A6NE
sa mémoire, on plaça, au milieu d'une
§ laine, son cadavre sous des tentes, e soie; et ce fut un admirable, un imposant spectacle. L'élite des cavaliers , prise dans toute la nation des Huns , placée à l'endroit où le corps avait éw déposé, faisait courir des chars comme au cirque, et rappelait ainsi ses exploits dans un chant funèbre. « Là est Attila, roi des Huns, « fils de Mandzocco , chef de peuplades « valeureuses : avec une force jusqu'a- < lors inouïe , seul il réunit sous son t empire la Scythie et la Germanie, « épouvanta les deux enipires par la « prise de leurs villes , et cédant à la « prière de ne pas tout envelopper dans « le pifiage , consentit à recevoir un « tribut annuel. Après tant de bonheur^ « il est mort, non par le fer de l'ennemi « ou parla trahison des siens, mais au « milieu de son (leuple et plein de vie , « au sein de la joie et sans douleur. « Peut-on appeler mort, cette fin que « personne ne vengera ? »
« Après ces lamentations , ils câèbrent dans un grand repas la cérémonie qu'ils appellent Strava , et pr une union étrange mêlent ainsi la joie au deuil. Le cadavre fut remis à la terre durant la nuit , en secret. Les Barbares . enferment Attila dans un triple cercueil, d'abord un d'ort puis un second d'argent , et un troisième de fer, faisant entendre par là que tout avait été donné à ce puissanf roi : le fer, il dompta par lui les nations; Tor et l'argent, il en avait reçu des deux empires. Ils ajoutent encore à cela des armes prises sur le champ de bataille, des colliers étincelants de pierres précieuses, et d'autres ornements royaux.
Et pour dérober tant de richesses à la curiosité humaine, ils font nérir ceux qui avaient préparé le tombeau (*). »
SUITBS OS LA MOmT d'aTTZLA.
Après la mort d'Attila, personne ne se trouva assez fort pour prendre la place de ce chef. Ses tils se disputèrent son héritage; ils voulurent se partager les nations; mais oé fût pour
(*) Joroandès.
L'UNIVERS
elles comme le si^al de l'affranchis* sèment. Les Gépides réclamèrent les premiers.
< Leur roi Ardaric, indisné de Toir qu'on trafiquât de tant de peuples comme on ferait des plus vils esclaves, se souleva le oremier contre les fils d'Attila, et enaça par ses succès la honte de Tesclavage. En abandonnant le camp des Huns , il ne délivra pas seulement son peuple, mais encore toutes les nations qui gémissaient sous le même joug. On s'arma donc pour s'anéantir mutuellement, et le combat s'engagea en Pannonie, près du fleuve appelé Nétad. Là eut lieu le choc des nations diverses qu'Attila avait tenues sous sa puissance. Les états se divisèrent ainsi c[ue les peuples : on vit alors se déchirer entre elles ces peuplades valeureuses qui, avant de se porter des coups mutuels, n'avaient jamais trouvé d'ennemis qui pussent leur résister. Ce dut être un beau spectacle que de voir le Goth foneux combattant avec son épée , le Gépide brisant ses traits sur la poitrine de ses ancien? alliés, le Hun lançant la flèche rapide ; que de voir se ranger en bataille , les uns contre les autres, ' et l'Alain légèrement armé , et l'Héruie à la pesante armure. Après de nombreuses et sanglantes mêlées, la fortune passa tout à coup du côté ties Gépides. Trente mille hommes , tant des Huns que des autres nations qui leur avaient prêté secours , tombè- \ rent sous le glaive d'Ardaric et des ' confédérés. Dans ce combat succomba le fils aîné d'Attila , Ellak , que son père aimait par-dessus tous ses autres enfants , et qu'il eût voulu de préférence voir à la tête des peuples; mais la fortune ne se conforma pas à ce VŒU. Après avoir tué beaucoup d'ennemis , on dit qu'il mourut avec tant de courage , que son père vivant ne lui eût pas souhaité une mort plus glorieuse. Lui tué, ses autres frères sont mis en fuite vers les rivages du Pont- Euxin , là où s'étaient d'abord établis les Goths. Us cédèrent donc enfin , ces Huns auxquels 11 semblait que l'univers devait céder.
« Cette victoire d'Ardaric fut un heureux événement pour les nations dî« verses qui obéissaient, malgré elle^, à
la domination des Huns Beaucoup
dépeuples, précédés de leurs ambassa* deurs, se dirigèrent vers l'empire romain , et accueillis favorabiemeot par l'empereur Marcien , reçurent une portion de territoire à habiter. Quant aux Gépides , ils s'emparèrent de vive force des lieux qu'occupaient lesH'uns; et maîtres, par suite de leur victoire, des frontières de toute la Dacie , ne demandèrent aux Romains , par un arrangement à l'amiable , que la paix et les dons annuels auxquels ils avaient droit comme vaillants guerriers. L'em-
Sereur y consentit volontiers, et ce on s*est continué jusqu'à nos jours.
Les Goths voyant que les Gépides cardaient pour eux le territoire des Huns , et que le peuple des Huns était rentré dans ses anciens foyers , aimèrent mieux demander des terres aux Romains que d'en envahir d'étrangères à leurs risques et périls. Ils obtinrent la Pannonie, qui forme une vaste plaine bornée à l'est par la Mœsie supérieure, au midi par la Dalmatie, a l'ouest par le Norique , au nord par le Danube. Les Sauf omates, que nous avons appelés. Sarmates , «les Cémandres , et quelques Huns , habitèrent la contrée oui leur fut donnée dans une partie de ruiyrie. De ce nombre fut Blévitas, général de la Pentapole, son frère Froïlas, et le patrice Bessa notre contemporain. Les Scires, les Satagariens , et d'autres peuplades des Aiemans, avec leur cher, nommé Candax , reçurent la Scythie inférieure et la basse Mœsie. Les Rugiens , et d'autres nations, demandèrent Biozimotas et Scandiopolis pour s'y établir. Hernak , le second fils d'Attila , alla se choisir, avec les siens, une retraite dans le fond de la petite Scythie ; Emnedzar, Uzindur, qui lui étaient unis par le sang, dans la Dacie riveraine; Ûto et Iscalmus, et un grand nombre de Huns , se précipitèrent çà et là dans la Romanie (*). »
(*) Jonumdèi.
nADCtlOir dBAMAHfQUl SUA ATTiI.A. — VXSWLUHGS.
La Germanie tout entière s^étaît trouvée réunie sous la main d'Attila.
La barbarie germanique s'était forcément raDiée à la barbarie orientale, pour tomber de concert sur ce qui restait encore de l'empire romain. La défaite commune essuyée dans les plaines de Châlons, la mort â' Attila, rompirent cette union monstrueuse. La barbarie asiatique fut refoulée dans les steppes de l'Asie. Il n'en resta pas rooms un grand fait, le rapprochement de toutes fes tribus germaniques. Alors elles s'étaient vues, s'étaient raconté leurs traditions, et le souvenir de ce moment unique est resté si longtemps dans leur mémoire , que , dans leur grand poème national , les Niebelungs , les Allemands ont groupé autour d'Attila tous les héros de l'invasion. L'unité de la race germanique apparaît ainsi pour la première fois sous la tente du roi des Huns.
Un jeune professeur, que nous nous bononons naguère de compter parmi nos collègues et que nous comptons encore (Hirmi nos amis , M. J.-J. Ampère, qui, le premier en France, nous a révélé la littérature du Nord, a donné dans un article remarquable publié en 1833 par la Revue des deux Mondes, m extrait assez étendu des Niebelungs . et de VEdda. Nos lecteurs nous sauront eré, sans doute, d'avoir emprunté quelques pages à ce travail d'autant plus précieux qu'il n'existe encore de ce c6te du Rhm aucune traduction des deux grandes épopées du Nord.
« D'après (Tanciens récits , il y avait à Worms , dans le pays de Bourgo-
Se, une noble jeune fille, nommée Imhilde , et dans les Pays-Bas vivait on noble fils de roi, nommé Sigfrid.
A l'époque où le poème commence, Sigfrid avait déjà accompli plusieurs hauts faits. Le plus merveilleux avait été de ravir à un dragon le trésor des Niebekmgs. Un jour il entend parler de la belle Crimhnde du pays de Bourgogne , se prend pour elle d'un grand amour et monte à cheval avec ses
guerritf s pour aller courir cette avenfiire. Crimhilde «avait deux frères, dont l'aîné s'appelait Gunther et régnait en Bourgogne. Le plus redoutable de ses guerriers s'appelait Hagen.
Les Bourguignons demandent à Sigfrid et à ses compagnons ce qui les amène*- « On m'a raconté dans le pays de mon « père, dit Sigfrid, qu'ici étaient les plus « oraves guerriers gu'ait jamais com- « mandés un roi ; j'ai beaucoup entendu «dire cela, et je suis venu pour en «faire l'épreuve. « Puis il propose à Gunther aecombattre, én engageant réciproquement leur pays au vainqueur. Gunther décline la proposition , mais lui offre de tout partager avec lui; et à cette condition Sigfrid se radoucit.
« Il resta un an dans le pays et sans « voir la belle Crimhilde. Pour elle, elle « le voirait de sa fenêtre , et alors elle « n'avait besoin de nul autre passe- « temps. »
« Voici comment ils devaient étrë rapprochés. Le roi de Saxe et le roi de Danemark déclarèrent la guerre à Gunther. Celui-ci propose à Sigfrid de l'accoitipasner. Sigifria accepte et taille en pièces les ennemis du roi. Pour sa récompense , on charge Crimhilde de lui donner le saiut de bienvenue. Sigfrid paraît devant elle, et ils se regardent l'un l'autre avec des yeux pleins d'amour. « Jamais, dans la saison d'été, « dans les jours de mai, il n'avait porté « dan^ son cœur une si grande ^oie. » Mais bientôt une nouvelle expédition se
S résente. Il y avait en Islande, au-delà e la mer , une reine nommée Brunhilde^ d'une grande beauté et d'une force merveilleuse ; elle défiait ceux qui venaient lui faire la cour à des exercices où elle excellait ; et s'ils étaient vaincus ils perdaient la vie. Gunther forme le dessein de tenter cette périlleuse entreprise , et demande encore à Sigfrid de l'accompagner. Il v consent, à cette condition que, sll sert le roi dans cette circonstance, il obtiendra de lui la belle Crimhilde. Us arrivent ensemble en Islande. Grâce à Sigfrid et à un chaperon magique qut le rend invisible, Gunther triomphe ou parait triompher des épreuves, et ob-