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ALLOCUTION POUR DES NOCES D'OR

Monsieur, Madame,

« Vous n'avez pas encore cinquaiite ans d'âge! » disaient un jour les Pharisiens à Notre- Seigneur (i).

Je serais presque tenté de les imiter et de vous dire : « Vous n'avez pas encore cinquante ans... de mariage ! »... Mais non : malgré les apparences, il faut bien le croire, puisque vous avez voulu, aujourd'hui, venir remercier Dieu de vous avoir conservé l'un à l'autre durant un demi-siècle 1...

Ce n'est pas la seule fois qu'il est question, dans la sainte Ecriture, du chiffre de cinquante. Puisque vous fêtez ce nombre aujourd'hui, voulez-vous que je rappelle ici deux ou trois de ces.

(1) s. Jean, vm, 57.

circonstances? J'ose croire que cette revue aura pour vous quelque attrait, peut-être, — et sûrement, quelque utilité.

La première fois que nous voyons un homme, et Dieu lui-même, s'intéresser au chiffre de cinquante, c'est dans une circonstance tragique. Le Seigneur a décidé de détruire la ville de Sodome, à cause de ses péchés. Mais le patriarche Abraham intercède pour la cité coupable.

— Si elle renferme cinquante justes, imploret-il, ne l'épargnerez-vous pas. Seigneur?

— Oui, promet Jéhovah (i).

Hélas I dans cette grande ville il ne se trouva

pas cinquante justes 1...

...Combien nous sommes plus heureux aujourd'hui ! Cherchons-nous cinquante « justes »? Vos enfants et petits-enfants ne seraient pas en peine de les trouver : ce sont les cinquante ans Je Mariage qui s'accomplissent aujourd'hui, et jarmi lesquels il n'en est pas un qui ne soit, àeirant Dieu, riche de bonnes actions, de bons xjnseils et de bons exemples.

Ce qui a sanctifié le chiffre de cinquante, c'est a volonté de Dieu qui lui a rattaché des fêtes innuelles et jubilaires.

Dans l'ancienne Loi, après la grande fête de

(1) Genèse, xviii, 24.

Pâques il fallait encore compter cinquante jours, et les fêtes recommençaient : c'était la Pentecôte, la solennité des prémices de la moisson (i)... El nous aussi, dans la Loi nouvelle, nous avons, tous les ans, notre fête de la Cinquantaine, notre Pentecôte chrétienne, cinquante jours après les triomphes de notre Pâques. C'est ce jour-là que l 'Esprit-Saint est descendu sur les apôtres. L( jour de votre Mariage, l'Esprit-Saint a été imploré pour vous : il a répondu à l'appel de son Eglise, il est venu garder votre foyer. Sachons l'en remercier.

Mais voici vraiment la fête jubilaire, celle qui a servi de type à tous les cinquantenaires.

Vous savez avec quel respect les Juifs sanctifiaient le sabbat, le septième jour. Ils n'avaient pas seulement la semaine de sept jours, — ih avaient la semaine de sept années ; — plus en-; core : ces groupes de sept années, ils en comp taient jusqu à sept, ce qui faisait quarante-neuf ans : quand cette semaine de semaines d 'années était accomplie, c'était le signal de l'année jubilaire, qui était la cinquantième. Année de repos et de joie : repos pour la terre elle-même, qui n'était pas ensemencée ; — joie pour les débiteurs, dont les dettes se trouvaient périmées ; — joie pour les esclaves qui recouvraient la li-

(1) LévUique, xx'ii, is.

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berté (i) : cette année de « jubilé » était, vous le voyez, une année de (( jubilation ! »

Quand on songe que ce jubilé avait eu Dieu même pour législateur, on ne s'étonne pas que l'Eglise ait voulu, elle aussi, avoir ses années jubilaires ; — on comprend que le cinquantième anniversaire des grands événements soit fêté dans l'allégresse ; — on s'explique aisément votre présence et celle de toute votre famille au pied de l'autel, pour commencer par l'action de grâces des réjouissances bien légitimes, puisque l'origine en remonte à la législation de Dieu même !

Empruntons encore à l'histoire biblique un dernier souvenir.

Dans le tabernacle érigé par Moïse pour servir de temple provisoire au culte du Seigneur, les Juifs, en levant les yeux, voyaient briller au plafond cinquante larges anneaux d'or, qui en étaient à peu près le seul ornement (i).

Si l'anneau qui a été bénit pour vous, le jour de votre Mariage, avait dû être renouvelé chaque année, c'est cinquante anneaux d'or que vous pourriez aujourd'hui apporter à l'église, pour symboliser et résumer les cinquante ans de votre inion... A défaut de cinquante anneaux, vous ipportez, — ce qui est mieux encore, — cin-

(1) Lévitique, xxv, 39-42 (1) Exode, XXVI, 6

quante années : cinquante années de fidélité à vous-mêmes et à Dieu ; — cinquante années de devoir, modestement mais complètement rempli ; — cinquante années de mérites, puisque nous sommes en cette vie pour mériter l'autre. Elles brillent, ces cinquante années, aux yeux de notre esprit, elles brillent autour de cet autel comme brillaient les grands anneaux d'or de Moïse autour du tabernacle I...

Louons-en le Seigneur I... Et demandons-lui que ces années augmentent encore en nombre, pour la joie de tous ceux-ci qui vous aiment... Je leur souhaite, pour ma part, de célébrer un jour vos noces de diamant... en attendant le grand jour des noces éternelles.

Ainsi soit-il I

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