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SUR QUELQUES RITES ANCIENS DU MARIAGE

MoiVSIEUR,

Mademoiselle,

Je viens de faire, à vos témoins et à vos invités, une monition de forme un peu désuète et d'allure un peu... coërcitive (i), les avertissant de nous faire connaître les empêchements

(1) Allusion à la coutume conservée dans le diocèse de Paris, où le prêtre, avant de recevoir le consentement des époux , donne aux fidèles cet avertissement :

« Chrétiens qui êtes ici présents, nous vous déclarons qu'on a publié... les bans du futur mariage entre A^... et N..., sans qu'il se soit trouvé aucun empêchement ou opposition... Nous vous annonçons pour la dernière fois la résolution qu'ils ont prise de s'unir ensemble par les liens sacrés du mariage et, de l'autorité de l'Eglise, nous vous commandons à tous, sous peine de péché grave, de déclarer maintenant si vous avez connaisstince de quelque empêchement en vertu duquel ce mariage ne puisse être légitimement célébré ; nous vous défendons pareillement, sous la même peine, d'y mettre obstacle par malice et sans cause. »

Après cette monition, le prêtre s'arrête quelques instants. Piii;;, « s'il n'y a aucune réclamation », il ajoute :

« Puisqu'il n'y a rien qui empêche de procéder à la célébration de ce mariage, nous prierons Dieu qu'il daigne bénir l'alliance de ces deux futurs époux, pour la gloire de son saint nom et pour le salut de le'urs âmes. »

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qui pourraient s'opposer à votre Mariage. Cette formule est restée dans notre Rituel, comme un souvenir du temps où elle était à peu près la seule publicité donnée au Mariage (i). En ce temps-là, il n'y avait ni imprimerie, ni Journaux, ni lettres de faire-part. Mais, comme tout le monde venait à l'église, la publication des bans, faite avant le Mariage et renouvelée au moment de le célébrer, donnait à ce contrat une publicité suffisante.

Supposons que vous vous soyez mariés... il y a quatre siècles !... Vous ne seriez pas arrivés, jusqu'au pied de l'autel, guidés seulement par les suisses : le prêtre serait allé recevoir, à la porte de l'église, le « damoiseau » et la « jouvencelle ». Il les eût aspergés et encensés, ni plus ni moins qu'un évêque. Puis, s'adressant à la foule, il eût prononcé ces paroles, que je copie dans un de nos vieux Rituels :

« Bonnes Gens, nous avons fait les bans, trois fois, de ces deux Gens, et encore les faisons-nous: que s'il y a quelqu'un ou quelqu'une qui sache

(1) Dans les localités où n'existe plus la dernière notiflc-ation du projet de mariage au moment même où il va être célébré, le début de cette allocution peut être modifié comme suit :

« Dans certains diocèses, le prêtre, avant de bénir un mariage, fait aux témoins et aux invités une monition de fcme un peu comminatoire, les avertissant, sous peine de ptché grave, de îaire connaître les empêchements qui pourraient s'opposer à l'union projetée. Cette formule est restée comme un souvenir du temps où elle était à peu près la seule publicité rir.iinée ^u mariage. Eu ce temps-là..., » etc., comme dans le toxtt' ci-,îes:us.

empêchement par quoi l'un ne puisse avoir Mariage avec l'autre, ici le dise !... »

Et tous VOS invités eussent répondu :

(( Nous n'y savons que bien. »

Alors, — toujours au bas de l'église, — le prêtre vous eût unis en Mariage. Puis il eût bénit l'anneau, et le marié l'eût passé au doigt de son épouse, en disant :

« De cet annel je vous épouse, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »

Alors seulement, conduits par le prêtre, vous VOUS seriez avancés jusqu'au pied de l'autel, pour y entendre la sainte messe.

Tous ces rites sont à la fois charmants et symboliques, c'est-à-dire qu'ils portent en eux leur instruction. Voy^z, par exemple, ce rite de Vanneau, le plus ancien de tous, et à peu près le seul qui ait survécu.

L'anneau, c'est une chaîne en petit : et c'est là sa raison de paraître dans les rites du Mariage. Le jour.de leur union, les deux époux s'enchaînent l'un l'autre : par des liens de douceur, de suavité et d'amour... mais par des liens tout de même ; ils se mettent une chaîne autour du cœur, et, autour du doigt, un anneau de cette chaîne.

Pour mieux dessiner ce symbole, c'est à la main gauche qu'ils se passent l'anneau : la gau-

che, côté du cœur... C'est au quatrième doigt, parce que, dans leur science rudimentaire de la physiologie humaine, les anciens croyaient que de ce doigt partait une veine spéciale qui allait aboutir au cœur : passer l'anneau à ce doigt, c'était, — si j'ose dire, — le passer au cœur, et l'enchaîner symboliquement.

Il est, cet anneau, en métal précieux : argent, or, ou platine. Encore un symbole de la chose, précieuse entre toutes, qu'est le Mariage ! En lui-même, c'est le plus auguste des contrats, puisqu'il s'agit du don, de la « tradition » de ce qu'il y a de plus précieux au monde, la personne humaine. Pour les chrétiens, comme vous, c'est, de plus, un sacrement : c'est-à-dire, que le notaire de ce contrat, c'est Dieu lui-même ; — que son premier témoin, c'est Dieu aussi, représenté par son ministre ; — que celui qui en surveillera l'exécution et qui la sanctionnera, c'est Dieu encore ; — que l'Ami qui fait aux mariés le plus riche cadeau, c'est Dieu toujours, puisqu'il s'engage, par la force même du sacrement, à vous donner, tous les jours, les secours nécessaires pour dignement remplir, — dès maintenant, vos devoirs d'époux, — plus tard, vos devoirs de parents.

Voilà ce qui rend le Mariage précieux, voilà pourquoi l'anneau qui le symbolise est en métal de prix.

Mais il est uni, sans ornements : tout au plus, deux noms et une date. C'est qu'il doit vous accompagner toute la vie : il ne symbolise pas seulement, — comme l'anneau plus joli des fiançailles, — la grâce, le printemps et les fleurs de la veille du Mariage..., voire de son lendemain. Non ! Il symbolise les devoirs qu'il faudra toujours remplir : devoirs de fidélité, de confiance, de dévouement, de sacrifice s'il en était besoin.

Chez les Romains, pour mieux figurer cela, on donnait à l'anneau matrimonial quelques ornements qui le rendaient plutôt rugueux au doigt de l'épousée. Mais les coutumes chrétiennes ont supprimé cet usage : elles se sont rappelé le mot du Maître et l'ont appliqué au Mariage chrétien : « Mon joug est doux et mon fardeau est léger (i). » Voilà pourquoi l'anneau des époux chrétiens est uni, comme doit être unie la voie royale, la voie d'amour sur laquelle ils s'engagent, et qui doit les mener jusqu'au ciel.

Je vous ai dit, au début de cette allocution, — j'allais dire : de cette causerie, — que Jadis, à la question adressée par le prêtre aux « invités » du Mariage, ceux-ci répondaient tout haut et tous ensemble :

« Nous n'y savons que bien. »

Si, tout à l'heure, vos invités avaient eu à ré-

(1) s. Matthieu, xi, 30.

pondre à une monition rituelle au sujet de votre Mariage, tous, j'en suis sûr, auraient répondu comme nos pères :

« Nous n'y savons que bien ! »

Tous, en effet, ne savent augurer et prévoir que du bien de votre union, parce que, de chacun de vous, c'est du bien qu'ils pensent.

(Indiquer ici les particularités relatives aux deux fiancés et à leurs familles, qui, du point de vue chrétien, font bien augurer du Mariage qui va être bénit.)

...Cette provision d'honneur, de respect au devoir, de bonnes leçons et de bons exemples, qui vous est confiée aujourd'hui par les deux familles qui s'unissent en vous, vous la conserverez, vous l'enrichirez, vous la perpétuerez.

Et, puisque j'ai demandé pour vous des leçons aux vieux usages, voulez-vous me permettre, en terminant, de vous en citer encore un ou deux.!^

Jadis, au moment même où la jeune fille allait quitter la maison paternelle pour aller, ave« son époux, fonder un nouveau foyer, elle prenait ses poupées, ses jouets d'enfant, et elle en faisait la distribution à ses petites amies.

De son côté, au sortir de l'église et avant d'entrer chez lui, le jeune époux se tournait vers les

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curieux, au premier rang desquels s'étaient naturellement glissés les enfants, et il leur jetait, — pas encore des dragées, — mais des noix !...

Certes, Monsieur, je ne vous vois pas, tout à l'heure, à l'entrée de votre maison, jetant des noix aux curieux et aux passants !... Mais ces coutumes anciennes étaient des symboles, et, si elles ont disparu, la leçon n'en subsiste pas moins : par cette distribution, par cet abandon de jouets et de friandises, les épousés montraient que désormais ils se savaient entrés dans la vie sérieuse, et qu'il n'était plus temps pour eux d'être des enfants, mais de songer à en donner à la patrie, à l'Eglise, à l'humanité, à Dieu...

Voilà pourquoi, — rassurez-vous, c'est mon dernier appel au passé, — voilà pourquoi jadis, en certaines localités, un enfant de chœur suivait le cortège nuptial, portant, dans une corbeille de jonc, des hochets et des jouets tout neufs, destinés... aux enfants à venir.

Je ne vois pas ici les jouets destinés à vos enfants à vous... Mais je vois plus et mieux : je vois le père et la mère qu'ils auront, tous deux pleins de chrétienne sagesse et de tendre dévouement ; — je vois les grands-pères, les grand 'mères, les nombreux parents que vous leur donnerez ; — je vois les deux familles dont ils seront le trait d'union ; — je vois les exemples, les traditions, l'aide qu'ils trouveront dans

tout ce cortège qui vous entoure d'estime et d'affection ; — je vois la maison de Dieu oii ils viendront trouver la grâce du baptême, les leçons qui font le chrétien ferme et vaillant, le réconfort dans leurs épreuves... et un jour, à leur tour, la bénédiction nuptiale... Mais n'anticipons pas ! ne songeons, aujourd'hui, qu'à la vôtre : que Dieu vous la donne, paternelle, bienfaisante, abondante, divine en un mot ! Tel est le vœu que seul je puis exprimer tout haut,, mais que tous ces cœurs qui vous aiment répètent tout bas !

Ainsi soit-il I

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