PAIX DS DIKU. FAIX PUBLIQUE
On a souvent, et surtout de notre temps, appelé barbares, désastreuses et incompatibles avec toute justice , les idées du moyen âge, d'après lesquelles chaque individu avait le droit de faire la guerre et la paix. Cependant il ne serait pas inripossible d'expliquer et même cle justifier. quelques-unes de ces coutumes qui nous choquent tant aujourd'hui.
L'usnge de décider par la force et
par la guerre ce qu'une cour de jus* tice ne pouvait ou ne semblait potivoir convenablement décider, devait aguerrir chaque homme, accroître par un exercice continuel son courage et sa vigueur, et développer son intelligence d'une manière bieir plus énergique que ne le peuvent faire renrôlement forcé , la soumission et ^ l'obéissance passive. On doit rejeter l'opinion qui veut que tout droit n'ait été alors que le privilège du plus fort, par cela seul que le plus fort, quand il voulait se montrer injuste, était obligé d'exposer sa vie, et que le plus faible pouvait toujours trouver moyen de s'associer à d'autres opprimés, et de se rendre ainsi formidable. Une simple ouerelle de ce temps développait plus d'individualité que ne le font aujourd'hui de grandes guerres, par cela seul qu'aujourd'hui Iesqualités personnelles sont remplacées par les masses. De là aussi il résulte qu'alors les querelles se bornaient à peu près à ceux qui y étaient intéressés, tandis que, de nos jours, chaque guerre embrasse une si grande étendue, et frappe une foule si innombrable, que mille querelles du moyen âge ne pouvaient causer autant de désastres. Ajoutons que le droit de guerre privée n^était point aussi arbitraire que nous le croyons; au contraire, puisqu il dépendait toujours du jugement des suzerains ou des pairs, qui ne manquaient pas de faire une distinction entre une guerre injuste et une guerre juste. L'état de guerre enfin ne s'étendait pas , comme aujourd'hui , au delà de la guerre elle-même et pendant toute la durée de la paix : avec la paix, tous les préparatifs et toutes les mesures prises pour la guerre étaient si bien abandonnés, que les guerriers rentraient dans leurs foyers, que les mercenaires étaient licenciés, et que tous enfin étaient rendus aux occupations de la paix; tandis que de nos jours les armées permanents, plus nombreuses que les plus granoes armées du moyen âge, font une guerre perpé* tuelle à la fortune de leurs concitoyens, et sont des écoles où l'homme s'accoutume à une vie mécanique, vicieuse
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et inactive, ou du moins à une activité qui ne porte point de fruits.
Aucun de ces inconvénients n'était connu au temps du droit du plus fort.
L'état d'excitation continuelle, résultant des constitutions militaires d'aujourd'hui, affaiblit tellement nos royaumes les plus puissants au milieu même de la paix, que pour des entreprise^ telles que de petites villes en faisaient msuk» ftutr^QÎt ypr emnple la constrl]^^QQ, dç^ IsUmX, il ne leur reste ni argent^ ip iSrce, ni courafe.
Qes cônmfyrations ^ loin détendre l^çach^r avec partialité le c^té faible dits /Siècles passés, ont uniquement pour but de prouver que le droit de la guerre du moyen âge, quoique trèsodieux et condamnable sans restriction, n'était pas cependant sans avoir quelques cotes utiles, et qu'aucun des siècles qui suivirent n'eut exclusivemeut la sagesse et la vérité en partage.
B'^îUeurs les inconvénients d'un pareil état de choses n'étaient nullement ignorés, çt Ton s'e^oi^fiit sérieusement de les faire aisparaftre : ainsi, par exemple, le cierge plus consciencieux, et saisissant la haute portée des paroles du Christ, « La paix soit aux nommes sur la terre,» se croyait obligé, avant tout, de contribuer à accomplir la parole divine. Après bien des essais iniructueux, une idée, conçue dans la France du sud-ouest, fut couronnée d'un succès plus emcace et presdue universel : ce fut lapaix deDieu. Les aispositions devaient en être strictement observées partout; et, quoique beaucoup de laïques les repoussassent comme une restriction apportée à leur droit de guerre, elles trouvèrent chez tous les autres une entière adhésion.
Quand dans plusieurs conciles les papes leur eurent donné conûrmation et extension , tout le monde fut forcé de s'v soumettre, ou du moins on ne put désormais les enfreindre impunément.
Voici les dispositions principales de ces décrets :
1 . La paix de Dieu , treuga Dei, durant laquelle Aucune guerre ne peut être faite, a lieu depuis l'Avent jusqu'à
i'Épiphanîe, et depuis le dimanche delà
Qulnquagésime jusqu'à la Pentecôte;
Suispendant lesQuatre-temps, les jours e mai et les principaux jours de fête; enfin dans chaque semame, depuis le mercredi soir jus<][u'au lundi matin.
2'. La paix ainsi fixée sera pour les guerriers et les guerroyants. Auront une paix continuelle les églises, les cloîtres, les cimetières, l'intérieur des villages , ce qui est contenu entre le fossé et la haie, les moulins , les routes royales, les ecclésiastiques, les pèlerins, les hiarchands, les juifs, les laboureurs et les femmes.
3. Il sera donné un signal par toutes les cloches , au moment où la paix commence. Il est défendu à un prêtre quelconque, sous peine de destitution, de célébrer le service divin là où qui que ce soit aura enfreint cette pix. Un chevalier qui nie l'infraction de la paix se justifiera en présence de sept témoins garahtâ de son serment; tout autre prouvera son innocence par le jugement de Dieu. Le chevalier con* vaincu d'avoir enfreint la pix, oa d'avoir, blessé ou tué quelqu un , sera chassé de l'aleu , qui sera transmis aux héritiers, ou du fief, qui reviendra au seigneur. Si les héritiers ou le seigneur ont porté aide à l'infracteur, le bien deviendra domaine royal. Le serf qui tue pendant la paix aura la tête tranchée; s^il a fait une blessure, on lui tranchera la main. Chacun a le droit d'exécuter ce jugement; nul ne peut se racheter. Celui qui se réfugie dans une église ou dans un autre asile n'y sera ni pris ni tué, mais il y sera tenu prisonnier jusqu'à ce que la faim le force à se rendre. .
4. Pendant la paix , nul n'aura la permission de porter des armes , excepté
le voyageur qui voyage dans un pays I où la paix n^est pas strictement ob- j servée. j
Ces dispositions et d'autres semblables furent souvent renouvelées et jurées par les hommes de toutes les conditions; mais il est vrai qu'elles ne furent pas toujours bien observées.
Dans quelques pays, on levait des iro^ pots pour taire observer strictement U
paix, ou pour indemniser ceux qui avaient souffert des dommages , quel-
auefois aussi pour former une espèce 'assurance des biens mobiliers.
A côté de cette paix de l'Église et de Dieu, les princes séculiers établirent, avec des dispositions non moins sévères, la paix de l'Empire et la paix politique; mais toutes les deux ne parvinrent jamais à amener une paix telle que nous la croyons nécessaire de nos jours. La paix de Dieu ne défendait la guerre qu'a certaines époques de l'année; il restait donc à la paix publique de fixer les causes pour lesquelles la guerre était regardée comme juste et permise, ou plutôt à fixer celles pour lesquelles elle ne pouvait pas avoir lieu. Pendant
tes jours de paix, nul, sous peine du )an, n'avait le droit de porter une arme autre que Tépée ; il n*y avait d'exception que pour les tournois.
Êans l'intérieur des villes, des châaux et des villages, l'épée même était
f»rohibée. L'empereur Frédéric I" fut nexorable pour le maintien de la paix publique; if fit plusieurs lois qui imposaient aux infracteurs de sévères punitions corporelles et des amendes considérables; des princes même, par son ordre, durent se soumettre à la peine honteuse de porter gn chien galeux (*); plusieurs chevaliers eurent la téte tranèhée. La paix publique , proclamée avant son départ pour la terre sainte, ordonnait que toute guerre privée fût dédarée trois jours d'avance, et que les traités fussent strictement observés. .
Chaque prince était autorisé à prononcer le ban pour violation de la paix; mais l'empereur seul pouvait le lever, et seulement encore lorsque le coupable avait pris devant le ju^e un arrangement avec la personne lésée. Celui qui , dans l'espace d'un an, ne faisait pas lever le ban qui pesait sur lui devenait infâme, il perdait tous ses droits 'et tous ses fiers. Si l'infracteur de la paix publique avait incendié des champs ou des maisons, on le punissait de mort; chacun était tenu , sous des peines sé-
(•) C'est la peine du Harnescar dont nous «vont déjà parlé. Tojez pag. 3ox , eol. a.
vères, de le livrer à la justice; son seigneur, son vassal et ses parents, pouvaient le mener dans yn endroit sûr, mais là ils devaient l'abandonner à luimême. Le droit saxon , au contraire , veut que si le vassal et les siens ont enfreint la paix publique, le seigneur et ses procnes agissent contre lui, sans porter pour cela préjudice à la foi féodale, qui défend la guerre entre le seigneur et son vassal.
Les successeurs de Frédéric I*', Philippe, Othon IV, Frédéric II et Guillaume, cherchèrent à suivre son exemple; mais leurs efifbrts furent d'autant moins couronnés de succès, 'qu'à Tabsence de principes sur la l^alité et l'illégalité des guerres privées, se joignit l'absence d'une autorité capable de punir les crimes, mène les plus graves en ce genre.
En Aneleterre, en France et en Hongrie, les rois travaillèrent, avec
f lus ou moins de succès, à l'organisaion de la paix publique. En Hongrie, le noble qui entrait en ennemf dans la demeure d'un autre perdait toute sa fortune; et, s'il n'en avait pas, il était fouetté et vendu comme esclave. Les mesures les plus énergiques et les plus efficaces sur ce point furent prises par saint Louis. Dans l'année 1187, il parvint à interdire toute guerre privée sans aucune exception.
FOUCES VAVAUS.
XiLmiTIMtfl.
aunjia*
Au nord de l'Europe, les Danois, les Suédois et les Norwégiens se livraient, depuis les temps les plus reculés, à la navigation , au commerce sur les cdtes, et aussi au métier de pirates. Au sud et au sud-est, les Grecs et les Napolitain^ furent pour un temps les plus grandes
Suissances maritimes; mats bientôt les ottes de Pise , de Venise et de Gênes ^ dominèrent sur la Méditerranée. La prise de Constantinople en 1204, l« guerre de Frédéric II avec Gênes, la guerre de Venise avec Pise, etc. , etc., nous montrent «quelles étaient les res* sources de ces villes actives et indus* trieuses. La ville de Venise, en 1100,
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conduisit, contre te port de Pise, cent trois mâts. Des détails plus exacts sur
Suarante-deux vaisseaux, sur lesquels la grandeur et les différentes parties y avait une ûrmée de vin^-deux des vaisseaux du premier rang se troumille hommes , tant en cavalerie qu*en vent dans un traité que les Vénitiens infanterie. En 1243, la ville de Gènes eonclurent avec saint Louis. Les vaisfiit bloquée par quatre-vingts vaisseaux seaux de ce genre avaient cent dix dePise,et par quaranten^inq vaisseaux pieds de long, sur quarante de large (*). impériaux ; et ces vaisseaux n'étaient Chaque vaisseau de guerre était pourvu pomt simplement de grandes barques , de plusieurs ponts-levis pour accrocomme on serait tenté de le croire. Le cher et attaquer le bâtiment ennemi ; vaisseau amiral de Tempereur Frédé- et quand il s'agissait d*assiéger une rie portait mille soldats, tandis qu'au- ville par mer, on élevait sur le pont jourd*hui un vaisseau de cent bouches des vaisseaux des tours de cent pieds a feu n*a à bord que huit cent cin- et plus, autour desquelles on appliquante hommes. En 1188, les Véni- quait des ponts -levis, de manière h tiens se chargèrent d'envoyer au se- . pouvoir les laisser tomber sur les mucours des Grecs cent vaisseaux, chacun railles de la ville. ^ de cent quarante rameurs , ce qui fait II était d'usaee' de distinguer les quatorze mille rameurs, sans compter vaisseaux par la couleur employée les soldats, les ehefe, et d'autres em- pour les peindre : les vaisseaux de ployés. Ainsi, quand on fait mention uénes, par exemple, jusqu'à de flottes de deux cents voiles , il en ré- étaient peints en bleu ; plus tard , suite que réquipase se montait detren- en blanc avec des croix rouges. Walte à quarante mille hommes; ce qui est demarl*', en 1158, reçut un vaisd'autantplus surprenant, que le com*. seau du roi de Norwége, qui avait la merce n^était pas, pour cela, inter- forme d'un dragon, et dont la proue rompu, et que cette ville n'avait presque était dorée. Qn attachait aux mats les pas de territoire. Où donc un si netit drapeaux du pays ou de la ville ; et les Ëtat prenait-il tant de matelots? il en plus grands vaisseaux recevaient des recrutait en Dalmatie , dans toutes les noms propres. Les vaisseaux de l'emvilles, dans toutes les tles tributaires, pereur Alexis avaient par devant des et dans toutes les contrées où les Véni- gueules de lion , qui semblaient n'être tiens avaient des comptoirs. D'ailleurs qu'un ornement , mais qui , en réalité, les mercenaires ne manquent jamais n'étaient que des ouverâires ménasées là où ils sont sûrs d'être bien payés, pour lancer le feu grégeois, dont alors Vers la fin du douzième siècle, Venise on se servait souvent dans les batailpossédait déjà un arsenal de marine si les navales. Les Occidentaux faisaient considérable , qu'elle put armer contre usaçe de simples brûlots, qu'ils charl'empereur Enomanuel cent vaisseaux geaient de ragots enduits de poix, eu cent jours. Contre ces préparatifs incendiaires, il La grandeur et la forme des vais- était probablement inutile de couvrir seaux étaient aussi variées que leurs les vaisseaux d'asphalte , comme le dénominations. Qn appelait galères les firent les Samiens. En ^uise d'ancres, bâtiments les plus considérables ; elles on se servait quelquefois de sacs renoétaient longues et étroites, avaient de plis de sable, deux à quatre rangs de rameurs , et La tactique navale n'était pas chose étaient armées sur le devant d'un épe- inconnue , et si les galères des Géron en fer pour percer le vaisseau en- nois marchaient mieux que celles de nemi. Les galiotes, qui n'avaient qu'un Pise , les galères de Venise étaient cerseul rang de rameurs , étaient plus tainement supérieures à toutes les aucourtes et plus agiles. En 1270, la ville très. Elles renfermaient des tonneaux de Gênes avait des vaisseaux à deux
ponts. Le grand vaisseau de S^ladin, (*) La longueur de ces piedi n'est pas
pris par Richard Coeur de Lion , avait exactemeot connue.
remplis de chaux et d^autres oiatières inceûdiaîres, destinées à être lancées sur les vaisseaux ennemis ; des grapins et des chaînes d'abordage ;en6n, es machines de jet de différente espèce. Quelcuefois aussi on couvrait les vaisseaux de cuir, pour les mettre à Tabri du feu. Pour les garantir contre Pinfluence de l'air et de Teau , on les enduisait de sav»n ; il en fallait cinq cents livres pour une galère.
Les marins les moms habiles, tels que les Allemands et les Frisons , se tenaient le long des côtes; les plus expérimentés se hasardaient en pleine mer. Nous ne savons pas avec certitude quand et avec quel avantage oq fit usage de la boussole, dont Amalti portait l'emblème dans ses armes.
La solde des matelots, ainsi que le prix que les pèlerins payaient pour le trajet , varièrent aux différentes épo-
Sues. Les matelots deVenise, au milieu u treizième siècle , recevaient quatre gros de Venise par mois. Lors de la croisade de saint Louis, les Vénitiens demandèrent, à chaque chevalier, suivi de deux valets, d'un cheyal et d'un palefrenier, huit marcs et demi de naulage, pour le transport de ses armes et de ses vivres, et pour la fourniture du combustible nécessaire. Un chevalier, qui ne demandait <^u'un endroit abrité pour coucher, payait deux marcs et demi; un écuyer, non abrité, sept onces; uA pèlerin, trois quarts de marc, etc. Le bas prix de ces indemnités ne permet pas de croire que la nourriture y filt comprise.
Voici comment Joinville raconte son embaruuement : « Nous entrasmes au mois draoust celui an (1248) en la nef à la roche de Marseille, et fut ouverte la porte de la nef pour faire entrer nos chevaulx, ceulx que devions mener oultre mer. Et quant tous furent entrez , la porte fut redouse et estouppée , ainsi comme l'on vouldrait faire un tonnel de vin , pour œ que quant la nef est en la grand mer toute la porte est en eauê. Et tantost le maistre de la nau s*escria à ses gens qui estoient au bec de la nef : « Est vostre besogne preste? Sommes-nous à
30* Livraison, (Allemagne./
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Êoint ? » Et ils dirent que oy vraiement. t quant les prebstres et âercs furent entrez , il les fist tous monter au chasteau de la nef, et leur fit dianter ce bel igne , P^eniy creatof spfriius^ tout de bout en bout. Et en chantant, les mariniers firent voille de par Dieu. Et incontinent le vent s'entonne en la voille , et tantost nous fist perdre la terre de veuë , si que nous ne vismes plus que del et mer, et cbascun jour nous esloignasmes du lieu dont nous estions partiz. Et par ce veulx-je bien dire que icelui est bien fol , qui sceut avoir aucune chose de l'autrui, et quelque péché mortel en son ame, et se boute en tel danger; car si on s'endort au soir. Ton ne soeit si on se trouvera au matin au sous de la mer. »
Chacun des peuples navigateurs du moyen â^e avait des lois commerciales et maritimes. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner et de décider où elles furent recueillies pour la première fois. On sait avec certitude qu'elles le furent au milieu du treizième siècle, et en
{)lusieurs endroits à la fois. Le recueil e plus connu de cette époque, et en même temps le plus riche en dispositions différentes , est le Ubro del consulado. Il s'occupe, entre autres choses, de la construction des navires et des armateurs, des propriétaires et de leurs associés, du consentement nécessaire pour les transp<)rts, de la vente des droits de propriété et des frais de havrerie; il fixe les droits et les obligations des marins , les conditions de leurs engagements et de leurs congés, leurs droits et leurs devoirs, leurs récompenses et leurs punitions; il traite enfin de la cargaison , du prix du transport , de la participation aux chances, des cautions, des marchandises avariées ou jetées à la mer, de la piraterie , des navires pris et rendus, de la rançon des prisonniers , etc.
Il y avait déjà a cette époque , entre les vaisseaux des diverses nations, certains signes de déférence et de respect. En 1257 , les Génois durent promettre aux Vénitiens de ne plus passer devant le port de Saint-Jean d'Acre le pavillon déployé. Très-souvent on ren*
dit des lois dans le but ie faTorîser le oominercQ et la itfiYÎg^on; etœ fot sans doute pour ce motif que Henri II défendit de vendre de» navkes.anglais aux étrangers.
Passofis mMQtfaïaiit à la vie inté»
rieure, et énumérons ooelques-unes des coutumes qui présidaient aux re* latioBS privées, Jd la mine est ridie çt fécond^ ; maïs nont nom contente* rons le plus souvent de puiser dans le recueil des antiquités du droit-germanique de M* Grinun, où se trouvent rassemblées les coutumes si curieuses de r AUeniagne du moyen âge
FÀMILLB.
Dioais M PAmivri.
Dans l'ancien droit gormanique les dfigrés de pareàté et les noms qu'on leur donne se emportent à l'organisation du corps numain. lie droit ripuaire et la kî anglaise en reconnaissentcinq ; ledroit saliqoe, six -, d'autres, sept. C'est ce dernier nombre qa'fndi* gue le Miroir de Saie. L'bdnune et la lemme ont leur siège dans la téte ; les enfants nés d'un ineme père et d'une même mère, dans le cou ; les enfants des frères du même lit, dans l'articulation qui joint Tépaule au bras ; il en est de même pour les enfants de la sceur. ht «eoond degré est placé dans le coude; te troisième dans le poigniet; le quatrième, dans la première articulation du doigt du milieu ; le cinquième, dans la seconde; le sixième, dans la troisîteie , et le septième , dans l'ongle, et s'appeHe , pour ce motif, les parents de l'ongle {nagehuagé).
Le mariase entre parents au quatrième degré était prohibé, car, disaiton , il j aonalre humeurs dans le corps, comipecelarésultedes quatreélémeiits.
Auparavant njime , la prohibition allait jusqu'au septième degré. Ce n'étaient pas les seulfbs entraves que le mariage edit k surmonter. On eonnatt le droit é^premlére miU, que s'arrogeaient les
seigneurs ; il est ^niî qu'on se radietait de cette espèce de servitude. Toutefois il fallait au moins la permission de se marier. Dans queloues contrées du Rhin , un mariage était dissous quand le seigneur pouvait prouver que l'un des époux était sien. Dans le Poitou , le comte mariait , selon son bon plaisfap, les 6lles et les veuves. Cependant les princes renoncèrent peu a peu à l'exercice de ces dnfits outrageants:
« Nous vous octroyons , dit Henri VI aux bourgeois de Francfort, cette faveur que nous ne contraindrons plus aucun de vous, riche ou pauvre, à marier sa fille ou sa parente à Tune des personnes de notre cour, ou à tout autre. »
Les enfants ne pouvaient se marier sans le consentement de leurs parents ; la veuve , quand le consentement n'était pas obtenu, ne recueillait des biens de son mari 4 que dés habits. A Bologne, un père tua sa fille et son gendre, parce qu'ils s'étaient mariés contre son gré.
Les filles, d'après un édit dUrbain II , ne pouvaient se marier avant douze ans ; c'était là le drôit , mais en fait elles ne se mariaient guère avant leur vingtième année.
Souvent les époux se promettaient mutuellement de vivre dans la chasteté. Cest ainsi que le duc Henri le Barbu laissa croître en effet sa barbe , du jour où il fit une promet de ce genre à sa sainte femme Hedwige.
Les parents de Robert Guiscard , Tancrède et Moriella , prenaient une précaution plus sage; ils avaient soin, avant d'user mutuellement de leurs droits d'époux, de s^agenouiller devant Dieu, pour lui demander une postérité qui devint méritante k ses yeux.
Cependant certaines femmes de croisés attachaient beaucoup plus d'Importance à leurs droits conjugaux. On en vit plusieurs se plaindre hautement de ce que teurs maris voulaient s'éloi*» ener d'elles sous prétexte d'entreprendre ce saint pèlerinage. Mais Alexandre et Innocent III rqietèrent leurs doléances.
Cba tes Frisons, lejouf des noces, la fiancée était escortée jusqu'au tem*
81e par une nombreuse suite de ieunee Iles et de jeunes sarçons. La cérémo* nie terminée, on la conduirait avec la
même pompe à la maison de son époux , devant lequel marchait un jeune homme.
FépNée nue à la main. Quand on était arrivé à la demeure conjugale , ^uelqu'un des parents de Tépoux jetait devant fe seuil un balai , par-dessus le-
3uel répousée devait passer, pour étoumer les funestes présases et les maléûces. Au moment où elle se préparait à franchir le seuil , un autre parent ou un voisin de Tépoux tirait son £laive du fourreau, et le mettait en n*avers de la porte pour en fermer l'accès à répousée, qui cherchait à forcer le passage. Elle n'était admise qu'après avoir vaincu cette résistance par quelque petit présent. On voulait, par cet usage , l'avertir de conserver sa chasteté pure et intacte , et la prévenir que SI elle manquait à ses devoirs , répoux était en droit de frapper une éoouse adultère de ce même glaive, sous lequel elle avait passé pour entrer dans la maison, et que Ton appelait le glaive nuptial , aejhwird.
Voici des fiançailles dont les coutumes remontent à l'époque carlovingienne:
Par-devant le tribunal ducomteau de renvoyé du roiy (usisté de sepê juges f le$ bans étant pubUés par le dizenier ou le centenier^ la vewe sa* Hque est mariée de la tnaniére suivante: Làsontprésents nettf hommes , trois demcmdeursy trois défendeurs, trois témoins. Là doivent être aussi trois soUdi et un denier ayant le poids... Cela fait, quand Vépoux a donné au reparius (*) , c^est-àrdire au tuteur ou protecteur de la veuve, le prix d'dessus énoncé, on doit demander à la femme si elle accepte
(*) NoiM apprenons par ce passage que le reptu éuit un prix de vente symbolique, et de là le nom de reparUu, donne au tuteor,
oeliii de r$pvia donné à la pupille.
r^potto? am se présente. SieUerépond mirmamement, on doit s*enquérir du père de répoux, s*U donne son consentement à son fils. Alors que Poraieur commence.
n est à remarquer que, dans cett^ formule , la veuve s'appelle SewÊpnh nia, l'époux Fabius, et le tuteur Se^ neca: que , de plus , ce Seneca est appelé le reparius de la femme qui est dite sa rà}aria.
OuanaFaUusaassuréàsafemme le Uers de son avoir, alors oue le glaive et la chlamyde soient présentés par Seneca, et que Porateur^se: Par ce glaive et par cette chlamyde^ marie à Fabius Sempro^ la repana , qui est de la race des Francs. Et quand Seneca y a consenti, qu^aiors Toraleur dise à Fabius, en hd remettant le glaive et la chlamyde: O Fùbiusy par ce glaiveet cette chlamyde, il te la recommande.
BOT. Dov nv MATOr.
Les parents et les convives jetaient dans le lit nuptial les présents qu'ils destinaient aux nouveaux époux, ou bien encore ils les leur apportaient le jour suivant. Le mariage était considéré comme consommé, quand la couvertureavaittouchélemari et lafemme.
Les poésies du moyen âge font souvent mention d'époux qui , le jour de leur union , échangent entre eux leurs chemises. Le matin, on servait, devant leur lit, un mets qu'ils mangeaient ensemble ; pour les gens de distinction , c'était une poule rôtie, la poule des noces, la poule d'amour. Ce même matin la femme recevait de son époux un présent considérable , le morgen-
?aby dont nous avons déjà parlé, ^our le moraengab^ le prince donnait cent marcs; le vassal cinq ; le libre in* termédiaire dix ; enfin , le chevalier apportait en outre, un serviteur, une servante , une maison garnie , un troupeau qui allait à la pâture ; Thomine en appartenance ( le serf) faisait l'apport d'un mouton , d'une chèvre , ou bien de quelque pétite somme d'argent.
Le man ne pouvait , sans le consente*
ment de sa ferome, disposer de ses biens ou de son don du matfn; et réciproquement, la femme ne le pouvait sans K consentement de son mari. Le mari avait la tutelle de sa femme , même lorsqu'il n'était pas de la même condition qu'elle, car, oisait-on , « femme qui entre dans le lit du mari , entre aussi dans le droit du mari. » Elle ne itcouvrait son premier état qu'au décès de son époux. Une fenrnie ne pouvait non plus ester en justice sans rautorisation du mari. La jeune fille mineure ne pouvait de même y paraître sans être assistée de son tuteur.
OBfMIISM
Dans les lois les plus anciennes , le wergeM , pour les femmes enceintes , est ordinairement plus élevé que pour toute autre , prce qu'on avait égard à l'enfant qu'elles portaient. Ces lois, surtout les plus sages, leur accordent une autre faveur cjui doit remonter à des temps fort anciens : elles peuvent impunément prendre, à leur gré, les fruits , les légumes , le gibier dont elles ont envie. Un règlement cité par M.Grimm,est ainsi conçu : «Le schœff est d'avis que les habitantsdeSchœnaw entretiennent un verger dans l'enclos des moines , afin que , s'il passe par là une demoiselle qid soit enceinte , elle puisse satisfaire son envie, et qu'il n'en résuite pas un plus grand dommage. »
Les paysans de la Souabe, qui se révoltèrent au commencement du seizième siècle , stipulèrent, dans les conditions moyennalht lesouelles ils se soumirent , si l'un d eux avait une femme enceinte, il pourrait, sans qu'on lui en fU un crime, péclier pour elle un poisson dans le ruisseau.
SXP061TI0V DU VOUVBAU-ITKS.
Liafburch , au moment où sa mèire lui donna le jour, fut saisie par sa ^rand'mère qui étiit païenne , et qui , indimée de ce que son fils n'avait que des filles , livra l'enfant nouveau-né à
des valets, avec ordre de le noya*.
L'esclave auquel cet ordre cruel avait été donné, se mit en mesure d'obéir; il remplit un seau d'eau , et v plongea l'innocente créature ; mais celle-ci , bien qu'elle vînt de naître à l'heure même, saisit les deux bords du seau , et se mit à lutter contre l'esclave. Pendant cette lutte merveilleuse, effet de la miséricorde divine, qui destinait Liafburch à devenir la mère de deux saints évéques, Ludi^er et Hildegrim, une femme du voisinage survint, et, prenant pitié de la pauvre petite , l'arracha des mains de son bourreau , ^enfuit avec elle dans sa maison , où elle lui fit goûter m peu de miel; cary chez les païens, il est défendu de donner la mort à un enfant qui a pris quelque aliment. Cependant les ministres de la cruelle grand'mère avaient poursuivi la pauvre femme; et, voyant au'ils ne pouvaient plus exécuter l'ordre qu'ils avaient reçu , ils n'osèrent raconter le fait à leur maîtresse, mais abandonnèrent l'enfant à celle qui l'avait sauvée. La grand'mère morte, Liafburch fiit rendue à sa mère.
FOBMVLBS DBS TBOIS CAS DB vicBSUTB ABSO- LUS OÙ LA MÈRB PEUT VBHDBB IMS BIBXS DB L*BIfPAIfT MtlTBUB POUB LUI OOUSBBVeB LA YZB.
Quand un enfant, jeune encore , a été pris et conduit vers le nord de la grève, ou vers le sud de la forêt , la mère peut engager ou vendre ses biens pour le racheter.
Quand l'année est chère, que la famine est extrême , qu'elle sévit par le pays, et que l'enfant est sur le point de mourir de faim, la viére alors doit engager et vendre le bien de l'enfant, et acheter à sapropéniture, vache, oeufs et grains, afin de lui conserver la vie.
La dernière nécessité, c'est quand l'enfant est entièrement nu , qu'il est sans asile, et qu'arrive le noir brouillard et le froid hiver ; alors tout k monde rentre dans sa cour, dans sa maison et dans son endos y et la bête sauvage cherche V arbre creux, sa
tanière, pour mettre son corps à Pabri; Penfant en bas âge crie et pleure y montrant que son corps est nu y et qu'il est sans asile, et que son père, qui devrait le préserver de la Jfàim, du froid de l'hiver et du brouillard, est entre quatre clous, profondément clos, et couvert sous le chêne et sous la terre. Alors la mère peut engager et vendre les biens de Venfont.
DIS BJTPAim.
« Les femmes ne doivent point , dit un concile tenu à Kanterbury en 1236,
{)rendre leurs enfants dans le lit , les aisser seuls avec eau et feu. » Les enfants hors mariage étaient en général exclus de l'hérédité; cependant, suivant une loi , si le mariaige de personnes qui , au moment de leur union , ne connaissaient rien qui s'y opposât , est ensuite dissous , les enfants conservent leur condition, et sont capables de succéder.
On était maieur, en Saxe, à vingt et an ans ; à dix-huit , chez les Francs et ailleurs.
A soixante ans, on pouvait se choisir de nouveau un tuteur.
L'émancipation avait lieu par l'abandon que faisait le père du cinquième de ses biens ; cependant le père qui avait beaucoup d'enfants, n'était pas tenu de donner plus des deux cinquièmes.
l'homme XMPuissAirr.
Si un homme ne peut remplir les devoirs du mariage envers son épouse»
il doU la mener à son voisin. Si celuici ne peut la satisfaire, il doit la prendre dans ses bras, doucement et tans lui faire enicun niai, l'emporter neuf maisons plus loin, et toujours sans hd faire aucun mal, la poser doucement à terre, la tenir là cinq heures , puis crier : Aux armes!
{{/In que l'on vienne à son secours. Et si l^on ne peut encore venir en aide à sa femme, il doit de nouveau l'emporter doucement et sans lui faire aucun mal, la déposer de même , lui (ùmner une robe neuve , et une bow-se
destinée aux frais de voyage, et l'envoyer à la foire de l'année; si personne alors ne peut la satisfaire, que mille diables la satisfassent.
Demande. Quand un mari ne peut remplir ses devoirs conjugaux envers sa femme, de manière qu'elle soit satisfaite de lui. crue doit-il faire f
Réponse, il doit prendre sa femme sur son dos. la porter au delà d'une haie de neuf années, et quandils Sauront franchie, il procurera à sa femme quelquim qui puisse remplir envers elle Ces devoirs maritaux , de manière qu'elle soit contente.
Item. Je suis d'avis qu'un bonmari, quand il ne peut satis/otire sa femme, et qu'elle s'en plaint, doit la prendre sur son dos, et la porter sept maisons plus loin, prier son plus proche voisin de venir en aide à sa femme.
Quand cehd<i a rempli ses désirs , qu'il la reprenne sur son dos, la reporte chez hd, la pose doucement, et lui serve une poule rôtie et une canette de vin.
La femme d'un vassal ne lui donnait point d'enfants ; et cela causait beaucoup de déplaisir au mari , car il voyait que son héritage allait tomber entre des mains étrangères; il songea donc à se donner un substitut; mais sa femme lui dit qu'elle aimerait mieux mille fois mendier un jour son pain, que de se voir ainsi déshonorée. Cepencfant le mari insiste , et si bien qu'elle se détermine à recevoir le landgrave de Thuringe. Celui-ci consent; un jour il quitte une partie de chasse , et entre secrètement chez le chevalier. On boit, on mange , et durant le repas le landgrave fait goûter à ses hôtes d'un certain remède. Quand survint l'heure de se retirer, il se trouva que le remède agissait , et que le chevalier , se sentant une force nouvelle , se crut assez sûr de lui-même pour dire au landgrave : «Mon cher et gracieux seigneur, je vous fais mille remerdn^ents de votre visite , mais je dois vous l'avouer^ et ne vous en irritez pas pour cela contre moi , je me sens de force à me retirer avec ma femme.» Et le landgrave de sourire : « Je ne suis pas venu, dit-il,
L'UNIVERS
r oser de ta femme, mais bien pour ^ .^jo^oer, à toi , une injustice et à elle I le déshonneur.»
M i.*AiHiiffà&B n DIS nnits qu*ii.
BiraouaAiT. •
L'adultère n'entraînait pAs, en général 9 la dissolution du mariage , mais il n'en donnait pas moins lieu à des peines sévères. En Dauphiné et en Pro- 'vence, on battait, en le trônant nu par les rues de la ville, celui qui s'était rendu coupable d'adultère. A Lubeck, il était de droit qu'if fidt tratné sur son cbar, sens dessus dessous («urnime^ deorium)^ par tous les quartiers de la ville. Le roi Ladislas, de Hongrie, uermettait au mari qui avait pris et tué sa femme en flagrant délit d'adultère, de se remarier; mais il ne pouvait le faire , quand il y avait lieu a un divorce juridique.
Le divorce était de droit quand la femme était stérile, que le mari était impuissant ou qu'il ne restait pas près de sa femme.
Si la femme se plaM dè ce que mm mari iva pas eu de commerce avec elle. qu*Us se rendent au pied de la crciXy et, si Ufatt estreeomm vrai, qu*ils soient séparés.
Après le divorce, le mari redemandait les clefs à sa femme. Les époux
2ui divorçaient prenaient une pièce de >ile qu'ils coupaient en deux, et dont chacun d'eux'gardait un morceau.
BIS umom BOBS habiage, rr ou ricsi ob
LA CBAIB.
Les prostituées de Bologne étaient tenues de porter un vêtement distinctif ; à M onqiellier, elles avaient une rue (la rue Ghaude,ainsi l'appelait-on) oui leur était nécialement assignée. Elles devaient, a Ravenne, se retirer du voisina^ de tout honnête homme qui s'en plaignait. Il arriva un Jour que la flemme Se Louis VII embrassa une prostituée, sans la connaître et la tenant pour honnête femme; dès ce mo-
ment, défense fut faite aux fillee de joie de porter la cfalamyde (chlamifs).
A son retour deia croisade, saint Louis proscrivit les prostituées: il défendit de saisir des biens, des vêtements, des pelisses, qui leur appartiendraient, etc. Des prostituées arrêtaient les clercs partout où ils passaient, et les retenaient pour ainsi dire de force. Il arrivait souvent qu'au premier étage d'une même maison on faisait la leçon à des étudiants, tandis aue des prostituées occupaient le rezde-chaussée (*).
Le rapt, la riolence entraînait, dans certains endroits, des peines sévères:
on crevait les yeux au Cbupsèle, ou on le mutilait dans les organes mêmes de la génération. A Tours , une jeune fille , pour sauver son honneur, . se jeta à l'eau. L'Église fit tout pour opârer la conversion de ceux qui se livraient à ces désordres. « Qui veut ^user cette jeune fille que j'ai convertie? dit un loupun lélé eonvertisseur ; je contribue a sa dot pour dix livres. » Le reste aussitôt fut fourni par les assistants, et il se trouva un homme pour l'épouser. « Celui qui prend une prostituée pour épouse fait une œuvre pie, dit Innocent III; car il la retire d'une voie de perdition; (fest d'ailleurs un moyen de se faire pardonner ses péchâ. » Robert d'Arorissel fonda pour elles un monastère, qu'il plaça sous la
{protection de sainte Marie-lfedeleine, a grande pécheresse de l'Ecriture.
« Un jour qu'il était venu à Rouen, il entra dans un mauvais lieu , et s'assit au foyer pour se chauffer les pieds.
Les courtisanes l'entourent, croyant qu'il est venu pour se livrer au plaisir. Mais comme il leur prêchait les paroles de vie, et qu'il leur promettait la miséricorde du Christ, l'une des courtisanes, qui commandait aux autres, lui dit : « Qui es-tu, toi qui paries ainsi? Sach»-le bien, depuis vingt-cinq ans
(*) In tma autem et eadtm Joatosehôlm grant suoerius, prottiMa mferim (Jinab de Ticri). L'eiprit gagne à celte époque. Bais le oœur est toajoan eomaipa; las bmI très instmiseot, mais n'élèveot pas <
qae je suis entrée dans cette maison pour me livrer au crime, il n*y est jamais venu personne qui nous ait parlé de Dien, et qui nous ait fait espérer en sa miséricorde. Si cependant j'étais sdre que ce que tu annonces est
vrai » Aussitôt il les fît sortir de la
ville, et les conduisit tout joyeux dans le doiert; et là, quand elles eurent fait pénitence, il les remit heureusement entre les mains du Christ (*). »
La confession devait contribuer à rendre les mœurs meilleures; mais elle produisait quelquefois des effets con* traires. Un prêtre (c'est le pape Alexandre III qui le raconte) avait reçu une femme à confesse, et avait profîté de l'occasion pour chercher à la séduire; il était allé même jusqu'à lui proposer de le suivre derrière rautel. La femme refuse ; elle craint de souiller un tel lieu, et promet pour un autre temps et pour un autre endroit: puis elle lui envoie en souvenir un gâteau et un flacon de vin. Le prêtre s'empresse d'en faire hommage a sonévêque; et qu'y trouvet-on? des excréments humains.
Le concubinage existait dans les rangs les plus élevés. Pour se consoler de son veuvage, un seigneur de Bernecke s'était donné une douzaine de jolies Jeunes filles; Henri II d'An^eterre avait fait élever one tombe magnifique à sa bien-aimée Rosamonde; mais révéqiie Lincoln ordonna qu'on éteignît les lampes qui y brûlaient:
« C'était, disait-il, une prostituée. »
Tôîci des vers sur cette Rosamonde; nous n'essayerons pas de traduire :
Hicjmett M fui^A rotM mmtdi • mon i«s« wuatim , If on rtioUt , $êd otet qum ndoUn toit.
Le doc Lonîs F* de Bavière cherchait à s'introduire chez Lndmilla, la jeune wive d'un seigneur, et rien ne pouvait arrêter ses poursuites. Enfin, comme il vhit on jour lui faire de nouvelles itistances, elle lui montre un rideau mr lequel étaient représentés* trois chevaliers : « Jurez-moi, lui dit-elle, devant ces trois chevaliers, que vous me
(*) Maniiserie de Tanlx Ceraay, cité par Bayle au mot FonUmiuii,
prendrez pour votre légitime épouse, vous pourrez alors en agir avec moi comme bon vous rentendrez; sinon, non. » Le duc n'estimant guère trois chevaliers qu'il ne voyait qu'en peinture , fit la promesse. Alors Ludmilla de s'écrier : «Vous l'avez entendu, preux chevaliers ? — Oui , ma<j.ame , répondirent à haute voix trois voix dliommes, nous Pavons entendu. » Le duc fut bien étonné, comme on pense; cependant, étant revenu du léger mouvement de colère que cette ruse lui avait inspiré, il fit de Ludmilla son épouse, et vécut en gloire et honneur avec elle.
Cependant, et surtout en Allemagne , il y avait encore de la retenue dans les mœurs. « Du temps de Frédéric II, dit un auteur dont le récit mériterait, il est vrai, confirmation, des jeunes filles de vingt ans reçurent les fils d'un voisin dans leur lit, sans qu'il en arrivât péché ou domma^. » Cest, do reste, une coutume qui existe encore dans certains cantons de la Suisse, que la jeune fille reçoive la nait son fiancé avant les épousailles.
snivnrtufts.
La disposition suivante d'une lof de Ravenne prouve que les serviteurs ne pouvaient pas être maltraités, « è\ quelqu'un ne frappe qu^une fois le serviteur qu'il paye, habiAe et nourrit, il n'y a pas ueu, si les coups n*ont pas été trop violents, de porter plainte en justice. »
Au couronnement de Philippe-Auguste et de la princesse son épouse, un serviteur en voulant contenir la foule trop impétueuse t brisa trois lustres suspendus au-dessus du couple rpyal, et aont rhuile aussitôt se répandit sur la tête des deux époux. Mais hoireusement pour le domestique, qu'on s'avisa de dire que c'était une onction céleste émanée du Saint-Esprit même, et cette interprétation le sauva.
PBOPBIBri.
D'après une disposition singulière
de la loi bavaroîse, si quelqu'un a vendu et livré son bien à un autre, et qu'un tiers élève des prétentions sur la propriété, le vendeur doit, de la manière suivante , confirmer la possession du bien à l'acheteur : Aux qiatre coins ou limites du champ, qu'il enlève de la terrCf ou qu'avec sa charrue il trace un sulon autour de la propriétés Si c*estune forêt, qu'il y cueille de l'herbe et une branche d arbre, etqu'il répète par trois fois : Je te l'ai livrée, et je te la garantirai légitimement. Qi?U dise, et qu^ensuite, présentant de la main droite Vherbe et la terre àt acheteur, il tende de la main gauche son gage au réclamant; si celui-ci dit :
Cest injustement que tu as garanti, que le combat décide entre eux.
En Suède, a[>rès trois publications, l'acheteur devait inviter le roi et le traiter à trois tables lui et ses compa-
Sions. En leur présence, le roi faisait mber un peu de la terre vendue dans le sein de l'acheteur, pour indiquer que toute la terre lui était transmise. Voici comment autrefois, dans le même pays, les particuliers employaient ce moyen de transmission : les assistants tendaient le manteau de l'acheteur, le vendeur y jetait un peu de terre, en
f^ronon^t la formule solennelle de 'aliénation.
On jetait aussi un fétu de paille ou une motte de terre dans le sein de Tacfaeteur, comme symbole de l'aliéna* tion.
MESURES DE Uk. raOPRIBTC.
Henri le Welf obtint en fief, de Louis le Pieux, toute l'étendue de pays qu'il pourrait, pendant la mériaienne du roi , entourer du sillon d'une charrue d'or, ou de l'ornière d*un char du même métal.
Waldemar, roi de Danemarck, en 1305, donna à saint André, à Slaçelse, tout le pays dont il pourrait faire le tour, sur un poulain âgé de neuf nuits, pendant que le roi serait au bain. Saint André chevaucha si vite, que les officiers de Waldemar coururent en toute hâte prévenir le roi qu'il eût a sortir
du bain, s'il ne voulait que le saint ftt le tour de tout le royaume.
Une vieille tradition dit qu'un jour une comtesse du voisinage ne Brème abandonna, en plaisantant, à la ville tout le terrain dont un cul-de-Jatte , qui venait de lui demander l'auitidne, ferait le tour, en se tratnant durant l'espace d'une journée. Le cul-de-jatte se traîna si bien, que la ville y gagna le grand pâtut'age public.
Parcourir un pays avec un char est l'indice d'une prise de possession.
Si quelqu'un veut gagner un ilot ou une aUuvion par voie de charriage, il devra préi>enir le seigneur ou le bailli , dans le ressort duquel se trouve le bien rin^ercUn, qu'il veut promener son chariot sur le'sable ou sur l'alhêvion. et demander que le bailli vienne sur les lieux, qu'il aresse un banc sur la terre primitive et tienne les plaids. Et cela fait, il demandera au bailli de lui accorder de charrier sur Pilot ou sur faUuvion, selon le droit de* rivières et de l'eau. Alors le bcOUi ûâ accordera cette permission, en réservant les droits de son gracieux et bien-almé seigneur, et en faisant à haute voix cette reserve, sans quoi les droits du seigneur sont perdus; et s'il arrive, pendant que les chevaux traînent le chariot, que le terrain se meuve, alors chevaux et chariot sont acquis au seigneur.
Quand donc le seigneur ou le bailli l'aura permis, Vhomme prendra une voiture de fumier, comme celle qu'un laboureur a coutume de conduire dans son champ; il aura avec soi trois ou ouatre chevaux, pas davantage, et les chevaux ne seront pas cTun même poil. Le fumier sera déchargé dans le lieu où le jugement se tient: et, si U fumier ne peut y être décharge; C homme demandera au seigneur de ItU permettre de le décharger dans un autre endroit; et les conducteurs de la voiture seront deux, l'un sur le cheval de devant, l'autre sur cehm du milieu,, et le premier aura un flacon de vin au cou et du pain de^ froment dans le sein, et Us s'arrête-* ront tr(Às fois dans l'eau, et le pre-
mier. devra tendre trais fois le flacon à cehd qui est derrière ad, afin au'U puisse boirey et il mangera d^aoord dupaxnj et U suspendra de nouveau le flacon à son cou, et ils charrieront a&si sur l'alluvion ou le sable. Et tout cela se fera pendant que le soleil monter et le bailU devra siéger au tribunal avec ses gens de justice jusqu^à ce que le charriage ait eu lieu, et il siégera sur le rivaqe du terrain primiUf; et, auand le charriage sera terminé, l'homme se présentera de nouveau devant le tribunal, et il dira: Seigneur juge . avez-vous vu gue j'ai charrié selon le droite Et s'UcUtotd, qu'il l'a vu, cela fait titre en justice, cela vaut argent au bailli, et acte au jusUciable.
Le jet d*un objet quelconque constatait aussi la prise de possession d'un lieu , et l'étendue des droits qu'on s'y arroge.
L'homme qui élève des abeilles se mettra à côte de l'ancienne place aux abeilles, se prendra l'oreille droite de la main gauche, et de la main droite lancera derrière lui. par-dessous le br€u gauche, sa cuiller à miel aussi loin qu'il le pourra. Alors U ira là où est tombée sa cuiller^ et, de cet endroit, la jettera encore de la même manière; ensuite il se rendra là où sera tonAée sa cuiller pour la seconde fois, la lancera encore de la même manière, ef'là où la cuiller sera tombée pour la troisième fois U pourra prendre une nouvelle pkice.
Les pécheurs peuvent pécher librement dans toute la Slye; ils peuvent étendre dans la plaine les cordes sur lesquelles ils sèchent leurs filets, aussi loin qu'on peut lancer du vaisseau la barre du gouvernail.
Personne ne peut élever de constructions derrière son moulin, qu'au delà du point où s'arrêtera la boule qu'il aura lancée, et voici comment cela doit se faire. Il se placera sur Parbre, se prendra V oreille gauche de la main droite, et il la lancera du brca gauche, de telle façon que le coude ne dépasse pas le bras droit, et qu'il tienne la boule dans la main
AGNE. 473
avant de prendre cette attitude, et c'est ainsi qu^il la lancera.
En 1866,1a ville de Minden convint avec son évéque que les fossés de la ville seraient élargis de toute la distance oue parcourrait un poids de plomb d'une livre lancé par un homme vigoureux, du haut de la muraille, vers la campégne.
Lllimt DS LA JU&IDIOTUMr.
Notre seigneur de Mayence doU s'avancer à cheval dans le Rhin.
Aussi loin qu'il pourra lancçr dans le Rhin un marteau d'enclume, aussi loin s'étendra sa juridiction.
Le comte de Nassau possède dans le Rhin, à partir du rivage, un espace égal à celui qu'un homme pourrait y parcourir à cheval; plus, celui qui s'étendrait de là jusqu'au point où il aurait lancé m marteau.
Cehd qui possède un champ voisin de la Marche peut défendre la partie de la Marche voisine de son champ à la distance du jet du marteau, à moins que, du consentement des gens de la Marche, ce terrain n'ait été entouré d'une haie. En pareil cas, le marteau était lancé par -dessous la jambe gauche.
Le margrave de JuHers montera sur un cheval blanc qui n'aura qu'un oeil, une selle de bois et une bride d'écorce de tilleul; le(Ut margrave aura deux éperons d*aubépine et un bâton blanc, et il chevauchera ainsi jusqu'au lieu d'où jaillit la Roêr.
P08K BT DRPLACKIISKT OK X.I1HT£S.
Là OÙ deux coureurs, partant en même temps de deux points opposés, se rencontrent, là doit être placée la limite contestée. C'est ainsi que, dans le roman du Renard , on voit les deux béliers , Belin et Bernard , se disputer à la course la possession d'un champ.
Après avoir décidé Isangrin à siéger au milieu d'eux comme juge, Bernard lui dit :
JEfitre nos deiu met aecordanee, • Qar U dut que c€4t clutns est siens, •
L'UNIVERS
Et jê redU ^ttê il ett mtens.
Sire toUz en laforiere, Chaseuns de not se traie ariere^ Et devant vos 'vendron corant.
Cil qui premier vendra apont.
De tant con il plus tost coaiiA jjt greingnùr part du champ ara.
Une touchante tradition de la Suisse raconte comme quoi deux bergers d'Uri et de Glaris courent à la rencontre l'un de l'autre pour fixer la frontière des deux pays. Une même tradition se retrouve dans l'histoire de Garthaçe et ' de Cyrène, fixant les limites de leurs territoires par un semblable moyen (Salluste , Jugurtha , ch. 79).
Les limites étaient indiquées par des arbres, et plus souvent par des pierres.
La pose des limites se faisait solennellement; et quand il s'agissait de deux grands pays , marches ou comtés , elle avait lieu en présence du peuple et des voisins des deux parties. Alors on faisait venir des enfants, et on leur tirait les oreilles, ou on leur donnait des soufflets pour mieux graver dans leur mémoire le souvenir de cette cérémonie : dans certaines communes, on les asseyait avec force sur les pierres nouvellement posées. Tous les ans, ou du moins de temps en temps, on visitait ces bornes, et on les renouvelait.
Dans les anciens documents, poser et inspecter des bornes se dit drcumdueerty peragrare^ cavallicare.
IÂb arbres et les pierres qui servaient de limites étaient regardés comme sacrés et inviolables : on ne pouvait arracher aux arbres ni feuilles ni branches. Les contes populaires font souvent mention d'esprits maudits dui efifleurent la plaine, sous la forme de feux follets, pour avoir durant leur vie arraché avec la charrue les bornes des Marches. Les coutumes allemandes infligent des châtiments cruels à ceux qui renversent les bornes en labourant :
Cest jusUce de Penterrer jusqu'à ta ceinture dans le trou oU était la borne, et de passer ensuite sur lui avec une cf^arme attelée de quatre cheoamx; que cela $oU son droit. — Quiconque déplace une borne aura le
cou tranché avec me dUtrrue; et, pour cela faire, U sera enterré Jusqu'à la tête, et alors le conducteur de la charrue ne revendra pas le manche, et le soc sera dirigé sur ta nuque.
La loi ffallolse veut que , si qndmi'an avec sa charrue empiète sur le cfiamp voisin, son bœuf et sa charrue deviennent la propriété du roi : on devra , en cotre, payer une amende an roi pour le pied droit de celui c]ui mène la diarrue, et pour la main gaoche de odui qui la pousse.
LAUOEUB. DtS CBKvnrs.
La largeur d'une route est déter*> minée par un cavalier ayant une lance en travers sur sa selle. Pour que la route ait la largeur nécessaire, u faut gue de chaque côté d'une voiture une femme puisse passer avec un long manteau ou un voile blanc, sans être effleurée par les roues.
Des dispositions à peu près seraMables se retrouvent dans leyûero ffiejo deCastille: La route qui conduit de la ville à la fontaine doit être assez large pour que deux femmes puissent y passer avec leurs cruches: la route qui conduU à des biens patrimoniauâf doit être assez large pour que deux bêtes de somme puissent y casser sans embarras: les chemins de traverse doivent être assez larges, pour que si deux.chiens s*y rencwtrentHs puissent y passer sans difficulté.
DKOIT DK CHASSE KT DK riCSK.
Sivnpaysan du village deEychen prend un poisson dans le Rhin pour sa nourriture ou pour celle de sa famille, eu pour faire honneur à un convive, il ne sera tenu de rien payer au doyen et au chapitre.
Que personne ne prenne de poisson dans la pêcherie, entre Gensnofen et Rupach, sans le consentemenl de Sa Grâce. Mais si un bon compagnon du comté pénétre dans Peau avec culotte et souUers, y prend un poisson aveà la main, et le mange avec de bons
amUf U ne iera pas recherché pour cela; maUUne^hUpas le pécher 4m /UettUle porter au marché. De mémey si un beraerj allant à ses moutons avec un cMeny saisit par hasard un lièvre et le porte ostensWlement star son cou; s'il le cuit sans herbes ni choux j mais aucy le traitant stàoant son droity U te pcÂtore^ le r(^se, et invite le maUre ou un officier du seigneur y il ne sera pas non plus recherché powr ce fait: mais if ne doit pas poursubore le Hêvrcy lui tendre des pièges y le tirer etie vendre,
ftem. Un bourgeois ou enfant de bourgeois peut prendre, avec un chien, un nèvre, ou même un sanglier, sans que nul seigneur Ven empêcney pourvu qu*U envoie la hure à monseigneur de Ziegenhaàn, à Ziegenhain.
lUU*KV4aCBS.
Daitf un Tieux poème français, Charlemagoe dit à Ogier, son vassal :
Fet cutvers renoies l Sert de lu teste rendant 11 II deniers! Mn une horse de cers soient loie Ce doit vos pères le mien qui France tient Soient pendu au col éCun. Blanc lévrier. Se S etwie « Rains u a Orliens.
Ainsi la hourse contenant la redevance devait âtre pendue au cou d'un blanc lévrier. Les non-libres payaient, comme droit de meilleur catel, neuf schillings neufs, et un morceau de cuir pour la Dourse.
Ailleurs, il est question d'une redevance annuelleconsistant en unebourse et un pain. D'après le droit forestier d'Osnabruck, au grand forestier la chasse d'honneur avec un coussin , un verre plein de vin, une verge pour défendre la Marche, et une bourse pour conserver les amendes.
Chez les anciens Frisons, il v avait un impôt appelé kHpschild. Suivant Saxon le Grammairien, il avait été fondé par un certain Gotric, et se prélevait ae la manière suivante. On construisait d'abord un édiOce de deux cent
Quarante pieds de longueur, divisé en buze parties de vingt pieds chacune;
snr la façade principale de cet édifiée se tenait le receveur du roi ; à l'extrémité opposée de l'édifice était placé un bouclier rond. L'usace voulait que les Frisons qui devaient le tribut vilissent jeter un a un, dans le creux de ce bou^* dier, les écus gu'ils avaient à payer ; et eeux-là seuls étaient reçus en compte par l'officier royal, qui, à la distance où il se trouvait , frappaient ses oreilles d'un son clair et ar^tin : ceux dont k son était plus sourd étaient acquis au fisc, mais ne comptaient pas en diminution de l'impôt; et comme il arrivait souvent que le son ne frappait pas les oreilles questoriales, il en nésuttait pobr les contribuables une perte d'argent assez forte. Charles, dans la suite, les affranchit de cet impôt onéreux.
Le village de Salzberg, dans le bailliage hessoisde Neuenstein, devait, chaque année, paver au baron de Bur chenau, le jour de la Walbourg, une redevance de six knaken (ancienne monnaie équivalant à six heller, ou liards). L'homme de- la commune qui portait cet argent s'appelait le petit Aomme de Saint- Walpert ; il devait, dès six heures du matin, se trouver à Buchenau , et , quelque temps qu'il fît, s'asseoir, devant le château, sur une certaine pierre du pont. Si le petit homme tardait, la redevance croissate toujours progressivement, de sorte qu'au soir de la Walbourg la commune eût été hors d'état de payer; aussi le bailli prévenait chaque fois le village, et le village donnait toujours deux compagnons au porteur, de peur qu'il ne lui arrivât quelque mésaventure. Si le petit homme de Saint- Walpert arrivait à temps w Ml pierre, les barons de Buchenau devaient envoyer le saluer, et alors il leur remettait les knaken. Cela fait, on le traitait largement, on lui servait certains plats dé^ terminés; et, s'il passait trois jours sans dormir, les seigneurs devaient continuer à le nourrir sa vie durant; mais s'il s'endormait, il était a IMnstant renvoyé du château. Cet usage, qui avait plusieurs siècles d'existence , s^était mamteou josqu'à nos joun.
Treize maisons du village de Stangerode, dans le comté de Mansfeld, payèrent jusqu'en 1785 une redevance appelée le kuttemUns (la redevance du froc) au bailliage d'Endorf : elles la payaient chaque année à la Saint-Thomas (21 décembre), mais avant gue le jour ne commençât, avant minuit. Le 20 d^mbre,'à huit heures du soir, le maître paysan de Stangerode sortait de sa demeure, et criait devant chacune des treize maisons soumises à la redevance : Donnez à notre seigneur le pfenning de la ScUnt-Thomas , le kuttenzins. Le propriétaire de la maison, qui était déjà sur sa porte, lui remettait son pfenning d'argent. Pendant la perception, le cortège se grossissait, et la foule parcourait le village en criant sans interruption : Nous portons à notre gracieux seigneur lepfennèng de la Saint- Thomas ^ le kuûenzkns, A onze heures, on arrivait au bailliage d'Endorf, et vers minuit les paysans se trouvaient dans la maison du bailli , auquel ils payaient les treize pfennings d'argent. Le bailli leur donnait quittance en toute hâte, et remettait au maître paysan un pour-boire au-dessus de la valeur de la redevance, en l'avertissant d'avoir à sortir du village avant minuit. Alors les cris recommençaient :
Nous avons apporté à notre gracieux seigneur le pfenning de la Saint- Thomas y etc. ; et ils s'en retournaient chez eux boire l'argent qu'on leur avait donné. De son côté, le bailli devait sur l'heure même envoyer l'argent à la poste, sous peine de payer pour chaque pfenning une tonne de harengs frais.
Si, au moment du oayement, la chambre du bailliage était lermée, le bailli devait donner aux gens de .Stangerode une poule couveuse blanche avec douze poussins blancs.
Quand le seigneur et le paysan ne sont pas d'accord «tir la redevan4:ey que le procureur ou intendant de notre gracieuse dame en ses prés de Munich ^ le paysan bien-tenant y et le sergent dubailliage deKœschingy courent ensemble à partir de la grande borne du chemin de Kesnery qui est placée devant la cour seigneuriale de
Sa Grâce; jndSy qu'ils courent tous trois de cette même pierre jusqu'à la porte du château ou du fort : a cekti d'entre eux qui arrivera le premier appartiendra la redetaaice qui a downé lieu au débat.
Quand les seigneurs enverront leurs serviteurs recevoir l'avoine y on devra à ceux-ci bonne volontéy chambre chaudé et table couverte de linge blanc y mais rien dessus y un pot de vin et rien dedans y deux broches au feu et rien après.
Le messager du seigneur é^Odenheim sera borgne et aura un cheval borgne à poil blanc, et le seianeur devra pendant toute la nuit mettre le cheval dans l'avoine jusqu'au ventre, et donner à manger et à boire au messager avec aJbondance et dans de la vaisselle blanche y sans pr^udice du pour-boire y qui sera payé comme de coutume.
Foici le droit du pays : Lorsque le bailli de notre seigneur Pévéque viendra tenir les plaids à lAdzemau avec les gerCs du Hhingauy il devra entrer comme m puissant seianeur y et placer la bride de sofi cheval enire ses jambes ; dans sa main devra être un petit bâton blanc y et 4ur sa tête un chapeau à plumes de paon; et y si besoin est y il tiendra jugement d'un coucher du soleil à l'autre.
C'est un droit du seigneur ae Dtepurg que y s'il veut chasser, il devra avoir un arc d'ébène à corde de soie y à rayon d'argent, à flèches de laurier y empennées ae plumes de paon.
Il se rendra à cheval dans la forêt chez le maître foreHier; il y devra trouver y sur un tapis de soie et retenu par une corde de soie, un chien de chasse blanc y aux oreilles pendantes y et il poursuivra le gibier; et, s'il parvient à l'atteindre aux rayons du soleil, il devra y aux rayons du soleil aussiy remettre en leur lieu le cor de chasse fait cTécorce de bouleau et le chien ae chaise. S'il ne réussit pas y il pourra recommencer le lendemain (année 1338).
Si le bailli a quelque affaire à traiter avec le prieur y tl doit y aller avec
ùhze chevaux et demi, c^est-à-dire ^ avec onze chenaux et un mulet; U aura en autre un faucon et un chien horane. On donnera à ses chevaux de la nourriture par-dessus les narir nés et de la paille jusqu'au ventre; on suspendra pour le faucon une barre ou un bâton derrière les chevaux, et quant aux chiens , ils coucheront prés au faucon y derrière les chevaux. Pour le baHUy on lui dressera une table avec une nappe blanche, sui laquelle on placera un pain blanc et un gobelet blanc plein de vin. S'il désire quelque chose de plus , il devra se le procurer, et s'il veut passer la nuit, on lui préparera un Ht avec des draps bien craquants, et on lui fera un Jeu sans fumée.
MABITATIOVS.
Tous les miracles de rarchitecture étaient alors réservés pour les ^lises; pour demeure, on se contentait encore de maisons simples, qui souvent, surtout dans les communes orageuses de ritalie, étaient comme autant de sombres et épaisses forteresses. Dès le douzième siècle, il y avait en Allemagne des maisons à trois étages , et de quatre étages à Paris. Dès 1180, il est question de fenêtres vitrées mises à des maisons anglaises.
Quant aux palais, nous avons parlé plus haut (*) de ceux que Charlemagne éleva à Ingelheim , a Nimègue et à Aix-la-Chapelle; voici la description que fait de celui dlngelheim Ermoldus ^igellus, poète contemporain de Louis le Débonnaire. Cet extrait est d'ailleurs curieux en ce qu'il nous fait connaître Tétat de la peinture, de la sculpture, et des connaissances historiques à cette époque qiii*on se représente ordinairement comme si barbare.
« Là s'élève, sur cent colonnes, un plais superbe : on y admire d'innombrables appartements , des toitures de formes variées , des milliers d'ouvertures , de réduits et de portes , ouvrage des mains d'hommes , maîtres babiles dans leur art. Le temple du Seigneur,
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construit du marbre le plus précieux , a de grandes |)ortes d'airain et de plus petites enrichie^ d'or ; de magnifiques peintures y retracent aux yeux les œuvres de la toute-puissance de Dieu et les actions mémorables des hommes.
A la gauche , sont représentés d'abord l'homme et la femme nouvellement créés, quand ils habitent le paradis terrestre où Dieu les a placés. Plus loin, le perfide serpent séduit Ève, dont le cœur a jusqu'alors ignoré le mal ; elle-même tente à son toor son mari qui goâte le fruit défendu; et tous deux, àfl'arrivée du Seigneur « cachent leur nudité sous la feuille du figuier. On voit ensuite nos premiers pères travailler péniblement la terre en punition de leur péché ; et le frère envieux frapper son frère, non du elaive, mais de sa main cruelle, et faire connaître au monde les premières funérailles. Une suite innonîbrable de tableaux retracent, dans leur ordre , tous les faits de l'Ancien Testament, montre encore les eaux répandues sur toute la surface de l'univers, s'élevant sans cesse, et engloutissant enfin toute la race des hommes ; l'arche , par un effet de la miséricorde divine , arrachant au trépas un petit nombre de "créatures , et le corbeau et la colombe agissant diversement. On a peint ausû les actions d'Abraham et de ses enfants , l'histoire de Joseph et de ses frères, et la conduite de Pharaon; Moïse délivrant le peuple de Dieu dû joug de l'Égypte; l'Egyptien périssant dans les flots qu'Israël traverse à pifd sec ; la Loi donnée par Dieu , écrite sur la double table ; l'eau jaillissant du rocher; les cailles tombant du ciel pour servir de nourriture aux Hébreux , et la terre promise depuis si longtemps , recevant ce peuple lorsqu'il a pour chef le brave Josué. Dans ces tableaux revit la troupe nombreuse des prophètes et des rois iuifs, et briU lent dans tout leur éclat leurs actions les plus célèbres , les exploits de David , les œuvres du puissant Salomon , et ce temple , ouvrage d'un travail vraiment divin. Le côté opposé représente tous les détails de la vie mortelle qu'a
LtTNiVERS.
menée'Ie Christ fitir ta terre, quand il y fut envoyé par son père. L*anee descendu des deux s'approche de roreille de Marie, et la salue de ces paroles:
« Voici la vierge de Dieu. » Le Christ, connu depuis longtemps aux saints prophètes, natt, et l'enfant-Dieu est enveloppé de langes. De simples ber-
gers revivent les ordres pleins de onté du mattre du tonnerre; et les Mages méritent aussi de voir le Dieu du monde. Bérode fiirieux craint que le Chijst ne le détrône , et feit massacrer les créatures innocentes que leur enfance seule condamne au trépas. Joseph foit alors en Égypte, ramené ensuite le divin enfant qui grandit, se montre soumis à la loi, et veut être baptisé , lui qui est venu pour racheter de son sang tous les hommes dévoués depuis longtemps à la mort étemelle.
Plus loin, après avoir, à la manière des mortels , supporté un long jeûne , le Christ triompne par son art de son tentateur, enseigneau mondeles saintes et bienfaisantes doctrines de son père, rend aux infirmes la jouissance de leurs anciennes facultés, rappelle même à la vie les cadavres des morts , enlève au démon ses armes, et le chasse loin de la terre. Enfin on voit ce Dieu, livré par un perfide disciple , et tourmenté par un peuple cruel, vouloir mourir lui-même comme un vil mortel ; puis , sortant du tombeau , apparaître au milieu de ses disciples , monter au ciel à la vue de tous , et gouverner le monde. Telles senties peintures dont les mains exercées d'artistes habiles ont orné toute Tenceinte du temple de Dieu. Le palais du monarque, enrfchi de sculptures, ne brille pas d'un moindre éclat, et Fart y a retracé les plus célèbres faits des grands hommes. On f voit les combats divers livrés dans les temps de P^inus , une foule d'actes d'une cruauté révoltante , les conquêtes de Cyrus , ce roi exerçant ses fureurs contre un fleuve pour venger la mort de son coursier chéri , et la tête de cet infortuné triomphateur qui venait d'envahir les États d'une femme, ignominieusement plongée dans une outre remplie de sang. Plus loin, se pré-
sentent les crimes impies du d^es* table Phalaris, faisant périr avec ua art atroce des malheureux qui font peine à regarder, Pyrille , cet ouvrier fameux dans l'art de travailler Tairain et l'or, est auprès de lui : le malheureux met sa trop cruelle gloire à fabriquer sur-le-cnamp pour Phalaris un taureau d'airain, dans lequel le monstre puisse enfermer le corps entier d'un bomme, digne ol:jet de pitié; mais le tyran précipite l'ouvrier luimême dans les entrailles du taureau ; et cet ouvrage de l'art donne ainsi la mort à celui qui l'a créé. D'un autre côté, Romulus et Rémus posent les fondemebts de Kome; et le preouer immole son frère à son ambition impie. Annibal , quoique privé d'un de ses yeux , n'en poursuit pas moins le cours de ses funestes guerres. Alexandre soumet par la force des armes Funivers à son empire; et le peuple romain, d'abord si fadble, croissant bientôt, étend son joug jusqu'aux pôles du monde. Dans une autre partie du palais, on admire les hauts taits de nos pères , et les œuvres éclatantes d'une piété fidèle dans des temps plus voisins de nous. On y voit Constantin, dépouillant tout amour pour Rome, bâtir lui-même, et pour* lui , Constantinople. On y a aussi représenté f heureux Théodose , et sa vie iUustrée par tant de belles actions. Là sont encore retracés le premier Charles que la guerre rendit mattre des Frisons, et n>ut ce que son courage a fait de grand. Plus loin , tu brilles , Pépin , remettant les Aquitains sous tes lois , et lès réunissant à ton empire à la suite d'une heureuse guerre. Là enfin, le sage empereur Charles déploie ses traits majestueux , et sa tête auguste ceinte du diadème. Les bandes saxonnes osent s'élever contre lui , et tenter le sort des combats; mais il les massacre, les dompte , et les force à courber la tête sous son joug. Ces faits mémorables et d'autres encore décorent ce palais, et charment les yeux de quiconque souhaite les contempler C). »
(*) Ermoldus NigeUii», FaiU et gestéi dt
COUTUMJrS ST U8ÀGB8 DIYBBS.
cosTtjms
Les lois de Cbarlemagne s'occupent du costume : elles défendent l'usage des manteaux courts, qui ne peuvent, est-il dit, ni couvrir ni donner de chaleur. Néanmoins, l'usage des manteaux romains se cotiserva longtemps encore, chez les grands surtout. On portait des souliers élégamment ornés; on les dorait, on y adaptait de longues lanières servant de cordons. Leshauts-dechausse étaient de lin et de couleurs diverses, et des jarretières (ou bandelettes), liées en sautoir, entouraient la partie inférieure de la jambe; puis, sur une courte veste, retombait une épée richement ciselée; enfin , un manteau qui, derrière et devant, descendait jusqu'aux pieds, mais, sur le côté, jusqu'aux genoux seulement, complétait ce riche coutume.
La mode à cette époque exerçait déjà son empire, et de bonne heure les Francs donnèrent le ton. Ermoldus Nigellus parle au neuvième siècle de manteaux d'étoffes de couleur, de vêtements propres à la taille de chacun et coupés d'après la mode si parfaite des Francs (*}. Vers la fin du onzième siècle, on portait la barbe et les cheveux courts; mais, comme les ^ens de basse condition se mirent à imiter cet usage, les cheveux longs furent repris du temps de l'empereur Lothaire. De son côté rÉglise posa un principe contraire : « Que personne, disent les conciles, ne laisse croître ses cheveux; mais que chacun les porte ras, comme il convient à un chrétien ; qu'on ne couvre ni les yeux, ni le bout des
Louît le Pieux , p. 89 et suiv. de la traduction publiée piar M. Guiiot
(*) On se "plaint déjà alors de œ que les petits imitent le costume des grands :
«< Les guerriers ont abandonné les habitudes de leurs pères dans leurs Tétenents et dans la manière de se couper les cheveux, et voilà que les bourgeois et les hommes des champs et presque toute la plèbe les imitent» (Order. vit vers 109a.)
oreilles; et, si quelqu'un £ut à cette occasion le récalcitrant , que le prétr« lui refuse la communion; et, s^il entre à l'église, que le prâre s'arrête et dise : « Vous venez ici visiter ka Deux saints, mais c'est pour votre damnation et contre la volonté divine. » Enfin, le prêtre n'aocompaene pas un tel homme à sa dernière demeure. »
Un saint ermite était parvenu à émouvoir la conscience d'un de ces hommes à cheveux longs, et voilà, d miracle I que les cheveux^ une fois coupés, ne crûrent plus jamais au delà de la dimension consacrée ! Mais les femmes d'alora ne pensaient pas, sur ce point, comme rÉglise , et la joyeuse Éléonore d^Aquitaine plaisanta le roi houis YII . quand, sur les instances du gram tnéologien Pierre de Lombardie, il so fit raser la chevelure.
Aussi les femmes s'attirèrent- elles maintes réprimandes : saint Bernard leur reprodie de laisser traîner dei^ rière elles des firanges, des queues, d'élever autour d'éUes un nuage de poussière..* Si la nature, dit l'évécpie de Térouanne aux femmes, vous avait destinées à balaver la voie publique, elle vous aurait, n'en doutez pas, pourvues des instruments nécessaires.»
£n 1 164 , le gouvememént de Venise détermina la hauteur que pouvait avoir la coiffure d'tme femme. £n Italie, Jean de Viéence, et beaucoup de ses contemporains, reprenaiènt les fenunea de ce ^'eUes pot^ent des rubans et des guirlandes dans les cheveux. « 11 est temps, disait Grégoire XI dans im concile de Lyon, il est temps que le luxe des femmes cesse. » CepiNuunt il ne fut guère écouté. Lors de son mariage avec Béla, roi de Hongrie, Gun^nde de Brandebourg jportait une rooe magnifique, brodée uor, et pardessus un manteau fourré d'hermine et de zibeline; enfin, des boucles d'or retenaient sa ceinture. Toutefois, il faut dire qu'en Italie, au temps de l'empereur Frédéric II, un jupon do laine et ime robe de soie suffisaient aux Jeunes filles. Celles de Florence, quoique plus riches, ne portaient cependant en 1360, qu'une robe étroite
de drap rouge ou de batiste verte; une ceinture de cuir pressait leur taille; un manteau fourré de petit-gris, et orné d'une courte pèlerine qui pouvait servir de capuchon , recouvrait le tout.
Les Anglais de 1066 portaient des bracelets <ror et se tatouaient la peau. Foulque d'Anjou avait les pieds d'une laideur extrême; dès ce moment, et à Fimitation aussi de quelques courtisans de Guillaume le Roux, on porta des souliers à bec, à fourrures a'étoupes, de deux pieds de long. « Ils s'élèvent comme des queues de serpent et de scorpion, ou bien ils tournent ça et là au vent comme des cornes de bélier. Les habits des hommes sont traînants, et les manches sont si larges et si longues ou'elles couvrent les mains. Impossible de marcher ou de travailler quand on est ainsi équipé. La tête de ces freluquets est toute rase sur le devant comme celle des filous, tandis qu'ils laissent croître leurs cheveux par derrière commè les prostituées, et ils se servent dp fer pour friser leurs cheveux. » Ce luxe fut souvent puni , disent les auteurs du temps. « Je vis une nuit, dit un prêtre, une troupe de femmes chevaucher, assises sur des selles d'où s'élevaient des pointes brillantes; mais voici que le vent enlève ces femmes à une grande hauteur, puis les laisse retomber saignantes sur tes pointes flamboyantes, etc. » Au treizième siècle, on entend oarler déjà en Italie d'eau de lis, de fèves, pour se laver les mains, de spécifiques pour les dents, de fard rouge et blanc, de moyens pour faire disparaître les cicatrices, les taches de rousseur, de moyens de rendre les cheveux blonds ou bruns , ou de les teindre. Les moines et les femmes comparaissent, dans une pièce burlesque, devant le trône dé la Divinité : « Tout est perdu, disent les premiers, depuis que vous faites servir la peinture, qui iva été trouvée que pour nous, à vous farder au point de surpasser par vos couleurs l'éclat de nos images. — ^ous étions, répondent les 'femmes, en possession de la peinture ï»ant vous. — Et en quoi vous nuis-je, dit l'une des plus ardentes, quand je
dissimule les rides qui me couvrent les yeux, tifin de pouvoir, fière encore, attendre ceux qui s'engouent de moi ? » Et le bon Dieu de se tourner vers les moines et de leur dire : « Le voulezvous.' nous permettrons aux femmes oui ont passé vingt-cinq ans de se farder vingt ans encore, ou plutôt, soyez généreux, donnez-en trente. — Non, disent les moines, c'est assez de dix ans, et encore ne les accordons-nous que pour vous faire plaisir. » Enfin , la querelle durerait encore, si saint Pierre et saint Laurent ne fussent intervenus.
Ils firent admettre que les femmes pourraient se farder au moins quinze ans.
DOELS JUDIGIâltlS.
« Les Francs, dit Ermdd le Noîr, ont une coutume qui remonte à la plus haute antiquité, dure encore, et sera, tant qu'elle subsistera , l'honneur et la gloire de la nation. Si quelqu'un, cédant à la force, aux présents ou à l'artifice, refuse de garder envers le roi une étemelle fidélité, ou tente, par un art criminel, contre le prince, sa famille ou sa couronne, quelque entreprise qui décèle la trahison, et si l'un de ses égaux se^présente et se porte son accusateur, tous deux doivent à l'honneur de se combattre le fer à la main en présence des rois, des Francs et de tout ce qui compose le conseil de la nation , tant est forte l'horreur qu'a la France pour un tel forfait. Un grand , nommé Béro, célèbre par d'immenses richesses et une excessive puissance, tenait de la munificence de rempereur Charles le comté de Barcelone, et y exerçait depuis longtemps les droits attachés à son titre. Un autre c^rand , auquel son propre pays donnait le nom de Sanilon , exerça des ravages sur ses terres; tous deux étaient Goths de naissance. Le dernier se rend auprès du roi et porte, en présence du peuple et des grands assemblés, une horrible accusation contre son rival. Béro nie tout. Alors tous deux s'élancent i l'envi , se prosternent aux piëds illustres du monarque, et demandent qu'on leur mette dans les mains les armes
du combat. Béro s'écrie le premier ; « César, je t'en supplie au nom même « de ta piété, qu'il me soit permis de « repousser cette accusation ; mais qu'il « me soit permis aussi, conformément o aux usages de notre nation, de com- « battre à cheval, et de me servir de « mes propres armes. » Cette prière, Béro la repète avec instance. « C'est « aux Francs, répond César, qu'il ap- «partient de prononcer; c'est leur « droit; il convient qu'il en soit ainsi, <t et nous l'ordonnons. » Les Francs rendent leur sentence dans les formes consacrées par leurs antiques usages.
Alors les deux champions préparent leurs armes, et brûlent de s'élancer dans l'arène du combat. César, poussé par son amour pour Dieu , leur adresse cependant ce peu de paroles, expression vraie de sa bonté : « Quel que soit « celui de vous qui se reconnaîtra vo- « lontairement coupable du crime qu'on « lui impute, plein d'indulgence et en- « chaîné par mon dévouement au Sei- «gneur, je lui pardonnerai sa faute, « et lui remettrai toutes les peines dues « à son délit. Crovez-le, il vous est « plus avantageux de céder à mes con- « seils que de recourir aux cruelles ex- « trémités d'un horrible combat. » Mais ces deux ennemis renouvellent leur demande avec instance , et crient \ « C'est « le combat qu'il nous faut; que tout «soit dispose pour le combat.» Le sage empereur, cédant à leur^ désirs, leur permet de combattre selon la coutume des Gotbs, et les deux rivaux ne tardent pas un instant à lui obéir.
«Tout près du château impérial, nommé le palais d'Aix, est un lieu remarquable, dont la renommée s'étend au loin. Entouré de murailles toutes de marbre, défendu par des terrasses de gazon et planté d'arbres, il est couvert d'une herbe épaisse et toujours verte; le fleuve, coulant doucement dans un lit profond , en arrose le milieu , et il est peuplé d'une foule d'oiseaux et de betes fauves de toute espèce. C'est là que le monarque va souvent, et quand il lui plaît, chasser avec une suite peu nombreuse; là, ou bien il perce de ses traits des cerfs
31* Livraison, (Allemagne.)
AGME. 481
d'une immense stature, et dont la téte est armée de bois élevés, ou bien il abat des daims et d'autres animaux sauvages; là encore, lorsque, dans la saison de l'hiver, la glace a durci la terre, il lance contre les oiseaux ses faucons aux fortes serres; là se rendent Béro et Salinon tremblants de' colère. (îes guerriers, d'une haute tlhie, sont montés sur de superbes coursiers ; ils ont leurs boucliers rejetés sur leurs épaules, et des traits arment leurs mains; tous deux attendent le signal que le roi doit donner du haut de son palais; tous deux aussi sont suivis d'une troupe de soldats de la garde du monarque, armés de boucliers, conformément aux ordres du prince, et qui, si l'un des champions a frappe du glaive son adversaire, doivent, suivant une coutume dictée par l'humanité, arracher celui-ci des mams de son vainqueur, et le soustraire à la mort. Dans l'arène est encore Gundold, qui, comme il en a l'habitude dans ces occasions, se fait suivre d'un cercueil. Le signal est enfin donné du haut du trône. Un combat, d'un çenre nouveau pour les Francs, et qui leur était inconnu jusqu'alors, sj^ngage entre le^ deux rivaux. Ils lancent d'abord leurs javelots , se servent ensuite de leurs épées, et en viennent à une lutte furieuse, ordinaire chez leur nation. Déjà Béro a percé le coursier de son ennemi. Aussitôt l'animal furieux se cabre sur lui-même, et fuit à toute course à travers la vaste prairie. Salinon feint de se laisser emporter, lâche enfin les rênes , et de son épée frappe son adversaire, qui alors s'avoue coupable. Aussitôt la vaillante jeunesse accourt, et, fidèle aux ordres de César, arrache à la mort le malheureux Béro épuisé de fatigue. Gundold s'étonne, et renvoie son cercueil sous le hangar dont il l'avait tiré; mais il le renvoie vide du fardeau qu'il devait porter.
César cependant accorde la vie au vaincu , lui permet de se retirer sain et sauf, et pousse même la clémence jus-
3u'à consentir qu'il jouisse des prouits de ses terres (*).
(*) Kroioldiis Nigellut, p. 77 et suiv.
4âS VVW
Parmi les \xsages relatifs aux funérailles, il ei) est un qui mérite d'être remarqué , en ce qu'il paraît un reste des coutumes funèbres usitées chez les ïVomalns et dont Polybe nous a conservé la description. A Bologne, au milieu du treizième siècle, on pla-
Sit le corbillard sur une espèce dp éâtre, ou d'estrade funèbre exposée sur la route; des bancs tendus de noir s'élevaient sur les côtés , et les parents du mort venaient s'y asseoir; le prêtre arrivait ensuite, et le convoi semet* tait en marche. Le cercueil du doge de Venise, Mauroceno, portait une épée et des éperons; un fuseau d'argent ornait le tombeau de la fille de Pempereur Otbon I*'.
ORDOiriràHCBS dk polics.
On commence à voir des pavés à Paris sous Philippe-Auguste; à Milan, Modène et Padoue, en 1360; à Florence, en 1337; à Bologne, en 1241.
£n 1228, on défend à Vérone de rien jeter sur la voie publique. Cependant un magistrat de Hall en Souabe •*attir^un Jour une vive querelle aveo les bourgeois, pour avoir voulu supprimer les édiappé^ des caves.
• En 1246, on décide à Londres que désormais, dans les rues principales au moins , les maisons seront couvertes de tuiles et d'ardoises; à Lubeck, à Breslau, on veut que les maisons soient construites en pierres ou en briques. A Vienne, en 1198, on impose à oelui dont la maison prend feu l'amende d'un talent; mais il est dispensé de l'amende si sa maison est consumée entièrement.
Frédéric Il.défend de rouir le lin et le chanvre près des habitations; il ordonne qu'on ensevdiise les cadavres à une grande profondeur.
Dans le Sschsenspîegel , on porte à trois pieds la distance h laquelle les poêles, conduits d'eau, lieux d'aisance, doivent se trouver de la demeure du Toisin.
Une ordonnance de saint Louis défend aux aubergiistes de donner à man-
ger à d'autires qu'à ceux qui lo^t chez eux. A Vérone, on ne permdbit pas de mélanger le vin, de le vendre au dessus d'un taux déterminé, de tenir des jeux de hasard, de recevoir des filles de mauvais lieu.
Celui qui se rend coupable de blasphème paye vingt schillings aux pauvres, ou est jeté à l'eau (ord. de Philippe-Auguste, 1181). Saint Louis fait percer la langue du blasphémateur avec un fer rouge. Les femmes qui se querellaient devaient parcourir la voie publique la pierre au cou.
SIOOVM VDBLICI.
La charité était la vertu du siède; on maudissait ceux qui s'emparaient des biais du pauvre : « Qu'ils soient, disait-on, les compagnons du traître Judas; que la terre les engloutisse, comme elle a fait pour Sodome et Gomorrhe; qu'ils soient maudits des anges, archanges et des saints du Seigneur. »
Des hospices nombreux s'élèvent. Celui de Bruxelles n'admettait que ceux qui ne pouvaient plus par eux-mêmes subvenir à leurs besoins. Celui qui se présentait se confessait et abandonnait tout son avoir; s'il mourait, le bien demeurait à l'administration ; s'il revenait à la santé, on lui rendait le tout. On donnait trois fois par semaine de la viande ailx malades , et même, s'il le fallait, des mets particuliers. On admettait aussi , mais avae précaution, des fenunes enceintes et ae3 enfants trouvés.
JSUl, Firit, DIYBRTISSfMUm.
Les gens de la Lombardie, dont la manière de vivre avait quelque chœe de plus somptueux que celle des Allemands, avaient cependant des habitudes fort modérées : point de chandelles, point de bougies; si l'on voyait quelque part un flambeau, ce n'était que chez les plus riches; trois fois la semaine de la viande; les autres joura des légumes, mais rien de chaud le soir. Au commencement du quatorzième siècle, on servait dans les
de la viande cuite, puis des légumes , puis des épices ; le tout était fort uoivré. On se servait de verres en été , ae coupes de bois en hiver. Dandolo se plaint en ces termes , à la fin du onzième siècle, des innovations apportées dans la manière de vivre : « Le doge de Venise avait épousé une femme He Constanti- DOfle; cette femme poussait si loin les raffioementsde la volupté, qu'elle parfumait son lit d'essences odorantes; elle ne se lavait point avec de l'eau ordinaire, et ne mangeait point avec ses doigts : il lui fallait aen fourchettes. Aussi, en punition d'habitudes aussi dénaturées et d'un tel mépris des dons de la Divinité, son corps e&hala, dès son vivant, une odeur infecte.» Au banquet d'adieu que saint Louis donna lors de son premier départ pour la croisade, on servit des fèves fraîches cuites dans le lait, du riz au lait, des amandes, de la cannelle, des poissons , des tourtes , des anguilles frites accommodées de bonne sauce , et des pâtés d'anguilles. Cependant des ordonnances vinrent poser des limites aux dépenses de table; l'une de ces ordonnances, rendues à Brunswick en 1938 , porte qu'il ne poqrra y avoir que douze plats un jour de noce, et trois ménétriers seulement.
Les danseurs de cordes, les saltimbanques, ne manquaient pas. Aux noces de Robert de France avec Mathilde de Brabant, il y eut douze cent trentesept musiciens, joueurs de gobelets et ménestrels; les uns dansaient sur la corde, d'autres s'avançaient assis sur des bœufs couverts d'écarlate ; venaient ensuite les mets, dont les musiciens annonçaient l'arrivée à son de trompe.
£n mai 1304, les gens de Danino, pour se conformer à un vieil usage, invitèrent toutes personnes curieuses de voir choses nouvelles h se rassembler sur un pont de l'Arno. Des diables parurent en effet dans des nacelles; puis de l'autre côté des âmes nues; et au milieu du bruit et des flammes, on vit les tortures des réprouvés. Mais cette innocente comédie fmit d'une manière tragique : le pont s'écroula, et un grand nombre de spectateurs furent blessés ou engloutis.