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LA. LIGNE DROITE

Monsieur, Mademoiselle ,

Lorsqu'on inaugure un édifice de quelque importance, on y apporte de la pompe et des cérémonies. Souvent, un ministre se déplace ; — la musique, la poésie prennent la parole tour à tour... ou même simultanément ; — les fleurs et les illuminations sont, elles aussi, de la fête.

Mais, avant tout cet apparat, qui réjouit les yeux et peut aller jusqu'à réchauffer le cœur, il y a eu une préparation solide, et qui, pour rester dans l'ombre au jour de l'inauguration, n'en a pas été moins nécessaire. Aujourd'hui, le ministre va parler, et c'est bien. Mais hier, — et c'est mieux, — les ingénieurs et les architectes ont tl'tt^raVAé : ils ont choisi un terrain favorable ; — ils en ont éprouvé et, au besoin, renforcé la

Solidité ; — ils ont tracé le plan de l'édifice, en s'aidant des conseils, de la sagesse et de l'expérieiif e ; — ils ont voulu qu'il réponde le mieux possible à sa destination ; — ils ont voulu que ceux qui l'habiteraient s'y trouvent si bien, qu'ils n'éprouvent Jamais la tentation d'en sortir.

N'est-il pas vrai que leur œuvre était autrement importante que celle des inaugurateurs officiels?...

En ce moment, Monsieur et Mademoiselle, je me fais un peu l'effet d'un (( inaugurateur officiel », présidant à l'ouverture d'une maison à la construction de laquelle il n'a pas travaillé î...

Cependant, deux pensées me rassurent.

La première, c'est que, si je remplis ici l'ofice de (( ministre », j'y suis comme ministre de Dieu, - du Dieu qui a travaillé, lui, par sa grâce incessante, à la préparation du foyer que vous inaugurez aujourd'hui. Le Dieu que je représente et au nom de qui je parle n'a pas été seulement le témoin de votre préparation, lointaine et proche, à l'état d'époux et d'épouse : il en a été le collaborateur le plus précieux, le plus fidèle, le plus parfait : il a donc bien le droit i r figurer i-îi, et donc, de s'y faire représenter !

L'autre pensée qui me rassure, c'esî que, — tels les ingénieurs et les architectes dont je parlais tout à l'heure, — vous avez voulu faire, de

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î 'édifice inauguré aujourd'hui, une maison solide, et où vous puissiez, Qn toute sécurité, abriter vos deux coeurs, appelés désormais à n'en plus faire qu'un. Cette volonté, il y a longtemps que vous l'avez mise en œuvre ! C'est pour la réaliser cpie vous mettiez à profit, chacun dans votre foyer, les exemples et les leçons offerts à^ votre jeune âge...

(On pourra ici entrer, si les circonstances y prêtent, dans quelques détails personnels.)

Ce n'est pas tout. Vous, Monsieur, en qualité d'ingénieur, et tous deux en qualité de chrétiens, vous avez ^té frappés, depuis longtemps, par cette parole du Psalmiste : « Si le Seigneur n'édifie lui-même la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la construisent (i). » Ht à cette heure, pendant qu'extérieurement tout revêt pour cette cérémonie un air de fête, vos âmes, — en fête éiralement et elles ont raison, — savent pourtant s'élever au-dessus de la joie pour penser au devoir, s'abstraire de la pompe extérieure pour rentrer en elles-niêmes, considérer i 'édifie à construire, y apporter la prévision, la sagesse, et surtout lui assurer par la prière l'aide divine, ijui feront de ce nouveau foyer une demeure stable en même temps qu'agréable I...

U) Psaume cxxvi, i.

Je sais que je parle à des chrétiens, croyants et instruits, et qu'il me suffira de leur rappeler d'un mot que l'état dans lequel ils entrent aujourd'hui leur apporte de nouveaux devoirs : — dès maintenant, devoirs d'époux ; — puis, devoirs de parents, quand Dieu, bénissant de nouveau votre Mariage, aura peuplé, égayé, ennobli la maison dont je parlais tout à l'heure, en vous donnant, ou mieux en vous confiant des enfants. Je sais que vous ne regardez pas ces devoirs d'un œil léger : vous les prenez au sérieux, et c'est sérieusement que vous voulez les remplir.

Du reste, la profession d'ingénieur revêt un caractère plus sérieux que beaucoup d'autres. Calculez, par exemple, tout ce que fait un citadin au cours d'une journée : où qu'il aille, quoi qu'il fasse, combien de fois par jour ne confiet-il pas sa vie à des ingénieurs, — à une œuvre préparée par eux, réalisée par eux, surveillée par eux, au besoin réparée et corrigée par eux !... Un ingénieur est bien souvent responsable de vies humaines : n'y a-t-il pas là une conviction qui tend à rendre sa vie elle-même plus sérieuse, plus attentive aux petits détails et aux minutieux devoirs de chaque jour?... Comme ce chirurgien qui commençait chaque opération par an signe de eroix, je comprendrais très bien l'ingénieur qui, avant de tracer le plan d'une machine, d'un pont, d'un tunnel, d'un viaduc,

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de tant d'autres travaux, commencerait lui aussi par un signe de croix !...

Du reste, l'ingénieur est un fervent de la ligne droite, — et le signe de la croix, c'est la rencontre de ces deux belles lignes droites, l'horizontale et la verticale. Ne sont-elles pas tout le programme de la vie humaine, regardée comme elle est et chrétiennement comprise? Faire de sa vie une belle ligne droite, « horizontalement » prolongée sur cette terre autant que Dieu le voudra. Et puis, par sa vie même, tendre vers le ciel, bien droit, (( verticalement », — vers le ciel, but de tous nos efforts et récompense de toute i notre vie : c'est le travail de tout chrétien, quij devient ainsi un « ingénieur » : l'ingénieur de son propre salut !

Ce que je dis là, le bon sens populaire l'a bien compris. Quand il voit vivre sous ses yeux des âmes franches, honnêtes, loyales comme les vôtres, ce qui le frappe, c'est leur rectitude, et il déclare qu'elles sont pleines de « droiture » I

Et puis, — vous le savez. Monsieur, mieu) que personne, — pour tracer rue ligne bien droite, il faut se servir de règle... Et précisément, le bon sens chrétien nous dit que, si nous vou- \ Ions aller droit dans la vie, nous devons suivre des rrqles : rellcs-là même que Notre-Seigneur Jésus-Christ a proclamées dans son Evangile et

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(jue l'Eglise promulgue à toutes les générations.

Ces règles, elles existent pour le Mariage, et elles s'appellent : fidélité, confiance, affection^ dévoûment, sacrifice, pour l'époux, pour l'épouse, pour les enfants. Suivez-les, ces règles : vous savez où elles a^ous conduiront. Je le dirai, en terminant avec une des vôtres, Mademoiselle, avec Eugénie de Guérin, qui s'écriait :

— Le ciel, c'est en face : il suffit de marcher tout droit !...

Ainsi soit-il !

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