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LA RÉDEMPTION DU MARIAGE

Monsieur, Mademoiselle,

Je sais que tous deux vous êtes chrétiens, que vous êtes persuadés de faire en cet instant une démarche sainte, et que vous voulez la faire, comme elle le mérite, religieusement.

Si cela me réjouit, cela ne m'étonne nullemcîit : je me rappelle la parole de Notre-Seigneur, constatant que, de bons arbres, on est en droit d'attendre de bons fruits (i). Or vous êtes les fruits de deux unions qui furent chrétiennes, et les représentants de deux foyers où l'amour et la fidélité s'alimentent aux ressources de la foi et du culte chrétiens.

(C'est l'occasion de donner tout de suite quel-

(1) s. Matthieu, vn, 17-18.

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ques détails personnels sur les fiancés et leurs familles.)

Je sais donc que je puis, en toute confiance, me faire auprès de vous le catéchiste du Mariage chrétien, en vous montrant comment Jésus- Christ en a pris possession, s'en est réservé la législation essentielle et en a fait une de ces choses saintes entre toutes, qui s'appellent des sacrements.

Ce n'est pas, toutefois, que le Mariage ait attendu les jours et l'intervention de Jésus-Christ pour devenir une chose sainte. Dès l'origine du monde. Dieu y avait présidé et l'avait béni, en unissant Adam et Eve. Il en avait lui-même proclamé l 'unité : « ils seront deux en un (i) », et l'indissolubilité : (( l'homme restera attaché à son épouse (2). » Mais le péché s'était introduit dans l'humanité et y avait gâté l'œuvre de Dieu. « Tu seras sous la domination de l'homme (i), » avait dit le Créateur à Eve coupable. De cette sentence, comme de tant d'autres choses, l'homme ne tarda pas à abuser. En perdant la notion du vrai Dieu, il perdit aussi la notion du Mariage voulu par Dieu, et il en fit une union bizarre, où lui-même n'avait que les droits et la

(1) Genèse, n, 24.

(2) Zbld.

(1) Genèse, m, 16.

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femme que les devoirs : même le devoir d'accepter des compagnes sous le toit conjugal..., même le devoir de s'en aller quand elle avait cessé de plaire !...

Certes, au milieu de la corruption générale, le peuple juif avait conservé le dépôt de la vraie foi : oasis où pouvait se reposer le regard de Dieu, dans ce monde déserté par la vérité et par la vertu... Mais, en ce qui concerne le Mariage, si les Juifs n'étaient point tombés aussi bas que les autres, ils étaient descendus au-dessous de ce que Dieu avait voulu et décrété, et la polygamie et le divorce, — maintenus, il est vrai, dans certaines limites, — y avaient obtenu, sinon un droit de cité, du moins une tolérance lé.gale.

Vous rappelez-vous cette parabok du bon Samaritain, qui fait l'objet de l'un de nos Evangiles du dimanche (i)? Nous y voyons un voyageur assailli sur la route par des brigands, blessé, dévalisé et laissé pour mort. Un prêtre juif et un lévite le voient en cet état et le laissent. Mais un Samaritain, touché de compassion, descend de sa monture, se penche sur lui, panse ses plaies et s'occupe d'assurer sa guérison complète.

Ce blessé, ce n'est pas seulement un homme, c'est le genre humain tout entier, attaqué par le démon et blessé par le péché. Ce bon Sama-

(1) Evangile du xir dimanche après la Pentecôte (S. Luc, x, 23-37). La présente allocution pourra être avantageusement donnée à la veille ou au lendemain de ce dimanche.

dtain, c'est Jésus-Christ, venu du ciel pour guérir rhumanité et la rendre à la vie surnaturelle... Mais une (le ses plus graves blessures était celle du Mariage : lui aussi, peut-on dire, gisait à terre, blessé, défiguré, mourant. Sur lui aussi Jésus-Christ s'est penché pour en fermer les plaies, pour le relever, pour lui rendre toute sa noblesse primitive : lui qui a racheté tant de choses, il est aussi le Rédempteur du Mariage 1

Voyez-le. Il descend sur la terre : « le Verbe s'est fait chair (i)... « et c'est un sublime Mariage qui est célébré : les Noces mystérieuses de la divinité et de l'humanité en la personne unique de Jésus-Christ : « deux en un ! »

Voyez-le encore. Il commence sa vie publique, il va multiplier les miracles : et son premier acte est de sanctifier de sa présence un Mariage (2), et son premier miracle est d'y changer l'eau en vin. Croyez-vous qu'il n'y ait là, de sa part, que le souci de désaltérer des convives? N'y a-t-il pas, par surcroît, — ou plutôt, avant tout, — une leçon .5 et ce changement n'en présage-t-il pas un autre? C'est le Mariage lui-même qui va être changé, amélioré, et non seulement débarrassé des tares qui l'avaient amoindri, mais élevé audessus même de sa condition originelle : il était

(1) s. Jean, i, 14.

(2) S. Jean, n, 1-11.

saint, il deviendra très saint ; — il pouvait tolérer un amoindrissement, il n'en supportera plus ; — il était un contrat religieux, il deviendra cette chose religieuse entre toutes, qui s'appelle un sacrement!... Et non seulement un sacrement, mais un « grand sacrement (i) » : c'est saint Paul qui nous en avertit. Et il nous en donne la raison : Jésus a créé l'Eglise, et d'elle il a voulu faire non seulement sa chose, sa créature, mais son épouse : et l'amour qu'il a pour elle et qu'elle professe pour lui, il le donne comme modèle à l'amour mutuel que se promettent et se doivent les époux !...

Tout cela, veuillez le noter, ce n'est pas de l'imagination, ni de l'hyperbole, ni du mysticisme uniquement fondé sur la piété de quelque méditatif : c'est l'enseignement même de Dieu, traduit par saint Paul : « ce sacrement est grand, je vous le dis, parce que l'union du Christ et de son Eglise en est le symbole (2) 1 »

Voilà ce que c'est que le Mariage chrétien !...

Si j'ai tenu, chers Fiancés, à vous donner cette doctrine, à vous tenir ce langage, c'est, je l'ai dit, que je vous savais capables de l'entendre. Jésus n'enseignait qu'une vérité, mais il ne la disait pas à tous de la même manière : à la foule

fl) Ephcsiens, v, 32 (2) IMd

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il parlait surtout en paraboles, mais avec ses privilégiés il tenait im langage plus élevé (i)... Vous êtes de ces privilégiés, pour qui l'on n'a pas besoin de dékyer, ni de mélanger à des fleurs de rhétorique l'enseignement chrétien. Vous méritez de l'entendre « sans paralx>les )), parce que vous êtes habitués à l'aimer et à le pratiquer.

Vous savez donc, — ce sera m(5ïi dernier mot, — que le sacrement vous confère un droit à la grâce ; — vous savez qu'au moment même où vous vous engagez envers Dieu, Dieu s'engage envers vous ! — Vous savez que chaque fois que v«us vous trouverez, même dans un avenir lointain, en présence d'un devoir d'époux ou d'épouse, de père chu de mère, vous aurez droit à ce que Dieu vous aide à le remplir ! — Vous savez, enfin, que ce droit perpétuel, c'est à cette heure que vous allez, une fois pour toutes, l'acquérir !

Que toute cette science se change pour vous en espérance, en gratitude, en amour pour Celui qui vous a choisis l'un pour l'autre I... « Malheur, disait Bossuet, à la connaissance stérile qui ne se tourne pas à aimer !... » Vous vous êtes connus... et vous vous êtes aimés. Mais que Dieu soit le premier servi, par vous, dans votre avenir

(1) s. Matthieu, su, 10J6

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comme il l'a été dans votre passé ! A mesure que vous irez dans votre vie commune, vous le connaîtrez davantage, vous verrez toujours plus combien il est bon : vous l'aimerez donc de plus en plus, vous le ferez aimer à vos enfants : et Dieu, qui ne veut être en reste avec personne, vous le rendra en bénédictions de toutes sortes, pour le temps et en vue de l'éternité 1

Ainsi soit,-il.

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