‹ Allemagne T. 2Chapitre 47 sur 56 · AGI9K · texte numérisé non relu

AGI9K

comprendre une teifo dtférence; et c'est parce qu'ils ne comprenaient ^int cette délicatesse, qu'ils sont restés si loin des peuples de l'Europe pour hi noblesse der sentiments et l'élégance des moeurs et des manières. On avait vu dans l'antiquité des héros qui couraient le monde pour le délivrer des fléaux et des monstres ; mais ces héroa n'avaient pour mobile ni la religion qui élève Tame, ni cette courtoisie qui adoucit les moeurs. Us connaissaient l'amitié, témoin Thésée et Pirithoûs, Hercule et Lycus; mais ils ne connaissaient point la délicatesse de l'amour.

Les poètes anciens se plaisent à nous représenter les infortunes de quelques, héroïnes délaissées par des guerriers ; mais dans leurs touchantes peintures, il n'échappe jamais à leur muse attendrie la moindre expression de blâme contre les héros qui faisaient ainsi couler les larmes de la beauté. Dans le moyen âçe, et d'après les moeurs de la chevalerie, un guerrier qui aurait imité la conduite de Thésée envers Ariane , celle du fils d'Anchise envers Didon, n'eût pas manqué d'encourir le reproche de félonie.

« Une autre différence entre l'esprit de l'antiquité et les sentiments des modernes , c'est que, chez les anciens, Tamour passait pour amollir le courage des néros, et qu'au temps de la chevalerie, les femmes, qui étaient juges de la valeur, rappelaient sans cesse dans l'âme des guerrièrs l'enthousiasme de la vertu et l'amour de la gloire. On trouve dans Alain Chartier une conversation entre plusieurs dames, exprimant leurs sentiments sur la conduite de leurs dievaliera qui s'étaient trouvés à la bataille d'Azincourt. Un de ces chevaliers avait cherché son salut dans la fuite; et la dame de ses pensées s'écrie : Selon la loi d'amour, je Paîtrais mieux aimé mort que Dans la première croisade, Adèle, comtesse de Blois, écrivait i son mari , qui était parti pour l'Orient avec Godefroy de Bouillon : Gardezvous bien de mériter les reproches des braves. Comme le comte de Blois était revenu en Europe avant la reprise

49 JéviiM)«m, sa hmm le fil rangur 4« cette déeertioa, el le força de repartir pour la Pstfestine , où if combat- ^t vaUtammeot el trouTa «im» mort glorieuse. Àim Tesprit et les s^timeets de la dieviJerie a'enûuQtaieoi pas mokiB de poc^ges que le plus 9r4eRt patriotisme dans Tantique Laeédémoiie ; et cee prodigss paraissaient ^ simples, ù naturels > que tes cbroi^iqueurs du m^jea âge ne les rapportant m*m paesant et sa«8 eu (émoigaer la mofndre surprise (^X *

La Tîe dHrn noble au moyen âge était bien triste, au tond de son manoir; un château féodal n'était pas en effet une habitation d'agrément (**). On peut en Juger par cette description : « La porte se présente toute couverte de têtes de sauffMers ou de loups, flanquée de tourelles et couronnée d'un haut corps de garde. Entrez -vous?

trois enceintes, trois fossés, trois ponts-Ievis à passer; vous vous trouvez dans la grande cour carrée où sont les dtcmes, et à droite ou à gauche les écuries, les poulaillers, les colombiers, les remises. Les caves, les souterrains , les çrisons sont pqrdessous ; par-dessus , les logements , les magasins, les lardolrs ou salons, les arsenaux. Tous les combles sont bordés de mâchicoulis, de parapets, de chemins de ronde, de guérites. Au milieu de la cour est le donjon, qui renferme les archives et le trésor. 11 est profondément fossové dans tout son pourtour, et on n7 entre que par un pont presque toujours levé; bien que les murdUles aient, comme celles du château , plus de six pieds d'épaisseur , il est revêtu jusqu'à la moitié de sa hauteur d'une cheminée, ou second mur en grosses pierres de taille (***). »

(*) (SUHtattbriâud , Génie du cfaristia^

Il D*est pas étooaail q«e le dégoAl

d'un tel séjour ait souvent oondvH les ehevaHers du moyen (ktd à eourir les aventures sur les grandes routes ou à ae réumr en gratid nombre pour simuler la guerre dantf des jeux pacifiques, mais souvent meurtriers. Phi'*' sieurs nations se sont disputé aa moyen àf^ rinvention des tournois; BOUS en avons rencontré déjà plusieurs dans te cours de cette hiÀ»ire avant l'é|)oqne où Qwtfroy de PreulHy en donna les rè^tes en France. Cependant nous croyons qu'aucun des deux pays n'a donne à Fautre ees je^x chevaleresques. Les tournois sont, en Allemagns comme en France , les prodiMts de la féodaiité et de la chevalerie. Dans Tune des salles chi palais gothique de Laxembourg près àe Vienne, Von voit des peintures reproduisant mn tosmoî. La marche est représentée dans eel ordre s d'abord un piquet de âmtassn»; après Aliénaient tes ârompettes, les tinbales et tes tambours, les écuyers, deux chevaliers, te roi des tournois suivf d^autres chevaliers ; la marche est iarmée par le prêtre et te chirurgien qui devateat porter des secours temporete et spirituels dans les joutes. Le Uea du combat était d'ordinaire sitsé [irès d'un grand château seigneurial. Ainsi à l'entrée du château de Laxembourg se trouve une enceinte très-étendue, entourée de murs, auxquels sont intérieurement adossés des gradins en ma* çonnerie , construits ainsi ^e tes mars avec la pkis grande solidité. Cette enceinte est la Uce; sur un des grands côtés de l'ovale prolongé que fornis cette lice, est une tribime plus étevés que te reste de l'enceinte , et cmî est (testinée à la famille impériale et à seS' grands ofilcicyrs. Une tribune t

(**) Toyo ém les oeuvres d'Ulricb voa HultaB U curieiise dfiscriptioD qu'il fût de ••B ebàteau seisoeorial.

A. MomeU, Uisloira des Français d«» divers éiau, I, p. loi.

ble s'élève en pour tes dames ds la cour, tes princes de l'Empire et les autres personnes de haut rang. As fond de la lice est te tribunal du ma* rédial et des juges du camp. Vis^vis et à Textrémité opposée de l'ovate, sa trouve ime barrière de fer par laqudle on entre dans l'enceinte.

Les tournois se feisatent kfer dsKwa- 9é, avec des armes ooartoues. «Les

dMVâMers tournoioîettl éttapéeê rabataeàj U» taillaots et pointes rompues ^ et de tNistoiis tels que à tournoy ap' partient, et dévoient frapper de haut en bas, sans tirer, ne sans saquier. » Les diseurs ou ju^ de tournois faisaient prêter serment aux chevaliers de combattre hy€ntment, mesuraient et eiaminaient les lances et autres armes , et prenaient garde qu'ils ne fussent attachés i leur selk; mais souvent ces précautions devenaient inutiles, et presque toujours il restait sur le sable «lelques-uns des combattants. Durant Tt treizième siècle il y eut pkis de treize princes ou grands seigneurs qui purent la vie dans ces jeui; aussi rÉçlise finit par les défsodre, ou do moms imposa aux chevaliers le serneat de n^aller aux tournois que pour y Mprendre les exercices de la guerre.

Rucner a donné la Hste des tournois les ph» remarquables qui eurent lieu en AlleBMgae, ils sont au nombre de trente-cinq. Il veot, sans doute, parler seulenaent de ces grands tournois oà assistaient tous les princes de TEmpire; car s'il fallait compter tous ceux que donnèrent les grands seigneurs , la liste en serait inmie. On en trouve beancoup de cités dans les anciennes 'chroniques; tels sont, par 'Exemple, celui d'Othon l*' à Spire , cehii de Rothemboiirg où Fempereur Chartes IV «combattit comme un simple chevalier. Un des tournois les plus célèbres est celui que donna à Northausen Benri, Pillostre marsrave de Misniè et de Thuringe; Faréne représentait un jardin , aa centre duquel on voyait un arbre dont toutes les feuilles étaient d'argent et d'or. EHes devenaient le

i>rix des vainqueurs. Celui qui brisait a lance de son adversaire recevait une feuille d'argent, et celui qui le désarçonnait une feuille d'or.

Ces tournois n'étaient que des jeux et des passe-temps; mais H y avait aussi des combats à mort. « Ou appelolt armes à outrance les combats qui se faisoient avec armes offensives, de commun accord et de commun consentement, sans aucune ordonnance de jtig«i, et néantmoins devant des juges

qui estoient nommez et choieis nar ki

parties , et sous des conditions dont OA demeuroit d'accord rfciproquement ; en guoy ces combats, s'ils estoient sin^

fuiiers, c'est-à-aire d'homme à homme^ ififéroient des duels , qui se faisoient toujours par l'ordonnance du juge.

« Les armes à outrance se faisoien| ordinairement entre ennemis ou entre personnes de différentes nations, sout de différents princes , avec les défis el les conditions du combat, qui estoient portez par les roys d'armés et les herauds. Les princes donnoient à cet effet des lettres de sauf-condoit à eeux oui dévoient conribattre dans les endroits des deux États dont on eonve-, noit. Les juges du combat estoient aussi choisis par les princes, et mémo les princes s'y trouvoient quelquefois ea cette qualité. Souvent ces défis se faisoient en termes généraux, sans désigner les noms des personnes qui dévoient combattre ; mais on y mardiioit seulement le nombre de ceux qui oevoient faire le combat, la qualité des armes et le nombre des coup^ qu'on devoit donner. D'où vient que Jacques Valere, en son traité de la noblesse, appelle cette espèce de combat rhanws à articles ou a outrance , à cause deit conditions oui y estoient apposées, et Froissera , Jonstes mortekes et à champ,

« Qiiovque le nombre des coups qu'on devoit donner fbst ordinairement limité, souvent néantmoins les partiel ne se séparoient point sans qu'il y en' eut de morts , ou de criévement blessez. Cest poorquoy Froissard décrivant le i^moat d^entre Renaud de Roy, chevalier picard , et Jean de Holland, chevalier anglois , tient ce discours :

« Or re^rdez le péril où tels^eiis se « mettoient pour leur honneur exauff cer. Car en tontes choses n'a qu'une «seule mésaventure, et un coup à « mesdief. » Et ailleurs, racontant le combat d'entre Pierre de Courtcnay, chevalier anglois et le seigneur de Clary en Picardie : « Puis leur furent baillez «leurs glaives à p«oiutes acérées de « Bourdeaux, tranchans et affilez. Es « fers n'y avoit point d'espargne, tori

4S6 L'UK

« raTentare, telle que les iirmes Yen- « Toient. »

«Ces combats, quoy que mortels, se faisoient ordinairement entre des personnes qui pour le plus souvent ne se oonnoissoient pas ou du moins qui n'avoient aucun démeslé entre eux ; 4iais seulement pour y faire paroistre la bravoure, la générosité et Vadresse dans les armes. C'est pour cela qu'on avoit encore étably des loix et des règénérales pour cette manière de combattre , Auxquelles néantmoins on dérogeoit quelquefois par des conditions dont on oonvenoit , ou qu*on proposott. La plus ordinaire de ces loix estoit que si on combattoit ayec l'épée ou la lance, il falloit frapper entre les quatre membres; que si on frappoit ailleurs, on estoit blasmé et condamné par les juses : d*où vient que Froissant parlant d un chevalier qui en cette occasion avoit frappé sur la cuisse de son ennemi , écrit « qu'il fut dit que « c*e8toit viilaînement poussé. » La peine de ceux qui n*obs€»rvoient pas la loy du combat estoit la perte de leurs armes et de leurs chevaux. Le même auteur dit ailleurs : «Les An^lois virent «bien q^*ll s'estoit mesfait, et ju'il « avoit perdu armes et cheval si les « François vouloient (*), »

Quelquefois on faisait publier des lettres de défi contre tout venant , comme fit Jean de fiourbon en 1414 :

« I^OUS , JbAN duc de fiOURBONOIS ,

«comte de Clermont, de Fois et de « risle, seigneur de Beaujeu, per et « chambrier de France, désirant eschi- « ver oisveté, et explecter notre per- « sonne , en advançant nostre honneur « par le mestier des armes , pensant y « acqtierîr bonne renommée, et la grâce « de la très-belle de qui nous sommes «serviteurs, avon n^agueres voué et «empris que nous, accompagné de « seize autres chevaliers , et escuyers «de nom et d'armes, c'est à savoir «l'admirai de France, roessire Jean « de Chalon, le seigneur de Barbasen, « le seigneur du Chastel, le seigneur

(*) Du Cai^, Diiiertations surrhistoire de saint Louis , du sire de Joinvillr.

« du Gaacourt , le seigneur de la Heazé, « le seiijneur de Gamaches, le seigneur « de Saint Remi , le seigneur de Mon- « sures, messire Guillaume Bataille, « messire Droûet d'Asnières , le sei- « gneur de la Fayette et le seigneur de «Poularques, chevaliers, Carmalet, « Loys Cochet et Jean du Pont, es- « cuyers : porterons en la jambe senes- « tre chacun un fér de prisonnier pen- « dant à une chaisne, qui seront d'or « pour les chevaliers, et d'argent pour « les escuyers, par tous les dimanches « de deux ans entiers , commancans le « dimanche prochain après la date de « ces présentes , ou cas que plûtost ne « trouverons pareil nomlire de cheva- « liers et escuyers de nom et d'armes « sans reproche, que tous ensemble- « ment nous vueillent combattre à pied « jusques à outrance, armez chascon « de tels hamois qu'il lui plaira , por- «tant lance, hasche, espée et dague « ou moins de baston de telle longueur « que chascun voudra avoir, pour es- « tre prisonniers les uns des autres , « par telle condition que ceux de nostre « part qui seront outrez soient quittes « en baillant chascun un fer et cnaisne « pareils à ceux que nous portons : et « ceux de l'autre part qui seront ou- «trez, seront quittes chascun pour^ «un bracelet d'or aux chevaliers et* « d'areent aux escuyers , pour donner « là ou bon leur semblera , etc. Fait à « Paris le premier janvier l'an de graoe « 1414. » , La mode de ces cartels descendit jusque dans les basses classes ; ainsi il existe un cartel de Tannée 1450 , adressé par les boulangers de Mayence et de Bade à diverses villes impériales , et un autre de 1462 des boulangers du comte palatin Louis d'Augsbourg.

Mais le plus curieux de tous, et qui semblerait fait à plaisir, s'il n'était constaté par des autorités respectables, est celui d'un cuisinier d'Eppeinstein , adressé au comte Othon de Solms en 1477, et rapporté par Muller dans son théâtre des dates de Frédéric V. Il est ainsi conçu : «Haut et puissant seigneur « comte de Solms, vous saurez que moi, a Jean , votre cuisinier , avec mes aides

« de cuisine et tous mes marmitons , « joints à nos amis les bouchers, por- « teursde bois, etc.; nous vous decla- « rons la guerre à vous , aux vôtres, « à votre pays, vos sujets, et principa- « lement ^ vos bestiaux , et cela , pour « donner à notre gracieux seigneur et « maître Godefroy d*Eppeinst'en, sei- « gneur de Mûhlberg, une preuve de « notre attachement, et en même temps « pour me venger, moi, Jean, cuisi- « nier, de la blessure gu'on m'a faite à « la jambe lorsque j'ai voulu demière- « ment emporter un mouton. Pour met- « tre notre honneur à Tabri de toute « atteinte, nous vous prévenons de vous tenir sur vos gardes ainsi que « vos bestiaux : du restç nous ne com- « prenons point dans cette menace, « ni votre cuisinier Hermann, ni ses « aides. Le présent écrit fait sous nos « yeux et scellé de notre sceau, le mer- « credi après la Saint - André de Tan « mil quatre cent soixante et dix-sept.»

DÉCADBHCB OS LA. aiIVAI.EHII.

La chevalerie avec ses cérémonies symboliques, ses serments, ses devoirs, ne dura pas longtemps ; déjà, en 1266, on se plaint de ce que les chevaliers ne savent parler que de chiens et de chasse ; de ce qu'ils n'ont de la bravoure des preux que les images placées sur leurs armes. Dès le quatorzième siècle la chevalerie est en pleine décadence. « Lorsque Charles Vi conféra la chevalerie à Saint-Denis, en 1 389 , au jeune roi de Sicile et au comte du Maine, ces princes, qui étaient frères, comparurent pour faire la veille des armes, dans un étiuipase aussi modeste qu'extraordinaire, ann de garder les anciennes coutumes de la réception des nouveaux chevaliers qui les obligeaient de paraître en jeunes écuyers.

Cela sembla étrange à beaucoup de gens, parce qu'il y en avait fort qcu qui sussent que c''était l'ancien ordre de pareille chevalerie (*). » C'était chose extraordinaire en effet, car à cette

(•) Sainfc-Palayc , Mémoires sur Tanctenne mvaleric.

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époque toutes les cérémonies se réduisaient à quelques coups de plat d'épée donnés sur le cou de l'aspirant. Amsi dans les actes du parlement de Paris, an 1415, on voit l'empereur Sigismond, au moyen de trois coups d'épée, donner la chevalerie à un plaideur, auquel il voulait faire gagner sa cause. « Oyant qu'on proposoit contre ledit Signet par le conseil de Pestel , que iceluy Sic^net n'estoit pas chevalier, et Pestel l'estoit, présens tous , luy assis par-dessus les présidens, et au plus haut, appela ledit Siçnet en disant, que à luyappartenoit bien de faire chevaliers, et print d'un de ses gens son espée, et le dit Signet se mit à genoux près du greffier, frappa trois grands coups le dit roi sur le dos du dit Signet : puis fit deschausser l'un de sés espérons dorez, et luy fit chausser par l'un de ses gens , et l'y ceindre une ceinture, où estoit penau un cousteau long pour espée.

Car ainsi avoit-il par avant recommandé l'avancement de la cause du dit Signet. »

FXATiBirrris d'akmu.

La chevalerie mit en honneur les associations de guerriers, les fraternités d'armes qui , en s'étendant et se multipliant sous l'influence de la religion, donnèrent naissance aux ordres religieux. Sans raconter les nombreuses histoires de frères cTarmes que pourraient nous fournir les épopées du moyen âge, nous nous contenterons de citer deux actes qui sont comme la formule, le contrat de ces associations. Formule d'association Scandinave ; Ils partageront entre eux rôts et couteaux et toutes choses, comme amis, noncomme ennemis. Quesi l'un d'eux manque, il doit être chassé, banni de la contrée^ aussi loin (fu^homme peut être banni et que chrétiens vont à l'église, païens aux temples ; aussi loin que feu brûle, que terre verdoie; aussi knn que l'enfrmt crie après la mère , et que la mère enfante; au^ loin que lé bois nourrit le feti, que te vaisseau vogue, que le bouclier brille, que le soleil fond la neige, que la

L'UNIVERS

pfume vok, que le fnn croU, que TcuUouf voie toute une journée deprintemps y etquekventoQfiaurdessousde ses deux aUee; aussi loin que le ciel est une voûte, et que s'étend le monde; que le vent mugit, et que Veau fint vers la mer; aussi loin que C homme sème le blé. A lui seront interdites les églises et maisons de Dieu, la communauté des bonnes gens et toute demeure, excepté Venfir. Mais Uy aura amende pour le mal qu^on lut ferait à lui ou aux siens, engendrés et non engendrés, nés et à naitre, nommés et non nommés encore, tant que terre

sera, tant qu'homme vivra Par'

tout où les deux amis se rencontre' ront sur terre ou sur mer, sur vaisseau ou sur écueil, sur eau ou sur le dos d'un cheval, ils partageront ensemble rames et seaux, terre et planches, partout oii besoin sera. En toute occasion ils auront mutuelle amitié, comme le père au fils , et le fils au père.

« Alliance entre Bertrand du Gues- « clin et Olivier de Qisson.

« A tous ceux qui ces lettres verfffont, Bertran du Guesclin, duc de « Mouline, coonestable de France, et « Ollivier de Cliçon, salut; sçavoir fai- « sons que pour nourrir bonne paix et « amour perpétuellement entre nous et « nos hoirs, nous avons promises, ju- « rées et accordées entre nous les cnoa ses qui s^ensuivent : C'est à sçavoir « que nous, Bertran du Guesclin, vou- « Ions estre aliez et nous alions à tous «jours à vous, messire Ollivier, sei- • gneur de Cliçon , contre tous ceulx « qui pnevent vivre et mourir, excepté « le roi de France^ ses frères , le vi- « comte de Roban, et noz autres sei- « gneurs de qui nous tenons terre, et « vous promettons aidier et conforter « de tout notre pooir, toutes fois que « metiez en aurez et vous nous en re- « querrez. Item, oue ou cas que nul « autre seigneur, ae quelque estât ou f condition qu'il soit, a qui vous seriez « tenu de foi et hommage , excepté le « roi de France, vous vouidroit desheiftriter par puissance, et vous faire

guerre en corps, en bonnour ou en

biens, nous vous promettons aidier, deffendre et secourir de tout notre pooir, si vous nous en requérez.

Item, voulons et consentons que de tous et quelconques profitz et droictz

âui nous pourront venir et écheoir Dre en avant, tant de prisonniers pris de guerre par nous ou nos gens, dont le proufGt noua pourroit appartenir, comme de pais raençonné, vous aiez la moitié entièrement. Item, ou cas que nous sçaurions aucune chose qui vous peust porter aucun dommage ou blasme, nous le vous ferons sçavoir, et vous en accointerons le plustost que nous pourrons.

Hem, garderons vostre corps à nostre pooir, comme nostre frère. Et nous, Ollivier, seicneur de Oiçon, voulons estre aliez et nous àlions à tous jours à vous , messire Bertran du Guesclin ^ dessus nommé, contre tous ceulx qui peuvent vivre et mourir, excepté le roi de France, ses frères, le vicomte de Roban, et noz autres seigneurs , de qui nous tenons terre, et vous promettons aidier et conforter de tout notre pooir» toutes fois que metiev en aurez et vous nous en requerrez.

Item, que ou cas que nul autre seigneur, de quelque estât et condition

Îju'il soit, a qui vous seriez tenu de oi ou hommage, excepté le roy de France, vous vondroit déshériter par puissance, et vous faire cuerre : en corps, en bonnour ou en oWns, t nous vous promettons aidier, deffen- ^ dre et secourir de tout notre pooir, si vous, nous en requérez. Item.

t voulons et consentons que de tous et 1 quelconques prouffîtz et droicts qui i nous pourront venir et escheoir dore 1 en avant, tant de prisonniers pris de

f guerre par nous ou nos gens, dont e prounit nous pourroit appartenir, ( comme de pays raençonné, vous aiez i la moitié entièrement. Item, ou cas ( que nous sçaurions aucune chose qui ( vous peust porter dommage aucuft ( ou blasme, nous le vous ferons sça- ( voir et vous en accointerons le plos- I tost que nous pourrons. Item, gar- ( derons vostre corps en notre pooir* X comme notre firere. Toutes lesquelles

« choses dessus dites, et diacune d'î- « celles, nous Bertrand Ollivier, des- « sus nommez , avons promises , accor- « dées et jurées, promettons, accordons « et jurons sur les semts Évangiles de «Dieu, corporelleraent touchiez par « nous et chacun de nous, et par les « foys et serments de nos corps oai liiez « Tun à l'au^ tenir, garder, entériner « et accomplir, sans faire ne venir en- « contre par nous ne les oostres ou de « Fun de nous, et les tenir fermes et «agréables à tousjours. En tesmoîn «desquelles choses nous avons U\t « mettre nos sceaux à ces présentes « lettres , .les quelles nous avôns fait « douhler. Donné à Pontorson, le « vingt-troisième jour d'octobre, Tan • « de grâce mil trois cent soixante et « dix. Par monsieur le duc de Mouline, • Voisin. »

Nous avons rapprodié ces deux documents pour marquer comme les deux points extrêmes parcourus par Tidée

germanique de la fraternité des armes; i est curieux de voir la formule si poétique et si belle de Tassodation scaodmave , aboutir à un traité passé, pour ainsi dire, par devant notaire, et écrit en style de tabellion.

Le plus important produit de la chevalerie iut la formation des ordres religieux militaires qui combattirent pour la chrétienté, alors même que l'Europe avait depuis longtemps oublié la route de la terre sainte (*). «Il suffit

(*) On trouvera dans Thittoire de la .4pnuM de lonct détails mr les ordres militaires allenaoas , prineipaleinent sur Tordre teutooique et sur les chevili^ porte-glaives. Nous dirons seulement ici que le nombre des ordres religieux militaires s'élevait ' à trente et non point à quatre ou cinq comme on le croit communément. Il y en avait neuf tous la règle de Saint-Basile , quatorze sous celle de Saint-Âugusiin et sept atUchés à l*înstHut de Saint-Benoit Selon M. de Châtenubnand, il faudrait encore comj^ter vingt- Imit antres ordres militaires qui, n*étaot point soumis à des règles particolières, ne

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de jeter les yeux sur ThistoiM à 1^ poque de la chevalerie religieuse pour reconnaître les importants servioes

Su'elle a rendus à la société. L'ofdre e Malte en Orient a protégé le oemmerce et la navigation renaissante, et a été pendant plus d*un siècle le seul boulevard qui empêchât les Turcs de se précipiter sur ritalie. Dans le Nord, Tordre teutonique, en subjuguait les peuples errants sur les bords de la Baltique, a éteint le foyer de ces terribles irruptions qui ont tant de fois désolé r Europe : il a donné le tenips à la civilisation de taire des progrès et de perfectionner ces nouvelles armes ui nous mettent pour jamais à l^abri es Alaric et des Attila.

< Ceci ne [>arattra point une vaine coi\jecture, si Ton observe que les courses des Normands n'ont cessé que vers le dixième siècle , et que Ite ooe- ▼aliers teutoniques , à leur arrivée dans le Nord, trouvèrent une population réparée et d'innombrables baibaree, qui s'étaient déjàdébordés autour d'eux.

Les Turcs descendant de rOrient, tes Livoniens, les Prussiens, les Poméraniens, arrivant de Toocident et du septentrion, auraient renouvelé dans l'Europe, à peine reposée, les soènes des Huns et des Goths.

«Les chevaliers teutoaiones rendirent même un double service a l'humani^ ; car, en domptant des sauvages, ils les contraiffnirent de s'attacher à la culture et ol'embrasser la vie sociale. Chrisbourg, Barteinstein, Wissembourg, Wesâ, Brumberg, Thorn, la plupm des villes de la Prusse, de la Courlime et de la Sémigalie, furent fondées par cet ordre militaire religieux ; et, tandis qu'il peut se vanter d'avoir assuré rexistence des peuples de la France tt de l'Angleterre , il peut aussi se gforifier d'avoir civilisé le nord de la Ûefmanie.

« Un autreeanemi était encore peut-

sont considérés que oomme d'illastrvs OMfréries religieuses : tels sont les cbefalîaw du lion , du croissant , du dragon, de Tai|Ae blanche y du lys, du fo^l'or, etc. Voy. 1*H&toire des ordres religieux du frère Hdyot

être plus dangereux que les Turcs et les Prussiens , parce qu'il se trouvait au centre même de l'Europe : les Maures ont été plusieurs fois sur le point d*asservir la chrétienté. Et quoique ce peuple paraisse avoir eu dans ses mœurs plus d'élégance que les autres barbares, il avait toutefois dans sa religion , qui admettait la polygamie et l'esclavage, dans son tempérament despotique et jaloux, il avait, disons-nous, un obstacle invincible aux lumières et au bonheur de l'humanité.

«Les ordres militaires deTEspagne, en combattant ces infidèles, ont donc, ainsi que l'ordre tentonique et celui de Saint- Jean de Jérusalem , prévenu de très-ffrands malheurs. Les chevaliers chrétiens remplacèrent en Europe les troupes soldées, ils furent une espèce de milice ï^ulière qui se transportait où le danger était le plus pressant. Les rois et les barons, obligés de licencier leurs vassaux au bout de quelques mois de service , avaient été souvent surpris par les barbares : ce que l'expérience et le génie des temps n'avaient pu faire, la veligion l'exécuta ; elle associa des hommes qui jurèrent au nom de Dieu de verser leur sang pour la patrie : les chemins devinrent libres, les provinces furent purgées des brigands qui les infestaient, et les ennemis du dehors trouvèrent une digue à leurs ravages.

« On a blâmé les chevaliers d'avoir été chercher les infidèles jusque dans leurs fovers; mais on n'observe pas que ce n^etait , après tout , que de justes r^résailles contre des peuplés qui avaient attaqué les premiers les peuples chrétiens : les Maures que Charles Martel extermina justifient les croisades. Les disciples du Coran sont-ils demeurés tranquilles dans les déserts de^ l'Arabie, et n'ont-ils pas porté leur k>i et leurs ravages jusqu^aux murailles de Delhi, et iusqu'aux remparts de Vienne? Il faAait peut-être attendre oue le repaire de ces bêtes féroces se lut rempli de nouveau .'et, parce qu'on a marché contre elles sous la bannière de la religion, l'entreprise n'était ni juste ni nécessaire ! Tout était boD«

Theutatès , Odin , Allah , pourvu ^*on n'eût pas Jésus-Christ (*)!»

ut BI.ASOir.

La chevalerie a produit son art et sa science; le blason, qui est devenu une langue si féconde, si pleine de loyauté et d'amour, si riche de mystérieux symboles, où se jouait l'imagination enfantine et profonde de la noblesse féodale. On rimporta en Angleterre, on l'imita en Italie, on ne le connut point en Espagne; mais il prit un grand développement en France et en Allemagne, car dans ces deux pavs la féodahté s'est trouvée sur son sol natal , et y a produit tous ses fruits. «Le blason, dit Menestrier, est une espèce d'en<^clopédie : il a sa théolo-' {çîe, sa philosophie, sa géographie, sa jurisprudence , sa géométrie , son arithmétique, son histoire et sa grammaire.

La première explique ses mystères; la seconde explique les propriétés de ses figures; la troisième assigne les pays^ d'où les familles tirent leur orisine, ceux qu'elles habitent, et ceux où leurs diverses branches se sont étendues; la quatrième explique les droits du blason pour les brisures, les litres, la position des armes aux lieux publies à l'occasion des patronages ; la cmquième considère les figures et leur assiette; la sixième en examine le nombre; la septième en donne les causes, et la dernière explique tous les termes et découvre leurs origines. (**) »

C'était l'empereur ou les princes qui conféraient les armoiries, on plutôt qui, dans Torigine, consacraient par leur approbation celles qui avaient été dioisies. Les armoiries n'étaient point m privil^e de la noblesse; les familles non nobles pouvaient elles-mêmes en porter : les bâtards cependant n'avaient * point droit aux armes de leurs pères^ Ce n'était point seulement sur les boucliers, mais sur les vêtements qu'on

(*) Châletubriand , Génie du christianisme. «

(**) Menestrier, l'Art du blason, du xiir, pag. 329.

les portait; anciennement on les attachait sur les tombeaux, aux portes des temples , aux tours et aux murailles des coteaux; puis on les mit sur les monnaies qu'on frappait, sur les anneaux dont on signait les actes; enfin, sur les armes et sur tout ce qui était à l'usage du chef. Lorsque le dernier* rejeton d*une famille noble noourait, on l'enterrait arec son casque, son bouclier et son anneau. Dès lors les armes de cette famille étaient éteintes ; elles étaient comme ensevelies avec le mort.

Les armoiries étaient de plusieurs espèces; on en avait pour les dignités, les terres, les sociétés ou communautés auxquelles on appartenait; enfin, pour sa lamille. jlinsi , un éyéque mettait dans ses armes celles de son père, plus une mitre ou une crosse, plus une couronne de comte, si son évéché lui donnait ce titre; enfin, l'emblème qui appartenaità telle ou telle communauté dont il faisait partie (*).

O Noos «VODS ious les yeux le toeau d'une des sept grandes fiunUles patridennet de Berne; ce sceau esl toute une longue histoire. Sur un champ de gueules, entouré d*hermine qui se relève aux deux extrémités flupérieures , comme l'hermine de Tancien écu royal de Fhmce, se dresse au-dessus de trois montagnes, et entre deux étoiles, un ^rieux tronc dessédié duqud jaillissent trois flammes. Au-dessus s'élèvent deux casaues avec couronne de comte, surmontés, l'un d*nne étoile, Fautre d*un haut panache. Les trois montagnes désignent les trois branches pqÎBÉBnlm et nombreuses d'une grande faniCe qui, après avoir fourni une longue et brillante carrière, se trouva réduite à un vieux prieur que ses vobux monastiques condamnaient au célibat. La famille allait s'éteindre lorsque le prieur obtint do pape dispense du célibat; mais la faveur du saint père semblait bien tardive , car le prieur avait passé l'âge du mariage, et il ne paraissait pas que ce vieux tronc desséché et stérile pût jamais pousser des branches nouvelles. Mais grâces a la piété du prieur qu'attestent les deux étoiles mises sur le champ de gueules, il eut trois fils tous pleins de force et de vie, qui s'illustrèrent par leur courage , et donnèrent une illustration nouvelle à la ÀmiUe. Dés lors elle se mnltiplia au point

[AGNE. 441

Le blason employait sept couleurs qui reproduisaient toutes les couïeum naturelles, même celle des minéraux.

Parmi ces sept couleurs, il y a deux métaux, l'or et Targent, qui suffisent à représenter tous les autres. En effet , le cuivre ressemble à l'or , rétain, le plomb fondu et le fer poli ressemblent à l'argent; mois il y a cinq couleurs, « et ce n'est pas sans raison, dit un ancien béraldiste, que les herauds qui ont dressé les reigles de cette science ont choisy ces couleurs et ces métaux, voyans que c'estoient celleé qui eelattoient dans le plus pai^it ouvrs^e de la nature, qui est l'iris (l'arc-en-ciel). » 11 n'y eut jamais qu'un très-petit nombre de familles dont l'écu fut tout or ou tout argent. — Les métaux et les couleurs étaient toujours mêlés. Les couleurs sont le rouge ou les gueules, l'azur, le noir ou sable, le vert ou sinople, dont les Allemands, si amants de la nature, ont fait grand usage ; enfin , la pourpre, qui se place entre les métaux et les oouleurs.

m L'ÉTAT MIUTAIRB ET DE LA MARIlfE (*).

ni l'orgavisatioit db l'arhbs vatiohalb (BBatBAir); ois oïLiOfTioirs militairbs

OB L*AailéB.

Dans les temps les plus anciens, avant mie les Allemands eussent fondé des établissements durables , tout homme libre était naturellement appelé à servir dans les guerres de sa tribu; mais quand ils eurent une fois des habitations stables , cette vie guerrière et oragetise dut déplaire à un certain nombre d'entre eux; et, à l'occasion de chaque guerre, on se demanda sîl

«çi'aujounrhui sa ruine n'est plus possible : c est toute une tribu. En souvenir de la piélé du prieur et du miracle de cette renaissance , la lamille a placé dans ses armes, à cdté du

Knache, une brillante étoile, double sym* le de son courage et de sa piété, de son illusiration chevaleresque et de sa confianœ dans le ciel.

(*) Extrait et traduit, en grande partie» de l'Histoire des Hoheostaufen, par lUMmin

L'UNIVERS

S^agissait d'une guerre nationale, car, .dans ce cas, personne ne se refusait au service; ou bien s*il était question d'une guerre particulière entreprise par guekiue chef, car alors il dépendait de la volonté de chacun de s'y refuser ou d'y prendre [)art. Les obligations que Ton contractait dans ce dernier cas envers le chef, remportaient bientôt sur toute autre considération ; on partageait avec lui revers et succès , et ron était natu* rellement disposé à lui prêter mainforte dans des entreprises semblables, si le butin de ta première expédition avait été considérable. Quant aux guerres nationales, comme Tony était moins porté par l'attrait des récompenses, ou par l'attachement personnel pour le ehef, que par ce sentiment du devoir qui appelle indistinctement tous les ha- .Dîtants à la défense du territoire, elles eurent bientôt beaucoup moins de charmes que les guerres particulières , et il fiillut que les chefs des États établissent des règlements pour forcer les «toyens à venir combattre en personne, ou du moins à se faire rem-

S lacer. L'étendue plus ou moins grande es propriétés foncières devînt la base d'où l'on partit pour la distributioa des charges de la guerre, et Vhériban fut, pour ainsi dire, comme une conscription réglée sur les possessions territoriales. Cependant des rois guerlîers, tels que Cbarlemagne, ne se tinrent pas toi^ours dans ces limites; ils firent quelquefois des levées d'après 4es listes, que nous nous permettrons d'appeler Hstes cantonaies réelles j et iMissi d'après des listes cantonales perfonnelies. Cependant les levées de ce dernier ^nre n'avaient lieu que quand •n soldait les troupes , ou quand , dans le cas d'une ^erre heureuse, on pou- Tait entretenir les troupes aux dépens de l'ennemi : deux conditions dont l'une n'avait pas toujours lieu, et l'autre presque jamais. U fallait donc revenir sans cesse au premier principe, c'est-àdire, que la possession du sol imposait à diacun l'obligation du service militaire, parce qu'elle tenait lieu de la solde y et parce qu'elle prouvait, ou fQ'oB n'en avait pas besoin , ou qu'on

l'avait reçue une fois pour toutes «i nature.

Mais deux graves inconvénients se firent bientôt sentir : d'abord ces levées devaient être excessivement onéreuses quand les guerres , comme cela eut lieu ^ous le règne de Cbarlemagne, se succédaient rapidement, et que les chefs de famille étaient promenés de l'Eider jusqu'à l'Èbre; d^autre part, ces propriétaires appelés momentanément à la Euerre en oubliaient les rèffles, et ne fournissaient pas toujours d'excellents

Guerriers. On sentit donc le besoin 'avoir à sa disposition , aussi bien pour les guerres nationales que pour les guerres particulières, indépendamment de cette espèce de nationale, de landwehr, un certain nombre d'hommes exercés et exclusivement dé* voués au métier des armes. Ce besoin une fois senti, on employa plusieurs moyens pour le satisfaire : ce fut dans ce but que l'empereur Henri I*' forma dans les villes et les châteaux situés sur la frontière des Hongrois, des espèces de garnisons destinées exdusiyement à repousser les invasions de ce peuple guerrier. Mais cette manière do créer une armée permanente, outre qu'elle n'était employée aue dans certaines parties de rEmpire,n offrait aucune ressource pour les petites guerres des évéques et des princes; en outre, ces garnisons étaient composées, à ce qu'il parait , moins de cultivateurs et de gens honorables que de vagabonds sans pro»

fession; aussi elles prenaient peu d'in* térêt à bien remplir leur service, el vivaient rarement en harmonie avec les autres citoyens. Par ces raisons, et aussi parce que le temps avait introduit des changements dans la manière de faire la guerre, cet établissement de Henri l'Oiseleur ne devint pas général.

Les hommes de l'hériban ne savaient pas toujours distinguer si on les employait pour une guerre nationale ou particulière, et souvent d'ailleurs on ne leur laissait point l'alternative du choix; alors ils voulaient décider la question selon leur intérêt, ét il arriva plus d'une fois qu'on ne leur permit pas de refuser le service. Mais comme il

faoportaft peu à celui qui faisait la levée quel homme se présentait, on s'arrangea à Tamiable, et l'on put envoyer un remplaçant, ou se racheter du service.

Ijes sommes provenant de ce rachat servaient à solder un chef qui faisait métier de fournir des troupes; mais ce chef gardait souvent nour lui une bonne partie de l'argent destiné à ses soldats, qui, mal pajrés, se battaient mal, et faisaient aisément défection; aussi chercha-t-on à pouvoir s'en passer. Mais comme l'on avait déjà senti les inconvénients de l'ancien hériban et la difficulté pour les propriétaires de foire la distinction entre les suerres nationales et les guerres privées, on arriva peu à peu à opérer les change* ments suivants :

1* Beaucoup d'hommes libres appautHs et pressâ par la misère se firent yassaux d'un plus puissant; ils renoncèrent à leur liberté, tt aliénèrent même une partie de leurs possessions ou de leurs revenus, afin d'être guittes pour toujours de toute obligation au ■ervice militaire;

2^ D'autres, pour obtenir des privilèges et des faveurs , prirent ées obligations de nature différente; ils devinrent ministériaux, hommes de service [dieristmannen) ;

»• D'autres, au contraire, s'élevèrent au-dessus de leur condition primitive, et ils s'incorporèrent à la ^noblesse guerrière, qui , dès cette époque, commença à s^soler de plus en plus; .

4^ Cependant cette noblesse militaire ne put parvenir à ^s'isoier compléte- , ment, et encore moins empêcher qu'il ne se formât dans son sein une sorte de hiérarchie.

Cest ainsi que naquit la féodalité avec ses obligations mutuelles , ses relations et sa hiérarchie. Alors la nature du fief fixa le service militaire pour les vassaux de la même manière qu'autrefois la condition de la libre propriété avait fixé le servicede l'homme de rhériban; et comme le nombre des fiefs était beaucoup moindre, mais leur étendue beaucoup plus considérable que eeUe des anciennes possessions li-

bres , il s'ensuivit que lé nombre 4es eombattants diminua , et que le servica à cheval l'emporta sur le service à pied.

Les nouvelles obligations féodales prévalant dès lors sur toutes les autres, la défense du pays ne fut plus du devoir du vassal qu'autant qu'eHe im* portait à son seigneur; et Quoique le serment prêté par le vassal a son seigneur ne pût en droit porter firéjudioe aux devoirs envers le souverain, il en était bien autrement par le fait.

L'empereur n'était plus, comme il Pavait été , le chef suprane des posses* seurs libres du sol; pour rassembler son armée, il devait avoir recours aux principaux seianeurs; aussi la manière dont ceux-ci disposaient de leurs flefr et dont ils traitaient leurs vassaux lui était-elle indifférente; et quand, plus tard, des souverains puissants firent des réquisitions onéreuses, les seigneurs ne manquèrent jamais de s'en decfaar^

gr, avec phis ou moins d'équité, sur irs arrière-vassaux.

Le système féodal rendait donc la niasse du peuple étrangère à la guerre ; aussi les guerres de cette époque furent-elles plutôt des querelles particulières que de véritables guerres : le nombre peu considérable de ceux qui y prenaient part, et la courte durée du service, étaient de puissants obstacles qui rendaient toute guerre longue et sérieuse presque impossible. Mais si d'un côté les grandes guerres devin* Tend rares , d'un autre œté, et comme conséquence même de cet état de choses, il fut difficile de se former une principauté ou un royaume par des conquêtes.

Ces principes posés, d^ns maintenant quelques faits où nous rencontre* rons plus d'une fois des habitudes contraires à ce que nous venons d'exposer; mais l'on sait qu'il n'y a riea de général au moyen âge^ ei que la féodalité se modifia se&n les pays* Ainsi , en Allemagne, la loi voulait que chaque homme fibre servit l'Empire pendant six semaines à ses prqpres trais; dans l'expédition cependant que l'empereur foisait pour aller [Hrendre la couronne impériale» il était obtigé ds

444 L'U]>îIVERS.

rester sous les armes jusqa*à ce que Otbon contre le roi Philippe, il m

Fempereur fût couronné. Dans ce cas, laissa qu'un homme dans les maisons

TanneTéque de Cologne donnait à ses de deux à six habitants mâles.

Sens une gratification en argent et en En Danemarck, au milieu du dcmrap; mais celui dont le bien ne va- zième siècle, on enrôlait de préférence lait que cin^ marcs restait diez lui, les jeunes gens non mariés. ea payant à Tévéque la moitié de ses Au cômmencement du treizième sièrevenus. L'empereur Lothaire fixa la de, la noblesse était obligée de servir somme que le dottre Itablo aurait à en personne dans toutes les guerres; payer lui-même, et celle qu'il pourrait les propriétaires libres ne servaient que raire peser sur ses vassaux. Dans l'an- quand il s'agissait de défendre le pays; née 1166, l'évéque de Hildesheim se le reste était exempt de tout service, racheta, moyennant quatre mille marcs. En Angleterre, c'étaient les juges de l'expédition d'Italie; en 1312, le aui dressaient le tableau de ceux qui roi de Sohéme eut à |>ayer trois cents devaient servir; ils y portaient le monmarcs,ouàenvoyertroiscentshommes. tant exact des revenus de chacun , afin Dans les pays Frisons, où jamais le de pouvoir lui prescrire le genre d'ar* droit féodal ne parvint à s'établir en- mes dont il devait faire usage, tièrement, on aaopta le règlement sui- En Italie, les règlements mie suivant : Chaque homme , riche de trente valent les princes et les villes différaient livres en propriété territoriale, était beaucoup les uns des autres. Les pnnobligé de tenir prêts des chevaux et des ces, quand le service féodal ne leur armes pour la d^ense du pays; celui suffisait pas, se voyaient forcés dedonqui n'avait que vingt livres devait être ner des gratifications; pour les habipourvu d'une épée de bataille , et celui tants des villes , au contraire, la défense qui n avait que douze livres, d'un hou- de la patrie était un devoir commun à dier et d'une lance; tout le reste du tous. Le marquis de Montferrat, en peuple devait être armé d'un arc et 1158, promit aux habitants de Gad'un carquois. En cas de contraven- zinga, près d'Aqui, de ne plus 1^ contion, une forte amende était imposée duire qu'à trois expéditions par an, au délinquant. chacune de trois jours, et de les in- En Hongrie, on enrôla, en 11 S6, le demniser pour tout autre service, dixième manant censier des propriétés A Bresda, chaque citoven était soldat de la noblesse et du clersé. Dans une et disponible de vingt a soixante ans; lettre de firanchîse accordée en 1233 à à Florence et à Gènes, de quinze à la ville prussienne de Kulm, on lit : soixante-dix ans; à Vérone, en 1230,» « Quiconque possède quarante arpents il y avait deux listes de service sur les- {mmsi) paraîtra armé de toutes pièces , quelles tous les citoyens étaient classés avec un cheval de bataille maillé et d'après leur fortune; l'une était pour deux autres chevaux de main {equitch- les officiers, l'autre pour les simples twis)\ cdui qui est moins riche pa- soldats. D'après ces deux listes, on raftra avec «ne cuirasse l^ère et un enrôlait chaque mois autant de soldats seul cheval. » et d'officiers qu'on en avait besoin, Les cilpyens de Lausanne, quand et quand chacun avait servi à son tour, leur évêque les conduisait en persQnne, on recommençait de nouveau : le poet qu'il avait assisté au grand conseil destat et les anziane pouvaient seuls (eommtmecoiMi/ltfm), le suivaient pen- dispenser du service. Celui qui faisait ' dant plusieurs jours; mais quand il le service militaire était libre de toute avait n^ligé d'assister au conseil , ou autre corvée. La paye d'un capitaine lorsqu'il se fiiisait remplacer par un de était de sept livres de Vérone par mois, ses officiers , ils ne sortaient que pour celle d'un simple soldat de trois, on jour. La ville de Milan, dans les cas d'ur- Quand le duc de Brabant se mit en gence, enrôlait non-seulement tous les campagne pour défendre l'empereur citoyens, mais même les habitants des

campagnes voisines. En 1352, la con- Mmtion lombarde décréta que ceux qui auraient satisfait à l'obligation naturelle de servir la patrie pourraient exiger une solde, s'ils paraissaient de nouveau sous les armes.

Alors, comme dans tous les temps, beaucoup essayaient de se soustraire aux obligations militaires; mais la vigilance des autres citoyens y pourvoyait*'Un vassal ne pouvait manquer à rappel ' de son seigneur, sous peine de perdre son fief. Des exemptions de service ne pouvaient avoir lieu que dans des cas extraordinaires , sauf toutefois celles qui étaient accordées à des classes de citoyens entières. En void quelques exemples : l'empereur Henri IV affranchit du service les habitants de Messine* en récompense des services qu'ils lui avaient refidus; mais il en excepta ceux qui étaient en possession d'un fief. En 1243, l'empereur Frédéric II promit aux habitants de Fano,dontil avait intérêt à cultiver Tamitié, de ne pas lever de troupes dans leur ville. Dans le même but, Perceval d'Oria, général du roi. Manfred, accorda aux habitants de San- Genesio le privilège de ne point servir au delà d'une certaine distance de leurs murs. A Bologne, les professeurs et les étudiants étaient exempts du service militaire; les premiers cependant payaient en retour une contribution, et les derniers étaient obligés d*envoyer des remplaçants; mais si Tun d'eux tenait de la ville un fief auquel s'attachaient des obligations personnelles, il était tenu d'y satisfaire par lui-même.

Engénéral flesecdésiastîquesétaieiit personnellement libres du service mi- Hlftire; mais quand il s'agissait de la défense du pays, ou quand ils tenaient un fief charsé de robligatioo au service militaire, ils étaient tenus d'envoyer des remplaçants. Après l'abolition de rhériban, us essayèrent, mais vainement, de soustraire aussi leurs vassaux libres à cette charge.

DIS MBRCUTAIRES.

n est probable que de tout temps il

AGNE. 446

.y eut des individus qui se rachetèrent du service militaire, en donnant i l'autorité un équivalent de leur coopération. Cet usage devint de plus en plus

fénéral au temps de Frédéric I*', de Philippe- Auguste, et de Henri U, roi d'Angleterre (*). .

A cette époque, l'argent commença à circuler plus activement, et à se répandre dans les mains d'un plus grand nombre d'individus. Dès lors naquit le désir de se défoiire de charges onéreuses, qui, d'ailleurs, le plus souvent, profitaient peu à ceox qui les imposaient. Les villes d'Italie, enrichies par leur commerce et par leur industrie, donnèrent à cet égard un exemple qu'imitèrent bientôt leurs propres adversaires.

Déjà, en 1103, le comte de Flandre et d'autres barons de ce pays payèrent des sommes considérables à Henri , roi d'Angleterre, et permirent à leurs sujets de prendre service dans l'armée anglaise. En 1106, ce même roi fit la guerre à son frère Robert avec une armée composée , pour la plu* part , de mercenaires. L'empereur Frédéric r', dans ses expéditions en Italie, donna des indemnités à plusieurs princes qui voulurent bien s'engager à te servir au delà du terme fixé. Cet usage devint plus fréquent encore au tenons de Philippe-Auguste et de Frédéric U.

Cependant ces rois, quand l'argent leur manquait , se voyaient obligâ de revenir à des distributions de terres.

Les exemples suivants expliqueront mieux encore les principes et les usages des villes d'Italie. Dès 1165 et 1176, la ville de Milan eut des troupes soldées. Cinquante ans plus tard , un soldat {tniiei) de la même ville recevait trois soldi de Terzoli par jour; autant pour son écuyer et un troisième valet, à son gré. A Vérone, vers la même époque, un capitaine ( c«^iito-

(*) Déjà en 1x98 Richard Cœur de Lion proposa a équiper 3oo soldats, ou de ptjer pour chaque sokJat ud équhnieiit de 3 soldi par jour; proposition oui phit au plus grand nombre , tandis que d aul^ , au contraire, protestèrent contre une telle inaofatioQ» ^

neus) n'araif ane le double de la solde d'un «impie mtles. En 126S, nous trouvons, à Florence, et en 1266, à Vicence, des mercenaires allemands et italiens engagés sous des conditions à peu près semblables. Dix ans auparavant, la confédération lombarde araît arrêté ee qui suit : « Chaque chevalier qui entretient trois chevaux de bataille , et parmi ceux-ci un étalon , reeevra six soldt par jour ; et quatre seulement , s'il n'a que deux chevaux. » On monta cependant : que Toa devait s'ef- ^cer de trouver des cavaliers propres au servies, à des conditions moms onéreuses; et que si Ton ne réussissait pas, les magistrats des villes et les nonces do pape devaâent choisir des hommes convenables parmi ceux des habitants ose leur devoir n^appelait pas à prendre les vrmes. Le eomte Thomasae Savoie, qui, en I2$S, fournit pour dem mois énm cents soldats aux Génois , .nçnt, pour chaque soldat suivi d'un éeuTer etde deux valets, vingt-six h'vres par mois ; einqeante maits pour chacun des trois capitaines , et cent autres marcs pour kri-méme. Le roi Manfred paya aux exilés de Plaisance, pour un cavalier, trois livres impériales par noîs, tt pour on fintasan, une livre.

11 permit aux habitants de ses villes de se fiaire remplacer par des mercenaires. Sanutus, qui vivait m commencement da cniatoraième siècle , évalue les frais de réquipement, de fentretien et de la solde d'une armée de qwnze mille fimtassins et de trois oents cavaliers, à six etnt mille florins d'or, en évaluant le florin d'or à deux schilKngs de sTos de Venise (Jhremm toUUs éwh tus Fenetorum frosêonM). Il évalue, de pk» , les frais du trajet en Palestine , y compris les vaisseaux , les fers, les tentes, les remontes, etc., etc., à oant raille florins.

Tous les meroenaires (et c'est là xm point important) n'étaient engagés que pour la durée de la guerre; et, aussitôt après la paix , ils étaient licenciés.

Il paraît que Tempire d'Orient , qui Alt le seul ou de tout temps on soudoya des trou^ étrantfères, entretenait aussi, en tempe de paix, des

armées permanentes , cé qni ne t*esfrpéchait cependant pas de trembler à chaque instant devant les Turcs, m devant les guerriers de FOcddent. Q est vrai qu'u y avait pour cela beau* coup d'autres raisons , et surtout des raisons morales qu'il serait trop long d'exposer ici.

DE L'EKTRITXUr DIS 4UtélS.

Nous manquons presque entièrement de renseignements sur la ma* nière d*entretenir une armée à cette époque. Mais ce que nous savons des nombreux désastres causés par la fiamine et la disette durant les croisades, nous montre que les chefs savaient rarement subvenir aux besoins sanitaires d'une armée, et que le soldat était obligé de pourvoir lui-mtoe k sa nourriture, à son habillement et à son armement. Aussi la nécessité le forçait-elle à prendre ce qui tombait sous sa main ; et, quana on pen* se que les soldats étaient d'ordinaire des gens pauvres et naturellement portâ du pillage, on peut se faire une idée de la situation d'nn pays oui avait le malheur d'être le thâtre d'une guerre , on d'offirir sculement'tm passage aux troupes. D'ailleurs, comme on ne pensait guère à se prémunir d'une caisse contenant les fonds nécessaires pour la çuerre, il est à présumer gu'on ne tenait pas mieux que de nos jours les promesses d'indemnité. On cite, cependant, quelques exemples qui prouvent que des villes, des provinces , et même des familles entièrement ruinées et ravagées par la guerre, obtinrent des indemnité de m compassion du vainqueur.

Ce même Sanutus , que nous avons déjà cité, présente des calculs très-curieux sur les frais qu'occasionnait reatretien d'une armM. Il est cepencbnt obscur en plusieurs endroits, par suite de rincertitude où il nous laisse sur les mesures et les poids dont il se sert. Suivant lui , le soldat avait par jour une livre et demie de pain, et une ration de vin ; de la viande trois fois par semaine, et en outre, altemative-

ÀtLEMAGIfË.

mtiftt , du firomge , des haricots , et cf autres légumes.

DIS ooirrRiBunovs di oubeki.

An commencement, les coatributtoos de guerre n'étaient rien autre chose qftt des rachats de robh'gation de semr en personne ; plus tard , sous

nom de jmUHons {beedetty bethen, c'est-à-dire impôts levés sous la forme de pétitions), elles devinrent des contriMions régulières. Les maximes qui présidaient à le«r répartition , à leur perception et à leur emploi , varîaîent souvent , et se fondaient trèsfréquemaent sur des conventions ptf^ ticiHières. Tant que la noblesse Ait eidusivetnent chargée du service militaire, et que le clergé sut faire respee» Uat ses privilèges et ses franchises , les beeden tombaient uniquement sur le reste des habitants. Mais, lorsque cet état des choses se modifia , et lorsque les beeden furent considérés comme des contributions régulières, et comme «M |>artie du budget, il n'y eut phis de raisons pour en être exenmt. Et si le roi Guillaume de HoUande nt remise aux habitants do château de Friedberg , BOB-sedement du service militaire, mais même des contributions de guerre, il ne faut voir là qu'une preuve de la fiublesse de ce prince.

Bien qu'à cette époque l'argent ne fût pas encore, comme aujourd*hnî, l'Ame et le nerf de la guerre, nous trouvons déjà des exemples de dettes considérables, même tres-onéreuaes, contractées dans la guerre, et dont le payement ne 8'o|>érait pas avec beaucoup de promptitude. L'histoire des villes d'Italie et de l'empereur Frédéric II nous en fournit plusieurs exemples. Aussi l'ordre des Augustins arréta-t-il , dans une assemblés générale, qu'aucun de ses abbés ne d<mnerait , ni ne prêterait aucune somme à l'une ou à l'autre des ptftiei belligérantes.

M l/AWLMMMMMT,

' La plupartdespèlarins de la première ormade étaient des piétons sans cui-

rasse, et n'ayant pour toute arme offensive qu'un arc en hois; une bonne épée, ou une arbalète fabriquée avec un peu plus d'art, et ladcant des traits courts, linroset pesants, étaient d^ des signes de distinction. Pour bander l'arbalète , on mettait le pied sur la corde, et l'on tirait Parme des deux mains vers sor.

L'armure des chevaliers consistait en une cuirasse de hr unie , ou revêtue d'écaillés: en un grand bouclier d'acier ou d'un bois eur et ferré avec de la marqueterie d'or et d'argent, ou bien encore peint de différentes couleurs. La forme des boucliers variait ; les plus usités étaient recourbés, avec des bords rentrants et une poiirte d'acier au milieu.

La téte des chevaliers était ^rantie par un casque, soit simple, soit garni d^one aigrette et de divers ornements.

Leur main était armée d'une lance eik bois de frêne, et garnie d'une forte pointe en fer.

Le choc d'une cavalerie ainsi armée était irrésistible en rase campagne; tous les traits se perdaient insputssants contre ces murs de fer. Aussi les projectiles étaient-ils prmcipolement airi-^ gés èontre les chevaux ; car souvent I» seule chute du chf vid blessait griève» ment le cavalier; et lors même m'il parvenait à se relever sain et sauf, il cessait d'être dangereux, attendu qae la pesanteur et la rokleur de son armure le mettaient hors d*état decoiBbattre à pied. Pour prévenir ce dancsTr les chevaliers avaient eu soin d'et»- Mir comme un point d'honneur, de nm jamais frapper le cheval. Aussi l'ordre de viser aux chevaux donné par Charte»

d'Anjou à la bataille de Béoévent, ftit-ii regardé comme un acte de déloyauté»

Les Turcs, selon un historien, ne se servaient , à cette éponie , pour toute arme, que de l'arc et des flèches, ei apprirent des croisés l'usase de la cu»> rasse, de la lance , de l'épâe el du bouclier. Un historien , cependant, dit qm les Agttlains de l'aranée de Korbuga combattaient avec l'épée, et qu'eus et leurs chevaux étaient couverts de fer.

En 1116, au sié|;e de Cologne, un corps de l'armée de Henri Y poîtaift.

L'UNIVERS

des cuirasses en oorne impénétrables à tous les traits (*). En 1120, la ville de Gênes , dans une armée de vingtdeux mille hommes, comptait cinq mille hommes couverts de ter de pied en cap. En Honerie, la cavalerie légère était armée de rare et du bouclier; le reste de la cavalerie, de Tépée et de la lance, et leurs chevaux mêmes avaient la tête et la poitrine couvertes de fer. Les cavaliers les plus forts étaient placés au premier rang; et, pour rendre leur choc d'autant plus irrésistible, ou pour empêcher qu ils ne fussent dispersés et rompus par l'ennemi, on liait les têtes de tous leurs chevaux par des chaînes.

Les fentassins, à cette époque, ne combattaient ordinairement qu'avec l'arc ou la fronde; telles étaient les armes de l'infanterie des Normands de Sicile en 1182; les fantassins de Frédéric V lançaient, à Taide ae leurs frondes ,'des traits de plomb; et , dans le récit de la croisade entreprise par ce prince, on fait aussi mention de chevaux bardés de fer. Richard Coeur de Lion, au siège d'Acre, portait une cotte de mailles, et maniait fort adroitement Tarbalète. Les Turcs se servaient, conmie les chrétiens, d'épées à deux tranchants , et de masses d'armes garnies de pointes. Ils dédaignaient l'usage de la cuirasse ; mais ils se servaient de lances dont la pointe était en acier , et d'une épée courte suspendue à leur côté. Bien que leur armure fût moins complète que celle de leurs ennemis, la grande agilité de leurs coursiers les rendait très-dangereux pour les cavaliers chrétiens, qui ne

Souvaient se mouvoir dans leurs loures armures. ^

La garde particulière du roi Philippe-Auguste avait pour armes offensives des masses d'armes ferrées. Les règlements militaires de Henri II, roi d'An^terre, ordonnaient à tout possesseur d'un fief noble , ainsi qu'à tout homme libre, dont les revenus se montaient à seize marcs d'argent , d'avoir

(*) Loricii comeis ferroimputtrtiibUibui, S. PaotiL chroD.

une cuirasse, un casque, un bonditr et une lance. Celui qui n'avait que dk marcs de revenu devait se procurer un haubert, un armet et une lance; le simple bourgeois, un pourpoint, un armet et une lance. Il était aéfendu de vendre ou d'engager ses armes, en un mot , de s*en aéâire de quekjue manière que ce fût; elles devaient, au contraire , être transmises à l'héritier direct, et, s'il arrivait que celui-ci fût incapable d'en faire usage, à celui qui devait le remplacer. Quiconque avait d'autres armes que celles qui étaient prescrites par la loi , était tenu de les remettre ou de les vendre. L'exportation des -armes était prohibée.

Les Juifs ne pouvaient pas en porter.

A la bataiUe de Bouvines, en 1314, nous trouvons , d'un côté , une infasterie tout à fait dépourvue d'armure, combattant seulement avec la massue , la lance, l'épée et l'arc; de l'autre côté , des chevaliers couverts des pieds jusqu'à la tête de cottes de maiUet et de cuirasses de toute espèce, et d'une telle épaisseur, qu'aucun coup d'épée ne pouvait les traverser. Phisieurs Allemands, cependant, réussirent fort habilement à démonter leurs adversaires avec de longues épées à trois tranchants.

Les Sarrasins de l'armée de Frédéric étaient presque uniquement des archers. A la bataille mie Charles I*' livra à Manfired , les AJlemands comiMttirent avec des épées très-longues; mais les Français , en les serrant de près, réussirent à les frapper dans les jointures de leurs armures avec leurs épées plus courtes. Eu Toscane, Tan 1260, on se servait de massues de fer. Ferrare ordonna, en 1279, que tout homme disponible aurait à se pourvoir d'une cotte de mailles , d'un haubert , d'un casque , d'un bouclier, d'une lance, d'une épée et d'un poignard.

Sanutus, dans ses conseils sur la manière d'équiper une armée, fiit encore mention de gantelets en fer, et de boucliers seulement pour le cas où l'on combattait sans armure. Le bcaclier était suspendu à la ceinture, qui.

ALLËMAGNï!.

comme tes armes, en général, était, chez les riches, surchargée d'ornements. En plusieuVs endroits, comme, par exemple , à Ravenne , les armes ne pouvaient être saisies; dans d'autres, comme à Vérone et à Milan , il était défendu de porter certaines armes en temps de paix ; et Fusage imprudent de celles qu'il était j)eripis de porter , était sévèrement puni.

Les princes et les villes entretenaient, en tout temps, des arsenaux bien pourvus; des comtes et des chevaliers même avaient souvent des dépôts d'armes très - considérables. En 1100, le comte de Falkenstein laissa , après sa mort, soixante lances, quatre casques , six trompettes , auinze cuirasses, nuit cuissards , douze bottes en fer.

Grecs , en 1 150, portaient, pour arme défensive , un bouclier rond , et n'avaient, pour armes offensives , que l'arc et les flèches. L'empeveur Emmanuel leur donna des boucliers plus alongés , des javelots longs , et exerça surtout la cavalerie, pour la mettre au niveau de celle des Occidentaux. Les Varangiens,qui combattaient à la'bataille de Dyrrachium , dans les rangs des Grecs ,'maniaient des épées à deux tranchants ; mais , n'ayant ni bouclier, ni cuirasses , ils furent facilement blessés par les Normands qui en étaient pourvus , et qui avaient des épées plus longues (*).

(*) On ne lira pas sans intérêt les réflexions de Tavannes sur les anciennes ar* mures et sur la révolution introduite par les armes k feu. Le gentilhooime y laisse percer son dépit de n'être plus invulnérable; mais il ne |>eut s'empêcher de reconnaître la nécessite d'abandonner tout cet attirail inutile.

m Les bardes d'acier , caparaçons flancars de beufle , de mailles, senroient aux batailles anciennes , qui se demesloient avec Tespée et la lance ; le peu de périls rendoient les combats lones, Tel a esté fait en Halte , Jes hommes et Tes chevaux si bien couverts , que de deux cens meslez ne s'en tuoit quatre en deux heures. Les grands pistolets rendent cet bardes inutiles , et la meslée si périlleuse, qu'un chacun en veut sortir, faisant les combats plus courts, où l'on ne fait que paiier soudaïueuient; les hommes estonnez,

39* lÀvraUm. (Allemagne.)

DBS MàCUIHES DK.GUBRRÈ.

Quoique, à cette époque, on considérât principalement dans l'homme la

le nombre des mourans et blessez font les victoires promptes. Les chevaux armez y seroient inutiles , à cause de la pesanteur des espreuves ; ils sont assez chargez de porter l'homme et ses armes, s^ en porter davantage : neantmoins un chanfrain à l'espreuve et quelques platines au poictral pourroient ftervir.

« Les armes de mailles, cnyr bouilly , cotonnines , servoient aux anciens , lorsque le fer estoit rare et les nations non disciplinées; les lances, les espées firent inventer les corcêlets et salades; les pistolets, les cuirasses , les casques à l'épreuve. Si les armes ofifensives continuent d'augmenter ainsi qu'elles font, par les longs pistolets, virolets, mousquets, poudres et balles artificielles , il sera nécessaire d'inventer des défenses. Les cuirasses battues à froid , trempées, se renforcent de quelque chose, non pour résister à cette force extraordinaire. Ceux qui ne veulent rien commettre k fortune ont renforcé leurs cuirasses , fabriqué des plastrons doublez de lames , leurs casques à l'espreuve du mousquet , se rendant incapables de servir dans les combats estans combattus , enchaisnez et liez de la pesanteur de leurs armes : ils deviennent enclumes immobiles , chargeant tellement les chevaux, u'aux moindres accidents ib succombent essous; leurs courages, leurs entendements travaillez , demy vaincus , n'hazardent, n'agissent , ny ne font rien qui vaille. Ceux qui s'arment sans espreuve ne veulent venir aux mains, ou en sortir bien tost , posans l'artifice au lieu de valeur ; c'est une cognoissanoe de ceux qui désirent bien combattre, quand ils s'arment bien et non incommodément.

La mesure entre ces deux extrémitez est' d'avoir le devant des cuirasses , du casque, deux lames de tassettes et brassarts à l'eipreuve de Tarquebuse, et quelques plastrons contre le mousquet ; je dis le devant , pour n'apprendre à tourner le derrière, et suffira que le reste des armes résiste à l'espée. Tous les soldats n'ont de bons pistolets chargez artificiellemcut ; ils n'y mettent la peine uy la despense , et si l'espreuve susdite ne sert contre les coups choisis et chargez à loisir au logis, elle résistera au commun, du moins elle asscure les timides; la poudre, balles, caitoucbes, ne se char-

L'UNIVERS

valeur personnelle , on était pourtant bien loin de dédaigner tout à fiait les avantages que Tart popvait offrir pour Tarmement, pour rattaque et pour la défense. II est probable que beaucoup de machines de guerre , en usage du temps des anciens Romains , s'étaient conservées jusqu'alors. Mais aux douzième et treizîâne siècles , on fit subir d'impdrtantéi améliorations aux armes de jet) à l'art des sièges , à celui de pratiquer la mipfie, etc. L^un des décrets émanés du second concile de Latran contient ce qni suft x « Nous défendons et punissons d'anathème quiconque emploiera dorénavant^contre les chrétiens catholiques ^ l'art impie et meurtrier de la construction de machines destinées à lancer des traits et des flèches. »

Ce décret ne défend nullement la guerre ou l'usage des armes en général , mais uniquement l'usage de celles

3ui lançaient à une grande distance es masses énormes, ou un grand nombre de projectiles à la fois. Cependant on s'inquiéta fort peu de ce décret , et il ne put empêcher que le perfectionnement des machines de guerre ne prit , spécialement en Italie , un nouvel essor. Les Danois n'apprirent cet art qu'en 1134, des Allemands; et les Français eux-mêmes^ jusqu'au règne de Phi lippe Auguste , furent très-arriérés dans ce genre de connaissances.

Mais les croisades, où tant de nations différentes combattaient sous le même

geiit panoy les tumultes et transports, ainsi que les préparez au logis, qui emportent la pièce. Il est impossible que les capitaines dans les pesans casques et cuirasses frappez reîterémeut de leurs fers et agitez du cheval,

Fuissent faire leur devoir : la conception , imagination, partie de Tesprit , est si joincte au corps qu'elle diminue par l'excessif travail d'iceluy. H est diffiale à ces enferrez de demeurer en mesme assiete en sens rassis, de voir, d'ouîr, de galoper, selon la nécessité , laquelle voudroit que le général ét le maresohal de camp volassent , ou eussent en mesme temps plusieurs corps pour ordonner par tout (*). »

(') Vie de Gaspard de Saols, aeigneiir de Tavan- Hea, t. H, p. i4a et nûr.

drapeau , devinrent une excellente école où se communiqua promptement la connaissance de ces diverses inventions; aussi n'est -il nullement vrai que les mahométans aient surpassé, en cela, les nations oeddentales.

La machine à lancer des projectiles (la catapulte) était d'une construction «t d'une force très-variée. A Faide de cette machine , on lançait non-seulement dés balles préparées pour cet usage, mais des pierres, des flèches, des lances, des poutres hérissées de clous, des tonneaux remplis de combustibles; quelquefois même, en signe de mépris, on lançait, par-dessus les murailles des villes assiégées, des cadavres, des ânes morts, etc. On se fera une idée de la force de ces machines de jet, en songeant que quatre hommes avaient souvent peine à soulever une pierre lancée par la catapulte, avec laquelle on envoyait souvent des meules de moulin à une distance considérable. En 124S, au siège d'Émèse, le sultan Eyub fit jeter di^ns cette ville des pierres de cent quarante livres.

Contre les effets destructeurs de ces terribles machines, les assiégés et les assiégeants cherchaient à se défendre avec des haies faites en branches de saule, des gabions, des tortues jointes à angle aigu , des objets mous et élastiques, tels oue des matelas, des sacs remplis de foin, qu'QU suspendait le long des murailles.

Après les machines de jet, les tours de siège méritent d'être mentionnées avec Quelques détails. Le prmcipal bot que Ton se proposait d'atteindre au moyen de ces tours, c'était de se rendre maître des plus hautes murailles d'une ville. Pour cela , il importait de les bâtir d'une telle hauteur, et de les ap[)rocher tellement des murs de la ville assiégée, qu'on pQt y parvenir à l'aide d'un pont-levis et combattre de plalnpied.

Les assiégés, de leur côté, faisaient tout ce Qu'ils pouvaient pour en^)écheir l'ennemi d'aplanir le terrain autour de leiurs murs; et, quand ils n'y réussiisaient pas, ils laissaient approcher les

toars de la portée de leurs machines, et les incendiaient en y lançant nonseulement des combustibles préparés, mais aussi tout ce qui pouvait prendre feu, comme de Thuile, de la graisse, etc.

Pour se garantir de cette pluie de feu ou [)our Téteindre, les assiégeants se servaient de peaux de bétes, oe couvertures mouillées, de sable, de vinai*^ gre , etc. ; quelquefois aussi les assiégés parvenaient à appuyer une poutre si adroitement contre le pont-levis , que tous les efforts pour le baisser étaient vains. Pour donner du mouvement à ces tours , on les posait tantôt sur des roues , tantôt sur un traîneau. La plus eolossale de ces tours dont nous ayons connaissance, fut construite et employée par Frédéric au siège de Crémone; elle avait six étages, quf allaient en se rétrécissant de bas en hput ; elle était si large et si vaste, que mille soldats y trouvaient place.

Uusaged^s mines n'était pas ignoré; on les pratiquait de deux manières différentes. On creusait jusqu'au pied des murailles, puis on enlevait les pierres qui lui servaient de fondement, et Ton etayait le mur avec des poutres et des matières combustibles , auxquelles on mettait ensuite le feu pour faire écrouler tout réchafaudage. L'autre manière consistait à creuser, à l'aide de mineurs, des allées souterraines qui conduisaient, par-dessous le mur, dans la ville. Les assiégés se défendaient contre cegenre d'attaque par des contre-mines.

DU FBU ORiCKOIS.

L'arme la plus terrible à cette époque était le feu grégeois, inventé par Callinique, arcnitecte d'Héliopoiis, sous Constantin le Barbu. H était composé de noix et d'autres gommes tirées des arbres, de soufre et d'huile. On s'en servait sur mer et sur terre.

Sur mer, tantôt on en remplissait des brûlots qu'on faisait voguer au milieu des ûottes ennemies , et qui les embrasaient; tantôt on en mettait dans de grands tuyaux de cuivre placés sur la proue des vaisseaux de course , et oa

le soufflait contre les bâtiments qu'on voulait détruire. Sur terre , des soldats , portant de petits tuyaux de cuivre ^ soufflaient également le feu ^égeois contre les troupes qui leur étaient opposées. On lanj^it aussi contre (es machines des épieux de fer aims, entourés de matières combustibles, ou des vases remplis de ces matières qui se brisaient eù tombant. Ces diverses manières de combattre ont sans doute donné l'idée des canons, des àisils et des bombes. L'eau ne pouvait éteindre ce feu ; il n'y avait que le vinaigre et le sable qui en arrêtassent les ravages.

Voici comment Joinville parle du feu grégeois :

« La manière du feu gregois estoit telle, qu'il venoit bien devant aussi

f;ros que ung tonneau , et de longueur a queue en duroit bien commè d'une demye canne de quatre pans. Il faisoit tel bruit à venir, qu'il sembloit que ce fust fouidre qui cheust du ciel, et me sembloit d'un grant dragon voilant par l'air, et gettoit si grant clarté Jour tant y avoit grant flamme de feu. Irois foys celle nuytée nous ^tterent ledit feu gregois o ladite Derrière, et quatre foys avec l'arbeleste à tour.

• Et toutes les foys que nostre bon roy saint Loys oyoït qu'ils nous grttoient ainsi ce feu, il se gettoH à terre, et tendoit ses mains la face levée au ciel , et crioit à hanite voix à Nostre Seigneur, et disoit en pleurant à grans larmes : « Beau sire Dieu Jésus-C&ist, garde-moy et toute ma sent I » Et croy moy que des bonnes prières et oraisons nous eurent bon mestier. Et davantage, à chacune foys que le feu nous estoit dieu devant, il nous envoiolt ung de ses chambellans pour savoir en quel point nous estions, et si le feu nous avoit grevez. L'une des foys que les Turcs getterent le feu , il cheut le coust« le chasz chateil que les cens de monseigneur de Corcenay gardoien t , et ferit en la rive du fleuve qui estoit là devant, et s'en venoit droit à eulx tout ardent; et tantoust veez-cy venir courant vers moy un chevalier de cellè compaignie, qui s'en venoit criant:

«Aidez-nous, sire, ou nous sommet

4fft

L'UMVKRS.

tous ars ; car ve6z-cy comme une grant haïe de feu gregois gue les Sarrazins nous ont traict, qui vient droit à nostre chastel. » Tantoust courismes là, dont bësoing leur fut; car, ainsi que disoit le chevalier, ainsi estoit-il. £t estai* gnismes le feu à grant ahan et malaise ; car, de l'autre part, les Sarraziifs nous tiroient à travers le fleuve treet et pilotz, dont estions tous plains. »

BIf PLACES FORTtFIlU 11» DE L*ART DSB FOETIPICATIOHS.

Pendant toute la durée du moyen âge, l'art d'attaquer et l'art de se rortitier se maintinrent à peu près sur la même ligne. Des fossés , des murailles et des tours, étaient les trois parties essentielles des fortifications de toutes les villes et de tous les châteaux. Il y avait cependant outre cela , et surtout en Italie, des donjons au milieu des villes, élevés par certaines familles pour leur servir de retraite , et de point dominant dans les guerres et les dissensions intestines; mais il arriva assez souvent que les magistrats les firent renverser, ou réduire d'un tiers de moitié, etc. Il n'était pas permis à tout le monde d'élever des châteaux forts; le roi Conrad, en 1241 , en fit défense à l'archevêque de Colore. Cependant, à mesure que l'autorité royale diminua, et que les ducs, les landgraves , et d'autres princes commencèrent à se rendre indépendants, des châteaux, des fortifications, s'élevèrent de toutes parts. Quelquefois les rois se réservaient le droit de mettre garnison, en cas de danger, dans des châteaux qu'ils avaient donnés en fief. Fortifier les églises , pour s'en servir comme de châteaux forts, n'était permis qu'à la dernière extrémité, et dans les guerres contre les infidèles. On se servait des bras des soldats et des sujets pour construire les machines de guerre, aussi hien que pour fortifier les places. Les soldats de Frédéric II furent obligés de bâtir une citadelle à firundusium.

La place assiégée n'était pas toujours cernée et attaquée de tous côtés; sou-

vent on employait toutes ses forces pour rompre et démolir les fortifications sur un seul point.

DIS ETElTDAItDS.

Dans aucun temps. Ton n'a pu se passer de signes de ralliement pour les différentes divisions d'une armée; aussi , au douzième et treizième siècle, trouvons-nous des étendards portant des inscriptions et des images de la nature la plus différente. Mais le plus curieux et le plus important était le carroccio , que l'on dit avoir été inventé par Aribert, archevêque de Milan, dans l'année 1130. Ces chars, principalement en usage dans les villes d'Italie, se ressemblaient tous essentiellement, et ne se distinguaient que par de légères différences. Ils reposaient sur quatre roues, et étaient traînés par quatre bœtifis rouges ou blancs, couverts , comme le char, de drap blanc ou rouge. Au milieu de ce cbar, richement décoré de beaucoup d'autres ornements, s'élevait un mat tenu par un cordage, au moyen duquel il était facile de le baisser ou oe le hausser.

A ce mât était attachée une croix ou l'image d'un saint, au-dessus de faquelle flottait le drapeau de la ville. Outre le conducteur aes bœufs en costume magnifique, il v avait auprès de ce char un corps d'élite chargé de la garde du drapeau , un certain nombre de trompettes et de musiciens, quelques chirurgiens, et enfin un prêtre pour présider au service divin : les uns étaient sur le char même, les autres l'entouraient à pied. Ce carroccio, solennellement consacré, était non-seulement le drapeau général de toute l'armée, qui s'engaj^eait par serment à le défendre jusqu'à la mort, mais il était encore comme le quartier général d'où partaient tous les ordres et tous les signaux. Quelquefois le mât du carroccio portait une cloclie appelée la martinella, qui sonnait durant la bataille.

Dans l'armée de l'empereur Frédéric II il y avait des éléphants, dont chacun portait une tour et un drapeau.

ALLE

L*empereur Othon IV, à la bataille de BouTines, avait un char semblable au carroccio, dont le mât était surmonté d*un aigle d*or reposant sur un dragon vaincu. Le char du roi Richard était semblable à celui de Milan. Ije drapeau de TEmpire représentait ordinairement un aigle.

OBI dVrmis.

Chaque chevalier banneret avait son cri de euerre.

Voici les renseignements curieux que du Gange (*) a recueillis sur le cry cTarmes :

< La maison de Chauvigny en Berry, suivant Tauteur du rov d armes, avait pour cry ChevaHers pleurent; mais un provincial manuscrit, dit que le seigneur de Ghaulieu crie HieruscUem' plainement;

Le seigneur de la Ghastre, Â VcUtraU des bon$ chevaliers;

Le seigneur de Gulant, j4u peigne dor;

Salvaing-Boissieu en Dauphiné, Le Salvaing le plus qorgius;

Vaudenay, Au bruit;

La maison de Savoye crioit quelauefois Savoye y quelquefois Saint Maurice y et souvent Bonnes nouvelles;

Le seigneur de Rosière en Barrois, Grandjoye;

Le vicomte de Villenoîr en Berry, A la belle;

Le seigneur de Ghasteauvilain , Chastelvilain à l'arbre d'or:

Le seigneur d'Éternac , Main droitte;

Leseigneur de Neufchastel en Suisse, Esptnart à PEscosse;

Le seigneur de Waurins en Flandres, Mains que levas;

Le seigneur de Kercournadeck en Bretagne, EnDiex est;

Geux de Bar, Au feu. au feu;

(>nx àeVT\tyCans d'oiseaux;

Geux de Buves en KtUns^Buves tost assis;

La maison de Molac , Gric à Molac, qui signifie silence;

Messire Simon Morbier, grand maistre dliostel de la reine de France (ce

(^) Dissertation sur Thisloire de saiut I<oius.

AGNE. 45S

sont les termes d*un provincial), prevost de Paris sous Charles VI, et grand partisan des Anglois, crioit : Morbier de Veù:trait des preux;

Les chevaliers du Saint-Esprit au Droit Désir, autrement de TEnneu ou del Nodo, instituez par Louys de Tarente, roy de Sicile, le jour ae la Pentecoste, l'an 1352, après avoir crié le cry de leurs familles , crioient le cry de Tordre, qui estoit Au Droit Désir;

Les anciens seigneurs de Préaux , en Normandie, avaient pour cry César Auguste.

11 y avoit de ces crys de guerre oui marquoient la dignité annexée à la ra« mille dont le prince ou seigneur estoit issu. Ainsi les premiers ducs de Bourgogne avoient pour cry ChastUlon au noble duc; les ducs de Brabant, Lotivain au riche duc ; le duc de Bretagne , Saint-Malo au riche duc; le comte de Mœurs, Mceurs au comte; les comtes de Hainault , Hainault au noble comte y ou Hainault simplement, dans la Chro* nique de Flandres; les comtes dauphins d* Auvergne, Clermont au dauphin d'Auvergne; les ducs de Milan, dans Froissart, Pavie au seigneur de Milan.

Renerus , parlant du comte de Los , dit : Et criant trois fois le nom de son comté, Loz, il se jeta au milieu des rangs ennemis. Les anciens comtes d*Anjou crioient f^atiey qui est le nom d'un pays voisin du comté d'Anjou, que Ton nomme Vallée, où est l(eaufort.

Il y en avdt qui estoient tirez de quelques épithetes d*honneur attribuez aux tamilles. Ainsi fa maison de Bousfes en Hainault crioit Bousies au bon fier; les seigneurs de Maldenghen en Flandres, Maldenghen la loiaie; les seigneurs de Coucy en Picardie, Cùucy à îa merveille y ou, selon d'autres, Place à la bannière; les seigaeurs de Vilain , issus des chastellains de Gand , Gand à FHain sans reproche.

On en remarque d'autres tirez et extraits du blason des armes de la famille : tel estoit le cry des comtes de Flandres , Flandres au Lyon^ et celui de la maison de Waudripont en Hai-

L'UNIVERS

nault, Cul à ad K^audfipont^ parce qu'elle porte en armes deux lyons adossez.

Quelques princes parvenus à des royaumes ou principautéz souveraines , pour marquer Torigme de leur ancienne extraction , en ont conservé la mémoire par le nom de leur famille, dont ils estoient issus, qu'ils ont pris pour cry d'armes. Cest pour cela que les rois de Navarre , si nous croyons André Favy n, avoicnt pour cry dé guerre Begorre, BegarrCy comme issus et prenans leur extraction des anciens comtes de Bigorre. Jean de Bailleul, royd'Ëscosse, retint toûjours le cry de sa maison, Hel&court en Pontieu. qui est une baronnie située au comte de Pontieu.

Dans Froissart, le comte de Derby, 4e la maison de Lancastre, crie Lancastre au comte Derby.

Souvent les rois et les princes ont crié le nom de la capitale de leurs États. L'empereur Othon , à la bataille de Bovines, cria Borne;

Philippes Mouskes :

Lirais Othe pour son reclaim Cria Âoume trou Si corne proesse <

Cria Âoume trois fois s'ensetgne, \ fi enseigne.

Ottocar, roy de Bohême, en un combat contre les Allemans, cria Pragucy Prague; les ducs de Brabant crioient Louvainy comme j'ay déjà remarqué; le comte Raymond de Saint- Gilles, en la première guerre d'outremer, crioit Toiose; et Willebrand â'Oldenbourg écrit qu^ les rois d'Arménie crioient Npvers ou Naverzan,

aui estoit le nom d'un fort château 'Arménie.

Les communes crioient ordinairement le nom de la ville principale de leur contrée. Les Normans, dans Philippes Mouskes, crient Bouên; les " ascons, Bordeaux.

Et RuBH escrient U Nomusnt, - Ba£TAGir£ huçent H Breton {*), BouRDKux et Blavu, li Gascon.

(*) C'est ainsi que nous verrons les Allemands , à la bataille de Bénévent , crier : Souabe. A la bataille de Bouvioes , ils crièrent : Kjrie eleison. Voy. p. 3i6 , col. i.

Les Avalois, qui sont ceux des environs de Cologne, crierènt à la bataille de •bovines, Cologne.

Les Flamens révoltez contre leur prince, dont les |>rincipaux estoîeot ceux de Gand , crioient Gand, Gand, suivant Froissart.

Mais, pour le plus souvent, le cry d'armes estoit le nom de la maison; d'où vient que nous lisons presque à toutes rencontres dans les Provinciaux, ou Recueils de blasons : Il porte de y etc. , et crie son nom; c'est-à-dire , que le cry d'armes est semblable au nom de la famille. Dans Froissart, le seigneur de Roye crie Jioye au seigneur de Rotje; Guillebert de Bemevilîe, en l'une de ses chansons, parlant d'Erard de Valéry :

Ka sans f atrester Erard safjuer, Qui Valéry crie.

Ainsi le cpmte de Montfort, en la guerre contre les Albigeois, crioit Montfort, comme Pierre, moine du Vaux de Sarnay, nous l'apprend, et, après luy, Philippes Mouskes.

Tous les gentilshommes n'avoient pas le droit du cry d'armes; c'estoit un privilège qui n'appartenoit qu'à ceux qui estoient cheis et conducteurs de Troupes et qui avoient bannière dans l'armée. » i

MUSIQUE XILrrAIRl.

Qadquefois, au commencement de la bataille, on élevait un bruyâtat cri de guerre; d'autres fois aussi on entonnait uœ chanson de guerre en l'accompagnant du son des clairons et des trombones. Ainsi les Normands chantèrent à Hastings la chanson de Roland Auprès de toutes les armées, au^si bien dans celles des Turcs que dans celles des croisés, nous trou»

vons une musique guerrière composée de troippettés, de timbales, de cors, de flûtes, etc., etc.

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