‹ Allemagne T. 2Chapitre 7 sur 56 · VANDALES · texte numérisé non relu

VANDALES

Les conquêtes de Wallia en Espagne avaient en apparence rétabli le pouvoir impérial sur cette contrée ; mais les Barbares qui y avaient pénébé ne pouvaient se résigner au repos. Les Suèves et les Vandales, confinés dans la Galice, se livrèrent bientôt de sanglants combats. Les Romains voulurent intervenir, et ils ne firent qu'attirer sur la Bétique les ravages des Vandales. Mais bientôt s'approcha Castinus avec une nombreuse armée de Romains et de Goths; sa défaite livra Séville et Carthagène aux Barbares qui, trouvant des vaisseaux dans le port de cette dernière ville, s'en servirent pour aller porter leurs ravages dans les îles de Majorque et Minorque.

Une conquête plus importante était réservée aux armes des Vandales. Aé-

tius, jaloux de voir le comte Bdhiface, gouverneur de l'Afirique, partager son crédit et son influence auprès de l'impératrice Placidie, l'accusa de trahison, voulut le faire rappeler ^ et lui écrivit ^ue Placidie ne lui pardonnerait jamais. Boniface ne quitta pas l'Afrique ; c'eût été se mettre entre les mains d'Aétius , et s'exposer volontairement à une perte assurée.N'es|)érant donc de salutque dans la révolte, il prit les armes , et envoya des députés au camp des Vandales , pour inviter leur roi à passer en Afrique, où il trouverait un nche établissement.

Au moment de partir, Genséric apprit que Hermanric, roi des Suèves, voulait piller les pays que les Vandales avaient abandonnés. Il se retourna contre eux, extermina les Suèves et leur roi, puis s'embarcpia sur les vaisseaux que Boniface lui avait fournis (429).

Les Vandales n'étaient qu'au nombre de cinquante mille ; mais ils trouvèrent sans doute de nombreux alliés dans la population indigène. Du moins le caractère que prit la guerre faite par les Vandales en Afrique annonce parmi eux la présence 4e ces tribus mauresques si impîtovables pour leurs ennemis. Outre 1 assistance des Maures de l'Atlas, la persécution des donatistes fournit aux Vandales bon nombre d'auxiliaires. L'arien Genséric eut ainsi de secrets partisans dans toutes les cités d'Afrique. Les maux que le clergé catholique eut à souffrir après la conquête tiennent à cette alliance des Vandales avec les donatistes persécutés.

Cependant Boniface commençait à reconnaître son erreur. Limperatriœ revint sur les ordres qu'elfe avait donnés, et Boniface ne songea plus qu'à délivrer l'Afrique des ennemis qu'il y avait si imprudemment appelés. La chose était difficile. Genséricavait trouvé trop de facilité dans Cette conquête pour 1 abandonner aisément. BonifiMse était venu Fattaquer avec on corps peu

nombreux de vétérans ; Genséric Fécrasa, et le comte ne conserva plus que Carthage, Cirta et Hippone. Tout le reste de TAfrique fut en proie à la plus efiroyable désolation. Il n'y a?ait de quartier pour personne. Tous ceux qui tombaient entre les mains des Barbares, femmes, enfants, soldats, étaient tués ou contraints par mille tortures de découvrir leurs trésors cachés. Les Maures, surtout, comme s'ils voulaient se bâter de rendre inculte un pays dont les Romains avaient fait la plus riche province de leur empire , allaient partout , arrachant les oliviers, les arbres à fifuit, détruisant les murailles des villes, les villes eliesmànes; et quand Tune d'elles oppo^t trop de résistance, ils massacraient les prisonniers, entassaient les cadavres sur ses remparts, a6n que bientôt, putréfiés par le soleil ardent de TAfrique , ils envoyassent la peste et la mort dans la ville.

siKOE BT paisi d'bippovb.

Les Vandales arrivèrent bientôt sous les murs d'Hippone, le boulevart de l'Afrique. La ville tint quatorze mois. Saint Augustin , son evéque , n'eut pas la douleur de la voir tomber aux mains des Barbares. Il mourut avant la fin du siège. Le comte Boniface, ayant reçu quelques secours de l'empire d'Orient, hasarda une seconde bataille dans laquelle il fut encore vaincu. Désespérant alors de pouvoir tenir plus long-temps en Afrioue, il s'enibarqua avec tout le

Ksupfe d'Hippone, vint débarquer à avenne, où des médailles furent honteusement frappées en son honneur.

Quelque temps après , Aétius se débarrassa de son rival dans un combat qu'ils se livrèrent.

tOanilB BB CABTHAOB. BATAGBt DB

GEMSEBfC

Le 11 février 435, Genséric condut un traité par lequel l'impératrice loi cédait la Proconsulaire^ à l'exception de Carthage et de son territoire,

[AGNE. 78

la Byzaoène et ce qu'il avait conqoi's dans le midi. Il promettait de son côté de respecter ce ^ui restait encore aux Romains en Afrique ; mais le Barbare ne garda pas long-temps sa parole. Il surprit C^thage (439), et la rançonna impitoyablement. Un édit ordonna à tous les habitants de lui apporter leur or, leur argent, leurs joyaux, leurs meubles précieux : toute tentative pour cacher quelque chose était punie de la peine de mort; puis, tous les monuments de la munificence romaine, les temples , les théâtres , furent détruits ; les évéques catholiques chassés;

g and nombre d'églises renversées; ut ce qu'il y avait de noble et d'illustre en Afirique tut embarqué sur des vaisseaux à moitié entr'ouverts. Quelquesuns se jetèrent à ses pieds pour lui crier merci : « J'ai résolu, leur dit-il, d'exterminer votre race. »

Alors Genséric partagea toutes les terres entre ses Barbares , et comme ils ne pouvaient consentir à vivre à l'étroit dans l'intérieur des villes, Genséric les fit toutes démanteler. Carthage seule, la nouvelle résidence royale, futépargnée.

Cétait bonne politique ; Genséric savait combien les Romains étaient habiles à prendre et à défendre les places, conmien lui et ses Barbares étaient aisément arrêtés par la moindre muraille. Si les Romains s'avisaient jamais de revenir, il leur faudrait, pensait- il, combattre en plaine, où il les avait déjà deux fois vaincus.

Entrcles mains du Barbare, Cartha^ redevint pour Rome ce qu'elle ava^ été au temps d'Annibal. Il acheta des vaisseaux, en fit construire par ses -nouveaux siyets, enrôla des matelots étrangers , et se fit appeler alors roi de la terre et de la mer. Il justifia ce dernier titre en ravageant toutes les côtes de la Méditerranée. Il commença par la Sicile, où les Sarrasins de l'Afrique devaient plus tard s'établir, et passa ensuite dans les tles de la Grèce, embarquant ses prisonniers pour les noyer en pleine mer. Lorsque son pilote lui demandait, au départ, de quel côté il fallait tourner la proue : « Allons où nous portmi Iç

«'vent, dîsaît-îl, vers ceux que Dîeu « veut punir. » Bientôt Rome allait voir les pirates vandales dans le port d'Ostie, à quatre lieues de ses murdllles. Mais dans le nord se préparait cme bien autre tetnpéte. Genséric était rallié tfAttila,

UÛJVS.

Long-temps on a cru que les Huns ti^avaîent été précipités sur !*empire romain que par suite de rërolutions qui les avaient chassés des frontières de la Chine. Cependant il semble que si ces peuples ont jamais habité TAsIe orientale , ils en ont été repoussés de meilleure heure. En effet, Eratosthèné, cité par Strabon, parle des Huns comme d'un peuple habitant les bords de la mer Caspienne, 200 ans avant Jésus -Christ. Denis le Périégète, 160 ans avant Jésus-Christ, nomme quatre peuples qui se suivent du nord au sud, sur la côte occidentale de ta Caspienne, les Scythes, les Huns, lés Gaspiens, les Albaniens. Ptolémée, Moïse de Khoren parlent de même.

'Ainsi se trouvent raccourcis de qud-

Sie six cents lieues les voyages des uns, au moins depuis notre ère.

Ce peuple était de race flnnoise.La description des traits de leur visage offre beaucoup de ressemblance avec les Kalmuks de Tempire russe. Leur manière de vivre était celle des peuples nomades de la Tartarie. Us ne mangeaient rien de cuit; ils ne con- Baissaient nulle espèce d*assaisontiement, et \ivaient de radnes crues on de la chair des tmimaux un peu mortifiée entre la sdlc et le dos au cheval." Leur religion s'accordait avec leurs mœurs. «Parmi eux , dît Assez naïveliient Ammien Marcellin, en parlant île ces nomades, on ne voit pas de temple, pas môme de chapelle ; seu* lement ils élèvent parfois un autel ou plutôt une pile immense de fagots, de plusieurs centaines de pieds de larseur. Au sommet, on place droite fépée de Mars, que Ton arrose du sang des brebis, des chevaux et du centième deà ttiptiftiV Lorsqu'ils voulaientconsultet

lé sort danà les sacrifices humains. Os abattaient Tébaule et rompaient le bras de la victime, puis ils fià jetaieot en l'air et tiraient leurs présages de la manière dont ces membres retombaient sur le grossier autel.

AttILl.

Nous avons vu quelle terreur l'apparition de ces Huns avait jetée même parmi les Barbares de la Germanie. Us n'avaient pas cependant suivi les Visigotbs sur les terres de l'Émpire. Des querelles élevées entre leurs chefs les avaient arrêtés entre le Danube et le Volga; et plusieurs bandes, attirées parTespoîr du butin, s'étaient rangées sous la bannière du Goth Fritigern, ou même avaient pris service parmi les troupes impériales. Mais lorsque, l'an 43S , Attila succéda à son oncle Roas, les choses changèrent et les Huns redevinrent la terreur du monde. Attila partageait le pouvoir avec son frère Bléda. De concert avec lui, il força d'abord l'empereur d'Orient, Tbéodose II , de paye^ aux Huns un tribut annuel de 700 livres d'or. Après plusieurs guerres faites en commun contre les peuples barbares d'origines diâërentes. qui habitaient alors le centre de l'Europe, Attila se défit de son frère Bléda, et peu à peu se vit seul mattre des Huns, des Gépides, des Ostrogoths, des Suèves, des Alains, des Quades, des Blarcomans et d'autres peuples.

Attila n'était pas seulement aut yeux des Huns un grand dief de guerre, mais aussi un ministre de leurs dieux : c'était lui qui avait retrouvé l'épée de Mars. Cette épée. adorée au»

trefois par les rois des Scythes, comme consaci%e au dieu de la guerre, avait disparu pendant plusieurs siècles. Attila l'avait trouvée enfouie dans la terre, et cette découverte, dît Priscus, avait beaucoup ajouté à sa puissance en lui donnant un caractère sacré. Quant aux peuples vaincus, ils le regardaient comme un grand magicien , qui avait pouvoir d'exdter à son gré les orages, de commander âux éléments et de

fkire tomber les ëtofles. P6ur les siens mêmes il était an objet de respect et de terreur. Priscus nous montre le fils ainé d'Attila, roi déjà de plusieurs peuples, tenant devant soh père les jeux constamment baissés. Dans les festins, pendant qu'on servait à ses guerriers des mets de toute espèce, lui n'avait 'un plat de bois et ne manseait que la Viande, et lorsqu'il» s'egayaletit amc bouffonneries des mimes, seul il conservait toujours le même tisage, grave et immobile, roulant dans sa pensée de terribles desseins.

En peu d'années, son empire îfétait étendu des bords ad Hbin à ceux de h mer Caspienne, de la Baltique aux montagnes de la Grèce septentrionale. La Germanie avait été comme submergée dans cette tempête. Etonnée de se trouver vaincue avant d'avoîr eu pour ainsi dif e le temps de prendre ses armes, elle accepta sa défaite, eéda à cette ptiissancé reoottfable, à ce dief qui, comme le Vo^a dont il iKrftait le nom, renversait mit devant loi dans sa course impétueuse. Les guerriers vinrent euT^memes se mngér parmi les guerriefs d'Attila , et la GeN marne tout entière se ti^va réunie mie première fois sous la main dn toi des Huns. Noos verrons plus tahi s'il est sorti quelque chose de cette union forcée.

l nrifiiaATxoir dis eomaiits.

L'empire romain s'était cro l'em-

re imiversel, il pensait avoir enferoié monde dans ses ûvatière»; mais teùâêitt que ses ehefs s'occupent à «i^icer peti à peu Tiniguité des conquêtes 06 Rome^ falsaievt éroit aux ylaiiites des vaincus ^ donnaient le droit de cité aux provinces, etrétablissaient Tésidité entre tontes les parties de rempire, voici que les Barbares, auxquels Rome n'avait pas songé, Tinrent réclamer aussi leur port à ce Ibstin de rois. Rome, qui s'était déjà ouverte jK)ur recevoir les vaincus greci, gaulois. espa^ol$« africains, synens, int obligée d'admettre encoi^ ees nouveaux venus. Un moment, elle

put ctoffe qri'avée ceà i^emiers Èarbares tout était fini: ils étaient chrétiens comme elle, et les paroles du Visigoth Ataulf la rassuraient sur les intentions de ces Germains oui s'efforçaient de bégayer la langue de Cicéron et de s'affuDier de la toge romaine.

Mais f Asie barbare réclame à son tour, et ses peuplades nomades, prenant avec elles, sor leur route, les Germains restés dans leur patrie, viennent se Hier de nouveau sur ce vieux monde, et augmenter cette confuHon des kmaues et des peuples d'où devait sortir le moyen âge. Ce fut le dernier coup porté à l'Empire. Rome ne put survivre à ce douloureux enfantement d'un monde nouveau. Il faut voir par Combien d'humiliations passa cette vieille reine du monde avant d'arriver au dernier moment de sa lente asonie.

Attila ne les lui épargna pas. Apres une expédition contre les Perses, il entra, sous un faible prétexte, dans l'empire d'Orient , en 447, à la tête d'une armée immense, et ravagea tous les pays qui s'étendent du Pont-Euxin h la mér Adriatique, sur un espace de 500 milles. 70 villes populeuses ftircnt brûlée.

«Nous arrivâmes, dit Priscus, à la ville de Naîssus, qui avait été détruite et rasée par les ennemis ; nous n'y trouvâmesaucan habitant, excepté quelques malades qui s'étaient réâigiés dans les ruines des temples. Avançant de là dans des plaines désertes, nous arrivâmes près de la rivière, dont les bords étaient couverts des ossements de ceux qui avaient été tués durant la guerre. « Sbrmium , Singidunum , Ratiaria, MarcianopoHs, I^aïssus, Sardica , etc. , furent réduites en œndres. Les armées furent rappelées de toutes les frontières de la Perse et de Sicile; mais ce fut pour se faire battre par Attila , qui put s'avancer jusqu'aux âwbourss ée Gonstantinopfe. Septuaginta civUateSy dit Prospère Tyro , depreëatkme vastafa.

---Pêne totam Europam^ dit Ammien Marcdlin, invasis excisisque cîcitatir bus atque castelUs ^ conrasU (*}.

(*) H semble que les peuples de VAsh t^lentrionale soient plus féroces que (otis

L'UNIVERS

Théodose-le Jeune n'obtint la (mûx

Î[u'en donnant au roi des Huns 6000 ivres pesant d'or, et en lui promettant un tribut annuel de 2100 livres.

Depuis lors , Attila se joua de la faiblesse de Tempereur d'Orient. Tantôt il voulait que l'empereur donnât de riches héritières à ceux de ses Huns u'il lui envoyait; tantôt il demanait qu'on lui rendit les Huns transfuges ou les esclaves romains édiappés; tantôt enûn il exigeait ou'on lui livrât quelques ministres de l'empereur dont il était mécontent , faisant ainsi un traiic de la frayeur des Romains. Il disait un jour à un ambassadeur de l'empereur d'Orient : « Théodose est fils d un père très-noble aussi bien que moi ; mais en me payant le tribut , il est déchu de sa noblesse et il. est devenu mon esclave ; il n'est pas juste qu'il dresse des embûches à son maître, comme un esclave méchant. »

£t encore : « 11 ne convient pas à l'empereur d'être menteur , etc. » 11 s'était tait donner le titre de général des armées romaines, et disait que les (généraux romains étant ses esclaves Us ne devaient obéir qu'à lui.

AMBASSADX DX VaUCOS.

Un Grec a eu le couragede nouê conserver le tableau de l'abaissement de son empereur, qu'il ose encore appeler un dieu. C'est un précieux monument dei'état de l'Empire et des Barbares au milieu du y siédcBien qu'il ne se rapporte qu'aux Huns et non aux Germains, nous en citerons cependant plusieurs extraits, car les Huns méritent toute notre attention depuis qu'ils ont coules autres Barbares. On conDait les pyramides de tètes d'hommes élevées par Getigis-Khaii aux portes de Bagdad. Apres avoir subjugué toutes les provinces septentrionales de la Chine, les Moagous proposèrent dans le calme de la réflexion d exterminer tou4 les . habilanls ei de convertir le pays en désert et en pâturages pour leurs troupeaux. Ce fut à graud'pciue qu'un mandarin chinois parvint à détourner Gengis-Kfaan de ce dessein*

quis toute rAllemagne et forcé les

Eeuplades germaniques de vivre au mieu d'eux. Souvenons -nous d'ailleurs

2ue leurs descendants ont peuplé la Longrie. Ce récit est celui ji'uue ambassade envoyée par Théodose a Attila(*}.

a Le Scythe Édécon,ditPriscu8, secrétaire de l'ambassadeur romain , vint denouveau enqualitéd'envoyé...Admis . dans le palais , il remit à l'empereur des lettres d'Attila, dans lesquelles celui-ci se plaignait qu'on n'eût f)oint rendu les transfuges , et menaçait de prendre les armes s'ils ne lui revenaient point, et si les Romains ne s'abstenaient pas dectiltiver la terre que le sort des combats avait ajoutée â sa domination. Or cette terre s'étendait le long de l'Ister , dépuis la Paeonie jusqii'à la Thrace ; \à largeur était le chemin de quinze jours. De plus , on ne devait pas temr le mardie, comme jadis , sur fa rive de l'Ister, mais à Naissus, laquelle ville, prise et ruinée par lui, et Soignée de l'Ister de cinq jours de marche d'un homme agile , taisait , selon lui, la limite des états des Scythes et des Romains. Enfin il ordonnait qu'on lui envoyât des ambassadeurs, non de naissance et de dignités communes, mais tels illustres consulaires qu'on voudrait choisir, disant que, pour les recevoir, il descendrait a Sardica....»

HODTB TBM &BS TBVTBS 9* ATTILA.,

« Lorsque Maximin, cédant aux nriè-; res de l'empereur, se charjgea de Pambassade qu'on voulait lui confier, il m'engagea à l'accompager. JNous partîmes donc avec les Barbares, et nous arrivâmes à Sardica, qui est, pour un homme agile, à treize jours de marche

(*) Noos croyons intéresser doublement nos lecteurs eu mettant sous leurs yeux quelques extraits de la traduction que M. Guixot a donnée de ce morceau où se peint si bien Taliaissement de Aume et l'insolence du barbare. M. Guizoï ne l'a d'ailleurs inséré lui-même dans sou Histoire de la civilisation française, que comme un tableau des mœurs des barbares au T* siècle.

de Gonstantînople. Après notre arri- Téc, nous crûmes devoir inviter Edéoon et les autres Barbares à prendre un repas avec nous. On égorgea les bœufs et les moutons que nous fournirent les habitants du lieu; et, to^t âant préparé, notis nous mimes au banquet. Pendant le repas, les Barbares commencèrent à vanter et à élever aux nues Attila, et nous l'empereur. Vigile s'avisa de dire qu'il ne convenait pas de comparer un dieu à un bonune, ajoutant qu'Attila était un homme et Théodose un dieu. Huns prirent cela fort mal, et s'enflammèrent par degrés jusqu'à la plus vive colère ; nous nous efforçâmes de détourner la conversation, et de les apaiser par des paroles de douceur...

«Nous arrivâmes à la ville de Naîssus, qui avait été détruite et rasée par les ennemis; nous n'y trouvâmes aucun habitant, excepté ({uelques malades oui s'étaient réfugiés dans les ruines des temples : avançant de là dans les plaines désertes, a quelque distance de la rivière (car ses bords étaient couverts des ossements de ceux qui avaient été lués pendant la guerre), nous arrivâmes chez Aginthee, chef des soldatsdel'lllyrie, qui habitait non loin de I^ïaîssus. Nous portions des ordres de l'empereur pour qu'il nous remtt dnq transfuges, qui devaient compléter les dix-sept dont il parlait dans sa lettre à Attila : nous allâmes trouver Aginthée, et nous lui demandâmes de nous les livrer. Après leur àvoir adressé des paroles de consolation , il les fit partir avec nous.

«La nuit s'était à peine écoulée que nous fîmes route des montagnes de Haîssus vers le Danube. Nous par- Tlnmes, après une foule de tours et de détours , dans un certain bourg encore sombre : nous croyions que notre chemin devait se diriger vers Poccident ; mais dès qu'il fit jour, le soleil levant se présenta devant nos yeux. Ignorant la position de cet endroit , nous nous récriâmes, comme si le soleil que nous Toyions vis-à-vis de nous, suivait an cours différent de son cours ac- «Nitumé, et indiquait ainsi des boule-

versements dans l'ordre relier des choses ; mais c'est à cause aes inégalités des lieux que cette partie de la route est tournée vers l'orient.

« De cet endroit, d'un abord difficile et escarpé , nous descendîmes dans des plaines nuurécageuses; là, des bateliers barbares nous reçurent dans des canots d'une seule pièce, qu'ils font de troncs d'arbres taillés et creusés, et ils nous passèrent au-delà du fleuve. Ce n'était point pour notre traversée qu'avaient été préparés ces canots, mais pour celle d'une multitude de Barbares que nous rencontrâmes sur la route, car Attila semblait marcher à l'invasion des frontières de l'Empire comme à une partie de chasse. Tels étaient les préparatifs de guerre contre les Romains, et les transfuges non encore livrés lui servaient de prétexte pour la commencer.

« Après avoir passé le Danube et avoir parcouru avec les Barbares un espace d'environ quinze stades, on nous fit arrêter dans une plaine pour y attendre qu'Édécon fût allé annoncer notre arrivée à Attila. Cent des Barbares qui devaient être nos guides demeurèrent cependant avec nous.

Vers le soir, pendant que nous soupions , nous entendîmes un bruit de chevaux qui s'approchaient : aussitôt parurent deux guerriers scythes, qui nous ordonnèrent de nous rendre auprès d'Attila. Nous les invitâmes auparavant à partager notre souper :

ils descendirent de cheval , souperent avec nous et le lendemain marchèrent devant nous pour nous montrer îa route. Vers la huitième heure tiu jour, nous arrivâmes près des tentes d'Attila : il y en avait aussi un grand nombre d'autres. Comme nous voulions planter les nôtres sur une certaine colline, des Barbares accoururent et nous en empêchèrent, parce que celles d'Attila étaient placées dans la vallée d'à côté. Nous les laissâmes déterminer à leur ffré l'endroit où nos tentes devaient lire dressées, v

Un des Grecs de l'ambassade. Vigile, était chargé de marcliander à un chef Scythe la vie d'Attila. Le Hun qui

7^ vm^

l'âFait oromifli potcn* 60 livres pesant d^or, révéla tout à Attila. Celui-ci en* traut dans une Airieuse colère, appela les envoyés devant lui , mais feignit encore de ne rien savoir. Laissons Friscus continuer son récit.

« Lorsqu'on nous eut permis d'entrer et que nous eûmes été introduits^ nous vîmes Attila assis sur une chaise de bois. Nous nous Unraes à quelque distance de son trône. Maximin s'avança^ salua le Barbare , et lui remettant la lettre de l'empereur , lui dit que les empereurs lui souhaitaient , à lui et à tous les siens, santé et prospérité.

« Qu'il arrive aux Romains tout ce qu'ils « me souhaitent» , répondit le Barbare, et se tournant vers Vigile , il l'appela animal impudent, lui demanda comment il osait se présenter devant lui, auand il devait savoir tout ce qui avait été convenu pour la paix lorsqu'il avait accompagné l'ambassade d'Anatolius, et ajouta qu'aucun autre ambassadeur n'aurait dû l'aborder avant que tous 1^ transfuges eussent été rendus. Vigile essaya de répondre qu'on les avait livrés tous, et qu'il n'en existait plus un seul chez les Romains; mais Attila s'échauffant de plus en plus, l'accabla de reproches et d'injures , et poussant des cris de fureur, lui dit que, sans son respect pour le caractère d'ambassadeur qui retenait sa colère, il le ferait mettre en croix et livrerait son corps aux vautours, pour le punir de ^n audace et de Finsolence de son langage. Il assura qu'il y avait encore chez les Romains beaucoup de trans* fiiges, et se faisant apporter un tableau sur lequel étaient é^its |f|irs noms , il ordonna à ses séôwma de le lire à haute voix.

Apres que cette lecture eut fait connaître quels étaient ceux qui manquaient encore, Attila exigea aue Vigile parttt sur-le-champ avec £sla, pour porter aux Romains l'ordre de lui ren»

voyer tous les transfuges scythes qui étaient encore en leur pouvoir , et qui s'étaient retiréii^ezeuxdepuis le temps

oik CarpiUoQ, flli d'Aétîus , gteéifi des Romains occidentaux , étoit resti en otage à sa cour. « Je ne souffrî- « rai point, dit - il, que mes esdavea « portent les armes contre moi ; ils na « seront d'ailleurs d^aucuq secours à f ceux qui prétendent leur confier )a « garde des terres que j'ai conouises.

« Quelle est , dan^ toute l'étendue da « l'empire romain, la ville ou la forte* « resse qui pourrait rester entière et « debout , quand j'ai décidé qu'elle se-> « rait détruite? Qu'après avoir exposé « ma volonté sur les transfuges , les « envoyés reviennent sur-le-champ « m^annoncer si on veut les rendre ou « si l'on préfère la guerre. »

«Il avait conunei^ par ordonner que Maximin attendit la réponse qu'il vou* lait faire à l'empereur , mais il demanda tout de suite les présents. Après les lui avoir remis, nous nous retirâmes dans notre tente , où nous nous entretînmes , dans notre langue maternelle , de tout ce qui venait de se dire. »

Attila, qui voulait avoir l'or promis pour satéte, fît dire à Vigile par le Hun que le Grec croyait avoir gagné , d'aller promptement chercher l^urgent nécessaire pour acheter les gardes qui veillaient autour d'Attila.

MM 4«aAS«A»KOM «KBOS ftIVCOVTBIVT à. I.A tVIT«

»'ATit^ OBvx oa t,*uufu%nvA b'occipbiis'.

« Après le départ de Vi^le, nous m demeurâmes plus qu'un joue en cet endroit; nous partîmes avec Attila pour des lieux pHus éloignés , veurs le septentrion. A peine avions- nous fai( un peu de cliemin avec les Barbares ,

3ue nous changeâmes de direction , 'après l'ordre des Scythes guides des étrangers. Attila, cependant, s'arrêta devant un certain village , où il prit pour femme sa fille £sca , quoiqu'il en e^t déjà plusieurs : les Scythes k permettent ainsi.

«De là nousfîmes route à travers unn crande plaine, par un chemin uni et facile. Nous rencontrâmes plusieurs fleuves navigables : les plus mnds , après le Danube , s'appellent le Drecon, leXigas et leTiphilas.Nous traversâiœa

(Tufie seule pièce, qu'ont, pour leur «SMtpartoiiier , p«ux qui b^niteiit sur les bords de la rivière , et les autres sur descanotsque lesBarbaresonttoujours iOlisb main; car ils les traînent sûr des chariots pour s'ep servir sur le^ étangs ^ dans les lieux inoodés.On nous ap portait d«8 villages des vivres, du mmet au lieu de fironoent, et du tned au lieu de via; c'est ainsi que les appellent le^ lutMtaats. Ceux qui nous accompa* snaieet pour nous servir, nous app()rr uieot du wUUet et nous donnaient un# boisson tirée d« Torge, qpe les barbares Bonunent cam...

«Lamaitre$seduvillageavaitj§térune des femmes de Bléda; elle nous envoya des alimeiits ^de beUes feounes, pour que nous nous livrassions avec elles au plaisir et à Tamour; cela est regardé chez ks Scythes comme un honneur.

Jiom remerciâmes les femmes des aliments ^'elles nous apportaient, et nous nous endormîmes dans nos huttes sans faire usagfB de la dernière offre de leur rdne. »

Cest au milieu de ces marais que les ambassadeurs de l'empereur d 0rient rencontrèrent ceux de l'empereur d'Occident qui venaient tâcner d'obtenir d'Attila qu'il n'exkeât pas qu'on lui livrât le préfet ou fargenterie de Rome. Ces députés, continue Priscus, suivaient le Barbare pour en obtenir une réponse. C'est un triste spectacle de voir la pourpne des deux empires humiliée par un Barbare, et des consulaires suivant à travers la Germanie les bagages du roi des Huns.

«Comme nous devions mardier par la ménœ route qu'Attila , nous attenoîmes qu'il eût pris les devants, et nous le suivîmes peu après avec le reste des Barbares. Aprèsavoir traversé quelques rivKres. nous arrivâmes à un grand bourg; là était la maison d'Attila, beaucoup plus élevée et plus belle que loi autres maisons de son empire ; elle était £ûte de planches très -bien polies

«t entourée d'une palissade en bo)9| non comme fortiflcaoon, mais comme ornement.

«La maison la plus voisine de celle du roi était celle a'Onégèse, entourée aussi d'une palissade; mais elle n'était ni élevée , ni garnie de tours comme celle 4' Attila. Assez loin de Tenceinte de I4 miûson était situé le bain qu'Oné^èse , le plus riche et le plus jpkiissant des Scythes après Attila, avait lait constnûre avec des pierres apportées de Pannonie. Il n'va en effet dans cette partiede la S<^ie ni pierres, ni grands arbres • et il faut faire venir les matériaux d^aiUeurs. L'architecte qui avait construit ce bain, fait prisonnier à Sirmium, avait espéré que la liberté ferait la récompense de son travail ; ^is son espérance avait été bien déçue: il était tombé dans une servitude beaucoup plus dure. Onégèse en avait fi(it son baigneur , et il Te servait lut • et toute sa famille quand ils allaient au bain.

. « Lorsqu' Attila arriva dans ce vil* lage , des jeunes filles vinrent h sa rencontre ; elles marchaient en file sous des pièces de toile fine et blanche , soutenues de chaque côté par les mains de pkisieurs rangs de femmes , et si bien ^dues que sous chaque pièce marchaient six jeunes filles et même davantage. Elles ohantaient des chaosoâe barbares.

« Nous étions 4^a assez près de la maison d'Onégèse, par laquelle passait le chemin qui conduisait à celle du roi, lorst^ue sa femme sortit , suivie d'une multitudede femmes esclaves qui apportoieut des mets et du vin : ce qui est regardé cliez les Scythes comme le plus grand honneur; ellesaluaAttila etle pria oegoûter deces mets qu'elle lui présentait avec les plus vives protestations de son dévouement pour lui; le roi. pour donner une marque de sa bienveulance h la femme de son confident, mangea de dessus son cheval; les Barbares qui l'entouraient tenaient élevée jusqu'à lui la table, qui était d'argent ; après avoir ensuite trempé ses lèvres dans la coupe qu'on lui avait o(Tcrte , Il entra dans son palais : c'était unenuiison beaucoup

L'UNIVERS-

plus apparente que les autres , et située sur une éminenoe.... »

aivcoii»» b'os o&bc bbvbvv catv rk%ut i.it ■ont.

« Tandis que je passais le temps k me promener autour de Tenceinte de la maison d'Onégèse , s'avança quelqu'un

?ue je pris d'abord pour un Barbare de armée des Scythes, et qui me salua en grec en me disant x«*p«. Je m'étonnai qu'un Scxthe me parlât grec ; les Barbares, en effet, renfermés dans leurs habitudes , ne cultivent et ne parlent que la langue des Barbares, celle des Huns ou celle des Goths. Ceux qui ont de fréquentes relations de commerce avec les Romains parlent aussi le latin ; aucun ne parle grec, à Texception des captifs réfugiés dans la Thrace ou dans TIl- Ijrie maritime; mais quand on rencontre ces derniers, on les reconnaît aisément h leurs vêtements déchirés et à leur pâleur, signe de la mauvaise fortune où ils sont tombés. Mon homme , au contraire, avait l'air d'un Scjrthe heureux et riche ; il était vêtu avec élégance et avait la téte rasée en rond. Le saluant à mon tour , je lui demandai qui il était, d'où il était venu dans la terre des Barbares , et pourquoi il avait adopté les usages des Scènes? « Vous avez donc bien envie de le savoir?» me dit-il. — « Ma raison pour vous le demander , » lu! répondis-je , « c'est que vous avez parlé ffrec. » Il me dit alors en riant qu'il était Grec de naissance, qu'il s'était établi pour faire le commerce à Vimînacium , ville de la Moesie sur le Danube, qu'il y avait demeuré long-temps et y avait épousé une femme riche; mais que lors de la prise de cette ville, son bonheur s'était évanoui, et que, dans la répartition du butin , ses biens et lui étaient échus en partage à Onéffèse. U est, en effet, d'usaee chez les Scythes que les principaux cne£s, après Aftila, mettent de côté les captiâ les plus riches, et se les partaient après. Mon Grec avait ensuite vaillamment combattu contre les Romains ; il avait contribué à soumettre la nation des Acatzères à son maître barba-

re; et d'après les lois scythes^ n avait obtenu en récompense la pro-

1)riété de tout ce qu'il avait acquis h a guerre ; il avait èpNOusé une femme baroare, de qui il avait eu des enfants ; il était commensal d'Onégèse, et son nouveau genre de vie lui paraissait très-préférable à l'ancien. En effet , ceux qui demeurent chez les Scythes, après avoir supporté les fatigues de la gjuerre, passent leur vie sans aucun souci, chacun jouit des biens que lui a accordés le sort, et personne ne lui suscite la moindre amtire, ou ne le tourmente jamais en quoi que ce soit... »

TtilTB à. nuun o'ATTtXâ.

« Le lendemain ie me rendis dans l'en* ceinte intérieure de la maison d'Attila, pour porter des présents à sa femme, qui s'appelait Créca. Il en avait trois enfants: l'aîné régnait déjà sur les Acatzères et les autres nations qui habî* talent la Scyttiie du Pont-Euxin. Dans cette enceinte étaient beaucoup d'édifices, construits en partie de planches sculptées et élégamment assemblées, en partie de poutres sans sculptures, bien dressées avec la doloire et polies, qui étaient entremêlées de pièces de bois travaillées au tour; les cercles oui les unissaient, à prtir du sol, s'élevaient et étaient oistribués suivant de certaines proportions. Là demeurait la femme d'Attila. Les Barbares qui gardaient les portes me laissèrent entrer, et je la trouvai couchée sur une molle couverture. Le pavé était garni de tapit sur lesquels nous marchions ; une multitude d'esclaves l'entouraient encercle; et vis-à-vis d'elle , des servantes assises à terre bigarraient des pièces de toile de couleur , ou'on applique comme ornement sur les habits des Barbares.

ATTILA BXVDAVT fDfTICB.

« Après avoir salué Créca et lui avoir offert les présents , je sortis ; et en attendant qu'Onégèse revînt du palais où il s'étoft déjà rendu , je parcourus les autres édiflces de l'enceinte où demeure Attila. Tandis que j'étais

là , ayec1>eaucoup. d'autres personnes ( comme j'étais connu des gardes d'Attila et des Barbares de sa suite , on me laissait aller partout ) , je vis s'avancer une foule nombreuse qui accourait en tumulte et à grand bruit. Attila sortit d'un air grave ; tous les yeux se dirigeaient vers lui. Onégèse l'accompa-

Sait , et il s'assit devant sa maison, aucoupde gens qui avaient des procès s'approchèrent de lui, et il rendit des jugements. U rentra ensuite dans son paim y où il reçut les députés des nations barbares.! -

< Pendant que j'attendais Onégèse, Romulus , Promutus et Romanus, députés venus d'Italie pour l'affaire des vases d'or, Rusticius qui était de la suite de Constance , et Constantiolus , originaire de la Pannonie, soumise alors à Attila, m'adressèrent la parole et me demandèrent si nous avions reçu notre congé. « Cest pour le savoir « d'On^èse , leur dis-je , que j'attends « dans cette enceinte. » Je leur demandai à mon tour s'ils avaient obtenu ouelque réponse favorable sur l'objet de leur mission. « Pas du tout, me ré- « pondirent-ils; il est impossible de faire « <^nger Attila d'avis ; il menace de « la guerre si on ne lui livre pas les « coupables ou Sylvanus. »

«oaTMM.Tunr bvt&b lks assacsabsom to» xwê

«Comme nous nous étonnions de l'intraitabte orgueil du Barbare, Romulus, homme d'une grande expérience et qui avait été chargé de plusieurs missions très-honorables, nous dit : « Cet or- « gueil vient de son heureuse fortune, « gui Ta placé dans un rang si élevé ; sa « tortune lui a valu un grand pouvoir, « et il en est si enflé que les bonnes «.raisons n'ont aucun accès auprès de « loi , et qu'il ne croit juste que ce qui « est une fois entré dans sa téte ; au- « éun de ceux qui ont régné , soit en « Scythie, soit ailleurs, n'a fait d'aussi « grandes choses en aussi peu de temps ; « n s'est soumis toute la Scythie, il a « étendu sa domination jusqu'aux fies « de l'Océan , il a rendu les Romains « tributaires ; non content de cela, il

6* Livraison. (AiXEMAfiNS.)

« médite de plus grandes entreprises , « il veut reculer encore les frontières « de son empire , et il se prépare à at- « taquer les Perses. »

« Un de nous demanda quelle route conduisait de la Scythie chez les Perses. Romulus répondit ^e le pays des Mèdes n'était pas situe très -loin de celui des Scythes , et que les Huns connaissaient fort bien ce chemin, puis-

Îiu'iis y étaient allés autrefois. Pendant es ravages que faisait dans leur pays une famine , et la tranquillité gueleur laissaient les Romains , occupés à une autre guerre, Basich et Cursich , guerriers de la famille royale des Scythes, et chefs de troupes nombreuses, avaient pénétré dans le pays des Mèdes. Ces chefs, venus dernièrement à Rome pour y traiter d'une alliance, avaient raconté qu'ils avaient fait route à travers une contrée déserte , qu'ils avaient traversé un marais ^ue Romulus croyait être les Palus-Méotides, et qu'au bout de quinze jours, après avoir gravi de certaines montagnes, ils étaient descend us dans la Médie ; que là, pendant qu'ils butinaient et faisaient des excursions dans la campagne , était survenue une armée perse, qui avait obscurci l'air de ses traits ; qu'à la vue d'un tel péril , ils s'étaient retirés, avaient repassé les montagnes , et n'avaient emmené qu'une très-petite portion de leur butin, car les Mèaes en avaient repris la plus grande partie; gue pour éviter le choc des ennemis, ils avaient pris une autre route , avaient traversé d(^ lieux semés de pierres marines qui orûlaient, et étaienft enCn rentrés dans leur pays, après une route dont Romulus ne se rappelait pas la durée. Il était aisé de voir par là

aue la Scvthie n'était pas très-éloignée u pays des Mèdes.

«Romulus ajoutait que si^ par conséquent , la fantaisie d'attaquer les Mèdes prenait à Attila , cette invasion ne lui coûterait ni beaucoup de soins, ni beaucoup de fatigues , et qu'il n'avait pas un long chemin à faire pour tomber sur les Mèdes, les Parthes et les Perses , et les contraindre à lui payer tribut. Il avait un si grand nombre de troupes qu'aucune nation ne pouvait

«9 vvm

lui résister. Nous nous mîmes alors à former le vœu qu'Attila attaquât les Perses et détournât ainsi de nous le poids de la guerre, a II est à craindre, « dit GoDstantiolus, que les Perses une « fois vaincus, il ne traite les Romains, « non plus en ami , mais çn maître.

« Maintenant nous lui envoyons de For « à cause de la dignité dont nous Ta- « vous nous - mêmes revêtu ; mais s'il « dompte les Mèdes , les Parthes et les « Perses, il n'épargnera plus les Ro- « mains , qui font de ce coté la borne « de son empire ; il les regardera ^ comme ses esclaves , et les forcera « d'obéir à ses terribles et insuppor- « tables volontés. »

Oir BAVQVST B&Vt JbA BBMIVftB d'atTILA.

« A peine étions - nous rentrés dans notre tente , que le père d'Oreste vint nous dire : « Attila vous invite tous 41 les deux au banquet qui doit avoir « lieu vers la troisième heure du jour. » A rheuredite, nous nous renduiies a rinvitation, et, réunis aux ambassade^rs des Romains occidentaux , nous |i(tus tînmes devant Pentréei de k salle, à| face d'Attila; là^ les éoliaiisons^ mon l'usage de ce pays, npus présentèrent une coupe, mn qii'avant de nous asseoir nous fifSÎQDS des liba- .%9ns ; après nous ÇflJ^ acquittés et grolr goûté de la o^', ||(H|$ al^^ oocuper les sièges sur leqquw l^>us devions souper.

«Des siégesétaient préparés des deux cotés de la salle, le long des parois ; au milieu était Attila sur un lit, vis-à-vis duquel était placé un autre lit, derrière lequel se trouvaient les marches d'un escalier qu^ conduisait

ht était orné ae toiks et de tapis de ^yerses couleurs, et il ressemokût à Ceux que les Romains et les éfma arrangent pour les mariés. Il fut alors que le premier ranc des convives s'assiérait à la droite a*Attîla , et le ftecond à sa gauche. Nous fûmes placés dans le second rang avec Berich , guemer très-considéré parmi les Scv-

siège à la droite du roi, et vis-à-vîs de lui étaient assis deux des fils d'Attila ; Faîné était couclié sur le même lit que son père, non à côté, mais fort au-dessous : il tenait toujours les yeux baissés par respect pour son père.

aTout le monde s'étant assis, Téchansdn d'Attila lui présenta une coupe de vin; en la recevant, Attila salua celui qui occupait la première place ; à cet honneur, celui-ci se leva aussitôt: il ne lui était pas permis de se rasseoir avant qu'Attila , goûtant de la coupe, ou la buvei^t tout entière, l'eût rendue à Téchansan. Attila, au contraire , restait assis tandis que les convives, recevant chacun une coupe, lui rendaient hommage en le saluant et en goûtant le vin. Chaque convive avait un échanson qui entrait à sou rang x après la sortie d'Attila. Tous les convives ayant été honorés de la même manière , Attila nous salua à notre tour, à la manière des Thraces. Après ces cérémonies de politesse, les écLansons se retirèrent.

« A coté de la 'table d'Attila, étaient dressées d'autres tables faites pour recevoir trois ou quatre, ou même un plus srand nombre de convives, chacun desquels pouvait, sans déranger l'ordonnance des sièges, prendre sur les plats, avec son couteau, ce qui lui plaisait. Au milieu s'âvança d'abord Te serviteur d'Attila , portant an plat plein de viandes ; ensuite ceux qui devaient servir les autres convives couvrirent les tables de pain et de mets. On avait préparé pour les Barbares et pour nous des mets et des ragoûts de toutes sortes; mais Attila n'avait qu'un plat de bois et ne mangeait que delà viande.

« Il montrait en tout la même simplicité : les convives buvaient dans des coupes d'or et d'argent; Attila n'avait

Î|u'une coupe en bois. Ses habits étaient ort simpleis et ne se distinguaient de ceux des autres Barbares que parce quils étaient d'une seule couleur et sans ornement. Son épée, les cordons de sa chaussure , les rênes de son cheval n'étaient point, comme ceux des autres Scythes , décorés de plaques d'or et de pieri:es précieuses.

tLorsque les mets servis dans les preniers piftts eurent été mangés , nous nous levâmes, et aucun de nous nereprit ion siège- avant d'avoir du une coupe de vin a la santé et à la prospérité d'Attila , selon les formes que Je viens |)e décrire.

«Après lui avoir rendu cet hommage, nous nous rassîmes. On apporta alors sur toutes les tables de nouveaux plats quieontenaient d'autres mets ; et lorsque diacun evt mangé à satiété , nous nous levâmes , nous nous mtmes à boire comme la première fois; et nous nous rassîmes encore.

«A l'approche du soir , les mets furent enlevés ; deux Scythes s'avancèrent et récitèrent devant Attila des vers de leur composition , où ils chantaient ses victoires et ses vertus guerrières.

Tous les regards des convives se fixèrent sur eux : les uns étaient charmés

rur les vers , d'autres s'enflammaient cette peinture des batailles ; des larmes coulaient des yeux de ceux dont l'âge avait éteint les forces , et qui ne pouvaient plus satisfaire leur soif de guerre et de gloire. Après ces chants barbares , un fou viot débiter un dé-> luice d'extravagances et de sottises teUes , qu'il fit éclater de rire tous les animants.

«Le Maure Zerchon entra le dernier : Édecon l'avait engagé h venir trouver Attila, et lui avait promis d'employer tous ses soins pour lui faire rendre sa femme ; il l'avait prise autrefois dans la Scythie, où il iouissait de la faveur de Bléda, et il l'y avait laissée. Lorsque Attila l'avait envoyée ea don à Aétius, il avait d'abord espéré la revoir ; mais cette espérance avait été vaine ^ parce qu'Attila s'était hrrité de ce qu'if était retourné dans son pays; saisissant l'occasion de la fête, il venait la redemander, et sa figure, son maintien, sa prononciation, le mélange bizarre qu'il faisait des mots ham , latins et goths , excitèrent une tflUe galté, de tels transports de joie, qoe les éclats de rire étaient inextinguibles

(*) ITest-ll pat singulier de trouver déjà

<^ Attila seul conservait i»ujours le même visage ; il était grave et immobile ; il ne disait et ne faisait rien qui annonçât la moindre dispositiqn à nre ou à s^égayer; seulement, lorsqu'on lui amena le plijus jeune de ses fils, nommé Imach, il le regarda avec des yeux d'affection et de plaisir, et lui prit ^a joue pour le oaresser. Gomme je m'étonnais qu'Attila fît si peu d'attention à ses autres enfants et ne parût occupé que de celui-ci^ un des Barbares, assis près de moi, et qui parlait le latin , après m'avoir fait promettre que je ne révélerais pas ce quil allait m'apprendra, me dit que les devins avaient prédit à Attila que toute sa race pârirait à l'exo^ion de cet en* fant qui en serait le restaurateur....

a Le lendemain, Attila nous invita de nouveau à un banquet ; nous y ob* servâmes les mêmes cérémonies qu'au premier, et nous nous y divertîmes fort ; ce jour-là ce n'était point le fils aîné d'Attila qui était assis sur le même lit que ce chef, mais son oncle OEbar, qu'Attila regardait oonune son père.

« Pendant tout le banquet, Attila nous parla avec beaucoup de douceur ; il ordonna à Maximin d'engager l'em^ pereur à donner pour femme, à aoa secrétaire Constance, celle qu'il lui avait promise. Constance, en effet, était venu à Constantinople aveo les députés d'Attila , et il avait offert de s'employer à maintenir la paii entre les Romains et les Huns, pourvu qu'on lui donnât en mariage une femme riche : l'empereur y avait consenti , et lui avait promis de lui faire épouser la fille de Saturnillus, homme d'une ^famille noble et d'une fortune trèsconsidérable ; mais Athénaïs ou Eudoxie (on donnait à l'impératrice ees

k la cour d'Attila ud arleqnm 7 TeHe est ea effet leur origiDe : la couleur des esclaves noirs , rétrangeté de leur figure et de leurs manières les fireot reclierofaer par les Barbares Gomme-d'exceUeiits bouflbus; et po«r comble de singularité, le Bilaure Zercboa, qui vient redemander sa femme à Attila, rap pelle Arlequin redemandant CoiondMne. .

(Note de ^. Gmtot)

L'UNIVERS

deux noms) fit mourir Saturnillus, et Zenon, personnage consulaire, empêcha l'empereur d^exécuter sa promesse. Ce Zénon , accompagné d une nombreuse troupe dlsaunens, gardait alors la ville de Gonstantinople qui était menacée par la guerre, et commandait les armées a'Orient; il fit sortir la jeune fille de prison,' et la donna à un certain Rafus, Tun de ses parents. Constance, frustré de ce mariage, demandait instamment à Attila de ne pas souffrir l'affront qu'il avait reçu, et de faire en sorte qu'on lui donnât une fenune , ou celle qu'on lui avait ravie, ou une autre qui lui apportât une riche dot. Aussi , pendant le souper, le Barbare recommanda à Maximin de dire à l'empereur qu'il ne fallait pas que Constance fût trompé dans ses espérances, et qu'il était contraire à la dignité d'un empereur d'être un menteur. Attila donnait cet ordre à Maximin, parce que Constance lui avait promis une forte somme d'argent, s'il réussissait par sa protection a épouser une jeune Romaine riche.

« A l'approche de la nuit, nous nous retirâmes du banquet. »

« Au bout de trois Jours, enfin, nous fûmes renvoyés après avoir reçu des présents. »

Uempire d'Orient avait tout à craindre d'un voisin tel que le roi des Huns ; mais quelque chose le sauva, ce fut la dévastation de ses provinces. Il y avait si long-temps que les Barbares de toute race les pillaient sans cesse , qu'il restait bien peu de chose pour les derniers venus. Au contraire, la Gaule et l'Italie n'avaient point encore souffert d'in- TasioQ dévastatrice. Si lesGoths, les

Sèves avaient fait beaucoup de ruines, n avait déjà eu le temps d'en ré[)n- Arau moins une partie. Plusieurs inottfe d'ailleurs attiraient Attila vers la Gaule; le iioiu (rAIaric, les conquêtes des Goths lui taisaient ombrage. 11 les appelait ses esclaves lugitiis, et jurait de les poursuivre jusqu'à ce qu'il les eût soumis au joug. Genséric, le rusé roi des Vandales, l'excitait par de

grands présents à attaquer les Romains et les Goths.

Croyant que la femme de son fils, fille du roi des Visigoths, avait voulu l'empoisonner, il l'avait renvoyée honteusement à son père avec le nez et les oreilles coupés. Cet outrage devait amener la guerre entre les deux peuples; aussi chercha-t-il à la prévenir par l'alliance d'Attila. De plus Aétius , qui employait à la défense de la Gaule une nombreuse armée de [Huns et d'Alains qui lui étaient personnellement attachés , avait plaoé deux colonies de ces Barbares sur les territoires deValenceet d'Orléans, pour garder les j)assages du Rhône et de la Loire; mais ces Barbares, ceux d'Orléans du moins , perdus au milieu de peuplades civilisées , et enfermés dans des villes, appelèrent Attila. Deux chefs francs, qui se disputaient la succession de Clodion , invoquèrent aussi les secours, l'un des Romains, l'autre du roi des Huns , qui put ainsi compter qu'il serait facile de passer le Rhin.

Lui-même mit en avant un prétexte

Four envahir la Gaule. Il se déclara amant et le défenseur de la princesse Honoria ( la sœur de Valentmien III), qui lui avait autrefois envoyé son anneau ; et à son entrée dans l'Empire, il réclama la main de cette princesse et la part à laquelle elle avait droit de prétendre dans le patrimoine im»

pénal.

IirVASIOir Dl LA GAVLZ.

Ce fut vers le confluent du Rhin et du Necker qu'Attila passa le Rhin.

Aussitôt sa cavalerie porta le ravage dans toutes les provinces voisines :

Strasbourg, Tongres, Mayence, Metz furent ruinées, leurs habitants massacrés, et la place qu'occupait la dernière de ces villes ne fut indiquée que pax une cliapelle échappée seule à 1 incendie. Justifiant le titre qu'il s'était donné de fléau de Dieu , il ne vou lait

Pas, cotnme nous Tavons déjà dit, que herbe repoussât là où son cheval avait passé.

Aétius avait mis son espérance dans la réunion des Barbares cantonnés

dans la Gaule^ pitHir les^elsTinvasion des Huns n'était pas moins redoutable qu« pour les Romains. Tous en effet Tinrent, ralliés aux débris de Feinpire, combattre les Barbares de l'Asie et ceut de leurs frères qui s'étaient associés à leurs projets. Les Francs, les Alaios , les Burgondes , les Savons , établis déjà à BÎayeux, mais surtout les Visigoths de Toulouse, s'armèrent

Smt délivrer Orléans assiégé par les uns.

« Vers ce temps-là cette ville avait pour évéque le bienheureux Anian, nomme d'une éminente sagesse et d'une honorable sainteté, dont les actions vertueuses ont été fidèlement conservées parmi nous. Et comme les assiégés demandaient à grands cris à leur pontife ce qu'ils avaient à faire , celui-d, mettant sa confiance en Dieu , les engagea à se présenter tous pour prier et nnplorer avec larmes le secours du Seigneur, toujours présent dans les calamités. Ceux-d s'étant mis à prier, selon son conseil , le pontife dli : < R^ardez du haut du rempart « de la ville, si la miséricorde de Dieu «' vient à notre secours. » Car il espérait, par la miséricorde de Dieu , voir arriver Aétius. que, prévoyant l'avenir, il était aile trouver à Arles ; mais regardant du haut du mur, fis n'aperçurent personne ; et l'évéque leur dit : « Priez avec zèle, car le Seigneur « TOUS délivrera aujourd'hui. « Ils se mirent à prier, et il leur dit : « Regar- « dez une seconde fois. » Et, ayant regardé, ils ne virent personne qni leur apportât du secours. Il leur dit pour une troisième fois : « Si vous le « suppliez sincèrement. Dieu va vous « secourir promptement. > Et ils im-

aoraient la miséricorde de Dieu avec ; grands gémissements et de grandes lamentations. Leur oraison finie, ils vont, par l'ordre du vieillard, regarder pour la troisième fois du haut du rempart, et aperçoivent de loin comme un nuage qui s^élève de la terre. Ils Fannonoent an pontife, qui leur dit :

« Cest le secours du Seigneur. » Cependant les remparts , ébranlés déjà sous les coups au bélier, étaient au

moment de 8*écrouler, lorsque voilà Aétîus nui arrive, voilà Théodoric.

roi des 6oths , ainsi que Thorismuoa son fils, qui accourent vers la ville à la téte de leurs armées , renversant et repoussant l'ennemi. Le ville ayant donc été délivrée par l'intercession du saint pontife, ils mettent en fuite Attila, qui, se jetant dans les plaines de MéiT, se dispose au combat; ce que les Orléanais apprenant, ils se préparent à lui résister avec courage (*). »

BATÀLLt DB CHALOITS.

Attila recula devant les forces réunies d'Aétins et des Visiçoths jusoue dans les champ^ catalauniens, où 1 on voit encore aujourd'hui les restes du camp au'il y traça. La bataille fat acharnée : eUe commença par un combat entre un corps de Francs et les Gépides; cinquante mille Barbares restèrent sur le champ de bataille. Cependant Attila hésitait, il consultait les victimes pour connaître l'issue de la journée; mais, quelle que fût la réponse des prêtres, il fallait combattre, car il s'était avancé trop loin pour reculer sans danser devant la nombreuse armée qui voulait lui fermer la Gaule.

Enfin la grande mêlée s'engagea. « Ce fut, dit Jornandès, l'historien des Goths, qui dans ce récit se montre souvent partial pour les siens; ce fut un terrible combat, obstiné, sanglant, tel que n'en vit jamais l'antiquité. S'H nous faut en crôire les vieillards, un petit ruisseau , gonflé par le sang des guerriers morts, devint un torrent. Ce nit là que le roi Théodoric haranguant son armée, fut renversé de cheval et termina sa vie. Les Visigoths se séparant alors des Alains, se précipitent sur les bataillons des Huns : ils eussent écrasé Attila, si celui-ci, qui avait déjà pris

f>rudemnient la fiiite, ne se fdt enfermé ui et les siens dans le camp que défendaient ses chariots. C'était un faible rempart; et cependant les voilà ces hommes qu'aucun mur ne pouvait arrêter, chercliantla vie derrière ce misé*

(*) Grégoire de Twn.

rahie retcandiement. Thorismund,fil8 de Théodoric, qui avait aussi débusqué les ennemis, croyant se rendre dans 5on camp) se trouva égaré par les ténèbres, au milieu des chariots des ennemis. Il tomba, après des prodiges de valeur, frappé h la téte. Aétius, par une erreur semblable, errait au milieu , des ennemis : tremblant à la crainte de quelque malheur pour les Goths, il parvint enfin dans un camp ami, et passa le reste de la nuit protégé par les boucliers.

«Le lendemain ils voient les champs jonchés de cadavres ; et comme les Huns n'osaient sortir, ils pensèrent que la victoire était a eux : car ils savaient bien que ce n'était qu'abattu par une affreuse défaite qu'Attila avait quitté le combat. Grana jusque dans la débite même, ce chef faisait entendre le son de ses trompettes et menaçait d'une attaque : semblable à un lion qui. pressé nar les chasseurs « s'arrête a rentrée ae sa caverne; il n'ose pas s'élancer, mais, par ses affreux ruffissements, il répand l'effroi tout à i entour. Le terrible ,roi des Huns troublait, quoique enfermé dans son camp, le repos de ses ennemis.

Cependant les Goths et les Romains s'assemblent, et se demandent com* ment ils aclièveront la défaite d'Attila. On décida de le fatinjer par las lenteurs d'un siège, de raUamer dans son camp. Ce fut alors, dit-on, que 9t roi, grand jusqu'au dernier moment, se fit dresser un immense bûclier, formé de selles de chevaux, pour s'y précipiter si les ennemis donnaient l'assaut : il eût craint, lui, maître de tant de nations, de se voir entre les mains de ses ennemis.

«Cependanton s'étonnaitdel'absence du roi des Visigotbs. Après de longues recherches, on le trouve à la place qui convient aux braves, parmi les morts du premier ran^ : on l'enleva au milieu de chants funèbres, à la vue des ennemis. Alors on eût vu les Goths, avec leurs cris et leurs mille dialectes, observer les cérémonies funéraires au milieu de la fureur des combats. On répandait des larmes,

mais de ces lannes que le brave a coutume de verser. Les Goths offrent, au bruit des armes , la dignité royale au valeureux Thorismund qui, couvert de gloire , rend les derniers devoirs aux mânes de son père chéri. Puis, désoté de cette perte et emporté par sa fougue guerrière, jaloux ae tenger sur les restés des Huns la mort de son père , il consulte Aétius qui avait toute rexpérience que donne la vieillesse. Mais celui-ci, craignant sans doute devoir l'empire romain écrasé par les Goths , si les Huns étaient aiiéantis, lui conseille de retourner dans ses états ; et, en effet, ce prince retourna en Gaule. Dans œ combat fameux et où se rencontrèrent des peuples si vaillants, il y eut des deux cotés, dit-on, 162,000 morts, sans compter encore 90,000 Gépides et Francs, q^ui, avant l'action générale, se rencontrèrent pendant la nuit et se tuèrent mutuellement. Attila, à la nouvelle du départ àes Goths , par une pensée qu'amène toujours un événement imprévu , croyant que c'est un pi^e tendu par renneini, se tipt enlermé dans son camp. Mais enfin, quand un long silence a révélé l'absence des ennemis, son cœur triomphe , il renaît à l'espérance, et l'esprit du puissant roi se reporte à ses anciennes destinées. >

tirVASlON M L*ITALft«

Attila n'avait sans doute pas été aussi complètement vaincu que parait le croire Jornandès ; cependant, étonné de l'opiniâtre résistance qu'il avait rencontrée. Il recula, laissa la Gaule aux Barbares, mais se vengea bientôt sur ritalie. En effet, le printemps suivant il passa les Alpes, prit, après trois mois de siège, la ville d'Aquilée, dont la génération suivante put a peine distinguer les ruines , de même que celles d'Àltinum, de Padoue et de Concordia. Vicence, Vérone c^t Berçame restèrent au moii» debout, mais dépeuplées et appauvries. Pavie et Milan ^ plus heureuses^ en furent quittes eo donnant leurs richesses. Como, Turin, Modène, au-delà du P4t eurent aussi à souffî-ir de l'avide cruauté du vain-

ALLËI

qtieur, qui dévasta aîn^i toùie la Lombard îè. C'est pour échapper à ses ravages que les habitants de la Vénétîe s'enfuirent dans les lagunes, dans les lies formées par les bas-fonds du golfe Adriatique^ la domincmte Yenise devait bientôt s'y élever.

Aétius, qui n'avait pu emmener au secours de l'Italie les Barbares de la Gaule, vainqueurs d'Attila à Châlons , fut réduit à négocier. L'étal où était l'armée barbare contribua à faciliter le traité. Les jouissances du luxe et la chaleur du climat avaient fait naître des maladies qui commençaient à venger Fltalîç. Le pape Léon , par son éloquénce pressante , sa démarche majestueuse et ses habits pontificaux, inspira au Barbare une vénération dont il profita pour l'engager à se contenter de rimmense douaire de la princesse fionoria.

MORT n tvainàivLts d'attila.

< De retour en Germanie, Attila épousa, dit un ancien auteur, une jeune fille nomniée lldico, d'une rare beauté. La nuit qui suivit les noces, Attila, appesanti par le sommeil et le vin , fat surpris par une hémorragie, et étouffé par le sang qui lui sorti't en abondance de b bouche. Ainsi mourut honteusement dans l'ivresse ce prince illustre par ses nombreux exploits. Le lendemain, comme la journée était déjà avancée, les serviteurs du roi , dans la crainte de guelcpie malheur, brisent la porté après bien des cris, et trouvent Attila ^ns blessure, mais étendu mort sur sa couche : au pied du lit était la jeune fille la téte baissée et pleurant sous son voile. Alors , selon les coutumes nationales, fis coupèrent leur chevelure, sillonnèrent de l)lessures profondes leurs visages hideux. Car ce n'étaient pas des larmes et des lamentations de femmes qu'il fallait pour pleurer un héros, mais du sang d'honmfie. On raconte qu'un dieu apparut dans le sommeil à Marcien, empereur d^Orient, ou'inquiétait un 8i terrible ennemi, et lui montra l'arc brisé d'AttUa.

. « Pour rendre de dignes honneurs à

Page 1