues que, tombant dans un autre extrême, quelques théologiens rejetèrent absolument tout usage de la philoso* phie, et devinrent des mystiques, tandis que la manie des disputes sur les vérités les plus positives produisit un nouveau scepticisme qui a fait un tort irréparable à la religion (*}. »

LES SCOLASTfQUIS.

A côté de ce tableau des funestes résultats de la scolastique , plaçons le portrait qu'Érasme de Rotterdam trace des soolastiques. «Les dialectidens et les sophistes, dit-il, sont une espèce d'hommes plus bavards que l'airain de Dodone ; chacun d'eux pouiYait lutter avec des femmes pourvues d'excellents poumons : heureux s'ils n'étaient pas beaucoupplus querelleurs qu'ils nesont verbeux, us disputent avec la mine la plus grave sur des futilités (**), et plus ils dissertent , plus ils s'éloignent de la vérité J Bouffis de vanité, ils marchent armés de trois syllogismes, à l'aide des quels ils parlent de tout, toujours prêts à descendre dans f arène avec Quiconque voudra lutter contre eux. ils sont sttrs de vaincre , car si . vous les mettiez aux prises avec Stentor, ils crieraient plus fort que lui.

A leur suite viennent les philosophes vénérables par leur barbe et leurs manteaux, qui, se prétendant seuls juges,

(*) Schœll, Cours d'histoire des ÉtaU européens, t. TL

(**) Jean de Salisburj, mort en 1 1 80, écrivait déjà dans son Metalogicm: «Une grava question occupait alors les écoles des philosophes ; plus on Texaminait, plus elle devenait embrouillée. Un porc attaché que les chasseurs prennent pour but« est-il tenu par le paysan ou par la eonde au moyen de laquelle il le conduit ? * — Cest presque la puce d* Aristophane.

t^UNIVEES.

ééAfàgwmt tous les autres comme de vaines ombres. Qu'ils sont intéressants Quand ils construisent des mondes sans un ; quand ils mesurent comme à la toise le soleil et les étoiles; quand ils TOUS expliquent les causes de fa foudre, du vçnt et des éclipses, et mille autre^ choses dont ils ne savent rien , sans Jfunais hésiter, ni plus ni moins que s'ils avaient siégé dans le conseil delà nature quand efle a créé toute chose ! Cette bonne nature doit souvent rire de leurs sottes conjectures. Ce qui prouve leur ignorance, c'est qu'ils se chamaillent sua» tout, sans pouvoir s'accorder sur rien. Mais, ne sachant rien, ils affectent Tomniscience, quoiqu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes, et qu'ils ne voient pas devfmt eux une fosse dans laquelle ils vont tomber, ou une pierre contre laquelle ils vont se heurter, parce qu'ils sont aveugles, et que leur esprit est toujours absent; cependant ils se vantent de voir tou* jours des choses qu'un Lyncée même ne pourrait voir; telles que des idées, des universels f des formes séparées, des matières premières, des quiddités et des eecéités . mois monstrueux, ex* créments du diable recueillis par ces philosophes dans la boue. Qu'ils sont Sers, qu'ils se sentent élevés au-dessus du vulgaire, quand, à force d'angles et de triangles, de carrés et de pentagones, de cercles enfin, entasses les uns au-dessus des autres, et formant des labyrinthes, par des lettres disposées en bataille, et qu'ils font exercer et mouvoir comme des soldats, ils ont étanné les badauds qui les entourent!

Il y en a parmi eux qui savent annoncer l'avenir par le cours des astres , et qui promettent des mhracles; et il se trouve des imbéciles qui y ajoutent

Quelques traits rapportés par les historiens justifient ces accusations.

Ainsi Conrad ni était tombé d'accord avec un abbé qu'il n'avait qu'un cçil, puis, qu'il oouvait bien en avoir deux; lorsqu'enfln le docte abbé lui eût démontré qu'il en avait trois,

(*) SoboÉlI, ibid.

le roi se prit a dire : « En yMUf c'est une plaisante vie que celle quf vous men^, vous autres savants, m Ce trait fmni l'époque ; il montre qu'on prétendait alors par l'argumentation^ prouver jusqu'à 1 absurde.--^ «Ne pré»

rérez donc pas, écrivait Grégoire IX' aux théologiens de Parls^ votre philo« Sophie au véritable ssTour, ^ est la meilleur guide en cette vie^ et qui peut mieux que toute vaine science vous nré* server de l'erreur. Tenez moins à être des savants en apparence, qu'à être ins* truits en réalité qe la science de Dieu, et ne descendez plusdeschoses eélestee aux éléments erossiers et misérables que l'homme adorait dans son enfance.

Ceux-là même qui saisissent votre sagesse d'école, que possèdent - ils ?

les feuilles de la parole, non lesfiruits« Leur esprit est tapissé de coquillages, mais il est et demeure vide et incapa^ ble de goûter qudque chose de plus grand. Bans leur erreur, les pbilosè^

S hes croient avoir posé les principes e toutes dK)ses; plus on ooit à U source qui n'est pas celle dé la grâce, plus on est altéré. tiCs vaches maigres ne pourront jamais dévorer les vaches grasses; les reines ne peu* vent amver à servir leurs servantes; jamais les plus belles des femmes ne substitueront effrontémentÀ leurs cou* leurs naturelles des couleurs trompeu* ses, et Jamais, enfin, celle que son' fiancé aura parée des plus riches atours n'ira se couvrir des lambeaux miséra* blement recousus de la philosophie, s On le voit, à cette époque on s'occih pait bien moibs de politique et de mo^ raie que de la partie spéculative de .la philosophie. On a cependant de Jean de Salisbury un traité de politique à l'usage des princes. Ce livre, intitulé : de ReginUn^principumf a servi de mo^ dèle au livre de Bodin de RepiMca , où Montesquieu a pris l'idéede VEsorU des lois. Il y pose en principe que ren doit honorer le prince, même lorsou^fi montrerait de la négligence dans raccomplissement de ses devoirs*

De toutes les études , cdle delà o»* ture était la moins avancée. La nature n^était considérée que secoadaireiiMatt

« L'imiYera oue nous habitons, est-îl dit dans introduction du Miroir de Smtabef le soleil, la lune, Tair et la terre, les oiseaux dans l'air, les poissons dans Teau, les animaux des forêts, les vers qui rampent sur la terre, For et les pierres précieuses, le goût délieieux des aromates, les suares couleurs des fleurs, les fruits des arbres et toutes les créatures, tout cela, Seicneur, vous Pavez créé pour Tusage et 1 utilité de l'homme, dans votre bienveillance et votre amour pour lui. »

En résumé, l'état des connaissances à cette époque prouve bien qu'il ne su£Bt pas de beaucoup écrire pour bien écrire. Qui lirait, par exemole, aujourd'hui les douze in-folio ae Duns Scot, les vin^t et un du grand Albert, les vingt-trois de saint Thomas d'Aquiq? ^ Nous donnerons cependant un aperçu très-sommaire de la doctrine de quelques-uns des philosophès théologiens les plus renommés de ce temps.

▲KSBLMS DK WJJITMMUVWWt

Anselme de Kanterbury , disciple et successeur de I^anfirano'. mérite la principale mention : c'est lui qui, le

Knier, unit la philosophie à la théoe, les lumières de la raison à Tautorîté des Écritures. Voici quelquesunes de ses idées sur la nature de la Térité, la prédestination, le libre arbitre et l'iexistence de Dieu.

Nature de la vérité. — La vérité intérieure d'une parole repose sur la désignation réelle de la chose qui en fiiit l'objet, et sur l'harmonie et l'entière convenance de cette désignation avec la chose elle-même. Nos sens ne nous trompent point, comme on le dit; *lls sont ce que leur nature et les choses extérieures les ont faits. C'est à l'intelligence à trouver ensuite en quoi nos sens ont pu nous tromper.

Le Ubre arbitre ne consiste pas, comme on le prétendrait à tort, dans le pouvoir de pécher ou de ne pas pécher; le pouvoir de pécher n'est ni une partie de eette liberté ni cette liberté eUe-mtee \ eeil^i doit se déGoir :

[AGNE. d7S

le simple pouvoir de diriger la volonté dans (a bonne voie. La volonté seule domine la volonté; et là où elle est soumise aux tentations, sa force cesse- La véritable volonté est immuable comme la volonté de Dieu; la volonté pervertie est et demeure , au contraire , changeante et sans fixité, jusqu'à ce que Dieu, de qui chacun tient la faculté de vouloir, la rectifie et la raffermisse. Dieu a la prescience de l'avenir, mais il sait aussi que bien des choses n'arrivent pas comme nécessaires, mais comme un effet du choix. Prescience suppose nécessité, dit-on: mais il vaut mieux dire : ((e qui arrive ne peut pas en même temps ne pas arriver, mais se rapporte à l'âernité , où tout est vrai, actuel et immuable, et non pas au temps, où il n'y a pour nos actes ni actualité ni nécessité. La liberté, pour nous, c'est l'harmonie avec la volonté divine. Nous tenons d'elle une volonté droite ; c'est à nous de la conserver, à nous de la maintenir. Et pour cela, nous devons ne jamais séparer l'action de notre volontéde la srâce.

Existence de Dieu. — Dans le premier chapitre du ^ono^ojffiim, Anselme pose l'existence de Dieu stur le même principe que Descartes. « Je voyais, oit-il, autour de moi des milliers de créatures ; connaissances i natmrn. fi^rection, tout était différent en éite^.

Mais cette apparence de o^nfhsii^a se perdit bientôt à mes yeux pour ne plus me laisser que Tidée plus sérieuse de ce oui , en générât , leur donnait de la bonté, de la valeur. Et je fus amené à penser que toutes ces qualités, grandeur, étendue, etc., devaient avoir une source et une source unique. Car, d'abord, dire que quelque chose naît de rien , c'est émettre une proposition qui comporte à peine la discussion. Il ne s'agit donc plus que de se deman* dersi ce qui donne la vîe aux autres est un ou multiple. S'il est multiple y alors c'est un être un qui a donné l'être à ce multiple , ou plusieurs unités se trouvent réunies en lui ; ou enfin ces unités se sont faites multiples par elles-mêmes. Dans le premier cas , le multiple disparaît devant l'unité qui te fait exist9r«

sra L'UNI

Dans le second cas , la force qui fait Fexistence domine encore; dans le troisième cas , la difQculté tombe d'ellemême. Resté donc la certitude, la souveraine certitude, que tout a pour base quelque cbose d'un qui subsiste par soimême, et qui donne la vie à tout le reste. CTest ainsi que nous arrivons par d^rés à une idée première , à l'idée de Dieu, et cette idée comprend toutes les autres. » — Venant ensuite aux discussions sur le fini et l'infini , sur la nature de la Divinité, Anselme s'écrie:

« Quoi ! celui qui est en dehors du témps et du Heu , vous voulez le cihx)nscrire dans le lieu et dans le temps. Vpus voulez mesurer celui qa\ a aonné un nom à la mesure ! Mais la nature de Dieu, dites-vous! — La nature de Dieu, c'est sa parole, sa |)arole enfante les choses, et son existence se renferme dans la pensée que r^résente cette parole. Nous ne connaissons j)as l'essence des choses, mais leur image. Plus l'esprit s'étudie luimême , plus il étudie en même temps ^ les choses, et plus il avance dans la connaissance de Dieu. Plus il connaît Dieu , plus il est heureux ; plus il aime ce Dieu , plus il acquiert la conviction que celui qui l'aime ne peut périr; car la vraie foi c'est la recherche de Dieu. Celui donc qui est privé de ces trois dons , recherche de Dieu , amour et foi, celui-là est près de ne recueillir qu'isolement et misère, comme celui qui tient une conduite opposée, est sûr de recueillir le bonheur. »

Les élèves de Farchevêque de Kanterburg, Anselme et Guillaume deCh^m-

raux, allèrent ouvrir deux écoles, l'une Laoo et l'autre à Paris*

ABAXLAmD.

Cest alors que parut le plus éloouent dès docteurs : « C'était un beau jeune homme, brillant, aimable, de noble race. Personne ne faisait comme lui des vers d'amour en langue vulgaire; il les chantait lui-même. Avec ceila une érudition extraordinaire pour le temfjs; lui seul alors savait le grec et l'hébreu. Peut-jtre avait-U fréquenté les écoles

juives (il y en avait plusieurs dans le Midi), ou les rabbins de Troyes, de Vitry ou d'Orléans. Il y avait alors deux écoles principales à rais : la vieille école épiscopale du Parvis Notre-Dame et celle de Sainte-Geneviève, où brillait Guillaume de Champeaux. Abailard vint s'asseoir parmi ses élèves, lui soumit des doutes, l'embarrassa, se Joua de lui , et le condamna au silence. Il en eût fait autant d'Anselme de Laon , si le professeur, qui était évéque, ne l'eût chassé de son diocèse.

Ainsi allait ce chevalier errant de la dialectique, démontant les plus fameux champions. Il dit lui-même qu'il n'avait renoncé à l'autre escrime, à celle des tournois , que par amour pour ^es combats de la parole. Vainqueur dès lors, et sans rival, il enseigna à Paris et à Melun, où résidait Louis le Gros, et qù les seigneurs commençaient à venir en foule. Ces chevaliers encourageaient un homme de leur ordre qui avait battu les prêtres sur leur propre terrain, et qui réduisait au silence les pins suffisants des clercs.

«Les prodigieux succès d'Abaîlard s'expliquent aisément. Il semblait que, pour la p>remière fois, l'on entendait une voix libre, une voix humaine. Tout ce qui s'était produit dans la forme lourde et dogmatique de l'enseignement clérical , sous la rude enveloppe du latin du moyen âge , ap-

{)arut dans l'élégance antique ou' Abaiard avait retrouvée. Le hardi jeune homme expliquait^ simplifiait, popularisait, humanisait. A peine laissaitil quelque chose d'obscur et de divin dans les formidables mystères. Il semblait que jusque-là rÉglise eût bégayé, et qu^Àbailard pariait. Tout devenait doux et facile : il traitait poliment la religion , la maniait doucement; mais elle lui fondait dans la' main. Rica n'embarrassait le beau diseur : il ramenait la reliffion à la philosophie, la morale à l'humanité. Le crime fCett pas dans l'acte y disait-il, mais dans VintenUon. dans la oonscieuce. Ainsi plus de péché d'habitude ni d'ignorance. Ceux-là même n^ont pas pèeM qui ont sacryié /émis sans savoir qu'il

fût le Sauveur, Qu'est-ce que le péché oriçinel ? Moins m pécM qu'une peine.

Mais alors pourquoi la Rédemption, la Passion, s'il n y a pas eu de péché? Cest un acte de pur amour. Dieu a voulu substituer la loi de ramour à celle de la crainte,

«Ou'est-ce que lepjéché ? Ce n'est pas le plaisir, mais le mépris de Dieu.

L'intention est tout, l'acte n'est rien. Doctrine glissante, qui demande des esprits éclairés et sincères. On sait comment les jésuites en ont abusé au dix-septième siècle; combien elle était plus dangereuse dans l'ignorance et la grossièreté du douzième.

«Cette philosophie circula rapidement ; elle passa en un instant la mer et les Alpes ; elle descendit dans tous les rangs. Les feîques se mirent à parler des choses saintes. Partout, non plus seulement dans les écoles, mais sur les places, dans les carrefours, grands et petits, hommes et femmes , discouraient sur les plus graves mystères.

Le tabernacle était comme forcé, le saint des saints traînait dans la rue.

Les sim[)les étaient ébranlés , les saints chancelaient, l'Ëglise se taisait (*), »

SAXITT rRAWÇOIS D*A8SXSS.

n fallut un saint pour défendre TËglise; mais la tentative d'Abailard était prématurée^ le temps n'était pas encore venu ou l'on jpouvait substituer la raison à la foi; l'mtelligence humaine était trop faible encore pour marcher seule. Saint Bernard accabla Abailard de tout le poids de la parole divine, et la foule, qui avait un moment suivi le hardi novateur, le quitta sitôt qu'elle entendit s'élever contre lui la voix toute poissante de l'Éi^lise.

Le peuple, d'ailleurs, n'avait jamais été |>our lui. Au lieu de ces discussions subtiles et métaphysiques, il aimait bien mieux la parole ardente et l'exaltation de saint François. « C^était, dit son biographe, dans la première jeunesse y un homme de vanité, m bouf-

(*) Michelet, Histoire de France, t. II,

iAGNE. 877

/on; il avait yingt-cinq ans (1206), lorsqu'une vision le convertit. Il monte à cheval , va vendre ses étoffes à Foligno, en rapporte le prix à un vieux prêtre, et, sur son refus, jette l'argent pâr la croisée. Il veut du moins rester avec le prêtre, mais son père le poursuit; il se sauve, vit un mois dans un trou ; son père le rattrape , le charge de coups; le peuple le poursuit à coups de pierres; les siens l'obligent de renoncer juridiquement à tout son bien, en présence de l'évêque : c'était sa plus grande joie. Il rend a son père tous ses habits, sans garder même un caleçon; l'évêque lui jette son manteau.

« Le voilà lancé sur la terre; il parcourt les forêts en chantant les louanges du Créateur. Des voleurs l'arrêtent et lui demandent ce qu'il est. « Je suis , dit-il, le héraut qui proclame le grand roi. » Ils le plongent dans une fondrière pleine de neige; nouvelle joie pour le saint. Il s'en tire et poursuit sa route. Les oiseaux chantent avec lui ; il les prêche, ils écoutent. « Oiseaux, mes frères, disaiMI, n'aimez-vous pas votre Créateur qui vous donne ailes et plumes, et tout ce qu'il vous faut? »

Puis, satisfait de leur docilité, il les bénit et leur permet de s'envoler. Il exhortait ainsi toutes les cré-atures à louer et à remercier Dieu. Il les aimait, sympathisait avec elles; il sauvait, quand il pouvait, le lièvre poursuivi par les chasseurs , et vendait ^on manteau pour racheter un agneau de la boucherie. La nature morte elle-même , il l'embrassait dans son immense charité. Moissons, vignes, bois, pierres, il fraternisait avec eux tous, et les appelait tous à l'amour divin (*). »

Cependant, sa réputation attirant une roule de disciples autour de lui , il songea à fonder un ordre, dont les progrès furent tels, qu'en 1219 saint François réunit en Italie jusqu'à cinq mille Franciscains. Il ne faut point de- , mander à saint François et à ses disciples des doctrines nouvelles i « ce sont des prédicatoirs enthousiastes, effin^

(*) Midielet , Uitlotre de France, t n, page 53S et suiv.

Jiéit qoi oouraîent partout pieds nos, Jouant tous les mystères dans leurs sermons, traînant après eux les femmes et les enfants, riant à Noël, pleurant le vendredi saint, développant sans retenue tout ce que le christianisme a d'éléments dramatiques. Le système de la grâce, où Thomme n'est plus rien qu'un jouet de Dieu, le dispense aussi de toute dignité personnelle;, c'est pour lui un acte a'amour de s'abaisser, de s'annuler, de montrer les côtés honteux de la nature; il sem^ ble exalter Dieu d'autant plus. Le scandale et le cynisme deviennent une jouissance pieuse, une sensualité de dévotion. L'homme immole avec délices sa 6erté et sa pudeur à l'objet feimé »

iÂnrr MNJLVinTtrmx.

Ce mysticisme ardent fut vimnent accueilli; Tordre se multiplia; mais avec les succès arrivèrent les combats, et saint Bonaventure, successeur de saint François, eut à résister aux atta^ ques violentes de l'université. La guerre exige de la discipline : aussi Bo* naventure rut contraint d'allier a l'exaltation mystique le raisonnement et la logi()ue, qni sont les anpes de la discussion. « Le bonheur, » dit-il , dans son livre intitulé le Guide de Dieu, « n^est autre chose que la jouissance du souverain bien; mais le souverain bien est au-dessus de nous, c'est donc au-dessus de nous-mêmes qu'il fout nous élever par l'esprit. Nous ne potivons y prvenir qu'a l'aide d'un levier puissant; ce levier c'est la prière. Puis viennent les degrés de l'élévation à Dieu : 1<* contemplation de Dieu dans les choses de ce monde, c'est le porti- ^e de l'élévation; T* contemplation dans ^oinnéme, c'est le temple; 3"* contemplation de la nature divine ellemême, c'est le saint des saints. Ne connaître de Dieu que son existence, c'est presque ne rien connaître; la véritable connaissance, c'est celle de la

(*) Bfldielet , HUtoirs de Pnnot , t H,

bonté de Dieu. Moïse dit bien : Je suis celui qui est; mais le Girist dit : DtsH seul est ban. »

tAXVT TB0MA4.

Ce fut saint Bonaventure qui, as« sisté de l'archevêque de Mayence, Albert le Grand, Soutint par-devant le pape, contre Guillaume de Saint- Amour, la mémorable querelle des mendiants contre l'université. Saint Thomas, le grand docteur de l'Église, résuma toute la discussion, a Venu à la fin du moyen âge, comme Aristote à la fin du monde grec, il fut l' Aristote du christianisme, en dressa la l^islation, essayant d'accorder la logique et la foi par la suppression de toute hérésie. Le colossal monument qu'il a élevé ravit le siècle en admiration. Albert le Grand déclara que saint Thomas avait fixé la règle qui durerait jusqu'à la consommation des temps. Cet homme extraordinaire fut absorbé par cette tâche terrible; rien autre ne sW placé dans sa vie, vie toute abstraite, dont les seuls événements sont des idées.

Dès l'âge de cinq ans il prit en main l'Écriture et ne cessa plus de méditer. Il était du pays de l'idéalisme, du pays où fleurissent l'école de I^thagore et l'école d'Élée, du pays de Bruno et de Yico. Aux écoles, ses camarades l'appelaient le grand boeuf muet de la Sicile. U ne sortait de ce silence que pour dicter, et quand le sommeil fermait les yeux du corps, ceux de l'âme restaient ouverts, et il continuait de dicter encore. Un jour, étant sur mer, il ne s'aperçut pas d'une horrible tempête; une autre fois, sa préoccupation était si forte , qu'il ne lâcha point une chandelle allumée qui brâlait dans ses doists. Saisi du danger de l'Eglise, 3 y rêvait toujours , et même à Ta table de saint Louis. Il lui arriva un jour de frapper un grand coup sur la table et de s éôrier : « Voici un argument invincible contre les manichéens. » Le roi ordonna qu'à l'instant cet argument fût écrit. Dans sa lutte avec le manichéisme, saint Thomas était soutenu par saint Augustin; mais dans la qu#>

ÂlttMAÛlIË.

' Hon de la grâ<!e , il s'écarte visiMemeat lie oe docteur; il feit une part à la liberté.Théologien de l'Eglise , il fallait qvi*il soutint rédifice de la hîérardiie et du gouTernement eoclésidstique. Or, si Pon ii^admet la liberté, Flyoïnme est inca|»iyMe d'obéissance; il n'y avait plus ét gouyemement possible. Et pourtant, s'écarter de saint Augustin, c'était ouvrir une large porte à celw qui TiHidrait entrer en ennemi dans l'Efflise. Cest par cette porte qu'est entré Luther.

« Tel est donc Faspect du monde M treizième siècle. Au sommçt, le grwut bœuf muet de SicOe ruminant la

Siestioa, ici llionuEne et la liberté , là ieu, la grâce, la prescience divine, la fatalité; à droite, l'observation qûi proteste de là liberté humaine; à gaucfaSf la logique qui pousse inviaciblt»

ment a» ftitalisme. L'observation disthigue, la logique identifie; si on laisse fmd cf^le-d , elle résoudra l'homme en Dieu, Dieu en la naiture; elle immobilisera l'univers en uneindivisibleunité, où se perdant la liberté, la moralité, la vie pratique elle-même. Aussi le légidateor eodésiastique se roidit sur la pente, eoarisittant par le bon sens sa propre logique, qm l'eût emporté. Il t'airrita, ce ferme génie, sur le tranebantdu rasoir, entre les deux abtmes, dont il mesurait I9 profondeur. Sokm- Mlle figure de l'Eglise, il tint la hafamoft, chercha l'équilibre, et mourut à la peine. Le monde qui le vit d'en bas, di8tin£uaDt,rai8omiant,caicuiahtdan8 me r^icm su^eure, n'a pas su tous les combats qui purent avoir lieu au ted de cette abstraite existence (*). »

Qu'on ne nous reprocha point de BOUS Itre trop longtempa .arrêté sur eei questions théologiques : elles sont U vie du moyen âge, et c'est d'elle», •d'alHeurs, que eorfira la réforme allemande au seizième siècle.

Mais au^essous du docteur il y avait |m philosophes qui se débattaient eqtre l'Ecriture et Aristote, double autorité à hiquelle rien n'échappait

OMiehekt.llirtoirederraBC*, i. II, pi6t9eti«iv«

Le i^us grand de ces {Aiftosepheç^ ou du moins celui qui produisit le plus ; c'est l'Allemand Albert de BollstsKit.

• ALsimT i»i BOLitfJKBlr, tt ts eiuvB.

Dans ses premières années, dit la légende, Aloer{ ne faisait que des progrès médiocres; mais un jour la Vierge lui apparut, et lui promit ^u'il surpasserait, par son esprit et ses connaissances, tous les hommes de son temps. Elle lui demanda de choisir entre la philosophie et la théolode; Albert prit la première, et dès fors ses progrès étonnèrent ses maîtres.

En 1221 , il entra dans l'ordre de saint Dominique, et, en 1244, fiit promu à la dignité de provincial en Alkmagae. En cette qualité, il fixa sa résidence à Ck>logQe, qu'il ne quitte que rarement depuis. lïommé, en 1260, à l'évédié de Ratisbonne, il n'y reste que trofe ans, et revint dans sa chère ville 4p Cologne; c'est là, sans doute, quH construisit cette fameuse Androïde, ee merveilleux ouvrage, qui lui coûte trente aané^ d'études et de travaux :

c'était un automate qui le servait comme aurait £iit un domestique, et

Sue saint Thomas, son disciple, brisa 'un coup de son bâton* le regardant comme une œuvre du diable. Ce Ait aussi à Cologne qu'Albert donna au roi des Romains, Guillaume, comte de Hollande^ ce fameux banquet dans un jardin de son cloître, où, au cœur de rbiver, la parure du priiltemps se montra tout à coup , et disparut après le repas ; toutes ces choses . fort extraordinaires dans un siècle d'ignorance, le goût qu'il avait pour lesexpé* riences et pour ce qu'il appelle luimémedes opérations magiques, et cette variété de connaissances qui l'élevait si fort au-dessus de ses contemporains, en voilà sans doute assez , dit M. Ste^ fer, pour expliquer le titre de magicien qui lui fut donné. Après avoir payé un tribut à son sièd^, en préchant, par ordre du pape, la croisade en Allemagne et en Bohémci il retourna dans sa retraite à Cologne, où il mourut en 1260, âgé de 87 ans»

L'UNIVERS

Albert a laissé vingt-un volumes infolio d'ouvrages de toute espèce ; dans la plupart, il ne fait que commenter Aristote, qu'il avait enseigné avec éclat à Paris. Souvent il compile les Arabes, mais il mêle à ses extraits des discussions très-subtiles, et des remar-

?[ueR souvent fort judicieuses. Il a raité de toutes les parties de la philosophie, mais n'a pas proprement ae système qui soit à lui , et qui diffère cssentiéllement d'Aristote; du reste son autorité n'a pas peu contribué à faire régner le philosophe de Stagyre dans les écoles jusqu'à/ la renaissance des lettres. — Sur la fin de sa vie, continue la légende par laquelle nous avons commencé, il sentit tout à coup, au milieu d'une leçon , ses idées se troubler ; il lui fHllut se taire , et descendre de la chaire |)our n'y plus remonter : c'était la punition que lui envoyait la sainte Vierge, pour avoir préféré la philosophie a la théologie.

RAIMOUD LULLX.

Raimond Lulle avait fait un tableau basé sur l'alphabet, qu'on appela de-

Suis le Grand art de LvUe. Il prétenait, par les diverses combinaisons de ce tableau, découvrir le principe, la source de toutes nos idées.

Raimond fit aussi une rhétorique; mais c'était plutôt une sorte d'encyclop|édie, où il embrassait toutes les questions, mais d'une manière bien superficielle; on va en juger. Quelles sont les vertus d'un bon mari ? — L'activité dans les affaires et la prévoyance. Celles d'une femme? — Veiller avec soin aux affaires du ménage. Celles de l'enfant? — Être modeste et montrer de bonnes dispositions. Celles du vieillard? — Être de bon conseil dans le conseil,

La philosophie civile de Raimond Lulle embrasse trois parties, comme aussi trois formes régulières et trois formes réjjéncrées. A la première parr tie appartient la raison : elle enfante les philosophes; à la seconde la colère: elle donne les guerriers; a la troisième le désir {ctqrieùkui): de là les artisans.

Les trois formes régulières sont la monarchie, l'aristocratie, la république.

Ces formes, si elles dégénèrent, sont la tyrannie, Toli^archie, la démocratief Raimond revient ensuite à ses premières idées. Des philosophes par la raison , on fait des prévôts ou maires , des conseillers, des ma^strats, des prêtres et des juges. La science du juge repose sur l'usage, le jugement, les causes, les hypothèques, les testaments, la possession, les conventions.

Mais voici qui est plus singulier encore : «Dans une vaste prairie, sous un arbre touffu , où mille oiseaux gazouillaient, je trouvai un jour la PhUosopMe et ses douze compagnes, son cortège ordinaire, son cortège essentiel. Elle se plaignait de ce qu'un aveugle préjugé la représentait comme l'ennemie de la Théologie; et, à ce sujet, elle se mit à interpoler chacune de ses compagnes. Vint alors la première, elle dit : Je suis la Forme j la forme formatrice ; c'est moi qui donne aux dioses leur existence, et qui constitue, avec la Matière, la substance unique, générale de Vvniversum; en moi repose, par moi subsiste toute chose en particulier : durée, bonté, grandair, ne sont que des rayons qui partent de mon sein. Rien de fugitit en moi; si quelque chose paratt l'être, ce n'est qu'un changement, qu'une formation nouvelle de choses nouvellement créées. Je suis l'image de la Divinité; car la Divinité, c'est ce qui forme, ce qui agit, non ce qui soufre. — - La Matière y autre compagne de la Philosophie , se lève à «on tour : Je çuis ce qui souffre; je me soumets, sans condition aucune, à la source de toute forme, à la Divinité , dont je suis l'oeuvre ; voilà pourquoi je prends part, en tous lieux, à la granaeur, à la bonté, 'à la perfection. Bla nature se confondh dans celle de la forme, pour ne faire avec elle qu'une seule et même substance étemelle. — Voici maintenant ce que dit la troisième : Je suis ce qui engendre; une dans l'origine, je parais sous une triple face dans chaque individualité; d abord dans la substance même, par l'effet de la force; ensuit

4tm la réaUU, par le même efki; puis, cette réalité même , je l'entretiens et l'étends. — £t moi , dit la Destruction, je suis tout Topposé de la Génération ;càT c'est moi qui conduis tout ce

Eui existe au néant. Je repose déjà dans i semence; je me montre quand tombent les forces, et la mort c'est ma victoire ; car, ^insi que la Génération conduit au particulier, de même , à mon tour, je xamène au tout. La mort et la vie palaissent placées en ennemies Tune visà-vis de 1 autre; mais si quelqu'un considère bien ce ^'est notre souveraine, il comprendra comment nous pouvons et devons être ses compagnes. — Je suis, moi, dit la cinquième, V Élémentaire; je me présente sous une quadruple physionomie; mais chacune d'elles entre dans mille combinaisons, dans mille changements divers. Le feu force à l'emploi de l'eau, la chauffe, la vaporise, pour la remettre en nuage à l'air, qui la laisse retomber à son tour, pour la laisser s'unir à des objets nouveaux. — Et moi, dit la sixième, moi je donne la vie aux plantes, je leur souflle une âme; quand l'une passe inaperçue, je porte son âme à l'autre.

Commeut, en effet, en laisserais-je périr une, moi qui les fais vivre toutes et qui vis de leur vie? Je ne prends à mes soeurs, plus anciennes, beaucoup plus riches, que le droit de laire, de former une seule chose; mais je sais, dans mon silence , qu'en Dieu , source de tout ce qui est, source d'où Je découle, qu'en Dieu se trouve l'iquni de l'existence, l'inûni de la pensée {est in tanto magmis per suum intelUgere, qumtum est magnus per suum existere) . — La septième compagne , la SmsiUoe dit : De moi procède tout sentiment ; les nombreux rayons qui partent de mon sein font voir, entendre, goûter, sentir, aspirer. Chez moi, l'activité comme la passivité s'unissent en une paisible action. — Imaginative est mon nom , dit la huitième ; je dois le jour à Sensitive, ma sœur. Et moi aussi je suis douée de forces natives; mais je suis plus haut placée que Sensitive; car, sans liens, sans limites aucunes, je revêts de formes tout ce qui

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donné par Sensitive; je réunis ce qui est séparé, je sépare ce qui est uni, et je ressemble à Forme ma soeur, eomme Forme ressemble à Matière. — Je suis la force motrice^ dit la neuvième compagne; partout je suis répandue, bien que je ne paraisse point partout; tout mouvement particulier vient de moi, se rapporte à moi, fût-il dans les éléments, dans les plantes, dans le sentiment , dans l'imagination. Mue et mou* vante y voilà sous quel aspect je parais. Le vent pousse le navire sur les flots, bien que le navire lui-même paraisse en repos; le pilote songe au côté vers lequel ildoit tourner; il craint le péril, il espère le salut. Partout enfin on me trouve sous des formes diverses. Ainsi pÀrle la neuvième compagne. — Quand Je m'unis, dit la dixième, à celles de mes sœurs qui agissent dans l'homme comme forces corporelles, il se manifeste d'abord un tout plus élevé; car c'est moi qui suis l'esprit, lascienccy l'intelligence, et je procède immédiatement d'une nature aivine. Tout ce qui est esprit, tout ce qui sait, appartient à un esprit uniaue, omniscient; les branches diverses de ce premier esprit se montrent dans l'union des esprits individuels avec les corps individuels , et ce^ branches diverses font ressortir plus majestueusement la profondeur de la racine à lacjuelle elles tiennent. Ma nature ellemême est infaillible; mais unie à l'homme, dont je ne suis pas la souveraine absolue, Je suis obligée de le suivre, d'aller où il me dirige; et là où je ne puis lever tous les doutes, produire une complète connaissance, la j'ai re« cours à la foi; mais cette /oi même ne m'est pas essentielle; ce qui l'est, c'est l'intelligence. Quand je porte la force qui est en moi, mon activité sur les objets que me présentent Sensitive et Imaginative, j'acquiers alors une science inférieure de choses mécaniques et d'arts, de faits. moraux, ou privés dê cette qualité. Mais la gran* de, la véritable science, c'est celle de Dieu; car s'il ne m'est pas donné d'en avoir une connaissance complète, je veu.x cependant m'attacher à lui de plus ça plus, puisqu'il est infini, qu'il

Mi

èbth^^end tout: c^est de loi que je tiens, c'crt par lui que je suis. — Ma iœur tient de tous dire qu'elle a une double science ; le t jens tous rétéler de même , dit la rolonàê» que j'ai deux vatthirs; tantôt entraînée par les sens et ^imagination ters le bien comme aussi vers le mé du corps que j'habite; tantôt portée vers le plus noble but, ters Tamour du ciel. Quand nous nous dirigeons , ma sœur et moi , de concert yers le souverain bien , ce bien est presque trouvé. Celle de mes soeut's qui a la science en partage peut se laisser affai- ' blir, mais elle ne peut\ comme moi , qui suis l'esclave de rhomme , embrasser le mal ; car le libre arbitfe de Tbomme donne lieu à la justice divine de rémunérer ou de diatier. — Je m'associe, dit enfin la Mémoire, comme douzième campaene, à mes mnnSeienee et f^ohnté;m première a le pas sans doute , elle qui conçoit des chôses nouvelles; mais la seconde place revient à f^oUmtéy qui tantôt^ se tourne vers les conceptions nouvelles, tantôt vers moi; car c'est moi qui rassemble les tr^rs , qui les tiens en réserve pour qu^on s*èn serve au besoin. Quand ily a narmonie entre nous trois, non -seulement le présent, l'avenir ou le progrès sont posés sur les meilleures bases, mais le passé aussi se présente sous le meilleur aspect ; tout , en un mot , forme un seul être solidenmt uni avec le Uen infini.

— Ainsi parlèrent, dit Raimond , les compagnes de la Philosophie ; et moi j*eû retire cette vérité, qu^il ne pourra t avoir paix et harmonie entre ta Philosophie et la Théologie tant que Tune ne sera que la servante de l'autre; mais elles atteindront toutes deux leur but quand elles vivront en sœurs ; car Dieu est le 6ti^ de l'une et Vchjet de l'autre. ^

MATBiMÂTIQUXS.

On écrivait au treizième y'ède sur presque toutes les parties des mathé- Ittatiques; maisony mêlait l'astrologie, la folle de ce temps (*). Cependant on

(*) L'astrolo^ et les astrologues forent MH|iutMlMmi»mauqii«tor»èiii«etauqu^

ne peut pas nier que b mfeani^ikatMf exemple, n'eût atteint un oerttiti dé|M de perfection : témoin ces grandes odottructiona de tours et d^églises. L'H-

tième siècle. Toui les priDoei atdéiit éllM prés à'tnx des astrologues aussi bien et ihémë mieux traités que leutv confesseurs; ainsi le père de Christine de Pisaa, honmte ite H hktà êMêtUltmmi èt êeitmeBà maikémmti^tiès, gments dTttsùrdàektt éuit admis près da riM Charles T avaek i£aiî{ed0 oonsolterlii aaiMS sur Its diverses entreprins qaVm prajetail \ car dit un écrivain contMDpmin : «Les grands clercs, les grands chappes et cbapperonà fourré ei les ^^«nds princes séculiers, n*08e» roient rien faire de nouvel satis le consentement et sans la sainte élection de Tastroloeie; ils n*oseroient chasteaux fonder, ne églises édifier^ ne guerre commencer, né enu>er en bataille, ne vestir robe nouvelle | ne donner un joyau, ne entreprendre utt grand vovage , ne partir dè Tosiel , sans son commanaement. » Charles V était prand partisan de l'astrologie. Sa célë>re bibliothèque de Soo volumes, le premier fonda de la BibUothèque royale d'aujourdliui « était composée presque tout entièntde livres d'astrolooe. Pierre de Canille était toujours entouré d'astrologues, et après avoir dépensé plus de cinq cent mille doubles d'or avee eux, il fut obligé de reconnaitre que, pour une vérité, ila lui disaient vingt iourdts. Les astrologues de Charies Y ne devaient pas en dire moins que ceux du roi d*£spagne. On ne Tignorait pas ; car on lit dans Philippe de Maizières : t1 est écrit au livre des jugement que toutes les fois que la luné parviendra au degré ascendant à l'heure dë sa conjonction avec le soleil , se cdui degré sera pluvieux , il ploura en celle région ea laquelle la lune lors eitoit à son ascMidattti et toutefois il advient souvent et par vrtye expérience le contraire. O quanlea fois Thomas de Bolonpe CsiUit en cesliti petit jugement! » Malgré ces belles paroles, W« lippe de Maixières n'eu est pas moins eoa« vaincu qu'on peut lire l'avenir dans les asires. Une particularité curieuse qui nous a été conservée comme trait des mceors du Vraatorzième siècle, o*est que Charles v donna un astrologue à du GuescHn 1ors<^*ii le nomma connéàble. Pour le portrait pittoresque des astrologues du moyen tee^ voycx les deux beaux romans de fliitef SooU, Kenilwo^ et Quentii» Ddnrard , q«d aool plus vrais que l*hisloire 1

ALLËMàONË.

Ml

eètnne et la connai3sance des chiffres furent apportées en Italie par le Pisan Léonard Fibonacci. On connaissait aussi , mais on ne savait pas employer encore raiguille aimantée. — Un abbé, Guillaume de Hirschau, ayait inventé « une horloge réglée sur les raouve- « mentsdes corps célestes; il montra « comment on pouvait reconnaître , « par des expériences certaines*, les « solstices naturels ou les équinoxes « et la position du monde. » — Il est dit aussi , dans V Imago Mttndià^Omou , livre écrit au treizième siècle, que la terre est ronde, que les montagnes changent aussi peu cette rondeur qu'un cheveu change la rondeur d'une pomme. La doctrine des antipodes est également mentionnée , et de plus voici ce qu'on dit sur la pesanteur :

Qu'on creuse un ttou en terre; qu'on V jette an corps , ce corps tombera sur le côté; puis, d'oscillations en oscillations, il ira se placer dans le milieu. La mécanique fit des merveilles. Nous avons parlé plus haut {*) de Tautomate à figure humaine fabriqué par Albert le Grand, et que saint Thomas brisa de son bâton , le croyant une œuvre du diable.

La médecine qui , grâce aux progrès des sciences naturelles, a pris i^ng aujourd'hui parmi les professions les plus utiles et les plus honorables, est longtemps restée un métier sinon méprisé , da moins fort suspect; car la science alors ne se faisait {>oint, comme aujourd'hui, au grand jour; elle était cachée, secrète; on ne savait quelle puissance la nature avait mise entre les mains de ces hommes qui l'interro-

J^eaient avçc tant de mystère. D'abord a religion s*en était ndélée. Les pré^ très , par tout le monde ancien , étaient à la fois médecins de l'âme et du corps; ils avaient de merveilleux spécifiques contre toute espèce de malaaies. Ainsi les druides possédaient le fameux gid de chêne et rœuf de serpent, dont Tori-

O ^age 379.

:ne était si mlraeuleoâé. «tHiirinf

'été, dit Pline, on voit se rassembler, dans certaines cavernes de la Gaule, des serpents sans nombre, qui se tnélent, s'entrelacent, et avec leur salivé, jointe à l'écume qui suinte de leur peau, produisent cette esbèce d'œuf.

Lorsqu^il est parfait, ils l'élèvent et te soutiennent en l'air par leurs sifQements; c'est alors qu'il faut s'en emparer avant qif il ait touché la terre; Un homme , aposté à cet effet , s^élanee , reçoit l'œuf (fans un linge, saute sur un cheval qui l'attend et s'éloigne à toute bride; cor les serpents le poursuivent jusqu'à ^e qu'il ait mis une rivière entre eux et lui. » C'est ainsi qu'on exploitait la crédulité populaire.

Comme toutes ces religions de l'antiquité faisaient un dieu ae la nature, il était parfaitement rationnel de penser que les productions naturelles pouvaient être douées de vertus inconnues et puissantes. On se mit à les étudier; et le peuple vit avec terreur des hommes courir la nuit sur les montagnes à la recherche de plantes et d'insectes souvent en fort mauvaise réputation ; les reptiles les plus hideux , les plantes les plus venimeuses, étaient ce qu'ils recherchaient de préférente. Ces étr«s sont doués de facultés bien puissantes , disaient-ils, puisqu'ils peuvent donner si aisément la mort. Mais cette puissance, il faut s'en saisir, la diriger, et, de mortelle qu'elle était, elle pourra devenir vivifiante. Ainsi les doch'ines les plus étranges présidaient à la médecine , et les laboratoires de ceux qui ndettaient en pratique les prescriptions des médecins se peuplaient de serpents , de crapauds, des bétes les plus immondes. Shakspeare, dans Roméo et Juliette y nous fait la description d'une boutique d'apothicaire de ^on temps; il y avait en vérité de quoi effrayer les passants.

«Je me souviens d'un apothicaire:

iMemeure près d*ici; je l'ai remarque dernièrement ^codvtrt de haillons, les yeux ombragés d'épais sourcils; il triait des simples. Sa maigreur était évidente ; l'affreuse misère l'avait usé jusqu'^3( os. Dans sa misérable boutiaue étaient

suraendus une tortue, un alligator empaillé et d'autres peaux de poissons informes. Sur ses paurres tablettes, une rangée souvent interrompue de boîtes vides , quelques vases de terre verte , des vessies, des nerbes desséchées ; quelques bouts de ficelle, quelques vieux pains de roses épars çà et la pour servir de montre. En voyant cette profonde misère, je me dis en moi-meraé : Si quelqu'un avait besoin de pqjson, bien que ia loi de Mantoue en dàènde la vente sous peine de mort, voilà un misérable qui lui en vendrait. »

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