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CHAPITRE XI

Le ohfttaau de Saint- Georges.

Tout est calme dans la petite maison d'Amboise; Antoine, dans l'espace de trois ans, a rendu à l'Élude de son père la valeur que M. Nerbonneau n'avait pas su lui conserver. Les préventions contre la jeune femme n'existaient plus; on avait enfln reconnu que Marguerite était d'un bon conseil en toutes choses et d'un bon exemple; matinale par habitude et par goût, elle consacrait les premières heures de la journée à l'arrangement de sa maison et le reste du temps à sa famille. Pauline ne menait pas une vie moins active; c'était une excellente fermière,

elle avait acquis une expérience devant laquelle Désirée s'inclinait; la brave fille s'avouait surpassée dans les soins de la bassecour sans pouvoir en trouver la raison. Il eût été difficile de lui faire comprendre que Mademoiselle agissait d'après les méthodes nouvelles, tandis qu'elle s'en tenait, comme ses voisines, à ses habitudes routinières.

La culture des fleurs était la plus grande distraction de Pauline; la petite serre ne contenait pas de plantes exotiques, mais seulement celles dont tout le monde connaît le nom et le parfum.

Maître Briant, allant aux Pyrénées, ne voulut pas traverser la Touraine sans aller rendre visite à son ancien clerc. Il éprouva une véritable satisfaction en le trouvant si bien établi. «Allons, dit-il, en lui tendant la main, je ne vous en veux plus de m'avoir abandonné à mon malheureux sort : je dis malheureux, parce qu'on ne remplace pas aisément un homme tel que vous. J'ai eu mille ennuis depuis votre départ; aussi, de guerre lasse, j'ai vendu ma charge, et ma fille étant mariée, je me retire à Biarritz dont le climat convient à ma femme, J'évilerai ainsi les visites de certains prétendus amis, qui viennent sans cesse me demander des conseils auxquels ilâ n'ont plus droit.

A propos, je peux vous donner des nouvelles

de M. Nerbonneau. Le pauvre homme fait assez triste figure dans la ville de Tours, quoiqu'il y mène grand train. Il conduit sa femme dans le monde, reçoit des compliments des diamants qu'elle porte, perd son argent au whist* et comme sa santé ne lui permet pas de prendre sa part d'un bon souper, il suit d'un œil anxieux l'aiguille de la pendule, Est-il heureux? On l'ignore, car il ne parle pas plus de lui-même que des au Ires.

Les plus vives instances ne purent retenir M, Briant, il partit enchanté d'avoir vu de près la prospérité du notaire d'Âmboise.

Au printemps de l'année suivante, la chaleur Tut exceptionnelle, M. Olivier en souffrit beaucoup ; mais les soins dont il était entouré semblaient devoir le préserver d'une maladie sérieuse, lorsqu'un jour, en se meitant à table, il perdit tout à coup la notion du lieu où il se trouvait et du motif qui l'y avait amené. Son regard était celui d'un homme qui ne sait s'il dort ou s'il rêve. Le vieillard n'eût point dîné sans le secours de sa fille. Quoique très-émue, Pauline dirigeait la main de son père, elle lui accordait ou lui refusait ce qu'elle jugeait utile ou nuisible. Le père supportait docilement l'au* torité de sa fille, qu'il ne semblait pourtant pas reconnaître.

Cet état ne compromettait nullement la vie de

M. Olivier, on espérait même que cette crise ne serait pas de longue durée.

Pauline assistait son père comme la Sœur de Charité assiste le vieillard confié à ses soins ; sa patience inaltérable triomphait de la résistance inconsciente que son père faisait quelquefois aux choses les plus simples ; elle supportait ses caprices, comme la mère supporte les caprices de son enfant. Un sourire était quelquefois la récompense d'un dévouement si aimable.

Cet état semblait devoir se prolonger indéfiniment, lorsqu'un beau jour du mois de septembre, le malade à peine éveillé appela sa fille d'une voix ferme : « Dis-moi, Pauline, n'ai-jepas été malade, très malade?

— Vous avez été assez souffrant, père chéri, mais vous êtes tout à fait bien. Occupons-nous du présent, et d'abord de votre déjeuner.

— Très-volontiers, je me sens en disposition d'y faire honneur. »

Ce changement subit ne rassurait Pauline qu'à moitié : était-ce une nouvelle phase de la maladie, ou la guérison?

M. Olivier contemplait sa femme et ses enfants avec l'expression du contentement qu'éprouve le voyageur lorsqu'il retrouve ceux qu'il avait quittés. Son sourire avait repris l'expression de finesse qui lui était habituelle.

Le médecin ayant dit qu'un voyage serait favorable au malade, on ne songea plus qu'à partir. Mais où irait-on? La semaine s'écoula en projets. Ce fut le malade qui trancha la question : « Puisque Coudre n'a pas vendu son château, allons en Anjou, je sens que je m'y plairai. »

Cette proposition intimida Antoine, il tâcha de détourner son père d'un semblable projet, mais sans y réussir; il fut contraint d'écrire à son ami le soir môme.

La réponse ne se fit pas attendre : « Mon château, mes chevaux, tout est à la disposition de mes chers amis. Je rends grâce au vieillard qui a choisi Saint-Georges pour venir se reposer. »

Pauline passa quatre jours aux Ormes avant de s'absenter. Elle recommanda aux volailles de bien se porter, d'engraisser, promettant au plus beau chapon de figurer au milieu de la table à la fête du retour.

Les volailles répondirent à ces paroles par un tutti de glouglous et de petits cris accompagnés de hochements de tête. Désirée en fut émue et presque indignée : « Pauvres bêtes, pensait-elle, comme la maîtresse abuse de leur innocence! »

Un séjour de quinze années à New-York avait habitué les yeux de Pierre à un luxe qu'il se croyait capable de ne jamais ambitionner :

c'était une erreur. M. Coudre avait fait venir

un des premiers tapissiers de Paris; le château avait été meublé avec une élégance inconnue jusqu'alors en Anjou. Le parc et les jardins étaient entretenus avec recherche; toutes les espèces de roses s'y trouvaient, et des étiquettes indiquaient les noms des jardiniers qui les avaient grefl'ées. Ce parc était devenu un but de promenade pour les étrangers. C'est dans cet oasis qu'était attendue la famille Olivier.

Les voyageurs descendirent la Loire jusqu'à la Pointe où ils trouvèrent M. Coudre; après quelques instants de repos, on monta dans une bonne calèche, laissant le soin des bagages à un jeune paysan dont la mise élégante contrastait avec sa tournure et son teint hdié.

Au bruit de la voiture, Mme Coudre et sa mère vinrent recevoir leurs hôtes. La connaissance étant faite, les compliments échangés, la jeune femme et son mari conduisirent les voyageurs à leurs appartements. Nos Amboisiens n'avaient jamais rien vu d'aussi élégant. Antoine lui-même était surpris de trouver un. luxe semblable en province. M. Olivier observait tout en silence, il semblait ravi, émerveillé.

Le dîner îut une véritable fôtc; le programme des plaisirs qui devaient charmer le séjour des amis étant arrêté, chacun se retira.

M. Olivier fut un peu agité pendant la nuit,

'était faite, tes complimenls écliangâa

toutefois personne ne s'en inquiéta jusqu'au moment oh il dit à sa femme et à sa fille : « Convenez que j'ai fait unebonnç acquisition; notre château est certainement le plus beau de l'Anjou, et l'ameublement, soyez-en sûres, est sans pareil dans le pays. »

Ces paroles dites avec un calme parfait causèrent un effroi indicible à Mme Olivier, elle trouva un prétexte pour aller trouver son fils et lui raconta ce qui venait de se passer.

« Avez-vous donc oublié, ma bonne mère, dit Antoine, que mon père s'est toujours plu à plaisanter avec un sérieux qui nous a fait illusion plus d'une fois? »

Mme Olivier insista sans persuader son fils, et ils entrèrent ensemble dans la chambre.

Le bonjour du vieillard fut celui d'un homme qui a toute sa raison. 11 s'informa de sa bellefille et de ses petits-enfants, comme il le faisait habituellement. Antoine était rassuré, lorsque son père lui parla de certains changements qu'il y aurait à faire dans le parc avant la mauvaise saison.

Le doute n'était plus possible : l'esprit du vieillard était encore une fois troublé.

Cette fâcheuse nouvelle ne tarda pas à être communiquée aux amis et connue de tous les gens du château.

Cependant, M. Olivier averti par la cloche ne se fit pas attendre pourdéjeuner, sa physionomie était calme et souriante; il salua affectueusement ses hôtes et les assura du plaisir qu'il avait à les recevoir, il les engagea à rester aussi longtemps que bon leur semblerait et à ne pas ménager ses chevaux. Tout cela était dit avec un sérieux et une bonne grâce qui n'eussent pas permis à un étranger de douter qu'il fût en présence du maître de la maison.

Quinze jours s'écoulèrent ainsi; le vieillard était bien portant et raisonnait juste quand il ne s'agissait pas de Saint-Georges. Toutefois, en dépit des instances de Pierre, Antoine résolut de ne pas prolonger davantage son séjour chez ses amis.

M. Olivier ne fit aucune résistance pour partir; il renouvela à Mme Coudre et à son mari l'invitation de rester à Saint-Georges aussi longtemps qu'il leur plairait, et s'excusa de ne pouvoir leur en faire les honneurs.

Le retour i Amboise ne fut marqué par aucun incident. On s'inquiétait toutefois, on se demandait ce qui arriverait lorsque le vieillard se retrouverait chez lui : il n'arriva rien du tout. Le château et les amis s'efl'acèrent de sa mémoire.

La seule chose inquiétante était TindifTérence qu'il émoignait pour tout ce qui l'entourait.

Pauline ne parvenait pas à le distraire, comme elle le faisait autrefois : la lecture du journal, les caquets de la ville, rien ne l'intéressait; mais l'amour filial est ingénieux : un jour, Pauline présenta à son père un compte imaginaire en le priant de le vérifier. La vue des chiffres le fit sortir de son apathie. Il retrouva, sinon toutes ses facultés, du moins celle de compter. Par malheur, il exigeait que sa fille contrôlât ces comptes factices. Vainement Pauline se déclarait-elle incompétente, son père ne croyait pas à son ignorance, et lorsque la pauvre fille résistait à cette volonté qui avait toujours été souveraine, il tombait dans une tristesse morose dont rien ne pouvait triompher.

Cependant l'habitude que Pauline avait contractée d'aller souvent aux Ormes, lui rendait cette réclusion très difficile à supporter. En dépit d'un dévouement infatigable, sa santé s'altérait ; c'était en vain que sa mère essayait de lui donner un peu de liberté.

Il y avait un certain temps que Mlle Delmas n'avait donné de ses nouvelles, lorsque le facteur apporta une lettre de la bonne voisine, comme on l'appelait. Cette lettre apportait le témoignage du plus fidèle souvenir. Mlle Delmas suppliait Pauline de lui donner des nouvelles de tous les habitants de la petite maison, et particulière-

ment des siennes : « Car, ajoutait-elle, je ne sais pourquoi je m*inquiète de vous, ma chère amie. Vengez-vous donc de mon silence par une bonne lettre. »

M. Olivier, ayant entendu prononcer le nom de Mlle Delmas, dit à sa fille : « Fais-la entrer, c'est une aimable personne, sa conversation me plaît; et puis elle nous donnera des nouvelles de Paris. »

La lettre, dont Pauline lut quelques passages, y ajoutant même quelques faits divers de sa façon, ne satisfit qu'imparfaitement 'M. Olivier. Le désir qu'avait exprimé le vieillard de voir Mlle Delmas fut un trait de lumière. Pourquoi cette amie dévouée ne viendrait-elle pas adoucir l'épreuve devant laquelle Pauline ne reculait pas, mais qui était visiblement au-dessus de ses forces?

Il y eut unanimité dans le conseil de famille pour réclamer l'assistance de Mlle Delmas. Mais au moment où Pauline prenait la plume, sa mère l'arrêta : « Si par hasard ton père avait la fantaisie de céder ta place & cette bonne amie, juge à quel assujettissement nous la soumettrions. C'est moi, chère enfant, qui dois te remplacer, je ne m'y suis peut-être pas assez appliquée jusqu'ici.

— Eh bien! dit Pauline, je la connais, il suffît

que je lui expose Tembarras dans lequel nous nous trouvons pour qu'elle accoure, vous verrez I»

Pauline raconta simplement à Mlle Delmas ce qui se passait : les exigences de son père, les soucis de sa mère ; elle parla de tout, excepté de Tassujettissement auquel la soumettaient les caprices du malade, et combien elle en souffrait.

Mlle Delmas connaissait 1^ vie active de Pauline: quelle privation ne devait pas éprouver la fermière de renoncer à ses occupations ! Elle m'eût rendue heureuse, pensait-elle, en me témoignant le désir que je partageasse ses fatigues; mais il n'y a pas un mot dans cette lettre qui m'indique que ma présence lui serait agréable.

Mlle Delmas était piquée de se voir comptée pour rien dans une épreuve semblable, et, contrairement à l'attente de Pauline, elle ajourna sa réponse; mais les pensées du matin sont tout autres que celles du soir. Lorsque Mlle Delmas s'éveilla, son silence lui parut coupable, elle s'indigna contre elle-même. Évidemment Pauline n'avait pas osé lui demander de venir partager ses fatigues. Pauvres amis! c'est à moi de leur offrir mes services. Où avais-je donc la tête hier?

Elle prit la lettre, la relut entièrement, se convainquit qu'un bon accueil lui serait fait. « Puisque M. Olivier ayant eu l'illusion que

j'étais à la porte, voulait ma faire entrer, il n'est pas douteux qu'il ne me l'ouvre lorsque j'y frapperai. »

Sans tarder davantage , Mlle Delmas fit sa caisse de voyage, partit le soir même, et le lendemain, dès six heures, Manette lui faisait le plus cordial accueil. « j'en étais sûre, s'écriat-elle, nous voilà sauvés! Mais il fait joliment froid ce matin ! venez vous chauffer, mamzelle, tout le monde dort. Mademoiselle a passé la nuit près de monsieur. Ah! quel ange! Je vous conterai tout ça. Il faut d'abord que vous déjeuniez. Je vais vous servir à la cuisine, un bon feu vaut mieux que de la cérémonie. »

Par bonheur, la servante agissait tout en parlant.

Mme Olivier, ayant entendu du mouvement dans la maison, vint voir ce qui se passait. Elle se jeta dans les bras de son amie sans dire un mot.

Mlle Delmas la prévint : * Je suis fâchée contre vous tous, madame! Comment! vous êtes dans la peine, et vous ne me faites pas signe d'accourir? Pauline à fort à faire pour que je lui pardonne une semblable conduite. »

— Le pardon ne se fera pas attendre lorsque vous la verrez, chère amie. Ma pauvre fflle est bien fatiguée, vous seule pourrez obtenir qu'elle

se repose. Pourvu ^ue mon mari soit dans les mômes dispositions à votre égard ! Se souviendra-t-il de vous aujourd'hui? »

Pauline vint à son tour, et reçut des remerciements au fieu des reproches dont l'avait menacée son amie.

M. Olivier fit Taccueil le plus gracieux à Mlle Delmas, accueil si empressé qu'il laissa à. peine le temps à la voyageuse de se reposer. Il était impatient d'avoir des nouvelles de Paris. Que disait-on? Que se passait-il dans le monde? La société B et Gie était-elle toujours en prospérité?

Mlle Delmas, qui vivait modestement dans son coin, eût été fort en peine de satisfaire la curiosité du vieillard ; mais comme elle ne manquait ni .d'esprit ni d'imagination, elle s'en tira merveilleusement bien.

Mme Olivier se hâta d'envoyer sa fille aux Ormes, elle imagina mille prétextes pour l'y retenir, et ce fut d'autant plus facile, hélas I que le malade s'aperçut à peine de l'absence de sa fille. Lorsque Pauline en eut acquis la triste conviction, elle regretta d'avoir cédé sa place.

Un printemps précoce vint tout concilier : le vieillard ne fit aucune difficulté pour aller à la campagne. Cette concession fut un véritable bienfait pour les gardes-malade. Si le logement était

restreirtt, on respirait un air pur; M. Olivier semblait content, il voyait sa fllle avec plaisir, sans exiger toutefois l'assiduité à laquelle il l'avait soumise avant l'arrivée de Mlle Delmas. .

Quinze jours s'étaient écoulés, lorsque Pauline parla de revenir à la ville. Cette proposition fut énergiquement repoussée par son père. Après s'être cru le seigneur de Saint-Georges, il avait l'illusion d'être le jardinier des Ormes; il déclara que son devoir était d'y rester. Cette fantaisie étant favorable à sa santé, personne ne s'y opposa, et chaque jour le vieillard prenait la bêche et le râteau. 11 ne faisait point un travail inutile. Grâce à cette occupation , les deux amies avaient une certaine liberté.

Mme Olivier et sa fille avaient fini par s'habituer à voir le père de famille si difTérent de lui-môme, tandis qu'Antoine ne s'y résignait pas du tout. Lorsqu'il venait aux Ormes avec sa tomme et ses enfants il tombait dans une mélancolie qui était augmentée par l'accueil que lui faisait son père, qui, convaincu de son état de « jardinier, s'empressait d'offrir un bouquet à sa belle-fille et faisait des couronnes pour Jean et la petite Marie.

Pauline, toujours ingénieuse pour ce qui pouvait être utile ou agréable à son père, fit agrandir la petite serre; Antoine se chargea de la remplir

de fleurs et d'ai'bustes moins ordinaires que ceux dont on s*élait contenté jusqu'alors. Peu à peu, la ferme se transforma... C'était une jolie maison de campagne où chacun avait à peu près toutes ses aises. Pauline oubliait sa tristesse en cultivant les fleurs, et Antoine ne manquait pas de lui en fournir.

L'étude de la botanique devint à Tordre du jour; Mlle Delmas, qui avait étudié cette science sous la direction de son père, dans les forêts de l'Alsace, s'y adonna de nouveau avec empressement.

Les deux amies partaient de grand matin et revenaient chargées de camomille sauvage, de verges d'or, de campanules, de renoncules des prés. Mlle Delmas donnait à ses leçons un intérêt qui captivait Pauline, et lui faisait oublier l'indifférence de son père.

Les Ormes acquirent insensiblement une certaine réputation : c'était un but de promenade pour les Amboisiens, et les Anglais suivaient le même chemin.

Ces visites flattaient peu les propriétaires, dont le paisible bonheur n'avait pas besoin de témoins. Un point de vue, auquel les paysans eux-mêmes n'étaient pas indifférents, donnait une certaine valeur à cette modeste propriété. Les amis d'Antoine lui conseillaient de bâtir, puisque le terrai»

ne manquait pas. « Vous aurez alors, disaient-ils,

une propriété d'une certaine valeur.

— Ne me parlez pas d'argent, disait Antoine, si mon respectable père s'était contenté de sa position, nous n'aurions pas la douleur de le voir dans l'état oii il est. »

Antoine parlait sincèrement : car lorsqu'un Anglais vint lui proposer cent mille francs de la ferme, parce qu'on voyait la pagode de la fenêtre du grenier, il refusa. Rien, selon lui, ne pourrait suppléer la tranquillité dont jouissait son père dans ce petit coin de la Touraine. a Ah ! se disait Antoine, les hommes sont des instruments aveugles de I4 Providence, ils croient agir volontairement, et ils obéissent à une volonté supérieure : en faisant ma sœur son héritière, la Bleue n'a songé qu'à cette chère Pauline, et c'est notre vieux père qui récolte le bienfait de cet héri-

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