LA DÉCLARATION DES DROITS DE DIEU
Monsieur, Mademoiselle ,
Il est un mot que vous connaissez bien, pour l'avoir entendu souvent prononcer autour de vous, et pour l'avoir souvent redit vous-mêmes. Dans vos familles, on cultive et on honore... le Droit. QiiaTid on écrit ce mot, c'est avec une majuscule ; quand on le prononce, j'oserais presque dire qu'on fait sentir la majuscule : on indique par là que, dans votre profession. Monsieur, le Droit est regardé comme un grand personnage, comme un seigneur et maître, auquel on entend demeurer profondément dévoué.
C'est donc du droit que je vous parlerai.
(1) Pour un notaire, on pourra encore prendre l'allocution V, page 45 : Dieu, « Notaire » du Mariage.
A la porte de certaine de nos plus grandes Ecoles, on pourrait écrire :
« Ici, on explique le Droit... »
Au portail des tribunaux :
(( Ici, on applique le Droit... »
A l'entrée des palais législatifs :
(( Ici, on codifie et on modifie le Droit... »
Au seuil du foyer que vous allez fonder, écrivez, d'un geste grave :
(( ici, on respecte le Droit... »
...Mais quel droit .!^
C'est ce que je voudrais vous dire... La Révolution a commencé par la « Déclaration des droits » : hélas ! il ne s'agissait que des droits de l'homme... Au seuil de la petite révolution qu'est pour vous le mariage, laissez-moi promulguer une « déclaration »... en tête de laquelle j'inscrirai les « droits de Dieu ».
Les droits de Dieu!... Oui, sur le Mariage, sur les époux, sur le foyer qui se fonde. Dieu a ses droits, qui sont des droits d'Auteur ! Dès le premier Mariage, il les a affirmés lui-même : ce fut lui qui créa Adam ; — ce fut lui qui, contemplant son œuvre, constata qu' <t il n'était pas bon que l'homme fût seul (i), » et acheva l'œuvre créatrice en lui donnant « une aide semblable à lui (2) ; » — ce fut lui qui unit en Ma-
(1) Genèse, 11, 18.
(2) IMd.
riage Adam et Eve, et fut le premier témoin de la première union ; — ce fut lui qui promulgua, à cette occasion, les premières lois matrimoniales, dont celles du Code n'ont le droit d'être que des prolongements et des développements ; — ee fut lui qui voulut que la famille fût complétée par l'enfant, et devînt ainsi la base essentielle de toute la société humaine.
Chers Fiancés, vous serez, à votre foyer, respectueux du droit de Dieu : à cet égard, votre passé est un garant de votre avenir ; vous avez respecté les droits de Dieu sur votre enfance, sur votre adolescence ; vous respecterez ses droits sur votre Jeunesse, sur votre âge mûr, sur chacun de vous, sur votre association, sur les règles qu'il lui impose. Tout m'en est garant... à tel point que c'est moins un conseil que je vous donne qu'une constatation que je fais à l'avance, et avec une grande joie !...
Après le droit de Dieu, viendra, pour chaciin de vous, ce que j'appellerai « le droit de l'autre ». Ce droit va résulter du sacrement : vous en serez respectueux. Ai- je besoin d'en énumérer les articles? Ils s'appellent : fidélité inaltérable, affection toujours tendre, confiance sans bornes, dévouement de toutes les heures. Vous vous rappellerez que désormais vos préférences personnelles devront s'inquiéter des préférences de
« l'autre ». Vous tous rappellerez que, dans la vie de société, on ne vit pas seulement avec les vertus des autres, mais avec leur caractère, et que la rencontre des caractères ne saurait être aussi douce que celle des cœurs. Vous ferez donc, s'il en était jamais besoin, les petits sacrifices nécessaires : sacrifices d'amour-propre, sacrifices de préférences individuelles... Je vous prédis, d'ailleurs, que ce que je vous indique ici comme un devoir sera pour vous une source de bonheur. Car, quoi de plus doux que d'avoir un cœur bien à soi, — un cœur que l'on a choisi, comme une perle fine entre tant de perles fausses, — un cœur qui bat, nous le savons, à l'unisson du nôtre, — un cœur toujours ouvert à nos confidences, toujours prêt à nous chérir, à nous consoler, à se dévouer pour nous !
C'est votre droit, à chacun de vous, de trouver tout cela dans le cœur de Vautre !...
Respectueux, chacun, du <( droit de l'autre », vous n'en serez que mieux préparés à être respectueux du droit de l'enfant.
Le (c droit de l'enfant )> : voilà un mot dont on a abusé depuis quelque temps, pour essayer de diminuer, au profit de l'Etat, l'autorité paternelle et maternelle. Il n'en est pas moins vrai que l'enfant a des droits : droit à l'existence, — droit à l'éducation, — droit au bon exemple, —
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droit même à la correction, bien qu'il n'en réclame ordinairement pas l'exercice I...
Vous serez respectueux de ces droits. Lorsque, penchés sur un berceau, vous sentirez naître dans vos cœurs des tendresses encore insoupçonnées, vous vous rappellerez qu'il y a là une âme, un dépôt précieux remis par Dieu en vos mains et dont il vous demandera compte... et vous le prierez de vous aider à bien payer votre dette... à vos enfants.
Un autre droit est le droit de la patrie. Elle vous demande des enfants pour l'aimer, pour la garder, pour la défendre. Vous les lui donnerez. Vous les formerez à l'école de ce dévouement au pays qui a fait l'admiration du monde, pendant les longs Jours de la grande guerre I... Une mère est chose si belle que Dieu a multiplié cette beauté et qu'à chacun de nous il a donné trois mères : celle de la terre, — celle du ciel, — et cette autre mère qui pour tous s'appelle la patrie et qui, pour nous, s'appelle la France ! Vous l'aimez : vous la ferez aimer.
Enfin, il est un autre droit que je vous recommande avec confiance : c'est le droit du pauvre... ou, plus exactement, le droit de Jésus- Christ, représenté ici-bas par le pauvre.
Ce sera votre lot spécial, Mademoiselle, de
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faire rayonner autour de votre foyer, avec îa grâce de votre sourire, celle de votre générosité. Vous donnerez... et vous saurez donner; c'està-dire : vous aimerez à jeter les yeux au dehors de votre foyer, pour constater qu'il existe des faiblesses et des misères, et, dans la mesure nécessaire pour que votre maison n'en souffre point, vous consacrerez un peu de votre temps, un peu de votre cœur, au soulagement matériel et moral de la douleur humaine. Dans cette œuvre de charité, si votre époux ne peut être aisément votre collaborateur, il vous sera du moins un conseiller, parfois un inspirateur, toujours un admirateur.
J'ai terminé l'énumération des droits dont vous aurez à a'Ous préoccuper, car ils se résolvent pour vous en autant de devoirs. Pour vous aider à vous en acquitter, vous allez dès maintenant acquérir un autre droit : celui que le sacrement va vous conférer, aux grâces et aux bénédictions de Dieu. Avec leur aide, vous respecterez toujours les droits de Dieu sur votre foyer, et finalement vous acquerrez ainsi un dernier droit : celui que votre vie d'ici-bas vous donnera aux récompenses éternelles !...
Ainsi soit-il !
Pour un musicien.