A PROPOS DE SAINT JEAN-BAPTISTE
Monsieur, Mademoiselle,
Sur les quatre évangiles dominicaux du temps de l'Avent, trois sont consacrés à la prédication de saint Jean-Baptiste : le mois de décembre pourrait s'appeler le mois du Précurseur, et il n'y a, à cela, rien d'étonnant, puisque décembre annonce Noël, comme Jean-Baptiste annonça le Messie (i).
Laissez-moi donc vous parler de Jean... quoiqu'il paraisse un peu paradoxal de chercher, dans la vie de ce grand... Célibataire, quelques leçx)ns sur le mariage chrétien.
Lorsque Jean vint au monde, l'Evangile nous
(1) En modifiant ce premier alinéa, on pourra donner cette allocution à l'occasion d'une des deux fêtes de saint Jean- Baptiste (24 juin et 29 août).
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raconte que les amis de sa famille étaient accourus autour de son berceau, pour complimenter ses parents. Les félicitations étaient d'autant plus chaleureuses que le petit Jean était un... tard venu, et que sa naissance avait été accompagnée de circonstances merveilleuses. Aussi, tous se disaient l'un à l'autre : Quis, putas, puer iste erit {i)? <( Que pensez-vous que deviendra cet enfant? »
...(( Que pensez-vous que deviendra cet enfant.»^ » Voilà une parole qui retentit bien souvent autour des berceaux !... Penchés sur le petit être que Dieu leur a confié, le père et la mère se la disent l'un à l'autre. Parents, amis, aiment à la répéter !... Et il n'y a rien de trop beau, rien de trop riche, rien de trop honorable, à souhaiter et à prédire à l'être encore inconscient, à la petite âme endormie sous la fragile enveloppe qui repose en un berceau de dentelles !...
Vos deux berceaux, Monsieur et Mademoiselle, n'ont pas échappé à cette règle, et plusieurs de ceux qui sont ici se rappellent avoir, auprès de l'un ou de l'autre, entendu ou redit la grande question posée à l'avenir : u Que deviendra cet enfant .►* »
Vos pères et mères sont les premiers et les plus intéressés à s'en souvenir !...
(1) s. Luc, 1, 65.
(On pourra dire ici quelques mots, s'il y a lieu, sur les parents des deux fiancés.)
Or, tandis qu'ici-bas ceux qui vous aimaieni se posaient cette question, Dieu, là-haut, y cionnait la réponse. Déjà il voyait, il voulait ce jour qui va vous réunir : ayant créé vos âmes l'une pour l'autre, les destinant l'une à l'autre, il vous fiançait dès le berceau, dans ses prévisions et dans sa bonté éternelles.
Et depuis lors. Dieu a pensé à votre bonheur d'aujourd'hui... et il l'a préparé. Vous avlsx pris, chacun de votre côté, votre course dans la vie ; vous vous ignoriez peut-être... Mais Dieu qui savait. Dieu qui voulait, vous dirigeait à votre insu l'un vers l'autre, pour vous donner enfin l'un à l'autre.
Le jour de ce don mutuel est arrivé : n'est-il pas juste qu'il se fasse en présence du Dieu qui Ta voulu et qui l'a préparé?... C'est toute la raison d'être de votre présence, en cet instant, dans cette église et au pied de cet autel.
Jean-Baptiste, qui ne s'est pas marié, fut pourtant martyr de la sainteté du mariage. Lui, humble sujet du roi Hérode, ne craignit pas d'aller trouver son souverain, retenu dans les Mens d'une union doublement illégitime, et de lui
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dire avec fermeté : Non Ucet tibi (i) î « Cela ne t'est pas permis I » Ta couronne n'y peut rien, ton pouvoir n'y peut rien : les lois du Mariage ont été dictées par Dieu et imposées même aux souverains : Non Ucet.
Elle n'était pas sans impressionner Hérode, cette voix persévérante du Baptiste, ce remords extériorisé qui venait toujours le troubler dans ses plaisirs. Il enchaîna le Prophète, mais « la parole de Dieu ne s'enchaîne point (2) », dit saint Paul, et la voix du précurseur trouvait toujours le moyen de se faire entendre : Non Ucet. Il n'y avait qu'un moyen de la faire taire : le supplice de Jean : Hérodiade, la complice d'Hérode, y pourvut...
Mais la voix du Baptiste n'en proclame pas moins à travers les siècles : Le Mariage est chose sainte. Il n'est pas permis d'en violer les lois. Non Ucet!... Epoux chrétiens, vous entendrez cette grande voix. Légitimement unis devant le Seigneur, vous respecterez votre foyer béni par Dieu, l'âme avec laquelle vivra la vôtre ; vous serez des époux aimants, confiants, dévoués, fidèles : tout cela, dès aujourd'hui : ainsi vous préparerez-vous, pour l'avenir, à bien remplir vos devoirs de parents.
Car un jour viendra, où se reproduira la
(1) s. Marc, vi, 18.
(3) II Timothée, n, 9.
scène que je décrivais au début de cet entretien. Penchés tous deux, à votre tour, sur un berceau, vous chercherez à retrouver les traits l'un de l'autre sur un tout petit visage d'enfant, et, l'un à l'autre, vous poserez l'éternelle question : Quis^ putas?... « Que pensez-vous que deviendra cet enfant?... notre enfant.*^... » Et, au milieu des rêves de bonheur que vous formerez, une notion apparaîtra, nette et impérative : la notion du devoir envers l'enfant. Vous vous direz : « Cet enfant, il faut qu'il devienne un homme ! » Ou plutôt, — car cette formule est inexacte ou, tout au moins, incomplète — (( Il faut que nous fassions He lui un homme. »
Ici encore, j'invoquerai un mot de Jean-Baptiste. Il disait de Jésus-Christ : Oportet ilhim crescere (i). (( Il faut qu'il grandisse ! »
Vous direz la même chose de cet enfant :
Il faut qu'il grandisse... dans sa vie naturelle, et nous aurons soin de son corps.
Il faut qu'il grandisse... dans son intelligence,. et nous aurons soin de la cultiver et de l'orner.
Il faut qu'il grandisse... dans sa conscience, dans son âme, dans sa vie chrétienne, dans l'horreur du mal, dans l'amour et la recherche du bien, de la vertu, du devoir, de l'honneur chrétien : et à cela aussi nous le formerons,
(1) s. Jean, ni, 30.
par le conseil, qui commence l'œuvre, — et par l'exemple, qui l'achève.
Et c'est ainsi que, depuis des siècles, le Mariage n'a pas d'autre but que de donner, — à la terre, des générations chrétiennes, — au ciel, des légions d'élus. Chaque génération détient, pour quelques années, le sceptre de la vie familiale et sociale... Mais elle doit dire, elle aussi, en regardant la génération plus jeune qui lui doit la vie : Oportet illcirii crescere, me autem minui ; (( il faut que celle-là monte, et que moi je descende !... Je dois passer, — laisser peu à peu, à de plus jeunes, la direction des affaires, du gouvernement, de l'honneur, dans la famille et dans la société... Mais je ne « baisserai » pas sans avoir (c élevé » ceux qui doivent venir après moi, oportet illum crescere, sans avoir inspiré à la génération nouvelle l'amour de Dieu, l'estime du bien, la pratique du devoir ! »
Vous êtes appelés, chers Fiancés, à tenir votre place et à jouer votre rôle dans cette « course du flambeau ». Puisse la bénédiction, qui va descendre sur vous, vous donner la lumière et la force nécessaires pour remplir ce devoir ! Puisset-elle vous soutenir toute votre vie, et vous diriger, à travers le bonheur mêlé d'épreuves d'icibas, au bonheur sans mélange au sein duquel Dieu réunira, définitivement, ceux qui, sous son regard et à son service, se seront aimés ici-bas !
Pour le temps de Noël (i) LES LEÇONS DE LA CRÈCHE
Monsieur, Mademoiselle,
Durant les jours que nous traversons, le monde chrétien est agenouillé devant la crèche de Bethléem. Dans les églises, on en a fait une représentation plus ou moins artistique, mais toujours éloquente, à en juger par la foule qui vient la contempler, et méditer devant elle.
Puisque vous voici à l'église, laissez-moi, Monsieur et Mademoiselle, vous mener en pensée devant la crèche. Je viens de la qualifier d'éloquente : je suis persuadé qu'à l'heure de votre Mariage elle a quelque chose à vous dire. Ecoutez et regardez.
nln ^5°^°»°^"* quelgues légères modiflcations cette allocution peut être également donnée dans les joux^' qui précèdent
Ecouter?... Mais quoi! Joseph et Marie sont silencieux, et l'Enfant ne parle pas encore...
C'est vrai : cet homme-Dieu qui est venu pour prêcher, il est trop petit pour le faire. Mais il s'est fait suppléer par les anges. Dans la plaine voisine, inondée de lumière, ceux-ci chantent leur cantique, ils proclament le mot d'ordre de ce que sera l'œuvre de Jésus. Et voici ce mot d'ordre :
Paix aux hommes de bonne volonté (i) \
... Lorsque le prêtre catholique entre dans une maison pour y accomplir une fonction de son ministère, la première parole qu'il prononce est celle-ci : Paix à cette demeure, et à tous ceux qui y habitent (2) !
Ces deux formules de paix correspondent l'une à l'autre, comme une réponse à une question.
« Paix à cette demeure ! » N'est-ce pas le vœu qui vous accompagne aujourd'hui? N'est-ce pas la prière qui s'échappe de tous nos cœurs, au moment oii vous allez entrer dans la maison que fonde aujourd'hui votre alliance? Que la paix règne sur cette demeure, et sur les jeunes époux qui vont y habiter !
Ce vœu, cette prière, c'est une question posée à l'avenir, et par conséquent à Dieu. Dieu y répondra-t-il? Oui... Ou plutôt, il y a répondu,
(1) s. Luc, II. 14.
(2) Ritttel romain. Cérémonies pour l'Extrôme-OnctiOD. et pour l'administration du saint Viatique.
précisément, par la formule que je recueille sur les lèvres des anges, parlant aux bergers dans la nuit de Noël : « La paix, sur la terre, elle est I pour les hommes de bonne volonté ! »
€e que je vous souhaite donc, — ou plutôt ce ]que je dois constater en vous, en ce moment où, jmoi aussi, je vous souhaite paix et bonheur, ~ Ic'est la bonne volonté, c'est-à-dire la volonté du [bien : la volonté de bien penser, en conformité lavec la vérité et avec les enseignements de j l'Eglise; — la volonté de bien agir, en conforjmité avec le devoir et avec les préceptes de |î 'Eglise ; — la volonté de vous aimer, de vous aijder, de vous rester fidèles, en conformité avec |vos promesses d'aujourd'hui. Voilà ce que c'est que la bonne volonté : et puisqu'elle est en vos deux cœurs, il me semble entendre vos deux anges gardiens, qui faisaient peut-être partie du chœur angélique de la nuit de Noël, chanter encore au-dessus de vos têtes la parole vieille déjà Je dix-neuf siècles : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »
« Ecoutez », vous ai-je dit, mais aussi : a Regardez »... et demandez-vous si le spectacle de la crèche n'est pas plein d'enseignements pourrons. Je n'en évoquerai que deux.
Tout d'abord, qu'est-ce que cet homme, cette emme, cet enfant, sinon la famille : la famille
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auguste entre toutes, que vient de compléter la naissance de l'Enfant-Dieu, et qui portera dans l'histoire ce nom expressif : la <( sainte Famille »? Au jour même où vous fondei une famille, n'est-il pas indiqué que aous veniez demander à la sainte Famille de bénir la vôtre?
Oui, soyez, Monsieur, un époux aussi aimé et en même temps aussi respecté cp.te le fut saint Joseph, — aussi attentif que lui aux besoins des doux êtres dont vous aurez la charge, — et digne, à son image, de mériter l'épithèt* que lui décerne l'Evangile : c'était, dans toutes les acceptions du mot, un « juste (i) ! »
Soyez, Mademoiselle, une épouse aussi aimante, aussi fidèle, aussi tendre que le fut Marie. Et plus tard, méritez, à son image, d'être appelée, vous aussi, une <( admirable mère (2) ! )>
Que les enfants qui orneront votre foyer aient quelque chose de la beauté surnaturelle de l'en-' fant Jésus I... La mère, quelquefois, se laisse aller à appeler le petit qu'elle berce dans ses bras de ce terme qui dit tant : <( Mon Jésus 1 » Puipse-t-il vous dire, si jamais vous l'employez, que l'enfant entre les bras de ses parents, c'est en effet Jésus qui se confie h eux, et sur qui ils doivent veiller de toutes les forces de leur invincible amour !...
(1) s. Matthieu. 1, 19.
(2) Litanies de la T. S. Vierge.
Jetons encore, si vous le voulez bien, un regard sur la crèche : ce sera le dernier.
Dans une « Nativité » due à la plume d'un éminent Curé de Paris (i), on voit les bergers venir en procession à la crèche où repose l'Enfant-Dieu. Et ces pauvres, à ce plus pauvre, apportent non seulement l'hommage de leur cœur, mais l'offrande de quelque objet qui pourra subvenir aux besoins de la sainte famille : un fruit, un légume, un agnelet.
Puisque vous êtes venus, en ce jour de votre Mariage, vous agenouiller devant la crèche comme les bergers de Bethléem, je suis stjr que, comme eux, vous y puiserez l'amour et la compassion du pauvre. Votre « bonne volonté »,
cette bonne volonté qui est la grande canonisée de la nuit de Noël, — s'étendra, je n'en doute pas, sur les misères humaines. Vous avez été élevés à trop bonne école pour qu'il en puisse être autrement !...
(Donner ici, s'il y a lieu, quelques détails personnels sur les fiancés et leurs parents.)
Vous appartenez à ces familles béatifiées depuis longtemps par le Psalmiste, lorsqu'il s'écriait : « Bienheureux celui qui a l'intelligence du pauvre (i) !... » c'est-à-dire qui com-
(1) Mgr Jouin, euro de Saint- Augustin. (I) Psaume xi, 2.
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prend ce qu'est la misère, et que Jésus a voulu la souffrir pour nous apprendre à la plaindre et à la soulager.
Quand vous ferez aux pauvres l'aumône d'un peu de votre argent et de votre cœur, vous renouvellerez le geste des bergers, et le bénéficiaire, ici et là, sera le même, puisque, c'est Jésus qui l'a dit, (( ce que vous aurez fait au plus petit d'entre les siens, c'est à lui-même que vous l'aurez fait (2). »
Dans le Mystère dont je parlais tout à l'heure, on voit, à la fin de la procession des bergers, l'enfant Jésus se soulever dans sa crèche, étendre les mains vers le dernier de ces pèlerins et l'embrasser tendrement... Vous venez de « pèleriner » à la crèche : que le petit Jésus, de là, donne à chacune de vos âmes un baiser divin, qui se traduise pour vous en paix et en bonheur, pour le temps et pour l'éternité !
Ainsi soit-il I
(2^ s. Matthieu, XXV, 40.
Pour la fête de l'Epiphanie L'OR, L'ENCENS, LA MYRRHE..
Monsieur, Mademoiselle,
De tout temps, les solennités religieuses ont eu leur prolongement et comme leur conclusion au foyer domestique, et la fête chrétienne s'est continuée par une fête de famille. Témoin le repas de votre première communion solennelle, dont vous vous souvenez bien... après celui de votre baptême, dont vous vous souvenez... beaucoup moins !... Témoin Noël avec ses cadeaux pour les petite enfants. Témoin Pâques, avec ses œufs pour les grands enfants. Témoin l'Epiphanie, que nous célébrons aujourd'hui (i), avec son gâteau des Rois.
I (1) Nous supposons que cette allocution est prononcée le Jour même de l'Epiphanie. En réalié, et moyennant quelgues légères modifications, on pourra la donner avant ou après c«tte fête, pendant la première) quinzaine de janvier.
...Peut-être, en m'entendant débuter de la sorte, pensez-vous que je me suis trompé, et que j'ai apporté ici, au lieu d'une allocution de Mariage, une homélie sur l'Epipiianie...
Détrompez-vous... et rassurez- vous. C'est bien de votre Mariage que je veux vous parler, en vous donnant les conseils que vous attendez de moi à cette heure grave entre toutes. Mais précisément, ces conseils, afin de mieux les graver dans votre mémoire, je voudrais les rattacher à la grande fête de ce jour : ainsi, chaque année, en ramenant l'anniversaire de votre union, ramènera pour vous, également, le souvenir des conseils que l'Eglise vous aura donnés aujourd'hui.
Ce soir, donc, dans beaucoup de logis, somptueux ou modestes, on va « tirer les Rois ». Le hasard, — un peu aidé, çà et là, par quelque main intelligente, — va choisir un Roi... et le Roi choisira sa Reine. Que si le hasard, oublieux de la loi Salique, désigne une Reine, celle-ci en sera quitte pour élire son Roi. Le foyer domestique, ce petit royaume, aura ses gracieux souverains... Et demain on n'y pensera plus.
Il y a quelque part, en ce moment, un foyer tout neuf qui attend ses maîtres, un petit royaume qui attend son Roi et sa Reine.
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Gomment ce Roi et cette Reine se sont-ils choisis ?
Ce n'est pas le hasard qui a présidé à leur mutuelle élection ; c'est la Providence de Dieu qui, depuis toujours et sans qu'ils s'en doutent, les a fiancés l'un à l'autre, et va, tout à l'heure, transformer ce nom de fiancés en celui d'époux.
(( Epoux »?... Je disais tout à l'heure « Roi » et M Reine »...
C'est la même chose.
N'est-ce pas, en effet, une royauté, que le pouvoir donné par Dieu même, dans le Mariage, à chacun des époux sur l'autre.»^... Oui, chacun de vous deux doit être désormais Roi... ou Reine... dans le cœur de l'autre, dans la vie de l'autre, dans les préoccupations de l'autre !... Et je ne sais vraiment si c'est là un devoir que la loi chrétienne vous impose, ou une félicité qu'elle vous assure... En réalité, c'est l'un et l'autre !... Et quel bonheur, quand on aime vraiment, que de faire abnégation de soi-même, de ses préférences, de ses goûts personnels, pour les soumettre à ceux de l'être aimé !...
Je le sais bien, il en est qui disent que, si cela est aisé dans les premiers temps du Mariage, ce l'est beaucoup moins au bout de quelques années. Faisant intervenir l'astronomie dans leur psychologie, ils parlent de « lune de miel »... et
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de « lune rousse »... Laissez-les dire I... Ou plutôt, donnez-leur, par votre exemple, un démenct formel. N'oubliez pas que, si la royauté de la fève est éphémère, celle du Mariage est perpétuelle. Montrez que vous êtes de ceux qui, lorsqu'ils se sont donnés, ne se reprennent plus l'un pour l'autre, soyez toujours, sans insurrection ni abdication. Roi et Reine i
A tout royaume, il faut un trésor... Quel sera le vôtre r-
Lorsque les Rois mages arrivèrent auprès dç Jésus enfant, ils lui offrirent des présents qui constituèrent le premier trésor du divin Roi : ce fut de l'or, — ce fut de l'encens, — ce fut de la myrrhe.
A votre tour : pour constituer votre trésor, je vois trois donateurs se présenter ici, et déposer les mêmes présents dans votre corbeille :
Vos parents y mettent l'or; —
Votre foi y met V encens ; —
Dieu lui-même y met la myrrhe...
Je m'explique.
A vos parents vous devez l'or. Et je n'entends pas seulement, par là, cette portion des biens de la terre qu'ils vous ont départie, après l'avoir acquise, conservée, développée par leur travail et par leurs soins. Non : cela est bien, mais cela
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n'est pas tout I Et à vos parents vous devez un « or » beaucoup plus précieux :
Vous leur devez, après Dieu, la vie.
Vous leur devez le nom honorable et respecté qu'ils vous ont transmis.
Vous leur devez la vie chrétienne qu'ils vous ont assurée dès vos premiers jours, et qu'ils ont affermie et consolidée en vous par le conseil et par l'exemple.
(Entrer ici dans les détails personnels que l'on jugerait utile de donner, sur les parents des fiancés et sur eux-mêmas.)
...Mais je n'en finirais pas si je voulais énumérer tout ce que vous devez à vos parents. Aussi bien, en ce jour où vous donnez tout l'un à l'autre, il est un cadeau précieux que vous allez vous faire : vous allez vous donner réciproquement vos propres parents. Ainsi gagnez-vous chacun un père et une mère : et c'est encore de r « or » pour votre corbeille I...
Après l'or, V encens... Et, je le disais tout à l'heure, l'encens, c'est vous qui le mettrez dans le trésoT familial...
L'encens, c'est le parfum dont la fumée monte vers le ciel : l'encens, c'est le symbole de ce qui revient à Dieu.
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Dans les familles chrétiennes, lorsqu'on découpe le gâteau des Rois, on y taille d'abord « la part du bon Dieu »... Cette part, faites-la bien large !... Oui, que Dieu soit toujours en tiers dans votre union ! Quand vous franchirez te seuil de votre foyer, prenez Dieu par la main pour qu'il y entre avec vous !... Vous serez les Rois l'un de l'autre : mais que Dieu soit toujours le Roi de vous deux !... Vous lui devez bien cela : il vous a traités en enfants chéris ; dans ses bontés, dans ses prévenances, dans ses tendresses, il n'a rien économisé : n'économisez pas sur la reconnaissance, sur l'amour, sur le service que vous lui devez !...
Si vous voulez montrer à Dieu que vous l'aimez, je vais vous en dire un moyen bien simple : aimez ceux qui souffrent, ceux qui peinent, et qui par là sont l'image de Celui qui a tant peiné pour nous !... Dans votre « gâteau des Rois )), coupez (( la part du pauvre », comme on te fait encore dans tant de foyers,.., et cette part, faites-la large : puisque vous êtes Roi et Reine, faites-la royale. De vos aumônes, du bien que vous aurez semé autour de vous, se dégagera, comme de l'encens, un parfum qui s'élèvera vers le ciel et y sollicitera pour vous le sourire de Dieu...
Enfin, je manquerais à mon devoir de prêtre,
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si je ne vous avertissais que, dans votre corbeille, Dieu mettra sans doute... un peu de myrrhe.
La myrrhe, qui servait aux sépultures, nous rappelle que nous appartenons à l'humanité, — à l'humanité qui n'est ici-bas qu'une passante, et qui doit y travailler à acquérir là-haut une demeure permanente. La myrrhe, c'est le devoir parfois pénible. La myrrhe, c'est l'épreuve... Je demande à Dieu, de tout cœur, que votre part de (( myrrhe » soit aussi légère que possible I Mais, si l'épreuve vient, acceptez-la vaillamment; rappelez-vous que Dieu la met partout, ici-bas, pour nous empêcher de nous oublier dans les délices de la terre, et pour nous faire lever les yeux là-haut...
Je m'arrête. Mais je ne puis oublier que, si, aujourd'hui, vous allez être « sacrés )> en qualité d'époux, un jour vous le serez de nouveau et, cette fois, dans la dignité de père et de mère.
A vos enfants, à votre tour, vous préparerez un triple trésor :
Vous leur donnerez l'or de votre affection, de vos bonnes leçons et de vos bons exemples ; —
Vous leur donnerez l'encens... de la foi que vous cultiverez dans leurs jeunes âmes ; —
Vous leur apprendrez à baiser la main divine, quand elle leur présentera un peu de myrrhe...
En un mot, vous répéterez pour eux ce qui a
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été si bien fait pour vous : c'est ainsi que se continuent les générations vraiment chrétiennes, qui viennent, chacune à leur tour et à la suite des Rois mages, se prosterner devant la crèche.
A votre tour, agenouillez-vous devant elle, et que la main du divin enfant Jésus se lève sur vous pour vous bénir !
Ainsi soit-il !
XVIII bis. — Vers le 77^ dimanche après l'Epiphanie, on pourra se servir de l'allocution VI, page 5o : Jésus aux noces de Cana : c'est le sujet de l'Evangile de ce dimanche.
Sur l'Evangile du VP dimanche après l'Epiphanie (i).